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Internet et la fin de la création

Un peu de prospective à 2 balles.
par Lefayot
 
Imaginons un instant que la prophétie s’accomplisse et que demain le Web deviennent une sorte de gigantesque bibliothèque multimédia où seraient stockées toutes les données de l’humanité (livres scannés, musique et images digitalisées, films mp3isés). Imaginons aussi, pour faire bon poids, que les PC soient alors équipés d’interfaces conviviales pour traiter tout ça et qu’en particulier on puisse télécharger les textes dans des terminaux ad hoc qui autorisent une lecture aussi confortable qu’avec un vrai livre.

Laissons aussi de coté le problème de la gratuité ou non de l’accès à cette banque de données mondiale. Ca ne change pas grand chose à ma démonstration, mais imaginons - encore - que ce soit gratuit.

C’est bien que ce soit gratuit. C’est la tyrannie du libre, comme disent les chiens de garde. Evidemment, reste le problème du droit d’auteur, des copyrights, tout ça. Mais bon, c’est un sujet qui a été déjà de nombreuses fois débattu. Déjà, on peut se demander si, de ce fait, la Culture, la plus haute des activités humaines (dit-on), pourra résister à cette gratuité. Peut-on rester sur un piédestal quand quiconque peut grappiller comme un promeneur cueille des fleurs dans la campagne ? Ce qui est à tous peut-il intéresser ces fameux tous ? Si l’acquisition des items culturels est elle aussi conditionnée par la rivalité mimétique (et on ne voit pas bien pourquoi ce ne serait pas le cas), on peut se dire qu’une culture démonétisée (au sens strict) perdra beaucoup de sa valeur.

Comme chacun sait (ou devrait le savoir), le capitalisme, c’est l’invention ou plus exactement l’organisation de la rareté. Entre autre. Mais c’est une condition nécessaire. La valeur est corrélée à la rareté. Dans ces conditions, les items culturels ne bénéficient de la vénération des fidèles que du fait qu’ils sont à la fois uniques et difficiles d’accès. Ou s’ils ne sont pas difficiles d’accès, ils sont placés dans des endroits ad hoc, des cathédrales pour le nouveau dieu, les musées. [1]

Walter Benjamin s’était déjà affolé de la possibilité de reproduction infinie des items culturels que permettaient les temps modernes. Il s’ensuivait une perte d’aura de l’item, et l’ami Walter en tirait des conclusions plutôt sombres quant à l’avenir de la Civilisation (Kultur en allemand). En l’occurrence, il n’avait pas vraiment tort, les nazis étaient en train de prendre le pouvoir. Mais 70 ans ont passé et désormais on sort sa Kultur quand on entend le mot Revolver. Toutefois la prophétie demeure. Non seulement les items culturels sont susceptibles d’être reproduits à l’infini, mais en plus leur accès est lui aussi illimité, et de surcroît, c’est gratuit. L’aura de l’œuvre d’art tombe proche du zéro.

Peut-on avoir de l’admiration, ou un sentiment analogue, pour quelque chose qui est gratuit dans une société de plus en plus régie par les rapports marchands ? [2]

Premier moment.

Ensuite se poserait un autre problème, encore plus troublant.

A partir du moment où le monde est régi par le divertissement et le spectacle (au sens strict, pas dans le sens de Debord), on comprend mieux quelle est la fonction de la création. Fournir du divertissement. Soit du divertissement haut-de-gamme pour happy-views (la FIAC, par exemple), soit du bas de gamme pour les très mauvais (Les jeux télé). Avec toutes les nuances intermédiaires. Evidemment, je prends Culture au sens large, et je ne fais pas la distinction un peu scabreuse entre grande culture et culture populaire. Ca ne change rien sur le fond, en ce qui me concerne maintenant. A partir du moment où toutes les créations sont disponibles gratuitement et consultables sans efforts et dans des conditions de reproduction parfaite, le pékin moyen (moi, en l’occurrence) va se trouver à la tête d’une montagne d’infos et de divertissement.

