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29 juillet 2000
 
lundi 6 octobre 2003
Le livre, l’internet et la maison de disques

Le Blues du businessman

(j’aurais voulu être un nartiste...)
par Lirresponsable et ARNO*
 
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Dans les nombreuses conférences et autres communiqués de presse complaisants traitant des rapports entre la musique et l’internet, non seulement l’impact du piratage sur les ventes semble une évidence qui n’est presque plus remise en question (« les gens échangent des fichiers MP3... “donc” ils achètent moins de disques »), mais surtout deux autres questions très importantes sont carrément occultées :

— Quel est le lien entre le processus industriel du disque (et notamment le rôle de la maison de disques en tant qu’agent économique) et la création musicale ? La disparition des agents économiques tels que nous les connaissons aujourd’hui implique-t-elle la disparition de la création musicale (via la disparition des artistes eux-mêmes) ?

— Quelle place doit occuper ce processus industriel à l’heure de l’internet ? Qui doit faire quoi ? Qui doit être rémunéré pour quel service ?

Ces questions, dans le cadre de la production musicale, sont assez pénibles à traiter : la confusion est savamment entretenue autour des chiffres, les artistes « signés » ont du mal à imaginer une autre façon de produire de la musique que celle qui les relie aux majors, le public est saturé d’amalgames répétés mille fois, d’informations approximatives, et le tout baigne dans une ambiance de passions qui ne facilite ni la réflexion ni la discussion.

Le présent article se propose d’aborder ce sujet en le déplaçant dans un secteur de l’industrie culturelle où les débats sont un peu plus calmes : le secteur du livre.

L’industrie du livre

Les questions précédentes, que les maisons de disque répugnent à poser, sont nettement plus faciles à aborder lorsqu’il s’agit du livre. Sans doute parce que la diffusion de livres publiés par des éditeurs sur l’internet, que ce soit de manière légale ou illégale, n’est pas encore un phénomène massif (même si, par ailleurs, la diffusion d’œuvres littéraires originales y est omniprésente, mais hors cadre marchand).

Le livre en France représente, en 2002, un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros (source : Syndicat national de l’édition). C’est-à-dire à peu près :
— deux fois celui du disque,
— quatre fois celui du cinéma,
— un cinquième de celui de la presse.

Le site du SNE propose un tableau récapitulatif pour l’année 2001, et les chiffres de 2002 sont très similaires.

On trouve sur les réseaux de peer to peer quelques bandes dessinées au format PDF, généralement des mangas, et sur des sites personnels, des particuliers proposent des listes d’ouvrages en vue d’échange ou de troc (généralement là aussi de la bande dessinée). Pour la littérature blanche ou noire, quelques particuliers proposent au téléchargement des textes classiques (par exemple : Faust de Goethe). Côté institution, signalons l’ABU : la Bibliothèque Universelle qui, avec l’aide d’une équipe de bénévoles, numérise les textes tombés dans le domaine public ; enfin côté marchand, on trouve foultitude de bouquineries on line, spécialisées dans le livre ancien ou rare, qui publient leur catalogue.

Devant cette rareté de livres numérisés disponibles en téléchargement [1], et l’aspect extrêmement marginal de l’échange de livres « piratés », on peut comprendre l’absence de grandes diatribes générales contre l’internet de la part des maisons d’édition. Cette relative indifférence face aux (terribles) menaces pour la création est également due à l’absence de diffusion sur l’internet par les éditeurs eux-mêmes : ces derniers ne fournissent pas de livres au format numérique, justement par crainte de voir ces fichiers échangés par la suite sur le réseau. On a donc probablement un secteur industriel qui évite d’explorer de nouveaux moyens de diffusion, par crainte du piratage qui est perturbation du monopole.

Nous verrons que cette question du « piratage de livres », si elle est facile à mettre en avant pour se donner à la fois bonne conscience et une bonne image (rendre son combat populaire auprès du public et de ses représentants élus), n’est pas le seul enjeu, car d’autres questionnements, nettement moins gratifiants, attendent les éditeurs passant à la diffusion numérique.

War against photocopillage

Si la situation du livre (peu de copies numériques) semble très différente de celle du disque (assassiné comme chacun le sait par les graveurs de CD...), il faut se souvenir tout de même du glorieux épisode de la guerre contre le « photocopillage » (on cherche encore comment des gens de lettres ont pu accoucher d’un néologisme aussi indigne).

Au début des années 1990, le Syndicat national de l’édition annonce la baisse des ventes de livres. Le chiffre n’est remis en cause par personne, car annoncé par le SNE lui-même ; sachant que le SNE est le syndicat corporatiste des patrons de cette industrie, les chiffres méritent d’être cités avec une certaine réserve.

Cause immédiatement désignée de cette catastrophe : la photocopie ! La presse, avec un goût inhabituel pour l’investigation, le débat critique et la mission citoyenne, reprend sans trop se poser de questions toutes les théories du syndical patronal : la photocopie, massive, tue la création littéraire en France !

L’alibi culturel de l’argumentaire est pourtant tout relatif : en effet, la littérature, si elle est la façade médiatique du secteur de l’édition, ne représente que 20% de son chiffre d’affaires. De plus la moitié des ventes (en volume comme en chiffre d’affaires) est réalisée par les réimpressions... Ainsi les invités de Bernard Pivot représentent moins de 10% du secteur de l’édition, et sans doute beaucoup moins dans les manques à gagner supposés provoqués par la photocopie.

Toujours est-il que la campagne médiatique est rondement menée, avec la mise en avant de la défense de la seule création culturelle. Le tout débouchant sur des mesures particulièrement symboliques en matière de défense et de promotion de notre identité culturelle : TVA réduite sur le livre, taxe sur les photocopies, rémunération au titre du prêt en bibliothèque [2]

Enchaînement très classique : baisse supposée des ventes (en tout cas, sur la seule foi des chiffres fournis par les industriels eux-mêmes), mise en avant d’un alibi culturel, dénonciation d’une hypothétique « piraterie » qui tue la culture, finalement obtention d’une série de mesures de subvention, d’aides à la création et à la diffusion du secteur industriel tout entier au détriment du contribuable.

Notons que l’on retrouve dès 1997 des spécialistes de l’Internet sur cette question puisque, lors des rencontres de l’Internet Society à Autrans, parmi les propositions, figurait celle-ci : « L’État pourrait mettre sur un serveur la liste complète des sources de subventions disponibles pour l’édition sur l’Internet et proposer un guichet unique afin d’y déposer un dossier. Il serait possible que la liste des subventions accordées, ainsi que celle des bénéficiaires, soit publiée. Serait-il concevable, enfin, qu’une fraction significative de ces subventions soit réservée aux nouvelles entreprises ? ».

En voilà une belle mutation sociétale ! Il est toujours plaisant de constater que la défense et la promotion de l’art-qui-n’est-pas-une-marchandise passe systématiquement par des taxes nouvelles, des incitations fiscales et des subventions.

Le prix du livre

En matière de musique, il semble indécent de demander pourquoi il faudrait maintenir une industrie aux processus obsolètes, qui continue à ponctionner un revenu énorme sur la création, alors que l’internet permet de créer de nouveaux circuits de diffusion de cette création.

Concernant le livre, ces questions ne choquent pas :
— le relatif calme de la situation (les ventes de livres progressent tous les ans) autorise à poser ce genre de question ;
— entre eux, les éditeurs se les posent.

Nous utiliserons ici une donnée très intéressante : la décomposition moyenne du prix d’un livre (source : SNE).
— auteur : environ 10%,
— éditeur : environ 15%,
— prépresse, papier, impression, façonnage : environ 20%,
— diffusion : environ 8%,
— distribution : environ 14%,
— détaillant (libraire) : environ 33%.

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Pour le client final, ajouter encore une TVA de 5,5%.

Ces frais sont très variables en fonction du type de livre et du nombre total d’exemplaires vendus. Une partie des frais est fixe ; notamment la fabrication du « prototype » (prépresse) ; le coût de cette création est beaucoup plus élevé dans certaines catégories de livres que d’autres (par exemple, le prototype d’un manuel scolaire scientifique coûte beaucoup plus cher que la composition d’un livre de littérature générale). La part de ces frais fixes diminue en pourcentage lorsque le tirage augmente (même investissement, que le livre se vende à 300 exemplaires ou à 30 000).

Dans la logique de l’action de lutte contre le photocopillage, notons qu’il est particulièrement savoureux de mettre en avant le risque qu’il fait peser sur les seuls auteurs de littérature : la littérature ne représente que 20% du secteur de l’édition, la moitié seulement de ce secteur est consacrée à la production de nouveaux livres et, là-dedans, le poids des auteurs en tant qu’agents économiques est de 10%. On peut tout aussi bien affirmer que le photocopillage nuit moins aux auteurs de littérature qu’une hausse du prix du tabac !

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Un sujet qui préoccupe les Français
Pour Jean-Claude, la crise de l’édition est principalement due au premier amendement de la constitution de ces putains de yankees. Heureusement le Prix Unique et Jack Lang nous protègent.

Une autre bizarrerie semble ne choquer personne. Les frais de fabrication d’un livre ne cessent de baisser. La PAO a réduit le coût de la création du « prototype » dans des proportions énormes, notamment pour les livres « compliqués » (ouvrages techniques, livres en couleur, etc.) ; dans le même temps, le recours aux services d’ateliers dans des pays en développement (la mondialisation heureuse en Inde, Afrique du Nord, au Vietnam), facilité par la baisse des prix de l’informatique, l’accès aux compétences informatiques et l’échange de fichiers par le réseau, ont fait chuter les prix de la composition, dans tous les domaines (aussi bien composition « simple », telle la littérature, que la composition plus complexe des ouvrages techniques). Les coûts de validation du prototype (épreuves numériques, disparition des « films » d’impression...) baissent constamment. Quant aux frais liés à l’impression, ils baissent également (depuis quelques temps, les coûts des petits tirages suit une baisse impressionnante).

Dans le processus de fabrication du livre, aussi bien les frais fixes que les frais variables baissent. Même les frais liés à l’activité des éditeurs eux-mêmes baissent, depuis les années 80, avec l’application de techniques de gestion et d’organisation plus efficaces héritées des autres secteurs industriels.

Donc, la plupart des coûts intervenant dans le prix d’un livre baissent, certains dans des proportions qui n’existent dans aucune autre industrie. Pourtant, le prix des livres n’a pas baissé (et surtout pas dans ces proportions). On a donc le maintien du revenu fixe de tous les agents économiques du livre, alors que tous leurs coûts diminuent énormément. Le seul acteur dont les coûts n’ont aucune raison de baisser, c’est l’auteur.

Voilà notre bizarrerie fort peu morale : malgré cela, les droits de l’auteur sont toujours les mêmes qu’au début du siècle... C’est le seul intervenant dans la chaîne du livre dont le revenu n’augmente pas et dont les coûts ne baissent pas ; tous les autres voient leurs coûts chuter pendant que leurs revenus sont maintenus constamment. Dit autrement : non seulement ceux qui achètent des livres ne profitent pas de la baisse des coûts de production, surtout le seul acteur auquel le maintien du prix du livre malgré la baisse des coûts ne profite pas, c’est l’auteur.

Sans vouloir procéder par une analogie trop rapide, on invitera simplement ici le lecteur à voir si cette évolution n’est pas rigoureusement similaire pour le disque : des coûts de production en chute libre, les seuls agents économiques du système qui n’en profitent pas étant l’artiste et le client.

L’avenir d’un processus industriel obsolète

La situation actuelle est celle de l’émergence d’une nouvelle technique, l’internet, qui permet de remplacer certaines méthodes des industries culturelles. Pour le dire simplement : un auteur peut diffuser son œuvre de lui-même via l’internet, et même se faire payer directement par ses lecteurs [3]. De la même façon, un musicien peut distribuer sa musique en ligne et se faire payer directement.

Reprenons la décomposition du prix d’un livre, et voyons ce que cela donne, rapporté à cette situation nouvelle.

-  Création du prototype

On peut considérer que la composition et le maquettage d’un livre, que ce soit pour l’internet ou pour le papier, sont des processus identiques, donc que les frais ne changent pas. Dans l’absolu, c’est vrai. Dans la pratique, pas tout à fait : la préparation d’un document pour l’internet est nettement moins exigeante que pour l’impression, tant en termes de complexité des formats, de définition nécessaire, de maîtrise de techniques. N’importe qui peut diffuser des textes illustrés d’images en couleur sur l’internet ; préparer des images en haute définition pour la quadrichromie nécessite encore des compétences professionnelles.

De plus, l’idée étant ici, tout de même, de répercuter une baisse des coûts auprès du client final, on peut admettre que les exigences du client seront moins élevées car le produit est vendu nettement moins cher ; et réaliser une document simplement « propre » coûte beaucoup moins cher qu’un document « professionnel » à la mise en pages extrêmement soignée.

D’autres frais fixes baissent lors du passage de l’impression au tout numérique : absence d’épreuves de contrôle imprimées, pas de création de films ni de plaques d’impression, absence de machines professionnelles spécialisées coûtant très cher.

-  Impression, façonnage

Les coûts d’impression et de façonnage disparaissent totalement du prix de vente. Ils sont remplacés par l’hébergement (comprenant généralement un forfait de bande passante), pour des prix incomparablement plus bas.

On peut pousser le raisonnement plus loin : ces frais sont carrément pris en charge par le client lui-même. Qu’il imprime le document chez lui ou qu’il grave un CD de musique, il prend sur son propre temps pour réaliser une opération qui était auparavant réalisée lors du processus industriel, et il utilise le matériel qu’il a lui-même acheté, avec les « consommables » (encre, papier, support de stockage) qu’il paie.

Ceci impose une petite remarque : les solutions destinées à « soutenir » les industries culturelles sont toutes basées sur un système de taxation sur les consommables et l’activité de reproduction. Il est très amusant de voir que le principe consiste à ponctionner les nouvelles techniques, utilisées par le client, alors que justement ces techniques rendent inutiles les anciens procédés industriels. Le jour où ces industries culturelles décideront d’utiliser ces nouveaux processus - vente directe en ligne de contenus sans support matériel -, le client se trouvera en situation d’acheter le contenu, de réaliser avec ses propres moyens l’opération de reproduction, tout en étant taxé pour soutenir un processus industriel que cette nouvelle chaîne économique aura totalement rendu obsolète. Le client se retrouve donc à payer pour soutenir une activité qu’il effectue lui-même [4]. Il semble difficile dans ces conditions d’appeler à une reponsabilisation des pratiques du client.

-  Diffusion, distribution, détaillant

Cette partie énorme du prix du livre (plus de la moitié de son prix) est rendue totalement injustifiée dès lors que l’auteur vend directement à ses lecteurs-clients (ou que l’éditeur en ligne vend directement).

Il reste donc la rémunération de l’auteur (10% du prix de vente d’un livre « papier ») et la rémunération de l’éditeur (15%). Mathématiquement, un livre vendu directement sur l’internet, sans support physique, ne devrait plus coûter que 25% de son prix en librairie.

Malgré le risque d’une analogie encore trop facile, on peut considérer que la musique vendue (légalement) en ligne devrait elle aussi coûter près de quatre fois moins cher qu’en magasin.

Alors que tout le monde se réjouit du succès des ventes en ligne de musique par Apple, chaque « chanson » étant tout de même vendue 1 dollar (ce qui fait encore bien cher l’album complet), on voit qu’il reste du chemin à faire vers une véritable « moralisation » des pratiques commerciales des industriels de la culture.

Le cas du livre est d’autant plus exemplaire, puisque chacun constate à quel point imprimer le livre chez soi peut être plus long et plus cher que l’acheter en librairie. Pourtant, c’est bien le même principe lorsque l’on grave un CD : le « client » a lui-même récupéré le morceau (tout le circuit de distribution disparaît), il a acheté le matériel de reproduction (il n’y a plus d’industriel pour réaliser l’opération à sa place) et il utilise ses propres « consommables ».

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Le comble de l’horreur masquée
Le terrible spectre du photocopillage menace en pleine rue un auteur innocent. [Collection privée].

Cela tient de l’évidence pour le livre : les éditeurs sont bien conscients qu’ils ne pourront pas vendre des livres en ligne sans une division des prix par trois ou quatre. Et qu’ils devront évidemment remonter le pourcentage des droits des auteurs (logiquement, ces droits passeraient à quasiment 50% du prix de vente) [5]

Cette évidence économique est certainement l’une des raisons de leur peu d’empressement à investir un tel marché (s’il existe). À moins d’une campagne de communication aussi éhontée que celle de l’industrie du disque, on ne voit pas ce qui permettrait, de toute façon, de convaincre les clients d’une logique inverse.

Les analyses publiées au sujet du livre numérique semblent d’ailleurs se focaliser sur des produits spécifiques. On constate cependant que la question du prix est centrale :

« Le coût unitaire est beaucoup moins élevé que celui des versions papier, dans un rapport de un à quatre. Introduit en 1995, le premier CD-Rom de ce type a d’emblée dépassé les ventes de la version papier : 100 000 CD-Rom vendus en trois ans (soit une moyenne de 30 000 par an), les ventes annuelles de la version papier étant passées de 20 000 à 5 000 ou 6 000 exemplaires. On voit à la lecture de ces chiffres que le numérique pourrait élargir de façon significative le marché des encyclopédies et qu’il constitue, dans ce segment, un substitut au livre papier. » Ce même rapport aborde le cas exemplaire de 00h00 (maison d’édition en ligne), mais occulte le problème de la répartition des droits : « On peut citer le cas de 00h00, dont les trois-quarts des commandes enregistrées jusqu’à présent ont porté sur les versions électroniques des ouvrages. Le coût de celles-ci s’établit, selon le cas, entre 35 et 70% de celui des versions papier. » (Rapport de la commission de réflexion sur le livre numérique, mai 1999)

De fait, tous les éditeurs (nouveaux ou anciens) qui se sont intéressés à la vente de livres sans support physique (i.e. sans papier) en ligne ont été confrontés à cette épineuse question : à quel prix vendre un livre en ligne ? D’un côté, plus grand-chose ne justifie de vendre par exemple un roman à 20 euros, la disparition des frais de fabrication et du circuit commercial ne permettant pas de justifier un prix supérieur à, disons, 5 euros ; de l’autre, dans la psychologie supposée du lecteur-client, que « vaudrait » un livre vendu aussi peu cher ?

Curieusement, cette évidence ne semble pas exister pour la musique. Le lien entre la vente physique des disques et la rémunération des artistes semble indiscutable, et la remise en cause d’un processus industriel obsolète est totalement niée. Comme si la question ne se posait pas. Comme si elle n’allait jamais se poser.

Se passer de l’éditeur

Dans la partie précédente, on a vu qu’au moins 75% des coûts justifiant le prix du livre étaient rendus injustifiables par une diffusion sur le réseau. Seule les parties « auteur » (10%) et « éditeur » (15%) relèvent de « services » qui existent encore (les autres sont remplacés totalement par l’utilisation du réseau).

Imaginons la suite logique : l’auteur se débarrasse de l’éditeur. Analogie avec le disque : le musicien se débarrasse de la maison de disques. L’état actuel de la technique (et sa simplicité) rend ce choix déjà parfaitement possible (et utilisé par certains).

-  Le maître d’œuvre

Si une certaine image des éditeurs est celle de quasi intellectuels lisant des manuscrits et servant de thérapeutes à des artistes maudits, la réalité du métier est largement celle d’un maître d’œuvre coordonnant les différents prestataires de service intervenant dans la fabrication d’un produit manufacturé et sa commercialisation.

Dans l’optique d’une diffusion en ligne, nous avons vu que ces prestataires devenaient inutiles. Ce rôle de maître d’œuvre de l’éditeur disparaît ainsi ; en tout cas, ce qu’il en reste peut être assuré par un agent moins gourmand, voire être totalement pris en charge par l’auteur (des millions d’individus le font depuis des années, un auteur peut bien s’y mettre dans l’espoir acquérir plus d’autonomie, d’indépendance, de liberté et même, de parts de droits d’auteurs).

-  L’entremetteur

La justification classique du métier de l’éditeur (et donc de sa rémunération) est de faire se rencontrer un auteur et son public. Il est utile ici de rappeler le chiffre fourni par le SNE : le tirage moyen d’un livre est de 8 200 exemplaires. Cette moyenne rend compte de situations extrêmement diverses :
— la littérature tire en moyenne à 10 300 exemplaires ;
— les ouvrages techniques, la documentation, les livres de droit, de sciences économiques, de sciences humaines... ont des tirages situés en moyenne (best sellers compris) entre 2 500 et 3 500 exemplaires ;
— ces tirages sont tirés à la hausse par une poignée de best sellers dans chaque catégorie ; ces livres tirés en dizaines ou centaines de milliers d’exemplaire font monter ce chiffre moyen. L’immense majorité des 60 000 titres produits chaque année se cantonne à des tirages beaucoup plus modestes (un millier d’exemplaires par exemple).

Si l’on compare ces chiffres aux fréquentations des sites Web, on constate qu’il est nettement plus facile pour un auteur de « toucher son public » via le réseau qu’au travers d’un livre. Du strict point de vue « culturel » (la diffusion des créations culturelles auprès des lecteurs), le choix du « tout internet » se justifie totalement.

-  Le sélectionneur

Une autre justification du métier d’éditeur réside dans la sélection des meilleurs. Toutes les œuvres ne trouvant pas leur public, le rôle de l’éditeur serait, par la sélection (par sa renommée et sa cohérence), de présenter au public un choix d’œuvres qui l’intéressent ou qui méritent de l’intéresser.

Depuis des siècles, ce rôle extrêmement gratifiant est cependant critiqué lorsqu’il s’agit de livres. D’une part, les « erreurs » de jugement des éditeurs font partie des anecdotes que tout le monde raconte (les grands auteurs refusés partout, les œuvres charcutées par des éditeurs...). D’autre part, la prétention d’une activité économique reposant sur la promotion des œuvres de qualité est, pour le moins, contredite par la simple visite d’une librairie ou par l’observation des chiffres des ventes.

Citons Jean-Marc Roberts (« Entretien avec Jean-Marc Roberts, éditeur », Drôle d’époque) parlant de son métier d’éditeur :

« Je pensais qu’en tant que conseiller littéraire ou éditeur dans une maison d’édition, je pouvais tranquillement imposer mes goûts, mes choix ; en fait non. Même si j’y parvenais, je faisais ce travail pour un patron, pour une maison qui m’employait et qui me demandait des résultats, mais d’une manière beaucoup plus perverse qu’un groupe ou qu’une banque. Stock est effectivement une filiale d’Hachette, mais quand Le Seuil a des comptes à rendre, il les rend à des banquiers, donc ça se rejoint quand même. Je parle de perversité parce que, quand j’étais éditeur de littérature au Seuil, chez Gallimard ou chez Julliard, on me demandait des résultats : c’est-à-dire de trouver des livres qui se vendent sans me laisser vraiment la possibilité de publier des livres qui ne se vendaient pas. Je schématise, mais finalement le problème est là. »

L’image des maisons de disque, qui est celle de personnages arrivistes, incultes et insupportables, ne fait pas l’objet des mêmes moqueries liées à de dramatiques erreurs de sélection, ni à une censure inadmissible. Les maisons de disque ont une mauvaise image, mais l’idée demeure que le système permettrait globalement de faire connaître ce qui doit être connu (les bons musiciens finissent par percer, les autres ne sont pas bons) ; à l’inverse les éditeurs seraient des gens cultivés, sympathiques et intelligents mais qui sont passés à côté de Proust. Ainsi le rôle de sélection par les maisons de disques n’est que rarement remis en cause (étouffer des génies méconnus), alors même que ce rôle de l’éditeur de livre est constamment critiqué. [6]

-  Le camelot

La promotion fait également partie des justifications du « coût » des éditeurs. Remarquons encore que la réalité des prestations contredit largement cette revendication.

Non seulement les maisons d’édition ne consacrent que très peu de moyens à cette promotion (quelques encarts dans la presse, puisque la publicité audiovisuelle est interdite contrairement au disque), de plus celles qui en ont les moyens les consacrent à une partie infinitésimale de leur catalogue (en général le poulain pour la course aux concours).

La promotion commerciale des livres par les maisons d’édition est dans les faits une partie marginale de leur activité comptable, et lorsqu’elle existe on peut discuter de son efficacité pour la grande majorité des auteurs.

Cette promotion est, de plus, traditionnellement largement prise en charge par les auteurs eux-mêmes : si les éditeurs peuvent organiser des événements, le gros de l’investissement se fait sur le temps des auteurs (signatures, conférences, présentations...). Chose amusante quand on y songe : voilà encore un coût, pour l’auteur lui-même, qui n’est généralement pas intégré dans le prix du livre, puisqu’un auteur ne se fait pas payer ses nombreuses journées de signatures et de présentations, alors qu’un éditeur qui achète un encart publicitaire dans la presse répercutera cet investissement sur le prix du livre.

Face à la très relative efficacité de la promotion traditionnelle assurée par les éditeurs, on peut opposer la vitalité des liens sur le réseau. Souvent présenté comme « horizontal » (tout se vaut sur le Web, le bon et le médiocre sont au même niveau...), le réseau dispose en réalité d’outils et de méthodes qui facilitent la mise en avant des œuvres originales par les usagers eux-mêmes.

Le Réseau permet des choses inconcevables dans l’édition : il permet à chacun de s’exprimer directement (sans sélection préalable par des entreprises), il permet de construire une renommée sur la durée (rien de comparable avec un premier roman envoyé au pilon au bout de quelques mois), mais aussi il offre des outils et des méthodes collectives qui font ressortir les créations originales. Et cela sans aucun frais de promotion.

D.I.Y.

Avec le Réseau, l’intérêt du recours à un éditeur perd de son évidence. Même la mise en place d’une structure de paiement pour assurer la rémunération de l’auteur peut se passer de l’éditeur - dont c’est traditionnellement une des activités (les systèmes de paiement en ligne utilisables directement par des vendeurs indépendants se multiplient).

On peut se demander si, face à cette perte totale de légitimité (économique et sociale), le chahut organisé par les maisons de disque n’a pas pour but de s’attribuer un nouveau rôle social : celui du pouvoir de nuisance. En grossissant le trait et en formulant le discours implicite : « Regardez comme nous pouvons faire beaucoup de bruit, regardez comme nous obtenons des subventions, regardez comme nos avocats sont pénibles : artistes, nous seuls sommes capables de défendre vos droits, si vous décidez de vous passer de nous, vous ne pourrez plus bénéficier de cette force de frappe. »

Pour un auteur, une nouvelle possibilité peut désormais être envisagée : réaliser lui-même, pour un coût très faible, son propre document (intégrant la mise en page et la mise en ligne), le diffuser lui-même et le vendre.

Auparavant, il était un acteur économique dans la vie de son propre ouvrage à hauteur de 10% du prix de vente. Seul, il peut envisager exactement la même rémunération, pour lui-même, soit en réussissant à vendre son livre au même prix à 10 fois moins de monde, soit en vendant son livre dix fois moins cher à autant de monde. (Évidement, il y a de la marge entre ces deux extrêmes...)

Se poser ces questions au sujet du livre ne semble pas totalement indécent. Curieusement, les mêmes interrogations, au sujet du disque, sont totalement occultées du champ des possibilités. Hors des maisons de disque, point de salut... Qu’est-ce qui justifie pourtant que les artistes confient leurs droits et leur image à des intervenants qui ponctionnent 90% du prix de vente, à l’heure où un nouveau processus de distribution émerge dans tous les pays développés (c’est-à-dire, soyons réalistes, là où se trouvent les clients solvables qui assurent leur revenu) ? Est-ce que taxer les nouveaux outils de distribution culturelle pour subventionner des procédés industriels obsolètes répond à une logique saine ?

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Une note d’espoir
L’autoproduction et la libre publication déclenchent l’enthousiasme de la jeune génération.

Concluons par un constat qui, s’il préserve pour un temps le secteur industriel du livre, minore l’habillage culturel de son autojustification : le principal élément qui limite la distribution totalement dématérialisée des livres, c’est l’aspect infiniment plus pratique du livre-papier par rapport au livre sans support : non seulement cela revient souvent moins cher que d’imprimer chez soi, de plus le livre relié est plus pratique qu’un paquet de feuilles A4 reliées à la va-comme-j’te-pousse dans un atelier de reproduction pour les étudiants. Ainsi l’existence de l’industrie du livre se justifie essentiellement par la fabrication des produits industriels manufacturés que sont les livres imprimés.

 

[1] Citons à titre d’exception, les éditions Mille et une nuits qui proposent des textes, du domaine public, en consultation libre et au téléchargement, ainsi que les éditions de l’Eclat avec le lyber

[2] LOI n° 2003-517 du 18 juin 2003 relative à la rémunération au titre du prêt en bibliothèque et renforçant la protection sociale des auteurs : « Art. L. 133-4. - La rémunération au titre du prêt en bibliothèque est répartie dans les conditions suivantes :

« 1° Une première part est répartie à parts égales entre les auteurs et leurs éditeurs à raison du nombre d’exemplaires des livres achetés chaque année, pour leurs bibliothèques accueillant du public pour le prêt, par les personnes morales mentionnées au troisième alinéa (2°) de l’article 3 de la loi n° 81-766 du 10 août 1981 précitée, déterminé sur la base des informations que ces personnes et leurs fournisseurs communiquent à la ou aux sociétés mentionnées à l’article L. 133-2 ;

« 2° Une seconde part, qui ne peut excéder la moitié du total, est affectée à la prise en charge d’une fraction des cotisations dues au titre de la retraite complémentaire par les personnes visées au second alinéa de l’article L. 382-12 du code de la sécurité sociale. »

[3] Le coût de cette opération est, par exemple, de 0,167 euro par transaction (soit 1,10 F HT par transaction) pour 1 à 5 000 paiements par trimestre, avec un système de paiement en ligne dont on ne fera pas la publicité ici.

[4] Ce point est abordé par Jean-Baptiste Soufron dans « Le peer to peer face à la logique du droit d’auteur ».

[5] Manuscrit.com reverse des droits d’auteurs échelonnés de 25% à 40% à partir de 500 exemplaires sur la vente de livres sous forme de fichiers numériques.

[6] Relativisons cependant cette critique : autant le rôle de « bon sélectionneur » de l’éditeur est critiquable, autant le fait de considérer l’édition comme un secteur soumis à la censure économique est une erreur facile. Elle revient généralement à reporter les limites de la presse, marché aux acteurs peu diversifiés proposant des produits de masse, sur un secteur, l’édition, constitué d’une incroyable diversité d’acteurs proposant des produits à faible diffusion (un best seller de l’édition dépasse rarement, en tirage total, le tirage d’une seule journée du quotidien Le Monde).

On peut certes regretter avec Attac que les grands intellectuels altermondialistes courent le risque de ne plus être publiés par Messier et Lagardère, ou avec l’éditeur ci-dessus que les grosses machines de l’édition souhaitent publier des livres à fort tirage ; d’un autre côté, rien n’interdit à Pierre Bourdieu de créer une « petite » maison d’édition (dans ce secteur, les investissements sont assez peu élevés), et de rencontrer un véritable succès ; et les livres « pour se faire plaisir » sont publiés par les maisons d’édition dont c’est le but (spécialisées dans les ouvrages à faible tirage). L’édition est constituée non seulement des grosses entreprises bien connues, mais aussi d’une foule de petites boîtes plus ou moins spécialisées, d’associations publiant leurs propres livres, et même de structures de promotion des livres publiés à compte d’auteur.

Si la situation de l’édition en terme d’indépendance et de liberté des auteurs n’a rien de comparable avec l’internet, en revanche la censure économique y est quasiment un contresens. Ce secteur se caractérise par la grande diversité des acteurs, chacun proposant des solutions adaptées à une activité économique et sociale. Il n’est pas difficile de trouver un éditeur pour publier Les affres de mon interminable psychanalyse après le décès de mon chat (600 pages) ou Les maîtres du monde sont des lémuriens héritiers de la civilisation de Mû.

 
 
Lirresponsable et ARNO*
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> Le Blues du businessman
29 avril 2007, message de Serge-André Guay
 

Le gouvernement du Québec contrevient

aux droits de l’Homme en matière d’aide à l’édition

(Montréal, le 17 Avril 2007) Le gouvernement du Québec fait preuve de discrimination envers les auteurs en subventionnant uniquement les éditeurs agréés. La Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre contrevient à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par l’organisation des Nation Unies. En effet, l’article 19 précise que : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Or, La Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre exclut tout autre moyen d’expression que le livre publié par un éditeur agréé par le gouvernement. La loi stipule clairement que le gouvernement s’oblige à aider financièrement uniquement les éditeurs qu’il a lui-même agréés : « L’aide financière que peut accorder, suivant la loi, le gouvernement, un de ses ministères, organismes ou un mandataire de l’État à une personne faisant commerce dans le domaine de l’édition, de la distribution ou de la librairie ne peut être accordée qu’à des personnes titulaires d’un agrément délivré en vertu de la présente loi ou qui y sont admissibles. » Autrement dit, le gouvernement est à la fois juge et partie dans l’attribution de l’aide à l’édition.

