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samedi 12 août 2000
Étude de cas d’une rhétorique malsaine

Non à la haine de l’internet

par ARNO*
 
Dans une tribune d’une violence incroyable (« Non à l’internet de la haine », Libération, 21 juillet 2000), Marc Knobel, attaché de recherche au Centre Simon-Wiesenthal et membre du comité directeur de la Licra, consacre presque l’intégralité de son propos à dénoncer et attaquer les « libertaires » (une « clique ») plutôt qu’à expliquer et justifier l’action contre Yahoo.

L’attaque est terriblement directe et manichéenne. Le « rebond » prend dès le second paragraphe une tournure délirante : « Depuis que le juge français a ordonné à la toute puissante société Yahoo ! de suspendre cette connexion en France, une petite clique d’internautes tonne, éructe et parle de censure. Assez curieusement, les mêmes ne s’étendent guère sur ce qu’ils lisent, vendent ou transportent. Comme si peu leur importait que le nazisme soit une barbarie ! Peu leur importe que des dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants aient été tués au nom d’idéologies monstrueuses, dans des brasiers immenses ou dans les dédales des usines de la mort ! Peu leur importe que le racisme ait été la cause d’innombrables malheurs et souffrances ! Les « libertaires » reviennent à la charge, tant ils veulent créer un net illusoire, un tout à l’égout multiforme et glauque. Dans l’Internet qu’ils veulent créer, l’on pourra tout dire, tout faire, tout vendre, sans limite aucune, sans contrainte aucune. Sur les étals de la World Company, seront vendues des voitures et les machettes qui ont tué des Rwandais ; des fleurs et des crânes des victimes du régime de Pol Pot ; des tableaux et des boîtes de Zyklon B, le gaz qui a tué des enfants dans les chambres à gaz. »

Et se termine d’une manière tout aussi grandiloquente : « Est-ce nous qui sommes dangereux ou les autres ? Ceux qui banalisent le nazisme sur le Net ? Ceux qui vendent les armes de la barbarie comme on vendrait des chaussettes ? Ceux qui tolèrent les sites, pages et écrits klanistes, néonazis et fascistes ? Ceux qui se taisent lorsque ces pages attisent la haine, discriminent, poussent au meurtre ? Ceux qui, in fine, foulent au pied les plus élémentaires des droits : les droits de l’homme ? »

Qu’est-ce qui, dans ce texte, provoque un tel malaise ? Pourquoi, plutôt que de seulement voir là un autre de ces textes totalement à côté de la plaque, on est confronté à un profond dégoût ?

-  Transformer tout contradicteur en nazi

De par sa formulation extrêmement manichéenne, cet article transforme explicitement tout contradicteur en nazi.

Il ne s’agit pas de ma part d’une impression exagérée, mais de ce qui est écrit : « les mêmes ne s’étendent guère sur ce qu’ils lisent, vendent ou transportent » (« les mêmes », ici, ne sont pas les nazis, mais simplement la « clique » d’internautes libertaires) ; alors quoi, les « libertaires » passent leur temps à lire, vendre et transporter de la propagande nazie et révisionniste ? La série suivante, les « peu leur importe » relève de la même attaque insultante : elle explique clairement que les « libertaires » se contrefoutent (« peu leur importe ») des abominations évoquées : les camps d’extermination, Pol Pot et le Rwanda, les libertaires s’en tamponneraient gaiement ?

Le dernier paragraphe procède de l’amalgame dégueulasse d’une manière tout aussi spectaculaire. M. Knobel divise le monde en deux camps : « nous ou les autres ». Par « nous », il faut comprendre M. Knobel, la suite montrant que « les autres » regroupe indifféremment les nazis et les libertaires dans une envolée lyrique aussi exemplaire que navrante.

M. Knobel ignore-t-il que l’on peut être antiraciste, engagé dans le combat antifasciste et révulsé par l’antisémitisme, sans pour autant partager toutes ses idées et approuver toutes ses actions ? Non, bien sûr, et c’est ce qui rend son procédé manichéen si inquiétant. Et puis, lorsqu’on l’on utilise ce genre de procédé, on le fait plus subtilement, implicitement ; alors qu’ici l’amalgame est, presque grammaticalement, explicite.

-  Mais de quel internet rêvent les « libertaires » ?

Les « libertaires » sont, certes, des fascistes, mais quoi encore ?