Pour pouvoir venir à bout de cette masse, une vie entière n’y suffirait pas. Que ce soit l’intégralité de la musique ethnique de l’OCORA, la série complète des StarTrek (première version), ou les reproductions de tous les Jackson Pollock. Bref une caverne d’Ali-Baba, où l’internaute pourrait s’ébattre comme un gosse lors d’un quartier libre dans l’usine Haribo.

On peut imaginer que la demande pour le divertissement va décroître dans ces conditions. Si la demande diminue, l’offre va finir par se tarir (même si l’offre précède toujours la demande). Et on pourrait en arriver à cette situation paradoxale : l’accès totalement libre à la culture pourrait empecher toute création. Un phénomène émergent comme la muséification de l’espace culturel que l’on peut constater de nos jours se trouverait dopé par le medium qu’est internet. La Grande Base de Données Mondiale comme musée ultime, comme linceul terminal.

Evidemment, je sais qu’on me rétorquera que le rapport au culturel, ce n’est pas du tout cela. C’est plus quelque chose, ou au-delà d’autre chose. Mais il me semble qu’on se leurre gravement, et qu’une petite approche, disons structurelle, ne nuit pas.

 

[1] Un bon exemple d’édifice du culte : Le musée du Louvre où je suis allé hier. Le monumental des endroits où sont exposées les œuvres écrase soigneusement le visiteur qui sent bien que le numen du dieu veille sur l’endroit et qu’il n’est accepté qu’en toute dernière extrémité par faveur spéciale. Ca rigole pas et tu es une merde. S’ajoute à cela la place sous la pyramide, le dernier endroit où l’on cause et où s’agglutinent les rombières de tous âges.

[2] Tout cela ne veut pas dire que tous les gens sont régis par les rapports marchands et que tout le monde aura un rapport dévalué par rapport à la Culture. Je décris là une tendance générale.

 
 
Lefayot
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> Internet et la fin de la création
27 juillet 2002, message de Fitro
 
NON, certe non ! Par exemple, moi je suis peintre graveur. Pour ces derniers, il n’existe plus d’éditeurs à Paris. Les ateliers d’imprimerie en taille-douce ont fermé leurs portes. Mais heureusement, l’ordinateur m’a permis de laisser tomber mes pinceaux et maintenant je crée en numérique. L’odeur de la peinture... j’en avais marre. Quand je lis le mot FIAC, j’ai envie de vomir. Et les droits d’auteur, je n’en ai jamais touché ; C’est bon pour le disque vendu en supermarché pour casser les oreilles des jeunes flippés qui s’emmerdent. Même dans ce cas la, seules les nouvelles créations réveillent les neurones et font vendre les anciennes. Pas de nouveautés et c’est l’oubli. Nous sommes condamnés à produire et se recroqueviller sur ses droits, jouer les nationalistes... Fitro
 
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Rareté ou nouveauté de la création ?
5 février 2002, message de Jean-francois Doucet
 
Mon attention a été attiré par votre réflexion puisque je pense au processus créatif depuis 1979, ai constitué un banque de citations sur le sujet sur logiciel CDS/ISIS/UNESCO et anime un cours-test sur le sujet à l’ Université Virtuelle. La caractéristique d’ une création n’ est pas tellement sa rareté mais sa nouveauté en un lieu donné à une époque donnée. Le vrai danger d’ Internet, à mon avis, est de répandre la culture de masse et de faire croire aux utilisateurs qu’ils n’ ont qu’à copier-coller, comme tout le monde peut le faire, et que le tour est joué. En fait, une nouvelle facon d’écrire, la fameuse écriture réticulaire est née par l’ Internet. D’une certaine manière, Internet a donné à chacun une partition d’une symphonie. Ceci ne veut pas dire que toutes les partitions soient les mêmes et que certains, fatigués de jouer une mélodie déjà écrite ne se mettent pas en retrait pour composer eux-mêmes des petits morceaux de musique. Peut-être est-ce là le meilleur moyen d’éprouver sa rareté et d’être unique comme tout le monde. Qui sait ?
 