En réservant son aide financière en exclusivité aux livres publiés par les éditeurs agréés, le gouvernement fait preuve de discrimination envers tous les autres moyens d’expression tels les livres autoédités, édités à compte d’auteur et édités en ligne sur internet.

Il y a maintenant cinq ans que nous demandons au gouvernement du Québec de mettre en place un programme d’aide pour l’édition en ligne mais il reste sourd à nos demandes. Nous n’avons plus d’autre choix que de hausser le ton pour appeler ce gouvernement à être davantage à l’écoute des auteurs et tous les types d’éditeurs. Le système mis en place par le gouvernement du Québec crée deux types d’auteurs : ceux publiés par les éditeurs agréés, fortement subventionnés, et les autres, de seconde classe, dont les éditeurs ne jouissent d’aucune aide financière du gouvernement, tout simplement parce que leurs oeuvres furent refusées par les éditeurs agréés. Ça a assez duré ! Et s’il le faut, nous porterons notre cause devant la Commission des droits de l’Homme des Nations Unies.

Les éditeurs agréés refusent plus de 90% des manuscrits soumis à leur attention. Ces refus sont avant tout motivés par des impératifs commerciaux et non pas en raison de la piètre qualité littéraire des oeuvres soumises par nos auteurs. C’est du moins la conclusion tirée par la fondation à la lumière de l’analyse de nombreuses lettres de refus d’éditeurs reçues préalablement par les auteurs qu’elle édite en ligne sur internet. Pour le gouvernement du Québec, seuls les éditeurs agréés ont la capacité de juger la qualité littéraire des oeuvres de nos auteurs et de choisir ce que la population pourra lire ou non.

Le gouvernement du Québec pratique une censure déguisée en déléguant aux éditeurs agréés le pouvoir de vie ou de mort sur les oeuvres de nos auteurs.

La fondation est d’avis que le gouvernement du Québec cause un grave préjudice au patrimoine littéraire québécois en subventionnant uniquement les éditeurs agréés car nos libraires n’offrent, somme toute, que moins de 10% des oeuvres de nos auteurs. Plus de 90% dorment au fond des tiroirs de nos auteurs. Notre maison d’édition se propose de les éditer sur internet avec impression à la demande (un exemplaire à la fois à la demande expresse de chaque lecteur) mais le gouvernement du Québec refuse de nous aider financièrement à préserver ce patrimoine littéraire. Au même titre que les photographies anciennes conservées par la Bibliothèque nationale du Québec, objets de maintes attentions professionnelles même si elles sont parfois mal cadrées et tachées d’acide, chacun des manuscrits de nos auteurs offre un portrait inédit de notre temps. Il y a nécessité de les conserver et de les diffuser, ne serait-ce qu’en ligne sur internet, si on veut un portrait juste de la diversité éditoriale et culturelle actuelle.

D’une main, le gouvernement du Québec invite les gens à écrire et, de l’autre, il limite l’accès à l’édition.

Plusieurs gouvernements à travers le monde ont depuis longtemps compris que la démocratisation de l’accès à l’édition passe par l’édition en ligne sur internet et l’impression à la demande. C’est pourquoi plusieurs de nos auteurs font éditer leurs oeuvres en ligne à l’étranger, notamment en France et aux États-Unis.

Le marché de l’édition en ligne est en train de nous échapper parce que notre gouvernement se limite à subventionner uniquement l’édition traditionnelle.

La Fondation littéraire Fleur de Lys, pionnier de l’édition en ligne au Québec, lance donc une campagne nationale de sensibilisation afin de forcer le gouvernement du Québec à subventionner sa maison d’édition en ligne. Elle invite les auteurs concernés et la population à envoyer des cartes postales au cabinet du ministère québécois de la culture et des communications. Ces cartes sont disponibles sur le site internet de la fondation :

http://manuscritdepot.com/edition/lutte.4.htm.

Voir aussi notre dossier en ligne :

http://manuscritdepot.com/edition/lutte.1.htm

-  30 -

Source :

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

ADRESSE ÉLECTRONIQUE

contact@manuscritdepot.com

SITE INTERNET

http://www.manuscritdepot.com

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Patrick Devedjian lit Uzine !
21 juin 2004
 

Patrick Devedjian dans Le Parisien ce matin, extraits :

"En ce jour de Fête de la musique, Patrick Devedjian, le ministre de l’Industrie, prend les industriels du disque bille en tête.

L’industrie du disque multiplie actuellement les mises en garde contre la piraterie sur Internet qui, selon elle, met en grave danger ce secteur économique ainsi que la création artistique. Partagez-vous cette analyse ?

Patrick Devedjian : La piraterie est un drame pour l’industrie musicale, et il faut la combattre de trois manières : en sensibilisant sur les risques qui lui sont liés, en poursuivant les pirates professionnels et en développant l’offre légale. Mais il ne faut pas confondre les effets et les causes, et je pense que la responsabilité des industriels est également engagée dans cette affaire.

Et pourquoi cela ?

J’ai mené une enquête pour savoir pourquoi les jeunes piratent. La réponse est limpide : les disques sont trop chers, et certains titres ne sont plus disponibles que sur Internet. Des tarifs trop élevés, une offre de plus en plus réduite et une surface de vente de plus en plus faible ; à cela s’ajoute un produit de substitution, le DVD qui cannibalise le CD. Voilà où est le problème de fond.

A vous entendre, les professionnels du disque et de la musique seraient en partie responsables de leurs malheurs ?

Les responsables du secteur considèrent depuis des années qu’il est plus profitable pour eux de fabriquer des vedettes pour vendre des disques. En effet, mieux vaut promouvoir un inconnu dont on fait une vedette à grands coups de marketing et de radio et de télévision. Cela ne prend guère plus de 8 % de marge, alors qu’un Michel Berger méritait 22 %. Résultat : les maisons de disques ont préféré faire la promotion d’interprètes plutôt que d’auteurs-compositeurs. A tel point que le président d’Universal, Pascal Nègre, disait il y a quelques années : « Si Jim Morrison ou Jacques Brel entraient aujourd’hui dans mon bureau... eh bien je ne signerais pas avec eux ! » Cela n’a strictement rien à voir avec Internet et la piraterie ! Voilà pourquoi je pose la question : qui fait mal son métier dans cette affaire ? D’autant que, dans le même temps, les industriels ont réduit drastiquement l’offre. Même en matière de musique classique (un secteur pourtant non piraté), on ne trouve plus aujourd’hui le choix fantastique qu’on avait à l’époque du disque vinyle. Vous trouvez cela normal, vous ?

Alors que conseillez-vous à l’industrie musicale ?

Elle doit être beaucoup plus dynamique, plus innovante, et considérer les nouvelles technologies comme une chance et non une menace.

C’est-à-dire ?

Prenez les téléchargements de sonneries musicales pour portable : cette activité remporte un vrai succès et pèsera bientôt 10 % du chiffre d’affaires de l’industrie musicale. Les marges grimpent jusqu’à 55 % ! Ce qui montre bien qu’on peut gagner de l’argent aujourd’hui dans le secteur musical en s’adaptant aux nouveaux outils et aux nouveaux modes de consommation. Autre exemple, le baladeur numérique et son corollaire, le téléchargement légal et payant sur Internet : il se développe à très grande vitesse, mais je constate que les prix de vente en ligne sont encore trop élevés. De 0,75 € à 0,99 € la chanson, c’est presque aussi élevé que le prix d’un CD. Or, je pense que le vrai moyen de lutter contre la piraterie, c’est d’offrir un choix diversifié de musique en ligne légale à un prix raisonnable.

Qu’est-ce qu’un prix raisonnable ?

C’est celui qui, compte tenu des risques à la fois de virus et de poursuites judiciaires, fait arbitrer le consommateur en faveur du téléchargement légal.

Que répondez-vous à ceux qui vous réclament une baisse de la TVA sur le disque ?

Réclamer la baisse de la TVA sur le disque n’équivaut-il pas à mener une bataille désormais d’arrière-garde ... Le CD est une technologie dépassée, se battre pour lui paraît un combat perdu d’avance. Au lieu de s’arc-bouter sur la défense du CD, les industriels feraient mieux d’investir sur les nouvelles technologies... D’autant que je n’ai pas oublié que, lorsque la TVA est passée jadis de 33 % à 18,6 %, les prix payés par le consommateur, eux, n’ont baissé que de 8 %.

Dans une économie ouverte où les prix sont libres, comment pouvez-vous faire baisser les prix sur le téléchargement comme sur les CD ?

Il faut faire jouer la concurrence, ce qui est loin d’être toujours le cas. L’industrie du disque est trop concentrée entre les mains de quelques multinationales. Le gouvernement français est bien décidé à favoriser la concurrence. L’Etat dispose de moyens d’investigation pour vérifier que le marché fonctionne loyalement. Nous les utiliserons. Je suis pour le marché, mais je ne l’aborde pas de manière angélique : quand les prix sont trop élevés, c’est généralement signe que la concurrence ne joue pas assez. On l’a vu sur le prix des SMS et des mobiles.

Ne craignez-vous pas de désespérer l’industrie du disque ?

Le ministère de l’Industrie fait la promotion des nouvelles technologies. J’invite donc les éditeurs de musique à utiliser au maximum ces nouvelles technologies qui permettent de produire et de distribuer la musique à un faible coût. A partir de ce moment, les amateurs n’auront plus besoin de pirater les chansons.

Répondre


> la fête du travail
1er mai 2004
 

tu sais combien ça coute un studio d’enregistrement numérique ? ? plus les amplis, plus les micros, la table, et tutti quanti...

je ne pense pas que la plupard des musiciens de ce pays soit capable de finacer de tel investissement... seul la production de musique purement electronique est vraiment possible...

dès que l’on passe a un groupe avec un batterie, les prix grimpe en fleche, et je ne te parle pas d’arrangement en studio, avec de vrai musiciens d’orchestres, de vrai ingénieur du son, et tout ce qui vas avec... je ne parle pas de post production et de frais de mastering...

on est loin du prix d’un PC doté d’un logiciel de traitement de texte, pour ecrire un livre...

car le problème du disque, est toujours de pouvoir accès a un studio d’enregistrement correct et d’avoir le temps d’enregistrer.. le succès peut-etre deja là pour certain groupe, et n’ont de fait pas de problème de financement... pour d’autre plus confidentiel, jazz, jazz-rock, et tant d’autre style, sans les maison de disque, il est impossible d’avoir accès a des conditions d’enregistrement de très bonne qualité..

même si il est vrai que grace a l’informatique cela deviens plus abordable...

ensuite, un disque c’est le boulot d’environs deux cent personnes environ, souvant de deux a cinq ans de travail pour les musiciens, et parfois autant d’année a maitriser leur instrument qu’il soient réel ou electronique... bref, ce n’est pas rien dans une vie d’homme que de passer 15 ans pour faire quelquechose, réussir parceque l’on a du talent et que des personnes sont pret a risquer de l’argent sur le travail qui est fournit... et puis finalement voir que ce travail qui est apprécié par beaucoup de gens, finalement n’est pas plus respecté qu’au moyen-age, ou les saltimbanque allait de village en village, et quémendait un pitance qu’on leurs jetais comme à des chiens galeux...

Hm, j’espere que tu prend conscience de ce que signifie droit dans le terme droit d’auteur, c’est simplement le droit a avoir un travail rémunéré pour un travail de recherche et de créativité qui a été fournie auparavent, et ce pour vous etes agréable chers auditeurs...

la fable dit que la fourmie n’est pas préteuse et que cela n’est pas sont moindre defaut. a vous voir vous jeter sur les production comme des cochons sur de la confiture, cela me fait sans doute un peu rire...

mais bon la nature humaine est ainsi faites et ce n’est pas l’humanisme qui l’étouffe, surtout quand il s’agit de profiter du travail des autres...

le blues du businessman, oui sans doute, ils ont effectivement beaucoup a perdre, mais sans doute aussi pas mal de petit groupe du coin qui ne seront pas signé, ou qui patienterons encore un peu plus longtemps avant de voir leur travail récompensé par un enregistrement professionel de qualité...

le blues des téléchargeurs sans vergogne a qui l’ont veux retirer ou simplement limiter un droit d’echange d’oeuvre de création sur lequel ils n’ont aucun droit...

le blues de l’artiste qui sait que son travail ne vaut plus presque plus rien de nos jours ormis des applaudisement fournit et généreux(cela ne coute rien) et qu’a partir de maintenant il lui est préférable de travailler gratuitement pour la fourmi, deja que l’industrie ne le paye pas bien cher... quand bien sur cela paye...

quand a relire le contrat social de rousseaux je te rappelle quand même que la loi et le droit sont le garant des libertés en face de l’état de nature... ou seul la loi du plus fort trouve raison...

dernier truc j’aimerais bien voir ta tronche le jours ou ton patron te diras que tu doit travailler gratuitement... car c’est ce que le P2P finalament propose a une grande majorité d’artiste,(surtout aux plus petit) ceux vivant uniquement des surplus qu’engrangent les maisons de disque sur des titre phare vendu aux boeufs de TF1..

allez, t’as pas 500 000 balles pour financer mon prochain album, parceque là, j’ai un peu de mal avec ma maison de disque, il parrait que mon public n’a pas assez d’argent, et préfère télécharger mon premier et sans doute dernier album via le P2P... désolé, vous n’etes plus rentable qu’ils m’ont dit...

ciao... bah il reste les places de concerts, et quelques heureux donateur qui acheterons contre vent et marré ma musique... sans doute n’ont-ils pas de PC... enfin pas encore..

la voie sur internet est au sponsoring d’artiste, soyez bon avec les artistes que vous aimez, n’oubliez pas d’acheter leurs album après avoir télécharger pour information leurs titres sur le net... et en particulier les petits groupes qui font oublier le temps de quelques chanson, cet univers sordide et ce monde de gros con...

Répondre
> la fête du travail, Alexandre Adelair, 2 mai 2004
Tout est dit. D’un côté, un article qui prône un modèle ultra-libéral (le dumping des prix - les consommateurs payent toujours trop chers, plus de protection du droit des auteurs - le droit d’auteur est liberticide...), sans se soucier des conséquences sociales du dit "modèle". D’un autre côté, les artistes et les auteurs. Forcément, quand on est pas artiste, ni auteur, soi-même et que l’on ne connaît strictement rien aux domaines (édition musicale, édition de livres) dont on parle, on écrit n’importe quoi. Mais, bon, on peut se consoler en se disant que les éditorialistes de la "grande presse" font la même chose et que, là, au moins, c’est gratuit, :-))))))
Répondre
Dirty debutant Volume 1, Lirresponsable, 3 mai 2004

Salut,

[Ouverture]

Oui, on sait qu’un studio ça coûte bonbon niveau matos et frais (même si en France, le prix de la coke baisse, de 150 à 80 euros le gramme). Et une usine pour la fabrication du glassmaster et pressage, aussi. D’ailleurs une Les Paul Standard ’96 d’okaz à 1850 euros, c’est déjà plus cher qu’un PC...

How many pépètes ?

Notre frère l’artiste qui nous crée du bonheur plein les yeux et rend le monde plus beau, n’a pas les capitaux pour acheter un studio et une usine (sauf si c’est une soeur et qu’elle habite Monaco). Il va donc louer les outils et payer pour la réalisation de son produit (l’oeuvre et les exemplaires).

Voyons tout de même le coût minimum de production pour un maxi et un album et la réalisation de 500 exemplaires (estimations de CIREN Audio) :

-  Maxi (<20’) : 3j de studio= 550 €. Mastering = 150 €. Films pour pochette : 100 €. 500 CD = 900 €. TOTAL : environ 1 700 € + SDRM (si tu veux raquer pour)

-  Album (<74’) : 10j de studio = 2 000 € Mastering = 300 €. Films pour pochette : 100 €. 500 CD = 1 100 € . Total environ : 3 500 € + SDRM (si tu veux raquer pour)

Mais comment nos quatre amis dans le vent vont-ils pouvoir réunir une telle somme ! Taper la famille, braquer un distributeur de bombeks ? Et bien, avec des cachets dans des bars ( 380 euros) ou prestations lors d’événements ( 1000 euros). En gros : une dizaine de concerts payants afin de réunir la somme. Donc n’essaie pas de m’arnaquer de 50 plaques pour ton prochain album ! :))

Remarques

Première remarque sur la qualité de la production (sans vouloir diminuer l’importance de la prise, du mixage, du mastering) : sur quel support sera écouté le fameux CD ? Sur un crincrin à 100 boules, ou sur la super-chaine avec des enceintes pourries, et quelle acoustique dans le lieu d’écoute ?

Bon ok, ton public est composé de mélomanes qui fabriquent eux-mêmes leurs enceintes, perçoivent les modulations dans les cris des chauve-souris, sont capables de disserter sur l’authenticité et la pureté indépassables d’un vinyl de 1930, et ont un salon dédié. Revenons donc à nos débutants avec leurs 500 CD.

Chaque disque leur revient à 7 euros (et Jean a trois pommes) ; ils se décident pour une marge de 50 % hors taxe (fuck society ! Et l’Etat-Providence...), ce qui nous donne un disque à 14 euros, un peu en dessous des prix du Marché (tm), qui est très vilain ne l’oublions jamais ; s’ils écoulent la totalité (lors de concerts + placements amicaux), ils doublent la mise (7000 euros), la moitié (plus probable) ils la récupèrent.

Ils peuvent également le proposer sur leur site web (il y a une foultitude de groupes qui ont leur site) ou utiliser des structures de diffusion en ligne "alternatives" (par exemple Atanata Records).

Bien entendu, on ne nourrit pas longtemps une armée de percutionnistes avec un tel budget. Mais comme tu le sais, ici le CD ne vise pas à dégager des revenus mais sert de carte de visite en vue d’obtenir des concerts (et même la radio locale pourra diffuser quelques titres histoire d’augmenter la notoriété et leur verser quelques droits).

Problématiques sociétales

vivre de son art


«La liberté des théâtres fera disparaître les chefs-d'oeuvres anciens.»
Saint-Just, L'esprit de la révolution, XIII

Si nos quatre amis accumulent les dates, et avec le régime de l’intermittent, ils peuvent espérer en vivre.

Pour les zikos, il y a les baluches (malgré la concurrence féroce des DJ qui cassent les prix), plus un poste de prof dans une MJC (qui assure un fixe et un vivier clientèle et de spectateurs), plus les cours particuliers (qui assure du cash non déclaré). Autrement nos amis ont un autre boulot (je sais c’est inhumain).

Oui mais c’est pas rock and roll tout ça ! Et la diffusion de l’oeuvre alors ! Quelle place pour l’art et les artistes ?

Politique


«"Touche pas à mon pote", c'est comme la traduction moderne du commandement biblique : "Aime ton prochain comme toi-même" [..]»
Marek Halter, Le Monde 18 novembre 1985 ; cité par M. Fumaroli, L'Etat culturel, 1992.

France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

DU BELLAY, Les Regrets, 1558.

Pour faire bref, je ne crois pas qu’il y ait grande différence entre, pris dans leur ensemble, les produits de l’industrie et les "oeuvres" produites grâce au soutien de l’Etat suivant le critère de la qualité (ou valeur culturelle). Je sais que c’est une forme de blasphème monstrueux (ce qui aggrave donc mon cas) et qu’il faut moduler suivant les formes d’art (arts plastiques, musique, cinéma, littérature, théâtre, etc.).

D’autre part, il n’y a pas d’opposition véritable entre secteur privé et Etat pour certains secteurs, comme le cinéma (exemple célèbre : Hollywood assure la propagande du plan Marshall qui assure la diffusion des produits d’Hollywood).

Et derrière les grandes invocations (KulturKampf ! :))), il est question d’emplois et de devises, si l’on veut être gentil, ou en étant moins oecuménique d’idéologie (la société de consommation). Regarde où ont fini les Enfants du Rock (tm) et qui ils servent.

Ou même le jazz, de musique de bordel, c’est devenu le fétiche culturel de cinquantenaires blancs CSP+ abonnés à Témélara et fixés sur le Be-Bop.

Un exemple intéressant est celui de la municipalité de Fleury-Mérogis qui a investi 150 000 euros pour un petit studio, le Onze, ouvert en septembre 2003 (cf. Un studio d’enregistrement pour 4 Euros de l’heure)

Major auction

Terminons par les maisons de disques, grâce aux Tableaux de bords 2003. Alors combien de divisions ? (tm)

« 132 nouvelles signatures d’artistes francophones sont répertoriées soit un quart de moins qu’en 2002. Dans le même temps, le nombre de contrats rendus a progressé de 52%. L’écart reste donc positif mais s’amenuise considérablement (18 contrats supplémentaires en 2003 contre 88 en moyenne au cours de ces trois dernières années) »

Bon tout ça, c’est de la faute au p2p bien sûr ! :)) Ce n’est pas parce qu’on décide de virer les artistes non rentables afin d’augmenter nos résultats, mais parce que le p2p diminue nos moyens et nous empêche donc d’investir dans les nouveaux talents, sans rire ! Salauds de pirates qui tuent dans l’oeufs tous ces génies !

Et le plus intéressant dans la suite du bilan : « Les investissements marketing progressent de 7% pour atteindre 174 millions d’euros. Ils atteignent 23% du chiffre d’affaires nouveautés contre 20% en 2002 et 23% en 2001. »

174 millions d’euros, cela en fait des heures d’enregistrement et même des studios ; mais il ne faut pas raisonner de cette façon voyons, car c’est de l’investissement stratégique qui va créer la valeur de demain, et oui ! On prend les paris, d’ici deux trois ans, on va avoir tellement de Mozart qu’on pourra en exporter !

Lorsque le 31/03 EMI supprime 1.500 emplois dans sa division Recorded Music (qui fabrique CD, disques et cassettes) et diminue de 20% le nombre de ses artistes sous contrat (les non rentables), elle déclare sans ambages dans son communiqué : « Ces mesures vont améliorer encore un peu les performances financières de la société et lui permettre de continuer à opérer avec succès dans le monde de la musique physique tout en capitalisant sur les possibilités offertes par la croissance rapide du numérique ».

Mais bon, lorsque l’on affirme que l’objectif d’une entreprise est de dégager des profits, on se fait traiter de stalinien archaïque. Et si l’on fait remarquer qu’elle soustraite la fabrication (gestion des consommables), optimise son catalogue afin d’être plus rentable, et investit dans le marketing et le contrôle de la diffusion (en parlant défense de la création et hurlant contre le p2p), et que donc les aides étatiques et les différentes mesures fiscales (taxe sur les CD vierges tiens ! J’espère que tu es heureux de soutenir la création lorsque tu graves tes morceaux) ne sont pas vraiment justifiées, on a le droit au qualificatif de ultra-néolibéral ennemi de la culture. Tout ça parce l’on affirme que les individus peuvent s’organiser. C’est fou, non ? ;))

D’ailleurs la meilleure vente d’album ex aequo en France pour 2003, c’est Florent Pagny, Ailleurs Land. Liberté de penser [sic] et arnaque du fisc, tout un symbole !

a+

Répondre
> la fête du travail, PP, 6 mai 2004

Tu sais, quand on voit la qualité sonore que les gens sont prêts à télécharger, je ne vois pas forcément l’intérêt d’un studio numérique... Hyper balèze et tout et tout.

ensuite, un disque c’est le boulot d’environs deux cent personnes environ,

Ah bon ?!???? Sur les deux-cent yen a combiens qui travaillent dans le roulage de moquette ??

Il ne faut pas exagérer. Oui un faire un disque revient relativement cher. Simplement aujourd’hui, il faut vivre avec son temps et se poser plutôt la question suivante : pourquoi vend-on encore des disques ?

Il me semble que presque tout le monde soit peut télécharger les chansons voulues, soit connait quelqu’un qui peut le faire ! pourquoi donc vend-on encore autant de CD ??? Qu’achette-t’on lorsqu’on achette un CD ?

Ce qui est sur c’est que, sauf principes moraux élevés, on achette plus le son, le son on peut le trouver ailleurs pour rien du tout.

Alors quelques hypothèses :
-  fainéantise + moyens élevés ?
-  fétichisme pour l’objet ? (c +/- mon cas)
-  sponsoring ? (c +/- mon cas)
-  haute moralité ? (c de - en - mon cas)

De même que pour le livre, l’achat de CD c’est l’achat d’un objet, ce n’est pas celui d’un travail ou de je ne sais quoi, c’est celui d’un objet. Et toute l’industrie musicale pousse pour accentuer ce fait. Bientot le cd ne sera plus écoutable que sur tel ou tel type de lecteur et pour écouter la chanson de son artiste préféré sur son ipod et sur un lecteur de salon il faudra achetter deux fois le même titre. Au nom de la protection de l’auteur ??????

Hm, j’espere que tu prend conscience de ce que signifie droit dans le terme droit d’auteur, c’est simplement le droit a avoir un travail rémunéré pour un travail de recherche et de créativité qui a été fournie auparavent, (...)

Il y a suffisemment d’articles sur uzine traitant du droit d’auteur pour qu’il ne soit plus besoin de répondre à une telle question.

aujourd’hui, comme le font depuis longtemps les acteurs de théatre, un musicien, doit apprendre a vivre d’abord du spectacle qu’il produit en live, le disque dvd ou autre ne viendra qu’en support, en complément. Autre option, il doit se faire payer pour faire le disque comme un acteur de ciné pour faire un film. En tout cas, le disque ne constituera plus une rente, ce qui stimulera justement le live et la création.

Pour moi, si un musicien qui commence aujourd’hui (hors starac et assimilés) croit qu’il va vivre de ses disques, c’est soit un fou, soit un mégalo...

Répondre
> la fête du travail, Alexandre Adelair, 7 mai 2004

Tu écris :

"aujourd’hui, comme le font depuis longtemps les acteurs de théatre, un musicien, doit apprendre a vivre d’abord du spectacle qu’il produit en live, le disque dvd ou autre ne viendra qu’en support, en complément. Autre option, il doit se faire payer pour faire le disque comme un acteur de ciné pour faire un film. En tout cas, le disque ne constituera plus une rente, ce qui stimulera justement le live et la création. Pour moi, si un musicien qui commence aujourd’hui (hors starac et assimilés) croit qu’il va vivre de ses disques, c’est soit un fou, soit un mégalo..."

Tu décides pour les auteurs ? Pour les chanteurs ? Ils n’ont pas voix au chapitre ? Une question : s’il n’y a plus de disque, s’il n’y a plus d’enregistrement, tu vas télécharger quoi ?

Ce n’est pas par "fétichisme", ni par "fainéantise", ni par "sponsoring" qu’il faut quand même acheter des disques, mais pour rémunérer un auteur pour son travail. C’est une question de responsabilité, au niveau global.

Certes, si je fauche des croissants chez le boulanger, qui les vend bien trop chers - 0,95 euros, faut pas abuser - , je peux en profiter librement. Et ça, c’est cool. D’un autre côté, je n’aurai bientôt plus de pain. Ou alors, de la merde en quantité industrielle, puisque les industriels seront les seuls à pouvoir survire dans de telles conditions. C’est un choix de société. Et c’est bien une logique ultra-libérale, même si ça ne fait pas plaisir à entendre.

Répondre
> la fête du travail, 10 mai 2004

Ce n’est pas par "fétichisme", ni par "fainéantise", ni par "sponsoring" qu’il faut quand même acheter des disques, mais pour rémunérer un auteur pour son travail. C’est une question de responsabilité, au niveau global.

C’est n’importe quoi. Avec l’achat d’un disque, l’artiste ne touche pas grand chose, quand ce n’est pas carément rien. En particulier, sur la pluspart des disques que j’achete, les artistes ne touchent rien. ça me désole, mais c’est comme ça. Ils se sont fait arnaqués à l’enregistrement, on les a à l’époque payé pour enregistrer un disque, et ils n’ont ensuite jamais touché de droits sur ces disques. Voir par exemple tous les problèmes liés au label Fania et RMM (faillite frauduleuse pour ne pas payer les droits d’auteur dans le cas du second).

s’il n’y a plus de disque, s’il n’y a plus d’enregistrement, tu vas télécharger quoi ?

Pour moi le problème se pose déjà. A force de ne pas vendre suffisemment, FNAC, Virgin et consorts ont gravement limité la taille des rayons qui m’interessent. Que faire alors ? Si je vais chez ces disquaires, 9 fois sur dix c’est du temps perdu, et la dixième fois c’est pour trouver un disque trois fois plus cher que ce qu’il vaut par exemple à NY...

ça fait bientôt 15 ans que j’achette des disques, et je n’ai encore jamais téléchargé un morceau. Pour moi télecharger cela s’apparente à du vol. Mais je sens bien qu’un de ces jours je n’aurai plus d’autres choix.

Ce qui est certain, c’est qu’il faut arreter de critiquer le P2P au nom du droit d’auteur pour défendre un modèle industriel ou ce sont les distributeurs et éditeurs qui en profite, audétriment des artistes en général. ps’il n’y a plus de disque, s’il n’y a plus d’enregistrement, tu vas télécharger quoi ? Pourquoi payer (dans un Cd) 90% du prix non justifié pour sponsoriser un modèle industriel dépassé et permettre à l’artiste de survivre avec quelques miettes ? Défendre ce modèle c’est défendre l’exploitation des artistes !!!

Enfin, le P2P pose le problème de la consomation de musique. Imaginons que l’on supprime le P2P du jour au lendemain, rien ne prouve que la courbe d’achat de Disque remontera.

Le problème est plus complexe, aujourd’hui, la musique ne se vends plus qu’en CD ou DVD, elle se vend aussi par d’autres cannaux (sonneries de télephone par exemple), les cri d’orffrai des Major devant la baisse de leur chiffre d’affaire sont fondés sur des chiffres qui ne tiennent pas compte des nouveau cannaux de distribution. De plus, le budget loisir compte aujourd’hui en plus de la musique, le DVD de ciné, les jeux et consoles, les PC, etc, etc... Alors "la grande faute au P2P" c’est gentil, mais ç’est l’excuse facile. La Harvard Business School a même conclu que l’on ne peut pas justifier statistiquement d’un lien de cause à effet entre hausse du P2P et baisse de vente des CDs...

Donc je maintient. Télécharger, c’est pas bien, et même moralement c’est mal. Effectivement, c’est la même chose que d’aller piquer des croissants ou encore de dire, "le caviar c’est trop cher, or j’en veux, donc je le cole". Ok.

Mais les cris des Majors du disque et des distributeurs au nom du respect du droit d’auteur sont inadmissibles ! Pour moi c’est du pousse au crime.

Pour terminer, il y avait des chanteurs et des artistes avant même que l’on ait des supports de diffusion, la création de l’imprimerie à changé la donne, puis la reproduction mécanique de musique, aujourd’hui face au P2P, qu"on le veuille ou non, il faut inventer un nouveau modèle.

P.S. voir sur le sujet (entre autres) : Un spectre hante le capitalisme : la gratuité

dont voici quelques extraits :

De plus, ces combats reposent sur une argumentation pour le moins contestable. Dans quelle mesure, en effet, la création est- elle vraiment en danger ? On sait que l’essentiel des 150 milliards de fichiers musicaux échangés en 2003 sont ceux du "Top 50", et qu’il en est de même pour les films.

avant le disque, un chanteur d’opéra célèbre gagnait peut-être 20 fois plus que le chanteur moyen. Maria Callas avec le disque noir, 200 fois plus. Luciano Pavarotti avec la télévision, les CD et les DVD, 2 000 fois plus (chiffres donnés ici à titre de simple illustration du phénomène).

C’est donc avant tout pour l’extrême concentration des gains dans les industries musicales et cinématographiques que le P2P est un véritable danger, puisque les fichiers copiés et échangés sont dans leur écrasante majorité ceux des "œuvres" les plus médiatisées.

On nous présente ainsi comme une nécessité économique ce qui n’est que le cercle vicieux engendré par un système bien particulier qui permet l’accumulation de rentes astronomiques et n’a plus aucun rapport avec les coûts réels de production au sens strict.

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> la fête du travail, Alexandre Adelair, 14 juin 2004

Tu écris : "C’est n’importe quoi. Avec l’achat d’un disque, l’artiste ne touche pas grand chose, quand ce n’est pas carément rien."

Avec l’achat d’un disque, à l’heure actuelle, un artiste peut espérer vivre. Avec le P2P... ? La logique qui consiste à dire : "comme ça les artistes ne gagnent pas beaucoup, alors autant qu’ils ne touchent plus rien du tout" est... étrange. Si les artistes ne gagnent pas grand chose, ce qui est vrai, alors autant se battre pour qu’ils gagnent plus (pourcentage plus important, davantage d’aide publique). Pas pour qu’ils ne gagnent plus rien et qu’ils fassent cadeau de leur musique au public, tout en faisant un "vrai" boulot de serveur ou de caissière à côté, comme le voudraient Alain Madelin et Ernest-Antoine Sellière.

Tu écris : "Pour moi télecharger cela s’apparente à du vol."

Le plus problématique, au fond, est que cela nie la valeur du travail du musicien. On peut prendre la question dans tous les sens, il n’est pas possible de justifier cela.