L’abus du terme « libertaire », dans tous les écrits répressifs concernant internet, joue sur le double sens de ce mot : libertaire signifie à la fois « partisan de la liberté d’expression » (les idées libertaires) et « anarchiste » (le mouvement libertaire). Partant de ce flou soigneusement entretenu, l’utilisation de certains mots (généralement : « mouvance », ici « clique ») provoque le glissement sémantique suivant : liberté d’expression, puis anarchistes qui, associé à « mouvance », doit évoquer Action directe et le terrorisme d’extrême gauche. Le terme « libertaire » doit toujours jouer ce rôle : faire passer de la liberté d’expression à la subversion d’extrême-gauche. Sinon, M. Knobel se contenterait de l’expression « défenseurs de la liberté d’expression », plus explicite et moins connotée.

Nous savons donc que les « libertaires » sont des fascistes d’extrême-gauche. Évocation d’une réalité du mouvement révisionniste (mais encore une fois, ce serait amalgamer libertaires et révisionnistes...), ou récupération du thème de « rouges-bruns » mis à la mode par le conflit Yougoslave ?

« Ils veulent créer un tout à l’égout multiforme et glauque. ». Donc les « libertaires » sont des égoutiers fascistes d’extrême-gauche, on progresse (mais « multiforme », je ne vois pas trop à quoi ça ressemble). Ca nous fait une opinion politique, mais aussi un métier.

Cerise sur le gâteau : « on pourra [...] tout vendre, sans limite aucune », « Sur les étals de la World Company... ». À rapprocher d’autres déclarations de l’UEJF et du MRAP expliquant que Yahoo utilise le premier Amendement uniquement dans le but de faire du commerce. Les libertaires sont donc des égoutiers fascistes et néolibéraux d’extrême-gauche.

Ca fait beaucoup pour un seul homme. On comprend qu’avec des critères aussi sélectifs, il ne s’agisse que d’une « petite clique »...

Le procédé pourrait être efficace si, à force de manipuler autant de menaces contradictoires, il n’apparaissait pas pour ce qu’il est : un fourre-tout démagogique.

Notons une dernière subtilité : en évoquant « une petite clique », M. Knobel évite soigneusement toute attaque ad hominem. Personne n’est visé en particulier et, malgré ses procédés mensongers, il ne risque aucune diffamation. Pourtant, la question est évidente : qui donc s’est permis de critiquer l’action contre Yahoo ? Pourquoi, alors que ce mouvement ne dépasse pas la « petite clique », ne dit-il pas de qui il s’agit ? Des noms, on veut des noms ! À l’inverse, ceux qui voudraient lui répondre sont obligé de lui répondre personnellement : avec la menace d’un procès en diffamation que cela implique.

-  Grandiloquence et instrumentalisation

On remarquera par ailleurs la prolifération des effets de style autour des génocides, comme tirés d’un exemplaire de La Rhétorique à l’usage des masses : les répétitions (« Comme si peu leur importait ... peu leur importe... peu leur importe... », « ceux qui... ceux qui... »), les innombrables énumérations (« d’hommes, de femmes et d’enfants... », « des voitures et les machettes..., des fleurs et des crânes..., des tableaux et des boîtes... », « tout dire, tout faire, tout vendre »), les évocations grandiloquentes de l’abomination (« des brasiers immenses », « les dédales des usines de la mort », « des enfants dans les chambres à gaz »...), les tournures précieuses (« Comme si peut leur importait », « l’on pourra », « sans contrainte aucune »)...

J’ai beau faire partie de la « clique libertaire » (admettons...), il est tout de même des effets que je m’interdis. Et en particulier les effets de style larmoyants (de plus, ici, sans élégance et avec un côté scolaire évident) autour de l’innommable, pour soutenir un propos personnel et politique très éloigné de la mémoire de la Shoah.

Même pour combattre, à l’époque, le Front national, beaucoup d’associations se sont opposées à l’utilisation de cette mémoire dans le cadre du débat politique, aussi grave que fut le danger. Même pour évoquer directement la Shoah, on sait que Lanzmann s’est interdit tout effet de style pour son film témoignage et qu’il dénonce toute entreprise qui transformerait l’Holocauste en spectacle, même pour la « bonne » cause.

C’est pourtant ce que Marc Knobel fait ici : pour s’attaquer à d’hypothétiques « libertaires » et interdire toute discussion sur l’action de l’UEJF et de la LICRA contre Yahoo, propos totalement accessoires, il invoque l’insupportable. Ce procédé se nomme l’« instrumentalisation » ; les « libertaires » ne s’amusent pas à jouer ainsi avec la mémoire d’Auschwitz, on aurait pu croire que l’UEJF et la LICRA seraient les premières à se l’interdire.