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> Internet et la fin de la création
11 mars 2001, message de E411
 

N’etant pas un lecteur assidu de U-zine et encore moins un disserteur sur ses Forum, je me permet quand meme une oud eux informations. Par un curieux hazard, je susi en train de lire un roman de fiction intitulé "l’origine du monde" de Rezvani, publié chez Acte Sud.

Je pense que sa lecture (en fiat l ’histoire d’un nain qui a décidé de sauver l’art, au debut du XXI eme siecle) apporte pas mal de questions aux questions : L’art et les nouveaux médias.Sensiblement tordu mais qui apporte plus qu’uen discussion de comptoir.

Et puis d’un autre coté, chercher ses informations ou sa "culture", seulemement a travers le net demontre l’abscence de curiosité, l’abscence de jugement critique et une paresse flagrante.

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> Internet et la fin de la création
9 mars 2001, message de Canan Henri
 

D’abord, l’accès à la culture par le net ne remplacera jamais le spectacle vivant. L’audition, avec milles autres individus, d’une symphonie de Chostakovitch interprétée par cent musiciens, d’un groupe dans une cave enfumée ou de Patriiick B. dans un Zenith couinant (y en a t’il pour tout le monde ?), n’a rien à voir avec le décryptage sous casque d’un MP3. Les sensations physiques et les sentiments irrationnels que cela procure sont uniques et nécessaires. Parce que vous n’êtes pas (plus) seul et que s’instaurent, à ces moments des « communions » avec vos voisins inconnus que le net n’offrira jamais.

Ensuite, l’invention de l’impression et la « démocratisation » du papier ont fait craindre une diminution de la valeur de l’écrit. Depuis cinq siècles, le livre a t’il disparu ?

Face à un art par trop conceptuel qui trouve son expression absolue sur le net, il restera une création charnelle qui ne peut exister que dans le monde réel.

Il y aura donc toujours des auteurs, interprètes et plasticiens pour égayer nos rues et nous aider à nous sentir moins seuls.

 
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> Internet et la fin de la création, lefayot, 9 mars 2001

Ensuite, l’invention de l’impression et la « démocratisation » du papier ont fait craindre une diminution de la valeur de l’écrit. Depuis cinq siècles, le livre a t’il disparu ?

Quel rapport ? Je parlais de la valeur des choses. Pas du fait qu’elles existent ou non. Au contraire dans la GBN, elles existeront encore plus. Ce que je dis c’est : A partir du moment où il y a de quoi se sustenter intellectuellement toute une vie avec ce qui existe, à quoi bon faire des choses en plus ?. En plus l’exmple est mal choisi. Ce que Gutemberg faisait craindre, c’etait la disparition des manuscrits. Ce qui est fait, non ? Par contre depuis l’avenement des medias de masses visuels (la télé), le livre est en perte de vitesse. Ce qui est certes un autre probleme que celui de la GBN.

Face à un art par trop conceptuel qui trouve son expression absolue sur le net, il restera une création charnelle qui ne peut exister que dans le monde réel.

Idem ? Quel rapport ? Je ne parle pas d’art conceptuel. Une reproduction parfaite d’un Goya n’est pas de l’art conceptuel. Et c’est pourtant une application de la GBN.

De surcroit, je me mefie comme de la peste de cet espèce de sublime qu’on trouverait dans l’original. C’est un cliché recurrent, non explicité, comme cette notion d’art charnel. C’est quoi ? Precisemment ? Quelque chose que l’on ressent et qu’on ne peut expliciter ? Un peu facile. Et c’est aussi une des definitions de la foi. Et puis le charnel et sa valorisation, c’est du social-historique (comme dirait Castoriadis), et ça n’a pu apparaitre que du fait de circonstances historiques plutot contingentes, à savoir l’emergeance du romantisme au 19eme.

Il y aura donc toujours des auteurs, interprètes et plasticiens pour égayer nos rues et nous aider à nous sentir moins seuls.