Tu écris : "Pourquoi payer (dans un Cd) 90% du prix non justifié pour sponsoriser un modèle industriel dépassé et permettre à l’artiste de survivre avec quelques miettes ? Défendre ce modèle c’est défendre l’exploitation des artistes !!!"

Quel autre système proposes-tu ? L’article que tu cites poses deux hypothèses intéressantes :

"un bien public pur ne peut être produit en quantité suffisante que s’il est financé par l’impôt et mis gratuitement à disposition du public. Dans ces conditions,
-  soit, première hypothèse, l’économie de la création est entièrement repensée et parvient à ne reposer que sur une exploitation dans un cadre privé de l’amont et du latéral (produits d’accompagnement et dérivés, etc.) des fichiers numériques,
-  soit, seconde hypothèse, il faudra tirer la conséquence qui s’impose de la transformation en bien public des versions numériques : la création devra être en partie financée par la puissance publique."

L’article penche en faveur de la seconde hypothèse, le financement public. Voilà un nouveau modèle intéressant. Il ne reste plus qu’à convaincre un parti de le mettre à son programme. En attendant, entre les protestations légitimes des artistes et la volonté de certains internautes - assez fortunés pour se payer un ordinateur, une connexion à haut-débit, un graveur... - de profiter du travail des artistes sans les rémunérer, tout en se donnant bonne conscience... Il est facile de trancher.

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> la fête du travail, PP, 15 juin 2004

Je crains de ne pas avoir été compris.

Avec l’achat d’un disque, à l’heure actuelle, un artiste peut espérer vivre.

Pourquoi ??? Arretes moi si je me trompe, mais quand monsieur X enregistre un disque, il paye des musiciens pour jouer sur le disque. Ensuite les-dits musiciens ne touchent plus rien. Pourtant quand on achette le disque de monsieur X, on achette aussi le travail des musiciens non ?

Pourquoi monsieur X devrait il toucher de façon réccurente sur les ventes, et pas les autres musiciens ?!?

Le plus problématique, au fond, est que cela nie la valeur du travail du musicien.

Non ! Qui a décidé que sous prétexte qu’un jour un gars à pondu un disque alors il va gagner sa vie dessus le restant de ses jours ?

Le travail du musicien se résume t’il à avoir un jour enregistré une chanson ?

Quel autre système proposes-tu ?

Un autre système existe déjà, même s’il est dernièrement battu en brêche. Il s’agit des artistes qui vivent en partie par leurs cachet en partie par un financement public autrement appelé "intermitance", on est pas si loin de :

tirer la conséquence qui s’impose de la transformation en bien public des versions numériques : la création devra être en partie financée par la puissance publique."

en tout cas c’est ce que font tous les musiciens qui n’ont pas de maisons de disque ou qui n’ont pas les capacités de productions... J’ose espérer que tu savais qu’il y a aujourd’hui des musiciens qui vivent de la musique sans vivre de la vente de CDs ?

Le plus problématique, au fond, est que [télécharger et ne pas payer] nie la valeur du travail du musicien. On peut prendre la question dans tous les sens, il n’est pas possible de justifier cela.

Bien sur que si ! Si je me fait l’avocat du diable, je dirais que l’on peut considérer le disque en téléchargement comme une démo destinée à faire connaitre le musicien pour qu’ensuite ce dernier puisse gagner sa vie en donnant des concerts. encore une fois, le travail des musiciens, heureusement, ne se limite pas au disques. De plus, je me répète, mais parmis la musique téléchargée, il en est sur laquelle aucun artiste n’a de droits (cf par exemple certains disques FANIA).

Par ailleurs, le ton de ton dernier paragraphe montre a quel point tu n’as pas cerné la problématique :

la volonté de certains internautes - assez fortunés pour se payer un ordinateur, une connexion à haut-débit, un graveur...

Le problème ne concerne pas seulement les plus fortunés loin de la :
-  tu peux commencer à télécharger en partant de 0 pour moins de 50 euros par mois, coût du PC inclus (ie 10 paquets de cloppes)
-  ceux qui n’ont pas de pc équipé à domicile ont souvent des amis qui en ont ou peuvent se regrouper
-  ... S’il ne concernait que les plus fortunés, je pense que personne ne considèrerait le piratage comme un problème grave.

Enfin, le problème ne réside pas seulement dans le fait de pouvoir télécharger. En colombie, les Cd sont vendus dans la rue en version pirate pour 1$ avant même leur sortie dans le commerce. Le piratage a atteind un tel niveau que les maisons de disques impriment des disques pirates qu’elles fournissent aux artistes pour qu’ils puissent en vendre quelques un directement et se faire un complément de salaire...

Il faut reposer encore une fois le problème à la base : à l’heure ou les particuliers peuvent prendre à leur charge le coût de reproduction des fichiers numériques, c’est le modèle qui est à revoir.

Il faudra (et/ou) :
-  baisser le prix de vente des disques (cela a déjà commencé)
-  proposer plus qu’un simple support pour quelques chansons (exemple le dernier disque de Kool Shen), c’est à dire valoriser l’objet
-  revoir le mode de rémunérations des artistes : ils existaient avant même que l’on commence à reproduire mécaniquement la musique (a une époque où il ne touchaient rien pour enregistrer ;-))
-  redéfinir les proportions concerts / cds.....

Bref, je ne sais pas trop ce qu’il faudra faire, ce qui est clair c’est que le phénomène de la copie numérique et du téléchargement n’est pas prêt de s’arreter. Le problème n’est plus de dire "olala, c’est mal, et en plus c’est pas bien", mais bien d’essayer de s’adapter : quand la pluie tombe, plutôt que de l’interdire, il vaut mieux se couvrir !

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> la fête du travail, 18 juin 2004

Tu écris : "Ensuite les-dits musiciens ne touchent plus rien. Pourtant quand on achette le disque de monsieur X, on achette aussi le travail des musiciens non ? Pourquoi monsieur X devrait il toucher de façon réccurente sur les ventes, et pas les autres musiciens ?!?"

Tout à fait d’accord, il faut que les sociétés de production réduisent leurs marges pour payer davantage l’auteur et ses musiciens, qui doivent être intéressés aux ventes. Ce qui est rarement le cas.

Tu écris : "Le plus problématique, au fond, est que cela nie la valeur du travail du musicien.
-  Non ! Qui a décidé que sous prétexte qu’un jour un gars à pondu un disque alors il va gagner sa vie dessus le restant de ses jours ? Le travail du musicien se résume t’il à avoir un jour enregistré une chanson ?"

Cela revient à nier toute valeur au disque, comme objet artistique. Un disque a sa cohérence. C’est un acte artistique en soi. On peut penser à Sergent Pepper, des Beatles. Dans un autre registre, les albums d’IAM, quoique commerciaux, explorent des pistes différentes à chaque fois, qui sont datées historiquement, constituent des avancées, un témoignage d’une époque et donnent naissance à de nouveaux projets, ailleurs, par essaimage. Si on ne rémunère pas ce travail, on sacrifie des pans entiers de la création artistique.

Tu écris : "J’ose espérer que tu savais qu’il y a aujourd’hui des musiciens qui vivent de la musique sans vivre de la vente de CDs ?"

Tout à fait d’accord avec toi sur le système des intermittents, mais il est gravement insuffisant. Il faudrait également un système du type "avance sur recettes", comme dans le cinéma, pour financer des projets. Par ailleurs, oui, il y a des artistes qui vivent sans faire de disque, mais pourquoi ériger leur mode de vie en système... ? En quoi cela ferait-il progresser la musique, l’art... ?

Tu écris : "je dirais que l’on peut considérer le disque en téléchargement comme une démo destinée à faire connaitre le musicien pour qu’ensuite ce dernier puisse gagner sa vie en donnant des concerts."

C’est un peu autoritaire comme démarche. Un peu dogmatique, même. Tu choisis le mode de vie des artistes à leur place, tout ça pour permettre aux internautes d’écouter leur musique sans payer. Je crois que je préfère que les artistes soient libres de choisir, de créer, dans la diversité. Un disque est une démo... ? Le "Concert à Cologne" de Keith Jarret, c’est une démo... ? Les disques de Grapelli, ce sont des démos... ?

Tu écris : "Le problème ne concerne pas seulement les plus fortunés loin de la :
-   tu peux commencer à télécharger en partant de 0 pour moins de 50 euros par mois, coût du PC inclus (ie 10 paquets de cloppes)
-   ceux qui n’ont pas de pc équipé à domicile ont souvent des amis qui en ont ou peuvent se regrouper  - S’il ne concernait que les plus fortunés, je pense que personne ne considèrerait le piratage comme un problème grave."

Les sociétés de production exagèrent l’impact du piratage pour légitimer des mesures de licenciement et de dégraissage, tout en maintenant leurs marges. C’est ce système qu’il faut attaquer. Le problème du piratage est un faux débat, qui arrange bien les maisons de disque. Par ailleurs, 50 euros par mois... Tu as déjà vécu avec le RMI... ? Tu sais ce que c’est, 50 euros par mois... ? Qu’on le veuille ou non, Internet n’est pas un outil démocratique. Pas pour l’instant. Il faut avoir un capital économique et culturel (alphabétisation, maîtrise de l’outil, des habitudes...).

Tu écris : "Bref, je ne sais pas trop ce qu’il faudra faire, ce qui est clair c’est que le phénomène de la copie numérique et du téléchargement n’est pas prêt de s’arreter. Le problème n’est plus de dire "olala, c’est mal, et en plus c’est pas bien", mais bien d’essayer de s’adapter : quand la pluie tombe, plutôt que de l’interdire, il vaut mieux se couvrir !"

Il n’y a absolument pas de fatalité. Les choix collectifs ne sont pas "la pluie qui tombe". Ce sont des choix. Nous en sommes, toi et moi, responsables.

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> la fête du travail, PP, 22 juin 2004

Les sociétés de production exagèrent l’impact du piratage pour légitimer des mesures de licenciement et de dégraissage, tout en maintenant leurs marges. C’est ce système qu’il faut attaquer. Le problème du piratage est un faux débat, qui arrange bien les maisons de disque.

Ben là nous somme parfaitement d’accord. C’est pour cette raison que je me fait souvent l’avocat du diable.

Il n’y a absolument pas de fatalité. Les choix collectifs ne sont pas "la pluie qui tombe". Ce sont des choix. Nous en sommes, toi et moi, responsables.

La aussi je suis d’accord. Et personnellement je fais ce que je peux en :
-  ne telechargeant jamais
-  achetant systématiquement les disques qui me plaisent (et pourtant parfois ça relève de la gageure)
-  me battant pour faire connaitre des groupes et encourageant les auditeurs à acheter.

Il est clair que pour moi l’argument "c’est trop cher donc je télécharge" n’est pas recevable. C’est la même chose que "les ferari c’est trop cher donc je les voles"

Mais d’un autre coté, le problème est un peu plus compliqué que "télécharger c’est nier le travail des artistes"....

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> la fête du travail, Ghost2013, 9 novembre 2005

Bon allé je répond ! Moi Peer to piste lol

Bon y a plein de choses de vrai dans ce qui y a été dit et de chaque coté (ce qui sont pour ou contre le p2p)

Bon comment expliqué le bordel du p2p ?

Moi je télécharge sans aucun souci de concience ca c clair.... mais....

Depuis des dizaines d’année on ce fait ruiné (personnes de classes moyennes) par les industrielles et cette société de consommation importé des US.

Et il est tant maintenant de prendre les "armes" (graveur, cd vierge, l’Internet etc...) fabriqué et distribué par les industrielles eux mm. Je n’ai pas créer tous cela et la manière dont il l’utilise me navre. Vous êtes vous déjà demandé pkoi l’internet existait ?? (posez vous la question bien en profondeur) Allé tient, prenez votre logiciel p2p que vous détesté et prenez "Cyber-traque" Sachez que tous sujet est lié d’une manière ou d’une autre. Voilà mon point de vue à leur sujet.

Mais par contre j’invite tous les auteurs compositeur a créer un site et a distribué leur musique via celui-ci..... Le client en sera plus satisfait si votre produit es moins chère.

En gros au lieu de faire sous-traiter faite le boulot vous mm bande de flemmard. Faites votre promo, faites vos cds, compressé vos fichier en mp3\ogg vous mm etc...

C’est un peu d’huile de coude et c pas chère.

Sachez que le client est roi et qu’il ira au moins chère et cherchera la meilleurs qualité et il sera seul juge de récompensé celui qu’il préfèrera. Pour l’instant le meilleurs c le p2p.

Cela dit ne voyer pas le p2p comme une menace ou un conccurent... manipulé le utilisé le pour promouvoir vos réalisation, C’est gratuit !!!! et vous touchereez des milliard de clients potentiel..

Et oui les temps changent faut s’adapter si vous êtes pas assez coriaces, intelligent etc... vous coulerez comme les nombreuses start-up... en 2000 - 2002/3

Pour ma part j’achète tous les produits en original qui d’après moi le mérite.

Le p2p me permet de jugée, ensuite si ca me plait j’achète...

Rappelez vous une chose, ce n’est pas a la masse de s’adapter, c’est a vous... !!!

dernière chose, prenez des cours aux Echecs, ca vous servira.....

Ghost2013 !

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> la fête du travail, Ghost2013, 9 novembre 2005

A et puis ceux qui soutiennent les major sont K.... enfin au moins autant keu !

http://www.ratiatum.com/journal.php ?id=2214

P2P = promotion Partager n’est pas et ne sera jamais piraté.

C’est comme les hackers mdr .... assimilé trop souvent aux crackerz qui n’ont en fait rien a voir entre eux... renseignez vous au lieu de dire des conneries...

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> Le Blues du businessman
6 mars 2004, message de pouzz
 

Tiens, citons aussi à titre d’exemple http://www.baen.com/library/ qui donnent des titres du domaine NON public, qui leur appartiennent (cad légalement, donc) en téléchargement, et pas que du caca non plus pour ceusse qui aiment la SF.

Encore une grande victoire du Libre !

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> Le Blues du businessman
8 février 2004, message de yaen
 
Juste pour dire que si les gens achètent moins de disques, c’est aussi parce que la qualité des productions est en chute (conf. StarAc et autres joyeusetées diffusées pas NRJ, Fun, etc). De plus trouver l’album d’un artiste peu écouté et de plus enplus complexe. Alors chères majors... moins de daube à la tonne et plus d’éclectisme en fine bouche ajouté à moins de bénéfices pour vous = plus de ventes. Les gens écoutent Britney Spears parce qu’elle est moitié nue mais pas pour son CD alors pas étonnant que trop de disques tue le disque. Si de plus ils calculent au ratio des disques produits et de ceux vendus, c’est normal qu’ils se plaignent. Un exemple : essayez de trouver un album de Smashmouth dans les bacs ! Les disquaires de plus enplus compétents vous demandent même "qui c’est ce groupe ?".
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> Le Blues du businessman
6 février 2004, message de plinous
 
Qui pourrait n’être pas tout à fait d’accord avec Serge ?
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> Le Blues du businessman
5 février 2004
 
Pour un point de vue un peu plus complexe :
 
Répondre


> Le Blues du businessman
21 janvier 2004, message de sebrian
 

Je partage totalement l’esprit de cet article et je pense qu’il faudrait pousser le bouchon un peu plus loin. Je m’explique :

1/ L’auteur a-t-il vocation à être simplement un "maillon dans la chaîne de valeur du livre" ? Les 10 % qu’on lui promet, ne sont en effet qu’une faible rétribution et rares sont les auteurs qui peuvent vivre de l’édition. A l’inverse, l’edition en vit et parfois très bien.

2/Le régime actuel du droit d’auteur a été fait pour permettre le développement de l’économie du livre mais l’auteur est lui au régime...( à toi de droit moral, à moi le droit patrimonial et l’avenir appartient à tes héritiers) et il n’existe même pas de régime d’intermitence qui viendrait masquer cette économie ; on est donc auteur a temps perdu (et comme notre temps est compté, mesuré et payé, l’auteur ne fait que perdre du temps pour symboliquement en gagner à tempérament).

3/ L’auteur recherche donc autre chose qu’une inscription économique. Si on faisait une histoire des auteurs (et non pas une histoire du livre) on devrait se demander pourquoi Platon écrivait (ou mieux dictait), pourquoi Virgile versifait ... L’auteur n’a dont peut être pas besoin du livre alors que le livre (en tant qu’économie) à besoin de l’auteur (comme main d’oeuvre et comme figure mythique, les deux pouvant être distincts)

4/ Le web peut donc instaurer un nouveau régime de l’oeuvre (la question économique étant finalement totalement marginale, l’auteur n’a jamais au besoin de sa création pour vivre puisque l’édition ne lui en a jamais donné les moyens)

5/Dans ce nouveau régime, la question centrale restera celle de la reconnaissance et de la captation du capital symbolique

6/ Avec la disparition de l’économie du livre, disparaitront probalement certaines formes spécifiques à ce régime (livre de commande, peut être quelques oeuvres collectives) mais de nouvelles formes ne manqueront pas d’apparaître.

7/ La fin programmée du régime économique des oeuvres (qui apris la forme du livre) présage-t-elle un nouveau régime des choses ?

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> Le Blues du businessman
6 janvier 2004, message de roselan
 

Pour l’industrie du livre, je crois que O’Reily, cité plus haut, est l’exemple à suivre, absolument.

Cependant, Cet éditeur a bâti son succès grâce des ouvrages pour informaticiens, personnes plus à même d’intégrer ces nouveaux supports et réseaux.

Cela n’empêche pas que certains supports sont plus adaptés à certains ouvrages également. Je verrais mal un livre d’art online, ou la documentation d’Oracle sans lien hypertexte...

Que faut-il en conclure ? Je crois Que l’on peut avoir plus pour moins, tout en restant dans un cadre légal et de qualité. Alors autant en profiter ;)

Répondre


> Le Blues du businessman
30 décembre 2003
 

Ya a boire et a manger dans cet article, du Vrai et du tout faux...aller hop un exemple d’une contre-vérité : quand un artiste signe dans un salon, bien souvent il est payé...pas par son éditeur ok , mais par le salon (pas tous le temps )...et c’est même une bonne source de rémunération.

Et il y a également ...un fantasme bien connu en communication, celui de l’auto production, celui qui vise à faire croire que , c’est la structure et les coût qui empéchent de créer.

L’exemple de la vidéo à été la, elle rendait la possibilité à n’importe qui de devenir Godard, et de faire ces films tous seul dans son coin...ben vingt ans apres, le systéme à pas vraiment changer. Un auteur qui publie sur internet, il va falloir qu’il fasse un site beau, vendeur, fonctionnel...mais un romancier, n’est ni un graphiste, ni un programeur, ni un marketeur. Les entreprises payent tres chére leur site internet, surtout quand elle fond de la vente en ligne, alors je ne voie pas pourquoi ce serai différent pour un auteur...

Répondre
Ah ça par exemple !, Lirresponsable, 31 décembre 2003

Salut,

Tu écris :

aller hop un exemple d’une contre-vérité : quand un artiste signe dans un salon, bien souvent il est payé...pas par son éditeur ok , mais par le salon (pas tous le temps )...et c’est même une bonne source de rémunération.

On écrit : « Chose amusante quand on y songe : voilà encore un coût, pour l’auteur lui-même, qui n’est généralement pas intégré dans le prix du livre, puisqu’un auteur ne se fait pas payer ses nombreuses journées de signatures et de présentations [sur le prix du livre], alors qu’un éditeur qui achète un encart publicitaire dans la presse répercutera cet investissement sur le prix du livre. »

La formulation est faiblement ambigüe : il s’agit, dans une comparaison éditeur/auteur, du coût de promotion qui n’est pas payé par l’éditeur (par opposition au bandeau ou encart répercuté sur le prix du livre), ce qui illustre l’inégalité entre éditeur et auteur relativement au produit livre. Cela ne veut évidemment pas dire que l’auteur ne peut jamais être payé pour sa prestation dans un salon par les organisateurs d’une telle manifestation (j’en parle dans un autre post), ou que l’auteur ne peut jamais manger des chips à la crevette en signant "pour momo" sur la page de garde (pas tout le temps, ça arrive des fois). Le point important est le coût de la promotion assumé par l’auteur (temps / déplacement), il vend son produit, en assure la promotion et ne touche quand même que 10% par exemplaire (l’éditeur continue à toucher 15%, sans faire le planton pendant toute la journée). Qu’il bénéficie d’une rémunération (à rapporter aux nombre d’heures) en plus de sandwitchs saucisson à volonté, c’est-à-dire une faible partie du prix des billets d’entrée payés par les visiteurs du festival + Subventions diverses allouées à la manifestation, heureusement pour lui ! Quoique...vendre un livre c’est un métier, non ? ;-) Et puis lorsqu’il vend son produit, il ne paie pas de charges, de location pour l’emplacement de son stand, alors qu’un libraire lui, hein, c’est dégueulasse cette concurrence sauvage ! :))

un fantasme bien connu en communication, celui de l’auto production, celui qui vise à faire croire que , c’est la structure et les coût qui empéchent de créer.

Nous ne développons pas ce fantasme (le génie bridé par la vilaine Structure), puisque l’on n’aborde pas les affres de la création dans cet article, pour au contraire étudier l’aspect économique (la note 6 de l’article nuance d’ailleurs l’interprétation courante de censure économique). Ainsi on essaie de montrer simplement que l’on peut se passer de l’éditeur, et que plus généralement l’industrie culturelle de production, diffusion, promotion des livres, repose sur un processus obsolète au désavantage des auteurs. (il y a bien entendu des différences de coût, entre un livre, un disque, et un film pour le cinéma).

C’est l’évidence toujours occultée par des considérations annexes et parasites sur la "création", le valeur des oeuvres et la culture-en-péril (tm). On comprend que les intervenants de ce processus industriel préfèrent parler ainsi, car il est plus gratifiant de proclamer : "j’oeuvre à la diffusion citoyenne de la culture et je garantis le pluralisme démocratique, amen", plutôt que "je prends 90 % de la galette, merci à tous et n’oubliez pas hein, il faut défendre les auteurs !".

L’exemple de la vidéo à été la, elle rendait la possibilité à n’importe qui de devenir Godard, et de faire ces films tous seul dans son coin.....ben vingt ans apres, le systéme n’a pas vraiment changé.

Oui bien sûr...voyons tout de même quelles conditions il faut remplir, en plus de réaliser des vidéos, afin d’être JLG, grâce à cette courte biographie :

« Jean-Luc Godard est né à Paris le 3 décembre 1930. Son père, brillant médecin et sa mère, issue d’une très riche famille de banquiers, lui donnent une éducation au milieu des livres. Il fait ses études d’abord à Nyon, en Suisse, puis au lycée Buffon à Paris. Durant toute sa jeunesse, il sera partagé entre la Suisse et la France et par la différence de classe sociale de ses parents (grande bourgeoisie pour sa mère et moyenne bourgeoisie pour son père).

En 1949, il suit des cours de lettres et de sciences à la Sorbonne puis prépare un certificat d’ethnologie. Ses études se partagent entre la peinture, la littérature, l’ethnographie et le cinéma (il suit des cours de l’Institut de filmologie de la Sorbonne). Parallèlement, il est très souvent au Ciné-club du Quartier Latin (où il fait la connaissance de Jacques Rivette, d’Eric Rohmer et de François Truffaut et à la Cinémathèque Française. Dès 1950, il écrit dans La Gazette du Cinéma, créée par Jacques Rivette. En 1952, par l’intermédiaire de sa mère qui connaît Jacques Doniol-Valcroze, le fondateur, avec André Bazin, des Cahiers du Cinéma, il écrit pour la première fois dans la revue (n°8 de janvier 1952) sous le pseudonyme de Hans Lucas. Il est alors très proche de Paul Gégauff et d’Eric Rohmer. »

Cela fait tout de même beaucoup de propriétés ! Et tout le monde, avec son camescope en 1954 pouvait tourner un court-métrage, puis dénicher par la suite sans le moindre mal, par exemple ce genre de producteurs afin de réaliser :

-  PIERROT LE FOU Rome-Paris-Films, Cinematografica, S.N.C. Producer : Georges de Beauregard, Dino de Laurentis.

-  LE MÉPRIS Rome-Paris Films, Films Concordia, Compagnia Cinematografica Champion. Producer : Georges De Beauregard, Carlo Ponti, valamint Phillip Dussart és Carlo Lastricati.

-  HISTOIRE(S) DU CINÉMA : LES SIGNES PARMI NOUS Gaumont, J.L.G. Films, La Sept, FR3, Centre National de la Cinématographie, Radio Télévision Suisse

Un auteur qui publie sur internet, il va falloir qu’il fasse un site beau, vendeur, fonctionnel...mais un romancier, n’est ni un graphiste, ni un programeur, ni un marketeur.

Son roman, il l’écrit à la plume d’oie à la lueur (vacillante) d’une chandelle ? Plus probablement, son format de travail est déjà numérique, et transférer des fichiers par FTP et réaliser des pages HTML ne demande pas des compétences de programmeur. Le marketeur n’apparaît pas utile, contrairement au graphiste. Donc soit il fait appel à un tiers, soit il acquiert ces compétences.

Un exemple : Hogarth Press II.

Les entreprises payent tres chére leur site internet, surtout quand elles font de la vente en ligne, alors je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour un auteur...

Tout simplement dans un premier temps parce que l’auteur n’a pas 100.000 € à cramer, ni de temps à consacrer aux quatorze réunions afin de déterminer si le bouton en haut à gauche, on le fait bleu ou bleu foncé, voire violet (et donc payer le staff qui va avec). Notre ami l’auteur va s’autoproduire : réaliser lui-même son site, (en se faisant aider ou non), comme des millions d’utilisateurs avant lui (qui ne réalisent pas nécessairement des sites immondes). Raison pratique donc, et le coût d’équipement, hébergement est très économique. Ensuite lorsqu’il aura dégagé beaucoup de profits (ou hypothéqué sa maison ou vendu un rein), rien ne l’empêche de faire appel à de vrais professionnels (tm), s’il s’estime incapable de réaliser la présentation de sa production (ce qui est dommage, car comme le souligne L.B. c’est un aspect de son travail de créateur qui lui revient de droit).

a+

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> Ah ça par exemple !, 5 janvier 2004
C’est une position, allez, disons, très naïve, bien qu’elle soit sympathique. On imagine Proust - qui s’est autoédité au début de sa carrière - faire son site web, avec un ordinateur, une connexion web en sus de sa plume d’oie et de sa chandelle. Pourquoi pas ? L’autopublication existe, il suffisait de la réinventer ! Rien de neuf, ni de "révolutionnaire" sous le soleil. Et, même, gageons que si Proust veut se faire remarquer du milieu littéraire, il optera pour une autopublication chez L’harmattan (par exemple). Le traître !
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Les utopistes sont sympas ! (tm), Lirresponsable, 5 janvier 2004

Non mais « révolutionnaire » ne veut pas uniquement dire « nouveau », ça c’est la déformation publicitaire (et l’influence mortifère sous le soleil de l’ecclésiaste, car celui qui augmente sa science augmente sa douleur mon pauvre monsieur et plutôt mort que rouge !). D’ailleurs, selon l’axe temporel, écrire des livres (dans ce coin) est une activité qui a tout de même plusieurs dizaines de siècles...

Il faut plutôt s’interroger sur l’archaïque notion corporatiste de plus-value (la différence entre la valeur produite et le salaire). Qui acheterait un livre avec uniquement le nom de d’éditeur et des pages blanches, i.e. sans le contenu produit par un auteur ? (d’accord Knott Mutch avec son Everything Men Know About Women a réalisé un gag similaire).

Or, notre ami l’auteur, pourtant créateur de richesses (il valorise le papier par son travail), touche 10% sur la vente de la marchandise, le reste du circuit : 90 %...N’as-tu pas l’impression d’un léger déséquilibre (surtout lorsque les coûts de distribution, fabrication, gestion liés à l’objet-livre baissent) ?

Ce qui est révolutionnaire avec l’outil internet, ce n’est pas le progrès technologique en soi (par exemple, avec un portable, un cadre peut amener du travail à la maison en plus), ni le changement d’échelle (l’universalité de l’échange : un contenu en ligne accessible de n’importe où 24h/24), mais la réappropriation par le producteur (c’est bien son produit, il s’y reconnaît) et l’autonomie de la production. Mais bon, tu peux juger ce retour à la position normale intolérable ou risible, tu as le droit d’être de droite ! :)))

Et, même, gageons que si Proust veut se faire remarquer du milieu littéraire, il optera pour une autopublication chez L’harmattan (par exemple). Le traître !

Exact, une balle dans la nuque à ce sale koulak, non mais ! Ou alors, on peut l’envoyer en camp de rééducation coller les reliures des vrais auteurs progressistes autoproduits (c’est mieux que des couronnes mortuaires) :))

Plus sérieusement, qui organise le « milieu littéraire », c’est-à-dire le marché du livre (2,4 milliards d’euros en France) ? Les auteurs ou ceux qui ont des capitaux ?

a+

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> Les utopistes sont sympas ! (tm), 7 janvier 2004

"Ce qui est révolutionnaire avec l’outil internet, ce n’est pas le progrès technologique en soi (par exemple, avec un portable, un cadre peut amener du travail à la maison en plus), ni le changement d’échelle (l’universalité de l’échange : un contenu en ligne accessible de n’importe où 24h/24), mais la réappropriation par le producteur (c’est bien son produit, il s’y reconnaît) et l’autonomie de la production. Mais bon, tu peux juger ce retour à la position normale intolérable ou risible, tu as le droit d’être de droite ! :)))"

Vous adoptez un point de vue "économiciste" pour parler de la culture, très réducteur et, il faut l’avouer, à côté de la plaque. Quand l’auteur devra gérer, en plus de l’écriture, la mise en page, la conception de la couverture, la correction, le service de presse, le suivi des commandes, l’envoi des commandes, la facturation... Il sera parvenu à récréer une maison d’édition. Beau changement. A part l’atomisation que cela entraînera - atomisation favorable, de toute éternité, aux grands groupes (quelques gros qui monopolisent le marché, pleins de petits qui vivotent, c’est le modèle) -, on ne voit pas bien ce que l’on peut en espérer. Vous pensez être à gauche... ? ça, pour le moins, ça se discute. Votre façon de voir la culture est carrément flippante.

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La crise de la culture (between past and future), Lirresponsable, 7 janvier 2004

Vous adoptez un point de vue "économiciste" pour parler de la culture, très réducteur et, il faut l’avouer, à côté de la plaque.

Non je parle du marché du livre, dans lequel l’auteur touche 10% par exemplaire alors que les coûts de réalisation de l’objet baissent. Il n’y a que les intervenants du circuit (circuit qui prend 90% par exemplaire, profite de mesures législatives et fiscales) qui parlent de "culture" (sans jamais définir le terme, comme si les valeurs culturelles n’étaient pas des valeurs d’échange), ce qui est relativement à côté de la plaque, du moins de la discussion.

Si l’on définit ici "culture" par production littéraire, elle représente 20% du chiffre d’affaires et la moitié des ventes (en volume comme en chiffre d’affaires) est réalisée par les réimpressions. On retrouve alors le fameux 10% d’alibi...

Tiens pour l’anecdote :

« Car, dans la chaîne éditoriale, la vraie machine à cash, c’est la logistique. Sur un livre à 10 euros, si entre 1,20 et 1,40 euro revient à l’éditeur, le diffuseur-distributeur s’approprie jusqu’à 2 euros. La maison Grasset par exemple n’a pas gagné d’argent avec son Goncourt 2002 aux ventes décevantes. Mais sa maison-mère Hachette, qui acheminait le livre dans toutes les librairies de France et de Navarre, a pour sa part réalisé une bonne affaire. » (« A quoi sert la rentrée littéraire ? », Nouvel obs août 2003 - n°2024)

Il est donc très important de maintenir un réseau de librairies (qui vendent ou pas le produit diffusé), y compris par l’impôt de nos amis les citoyens, afin que Hachette continue à toucher sur la diffusion. Eh, il est question de "culture" ! :))

Quand l’auteur devra gérer, en plus de l’écriture, la mise en page, la conception de la couverture, la correction, le service de presse, le suivi des commandes, l’envoi des commandes, la facturation... Il sera parvenu à récréer une maison d’édition. Beau changement.

Non pas une maison d’édition (avec catalogue de divers auteurs et divers services : compta, presse, etc.), mais l’autonomie de sa production.

-  La mise en page, la correction ne lui sont pas inaccessibles. Les tâches de composition d’un texte avec un format numérique sont automatisées (chapitres, titres, paragraphes, notes de bas de page, etc.). Pour virer les coquilles ou fautes de frappe, il suffit d’appuyer sur F7 dans un logiciel très connu. On peut certes se souvenir avec émotion des caractères de plomb et des coquilles d’impression.

-  La réalisation de la couverture demande des compétences de graphiste, et dans le mode industriel de fabrication de livre, l’auteur est le plus souvent exclu du choix (en gros : trouver une image libre de droit en haute résolution).