Car le danger est alors connu : à force d’invoquer l’Holocauste à tout bout de champ, on risque de le banaliser. Ce que M. Knobel se permet ici est répugnant : faire des effets de style grandiloquents (on dirait des gesticulations de prétoire au milieu d’une mauvaise plaidoirie) autour de la mémoire du Génocide, pour servir un propos personnel et anecdotique (répondre aux critiques sur le procès contre Yahoo).

-  Interdire la discussion

Qui peut donc alors répondre ? Et surtout, dans le cadre limité d’une tribune publiée dans un quotidien ?

Personne, car c’est impossible.

Le contradicteur se trouverait devant un choix insurmontable :
-  soit on accepte le jeu de M. Knobel, et on évoque à son tour la Shoah pour répondre à un « Rebond » navrant ; alors non seulement on se retrouve à ne plus avoir la place matérielle de développer les arguments qui répondent directement aux questions « pratiques » (faut-il opposer le devoir de mémoire et la liberté d’expression ? la méthode préconisée par l’UEJF et la LICRA est-elle la bonne ? cette méthode n’est-elle pas au contraire dangereuse ?...), surtout on accepte à son tour d’instrumentaliser l’Holocauste pour servir son propre propos ; alors non seulement on serait un salaud, ensuite on ne voit pas où serait la contradiction avec M. Knobel (puisqu’on est bien d’accord sur la réalité de la destruction des juifs par le régime nazi) ;
-  soit on refuse d’évoquer la Shoah de cette façon, et on passe directement aux différences d’appréciation sur le problème présent (UEJF et LICRA contre Yahoo) ; au risque de sembler éluder la question en parlant d’« autre chose ».

En déplaçant la discussion vers un sujet indiscutable, M. Knobel interdit de fait la contradiction dans le cadre d’un « Rebond » court dans Libération.

D’ailleurs le présent article ne prétend pas répondre à M. Knobel sur l’action de l’UEJF et de la LICRA (d’autres articles y seront consacrés), ni à évoquer l’Holocauste (ce qui n’est pas l’objet du site). Il se contente de démonter la rhétorique utilisée dans Libération.

-  Conclusion

La démarche de M. Knobel est dangereuse à plusieurs titres.

Elle rejette avec violence toute collaboration entre les partisans de la liberté d’expression (dont le premier objectif est le progrès de la démocratie) et les associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Cette collaboration est pourtant indispensable, car ces deux mouvements d’opinion sont bien plus proches que ne le croit M. Knobel. Sur le réseau, elle a aboutit à de belles réussites, comme le montre par exemple la présence sur le site Anti-Rev de quelques personnes impliquées depuis longtemps dans la promotion d’un internet citoyen. Signalons de plus que les associations de liberté d’expression sur le Net ne sont jamais passives face aux menaces anti-démocratiques et qu’elles ont déjà montré qu’elles pouvaient constituer d’excellents relais d’opinion.

Cette prise de position menace d’éclatement ces associations traditionnelles de lutte antiraciste. On voit déjà les débats houleux du forum de l’UEJF, où beaucoup refusent l’action politique de ce qui était, à l’origine, une association à caractère religieux. À la Licra, les propos de M. Knobel sonnent comme une reprise en main de la mouvance la plus dure. Risques ainsi de désaffection entre les associations de lutte contre l’antisémitisme, perçues comme de plus en plus extrêmistes, et une communauté traditionnellement très intégrée et rejetant toute action politique au nom de la religion.

 
 
ARNO*
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Vainqueur 1982 du concours « Chateau de sable » du Club Mickey des Pingouins à Sainte-Cécile.
28 septembre 2003
6 octobre 2003
 
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Web indépendant


> Non à la haine de l’internet
9 novembre 2005, message de Pierre Knobel
 
Je tiens à préciser que je n’ait aucun lien de parenté connu avec ce monsieur Knobel.
 
en ligne : site perso
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> Non à la haine de l’internet
9 janvier 2005, message de lesserteur dormoy
 

bonjour. suite à ma surprise et écoeurement d’hier soir c’est à dire :

8/01/05 en fin de soirée. je suis allée

sur le forum de france 2 "forum du proche orient"

suite à un article d’un certain sinc 20 du (29.12.04) son article intitulé : "les îles et pays musulmans touchés par

le raz marée" il demande à ce que toute aide venant d’îsrael soit refusée.

un new est apparu hier le 8/ 01/ 05 c’est un certain (tay-sachs)

titre deson message je n’ai pas rêvé "nous devons tous les exterminer" qui à votre avis ? UN PETIT BONHOMME à moustache a baclé le travail.