C’est tres fin de millenaire, ça ... L’art/creation comme thérapie. C’est tres nouveau. Je doute que les gens de Lascaux, Van gogh, Pollock, Bach aient fait des tableaux pour que le sgens se sentent moins seuls. ET que les dits gens - à l’epoque - se soient sentis effectivement moins seuls en les approchant. C’est pas très heureux cette therapisation de tout et n’importe quoi, à mon avis. Sans compter, que pour ce resultat, un bon prozac est plus efficace.

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> Internet et la fin de la création, Max Pétrois, 9 mars 2001

APPEL DES ARTISTES pour la transparence et la démocratisation du milieu de l’art

Nous, artistes, n’acceptons plus la loi du silence du milieu de l’art : nous refusons de cautionner par notre silence ou notre passivité les fonctionnements opaques et autocrates des circuits artistiques. Les discours officiels ne cessent d’affirmer une volonté politique de "démocratisation culturelle", mais les rouages et les fonctionnements du milieu de l’art lui-même ne sont jamais questionnés.

Aujourd’hui, les artistes sont exclus de la quasi-totalité des instances décisionnaires de l’art contemporain. Ceux qui s’occupent de l’art ont éclipsé ceux qui le font. Au sein de ce système d’infantilisation des artistes, que nous soyons sages ou rebelles, inclus ou exclus, jeunes ou vieux, branchés ou ringards, n’a que peu d’importance, le paternalisme demeure. L’ambiance dominante du cénacle de l’art contemporain est celle du despotisme éclairé, on ne peut donc s’étonner que la transparence brille par son absence : les " experts " ne sont pas tenus de produire leur CV, les délibérations institutionnelles ne donnent pas lieu à l’établissement de procès-verbaux consultables, les procédures et les prix d’acquisition des oeuvres (ou de commandes publiques) restent inaccessibles au public, etc.

En contrepoint, ces dernières années les initiatives d’artistes se sont multipliées ; un peu partout en France des collectifs et des associations d’artistes s’auto-organisent, montent des expositions, créent des structuresÖ L’art, c’est ce que nous faisons ! Que sont les intermédiaires de l’art sans nous ?

Nous ne voulons pas croire que la collégialité et la responsabilité partagée soient insolubles dans le milieu de l’art. C’est pourquoi, nous, artistes, décidons d’entreprendre une réflexion et des actions visant à démocratiser les fonctionnements des circuits artistiques, à imposer la transparence et à réhabiliter notre responsabilité et notre fonction sociale.

Il est urgent de se rencontrer et d’ouvrir le débat. Dans un souci d’efficacité pour la réception des appels signés, nous vous proposons :

Par courrier : Jeune Création - Appel des Artistes 77, rue du Château des Rentiers 75013 Paris

par fax : 01 34 48 06 89 ; 01 47 31 66 37

signer en ligne sur le site : http://www.lapetition.com

Veuillez quand vous signez l’appel sur le site lapetition.com, indiquez votre profession, car l’appel sera constitué de trois listes :
-  les associations et collectifs (être membre d’une association signataire ne vous empêche pas de signer à titre personnel)
-  les artistes
-  la liste de soutien à l’appel (les proches et non-plasticiens qui souhaitent soutenir cette action)

Cet appel a été lancé à l’initiative du : CAAP - tél. : 01 48 78 32 52 ; fax : 01 42 81 14 29 ; mail : caap@caap.asso.fr Jeune Création - tél./fax : 01 45 83 47 32 ; mail : jeune.creation@free.fr Le GIGA - tél : 01 45 83 00 09 ; mail : forest@unice.fr

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Je ne savais pas où caser cette pétition dans uZine. Il m’a semblé qu’elle pouvait avoir sa place par rapport à ton article.

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> Internet et la fin de la création, lefayot, 9 mars 2001

Je ne pense pas qu’elle y ait sa place, mais je vais pas déclencher une guerre de religion pour ça.