Qu’apportent le nom de la maison d’édition et celui de la collection sur la couverture ? Relativement à l’intérêt propre du texte : rien. Il s’agit uniquement de publicité pour une marque ! (et donc de pratiques/recettes de vente). Lire à ce propos (bis) : Vive les livres moches, nuls et chers, je dis « vive les requins »

-  le service de presse, c’est-à-dire envoyer des exemplaires à quelques rédactions ou médiateurs en espérant un papier en retour (et qu’ils ne vendent pas tout de suite l’exemplaire à un bouquiniste) ; opération qui s’effectue plus ou moins en "interne", par exemple Havas (avec sa filiale CEP Communication), détient notamment l’Express, le Point, l’Expansion, Courrier international, Lire et Presses de la Cité, Julliard, Belfond, Plon, Pocket, 10/18, Robert Laffont, Larousse, Bordas, Le Robert, Nathan, Dalloz, Dunod, Masson.

Notre ami l’auteur autoproduit ne doit certes pas s’attendre à de la promotion gratuite dans ce type d’organes, qui, et c’est bien normal, visent d’abord à écouler les marchandises maison, y compris en France celles de leurs supérieurs hiérarchiques ou obligés (cf. « Le cas Labro », dans Halimi,Les nouveaux chiens de garde, Liber, 1997, p. 91). De la même manière, les magasins Leclerc placent en rayon et en catalogue (qu’ils nous spamment in real life !) leur marque Repères® et Carrefour la leur Reflet de France®.

Il peut donc sans remords supprimer ce poste de dépense (pas de rentabilité, perte de temps). Surtout avec l’inflation des titres : 691 romans pour la rentrée ! Qui dans l’industrie de la promotion et la réalisation de catalogues payants (appelés "revues" pour on ne sait quelle raison obscure...) lit 691 romans en un mois ? Personne bien entendu, chacun préférant présenter son coup-de-coeur (tm), parfois en l’ayant lu.

-  le suivi des commandes, l’envoi des commandes, la facturation exigent certes des services dédiés lorsque l’affaire brasse plusieurs centaines de milliers d’exemplaires (c’est même la justification pratique d’un grand groupe).

La politique de développement d’un auteur autoproduit est plus rationnelle : flux tendu zéro stock ! ;)) Puisqu’il ne bénéficiera pas via l’office du placement de ses marchandises, ni donc de l’activité comptable qui en résulte et ouvre le droit à certaines aides tout en reportant l’effort (et les coûts de stockage) sur un tiers (notre ami le libraire)...

Il peut imprimer à la demande (s’il réalise lui-même ses livres), proposer des commandes et attendre un nombre suffisant d’exemplaires pré-payés avant de réaliser l’objet-livre grâce à un imprimeur (et les coûts des faibles tirages diminuent) ; uniquement proposer de télécharger des fichiers en pdf. La facturation proprement dite est alors effectuée par le système de paiement en ligne.

A part l’atomisation que cela entraînera - atomisation favorable, de toute éternité, aux grands groupes (quelques gros qui monopolisent le marché, pleins de petits qui vivotent, c’est le modèle) -, on ne voit pas bien ce que l’on peut en espérer.

Un retournement du marché, puisque l’atomisation est encore faible par rapport aux monopoles déjà constitués (plutôt un oligopole). On peut certes continuer à parler de "culture", ce qui permet de faire l’impasse sur la question des capitaux et défend le statu quo : qui organise le marché ? Pour quelles productions ? A l’avantage des auteurs ?

La vraie question révolutionnaire : sans les producteurs de contenus, que deviennent ces oligopoles ? On oublie tout le temps « qu’il faut toujours remonter à une première convention » (Merci Jean-Jacques !) :

Article L. 132-1


Le contrat d’édition est le contrat par lequel l’auteur d’une oeuvre de l’esprit ou ses ayants droit cèdent à des conditions déterminées à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l’oeuvre, à charge pour elle d’en assurer la publication et la diffusion.

Article L132-2 Ne constitue pas un contrat d'édition, au sens de l'article L. 132-1, le contrat dit à compte d'auteur. Par un tel contrat, l'auteur ou ses ayants droit versent à l'éditeur une rémunération convenue, à charge par ce dernier de fabriquer en nombre, dans la forme et suivant les modes d'expression déterminés au contrat, des exemplaires de l'oeuvre et d'en assurer la publication et la diffusion. Ce contrat constitue un louage d'ouvrage régi par la convention, les usages et les dispositions des articles 1787 et suivants du code civil.

Le point de vue est alors certes individuel et libéral ;), dans un premier temps :

étant donné que j’aurais un faible tirage, mal distribué, en touchant des clopinettes, sans contrôle direct sur ma production et l’objet produit, pourquoi participer à l’industrie culturelle telle qu’elle est organisée, alors que je peux déjà mettre mes contenus en ligne et m’organiser ?

Bref, la question ancienne : pourquoi signer le contrat ? Pour du brouet de lentilles ?

Vous pensez être à gauche... ? ça, pour le moins, ça se discute.

Discutons ! Enfin entre nous, je m’en fous un peu, je te taquinais ;-)

Votre façon de voir la culture est carrément flippante.

Bof pas tellement, et je ne vois pas l’intérêt d’écrire un article pour dire "la culture c’est beau, mangez-en !" (ce qui est assez redondant avec le message publicitaire unanime), ou "Luttons contre la marchandisation de la culture en défendant Lagardère-Hachette, Pinault-la Fnac contre les vilaines multinationales américaines et leur sale copyright" (également assez redondant avec le citoyennisme).

a+

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> Ah ça par exemple !, 11 janvier 2004

Plus probablement, son format de travail est déjà numérique, et transférer des fichiers par FTP et réaliser des pages HTML ne demande pas des compétences de programmeur. Le marketeur n’apparaît pas utile, contrairement au graphiste. Donc soit il fait appel à un tiers, soit il acquiert ces compétences.

Voila ce qui va pas dans le raisonnement, a suposer qu’un auteur compose sur ordinateur (ce qui est loin d’etre le cas de tous), le racourci qui est fait ici c’est j’utilise un ordinateur pour taper du word, donc c’est pas compliquer d’utilise un logiciel FTP.

...ET puis PHP, je connais des gents qui l’aprenne en deux nuit, c’est pas tres compliquer... Les 9/ 10 des auteurs aujourd’hui ne SAVENT MEME PAS CE QU’EST un logiciel FTP, enuiste ils vont faire du HTML, facile le HTML, avec quoi , ont tape les balise à la mains ?, non alors ont va 1 acheter un logiciel (ou en parler a quelqu’un par ce que 9/ 10 des auteurs ne save pas qu’ils y a des logiciels pour faire du html) 2 Apprendre ce logiciel 3 Créer des pages, des tableaux...

L’utilisation de spip est une alternative : Déposer un nom de domaine Configurer les DNS Faire un squelette (trois minutes l’apprentissage des squelettes sous SPIP) Créer une base de donnée...en mysql (voir le livre : Tous les auteur utilisent le Mysql

Franchement simple, non vraiment, Sans compter qu’une des spécificité du média internet, est qu’il ne permet pas la diffusion, dans le sens ou ce sont les "spectateur qui vienne chercher" d’ou une nécessité énorme de publicité et de référencement. je vien de publier mon livre, je le met sur internet, et la tous les gents qui vont taper LIvre, sur intenret vont tomber dessus et venir me l’acheter...c’est bien mal connaitre le fonctionnement d’internet.

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> Ah ça par exemple !, 11 janvier 2004

Il y a dans ce texte, une minimisation à l’extreme de tous les métiers du web (une idéalisation du support, comme si l’abscence de papier, résolvais tous les problémes). Aujourd’hui, le papier coute encore beaucoup moins cher que le web, que ce soit pour une petite ou une grosse diffusion.
-  Pour une petite diffusion, les couts sur le web sont essentiellement lié à la "publicité", google ne recense pas toutes les pages web (qui pourrait ? ) et ils annonce ceci : ©2004 Google - Nombre de pages Web recensées par Google : 3,307,998,701. Alor avant que quelqu’un tombe sur la votre...il faudra passer par : toutes les techniques de marketing, e-marketing, publicité.

-  Pour les grosses diffusions : par ce que les investissements informatique et les exigences de disponibilité coutent tres chéres

Et puis, il me semble que si j’avait l’opportunité, la chance d’écrire des livres, mon temps serai consacré à la conception de scénario, la structure de mon texte, le style... bref mon livre.

plutot que :
-  Une information sur ce qui n’est pas mon métier
-  Des contraintes techniques
-  Des contraintes promotionelles
-  De la conception média

Mais, tout ça à un nom j’y pense, c’est ce que font les éditeurs !!!

Cela dit, il y a un probléme monopolistique, qui s’accompagne d’ un lobying qui fait qu’ils abusent grave

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Mocamba !, Lirresponsable, 11 janvier 2004

Voila ce qui va pas dans le raisonnement, à suposer qu’un auteur compose sur ordinateur (ce qui est loin d’etre le cas de tous), le racourci qui est fait ici c’est : j’utilise un ordinateur pour taper du word, donc c’est pas compliqué d’utiliser un logiciel FTP.

Tu parlais de compétence de programmeur (C, Java, etc.), et utiliser un logiciel FTP, comme l’utilisation d’un magnetoscope, d’un téléphone portable, suppose certes un apprentissage minimal (savoir utiliser les fonctions), mais non des compétences qui nécessitent des mois d’études et de formation.

Je maintiens donc qu’il n’est pas compliqué d’utiliser un logiciel FTP quand on a l’habitude d’utiliser un traitement de texte, c’est en gros comparable à l’apparence (dans sa présentation) et au principe (déplacer des fichiers) par exemple du gestionnaire de fichier ou Explorer sous Windows. Si je sais copier un fichier ou enregistrer mon document sur une disquette (du disque C : au lecteur A :), de manière analogue la question de déplacer un fichier de mon disque dur au disque du serveur ne pose pas un problème métaphysique. Le degré de complexité, toujours relatif à un point de départ constitué de manière variable vers un point de destination (moins simple et immédiat par définition), est ici très faible.

Sinon ta variation absurde est amusante, à partir du paralogisme (qui peut le moins peut le plus immédiatement). Je te propose ce remix tout aussi rhétorique :

l’auteur avec son stylo doit connaître la composition chimique de l’encre, et donc d’abord étudier la chimie et connaître par coeur le tableau de Mendeleïev . Puis il doit prendre garde, car parmi les composantes du tristement célèbre gaz moutarde figure une substance comparable à l’antigel entrant dans la fabrication de l’encre des stylos à bille, comme le souligne l’avis n°268 du Sénat, sur la prolifération des armes chimiques. Il doit donc s’attendre également à une visite des inspecteurs de l’ONU, etc.

On voit tout de suite la confusion flagrante entre utilisation, compréhension du principe, compréhension technique poussée. De même que je n’ai pas besoin de connaître la composition chimique de l’encre d’un stylo ou de savoir fabriquer un stylo pour utiliser l’objet stylo, de même je peux utiliser un logiciel FTP sans être capable d’en programmer un, ni de connaître dans le détails le fonctionnement du protocole et d’apprendre le RFC 959. D’ailleurs grâce au Réseau, les ressources documentaires si je m’y intéresse ne manquent pas : à la fois des tutoriels, de aides et de la documentation technique.

Sans compter qu’une des spécificités du média internet, est qu’il ne permet pas la diffusion, dans le sens ou ce sont les "spectateur qui viennent chercher" d’ou une nécessité énorme de publicité et de référencement.

Tandis que tous les gens qui iront à la boucherie Sanzos de Moulinsart trouveront mon bouquin, comme ça sans chercher, of course ! Plus sérieusement, dans le circuit classique, le consommateur va dans des boutiques spécialisées, et les petits tirages ne bénéficient d’aucune publicité de masse ; ce qui ce comprend la clientèle étant réduite. Il y a également les catalogues où figurent les nouvelles parutions, mais cela demande la même démarche active et intéressée : aller chercher l’information et découvrir des lieux de diffusion intéressants (relativement à ce que l’on cherche). Mais tu as raison : 1) il y a une difficulté insurmontable liée à la différence radicale qu’il y a entre s’abonner à un catalogue et s’abonner à une ML (fournir une adresse valide), et 2) en tapant "livre" dans un moteur, quoique, c’est un peu compliqué quand même (et oui, faut aller sur le site d’un moteur et taper la requête, faut au moins 15 ans de formation), en criant "livre" devant l’écran, le résultat sera peu probant.

Ce qui est certain en revanche : le mode de diffusion sur le Réseau est moins centralisé et rend donc la concentration et les monopoles absurdes. Avantage : autonomie et grande diversité, inconvénient : la profusion oblige à une recherche active (et que je me transforme en producteur d’information à mon tour : je signale mes liens intéressants, je participe aux newsgroups, anime une ML, etc.). C’est en effet terrible : machin.perso.fr ne me bassine pas matin/midi/soir à la radio, télé, dans les journaux, affiches, au téléphone pour que j’aille sur son site acheter ses produits, quelle angoisse ! :))

Je comprends tout à fait que dans ces conditions tu souhaites l’autorisation des pub télé qui t’informeront de l’offre du jour (voilà un vrai de média de masse démocratique, simple d’utilisation), et le statu quo : des boutiques signalés (où acheter), des conseils malins du libraire (quoi acheter) et des magazines (pourquoi il faut l’acheter).

Il faut donc se battre pour la création d’une taxe citoyenne qui permettra aux auteurs méconnus d’acheter de l’espace publicitaire sur TF1, ou plutôt, soyons reponsables et pour la gouvernance-corporate (tm) : de voter un buget promotion des nouveaux talents financé par l’impôt et une taxe sur les cache-pots en cuir de tatou qui ira à l’industrie du livre, à charge pour elle d’acheter des pubs à des professionnels. Voilà une belle relance citoyenne pour le pluralisme démocratique ! (Et on aura une belle couverture de la presse pour l’adoption de cette loi ;))

Et puis, il me semble que si j’avais l’opportunité, la chance d’écrire des livres, mon temps serait consacré à la conception de scénario, la structure de mon texte, le style... bref mon livre.

Ouais, puis de temps en temps, j’irais quand même à une manif’ pour protester contre la marchandisaton de la culture, ou gueuler contre ces salopards qui lisent gratos dans les bibliothèque, car c’est pas citoyen comme attitude. Bref, je me consacrerais à mon Oeuvre et laisserais les contingences matérielles aux impurs dont les oeuvres sont uniquement temporelles. La figure de la Vache sacrée pour oublier la condition réelle : la traite.

On peut aussi se dire que notre ami l’auteur n’a pas besoin des intermédiaires classiques pour s’adresser aux lecteurs (ce que fait déjà son texte diffusé en ligne).

Cela dit, il y a un probléme monopolistique, qui s’accompagne d’ un lobying qui fait qu’ils abusent grave

Oui, un petit peu quand même :))

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> Mocamba !, 12 janvier 2004

l’auteur avec son stylo doit connaître la composition chimique de l’encre, et donc d’abord étudier la chimie et connaître par coeur le tableau de Mendeleïev . Puis il doit prendre garde, car parmi les composantes du tristement célèbre gaz moutarde figure une substance comparable à l’antigel entrant dans la fabrication de l’encre des stylos à bille, comme le souligne l’avis n°268 du Sénat, sur la prolifération des armes chimiques. Il doit donc s’attendre également à une visite des inspecteurs de l’ONU, etc.

Voila un procédé bien malsain, comparer ce qui n’est pas comparable, amplifier, déformer pour démonter un argumentaire.

N’empéche, le probléme de ton argumentaire (outre son procédé d’argumentation fascisant ), viens vraiment de l’idéologie tchniciste qu’il trimbale. Je n’ai jammais dit que l’aprentissage d’un logiciel FTP était difficile ou insurmontable, mais toute ls étude de communication et de sociologie qui ont étudié le comportement social par rapport à l’ionformatique sont asses claire, l’appropriation de l’informatique pour la plupart des gents, ne ce fait pas de la maniére dont les informaticien l’ont prévue.

La plupart utilise les fonctions sans comprendre le processus logique de l’outil qu’ils utilisent

Va faire un tour sur les procédure des hotline, et étudie un peu ces phénomènes et tu t’apercevra que la majorité des personnes qui utilisent un traitement de texte ne save rien faire d’autre sur un ordinateur (pas par manque de capacité, mais à la fois par manque d’intéret de formation et d’information). De même peu de gent arrivent a établir une connexion a internet sans passer par la hotline ou par un spécialiste , la plupart des gents connectées à internet n’ont jammais utilisé un logiciel FTP (la encore, ce n’est pas une question de savoir, mais plus simplemment une question de méconnaissance de l’utilité, d’intéret pour la chose, et d’ apriori sur la chose.

La vrai question que tu devrait te poser c’est : pourquoi, alors que ton processus est (celons toi) si simple, personne ne publie sur internet, et avant ça pourquoi 90% (je pense que ça doit être de cet ordre)des gents qui utilise un ordinateur n’ont jammais utilisé un logiciel FTP.

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> Mocamba !, 12 janvier 2004

Tu parlais de compétence de programmeur (C, Java, etc.), et utiliser un logiciel FTP, comme l’utilisation d’un magnetoscope, d’un téléphone portable, suppose certes un apprentissage minimal (savoir utiliser les fonctions), mais non des compétences qui nécessitent des mois d’études et de formation.

Je maintiens donc qu’il n’est pas compliqué d’utiliser un logiciel FTP quand on a l’habitude d’utiliser un traitement de texte, c’est en gros comparable à l’apparence (dans sa présentation) et au principe (déplacer des fichiers) par exemple du gestionnaire de fichier ou Explorer sous Windows. Si je sais copier un fichier ou enregistrer mon document sur une disquette (du disque C : au lecteur A :), de manière analogue la question de déplacer un fichier de mon disque dur au disque du serveur ne pose pas un problème métaphysique. Le degré de complexité, toujours relatif à un point de départ constitué de manière variable vers un point de destination (moins simple et immédiat par définition), est ici très faible.

Et t’a pas l’impressionn que tu simplifie un peu, si il s’agit d’un simple copier colé, pourquoi, le controle c controle v ça marche pas pour copier sur internet, moi écrivain, quand je tape mon fichier, mon traitement de texte enregistre dans "mes document", je n’ai pas de nom d’utilisateur, je n’ai pas de login, je n’ai pas de mot de passe pour enregistrer mes textes. ...mais la encore, tout cela présuppose que je sache qu’il me faut faie du File transfert protocol, et tu dit ça a un auteur éventuellement séduit par l’autopublication, et tu va le persuader (probablement a tord) d’aller voir un imprimeur, qui va lui proposer un tarif pour une prestation, qui lui donnera accés a un objet dont il saura quoi faire.

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> Mocamba !, 12 janvier 2004

Ce qui est certain en revanche : le mode de diffusion sur le Réseau est moins centralisé et rend donc la concentration et les monopoles absurdes. Avantage : autonomie et grande diversité, inconvénient : la profusion oblige à une recherche active (et que je me transforme en producteur d’information à mon tour : je signale mes liens intéressants, je participe aux newsgroups, anime une ML, etc.). C’est en effet terrible : machin.perso.fr ne me bassine pas matin/midi/soir à la radio, télé, dans les journaux, affiches, au téléphone pour que j’aille sur son site acheter ses produits, quelle angoisse ! :))

Bien bien, mais qui , combien de personnes font cela à l’heure actuel ? Et comment je sépare le bon grain de l’ivraie, allé expérience perso, le site d’un copain vigneron, qui a "Autoproduit" sur les conseil d’un "spécialiste" (moi) qui bosse deans le secteuc de vendre son pinard par internet : deux solutions passer par les immondes circuits classique d’hacheteur/ vendeur, ou l’autopublication sur internet La fabrication d’un site minimal (meme pas dynamique...je connaissais pas spip il ya deux ans) m’a pris au total un mois de travail : vendu par une boite ça fait plus de 15000 balles. fait par mon pote vigneron qui s’instale, quibosse 8 heures par jour dans ces viognes, fait des salons, donne des cours dans une école paske quand ont s’instale ben la vigne sa rapporte rin pendant les trois premiéres années vu qu’on peu pas vendre le pinard tout de suite. L’ordinateur, il l’utilise pour ça conta, mais son mail est au nom de sa copine , c’est un cousin qui lui a instalé, et il a jammais su/ voulu instaler un deuxiéme compte (trop peur de perdre le premier)(Pour l’utilisateur landa, l’usage de l’info s’accompagne de peur irrationnel du à la méconnaissance du fonctionnement). J’ai fait du référencement à outrance : avec un temps consacré qui s’estime en dizaine de jours. Résultat : aprés deux ans a moins de connaitre son nom, ou le nom de son village, il et impossible de trouver son site (tape vin, ou len om des appelation, tu tombe sur des listes de sites interminable, comment choisir le bon ?)

Les mailling list et les sites personnalisées : A quel merveilleux moyen... pour être publié en tant que producteur fo payer, ou alors tu est sur des listes avec tellement de producteurs ...que tu n’a aucune chance d’être trouvé. Le mailling : quandles gent viennent pas sur ton site, il ne laisse pas leurs addresse, donc tu ne peut pas leur envoyer de pub ou alors ....tu SPAM, on a fait un mailling (en SPAM) a partir d’un fichier piqué, ...résultat 15000 envoie, 500 visite 1 achat de 24 bouteille (apres envoie d’une bouteille gratuite à la personne qui semblait intressée). On a abandonné le mailing par déontologie (et par peur des conséquence apres cette expérience).

Bref apres trois ans d’existence du site : on a vendu - de 100 bouteilles par le site.

Parallelement le pote c’est déplacé dans les resto, a présenté son vin aux guides institutionel, et la simple parution de son nom dans le guide hachette, dans le guide bettane desseauve, lui permet d’écouler...le reste de sa production.

En tant qu’utilisateur, je n’achéterai pas sur internet, trouvé sur google, ou par une mailing liste, car il est impossible d’avoir le moindre repére de qualité, ou d’identifier le sérieux de la liste ou du site. Le seul moyen c’es d’être introduit dans une communauté...et cela demande un temps qui fait que la quasi totalité des internautes ne prend jammais ni le temps ni les risques Pour info, j’aimerai savoir ciombien d’ouvrage de litteratuure tu as acheté et lu par internet ?

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> Mocambabracadabran, 12 janvier 2004

l’irresponsable (oh combien ) a écrit :

On voit tout de suite la confusion flagrante entre utilisation, compréhension du principe, compréhension technique poussée.

Il me semble que C’est en effet la confusion que vous faite. Vous assimilez a de la compréhention simple des processus informatique qui pour le profane sont de véritable casse tête.

Comparer l’utilisation d’un logiciel FTP à un copier collé est a mon sens un raccourci vraiment abusif. L’utilisation mêm du logiciel FTP demande une connaissance aprofondi d’internet . La question de l’auteur novice sera plutot : pourquoi internet explorer ne me permet pas de publier mon site.

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C’est à boire, à boire, à boire, ! (ad lib), Lirresponsable, 13 janvier 2004

Bon John pour le troll « le FTP est-il W3C compliant ? », y’a un autre article :)) Je ne pensais pas au copié/collé mais - tout en souplesse - au glissé/déplacé, à partir de l’ergonomie conviviale (tm) du déplacement de fichier : analogon du déplacement de fichier du DD vers le serveur avec un logiciel FTP. C’est super balèze le coup du login/psswd, sur yahoo mail d’ailleurs y’en a pas. Et les FAI ils te filent jamais l’adresse de leur FTP dans leurs tutoriels.

Mais on est d’accord : le neuneu profane (mais cool dans sa tête quand même), non initié, pas au parfum des arcanes secrètes des Maîtres du Réseau et de la Cabale Usenet, kinékonérien, kiveupasavoir, kissenfou, il ne sait pas utiliser un outil ou un instrument quelconque (que ce soit un ordi, une perceuse, un yoyo, un trombonne à coulisse), et avec cette attitude, il ne fera pas grand chose. Bon, une fois qu’on a dit ça (en 600 pages si on fait de la socio sur l’appropriation des NTIC en milieu opaque à G/limace), la question (the question) : que faire ? (ou si l’on est en charmante compagnie : what’s going on pussy ?).

Ou bien on lui dit : « attention mon garçon, pas touche p’tit con ça y’en a être magie mystérieuse pas pour toi », ou bien : « toi aussi tu peux le faire, n’écoute pas les discours qui t’en dissuadent, essaie, tâtonne, tu y arriveras ». Question de pédagogie et enjeu politique. (C’est pourquoi sur ce site, il y a le coin des débutants).

On a tous été débutant, cela n’a rien de dramatique. De plus, en ce qui me concerne, je ne suis pas tekos de formation, ni spécialiste gourou, mais un simple bidouilleur autodidacte (grâce au Réseau et par la pratique dans le temps). Ok, je connais des individus auprès desquels je suis Ze spécialiste parce que je sais lancer l’exécutable d’un firewall pour l’installer ou virer un virus avec le prog ad hoc ; de là à se satisfaire de l’état de fait et d’en déduire autre chose qu’une différence liée à un apprentissage dans le temps... En bref : j’ai collé mes frolos avant de rentrer dans ce bizgo, alors pas besoin de photos !

Voila un procédé bien malsain, comparer ce qui n’est pas comparable, amplifier, déformer pour démonter un argumentaire. N’empéche, le probléme de ton argumentaire (outre son procédé d’argumentation fascisant ),

Je plaide coupable votre honneur, je suis un tekno-fasciste serbe mangeur d’enfants. D’ailleurs il est un peu étrange que tu n’aies pas détecté du négationnisme dans mes propos, sans doute un oubli.

Plus sérieusement évite d’isoler un paragraphe du paragraphe qui précède et de celui qui suit, et relis les trois à suivre. Je résume donc : t’as voulu jouer au mariolle (word, FTP, PHP, SPIP, MySQL), je démonte ton paralogisme et te propose une variation (explicitement et symétriquement rhétorique) qui te déplaît, tu réponds à côté en choisissant le godwin, ce qui ne fera pas toi le cador d’la combine.

Quant à l’ami vigneron (istud vinum, bonum vinum, vinum generosum !), il te viendra sûrement à l’idée que déguster du rouquin en ligne, c’est pas tip-top. En effet, on ne peut pas jongler avec la souris et dire : « il est joueur, encore vert, mais il promet ». De plus pour négocier/convaincre un restaurateur, la rencontre de visu est plus efficace. Mais j’oubliais, c’est moi le fasciste qui prend des exemples pas comparables...

Terminons par l’ad hominem (afin que tu puisses rebondir) : je ne lis quasiment pas de littérature contemporaine, (depuis le XIIIe siècle de toute façon...), donc je n’en achète presque pas, en librairie ou en ligne. Soyons précis : le dernier texte littéraire que j’ai acheté chez un bouquiniste avec quelques autres essais (Ricoeur, De l’interprétation ; Gramsci, Ecrits politiques III 1923-1926 ; Fontenelle, Histoires des oracles), il y a quinze jours : L’étrille, contes et nouvelles érotiques du Moyen Age Allemand, Porte-Glaive, Paris, 1991. (J’ai ainsi découvert que nos amis les boches avaient de jolis fabliaux eux aussi). Mais, bon, je sais pas si ça compte, tu me diras, j’ai acheté un CD sans l’avoir écouté avant de Klimperei, et ça m’a fait beaucoup plaisir (en l’écoutant).

ciao !

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> Le Blues du businessman, 11 janvier 2004

quand un artiste signe dans un salon, bien souvent il est payé...pas par son éditeur ok , mais par le salon (pas tous le temps )...et c’est même une bonne source de rémunération.

Ceci est d’autant plus vrai que l’effet est boule de neige, et ne se passe pas du tout comme la réponse à ce message l’indique.

J’ai un ami qui a été publié, et qui en est a son troisiéme roman.

1er Tirage du premier livre, l’éditeur ne lui a quasiment rien donné : 2000 F (il a eu 1000 F de frais pour certifier son oeuvre par un auteur avant de l’envoyer à l’éditeur.

2 éme livre premier tirage même punition

1er livre deuxiéme tirage La ça devient plus interessant, pour le même tirage, on double les gains

3 éme livre L’éditeur commence vraiment à appuyer son auteur, et notament, il est maintenant invité dans des salons et payé par ceux ci : de 1000 F à 3000 F La prestation : Mois de septembre/octobre 6 prestations dans les salons, et il à gagné plus d’argent qu’avec la vente de ses livres.

Ok ce n’est pas l’éditeur qui a payé, mais c’est lui qui a permis les invitation...et indirectement la rémunération.

Il est clair que l’éditeur à pris des risques minimum tant qu’il n’a pas eu "un niveau de retour suffisant" (Qui dans ce cas a été d’un total de 12000 bouquins environs)...Mais bon, 12000 bouquins, fo aussi sortir les sous.

Je parlai d’effet boule de neige, car les droits d’auteurs peuvent intervenir longtemps apres, de même les rééditions. la présence de l’éditeur se manifeste graduellement. Contexte à préciser : petit éditeur Breton, roman policier.

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> Le Blues du businessman, 13 janvier 2004

"Il y a dans ce texte, une minimisation à l’extreme de tous les métiers du web (une idéalisation du support, comme si l’abscence de papier, résolvais tous les problémes)."

Extrêmement bien vu : il y a une idéalisation du support, qui résoudrait tous les problèmes. Ce texte est un magnifique exemple de la "pensée magique". Je ne savais pas qu’Internet pouvait être une idéologie, mais apparemment, ça peut. Et je maintiens : c’est flippant. Quand on lit que les librairies n’existent que parce qu’Hachette a besoin de faire des bénéfices dans la distribution... On se dit qu’on a connu des Maoïstes moins graves.

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> Le Blues du businessman
11 décembre 2003
 

sans rire, vous avez deja mis les pieds dans une librairie (une vraie, hein, pas la f**k) ?

serieusement, vous savez ce que c’est le travail d’un auteur, vous avez deja ecrit un _livre_ (un vrai, hein, pas sur le net) ?

a lire cet article, non.

et ca sera trop tard pour vous plaindre le jour ou vous voudrez un livre, et que vous trouverez seulement le vomi de tout ceux qui se pretendent ecrivains sur le net (cherchez un peu, y en a deja des tonnes ... ca vaut le coup).

moi en attendant, je continue a acheter des vrais livres qui sentent bon (pas des feuilles qui sortent de l’imprimante) chez mon ptit libraire qui me donne de vrais conseils (sans que je cherche 1 h sur google) et en plus, je suis sure que ces livres ont ete lus et corriges par l’editeur.

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La charcuterie comme dogme, Lirresponsable, 11 décembre 2003

Ach, le petit commerce d’antan, où le boucher préparait (avec amour, gloire et beauté) de bons filets, après avoir choisi la bête, et laissé la viande rassir...Elle sentait bon la garrigue le soir, et un parfum d’olivier, de lavande et de patchouli. Bon comme le bon pain, ce brave homme, honnête et droit, donnait du mou pour le chat... avez-vous essayé d’obtenir du mou pour votre greffier sur Internet, hein ? Non bien sûr !

Sur l’Internet qu’i’ veulent nous vendre (les salauds !), y’a que du vomi, pas comme toutes les librairies courageuses qui osent vendre , euh pardon proposer au lecteur audacieux, plein de fougue, mais tranquillou après un jaune, en tapant le carton, dans un souci d’écoute mutuelle et de partage citoyen, les chefs d’oeuvres dont parle Pierre Jourde, dans La littérature sans estomac. Et au moins, on est sûr de ce qu’on achète, car y’a un bon label de traçabilité Viande Française De Chez Nous, et de bons petits auteurs du Terroir élevés sous la mère. Pas comme toutes ces grandes surfaces, temples de Babylone, qui gerbent du classique en livre de poche, couillon ! Alors bieng sûr, on va me dire "c’est le progrès", ouais mais moi je dis "c’est un peu dommage quand même, bande de branle-quéquettes, on perd en qualité de vie, cong !".

a+

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> La charcuterie comme dogme, 11 décembre 2003
Cette réponse éclaire beaucoup sur la profondeur, la pertinence, l’intelligence et la subtilité qui ont, à n’en pas douter, imprégné la rédaction de l’article, :-)
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Té pitchoune ! Quelle manoeuvre inédite !, Lirresponsable, 11 décembre 2003

allons, ne sois pas mauvais joueur ! :)) Faut pas se vexer comme ça. Nous tu sais, on s’adapte au public : machin qui poste complétement à côté de l’article pour nous dire "j’aime le fumet de la bonne reliure d’autrefois", bon ben, on utilise des images qu’il comprend ; c’est pas bien grave tout ça ;-)

a+

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> Té pitchoune ! Quelle manoeuvre inédite !, ARNO*, 12 décembre 2003

De toute façon, quand on commence à évoquer la notion de « un livre, un vrai », on a de fortes chances d’avoir de ces discussions qui finissent mal. Parce que rapidement on sent poindre comme l’idée qu’il y a des livres qui sont faux, et on peut légitimement se demander ce qu’on doit en faire...

La notion de « un libraire, un vrai », est tout aussi floue. Comme le suggère subtilement le message de Lirresponsable, qu’est-ce qui autorise à confondre systématiquement le rôle social « noble » du libraire (recommander des livres qui vont nous plaire) et son rôle économique (vendre des livres et payer des impôts pour construire des hôpitaux) ?