je vous prie de croire à ma sincèrité, et d’aller voir sur ce forum ( à moins que le modèrateur aie pu s’en rendre compte et de le retirer. je vous coseille de toutes façons d’y faire un tour. cet individu reviendra. j’ai eu envie de vomir , devant de tels propos et souhaite marquer ma solidarité. vis à vis de vous. pouvez vous me répondre et me dire ce que vous en pensez ?

amitié FRANCINE LESSERTEUR DORMOY

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> Non à la haine de l’internet
26 juin 2002, message de drifa
 
merci pour votre site !! il n’y a pas que les internautes qu les tetes bien-pensantes veulent controler !! que pensez-vous de mme françoise Gaillard scandalisée sur france-culture dans l’emission la suite dans les idées par le" succes editorial de Meyssan " car dit-elle le lecteur (sous entendu "d’en bas ") veut se faire une opinion par lui meme !! " quel scandale ce peuple qui ne demande plus la permission pour choisir ses lectures....
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> Non à la haine de l’internet
17 septembre 2000, message de Anonyme (c’est encore permis ?)
 

Pour abonder ds le sens d’Arno

Extrait d’une interview d’Elie Wiesel donnée au webzine Salon. Pour le texte complet http://www.salon.com/people/feature/2000/01/05/wiesel/index.html

Salon Il y a encore tant de haine, même sur le Web. Il y a les partisans de la suprématie blanche, les antisémistes, Farrakhan....

Elie Wiesel La haine est toujours dangereuse. Elle est contagieuse. Elle n’est pas contrôlable, mais il n’y a rien à faire concernant le Web. Je ne sais pas utiliser un ordinateur, mais on me parle de tout cela. Ceux qui nient que l’Holocauste ait eu lieu sont toujours là. Personne ne peut les arrêter. Dans certains pays, en France, nier l’Holocauste est un délit passible de prison. Mais pas ici - Premier Amendement. Et je suis pour le Premier Amendement.

(C’est ma traduction. Extrait original en anglais en fin de message. Je précise qu’a aucun moment le sujet des objets nazis mis aux enchères, également couverts par le Premier Amendement, n’est abordé dans l’interview. Elie Wiesel parle uniquement des sites contenant des "écrits klanistes, néonazis et fascistes " pour reprendre l’expression de Marc Knobel).

Donc selon Marc Knobel, Elie Wiesel serait membre d’une "petite clique" d’internautes, "dangereux" "libertaire" qui "tolère les sites, pages et écrits klanistes, néonazis et fascistes" ??? Sans blague ???

Tolérer ces sites ce n’est ni se taire ni les approuver.

Et la mauvaise foi, l’amalgame, le dénigrement systématique, les mensonges de la LICRA ou de l’UEJF sont dangereux. A chaque discussion sur ces procès, j’entends maintenant des remarques antisémites.

Il faudrait davantage diffuser les opinions de ceux qui, ds la communauté juive, sont opposés à ces procès ridicules, pour montrer que la LICRA ou l’UEJF ne représentent que leurs membres, et certainement pas la majorité de la communauté juive.


Texte original de l’interview d’Elie Wiesel dans "Salon"

Salon There’s still so much hatred, even on the Web. We’ve got white supremacists, anti-Semites, Farrakhan ...

Elie Wiesel Hatred is always dangerous. It’s contagious. It’s out of control, but there’s nothing you can do about this Web. I don’t know how to use the computer, but I hear. Those who deny the Holocaust [took place], they’re always there. Nobody can stop them. In some places, you know, in France, if they say so publicly, it’s a felony and one goes to jail. But not here — First Amendment. And I am for the First Amendment.

 
en ligne : www.salon.com
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> Non à la haine de l’internet
7 août 2000, message de Jean-Charles VIDAL
 