Ce qui est sur c’est que cette petition me fait penser à un manifeste corporatiste (nous les artistes indispensables contre les mechants parasites). LS a déjà tordu le cou à cette representation petite-bourgeoise (et koulak-reactionnaire) de l’art et des nartistes. D’ailleurs qui sont les plus indispensables ; les artistes ou les marchands ? Qu’on y reflechisse 2 minutes avant de nous ressortir les clichés de fond de tiroir.

Pour les amateurs de faux problemes, comme d’hab.

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> Internet et la fin de la création
9 mars 2001, message de CUP
 

Imaginons un instant que la prophétie s’accomplisse et que demain le Web deviennent une sorte de gigantesque bibliothèque multimédia où seraient stockées toutes les données de l’humanité

-  Mais c’est incontournable !

C’est bien que ce soit gratuit.

-  Gratuit ? Vous avez une boule de cristal ? Jusqu’à maintenant, si vous avez accès à de la gratuité, s’est que quelque part ça s’est payé ! Croyez-vous un instant que les transcontinentales n’arriveront pas à apposer leurs sceaux sur chaques produits qui en passant sont déjà sous le sceau CUP/UPC. Dense en lignes titre le Protégez-Vous (Québec) du mois de janvier 2000 à la page 40 de sa revue. Pierre Frisko l’auteur du texte écrit : On en a collé sur le bec de Pingouins ou le derrière d’abeilles pour suivre leur évolution. Même les puces — d’ordinateur — en sont envahies. Décidément, les codes à barres sont partout.

C’est la tyrannie du libre, comme disent les chiens de garde.

-  À mon avis c’est plutôt l’appât du libre afin de créer de nouveaux besoins. Sauf que jamais vous n’aurez accès à un authentique Van Gogh par exemple parce qu’il n’y a que quelques puissants sur la planète qui arrivent à se le permettre. En ce qui vous concernes vous n’aurez toujours accès qu’à des copies (y compris les futur copies plus réalistes que les originaux qui seront peinte par des robots)

Évidemment, reste le problème du droit d’auteur, des copyrights, tout ça.

-  Il n’y en n’a pas de problème ! En fait le problème s’est de les faire respecter, et ce n’est pas donné à des gens comme nous, mais aux puissants.

Déjà, on peut se demander si, de ce fait, la Culture, la plus haute des activités humaines (dit-on), pourra résister à cette gratuité.

-  Évidemment ! N’importe quel grand peintre contemporain par exemple, n’a aucune difficulté avec ça.

Peut-on rester sur un piédestal quand quiconque peut grappiller comme un promeneur cueille des fleurs dans la campagne ?

-  Bien certain ! En quoi la vie de Picasso aurait été dérangé parce que la population se fait des copies de ses oeuvres ? Qui peut prétendre avoir un vrai Picasso chez lui ? Voilà la vraie question.

Ce qui est à tous peut-il intéresser ces fameux tous ?

-  Oui ! C’est comme ça ! Les fleurs sont à tous, mais il n’y a que ceux et celles qui les mettent en gerbe qui en tire profit. À l’inverse le tous peut pisser dans le fleuve parce que le cours d’eau ne lui appartient pas en propre, et ça va prendre un futé qui dépollue pour lui revendre une eau qui au départ pouvait être buvable.

Comme chacun sait (ou devrait le savoir), le capitalisme, c’est l’invention ou plus exactement l’organisation de la rareté.

-  Désolé, mais le capitalisme s’est la centralisation des biens par une poignée de semblable ( les plus fort) qui doivent s’organiser pour que ce qu’ils vendent soit accessible sinon ils s’étranglent eux même.

La valeur est corrélée à la rareté.

-  Faux ! La valeur est celle que l’on achète psychologiquement.

Dans ces conditions, les items culturels ne bénéficient de la vénération des fidèles que du fait qu’ils sont à la fois uniques et difficiles d’accès.

-  La définition la plus stupides que je n’ai jamais lu !