Personnellement, je déteste avoir des discussions intimes sur mes goûts, mes valeurs, mon expérience personnelle, avec quelqu’un qui est en train de travailler (pour cette raison, d’ailleurs, je ne fréquente pas non plus les prostituées et les psychanalystes - même si je conçois très bien que d’autres leur attribuent un statut social des plus gratifiants). En revanche j’adore qu’on me recommande des livres. Et j’adore que les gens qui le font ne soient pas en train de travailler, mais simplement mes amis.

Si j’écris : « Je préfère me faire recommander des livres par mes amis plutôt que par le salarié d’une librairie », est-ce que cela continue à sentir le vomi ? Phrase qui pourrait assez facilement conduire à : « J’ai beaucoup d’amis, donc pour choisir des livres je n’ai pas besoin d’un libraire... », ou encore : « Même si mes amis et moi avons des goûts communs, ce qui est une des raisons de notre amitié, donc limités, avec l’internet j’ai désormais des amis au Québec, au Vietnam et au Zambèze, qui m’ouvrent des perspectives culturelles que le petit commerçant sympathique qui vend des livres en bas de chez moi n’imagine même pas. »... Enfin, ce genre de phrases hérétiques.

(D’un autre côté, je m’interroge, peut-être que c’est réellement mieux quand ce genre d’activité culturelle est conseillée et orientée par un professionnel ? Moi je trouve que c’est déjà très bien comme ça, à la maison, quand je ne paie pas. Mais j’ai peut-être tort, hein, p’têt que je passe à côté de trucs épatants.)

Quant à l’éditeur qui a lu et corrigé le livre pour toi, je te trouve bien optimiste... Réellement, tu connais ce milieu, tu sais dans quelles conditions de temps et d’argent sont fabriqués les livres ? Tu connais les expressions, pourtant typiques du jargon de l’édition : « j’ai une méga charette, je vais encore pas dormir cette nuit, ni demain non plus... », ou « bon, tu fignoles pas, tu finis fissa, sinon on va rater l’office », ou encore « un relecteur sur ce bouquin, mais c’est un petit tirage, tu veux couler la boîte ? » (parfois complété de la justification : « l’auteur il sait écrire, alors il peut tout aussi bien se relire... »)... ?

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> Té pitchoune ! Quelle manoeuvre inédite !, 15 décembre 2003


-  D’un autre côté, je m’interroge, peut-être que c’est réellement
-  mieux quand ce genre d’activité culturelle est conseillée et
-  orientée par un professionnel ? Moi je trouve que c’est déjà très
-  bien comme ça, à la maison, quand je ne paie pas. Mais j’ai
-  peut-être tort, hein, p’têt que je passe à côté de trucs épatants.

"Quand je ne paie pas" mon ordinateur et ma connexion Internet. Et si je n’ai pas de carte bleue ou si l’un des 4 ou 5 libraires en ligne qui trustent le marché n’ont pas le livre, il faudra aussi que je paie le papier et l’encre de l’imprimante... à supposer que j’aie une imprimante.

"Quand je ne paie pas", réflexion typique du bobo aux yeux de qui l’ordinateur est devenu un objet tellement habituel qu’il n’en a même plus de prix, au bout d’une connexion haut débit qui n’est plus considérée comme un luxe.

Heureusement, il y a les bibliothèques.

Heureusement, il n’est pas besoin d’un dispositif aussi coûteux qu’excluant pour accéder à la culture, grâce aux bibliothécaires et aux... libraires. Des libraires qui, la honte s’abatte sur eux, n’hésitent pas à passer leurs journées et leurs nuits à tenter de convaincre leurs clients de la beauté, de la nécessité de connaître la pensée et les rêves des autres, pour un salaire faramineux compris entre 1000 et 1500 euros par mois. Vous avez bien lu : entre 1000 et 1500 euros !

-  Quant à l’éditeur qui a lu et corrigé le livre pour toi, je te trouve
-  bien optimiste...

Puisque les corrections sont mal faites dans l’édition, supprimons-les tout à fait... Imaginons que l’on applique cette logique jusqu’au bout. Ou quand un article parti pour défendre la qualité dans l’édition finit par plaider pour son contraire.

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> La charcuterie comme dogme, Le Glaude, 11 février 2004
super. mais pas sur qu’ils soient branle-quéquettes. Sinon ils seraient pas aussi méchants.
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> Le Blues du businessman, 16 janvier 2004

"ces livres ont ete lus et corriges par l’editeur"

C’est beau de rêver ! Les manuscrits sont de moins en moins corrigés, les éditeurs font des économies et n’embauchent plus de correcteurs. Je lis beaucoup depuis trente ans et si, avant, il était rare de rencontrer des fautes, à présent, c’est tout le temps et même chez les gros éditeurs !

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> Le Blues du businessman, 24 janvier 2004
Donc il faut exiger davantage de qualités des éditeurs. Mais prôner l’autopublication et la fin des éditeurs... en quoi cela représentera-t-il une solution au problème de la qualité ? Cela ne risque-t-il pas, au contraire, d’aggraver les choses ?
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> Le Blues du businessman
30 octobre 2003, message de vspaceg
 

L’argumentaire des maisons d’édition peut être attaqué sur d’autres points. Qu’ont fait ces maisons pour la création artistique ? Les radios passent moins de titres différents qu’il y a 5 ans. Le nombre de maisons d’édition a diminué (à cause des rachats) au point de ne presque y en avoir qu’une (Vivendi/Universal). Dans un monde idéal pour les éditeurs, tout le monde devrait acheter le même titre, pour diminuer les coûts fixes à la production d’un disque. La diversité, n’est donc pas dans l’intérêt de ces maisons.

Ce que je contaste, c’est que pour l’instant les maisons d’édition font la pluie et le beau temps dans le monde de la musique. Celle une microscopique partie des artistes français sont capable de vivre de leur production artistique. Mais les Elus profitent grassement de leur statut.

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> Le Blues du businessman
22 octobre 2003, message de Jiache
 

Je ne vois pas du tout le rapport entre la production d’un bouquin et la production d’un disque. Les conditions, les couts, la "gestation" n’ont rien à voir. Il s’agit clairement de 2 mondes différents.

L’article est titré j’aurai voulu être un artiste, l’auteur ne l’est visiblement pas. Dommage que ce genre de propos soient tenus par des gens qui n’y connaissent rien ...

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Livres en ligne
18 octobre 2003
 
Les éditions agone diffusent également des livres en ligne
 
en ligne : lyberagone
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> Livres en ligne, 19 octobre 2003
... en suivant l’initiative des éditions de l’Eclat : http://www.lyber-eclat.net
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un autre site de livres gratuits a telecharger
18 octobre 2003, message de veronika
 

je voulais simplement signaler un site qui met également des ouvrages a disposition sur le Net : http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

on peut y telecharger gratuitement la plupart des ouvrages de reference en sciences sociales tombés dans le domaine public (tres pratique quand on a besoin d’une reference a 2h du matin !). on y decouvre aussi que les editeurs font re-traduire ces classiques, non parce que la premiere traduction est mauvaise, mais parce qu’une nouvelle traduction empeche un ouvrage de relever du domaine public, dans la mesure ou la traduction est aussi une oeuvre... sinon les PUF attaquent ce site, car il met en ligne des ouvrages tombés dans le domaine public selon la legislation canadienne, mais pas la legislation francaise...on peut signer la petition de soutien si on veut.

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Pour pouvoir être un nanard-chiste
13 octobre 2003, message de cfg
 

<< Une autre justification du métier d’éditeur réside dans la sélection des meilleurs. >>

Ce n’est pas du tout une sélection darwinienne. C’est un étiquetage par label. Voila une musique Island, voici du Blue Note. On peux voir ca comme des Appellations d’Origine Contrôlée. Je ne trouve pas de mécanisme équivalent sur le Ternet. Et je dis tant mieux : Ternet et édition sont complémentaires.

<< Pour un auteur, une nouvelle possibilité peut désormais être envisagée : réaliser lui-même, pour un coût très faible, son propre document (intégrant la mise en page et la mise en ligne), le diffuser lui-même et le vendre. >>

Et le vendre ? Ben moi, j’y crois pas beaucoup à cette révolution des nouveaux Biznessmen de l’Information et de la Communication.

Oulala. J’ai déjà perdu mon pognon dans la Neteconomy. Comptez pas sur moi pour acheter beaucoup d’actions. ;-)

Je pense qu’il y a aujourd’hui bien peu d’exemple d’oeuvres immatérielles qui offrent cette possibilité de commerce. Le shareware est un bon contre exemple. Le shareware vend une clef dévérouillant quelques fonctionnalités.

Mais pour un livre ou un album, je constate que les achats sont systématiquement liés à l’acquisition de documents matériels. Le rôle de l’éditeur est donc essentiel. Il me semble que l’auteur et le public fixent la valeur symbolique dans la matérialisation.

J’imagine que c’est là un phénomène culturel, une manière commode d’éviter d’avoir à apprécier une oeuvre à son VRAI prix ; nous nous sentirions génés de faire des négociations de marchands de Tapie directement sur les oeuvres immatérielles. Et donc, s’il y a de la gène, le bizness ne prend pas.

Les mécanismes marchands qui marchent sur Internet, ce sont les oeuvres où le support est ch*ant : les revues et périodiques. Là on n’achète pas une oeuvre, on s’abonne à un canal d’information. C’est sensiblement différent comme démarche.

Sinon, mis à part l’aspect un peu idéologique, j’aime bien le texte. C’est re-à la mode, le bizness de l’immatériel. La problèmatique est ici assez joliment balayée et quelques mythes tombent. :) My 2 cents.

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> Pour pouvoir être un nanard-chiste, Gabriel Kerneis, 27 octobre 2003

Vous dites : "<< Pour un auteur, une nouvelle possibilité peut désormais être envisagée : réaliser lui-même, pour un coût très faible, son propre document (intégrant la mise en page et la mise en ligne), le diffuser lui-même et le vendre. >>

Et le vendre ? Ben moi, j ?y crois pas beaucoup à cette révolution des nouveaux Biznessmen de l ?Information et de la Communication. "

et je ne suis pas tout à fait d’accord. La phrase initiale ne laissait-elle pas entendre la possibilité de vendre un bien matériel (un bouquin quoi) par l’intermédiaire d’Internet (qui fait alors office de moyen d’autopromotion), en addition au simple téléchargement. L’objection que vous soulevez devient alors nulle : on ne négocie plus quelque chose d’immatériel mais un livre (quoi de plus concret ?).

Pour ma part j’ai autoédité un livre, non pas dans le but de gagner ma vie avec, mais simplement parce que c’est le seul moyen que j’ai trouvé de rentrer justement en possesion de ce fameux bien matériel, gavé de ne voir mes textes que sur un scintillant écran d’ordinateur. Résultat : avec un tiers des ouvrages vendus, je suis rentré dans mes frais. Tout ceux qui suivront, ce sera de l’argent de poche. Pour mémoire, un tiers c’est environ 33%. Donc plus de 66% pour moi (loin des 10% d’un livre édité par un ’grand’). Après, c’est vrai que le tirage est beaucoup plus limité.

Voilà, c’étaient mes 2 centimes à moi aussi (qui ait eu une colle d’allemand sur un texte du Zeitung où Gates prédisait la fin du livre papier pour 2004 ;-).

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> Le Blues du businessman
9 octobre 2003, message de Un éditeur indépendant
 

Quelques remarques...

-  Un livre publié est le fruit d’un travail collectif : il met à contribution un auteur, mais aussi un correcteur, un maquettiste, un graphiste,un secrétaire de rédaction, un illustrateur, un attaché de presse, parfois un traducteur (et donc un correcteur spécialisé)... La starification qui touche certains auteurs aujourd’hui ne doit pas occulter le fait que le livre fait vivre de très nombreux professionnels, le plus souvent passionnés par leurs métiers.

-  Votre article ne concerne que les grands groupes. Or il existe des milliers d’éditeurs en France et la plupart ne fonctionnent pas de la manière que vous décrivez. Votre critique serait plus pertinente si elle ne faisait pas l’économie d’un examen approfondi du secteur où coexistent des situations bien différentes (multinationales, grands groupes, indépendants). On peut se référer à l’avant-dernier numéro de la revue Esprit, qui dessait un bilan très pessimiste de l’édition aujourd’hui, d’autant plus convaincant qu’il faisait pas l’impasse sur les réalités du métier.

-  Dans votre schéma, il n’y a plus de libraires. Comment rêver d’un monde sans libraire ? Ce sont eux qui, très souvent - et pour nombre d’entre eux, avec un salaire équivalent au SMIC-, font le succès d’un livre lorsque l’auteur ou son éditeur ne disposent pas des moyens de le faire connaître. Ils font un travail irremplaçable. Vous dites "supprimer les intermédiaires"... La grande industrie ne demande que ça. Où est le progrès ? On peut préférer le contact humain avec son libraire à un classement sur Google. Vous avez déjà essayé de parler avec Google de la beauté du style chez William Styron ?

-  Par ailleurs, publier un livre en même temps dans les librairies et sur Internet, en téléchargement, à un prix plus faible, se heurte au prix unique du livre. Il est interdit, en France, de consentir un rabais supérieur à 5 % du prix de vente lorsque l’on commercialise un livre. Ce taux protège les éditeurs et les libraires indépendants contre le dumping des grands groupes. Des prix plus bas, d’accord, mais attention aux conséquences. Autre chose concernant les chiffres : pour le moment, le numérique reste plus cher que l’impression traditionnelle et ne devient intéressant qu’à partir de 1000 exemplaires.

-  De nombreuses oeuvres n’existent que parce qu’un éditeur en a passé commande auprès d’un auteur. Ce système peut produire des aberrations comme des chefs d’oeuvre. Mais il contribue au pluralisme culturel et au débat d’idées d’une manière absolument non négligeable.

-  De nombreuses oeuvres ne sont traduites en France que parce qu’un éditeur a investi de son temps et de son énergie pour les faire traduire. Sans Eric Naulleau, qui dirige les éditions l’Esprit des péninsules, par exemple, nous serions passés à côté d’oeuvres essentielles de la littérature d’Europe de l’est. Et que dire de POL, de Christian Bourgois, de François Gèze (qui a abrité Charlie Hebdo à ses débuts, rue Abel Hovelacque), de Maspero à son époque...

-  De nombreux éditeurs, ou directeurs de collections, sont eux-mêmes des auteurs. Ce qui présente des défauts (microcosme et copinage) et des qualités (sélection et travail des textes, constitution d’écoles littéraires ou de pensée). L’un n’est pas l’ennemi de l’autre. C’est une logique binaire. Est-ce que Jérôme Lindon était l’ennemi des auteurs du "Nouveau roman" ? Peut-être a-t-il su percevoir dans leurs oeuvres des points communs qu’eux-mêmes ne voyaient pas ? Ou peut-être s’est-il complètement trompé ? On peut en débattre. Mais il est important qu’il ait pu le faire.

Internet est intéressant pour de nombreuses oeuvres et de nombreux auteurs qui peuvent légitimement le préférer au circuit classique, ne serait-ce que pour la liberté qu’il leur confère, mais pourquoi en faire un modèle hégémonique ? Au nom de quelle idéologie ?

Les éditeurs indépendants, quant à eux, se réunissent du 7 au 9 novembre à la Galerie de Nesle, à Paris. Ils ont plus que jamais besoin de votre soutien.

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> petite question, Jedi, 9 octobre 2003

"le numérique reste plus cher que l’impression traditionnelle"

> Pour le prix de mon hébergement internet, je peux publier du texte. Pour imprimer mon texte et le diffuser, c’est un poil plus cher, non ?

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> petite question, un éditeur indépendant, 9 octobre 2003
Non, on ne parle pas de la même chose. Ma remarque portait sur la réduction des coûts des éditeurs. On a longtemps dit que l’impression numérique des livres permettrait de faire des économies substantielles par rapport à l’impression offset traditionnelle. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, notamment à cause du coût des machines.
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> Le Blues du businessman, ARNO*, 10 octobre 2003

Un livre publié est le fruit d’un travail collectif

C’est exactement ce que nous disons. Et il est indéniable que, parmi ces nombreux métiers, certains aiment le travail bien fait.

Notre propos repose bien là-dessus : la défense du « livre » (comme pour le disque) ne concerne la défense du « purement culturel » que dans des proportions infimes. La question est bien celle de la survie (ou, plus certainement, l’évolution) d’un secteur économique. Ce qui n’est pas la même question, et ce qui est systématiquement travesti.

Non seulement la littérature ne représente qu’une activité très minoritaire du secteur du livre (secteur entier qui profite des mesures de prix unique, de taxation des photocopies, de la réduction de la TVA au détriment des autres produits sur laquelle la TVA n’est pas baissée...), et dans cette partie de l’activité du livre, la part des auteurs (qu’il faut défendre) est ultra-minoritaire.

Je viens de voir le « débat » sur la musique et le livre ce soir sur Antenne 2, c’est très marrant, on n’a parlé que des artistes et, côté livre, que de la littérature et en particulier des auteurs de littérature. Avec J.-M. Jarre venant expliquer qu’il fallait baisser la TVA européenne sur le disque, en invoquant Bach et Dostoeïvsky.

Au passage, vous avez dû mal lire : nous n’appelons pas à la mort du livre (nous en consommons personnellement un certain nombre), nous mettons en avant un certain nombre d’arguments qui sont systématiquement occultés (toujours dans le but de nous taxer des sous, à nous lecteurs-contribuables) et nous relativisons d’autres arguments omniprésents (comme le débat de ce soir sur le livre, le disque et la TVA, où l’on ne parle que d’auteurs de littératures).

Votre article ne concerne que les grands groupes.

Première nouvelle. Les équations économiques du livre sont-elles radicalement différentes, alors que les droits d’auteurs sont des pourcentages des ventes ?

J’ai l’impression que vous essayez d’introduire dans notre article une distinction entre une industrie cynique et des petits producteurs de bons petits produits qui aiment le métier. Pourquoi pas. Sauf que l’équation, pour l’auteur, est relativement la même. Ensuite, que le correcteur, le maquettiste, le graphiste et la secrétaire de rédaction soient passionnés par leur travail, ça n’est pas le propos (même si c’est tant mieux).

Dans votre schéma, il n’y a plus de libraires. Comment rêver d’un monde sans libraire ?

Je vois qu’on nage en pleine mythologie.

— Premièrement, que les libraires fassent bien leur boulot parce qu’ils aiment les livres, c’est tout de même bien le minimum vital : le libraire gagne, sur chaque livre, quatre fois plus que l’auteur.

— Le petit libraire en bas de chez soi, qui conseille les bons petits livres et tout ça, je veux bien ; de même que les bouquinistes qui vont vous chercher des machins invraisemblables sur les marchés... Mais de là à extrapoler, il y a un pas. Les libraires sont avant tout des commerçants (oui, qui aiment leur métier et tout et tout, je n’en doute pas ; mais qui ont les impôts et les charges à payer, aussi) ; alors ils font comme tout le monde : ils vendent les produits qui se vendent.

Le succès assuré par le libraire, vous me parlez de tirages à 200 exemplaires, là ? Le livre qui ne se vend pas, il encombre, alors il repart au bout de quelques mois chez l’éditeur et ensuite il passe au pilon. Le libraire, c’est vrai, il pleure les bons livres qu’il n’a pas vendu.

Donc, l’impact du libraire, non seulement c’est le métier pour lequel il est payé, de plus il est très relatif. Sinon les bons livres se vendraient, et les daubes ne se vendraient pas.

— Encore une fois, il me semble que c’est limiter le secteur de l’édition (qui profite, dans son ensemble, des discours autour de la création pure et belle, et de ses retombées en terme de taxations et autres avantages fiscaux) à la seule littérature. Le rôle des libraires, pour 80% de l’édition (et, dans le lot, il y a aussi une foule de petites maisons animées par des passionnés), cela consiste à passer la commande d’un livre qu’il n’a pas en stock.

— Il semble assez évident à tout le monde que, même avec une transition massive vers l’internet, l’objet livre ne disparaîtra pas de sitôt. Des petits libraires vachement sympas et tout et tout, il n’y a pas de raison qu’ils soient les premiers touchés par une évolution du métier d’auteur (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit). À moins que l’activité du libraire sympa consiste à vendre beaucoup de livres mauvais pour pouvoir mettre en vitrine les petits bouquins qu’il aime et qui ne se vendent pas (oups ?).

— La grande distribution ne demande qu’à supprimer les intermédiaires ? Non : la grande distribution est un intermédiaire. Son but est de gagner en efficacité dans ce boulot, de faire pression sur le fabricant (l’éditeur) pour qu’il lui fasse gagner plus, de prendre des parts de marché aux concurrents, mais certainement pas de faire disparaître le processus industriel lié à l’objet livre, puisque c’est bien sur cet objet qu’elle repose.

Par ailleurs, publier un livre en même temps dans les librairies et sur Internet, en téléchargement, à un prix plus faible, se heurte au prix unique du livre.

Remarque pertinente.

Mais en quoi cela protège-t-il la « création » elle-même ? Sauf à confondre, selon le discours qui va bien, le circuit de distribution de l’édition et les ultra-minoritaires auteurs de littérature ?

Cette évolution bloquerait donc une évolution technique qui, associée à la transition du modèle traditionnel, pourrait bénéficier aux auteurs (plus d’autonomie, réévaluation des parts des droits, potentiellement plus de lecteurs...). On a évidemment le droit de s’en réjouir et de trouver que cela protège la « création ».

le numérique reste plus cher que l’impression traditionnelle

Et « bas » de l’échelle, le numérique autorise aussi ce qui était inimaginable récemment : les tirages quasi-uniques à des prix abordables.

Dans le processus industriel, l’outil informatique introduit des baisses de coûts à tous les niveaux et pour tous les tirages : composition moins chère, épreuvage moins cher, disparition progressive des films...

De nombreuses oeuvres n’existent que parce qu’un éditeur en a passé commande auprès d’un auteur.

Même en littérature, j’aimerais savoir quel pourcentage d’auteurs touchent des avances suffisantes.

Hors littérature, cela me semble encore plus discutable.

De plus, notre article est décomposé en deux parties, qu’on peut imaginer successivement dans une période de transition (destinée à autonomiser les auteurs le plus possible) : d’abord le passage à une diffusion par l’internet ; ensuite imaginer l’autonomie face à l’éditeur (ce qui est déjà une réalité, même en conservant le circuit de distribution classique, avec certaines bandes dessinées).

— Suggestion saugrenue : certains livres sont financés par des appels à contribution (ventes à l’avance d’un produit qui n’existe pas encore, donc). Qu’est-ce qui interdit, avec l’internet, de reproduire ce mécanisme ?

mais pourquoi en faire un modèle hégémonique ?

(Je passe ce qui précède, parce qu’évidemment il y a des gens dans le métier qui aiment leur boulot, sont des passionnés et tout ce que vous voulez. Je signale au passage qu’on peut tout de même imaginer des éditeurs passionnés travaillant en ligne, avec les auteurs qui le désirent, avec les lecteurs qui en ont besoin, etc. ; on peut aussi bien prétendre que les auteurs peuvent se regrouper pour s’entraider, ce qui revient à recréer une structure éditoriale propre à aider certains d’entre eux ou promouvoir la création...)

Où avez-vous lu de notre part l’imposition d’un modèle hégémonique ? Le modèle hégémonique, s’il existe, est bien le modèle traditionnel, avec un discours médiatique qui passe sous silence la condition réelle des auteurs, établit un lien indissoluble entre création et processus industriel, ne discute jamais le fait que tous les coûts des intervenants baissent sans jamais avoir profité aux auteurs ni aux lecteurs, etc.

Nous nous contentons ici de montrer les limites du discours médiatique (encore une fois, le « débat » ce soir sur Antenne 2 était une véritable parodie ; l’hégémonie d’une pensée prête à consommer était évidente) et de rappeler (parce que de nombreux auteurs et/ou éditeurs indépendants n’ont pas attendu le présent article pour expérimenter du côté du Web) qu’une évolution utilisant le nouvel outil technologique était parfaitement envisageable et, même, économiquement justifiable.

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> Le Blues du businessman, un éditeur indépendant, 10 octobre 2003

-Non seulement la littérature ne représente qu’une activité très minoritaire du secteur du livre (secteur entier qui profite des mesures de prix unique, de taxation des photocopies, de la réduction de la TVA au détriment des autres produits sur laquelle la TVA n’est pas baissée...)

Pour info, répartition de l’offre éditoriale en pourcentage du CA total de l’édition : littérature (18,9 %), pratique (14,71 %), encyclopédies et dictionnaires (11,35 %), scolaire (10,92 %), jeunesse (9,32 %), secteur scientifique et technique (5,43 %), droit et sciences éco (5,35 %), sciences humaines et sociales (5,13 %), l’art (5,02 %), la BD (4,14 %), le parascolaire (3,99 %), l’actualité (2,55 %), la religion (1,93 %), les ouvrages de documentation (0,89 %), l’ésotérisme (0,42 %)

- Au passage, vous avez dû mal lire : nous n’appelons pas à la mort du livre (nous en consommons personnellement un certain nombre), nous mettons en avant un certain nombre d’arguments qui sont systématiquement occultés (toujours dans le but de nous taxer des sous, à nous lecteurs-contribuables)

Excusez-moi, mais ce discours est un peu poujadiste. Il n’y a pas d’un côté les lecteurs-cochons-de-payants et les éditeurs-profiteurs. C’est plus complexe. Un exemple de cette complexité : le débat sur les bilbilothèques et le prêt gratuit. Les bibliothèques permettent d’acheter des livres qui font vivre les éditeurs et les auteurs, tout en assurant un pluralisme et un accès égalitaire à la culture. Et un accès vraiment démocratique, puisqu’on a pas besoin d’un ordinateur et d’une connexion ADSL pour en bénéficier. Il est possible de défendre un projet collectif d’accès la culture. Comme vous le savez sans doute, certains auteurs ont pris position contre le prêt gratuit. C’est purement scandaleux.

- J’ai l’impression que vous essayez d’introduire dans notre article une distinction entre une industrie cynique et des petits producteurs de bons petits produits qui aiment le métier. Pourquoi pas. Sauf que l’équation, pour l’auteur, est relativement la même. Ensuite, que le correcteur, le maquettiste, le graphiste et la secrétaire de rédaction soient passionnés par leur travail, ça n’est pas le propos (même si c’est tant mieux).

Les relations entre un petit éditeur et un auteur ne sont absolument pas les mêmes que celles qui unissent Gallimard, par exemple, à un jeune auteur débutant, ou que celles qui unissent Gallimard à un auteur de best-seller, ou que celles qui unissent un petit éditeur à un auteur de best-seller, etc. Au risque de vous choquer, l’auteur n’est pas seul responsable du succès ou de l’insuccès d’un livre. De la même façon qu’un réalisateur n’est pas seul responsable du sort fait à son film. tout dépend aussi du format, de la qualité de l’image, du canal de distribution, de la passion que chacun aura apporté à la réalisation. C’est plutôt une bonne chose. Travailler collectivement à la création d’une oeuvre, quoi de plus magnifique ?

- le libraire gagne, sur chaque livre, quatre fois plus que l’auteur.

Beaucoup de libraires gagnent le SMIC. Il n’est pas exagéré de dire que, dans de nombreux cas, seule leur passion les fait tenir, leur passion pour... les auteurs et les livres. S’ils voulaient gagner de l’argent...

- Par ailleurs, publier un livre en même temps dans les librairies et sur Internet, en téléchargement, à un prix plus faible, se heurte au prix unique du livre.
-  Remarque pertinente. Mais en quoi cela protège-t-il la « création » elle-même ? Sauf à confondre, selon le discours qui va bien, le circuit de distribution de l’édition et les ultra-minoritaires auteurs de littérature ?

Le prix unique protège la création parce qu’il bénéficie, essentiellement, aux maillons les plus faibles de la chaîne : les éditeurs et les librairies qui n’ont pas les moyens de consentir un rabais de 10 ou 20 % sur un livre sans mettre la clé sous la porte. Supprimer le prix unique du livre, c’est se condamner à n’acheter à la FNAC que des livres édités par Hachette. Autant dire que, dans ces conditions, le statut de l’auteur, la diversité, le pluralisme...

- Je signale au passage qu’on peut tout de même imaginer des éditeurs passionnés travaillant en ligne, avec les auteurs qui le désirent, avec les lecteurs qui en ont besoin, etc. 

Oui, mais on retombe dans les mêmes schémas : ce sont des salaires à payer, des charges, des frais...

- on peut aussi bien prétendre que les auteurs peuvent se regrouper pour s’entraider, ce qui revient à recréer une structure éditoriale propre à aider certains d’entre eux ou promouvoir la création...

Oui, sauf qu’il existe quand même un frein culturel et psychologique important : l’autopublication est très bien considérée sur Internet, mais ce n’est pas le cas dans l’édition papier. C’est d’ailleurs très injuste. Plutôt que de poser l’équation en des termes économiques (les petits contre les gros), vous devriez plutôt poser cela en terme de diversité et de liberté : face à l’industrialisation et à l’uniformisation de l’offre, l’autopublication ne représente-t-elle pas une forme d’alternative (ou de complément) ? Tout ne se réduit pas à une question d’argent, et surtout pas la culture.

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Du petit commerce de proximité ou du poujadisme ;), Lirresponsable, 11 octobre 2003

Salut,

Dans votre schéma, il n’y a plus de libraires. Comment rêver d’un monde sans libraire ? Ce sont eux qui, très souvent - et pour nombre d’entre eux, avec un salaire équivalent au SMIC-, font le succès d’un livre lorsque l’auteur ou son éditeur ne disposent pas des moyens de le faire connaître. Ils font un travail irremplaçable.

Le libraire est utile dans l’écoulement dans la marchandise (succès de vente). Pourquoi irremplaçable, dans le monde de l’édition actuel ?

-  1) question de coût : payé au SMIC et plus, un employé gagne au début un peu plus que le smic et se stabilise autour de 8 à 10000 F, (d’après l’article de Maurice T.Maschino « Cette passion tenace des libraires de quartier » dans le Diplo de juin 2001), à comparer au salaire d’une attachée de presse (plus du SMIC en général) et au coût d’un magasin (acquisition, entretien, charges, personnel). Sur les aides, cf. les aides du CNL

-  2) rôle de conseil à l’achat plus efficace (proximité, crédibilité face aux copinages dans les revues et la presse) , relation de confiance avec le client, temps d’écoute, démarche personnalisée, à comparer aux frais de publicité et de marketing.

-  3) Il supporte, via l’office, l’inflation des nouveautés, qui produit certes une activité comptable, malgré un taux de retour moyen d’environ 30 %.

A titre personnel, j’ai de la sympathie pour les petits libraires mais elle ne me force pas à ne pas reconnaître un état de fait : le libraire est un commerçant qui vend des livres, commerce de détail tout comme une épicerie. Et je ne vois pas ce qu’il y a d’infamant à l’affirmer (ce n’est ni laudatif ni péjoratif).

La question seconde est alors celle du type de sociabilité produite par ce type de commerce. On a tendance à considérer que l’activité du libraire est plus culturelle ou intellectuelle que celle du marchand de fruits et légumes parce que le produit livre a une spécificité que ne possède pas le poivron. Pour combien de livres en pourcentage cette affirmation est-elle valable ?

J’apprécie, en plus des libraires car je fréquente surtout le marché second, les bouquinistes qui sont pour la plupart très sympathiques, connaisseurs et bons commerçants (ristourne sans demande pressante du client, rabais lié à la quantité achetée, facilité de paiement, réservations, recherches). Il est d’ailleurs amusant de voir sur les quais [de la Seine (NDLR)] certains ouvrages dédicacés et envoyés à des décideurs qui préfèrent se délester de l’exemplaire contre un peu de cash, tout comme les bacs d’invendus bradés dans les solderies où s’étalent des titres pourtant présentés en tant que bestsellers par la presse d’il y a quelques mois (enfin c’est mieux que le pilon). Ce qui relativise un peu la valeur dite culturelle du produit.

Mais ce qui me scandalise vraiment, en tant que consommateur furieux et citoyen, c’est le prix des livres de sciences humaines (réalisés par des auteurs déjà payés par l’Etat dans le cadre de leur activité : recherche, traduction, conférence, etc.).

Vous avez déjà essayé de parler avec Google de la beauté du style chez William Styron ?

Bah, Google est un moteur de recherches donc utile pour trouver l’adresse des documents relatifs à la requête tapée. Ce n’est pas la bonne comparaison (puis le coup de la substitution de l’humain par l’automate est datée) ; c’est comme de parler installation d’un chauffe-eau avec les pages jaunes au lieu d’en discuter avec un plombier chauffagiste.

Si je veux lire une critique, je vais par exemple sur culture et révolution, et pour en discuter je contacte l’auteur de l’article ou utilise des forums dédiés à la littérature (web, newsgroups).