Cher Arno*,

J’ai moi aussi lu le merveilleux article du molosse de la Licra, et n’y vois guère qu’un très classique lâcher d’hemorroides de la part d’un médiateur professionnel un rien effrayé par les possibilités libertaires (et alternatives) du net. Et tu as de toute façon totalement raison : il ne s’agit que d’une instrumentalisation d’un massacre de 5 millions de personnes, procédé des plus pitoyables et des plus obscènes qui devrait donner la nausée à tous les survivants et leurs descendants. Et bien sur, à coup d’amalgames dérisoires et de syllogismes scolaires on arrive à : Arno* = libertaire = irresponsable pas clair dans sa tente = crypto-nazi = Adolf Hitler, donc Arno* = Adolf Hitler. Facile. On se demande d’ailleurs quelle est la motivation réelle de tous ces gens qui cherchent à tout prix à démontrer que le net est un repère de para-nazis pédophiles craquant les cartes bleues et fabriquant des bombes à l’herbicide pour restaurer le IIIeme Reich. Bonne question pour commencer. Parce que si tu as bien démonté le délire furieux qui anime l’ami Knobel (le « comment »), reste à expliquer le « pourquoi ». Ce qui amène forcément (bis repetitae) au problème de la censure. M. Knobel qui est homme de culture doit bien savoir que si les nazis ont pris le pouvoir et organisé le massacre que l’on sait, c’est évidemment à cause du premier amendement aux Etats-Unis. Et non, comme on pourrait le croire, parce que la République de Weimar, avait commencé à établir des lois d’exception, et à museler la presse, ce qui permit ensuite aux sympathiques Nationaux-Socialistes de jouer ensuite sur du velours et de récupérer l’endroit dans l’état même dans lequel ils auraient aimé le trouver. Evidemment, il faut bien se demander si le meilleur moyen de lutter contre le nazisme est vraiment de partir dans un délire hystérique à chaque fois qu’un branleur écrit « Sieg Heil » sur un mur de chiottes publiques. Et même de se demander si vraiment la démocratie est en danger lorsqu’un millier de neo-nazis montent chacun leur site puisque comme tous les ultra-minoritaires, ils ont un coté activiste et ont une « visibilité » médiatique bien supérieure à leur importance réelle. Et encore faut-il s’entendre sur cette « visibilité ». Il en est à mon avis de même pour l’affaire Yahoo que pour le révisionnisme en France ; une fois que les media « officiels » ont enfin vu que la publicité qu’ils avaient accordé à ce phénomène devenait contre-productive, la pretendue horreur s’est dégonflée comme un soufflet, et on s’est bien évidemment retrouvé avec une petite clique de largués sans aucun pouvoir, malgré les affirmations grandiloquentes de l’UEJF. Où en est donc Faurisson et son entreprise de noyautage de l’establishment universitaire, j’aimerais bien le savoir. De la même façon, que des pervers s’échangent des swastikas sur le réseau, à vrai dire, je m’en fous un peu, surtout lorsqu’il s’agit de toute évidence de provocation la plus plate. Pour être plus exact, je ne m’en fous pas, je considère que le remède (la censure) serait bien plus néfaste que le mal. Il faut tout de même pointer le rôle pour le moins ambigu des dénonciateurs professionnels dont l’existence (médiatique) même est indexée sur l’existence de la bête immonde ou de ses rejetons supposés. De surcroît, il faut aussi s’interroger sur la représentativité réelle des lobbies censeurs, que ce soit l’UEFJ, la LICRA ou des organisations de catholiques intégristes. Et sur le droit de ces gens à vouloir légiférer à tout bout de champ comme s’ils étaient les détenteurs exclusifs de la vertu et de l’éthique. Soyons clairs : ils n’en ont aucun (de droit). Et si M. Knobel parlait en son nom propre, cela ne serait qu’affligeant ; alors que le faisant au nom de la LICRA et implicitement au nom de la communauté juive de France, ce qui est totalement abusif, il pratique ce qu’on est en droit d’appeler un abus de pouvoir, en même temps qu’il discrédite les gens qu’il prétend représenter.

Pour ma part, j’attends qu’on me démontre qu’appliquer l’équivalent du premier amendement sur le net entraînera une prise du pouvoir par les neo-nazis, une explosion des viols d’enfants, ou le basculement du net dans la sphère dans le tout commercial (mais là c’est pour de rire ...). Croyance théologique en la puissance infinie du Logos, et mepris invraisemblable pour « les gens », des larves tellement influençables qu’elles iront dès le lendemain organiser un pogrome après avoir visiter un site neo-nazi. Cela n’a aucune réalité historique ; le NSDAP n’a pas pris le pouvoir parce que les gens ont été endoctrinés par la lecture de « Mein Kampf », mais bien plutôt du fait des crises économiques et du traité de Versailles. Qu’on arrête de délirer , et de jouer les peres la vertu plutôt que de se pencher sur un vrai problème potentiel, à savoir la (re)constitution d’un nouveau lumpen-proletariat (en français : les « exclus » de longue durée) qui pourrait bien être l’électorat « naturel » d’un régime autoritaire en puissance.

Bye,

Jean-Charles

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> Non à la haine de l’internet, mict, 29 novembre 2000
Je voulais vous inviter tous à participer au forum de Libération, histoire de réagir un peu à des propos ouvertement cons, mais en allant y mettre ma petite contribution, j’ai remarqué que leur forum était modéré, c’est à dire que la rédaction se réserve le droit de publier les réactions spontanées des internautes qui cadrent avec leurs idées et de refuser les autres. N’attendez donc pas de Libération une once de liberté d’expression.
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