Ou s’ils ne sont pas difficiles d’accès, ils sont placés dans des endroits ad hoc, des cathédrales pour le nouveau dieu, les musées. [1]

-  Un musé n’est pas une référence.

Walter Benjamin s’était déjà affolé de la possibilité de reproduction infinie des items culturels que permettaient les temps modernes.

-  Pourquoi ? Parce qu’il ne pouvait plus prétendre à être l’unique possesseur.

Il s’ensuivait une perte d’aura de l’item !

-  La Porshe est une voiture qui perd son aura vous dites ?

Inutile d’aller plus loin, votre opinion ne peut conduire qu’à une poubelle.

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> Internet et la fin de la création, hcow, 9 mars 2001

Damnation ... Quelle puissance analytique ... Je n’ai pas grand chose à répondre à une telle hégémonie intellectuelle (sauf peut-être à lui conseiller de (re)lire Marx, et pas dans la version les rapetous convoitent le coffre de l’oncle Picsou).

Il n’y en n’a pas de problème ! En fait le problème s’est de les faire respecter, et ce n’est pas donné à des gens comme nous, mais aux puissants.

On peut aussi envisager qu’il n’y ait plus du tout de copyright. Que les choses soient gratuites. Ou accessibles sous certaines conditions. Dans un domaine différent, les logiciels dits libres, sont plus ou moins gratuits, ou plus exactement sous soumis à certaines règles d’utilisation, mais on n’est plus dans le domaine classique du vente/achat. Difficile de mettre un copyright sur Linux. De surcroit existe la notion de "domaine public" qui fait que en théorie, certaines oeuvres, passées un delai, appartiennent à tous (à l’humanité).

Bien certain ! En quoi la vie de Picasso aurait été dérangé parce que la population se fait des copies de ses oeuvres ? Qui peut prétendre avoir un vrai Picasso chez lui ? Voilà la vraie question

Le probleme est justement là. Il est difficile de savoir si Picasso aurait été dérangé puisque le probleme ne se posait pas. Il est important de savoir en quoi c’est important d’avoir un original chez soi. Personnellement, avoir une bonne reproduction de Van Gogh chez moi est amplement suffisant. Dans ces conditions, si la copie acquière une valeur en soi (puisque je l’estime suffisante), on peut se demander pourquoi l’original garderait une valeur supérieure. Picasso (ou n’importe qui) pouvait vendre ses tableaux cher, parce que c’était des pièces uniques. Pour le moment, on accorde encore de la valeur à l’original. Mais pour combien de temps ? C’est une des préocupations de Benjamin. Et puis reste le fond du probleme : pourquoi l’original a plus de valeur ? Pourquoi le fait que ce soit l’original est une valeur en soi ? C’est une donnée sociale, et comme toutes les données sociales, elle est peut-etre appellée à disparaitre.

Désolé, mais le capitalisme s’est la centralisation des biens par une poignée de semblable ( les plus fort) qui doivent s’organiser pour que ce qu’ils vendent soit accessible sinon ils s’étranglent eux même.

Pour que les biens aient un prix, et un prix élevé (l’important c’est le profit, le benefice, ne l’oublions pas), ou tout du moins ne soit pas disponibles gratuitement, il faut les raréfier. Le mieux étant evidemment de créer de nouveaux objets, avec les besoins qui vont avec, en les raréfiants suffisamment pour que le prix se maintienne à un certain niveau (pendant un certain temps). Qui fixe le prix d’un objet ? Le prix auquel on est prêt à l’acheter ? Ca ne sert à rien de concentrer les biens si les gens ne sont pas prets à les acheter. La valeur, en définitive, c’est le prix auquel les gens sont prets à acheter. On n’en est plus à l’époque heroique où l’on n’achetait que des produits de première necessité. Et d’ailleurs qu’est-ce que la première necessité ? La nourriture ? Toutes les nourritures ou seulement le pain ? Le pain ou seulement le blé ? etc ...

La définition la plus stupides que je n’ai jamais lu !

Faut developper un peu, camarade !