D’ailleurs certaines librairies en ligne proposent un espace pour les petits commentaires, ce qui est très mignon, et surtout amusant lorsque l’auteur de l’ouvrage proposé à la vente poste dix commentaires élogieux.

Il est interdit, en France, de consentir un rabais supérieur à 5 % du prix de vente lorsque l’on commercialise un livre. Ce taux protège les éditeurs et les libraires indépendants contre le dumping des grands groupes.

Oui la fameuse loi lang du 10 août 1981. Elle vise à préserver le petit commerce de proximité, le réseau de distribution des librairies en empêchant que les grosses chaînes de distribution vendent les mêmes livres à un prix inférieur, et également à soutenir les maisons d’éditions qui ne sont distribuées que par les librairies indépendantes.

Le dumping a un sens différent : si une entreprise exporte un produit à un prix inférieur à celui qu’elle pratique normalement sur son propre marché intérieur, on dit qu’elle a recours au “dumping” pour ce produit.

Il y aurait dumping si Grasset vendait aux réseaux de distribution par exemple un produit Alain Minc 17,00 € en France et vendait le même produit 1 $ aux Etats-Unis, (ce qui ne poserait pas beaucoup de problèmes à vrai dire).

On trouve dans des textes qui approuvent cette loi le lien entre l’aspect économique et l’aspect culturel rhétoriquement établi, par exemple dans « Vingt ans de loi Lang » de Christine Porteli.

Il faut bien voir que ce prix unique pénalise surtout notre ami le consommateur, puisqu’il n’empêche pas les fusions dans l’édition et l’existence des transnationales. Ainsi ce dernier va payer plus cher le produit qu’il désire pour financer indirectement un réseau de distribution qu’il n’utilise pas ou la distribution de produits qu’il n’achète pas.

Plus cher, parce qu’un grand groupe passe généralement de plus grosses commandes et obtient donc un prix par exemplaire moindre (100.000 unités, par rapport à 10), qu’il peut décider de répercuter sur le prix de vente.

En gros, Miguelito va acheter à la FNAC Harry Potter et l’Ordre du Phénix à 26,60 € (prix éditeur 28 €, en vo : 16.99 £ ou 23.98 € chez bloomsbury.com, 18,05 € chez Amazone.fr ) alors qu’il aurait pu l’acheter, à titre d’hypothèse disons 20 €, pour que Eléonore achète dans sa ville, chez son libraire, la biographie de Marguerite Duras par Laure Adler (Gallimard), vendue d’ailleurs au même prix à la FNAC.

On trouverait absurde une loi qui définirait un prix unique des jeans taille 40 pour protéger les boutiques spécialisées qui vendent des grandes tailles et les fabricants ; même en trouvant un ministre pour affirmer que cette loi est juste car elle lutte contre la discrimination envers les obèses et préserve le pluralisme et la diversité des pantalons.

Si on regarde du côté de la grande distribution, la réglementation est utile pour limiter la disparition du tissu local (tm), préserver le commerce de proximité, et endiguer la corruption des élus locaux. Mais elle est de courte durée, car les grands groupes savent s’adapter aux réglements sur l’implantation des grandes surfaces. Par exemple le groupe Casino exploite les enseignes Franprix et Leader Price.

A ce propos,le poujadisme est un mouvement politique fondé par Pierre Poujade en 1953 pour défendre initialement les intérêts des commerçants et des artisans contre les agissements du fisc. La thématique petit commerce contre la grande distribution est également utilisée...

Nous ne défendons pas dans cet article la grande distribution mais incitons plutôt les auteurs à publier eux-mêmes. Tout comme de petits producteurs (de miel, fromages, etc.) peuvent décider de se regrouper et de vendre eux-mêmes leurs produits sans passer par les contraintes de la grande distribution (fournir la marchandise et être payé 170 jours plus tard, payer le ticket d’entrée pour être référencé, payer la publicité imprimée, payer pour être en tête de gondole, diminuer sa marge et donc les bénéfices pour espérer que la quantité augmentera, etc.). En plus, ces produits sont souvent de meilleure qualité, à un prix qui n’est pas forcément prohibitif.

De nombreuses oeuvres n’existent que parce qu’un éditeur en a passé commande auprès d’un auteur.

Oui c’est vrai pour les oeuvre de commande (faudrait m’écrire un truc sur les chats dans le monde pour noël), mais c’est inverser l’ordre de production. Il existe de nombreuses oeuvres à l’état de manuscrits, projets, études, inédites, tombées dans le domaine public (nouvelles publiées dans les journaux) etc. On peut donc dire qu’un livre publié existe parce qu’il a été publié, mais on peut distinguer entre l’exemplaire imprimé et livre en tant que contenu de sens, que l’auteur décide d’écrire de son plein gré hors commande.

De nombreuses oeuvres ne sont traduites en France que parce qu’un éditeur a investi de son temps et de son énergie pour les faire traduire.

N’oublions pas les énergiques traducteurs ! :))

Ce travail de traduction est important, tu as raison. Par exemple grâce aux éditions Philippe Picquier, pour 55 F on peut lire Nagao Seio, Meurtres à la cour du prince Genji, (1986), 1994, 1997 pour l’édition poche.

Mais on a là plutôt un argument pour une lecture strictement économique : la délocalisation, i.e. allons chercher des auteurs (producteurs) à l’étranger (où les droits sont plutôt avantageux, lorsque la négociation a lieu entre éditeurs, surtout à l’Est). De même pour le catalogue des multinationales : traduisons tel succès dont nous possédons déjà les droits. Ou contruisons la demande en proposant tel produit, lorsque les auteurs locaux produisent mal, pas assez, ne se vendent pas.

De nombreux éditeurs, ou directeurs de collections, sont eux-mêmes des auteurs. Ce qui présente des défauts (microcosme et copinage) et des qualités (sélection et travail des textes, constitution d’écoles littéraires ou de pensée).

J’ai répondu à JDP (voir le message plus bas sur cette question de la qualité). En considérant le nombre d’ouvrages publiés, la sélection doit aboutir à des performances équivalentes à celles des prédictions astrologiques. A moins de considérer que par exemple 90% de ce qui est publié sous le label littérature est 1) de la littérature 2) deviendra un classique.

[Internet] mais pourquoi en faire un modèle hégémonique ? Au nom de quelle idéologie ?

Je ne vois pas dans notre article ce qui justifie une telle lecture. On constate qu’existent des possibilités techniques, et le développement du pluralisme culturel (parfois non marchand) sur le Réseau devrait plutôt te rejouir ;)

a+

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> Du petit commerce de proximité ou du poujadisme ;), un éditeur indépendant, 14 octobre 2003


-  La question seconde est alors celle du type de sociabilité produite par ce type de commerce. On a tendance à considérer que l’activité du libraire est plus culturelle ou intellectuelle que celle du marchand de fruits et légumes parce que le produit livre a une spécificité que ne possède pas le poivron. Pour combien de livres en pourcentage cette affirmation est-elle valable ?

90 % des livres vendus chez Compagnie (librairie parisienne proche de la Sorbonne), chez la Boucherie (paris 5e), chez le Cadran lunaire (Macon), le Square (Grenoble), Vent d’Ouest (Nantes), le Quai des brumes (Strasbourg)... Un bon libraire se distingue par ses choix et c’est aussi pour ses choix, pour ses goûts, sa personnalité, qu’on vient le voir.

-  Il est d’ailleurs amusant de voir sur les quais [de la Seine (NDLR)] certains ouvrages dédicacés et envoyés à des décideurs qui préfèrent se délester de l’exemplaire contre un peu de cash, tout comme les bacs d’invendus bradés dans les solderies où s’étalent des titres pourtant présentés en tant que bestsellers par la presse d’il y a quelques mois (enfin c’est mieux que le pilon). Ce qui relativise un peu la valeur dite culturelle du produit.

Cela relativise surtout la pertinence des services de presse pléthoriques, que certains journalistes revendent effectivement pour arrondir leurs fins de mois. Par ailleurs, il est fréquent que les tirages soient trop importants, y compris pour les best-sellers, et finissent en solderie.

-  Mais ce qui me scandalise vraiment, en tant que consommateur furieux et citoyen, c’est le prix des livres de sciences humaines (réalisés par des auteurs déjà payés par l’Etat dans le cadre de leur activité : recherche, traduction, conférence, etc.).

Les livres de sciences humaines se vendent mal. Les éditeurs anticipent les mauvaises ventes et font des petits tirages, à des prix élevés. On ne peut pas demander à un auteur de travailler gratuitement, même s’il gagne de l’argent par ailleurs. Les traductions sont aidées par le CNL, ce qui peut contribuer à faire baisser le prix. Internet peut être une bonne solution pour la diffusion de ce type d’ouvrages, à terme. Mais on retombe sur l’obstacle du prestige, qui est particulièrement important dans le domaine universitaire. Mais tout le monde ne réfléchit pas de cette façon, heureusement.

-  le coup de la substitution de l’humain par l’automate est datée

Le jour où l’on ne pourra plus aller dans sa petite librairie de quartier pour discuter avec le libraire de tel ou tel ouvrage, de tel ou tel auteur, encore une fois, quel sera le progrès ? Pour les lecteurs ? Pour la culture ?

-  c’est comme de parler installation d’un chauffe-eau avec les pages jaunes au lieu d’en discuter avec un plombier chauffagiste.

Google établit une hiérarchie, une sélection, à partir d’un fonds généraliste, comme le libraire. Mais le libraire a ses goûts, ses envies, ses coups de coeur...

>Le dumping a un sens différent : si une entreprise exporte un produit à un prix inférieur à celui qu’elle pratique normalement sur son propre marché intérieur, on dit qu’elle a recours au “dumping” pour ce produit. Il y aurait dumping si Grasset vendait aux réseaux de distribution par exemple un produit Alain Minc 17,00 € en France et vendait le même produit 1 $ aux Etats-Unis, (ce qui ne poserait pas beaucoup de problèmes à vrai dire).

Il y aurait dumping si les supermarchés Leclerc ou Amazon.fr pouvaient proposer des livres à 20 ou 50 % moins cher que dans les librairies classiques. Ce qui entraînerait une concentration massive de la librairie et la constitution d’un oligopole. On se retrouverait à négocier le prix des livres avec cet oligopole, ce qui entraînera une nouvelle vague de faillites, dans l’édition, cette fois, et aboutira à la constitution d’un nouvel oligopole. Quant à savoir si cela profitera aux auteurs et aux lecteurs... C’est plus que douteux. Car une fois que les oligopoles ont assuré leur position, les prix remontent. Mécaniquement, puisqu’il n’y a plus de concurrence.

>Il faut bien voir que ce prix unique pénalise surtout notre ami le consommateur, puisqu’il n’empêche pas les fusions dans l’édition et l’existence des transnationales. Ainsi ce dernier va payer plus cher le produit qu’il désire pour financer indirectement un réseau de distribution qu’il n’utilise pas ou la distribution de produits qu’il n’achète pas. Plus cher, parce qu’un grand groupe passe généralement de plus grosses commandes et obtient donc un prix par exemplaire moindre (100.000 unités, par rapport à 10), qu’il peut décider de répercuter sur le prix de vente.

Les multinationales existent, d’accord. Mais il reste des petites structures. Ensuite, ce n’est pas parce que les multinationales existent qu’il faut renforcer leur position. Un consommateur paye ses livres plus cher avec le système du prix unique du livre, mais il paye pour le pluralisme, pour sa propre liberté de choix, pour la culture en général. Au passage, vous n’êtes absolument pas poujadiste - je vous prie de m’excuser pour appréciation un peu rapide -, votre logique est nettement libérale. Ce que confirme le passage suivant :

>En gros, Miguelito va acheter à la FNAC Harry Potter et l’Ordre du Phénix à 26,60 € (prix éditeur 28 €, en vo : 16.99 £ ou 23.98 € chez bloomsbury.com, 18,05 € chez Amazone.fr ) alors qu’il aurait pu l’acheter, à titre d’hypothèse disons 20 €, pour que Eléonore achète dans sa ville, chez son libraire, la biographie de Marguerite Duras par Laure Adler (Gallimard), vendue d’ailleurs au même prix à la FNAC.

Miguelito paye Harry Potter plus cher pour qu’Eléonore puisse acheter dans sa ville, chez son libraire, une biographie de Marguerite Duras.Quel scandale, en effet. Vivement qu’Eléonore habite Paris ou qu’elle achète un PC et une connexion ADSL pour qu’elle et Miguelito puissent enfin bénéficier d’une culture à bon marché.

>Mais on a là plutôt un argument pour une lecture strictement économique : la délocalisation, i.e. allons chercher des auteurs (producteurs) à l’étranger (où les droits sont plutôt avantageux, lorsque la négociation a lieu entre éditeurs, surtout à l’Est). De même pour le catalogue des multinationales : traduisons tel succès dont nous possédons déjà les droits.

Cette logique est vraie des multinationales. Sinon, une traduction coûte en général beaucoup plus cher que la publication d’une oeuvre française : coûts de recherche, d’achats des droits et de traduction, qui s’ajoutent aux autres coûts.

-  Je ne vois pas dans notre article ce qui justifie une telle lecture. On constate qu’existent des possibilités techniques, et le développement du pluralisme culturel (parfois non marchand) sur le Réseau devrait plutôt te rejouir ;)

Internet va dans le sens du pluralisme. Il complète le paysage culturel actuel. Mais il est cher, lui aussi. Et sa logique ne doit pas devenir hégémonique. Mais on arrive à un volet proprement idéologique, qui appartient, apparemment, à l’impensé de votre article. Vous devriez le penser, d’ailleurs, parce que ce genre de débats ne manquerait pas d’être très intéressant.

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Le bon libraire, il vend le livre...mais c’est un bon libraire., Lirresponsable, 14 octobre 2003

Un bon libraire se distingue par ses choix et c’est aussi pour ses choix, pour ses goûts, sa personnalité, qu’on vient le voir.

Oui, et on ne dit pas le contraire, c’est d’ailleurs le sens des interventions des libraires dans l’article du diplo mentionné, la grande distribution dynamise le marché (tm). La question n’est donc pas de savoir si les 2500 libraires (environ) sont gentils, passionnés par leur travail, ont des belles chaussettes, etc. mais de voir combien de livres publiés et vendus en librairie ne sont pas des produits.

Tu nous annonces le chiffre mirobolant de 90% de bons/vrais livres (ayant un statut différent de celui du poivron). C’est peut-être vrai, mais sans la liste des dits ouvrages vendus qui font le chiffre d’affaire, il est difficle de l’établir.

Cela relativise surtout la pertinence des services de presse pléthoriques, que certains journalistes revendent effectivement pour arrondir leurs fins de mois.

Egalement, je suis d’accord avec toi. Cependant cela relativise aussi l’intérêt de publier de tels livres et par conséquent le statut (culturel) des livres publiés. En France, il y a une sorte de culte du livre, qui est socialement un élément de prestige et signe de culture, puisque même par exemple Loana, M. Dessaily, J. Chirac, C. Allègre, E. Teissier écrivent des livres.

Lorsqu’on voit de tels livres sur des présentoirs, cela modifie la perception de l’objet livre en tant que tel. De la même manière, voir des piles d’une nouveauté provoque le sentiment que l’on a bien affaire à un produit (une boite de choucroute). C’est pourquoi ce mode de présentation n’étant pas neutre, il peut être profitable de ne pas mettre tout le stock en présentation afin de préserver le prestige du support.

On ne peut pas demander à un auteur de travailler gratuitement, même s’il gagne de l’argent par ailleurs.

Non ce n’est pas exactement ce que je dis, mais sachant qu’un auteur touche environ 10% (ce qui n’est donc pas déterminant dans le prix du livre), et que ses livres se vendent peu, le manque à gagner en cas de gratuité n’est pas énorme pour l’auteur ; de plus les livres de sciences humaines n’ont pas pour finalité de réaliser un profit mais de participer à la diffusion de connaissances. C’est pourquoi, les institutions qui dépendent de l’Etat (Universités, écoles) devraient publier sur leurs sites ces textes en libre accès, plutôt que passer par des petits tirages hors de prix (livres qui sont souvent achetés par d’autres institutions étatiques, ou sur financement de l’Etat, type BU).

Enfin, certains livres ne font que reprendre des conférences ou des articles réalisés dans le cadre d’une activité payée par l’Etat (i.e. nous). Et le livre produit par un éditeur dit indépendant est souvent le seul moyen d’accès à ce contenu de sens ; ce qui est proprement scandaleux. De la même manière, on doit pouvoir accéder aux textes de lois (en ligne sur legifrance), sans avoir à payer l’éditeur qui profite de ce marché.

Le jour où l’on ne pourra plus aller dans sa petite librairie de quartier pour discuter avec le libraire de tel ou tel ouvrage, de tel ou tel auteur, encore une fois, quel sera le progrès ? Pour les lecteurs ? Pour la culture ?

Mais pourquoi veux-tu que le bon libraire disparaisse ?

Google établit une hiérarchie, une sélection, à partir d’un fonds généraliste, comme le libraire. Mais le libraire a ses goûts, ses envies, ses coups de coeur...

Google et son pagerank (qui est top démocratique (tm) puisque tout lien pointant de la page A à la page B est considéré comme un vote de la page A en faveur de la page B) n’empêche absolument pas des individus de proposer leurs propres sélections et leurs liens !

Le service publicitaire de Google est davantage comparable à l’activité du libraire et sa vitrine : publicités très visibles sur la page des résultats de recherche.

Il y aurait dumping si les supermarchés Leclerc ou Amazon.fr pouvaient proposer des livres à 20 ou 50 % moins cher que dans les librairies classiques.

Non ce n’est pas dumping, mais tout simplement la liberté des prix. La part du détaillant sur le livre est d’environ 33%, et il peut, grâce au volume car la logique est celle du profit, diminuer sa marge par exemplaire, ce qui est profitable au client.

Ce qui entraînerait une concentration massive de la librairie et la constitution d’un oligopole.

Faudrait savoir, le client il va en librairie pour discuter culture avec le libraire (qui est très sympathique) ou bien parce que de toute façon le prix est unique ?

D’autre part le prix unique n’empêche pas les oligopoles de prospérer (pour l’édition et la distribution), par exemple Lagardère, Vivendi, FNAC, etc.

On se retrouverait à négocier le prix des livres avec cet oligopole, ce qui entraînera une nouvelle vague de faillites, dans l’édition, cette fois, et aboutira à la constitution d’un nouvel oligopole.

Faillite de quels éditeurs ? Ceux qui ne sont déjà pas distribués par les oligopoles ?

Car une fois que les oligopoles ont assuré leur position, les prix remontent. Mécaniquement, puisqu’il n’y a plus de concurrence.

Un gouvernement de progrès (tm) peut voter des lois antitrust, sauf si les cartels sont les généreux donateurs de la campagne électorale ;). Il est vrai que la concentration peut donner lieu à une entente sur le prix de vente public, une sorte de prix unique qui n’est ni profitable aux distributeurs "indépendants" ni aux clients. Mais l’intérêt économique du distributeur ne coïncide pas forcément avec celui du client (prix du produit). Faut-il par exemple un prix unique de l’essence pour garantir l’existence des stations services indépendantes ?

Un consommateur paye ses livres plus cher avec le système du prix unique du livre, mais il paye pour le pluralisme, pour sa propre liberté de choix, pour la culture en général.

On est d’accord sur la première partie, la seconde est discutable. Payer pour "la culture en général" c’est très beau, mais le consommateur est-il conscient et approuve-t-il ce choix ?

Que la justification d’une mesure législative (loi sur le prix unique) soit d’ordre symbolique ne retire rien à sa fonction économique, qui est l’expression d’un intérêt catégoriel imposé à tous via l’Etat (la loi).

A ce propos, je ne suis pas libéral, i.e. opposé par principe à toute régulation venant de l’Etat avec comme justification le Marché (tm) qu’il faudrait laisser faire car il est bon et juste par nature.

La question est alors de savoir si l’on défend également l’acier français, l’électroménager, qui en terme d’emplois et d’aménagement du territoire sont aussi importants, voire plus que la "culture" c’est-à-dire ici la production industrielle de livres.

Quel scandale, en effet. Vivement qu’Eléonore habite Paris ou qu’elle achète un PC et une connexion ADSL pour qu’elle et Miguelito puissent enfin bénéficier d’une culture à bon marché.

Si on laisse de côté les grandes invocations (la Culture), on se rend bien compte, en regardant les produits diffusés qu’il s’agit de quelque chose qui n’est pas vraiment justifiable.

Si Eléonore veut payer moins cher son bouquin à l’achat (parce que les conseils de son libraire n’ont pas beaucoup d’importance), elle va dans une "grande" ville ou utilise la VPC (dont par exemple celle présente sur Internet) ou va à France Loisirs. Pas nécessairement dans une capitale régionale ou Paris, les grandes enseignes de la distribution ont des magasins pour les produits culturels (espace culturel de Leclerc, Intermarché, etc.).

On ne peut pas à la fois défendre l’indépendance et les capitaux privés et exiger que ce coût soit socialement reparti parce que la fonction sociale ou culturelle le justifierait, alors même qu’il s’agit de manière notable d’économie. C’est typiquement l’économie mixte à la française : des indépendants privés qui vivent de subventions (de l’impôt) et dont les pertes sont socialement reparties (taxes, prix garantis).

Ainsi je suis tout à fait d’accord pour payer des impôts (directs et indirects) afin de financer des médiathèques, des bibliothèques (mission culturelle de service public, ouvert à tous et à un coût réduit), même si les oeuvres présentées ne correspondent pas à mes goûts (pour les musées c’est différent), mais pas des entreprises privées qui prétendent jouer ce rôle, que ce soit Carrefour ou le libraire du coin qui sont tous les deux dans une logique de profit et distribuent en gros les mêmes produits. Faut arrêter de prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages !

Sinon, une traduction coûte en général beaucoup plus cher que la publication d’une oeuvre française : coûts de recherche, d’achats des droits et de traduction, qui s’ajoutent aux autres coûts.

-  Coût des recherches, faut pas exagérer, les auteurs traduits sont déjà publiés (et le succès escompté mesurable malgré les spécificités des marchés). Mais celui qui effectue par exemple les recherches en allant au Japon demande à être remboursé de son billet et payé pour son séjour, c’est humain. On peut aussi regarder directement en ligne les catalogues et commander des sushis en bas de la rue (surtout à Paris).

-  coût de traduction : c’est très variable, entre ceux qui sont salariés, travaillent à domicile comme pour J’ai lu ; il suffit de regarder les annonces de traducteurs/rewriters, puis d’aller éventuellement se plaindre à la SFT. D’après l’article « Main basse sur l’édition » (Journal Littéraire n°25, septembre 2002) les traducteurs chez Harlequin sont « sous-payés ». Je mentionne Harlequin, car c’est quand même 12 millions (12.000.000) de livres vendus chaque année en France.

Quelques chiffres : « Une traduction : 15 euros, soit 100 francs la page. Six mois de recherches pour une commande de 200 feuillets : 3 800 euros (25000 francs). Une note de lecture sur un essai hyperspécialisé, qui exige la semaine pour être bien faite : 45 euros (300 francs) », dans « La jungle du livre » (Nouvel observateur 20 février 2003 - n°1998)

-  Enfin pour les droits, il est probable que Harry Potters T.5 coûte plus cher que La chambre rouge (Edogawa Ranpo).

Internet va dans le sens du pluralisme. Il complète le paysage culturel actuel. Mais il est cher, lui aussi. Et sa logique ne doit pas devenir hégémonique.

Pour le client, Internet est très bon marché, contre l’idée reçue "internet c’est cher". Il y a certes l’achat de l’ordinateur (prix d’une grosse télé) si notre ami n’utilise pas ceux à disposition dans son université, son école, sa bibliothèque, son boulot, etc. (et pour le simple surf, une configuration modeste suffit).

La connexion ADSL/cable est à comparer avec le prix d’un abonnement Cable/satellite télé ou d’un téléphone portable, relativement aux services :

-  courrier à domicile
-  consultation en ligne (presse, info, et autres)
-  bureautique (lettres, CV, mémoire, rapport, etc.)
-  téléchargement (logiciels, musique, films)
-  outils d’expression (newsgroups, web).

En examinant les possibilités offertes par l’outil et les transferts de postes de dépenses, c’est très bon marché, y compris pour de petits revenus. Il n’y a rien d’idéologique à le noter.

Pour l’hégémonie, je ne vois pas où on la défend, développons donc ! La diffusion en ligne permet de réduire les coûts (pour l’auteur et le lecteurs) et de faire l’économie de tout un système d’aides, plus ou moins parasitaires, liées à la réalisation d’un objet. Elle n’empêche pas la production manufacturée d’objet livre, confiée à des intervenants privés, ni la distribution commerciale de ces produits. Le texte en ligne n’est pas un objet livre.

Il est simplement préférable de publier en ligne plutôt que de confier à un éditeur la réalisation de 3000 exemplaires papier dont 200 seront vendus, dont 150 à des centres étatiques. On oublie tout le temps le pilon, c’est-à-dire que l’objet a des coûts de stockage tels qu’il vaut mieux réaliser de la pâte à papier.

Ainsi l’équipement des bibliothèques qui manquent de crédits (ici et ailleurs dans le monde), me semble préférable (cf. Journée mondiale du livre et du droit d’auteur - 23 avril), à comparer à la surproduction agricole et la pratique de subventionner les exportations (le vrai dumping).

a+

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> Le Blues du businessman, Claude Mauguier, 31 octobre 2003
Dans ce débat, dont je n’ai pas épuisé toutes les ramifications, manque le côté ludique, secret, sentimental, qu’un livre (en papier) porte avec lui. J’ai coutume d’emporter en voyage, en montagne et ailleurs tels ou tels bouquins...J’en jouis avec toute la plénitude que ce terme peut comporter, y compris en annotant au besoin certains passages. Je suis curieux de savoir comment je vais pouvoir trimballer un quelconque "matos" électronique dans des endroits improbables, outre que je risque de m’esquinter un peu plus les mirettes sur ces foutus écrans...Sans compter la fragilité de toute cette quincaillerie sophistiquée : essayez donc d’exposer un "iBook" à un périple sans TGV ni avion, hivernal ou non, avec le froid ou la chaleur, l’humidité, la fumée, les chocs, la poussière ou le sable, la compression dans le "paquetage" dorsal ou non etc,...Et puis, j’aurais un peu plus l’impression d’avoir pour compagnon un mouchard bien plus qu’un complice. Je dois aussi avouer la part d’atavisme qui dicte ces considérations : je suis issu d’une famille de typos....Je n’oublie pas la durée de vie des supports dont il n’est absolument pas prouvé qu’elle puisse égaler celle d’une édition d’époque de Fontenelle ou Montesqieu...
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> Une tendance technologique inévitable, 1001nuits, 13 novembre 2003

Bonjour,

Je comprends la défense de votre métier ainsi que celle de ses spécificités qui sont votre quotidien d’éditeur indépendant. je suis d’accord avec vous sur le livre en tant qu’object, sur le libraire et sur son rôle (quoique le libraire dont vous parliez me rappelle plus ma jeunesse que le présent). Il n’en reste pas moins que lire, comme écouter de la musique, est un sport de riche qui, dans un certain nombre de cas d’expirations du droits d’auteur, ne se justifie pas pleinement.

Je crois que le vrai problème n’est pas là, et que vous jugez de manière simpliste la teneur de cet article. Il est un fait indéniable que le contenu se sépare progressivement du contenant au sein du monde numérique dans lequel nous vivons. cela est vrai du CD, du livre mais aussi du DVD qui devient gravable à un prix très raisonnable. Cette dissociation du support et du contenu est une tendance inévitable du marché, quoique l’on en pense moralement, et quoique je trouve au livre physique un attrait irremplaçable. Il est des technologies de pointe qui prototypent en ce moment des livres effaçables. ces technologies seront mûres dans les années à venir, autonomes et fiables, en couleur et tous les formats. Cela alignera la problématique du livre sur celle plus médiatisée du disque.

Cette évolution, qu’on le veuille ou non, est en cours et elle ne peut pas s’arrêter. c’est donc tout un business model industriel qu’il faut remettre en cause, à savoir un certain niveau de désintermédiation entre le producteur et le consommateur. Tous les niveaux seront-ils pour autant supprimés, cela est loin d’être évident. Mais il est hors de propos d’être d’accord ou pas avec la tendance ou d’en préférer une autre (ce qui est un peu mon cas, mais uniquement parce que je fais partie des privilégiés à avoir les moyens d’acheter parfois des livres et des disques).

Il est temps pour les professionnels de se remettre en question et d’innover, de reconsidérer leur profession et la place de leur métiers indispensables dans le nouveau paysage industriel. C’est le syndrôme du moulin à café : quand le café s’est vendu moulu, les vendeurs de moulins ont changé de métier. C’est un phénomène irréductible et je crois que tous les professionnels devraient prendre en compte ce paramètre afin de négocier une transition ferme vers cet avenir inéluctable.

C’était, je crois le sens de l’article (dans lequel on trouve aussi une critique justifiée d’un milieu un peu préhistorique), et non forcément une apologie inconditionnelle du nouveau système à venir.

On peut dire au moins au sein du monde actuel qu’en l’absence de propositions concrètes d’évolutions de la part des professionnels, une certaine liberté d’autopublication est ouverte comme jamais auparavant aux modestes mini-auteurs comme moi qui ont quelques trucs à mettre en ligne.

1001nuits

Un site où l’on peut trouver des livres non soumis au droits d’auteurs : http://www.bookenstock.com/

 
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> Une tendance technologique inévitable, un éditeur indépendant, 14 novembre 2003

Bonjour,

Il existe des bibliothèques, gratuites et ouvertes à tous, où l’on peut venir consulter des ouvrages, demander des conseils, des recommandations de lecture. Par ailleurs, les classiques peuvent être trouvés en solderies ou chez les bouquinistes, pour la plupart, à des prix abordables. Enfin, si lire est un sport de riches, que dire d’Internet ? Et du "E-book" ?

Je ne crois pas aux "tendances inévitables du marché". Quand je dis "croire", c’est exactement cela. Une question de foi, de dogmatisme. Ancrer le "naturalisme du marché" (c’est comme ça, c’est naturel, ça ne peut pas être autrement) dans les consciences est une très grande victoire des néolibéraux qui n’ont cessé de marteler ce message depuis deux décennies. Il n’y a pas de fatalité à ce que la problématique du livre finisse par s’aligner sur celle du disque. C’est un choix de société et "ce qu’on en pense moralement " est important. Penser que le "marché" choisit pour vous est sans doute très confortable, mais c’est aussi très illusoire. Rappelez-vous ce que le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz dit de la "main invisible". Si elle est invisible, c’est peut-être tout simplement... qu’elle n’existe pas.

On peut avoir la plus grande sympathie pour les anciens vendeurs de moulin à café, qui ont fait un métier tout à fait respectable, mais un livre et la culture ne se réduisent pas à un paquet de Jacques Vabre, fût-il en grains.

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> Une tendance technologique inévitable, 1001nuits, 18 novembre 2003

Je suis totalement d’accord avec vous sur les anciennes et nouvelles tendances gratuites du monde du livre. En ce qui concerne les ebooks justement, il faut voir qu’à terme, si l’on dispose d’un moyen personnel équivalent au confort et à l’autonomie, à la liberté apportée par le livre papier, le ebook posera un sérieux problème à un certain nombre d’éditions dont les ventes de livres non soumis aux droits d’auteurs permettent la vente de livres qui eux y sont soumis (et notamment la publication de nouveaux talents).

Je ne crois pas basiquement à la tendance du marché, je dirais que j’y crois en seconde instance, la première étant la tendance technologique. Du temps de l’invention du parchemin, les scribes sur pierre devaient revendiquer leur mode de transmission de la pensée, tout comme l’imprimerie tua la copie manuelle pourtant fabuleuse. Je crois que la technologie est en train de tuer le support physique. Quelque part, cette tendance est loin de me satisfaire car je suis un amoureux du livre papier et je fréquente les bouquinistes depuis mon plus jeune âge. Cependant, nos enfants évolueront probablement dans un monde différent qui connaîtra la dématérialisation des supports, j’en suis convaincu, même si l’édition peut se peut-être restructurer autour de pôles internet et de ebooks payants. Je ne pense pas que le marché choisit pour nous, je pense que la technologie choisit pour nous. Les recherches actuelles du MIT sur l’optimisation du peer to peer et sur les livres réimprimables usant de nanotechnologies en sont un exemple. Cela ne manquera pas d’être récupéré par de gros bonnets du marché afin de transformer en profondeur l’édition et son marché.

Vous parlez de choix de société, mais de quelle société parlez-vous ? De la société mondiale et du net ? Si un pays va dans cette direction, les autres suivront inévitablement. Je suis pour la défense du livre papier, je suis pour le livre papier, je ne suis pas contre acheter des livres et j’assume parfaitement. Mais je réalise que je suis un tantinet préhistorique dans ce domaine et que les choses changent vite autour de moi. Je ne crois pas être pessimiste, mais seulement réaliste. Je vis à l’heure des nouvelles technologies depuis si longtemps que je crois pouvoir sentir quand une lame de fond intervient.

Pour ce qui est de votre dernière intervention, je crois qu’une fois de plus votre passion vous emporte et que vous lisez des choses que je n’ai jamais écrites. Je parlais de déplacement de marché, d’une analogie en terme de métier en danger, et bien entendu je n’établissais aucun jugement de valeur ni aucune corrélation sur la "marchandise" incriminée.

Je crois d’ailleurs que c’était le sens de l’article et je l’avais noté dans ma première réponse. L’objectif à mon sens de cet article était de montrer qu’un métier, le vôtre, était à terme en danger. Vous réagissez par un genre de levée de boucliers et invoquez la culture et la plus-value de votre travail. Vos arguments sont indéniables et personne ne les conteste. Mais ils sont quelque peu à côté du débat principal. Les maisons de disques ont aussi un pouvoir éditorial grand, une vraie responsabilité sur la production et la découverte des artistes et leur métier n’en est pas moins en péril.

Dès lors, deux attitudes sont possibles : une certaine politique de l’autruche qui vise à se battre avec des arguments qui ne sont pas en cause dans le débat (invoquer la culture voire l’exception culturelle), ou une vraie vision des problèmes et une anticipation de ce que pourrait être le métier d’éditeur dans l’avenir.

On en a un très bel exemple aux Etats-Unis actuellement avec le site d’Apple permettant de downloader des mp3 payants : la maison de disque devient un intermédiaire de moins en moins indispensable. Si tant est qu’un artiste plaise à Apple en tant que distributeur, les productions mp3 de ce dernier peuvent être vendues en ligne directement, ceci sans le concours des maisons de disques, donc avec un ratio de droits d’auteurs par rapport au prix de vente beaucoup plus élevé pour l’artiste et pour le site lui-même. Pourquoi Apple ? Pourquoi pas Universal Music à cette place ? Pourquoi pas Sony Music ? Ces sociétés n’ont-elle pas compris que la dématérialisation du support les marginalise chaque jour un peu plus ? Il suffira qu’un syndicat d’auteurs indépendants se forme pour que leur intervention soit court-cicuitée... Dommage pour elle. Manque d’anticipation ? Incompatibilité de métiers ? L’avenir le dira. Mais les choses ont déjà changé qu’on le veuille ou non, et les acteurs d’aujourd’hui ne ressemblent pas à ceux d’hier.

Malheureusement, ces choses ont changé comme pour les vendeurs de moulins à café, et même si "la culture ne se réduit pas à un paquet de Jacques Vabre, fût-il en grains"...

 
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> Une tendance technologique inévitable, un éditeur indépendant, 23 novembre 2003

Je ne suis pas contre l’e-book. Je préfère lire des textes sur un support papier, pour une raison de confort. Mais si une technologie plus évoluée peut m’offrir un confort comparable, avec des possibilités supplémentaires, tant mieux. En tant que consommateur, je n’ai aucune raison de ne pas m’en réjouir.

Le problème, c’est que je ne suis pas seulement un consommateur, et vous non plus. En tant que citoyens, nous devons nous interroger sur le coût social engendré par cette évolution technologique : les faillites d’imprimeurs, d’éditeurs, la protection du droit des auteurs face au piratage, l’effet sur la culture en général, sur le long terme.

L’abaissement des coûts pour le consommateur a des effets sur le reste de la filière et, en particulier, sur la qualité de la production. Je ne suis pas contre le fait que Brittney Spears vende des millions de disques, si cela permet de faire vivre une filière et de maintenir une certaine diversité, dans des conditions acceptables. Faire de la musique n’est pas gratuit, surtout si on veut le faire bien. Editer un livre n’est pas gratuit non plus. Le problème, c’est que si les coûts sont abaissés de façon drastique, si aucune mesure n’est prise pour en contrebalancer les effets, il n’y aura bientôt plus que Brittney Spears. La vraie création aura encore plus de mal à survivre, à s’imposer, en dehors de quelques "coups" marginaux du type "Blair witch" qui entretiendront le mythe des "potes-dans-leur-cave-qui-font-des-trucs-géniaux-qui-se-vendent-à-des-millions-d’exemplaire-quand-même". Quant aux syndicats d’auteurs qui s’unissent pour diffuser leur musique directement... Rien n’empêche de le faire dès à présent. Chaplin et d’autres l’avaient fait dans le cinéma dès les années 20 en créant la United Artists. Cela revient à créer une nouvelle maison de disques.

Alors d’accord, en tant qu’éditeur, je dois réfléchir à la manière dont mon métier doit évoluer. Et il vaut mieux le faire le plus tôt possible. Mais vous, en tant que citoyen, vous vous devez d’anticiper les conséquences de ces changements. Vous devez réfléchir à la meilleure manière de concilier les intérêts du commerce, les intérêts du consommateur - qui sont souvent des intérêts à court terme - et ceux de la culture. Quelles mesures mettre en place, par exemple, pour les imprimeurs ? Pour les éditeurs (à moins que seuls Hachette ou Gallimard, qui s’en sortiront de toute façon, soient dignes de survivre à vos yeux) ? Pour les auteurs, notamment au plan juridique, pour faire respecter leurs droits ? Quelles aides à l’équipement des bibliothèques, des CDI, également ? En achetant un e-book, vous ferez un choix. Vous engagerez votre responsabilité. Je ne dis pas que c’est agréable à entendre. Mais c’est un fait. Il ne suffit pas de consommer, puis de s’en laver les mains en pensant que c’est "inévitable" et que seuls les "méchants" vont souffrir, parce que c’est faux. C’est faux et, accessoirement, c’est exactement l’attitude que les multinationales comme TF1 attendent de vous.

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> dans la dentelle, Brutal Delux, 24 novembre 2003

"Je ne suis pas contre le fait que Brittney Spears vende des millions de disques, si cela permet de faire vivre une filière et de maintenir une certaine diversité, dans des conditions acceptables"

> Dans les faits réels d’aujourd’hui maintenant, c’est une énorme connerie ce principe. C’est quoi la nouveauté dans la musique actuelle ? l’éléctro ? Deux branleurs habillés en écureils qui mixent des sons gameboy ? J’ai plus l’impression que les groupes musicaux actuels sont là pour nous faire croire que la vie d’artiste existe encore, que des gens peuvent percer à l’ancienne, dans la diversité d’un catalogue fnac, et nous faire acheter le 99999ème album de pop-top-rebelle-marginale en trois accords mal plaqués. Car en vérité, les groupes pop-rock actuels sont d’une nullité incroyable, le hip hop est nécrosé par les kaïs, le néo-métal est une imposture à bout de souffle, la chanson française actuelle ne fait plus pleurer que les bourgeoises en mal de bite etc .... Alors de savoir que ces merdeux sont financés par les énormes ventes des stars, qui font elles aussi de la merde, ça change quoi ?

Le mp3 tue la création musicale actuelle ? J’irais cracher sur sa tombe...

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> dans la dentelle, Le Glaude, 11 février 2004
Brutal mais vraiment De Luxe. Et ça le mérite.
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> Le Blues du businessman, 1er mai 2004

tu sais combien ça coute un studio d’enregistrement numérique ?? plus les amplis, plus les micros, la table, et tutti quanti...

je ne pense pas que la plupard des musiciens de ce pays soit capable de finacer de tel investissement... seul la production de musique purement electronique est vraiment possible...

dès que l’on passe a un groupe avec un batterie, les prix grimpe en fleche, et je ne te parle pas d’arrangement en studio, avec de vrai musiciens d’orchestres, de vrai ingénieur du son, et tout ce qui vas avec... je ne parle pas de post production et de frais de mastering...

on est loin du prix d’un PC doté d’un logiciel de traitement de texte, pour ecrire un livre...

car le problème du disque, est toujours de pouvoir accès a un studio d’enregistrement correct et d’avoir le temps d’enregistrer.. le succès peut-etre deja là pour certain groupe, et n’ont de fait pas de problème de financement... pour d’autre plus confidentiel, jazz, jazz-rock, et tant d’autre style, sans les maison de disque, il est impossible d’avoir accès a des conditions d’enregistrement de très bonne qualité..

même si il est vrai que grace a l’informatique cela deviens plus abordable...

ensuite, un disque c’est le boulot d’environs deux cent personnes environ, souvant de deux a cinq ans de travail pour les musiciens, et parfois autant d’année a maitriser leur instrument qu’il soient réel ou electronique... bref, ce n’est pas rien dans une vie d’homme que de passer 15 ans pour faire quelquechose, réussir parceque l’on a du talent et que des personnes sont pret a risquer de l’argent sur le travail qui est fournit... et puis finalement voir que ce travail qui est apprécié par beaucoup de gens, finalement n’est pas plus respecté qu’au moyen-age, ou les saltimbanque allait de village en village, et quémendait un pitance qu’on leurs jetais comme à des chiens galeux...

Hm, j’espere que tu prend conscience de ce que signifie droit dans le terme droit d’auteur, c’est simplement le droit a avoir un travail rémunéré pour un travail de recherche et de créativité qui a été fournie auparavent, et ce pour vous etes agréable chers auditeurs...

la fable dit que la fourmie n’est pas préteuse et que cela n’est pas sont moindre defaut. a vous voir vous jeter sur les production comme des cochons sur de la confiture, cela me fait sans doute un peu rire...

mais bon la nature humaine est ainsi faites et ce n’est pas l’humanisme qui l’étouffe, surtout quand il s’agit de profiter du travail des autres...

le blues du businessman, oui sans doute, ils ont effectivement beaucoup a perdre, mais sans doute aussi pas mal de petit groupe du coin qui ne seront pas signé, ou qui patienterons encore un peu plus longtemps avant de voir leur travail récompensé par un enregistrement professionel de qualité...

le blues des téléchargeurs sans vergogne a qui l’ont veux retirer ou simplement limiter un droit d’echange d’oeuvre de création sur lequel ils n’ont aucun droit...

le blues de l’artiste qui sait que son travail ne vaut plus presque plus rien de nos jours ormis des applaudisement fournit et généreux(cela ne coute rien) et qu’a partir de maintenant il lui est préférable de travailler gratuitement pour la fourmi, deja que l’industrie ne le paye pas bien cher... quand bien sur cela paye...

quand a relire le contrat social de rousseaux je te rappelle quand même que la loi et le droit sont le garant des libertés en face de l’état de nature... ou seul la loi du plus fort trouve raison...

dernier truc j’aimerais bien voir ta tronche le jours ou ton patron te diras que tu doit travailler gratuitement... car c’est ce que le P2P finalament propose a une grande majorité d’artiste,(surtout aux plus petit) ceux vivant uniquement des surplus qu’engrangent les maisons de disque sur des titre phare vendu aux boeufs de TF1..

allez, t’as pas 500 000 balles pour financer mon prochain album, parceque là, j’ai un peu de mal avec ma maison de disque, il parrait que mon public n’a pas assez d’argent, et préfère télécharger mon premier et sans doute dernier album via le P2P... désolé, vous n’etes plus rentable qu’ils m’ont dit...

ciao... bah il reste les places de concerts, et quelques heureux donateur qui acheterons contre vent et marré ma musique... sans doute n’ont-ils pas de PC... enfin pas encore..

la voie sur internet est au sponsoring d’artiste, soyez bon avec les artistes que vous aimez, n’oubliez pas d’acheter leurs album après avoir télécharger pour information leurs titres sur le net... et en particulier les petits groupes qui font oublier le temps de quelques chanson, cet univers sordide et ce monde de gros con...

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> Le Blues du businessman, Alexandre Adelair, 2 mai 2004
Tout est dit. D’un côté, un article qui prône un modèle ultra-libéral (le dumping des prix - les consommateurs payent toujours trop chers, plus de protection du droit des auteurs - le droit d’auteur est liberticide...), sans se soucier des conséquences sociales du dit "modèle". D’un autre côté, les artistes et les auteurs. Forcément, quand on est pas artiste, ni auteur, soi-même et que l’on ne connaît strictement rien aux domaines (édition musicale, édition de livres) dont on parle, on écrit n’importe quoi. Mais, bon, on peut se consoler en se disant que les éditorialistes de la "grande presse" font la même chose et que, là, au moins, c’est gratuit, :-))))))
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> Le Blues du businessman
8 octobre 2003, message de dominique meens
 

je propose cette correction :

"l’habillage culturel"

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> Le Blues du businessman, Lirresponsable, 9 octobre 2003
proposition retenue !
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> Le Blues du businessman
8 octobre 2003, message de frelOn
 
Sur le même theme, le texte de tim o’reilly est particulièrement intéressant :
 
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> Le Blues du businessman, a, 8 décembre 2003
genial enfin quelqu’un qui a compris qq chose
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> Le Blues du businessman
8 octobre 2003
 
L’édition sans éditeurs, sans graphistes, sans maquettistes, sans traducteurs, sans correcteurs, sans libraires... Le bonheur, en effet. Un bonheur qu’André Schiffrin raconte dans "L’édition sans éditeurs", paru aux éditions La Fabrique. Disponible dans toutes les bonnes librairies (tant qu’il en reste).
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> Le Blues du businessman, Sam, 11 octobre 2003
Voir aussi Jean Guénot, ses livres et son mode de publication. Avec encore un imprimeur en ce qui le concerne...
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MC Solaar a le blues du businessman, à défaut de savoir chanter
8 octobre 2003, message de Grosse Fatigue
 
Bravo les gars, moi, je suis d’accord avec vous. A quand un portail genre "Rezo" pour les vrais artistes musicaux sur le net ? La dernière affaire rigolote, c’est MC Solaar et son prochain titre, avec une fausse-vraie version pirate où le pauvre garçon jette l’anathème sur ceux qui pirateraient ses titres. On peut le rassurer : personne ne pirate MC Solaar sur le net, puisqu’on y trouve Billie Holliday et Jimy Hendrix pour le même prix, y’a pas photo. Qu’il continue donc de s’auto-encenser avec les petits bruits binaires qu’il sème comme d’autres (contre)pètent, et que des artistes arrivent enfin, frais ou chauds comme le bon pain, en direct sur la toile. On leur verserait même quelque chose, avec un peu d’enthousiasme... Si l’industrie du disque ne s’était pas focalisée sur le fameux concept du 20/80, concept roi du marketing, on aurait peut-être autre chose que cette déferlante de merde compactée qui dure 5 minutes...
 
en ligne : Je ne chante pas
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> MC Solaar a le blues du businessman, à défaut de savoir chanter, culterreux, 8 octobre 2003

Bravo les gars, moi, je suis d’accord avec vous. A quand un portail genre "Rezo" pour les vrais artistes musicaux sur le net ?

An matière d’artistes sur le net, tu n’as que l’embarras du choix : voir à ce sujet :

http://www.kuro5hin.org/story/2003/9/5/05113/70314

Bien entendu, si tu tiens absolument à ce qu’un médiateur obligé ne te dispense d’utiliser le moteur de recherche de ton choix, libre à toi de suivre qui tu voudras.

 
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Commentaires et autres analyses sur le même sujet
7 octobre 2003, message de JDP
 

Bonjour,

Le sujet est plus complexe qu’il paraît au premier abord. Les faits sociaux sculptés par la tradition sont souvent difficiles à bien analyser, alors même qu’on baigne dedans, et l’édition n’échappe pas à la règle.

Par exemple, l’article repose sur le présupposé que l’auteur, dans son rapport avec l’éditeur, a pour seule ambition de maximiser son revenu. On sent dans cette approche l’influence de la culture anglo-saxonne, où il est pris pour acquis que l’appât du gain est le principe suprême d’organisation sociale. En réalité, dans le domaine de la création littéraire (celui que je connais), publier chez un éditeur important est bien plus une affaire de prestige social que de revenu.

Publier un roman chez Gallimard, vendu à 15 EUR / pièce à 1500 personnes rapporte à l’auteur 2250 EUR. Il est exact que, en en vendant, seul sur l’Internet (ou en faisant du porte à porte, ou sur les marchés), un plus petit nombre avec une plus grande marge, ou un plus grand nombre avec un prix de vente plus bas (selon la petite arithmétique proposée dans l’article), on peut arriver au même chiffre. Mais le résultat global n’est pas du tout le même, à cause du prestige social. (Si vous dites à votre mère : "j’ai gagné 2000 EUR en vendant sur les marchés/sur l’Internet le bouquin sur lequel je travaille depuis 5 ans", elle se dira en soupirant qu’elle a engendré un demeuré ; si vous lui dites que vous êtes publié chez Gallimard, en revanche, elle sautillera de joie et de fierté. Similairement, mutatis mutandis, pour votre prochain prospect sexuel ou professionnel.)

L’article me semble aussi errer en suggérant (pour une raison qui n’est pas indiquée) que les éditeurs seraient bien embêtés de devoir renoncer à acquitter la part de la distribution-diffusion-librairie en utilisant l’Internet. Non, ils ne seraient pas embêtés du tout.

Une autre réalité-clé pas prise en compte dans vos réflexions, c’est que l’existence même des livres comme objets de convoitise et de consommation, voire même comme simple objets d’intérêt, est largement le produit d’une construction "marketing" initiée par l’éditeur. Il est amusant à ce sujet de voir que des gens qui achètent volontiers des CD se trouvent un peu dépourvus devant les possibilités du file sharing P2P, comme si la valeur des oeuvres à leurs propres yeux se dégonflait faute d’une mise en scène adéquate. Pour quelques individus qui se mettent à écouter plus de musique et se passionnent, plus ou moins durablement, pour toutes sortes de choses auxquelles ils n’avaient pas accès auparavant, une masse bien plus importante reste indiffèrente face aux possibilités, ou se contente de télécharger les choses qui ont été mises en valeur par la grosse machinerie des majors.

Bien sûr, mon propos n’est pas de dire que cette mise en scène est qqch de merveilleux qu’il faut préserver à tout prix. Je ne suis ni pour ni contre, et ça m’indiffère. Mais c’est la réalité actuelle : les ventes en littérature sont en grande partie l’effet de cette construction, et dans les grosses ventes littéraires, les livres sont rarement lus (et s’ils le sont, pourquoi, et avec quel résultat, etc.). Il y a quelques lecteurs qui vont aux textes d’une façon plus vitale et qui se passeraient de la mise en scène. Mais ils sont si rares qu’aucun business ne peut reposer là-dessus aujourd’hui (en tout cas dans le domaine dont je parle).

Alors, oui, l’Internet, pour toucher plus efficacement cette petite fraction vraiment intéressée, de façon à faire nombre à partir des exceptions. J’ai essayé avec le méta-site organisateur Porte, mais je crois que c’était un peu prématuré (je continue en revanche avec le site de création Hache).

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire, et à reprendre, et quand on l’aurait fait les problèmes principaux resteraient entiers. Ce qui est certain, c’est qu’on n’est pas du tout dans une situation d’équilibre, de maturité, mais dans une situation de transition, juste un peu ralentie par l’inertie des individus.

L’avènement du Réseau est une des grandes transformations en cours, et personne n’a la moindre idée d’un état stable vers lequel cette évolution culturelle hors de contrôle pourrait bien converger.

Quoi qu’il en soit, en rendant les choses plus faciles et plus rapides pour le petit nombre que les oeuvres intéressent vraiment, le Réseau n’accélère pas seulement la circulation des oeuvres, mais aussi l’histoire de l’art lui-même, et l’acomplissement de son "destin".

Pour vos critiques sur les taxes, subventions, etc., là d’accord. Dans les temps de changement, et de nouvelles opportunités, le dirigisme est dangereux parce qu’il construit souvent des solutions inadaptées, obsolètes avant d’être appliquées, des simples pollutions dans le processus de création spontanée de solutions. Si je vous trouvais trop libéraux lorsque vous raisonniez en termes étroits d’avantage matériel sans considérer le prestige social, là, je vous suis.

Cordialement,

 
en ligne : Hache
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> Commentaires et autres analyses sur le même sujet, ARNO*, 7 octobre 2003

Bonjour,

Merci pour ces remarques, toutes de (très) bon sens.

-  Le prestige social lié au livre, oui, sans aucun doute. Au-delà des « grandes maisons » littéraires, on peut certainement aussi mettre en avant la fascination pour l’objet-livre, gratifiant en lui-même pour tous ceux qui y contribuent (pas seulement pour ceux qui l’achètent) : avoir ses textes dans un livre relié, même à trois exemplaires autoproduits, ça reste une source de fascination.

-  L’aspect extrêmement économique de notre article est incontournable : il s’agit bel et bien de rappeler que, dans tous les chiffres agités partout (et notamment au sujet du disque), le rôle de la « création » qui est toujours mis en avant, est en réalité une part extrêmement faible dse enjeux économiques. Que les auteurs aient du prestige, que l’argent n’est pas leur première motivation, etc., n’est absolument pas en contradiction avec le rappel que, lorsqu’on les met en avant dans les discours actuels, en réalité on parle d’un processus industriel qui représente 90% de l’activité réelle ; puisqu’on parle de « piraterie », malgré quelques sorties sur le droit moral (on « vole » moralement les auteurs), l’essentiel consiste en baisses des chiffres de vente, de manques à gagner, d’emplois menacés... or 90% de ces chiffres concernent le processus de fabrication du livre manufacturé, et non la « création » (et il n’est pas non plus inutile de rappeler par ailleurs que 80% de l’édition est consacrée à des livres « utilitaires », et non à de l’art-qui-n’est-pas-une-marchandise).

Nous n’avons pas signalé que, dans des domaines spécifiques tels que la bande dessinée, la question du passage « obligé » par l’éditeur est déjà battue en brèche. Une fois leur notoriété acquise, beaucoup d’auteurs montent leur propre structure pour limiter le prélèvement par l’éditeur et/ou pour s’assurer la liberté de publier : Astérix, Lucky Luke, Druuna... Dans l’édition, la redéfinition du rôle de l’éditeur et le rapport de l’auteur au processus industriel (qu’il souhaite contrôler directement) est déjà une réalité. L’internet ne peut qu’accentuer cette évolution, à laquelle les considérations économiques ne sont absolument pas étrangères.

-  « Les éditeurs seraient bien embêtés », c’est effectivement essentiellement suggéré, mais l’argumentaire de l’article tout entier va dans ce sens.
— Cela implique la remise à plat des contrats d’auteurs (comme indiqué, le coût industriel disparaissant, les parts des auteurs devraient grimper à au moins 50% du prix de vente). Pour un nouvel arrivant (Manuscrit.com), c’est facile ; pour les maisons existantes, la réécriture des contrats n’est jamais une priorité (puisque tout le monde adopte le contrat des autres maisons...).
— Surtout, le rôle même de l’éditeur est redéfini (c’est toute la seconde grande partie de l’article) : cette redéfinition peut être cruelle, voire fait perdre du prestige social.
— L’idée ici est de traiter le sujet de l’édition, moins sujet aux passions et aux pressions médiatiques, pour introduire ces questions, par analogie, avec l’indutrie du disque. Et là, on voit que, même lorsqu’on parle de vente de musique dématérialisée en ligne, la réévaluation du pourcentage des droits des auteurs est un sujet jamais abordé.
— Nous avons inséré au début une remarque (perfide) sur la baisse de tous les coûts de production depuis des années ; ce qui, mathématiquement, aurait dû faire augmenter la part des droits des auteurs dans le prix de vente du livre. On ne connait aucun éditeur qui se soit empressé de faire passer les droits de 8% à 15%...

-  L’objet-livre en tant qu’objet de coinvoitise. On achète un livre pour posséder un objet socialement gratifiant, pas pour le lire.
— Peut-être dans le cas de la littérature. Et encore, je ne partage pas totalement l’idée. Même sur les best-sellers, l’essentiel est de pouvoir avoir un avis dans les soirées (« qu’est-ce que tu penses du dernier Trucmuche ? »), pas de l’avoir sur la table quand on reçoit des amis. Cela concernerait plutôt le livre en tant que cadeau (offrir le dernier Trucmuche, et là, rien ne garantit qu’il sera lu).
— Mais pour les autres secteurs de l’édition (80%), c’est encore plus discutable : acheter un livre de cuisine, un traité de chimie générale ou un dictionnaire, pour ne pas le lire mais montrer à ses amis qu’on le possède (ou pour le plaisir de le posséder), ça ne doit pas représenter la plus grosse partie des ventes.
— Cette construction ne me semble pas le fruit du seul travail marketing des maisons d’édition, dont les moyens sont plutôt faibles de ce côté. Voir plutôt du côté de la presse spécialisée, pages Kultur, ou du côté des animations cuculturelles (remises de médailles en chocolat, académie des ceusses qui causent la France...).

-  Pour la phase de transition, entièrement d’accord. Il me semble que notre article se présente dans ce contexte (un auteur « peut »...), où autant les auteurs que les éditeurs se posent beaucoup de questions sur leurs méthodes de travail (et sur la définition de leurs métiers respectifs). Il s’agit cependant d’indiquer que, concernant le disque, certaines questions sont (violemment) écartées, alors que la transition est nettement plus avancées ; ces mêmes questions, dans le cadre de la transition du livre, sont plus légitimes.

-  Côté subventions, taxes, etc., c’est tout de même un point qui nous autorise à ramener les grandes considérations « artistiques » (c’est la culture qu’on assassine) à ses réalités économiques. Puisque les grands discours, très nobles, liés à l’impact de l’internet sur la culture, débouchent systématiquement sur des mesures économiques (identiques pour le livre et pour le disque).

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sur la valeur du prestige et autres choses, Lirresponsable, 9 octobre 2003

salut,

Une petite remarque sur l’homo economicus mû par l’intérêt personnel (et un calcul rationnel), à propos de l’opposition gain matériel versus le prestige social lié à la Kulture, ici au livre.

Cette conception est utile à la fois pour essayer de décrire l’industrie telle qu’elle est (modèle), et ainsi critiquer le recours incantatoire à la création en péril, et elle sert enfin à encourager les auteurs à l’autopublication.

Qu’est-ce que le prestige ? Le prestige social se résume de fait à des avantages matériels en relation les uns avec les autres ; dans le cas qui nous occupe : bonne table au restaurant, invitation dans les médias, propositions de postes, plus grand choix de partenaires (en vue de reproduction ou fornication), etc.

Ce que tu évoques en explicitant la nature du prestige : « Similairement, mutatis mutandis, pour votre prochain prospect sexuel ou professionnel ». (Donc tu t’amuses à nous traiter de libéraux par provocation, hein ! :)) Le prestige pour le prestige, sans rapport avec sa dimension économique, c’est la médaille en chocolat (valeur purement honorifique ; et encore, on peut manger le chocolat). Bien entendu, certains peuvent trouver gratifiant d’obtenir une médaille en chocolat, et donc le prestige déconnecté de sa signification économique (les revenus), une fois idéalisé, peut jouer le rôle de motif psychologique.

C’est d’ailleurs un marché, la flatterie : organiser un prix amateur (pas encore reconnu) avec inscription payante et consacrer 5% de la somme récoltée pour le premier prix, le reste allant à l’organisateur de la compétition (qui loue la salle) et ses complices (le jury).

Ici l’arnaque est trop visible, mieux vaut impliquer plus de monde afin d’éviter les poursuites et donner de la légitimité à l’ensemble (ce qui rassurera les participants, et oui il faut avoir la confiance des investisseurs, et augmentera les profits). demandons une subvention à la localité (ben oui c’est un événement et une action culturelle ! Tiens penser à convier la presse) ; le maire sera content il pourra faire un discours, on l’invitera donc (coût = zéro). Il faudra également un partenariat avec des sponsors qui ont des budgets dédiés, histoire de rendre les récompenses plus attractives (coût des récompenses = zéro), et l’hôtellerie et la restauration pourront également participer puisque elles profiteront de la venue du public (coût d’hébergement et de restauration = zéro, pour l’organisateur), car la presse en parlera (coût variable mais à transférer sur les commerçants impliqués et les administrés de la localité). Pour attirer le chaland, prévoir également quelques têtes d’affiche (coût = la beauté de l’art n’a pas de prix enfin voyons !)

On a là le modèle général, dans lequel le désir de reconnaissance (d’à peu près tous les participants) est instrumentalisé dans une logique de type économique (du côté de l’organisateur principal qui maximise et de plusieurs intervenants directement dans cette logique). Si l’on tient uniquement compte du désir de prestige de l’auteur, relativement aux gains financiers, on manque la nature de la production et la logique de l’ensemble. Notons, qu’en France, les festivals kultureux représentent tout de même un gros marché. ;)

Donc le « prestige » en tant qu’abstraction dissimule la trivialité de ce qu’il recouvre (nourriture, partenaires, objets), et pour revenir au cas particulier, la publication chez un éditeur est alors la condition, bien comprise par l’agent économique, le plus souvent de sa carrière, ou dans un premier temps de l’amélioration de ses conditions de vie, par exemple la fin de sa précarité économique ; ce qui n’est pas infamant, il s’agit juste d’une description.

De la même manière, un commercial ne va pas réaliser à la main sur un bout de carton ses cartes de visite, à ceci près que l’activité de représentation est ici pleinement réfléchie ; (et certains directeurs financiers tuent parce qu’un de leurs collègues a de plus belles cartes qu’eux).

On peut alors interpréter ce fameux prestige comme une présentation subjectivement agréable des conditions objectives (il s’agit d’un marché) et de la trivialité (les gains matériels) : je souhaite être publié par machin parce que c’est prestigieux (représentation principale), même si je sais, par ailleurs, qu’il s’agit d’un impératif rationnel. Par exemple si je veux vivre et uniquement vivre de mes écrits mieux vaut être un auteur Gallimard. Ou pour donner une formulation de la rationalité en liaison avec la finalité sans introduire l’enjeu directement économique : si je veux le prestige, je veux être publié par une maison qui me donne ce prestige et non être publié par un éditeur non prestigieux, c’est pourquoi l’autopublication ne m’intéresse pas. Si la motivation principale est la diffusion de l’écrit (et non la réputation), le raisonnement change, et donc les moyens également. C’est pourquoi l’analyse du prestige n’est pas inutile.

Ensuite, on peut se demander en quoi consiste le prestige d’une maison d’édition. On constate que ce prestige réside pour une part dans son catalogue (auteurs reconnus sous contrat, ou dont elle détient les droits quand les auteurs sont morts), avec l’idée du côté de l’auteur d’une transitivité magique : "X est prestigieux et publié par M" donc "si je suis publié par M, j’aurais un peu du prestige de X". Or évidemment c’est absurde, mais c’est par contre efficient socialement. Comme tu le soulignes, il y a un effet notable, qui produit une impression sur un certain type de public ("et ouais, il est publié dans la même collection que bidule"), il est donc rationnel d’y participer relativement à une fin visée, quand bien même on ne partage pas intimement cette croyance.

L’autre partie du prestige de la maison d’édition provient plus directement de son pouvoir économique (des capitaux) : capacité à signer des auteurs ou à les racheter, moyens de diffusion et relationnel pour la promotion médiatique (si tu écris un papier enthousiaste sur X, je publie ton roman ou les mémoires de ton chat) et les prix (si tu votes pour le X publié par moi, je t’offre un poste de conseiller littéraire et une photo dédicacée). Evidemment, on a là une description purement idéale qui ne correspond à rien de réel ! :))

On retrouve finalement l’étymologie (praestigium = charlatanerie, imposture, illusion, tromperie). Certes, ce n’est pas parce que Paul croit que p (et p = q) que Paul croit que q, mais on peut tout de même, principe de charité, attribuer un peu de rationalité à l’auteur (variable dans le temps) ; auteur qui signe un contrat avec son éditeur, donc qui n’est pas totalement en dehors de la logique économique (commerce des livres).

D’autre part, il peut lui être socialement préjudiciable de revendiquer cette trivialité : "enfin je suis édité, à moi la coke et les putes !", et donc plus avantageux de jouer le rôle attendu : "je suis très honoré et flatté d’entrer dans cette grande maison, je rends hommage à mon éditeur qui m’a fait confiance dès le début, et je remercie toute l’’équipe technique sans qui..etc.". Rôle de la norme sociale et de l’image construite de l’écrivain ; (d’où l’importance d’une bonne prestation télévisuelle pour stimuler les ventes).

Il ne s’agit donc pas dans notre article de nier le plaisir de la représentation (fierté de l’auteur et joie de l’éditeur de publier un bon auteur), ni le désir de prestige, mais plutôt d’insister sur l’aspect économique (contre le présupposé : il est question d’Art donc pas de marchandise). Ainsi l’auteur peut se détacher de son sentiment de satisfaction qui est momentané et lié à une circonstance particulière (la première publication). D’où par exemple les changements d’éditeurs , parce que le contrat est plus intéressant d’un point de vue financier. Tout comme l’éditeur peut jouer du sentiment de fierté de son auteur pour le payer en prestige, i.e. moins le payer : "je vous édite vous n’allez tout de même pas être trop gourmand, allons mon bon ! 3000 exemplaires pour un premier tirage c’est énorme vous savez !".

Selon cette perspective, la publication par une maison d’édition célèbre est alors le ticket d’entrée, sur un marché à forte concurrence (nombre de manuscrits refusés, de titres publiés), et les avantages attendus (par exemple poste de critique littéraire ou de chroniqueur dans tel journal) peuvent dès lors s’accomoder d’une contre performance économique à court terme (plus rentable et bénéfique d’opérer autrement en considérant uniquement la vente de ce produit).

Cela tient à la spécificité du produit, bien qu’il existe aussi dans l’édition des coups (tm), lorsque l’oeuvre d’un auteur se résume à un livre-produit, avec pré-vente "scandale" et teasing médiatique (supplément forfaitaire pour indignation morale et débat de société). Chacun a en tête ses exemples préférés.

Il faudrait alors distinguer entre art libéral (au sens ancien) et art mercenaire, entre écrivain (dont l’objet est la littérature) et publiciste, etc. Mais dans l’article, on parle d’une industrie, c’est le présupposé.

Pour quelques individus qui se mettent à écouter plus de musique et se passionnent, plus ou moins durablement, pour toutes sortes de choses auxquelles ils n’avaient pas accès auparavant, une masse bien plus importante reste indiffèrente face aux possibilités, ou se contente de télécharger les choses qui ont été mises en valeur par la grosse machinerie des majors.

Cela illustrerait l’importance de la promotion pour les produits de consommation, et sans doute l’appât du gain ;) des agents.

Que le comportement majoritaire soit une simple répétition de la consommation habituelle (absence de curiosité, influence extérieure, goûts socialement déterminés, etc.), c’est possible, mais les morceaux proposés en download le sont chez des particuliers, donc des individus (structure et intérêt différents). Les plus grosses ventes sont-elles 1) les plus proposées 2) les plus téléchargées ?

C’est relativement difficile à évaluer : plusieurs millions de fichiers variables suivant le moment, certains titres "célèbres" ont à peine une quinzaine de sources alors qu’il y a plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs en ligne. A titre indicatif, à l’heure où je poste, sur Kazaa, il y autant de morceaux disponibles de J.S Bach que de Britney Spears (environ 150 chacun). Bien sûr, cela ne veut pas dire que Baby one more time est moins téléchargé que la suite pour violoncelle n°1.

En revanche pour les films, la répartition est beaucoup plus marquée : les grosses productions ou nouveautés ont beaucoup de sources (donc ici également de demandes par rapport au nombres de fichiers complets puisque le download prend plus de temps), tout comme les films X ; histoire de donner un ordre de grandeur environ 300 à 400, contre 1 à 10 pour des films moins nouveaux ou moins commerciaux.

Il me semble que les (grosses) ventes de disques font le plein, i.e. les personnes disposées à acheter ce type de produit et avec les moyens économiques l’achètent, réseaux de p2p ou pas ; (les ventes de disques pour la France en 2002 : +4,4% en valeur et +3,3% en volume ; source SNEP). Le problème classique pour l’industrie légale est alors l’industrie de la contrefaçon (copie payante à prix moindre, en général la part des diverses taxes). A la limite, le p2p menace sans doute le marché de la compile ou du best of (grosse grosse production créative des majors), mais comparé à l’industrie de la contrefaçon...

Il est vrai que l’on trouve en download les nouveautés de l’industrie et en principe tout le catalogue, mais il y a également en plus une multitude de titres dont les majors n’assurent ni la production ni la promotion (autoproduction, petits labels, concerts, inédits, remix).

On constate, par exemple, la présence d’un genre qui connaît à la fois une absence totale de promotion, un silence des médias habituels, et une grande popularité : le metal et déclinaisons (black, death, etc.) ; en partie parce que ce genre musical fonctionne déjà en réseau.

Donc l’affirmation suivant laquelle la majorité se contente de reprendre les choses mises en valeur par les majors me semble inexacte dans le cas de la musique. D’une part parce qu’il n’y a pas de majorité au sens habituel : un disque d’or c’est 100 000 exemplaires vendus, (à comparer au nombre des auditeurs, plusieurs millions), et d’autre part parce que le comportement majoritaire (certes non unifié, pris dans sa diversité) est d’écouter des morceaux hors promotion. Hors production des majors c’est relativement plus difficile avec les fusions.

Quoi qu’il en soit, en rendant les choses plus faciles et plus rapides pour le petit nombre que les oeuvres intéressent vraiment, le Réseau n’accélère pas seulement la circulation des oeuvres, mais aussi l’histoire de l’art lui-même, et l’acomplissement de son "destin".

Quel "destin" ?

amicalement,

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Réponses, JDP, 10 octobre 2003

Merci pour vos réponses, j’essaie de répondre sur l’essentiel de façon groupée.

Premier point, sur la « construction éditoriale ». Je vous ai reproché d’ignorer que « l’existence même des livres comme objets de convoitise et de consommation, voire même comme simple objets d’intérêt, est largement le produit d’une construction "marketing" initiée par l’éditeur ». Vous (Arno) nuancez et notez en passant que ça n’est pas vraiment leur travail marketing qui est ici pertinent, mais plutôt celui des pages « Kultur ». Mais qui est-ce qui envoie les livres, les dossiers de presse, et les attrayantes attachées de presse en chair et en os aux journalistes paresseux pour influencer le remplissage desdites pages Kultur, à votre avis ?

Plus généralement, la « construction » de l’éditeur (marketing en effet, conduisant du texte proprement dit à la vente du livre) est bien plus large, et ne doit pas nécessairemnet être considérée négativement. Souvent (et là, c’est encore plus vrai pour ce qui n’est *pas* littérature), l’éditeur est à l’origine même du livre et en conçoit l’idée dans un projet éditorial complet, cohérent et réalisable, qui inclut le contenu, l’apparence, la cible, les canaux de communication, etc. Les guides pratiques, ou les livres de cuisine sont un bon exemple, justement. Votre grand-mère connaît des bonnes recettes, mais elle ne réalise pas qu’elles sont intéressantes pour d’autres, ou alors, elles ignore lesquelles, parmi ces recettes, le sont, comment elles doivent être présentées pour être utilisables, etc. L’éditeur se met à la place d’un lecteur potentiel, et réfléchit à un projet éditorial cohérent. Quand il a conçu le projet éditorial réalisable, il le réalise. Il fabrique l’objet-livre, en le concevant soigneusement pour qu’il représente bien le texte dans le contexte de la parution, pour que ça « parle » à ceux qui seraient susceptibles d’être intéressés (en commençant par les journalistes), puis il déploie ses efforts de communication et de diffusion et fait son possible pour vendre le livre, aidé en cela par la réputation de qualité qu’il a lentement et avec efforts établie au fil des années. Ce faisant, l’éditeur crée une valeur bien réelle dans le cadre actuel, et la négliger est un peu frivole.

Deuxième point, les pourcentages. Vous contestez (Arno) que les éditeurs seraient contents de se passer des 55% acquittés pour la commercialisation (distributeur diffuseur détaillant), parce qu’il ne veulent pas renégocier les contrats. Vous semblez raisonner à propos de ces pourcentages comme s’ils étaient des sortes de privilèges indus, défendus par des lois injustes, que la Révolution-Internet allait renverser. En fait, ces pourcentages reflètent naturellement la valeur économique de l’intervention des acteurs dans le système actuel, puisqu’il est concurrentiel. Donc oui, certes, ils sont un peu frileux et paresseux, et ils préfèrent continuer leur routine plutôt que de réfléchir. Mais la seule bonne raison qu’ils aient d’avoir peur en tant que corporation, c’est que dans le nouveau système leur contribution n’ait plus une grande valeur économique, et non que simplement on « réexamine » les choses, qui sont examinées en temps réel par le marché à tout moment. Ainsi, il est vain de leur reprocher, comme vous le faites, de ne pas avoir répercuté les baisses des coûts de fabrication. Soit c’est juste une petite « friction » passagère ; soit ils ont investi la somme correspondante dans un autre poste (en l’occurence, une réponse vient immédiatement à l’esprit : ils publient plus de livres !). Ils ne peuvent pas simplement s’acheter des piscines avec, sans ça ils cèdent devant ceux qui en feraient un usage plus productif. Le marché est juste sur le plan strictement économique : il rémunère les acteurs en fonction de leur contribution telle qu’elle est économiquemnent évaluée par les autres acteurs. On peut le trouver injuste parce qu’il est « purement économique », mais économiquement (le plan sur lequel vous vous situez, précisément) il est juste, à moins d’interventions de l’état, ou de situations de friction ou de blocage.

Ce qui me conduit au troisième point, le prestige. Si je distinguais entre argent et prestige, ça n’était pas pour porter des jugements de valeur à ce sujet, et préférer l’un à l’autre, ni pour soutenir le paradoxe que les agents ne rechercheraient pas leur intérêt. Toutes vos analyses (Lirresponsable) sur comment argent et prestige sont liés me semblent en gros justes. Le cynisme est ou n’est pas le dernier mot de l’histoire, mais en tout cas, etc., etc. Non, je faisais cette distinction pour mettre en évidence le fait que le système éditorial classique actuel offre PLUS à ceux qui arrivent à s’y insérer que leurs seuls droits d’auteur (dont vous nous expliquiez, dans une intention qui s’avère donc un peu fallacieuse, qu’on pouvait obtenir le même montant en vendant sur l’Internet avec plus de marge). La question de savoir si ce surplus est théoriquement réductible à du matériel est sans importance pour ce que je voulais dire.

Vous examinez aussi en quoi consiste ce prestige, mais là aussi c’est un peu rapide. IL s’agit d’une construction sociale sophistiquée par laquelle la valeur est attribuée aux individus par le groupe. Vous dites que c’est « évidemment absurde » de penser qu’on a le talent de Céline si on est publié par Gallimard, mais que c’est « efficient socialement ». Ca n’est pas si « évidemment absurde », non : Gallimard a construit sur une longue durée une réputation importante ; c’est dans leur intérêt de la maintenir, et en publiant des merdes ils se sabordent. Donc il y a effectivement là une forme de garantie, sans doute la meilleure imaginable dans notre cadre social.

Si la diffusion de l’écrit est le but principal, alors en effet les choses changent, et de ce point de vue, qu’un individu qui publie ne prenne pas au sérieux l’Internet éclaire sur ses motivations. C’est pourquoi j’ai écrit en mettant un terme à la Porte que « le web ne m’apparaît plus comme un lieu "possible" pour faire circuler la création littéraire, mais comme le nouveau lieu naturel et premier dans ce but. » Mais si ça signifie retrait du système classique, alors on se coupe aujourd’hui des personnes qui n’arrivent aux textes que dans le cadre de la construction initiée par l’éditeur telle qu’elle existe aujourd’hui. Donner des nombres de pages web lues et les comparer à des tirages de roman est vraiment simpliste, et vous le savez bien. Si tel livre a été vendu à 1000 exemplaires, mais pris en main (et reposé) 10 000 fois en librairie, alors 11000 est déjà un chiffre plus juste à comparer avec le nombre de pages vues. Publier sur l’Internet (je ne parle pas de chroniques par lesquelles on se fait plaisir en essayant de se créer une réputation, je parle de textes qui ont le niveau d’ambition et d’exigence d’un livre, justement), ça n’est pas vraiment privilégier la diffusion, mais la mise à disposition commode pour le petit nombre que ça intéresse vraiment et qui savent trouver.

Quatrième point. Quand vous rappelez que votre propos principal est que les interventions prônées par l’Etat dans les mécanismes actuels au nom de la création elle-même, visent en réalité à soutenir une industrie, c’est certainement juste. Je n’insiste pas beaucoup là-dessus, parce que les interventions de l’Etat français en la matière m’intéressent peu, et je n’en suis même pas l’actualité. En fait, j’oublie toujours qu’il y a des gens qui prennent cela assez au sérieux pour s’indigner des aberrations qu’ils y découvrent.

Cinquième point : la forte présence de Bach sur Kazaa. Je ne crois pas que ça réfute ce que je dis sur la relative passivité des utilisateurs, et le fait qu’ils continuent de fonctionner dans le cadre de la construction éditoriale. Bach est une star au même titre que Britney Spears, ils ont sans doute des taux de notoriété instantanée similaires, etc. Quelqu’un qui s’intéresse vraiment à Bach a tendance à connaître aussi Buxtehude, par exemple : dites-moi combien de rips de Buxtehude vous avez sur Kazaa.

Sixième et dernier point, le « destin ». Si on résume rapidement ma critique, je vous reproche de mal analyser les prestations de l’édition classique, et en conséquence d’avoir une approche un peu juvénile de son remplacement par le web, des risques qu’elle court ou de la mauvaise conscience qui devrait être la sienne. Mais c’était juste en passant, parce que moi, évidemment, je suis un enfant de l’Internet, et ce qui m’excite est comment il peut favoriser les choses qui m’importent. L’art m’importe comme aventure exploratoire parallèle à celle de la connaissance, et le Réseau facilite et accélère cela, ne serait-ce qu’en simplifiant les échanges entre les personnes qui se sont déjà trouvées.

Si je parle de destin, ça n’est pas pour suggérer que je connais le point d’arrivée de cette aventure, mais pour suggérer que tout cela va peut-être quelque part, dans le sens où quelqu’un de plus éclairé pourrait établir dès aujourd’hui ce point d’arrivée à partir d’observations et de principes généraux. C’est pour suggérer aussi qu’accélérer les choses conduit parfois à les faire disparaître et à les voir remplacer par d’autres, et je voulais indiquer que je n’ai pas de problème avec ça. L’art pictural est mort au 20e siècle avec la photo ? Peut-être bien. Tant mieux ! Nous avons fini par en faire le tour. Etc.

PS : Si vous répondez en détail, vous gagnez par KO :-) Je voulais répondre pour ne pas être impoli, mais c’est un peu trop long par rapport à ma disponibilité actuelle. Il faudrait plutôt une discussion à bâtons rompus. On aura l’occasion d’y revenir, et pas seulement théoriquement.

 
en ligne : Hache
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Oui-da (suite impromptue de Ménilboné), Lirresponsable, 10 octobre 2003

[préambule : Je ne vise pas uniquement le KO ;), mais le forum étant public, d’autres peuvent participer, c’est pourquoi je préfère le dialogue avec extraits du message auquel on répond, ce qui donne certes des messages plus longs mais aussi permet de clarifier les points discutés, du moins de les signaler.]

le système éditorial classique actuel offre PLUS à ceux qui arrivent à s’y insérer que leurs seuls droits d’auteur (dont vous nous expliquiez, dans une intention qui s’avère donc un peu fallacieuse, qu’on pouvait obtenir le même montant en vendant sur l’Internet avec plus de marge).

Que nenni ami, mon intention n’était point fallacieuse ! Nous étions dans un cadre hypothétique, où l’auteur considère qu’il peut lui être profitable à long terme (carrière) de minorer son bénéfice sur la vente du produit en fonction du "Plus" en question. Je ne dis donc pas : 1) que la vente en ligne est équivalente ou aussi performante que la distribution classique 2) que le "Plus" n’existe pas. Au contraire c’est bien ce "Plus" qui permet de comprendre pourquoi un calcul rationnel a, dans les conditions actuelles, pour résultat le choix de l’édition classique.

Cependant, ce "Plus" en question n’a pas grand chose à voir avec la littérature ; cela, chacun y donnera son assentiment. On ne peut donc pas affirmer que la nature du "Plus" (gains matériels) n’a pas d’importance dans l’économie même du choix éditorial, pour, dans le même temps, lui attribuer une nature symbolique déterminante (prestige) qui expliquerait la préférence.

Si la diffusion de l’écrit est le but principal, alors en effet les choses changent, et de ce point de vue, qu’un individu qui publie ne prenne pas au sérieux l’Internet éclaire sur ses motivations.

voilà.

C’est pourquoi j’ai écrit en mettant un terme à la Porte que « le web ne m’apparaît plus comme un lieu "possible" pour faire circuler la création littéraire, mais comme le nouveau lieu naturel et premier dans ce but. »

Pourrais-tu nous rédiger, quand tu auras le temps et l’envie, un article sur le sujet (expérience de la Porte, conclusions sur la nature de la diffusion, et lieu premier de réalisation) ? Imagine que je suis un éditeur qui passe commande ! :))

Vous dites que c’est « évidemment absurde » de penser qu’on a le talent de Céline si on est publié par Gallimard, mais que c’est « efficient socialement ». Ca n’est pas si « évidemment absurde », non : Gallimard a construit sur une longue durée une réputation importante ; c’est dans leur intérêt de la maintenir, et en publiant des merdes ils se sabordent. Donc il y a effectivement là une forme de garantie, sans doute la meilleure imaginable dans notre cadre social.

C’est absurde parce que :

-  (1) Ceux qui ont décidé de publier un auteur aujourd’hui reconnu ne sont peut-être plus de ce monde (dans l’hypothèse où la sélection est réelle évaluation d’une qualité existante qui est alors reconnue pour ce qu’elle est au moment où elle se manifeste).
-  (1.1) Les erreurs existent : daubes publiées, auteurs importants non reconnus.
-  (1.11) La probabilité de publier un bon auteur est variable, elle dépend également du nombre actuel de bons auteurs ; et il peut s’agir d’un coup de chance (i.e. on peut faire l’économie de la qualité de la sélection).
-  (1.111) Un auteur génial peut ne pas souffrir la moindre discussion, la reconnaissance de son talent est alors implicite, chez les professionnels, et ne leur demande donc pas d’effort ou de qualités particulières.
-  (1.2) Ce n’est pas parce que X décide de publier un bon auteur Y et Z, que Z est un bon auteur
-  (2) le catalogue comporte des auteurs rachetés à d’autres éditeurs (lorsque leur valeur est déterminée).
-  (2.1) les erreurs stratégiques ou les fautes sont alors dissimulées.
-  (3) les directeurs de collections sont souvent permutables, ils changent de maison.
-  (3.1) d’où difficulté à évaluer la construction de la réputation pour telle maison.
-  (3.11) c’est pourquoi il est plus pratique d’étudier l’édition comme un tout.

La constrution de la réputation s’accomode d’aléas et elle s’effectue dans le temps, chose comparable à la patine. Ou la légitimité qui vient, telle la poussière, recouvrir les vieilles institutions.

A titre personnel, je ne crois pas à la garantie de la réputation, qui me semble inférer de l’épreuve de la durée une valeur qui serait de la sorte démontrée. Il y a pour le public, le poids de l’habitude, et du côté de l’institution, son envers pratique : le pouvoir = capacité de nuisance (censure, vendetta), poids économique, relais d’opinion, etc. (exemple actuel bien connu de Debord chez Gallimard).

C’est pourquoi l’évidence de l’argument : "si trop de merdes publiées, alors fin de la réputation" est discutable, tout comme l’appel à l’intérêt. Elle tient à la forme circulaire de la justification d’un pouvoir quelconque (je suis légitime, et bon, parce que j’existe depuis longtemps, parce que je suis légitime et bon).

En changeant de domaine : cet homme politique n’est pas corrompu puisqu’il exerce ce metier depuis trente ans. C’est bien la preuve de sa valeur ! Enfin voyons, il n’aurait pas tenu ses promesses, et truqué des marchés publics, il ne pourrait se maintenir.

On voit la relativité de l’argument et son caractère réversible : c’est bien parce qu’il a su louvoyer et tirer parti de certaines opportunités qu’il a pu se maintenir (adaptation au biotope). La question est alors de déterminer dans quelle mesure l’espèce considérée modifie le biotope à son avantage, (bien que ce dernier subisse également des modifications autres), pour se maintenir.

Pour en revenir à l’édition, et la concurrence entre maisons, on constate que la réputation des vieilles institutions est régulièrement critiquée, de manière pratique, par de nouvelles qui apparaissent. (Là, il faudrait étudier l’histoire de l’édition, par exemple le rôle des Editions de Minuit). En tout cas, l’existence même de nouvelles maisons d’édition montre la relativité de la réputation (il faut bien qu’elle trouve des auteurs ou en débauche d’anciens).

Enfin, la réputation est modulable suivant la perspective de l’auteur, puisque ce dernier a plutôt tendance à considérer que la maison qui le publie a une bonne réputation...puisqu’elle le publie. (ou comment l’intérêt détermine les valeurs symboliques secondes).

Publier sur l’Internet (je ne parle pas de chroniques par lesquelles on se fait plaisir en essayant de se créer une réputation, je parle de textes qui ont le niveau d’ambition et d’exigence d’un livre, justement), ça n’est pas vraiment privilégier la diffusion, mais la mise à disposition commode pour le petit nombre que ça intéresse vraiment et qui savent trouver.

C’est un argument gratuit ! Je ne parle pas de l’allusion à la démarche intéressée des chroniqueurs ;), mais de la restriction imposée ici à la publication sur Internet.

On est bien d’accord, ce n’est pas en publiant 500.000 exemplaires de tel poète inconnu que d’un coup le public va se précipiter sur l’ouvrage. Les tirages dans l’édition ne sont pas irrationnels : la prévision de vente n’est pas totalement arbitraire, elle tient compte du succès possible relativement au genre, au public visé, etc.

On peut alors interpréter la publication d’un livre en ligne comme étant uniquement un moyen commode, qui ne change pas fondamentalement les intérêts du public. D’où les limites des politiques culturelles qui visent pas une démarche volontaire portant sur la diffusion à modifier la réception. Ainsi du type de public qui fréquente les bibliothèques.

C’est sans doute vrai, mais pas le plus important, car, et on a là un aspect déterminant pour l’auteur, le livre en ligne est publié, c’est-à-dire en développent la définition, il est disponible, rendu public. Il y a bien un changement d’état entre ceci et le manuscrit sous forme de fichier sur le disque dur.

Sinon, on retombe dans le vieux débat sur l’inutilité du web. C’est un fait, et non une idéologie, un écrit en ligne peut connaître de la fréquentation et parfois plus qu’un imprimé (pour les petits tirages, 200 exemplaires, c’est flagrant).

Donner des nombres de pages web lues et les comparer à des tirages de roman est vraiment simpliste, et vous le savez bien. Si tel livre a été vendu à 1000 exemplaires, mais pris en main (et reposé) 10 000 fois en librairie, alors 11000 est déjà un chiffre plus juste à comparer avec le nombre de pages vues.

C’est un mode de présentation simplifiée afin de donner un exemple et de montrer que la fréquentation existe (le document est consulté). Bien entendu, notre article n’établit pas une stricte équivalence entre le nombre de hits d’une page et le nombre de vente d’un roman imprimé. On écrit :

« Si l’on compare ces chiffres aux fréquentations des sites Web, on constate qu’il est nettement plus facile pour un auteur de « toucher son public » via le réseau qu’au travers d’un livre. »

La facilité en question ici signifie que la démarche est plus économique (pour tout le monde : auteur, lecteur). Cette affirmation vise également à contredire l’idée d’une supériorité intrinsèque du livre en terme de diffusion. Il y a là un obstacle qui tient surtout aux moeurs : beaucoup d’amateurs de livres considèrent encore que le lieu naturel du livre est (a) le produit vendu en librairie ou (b) l’exemplaire papier donc (a).

L’expression ambigüe entre guillemets (toucher son public) est sans doute la cause de cette lecture : dans un sens restrictif elle signifie que les individus uniquement intéressés par le contenu de l’écrit y accederont. Ce que tu évoques en parlant du « petit nombre intéressé » qui sait trouver. Elle implique également une plus grande ouverture, certes de droit et non de fait : des individus non visés initialement pourront y accéder.

PS

Sur kazaa en ce moment, 5 titres de Buxtehude ; mais l’heure n’est pas propice. D’autre part cela ne répond pas aux difficultés de l’évaluation ;).

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Le cas Raphaël Cohen, JDP, 11 octobre 2003

Sur kazaa en ce moment, 5 titres de Buxtehude

Pas mal...

Pourrais-tu nous rédiger, quand tu auras le temps et l’envie, un article sur le sujet (expérience de la Porte, conclusions sur la nature de la diffusion, et lieu premier de réalisation) ? Imagine que je suis un éditeur qui passe commande ! :))

Merci pour la proposition, mais je suis bien trop orgueilleux pour me laisser publier par qui que ce soit ;-)

Plus sérieusement, je me suis dit qu’il serait dommage dans ce contexte de ne pas évoquer rapidement un exemple particulièrement frappant où un auteur publie en accès libre sur le web, exemple à ma connaissance unique sur le web par son ampleur, celui de Raphaël Cohen.

Deux mots de contexte pour comprendre le sens du projet. Raphaël Cohen est né en 1938, il est d’origine juive égyptienne et vit à Paris. Il a étudié avec une succession de maîtres juifs de premier plan depuis l’enfance, et a lui-même accompli une vocation d’enseignement et de conseil au sein de la communauté juive française, tout en développant une oeuvre personnelle variée et abondante (il est aussi ingénieur diplômé de l’Ecole centrale de Lyon et a occupé divers postes à ce titre).

Il y a 10 ans il a rompu avec la communauté et ses rites (sans animosité, mais considérant que ça ne le concernait plus), et il est devenu, disons, un peu plus "écrivain" et un peu moins "maître juif", assumant pleinement son ouverture et sa liberté (qui sont exceptionnelles).

Il a publié une dizaine de livres (chez Buchet-Chastel, Bayard, etc.) ce qui représente une fortune éditoriale faible en regard de sa production, et a décidé il y a quelques années d’accepter un fonctionnement (que je lui ai proposé) de publication "en direct" sur un site web dédié. Le site comprend aujourd’hui plus de 7000 textes, et est mis à jour une fois par semaine.

Un aspect intéressant de cet exemple pour notre discussion, c’est que la circulation des textes y fonctionne réellement. L’auteur reçoit constamment des messages de lecteurs (plusieurs par jour), et apprécie ce contact. (Pour info, le site fait environ 70’000 pages vues par mois.)

Or ce qu’il écrit est éminemment difficile à "marketer" éditorialement, parce que c’est "trop libre" pour un public juif à cheval sur sa judaïté, et ça semble en général "trop juif" (références nombreuses à Tora, Talmud, Kabale et autres maîtres d’Israël) pour un public non-juif ou juif "assimilé" (plus farouchement laïque que tous les Gaulois).

C’est une bonne raison pour embrasser le web, une autre étant le rythme très soutenu de production (environ 50 textes / semaine), qui mettrait en défaut n’importe quel processus de publication papier, sauf à acheter une imprimerie dans ce seul but, et des hectares de forêt :-)

Raphaël Cohen n’est pas terriblement intéressé par les "débats", et n’utilise pas l’Internet dans ce sens. Mais il est, je crois (le mieux serait de lui demander), assez heureux de cette immédiateté, de cette simplicité, et de l’importance et de la constance des réactions. Mais je précise que ça demande, pour l’instant, une force exceptionnelle (qu’il a), une très grande confiance en soi (pas d’abri derrière l’éditeur, pas de reconnaissance classique, voire un certain mépris de la part d’esprits étroits), et du souffle !

Ainsi, le site, qui n’a pas de dimension économique (si ce n’est une revue mensuelle périphérique, plus spécialisée), peut être, je crois, d’ores et déjà considéré comme une réussite. Ca n’est pas un essai ou une spéculation : ça marche, ça publie beaucoup et sans arrêt depuis plusieurs années, ça engendre beaucoup de réaction, et ça satisfait, au moins en partie, un auteur de premier plan, qui l’a adopté aujourd’hui comme son lieu "naturel et premier" de publication.

 
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> Le cas EJ Epstein, Choizil, 3 novembre 2004
Dans la continuité de Raphaël Cohen, je voulais vous signaler un site sur lequel je suis tombé il y a quelques jours, et qui propose de vrais bouquins en ligne, ainsi que d’autres textes. C’est le site du journaliste d’investigation américain Edward Jay Epstein, qui a notamment enquêté sur l’assassinat de JFK, le monde des diamants et du pétrole. (en anglais, bien sûr)
 
en ligne :
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> Le Blues du businessman
7 octobre 2003, message de soufron
 

Ouais encore un super article sur Uzine :)

Mais c’est dommage que tu ne mentionnes pas certaines initiatives de livres électroniques comme la bibliothèque des sciences sociales qui ennuie sérieusement les éditeurs français qui essaient de vendre les livres de Gabriel Tarde à 50 euros le volume alors qu’ils sont disponibles gratuitement sur le net...

Et puis il y’a aussi de plus en plus d’auteurs auto-produits qui n’hésitent plus à vendre leurs ouvrages en ligne !

 
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> Le Blues du businessman
7 octobre 2003, message de Godfa69
 

En ce qui concerne mon message je ne m intéresserais qu’au CD car je ne connais que très peu le domaine de la littérature.

Mais est-il normal de devoir payer un CD dans les 15 à 20 Euros pour seulement quelques titres ? la réponse est bien entendu NON. Avant de crier au piratage, les maisons de disques devraient se pencher sur le produit qu’elles vendent. Et si ils ne vendaient que les titres ; il y aurait surement moins de piratage.

Prenons les jeux videos dont vous ne parlez pas dans cet article mais qui sont tout aussi piratés.

Le prix exorbitants de jeux moyens entrainent le piratage, pour preuve les bons jeux se vendent très bien. Mais il est franchement anormal de payer jusqu’à 70 Euros des jeux bien mais sans plus.

Avant de traiter les gens de voleurs ils feraient mieux d’essayer de moins nous arnaquer et alors la copie illégale diminuera.

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> Le Blues du businessman, vspaceg, 30 octobre 2003
Les maisons d’éditions de disques nous font payer trop cher les cds. Pour le même prix j’ai pu acheter des DVDs contenant la musique et l’image. Les maisons d’éditions nous font payer depuis plus de 15 ans le prix de la nouveauté des cd. Or le cd est maintenant un support banalisé. Les maisons d’éditions ont roulé sur l’or pendant des années, en nous vendant trop cher la musique : un cd revient moins cher qu’une cassette à fabriquer pourtant les casettes sont vendus 2 fois moins cher. Un cd n’a pas de partie mobiles, on n’a pas besoin de l’assembler, et il suffit d’une presse et de quelques centième de secondes pour "imprimer" le contenu. Une cassette, il faut toujours dérouler la bande pour l’enregistrer.
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> Le Blues du businessman
6 octobre 2003
 

Le plus surprenant de l’affaire est qu’aucun des multiples acteurs qui prétendent défendre les intérêts de la Création et autres Cultureries ne semble s’emparer de l’affaire.

à part peut-être http://www.cdbaby.com

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> Le Blues du businessman, 8 mai 2004
Absolument, et notamment ces différents chanteurs qui sont prêts à donner des leçons à tout le monde, en outre pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion . Mais vendre un cd 20 euros, ça ne les dérange visiblement pas, même si celà "exclut" la plupart des "démunis" de l’accès à la culture.
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> Le Blues du businessman, 9 mai 2004
Vendre un CD 20 euros exclut la plupart des pauvres de l’accès à la culture, au contraire d’Internet, qui ne coûte que le prix d’achat d’un ordinateur (1000 euros) + le prix de la connection (il faut avoir le haut débit pour télécharger sans que ce soit ruineux, disons 20 euros par mois) + le prix des CD à graver et le graveur si vous ne l’avez pas acheté avec. Il faut aussi du temps et un minimum d’expertise. Internet, c’est bien connu, tous les pauvres l’ont à portée de la main.
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> Le Blues du businessman, 13 août 2005

"Vous cherchez un vrai clampin qui joue le révolutionnaire qui crache sur l’Etat, les patrons, la République, la société, l’industrie, ... qui n’a que le mot révolution (la vraie) à la bouche ? http://indytoulouse.nokods.org/article.php3 ?id_article=2548

Mais c’est qui cette grande gueule radicale ?

Un gars qui est Architecte et Patron, modérateur khmer rouge d’Indymedia Toulouse et qui sur son site http://isotran.free.fr/ écrit :

"Nous recherchons des partenaires financiers et industriels. Nous recherchons également à concrétiser des partenariats avec des collectivités territoriales"

Oh ? un pas vers le réformisme révolutionnaire d’accompagnement de la société capitaliste-industrielle ?

On joue sur les deux tableaux : côté Indy c’est le dur le radical, côté professionnel le gestionnaire de cette belle société.

Lisons la suite :

"La philosophie du projet est en synergie aux plus avancées des méthodes contemporaines de création industrielle, mettant en jeu les apports du travail en réseau, des modèles de simulation, l’intérêt pour la relation allant de la précision et la performance des méthodes de conception à l’économie et à la valeur ajoutée de leurs résultats"

Hummm...quelle belle phrase "La philosophie du projet est en synergie aux plus avancées des méthodes contemporaines de création industrielle"

Ah j’adore ces révolutionnaires là !

Franchement Phil-Clampin, modé-sectaire d’Indy Toulouse fera toujours rire le milieu alternatif et radical !

En option : http://toulouse.indymedia.org/article.php3 ?id_article=2656

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> Le Blues du businessman, Paul Pote, 23 août 2005
Comme la délation est sympathique, quand elle est de gauche... Recherchons la pureté révolutionnaire, camarade ! Nous sommes tellement nombreux en France que l’on peut bien se permettre quelques purges, quelques outing et quelques anathèmes. Rendez-vous dans vingt ans quand la droite sera toujours au pouvoir et que tu continueras à cracher sur les gens qui sont différents de toi, alors que vous partagez les mêmes idées. Continue à courir, camarade ! Le vieux monde est devant toi...
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