La Porshe est une voiture qui perd son aura vous dites ?

En général, une Porsche n’est pas considérée comme un item culturel. Mais vous faites ce que vous voulez.

Bon, ceci étant, c’est bien beau de troller comme un fou, mais faut un peu argumenter ...

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> Internet et la fin de la création, CUP, 13 mars 2001

Marx ???

Qui s’est celui là ???

La dernière fois que j’ai vu un bouquin le concernant, il était dans la boîte de récupération prêt à se faire "malaxer" afin d’être transformer en quelque chose d’utile, "du papier cul" !

Juste retour des choses finalement pour cet iconoclaste qui se croyait au point de raser des millénaires d’histoires.

Faite quelque chose d’utile, et expliquer moi le fonctionnement interne du code à barre.

CUP

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> Internet et la fin de la création
8 mars 2001, message de patator
 

le web est déjà une mine inépuisable de ressources. des derniers courts métrages (http://www.atomfilms.com) aux tableaux de maîtres (http://www.artchive.com) en passant par des transcriptions des pièces de shakespeare (http://web.uvic.ca/shakespeare/Annex/DraftTxt/H5/H5_F/H5_F.html) et les nanas qui n’ont rien à dire (http://www.stileproject.com/1/), plusieurs vies ne suffisent déjà pas à parcourir ce qu’un tout petit bout de l’humanité à mis sur le web.

de là à dire que ça va tuer la création, je ne pense pas : la vie de l’humain de base tourne uniquement autour de son ego. internet lui donne le moyen de faire une page à la con ou il peut raconter tout et n’importe quoi, même poster des images à la con, du cul, et être érigé au rang de "dieu d’internet" (cf stile) sous prétexte qu’il "gueule" contre la société d’aujourd’hui. ça créé des microcosmes qui causent sur les forums de leurs sites favoris, un peu comme on regarderait la télé et on discuterait de la dernière émission qu’on a vu.

à côté de ça, il y a toujours un bout de la populace qui préfère ne pas être uniquement spectatrice et "créer", par ex sous photoshop ou les logiciels 3d, et mettre ses créations sur son site. certaines sont nulles, certaines sont géniales. c’est un autre type de microcosme créatif, qui s’entraide, à coups de tutorials gratuits et de logiciels piratés. tant mieux !

en résumé, je pense plutôt qu’internet va changer (améliorer) les moyens de création et même augmenter le nombre de créateurs.

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> Internet et la fin de la création, lefayot, 9 mars 2001

en résumé, je pense plutôt qu’internet va changer (améliorer) les moyens de création et même augmenter le nombre de créateurs.

C’est pas faux. L’ennui, c’est quelle est la valeur de la creation à partir du moment où tout le monde est createur ? Et toujours le même probleme : quelle est la valeur de quelque chose qui est créé ?

Ceci étant, rien ne prouve que tout doive aller de pire en pire. Mais à priori, dans un systeme marchand basé sur la rareté, on voit mal comment quelque chose qui est multiplié et gratuit peut en avoir. Evidemment, on peut imaginer d’autres systèmes socio-économiques ou ça ne serait pas le cas, et où la notion de valeur n’aurait justement pas de valeur.

Il faut bien être clair : jusqu’à preuve du contraire et jusqu’à maintenant, les oeuvres considérées comme telles le sont parce qu’elles sont uniques. Un tableau de Van Gogh est unique. Lascaux est unique. Evidemment, on peut dire que l’admiration qu’on porte à ces oeuvres est indépendante de leur unicité et du prix/rareté qui leur a été conféré. Il y aurait une sorte de sublime associé intrinsequement à l’oeuvre. Mais d’où vient-il ce sublime ? De Dieu ? D’un ailleurs hypothétique ? Peut-être. Je demande à voir. D’ailleurs les sentiments qu’on peut eprouver face à une oeuvre ne sont pas à nous, contrairement à ce qu’on peut croire (c’est reconfortant ce genre de pensée, mais c’est faux). Ils appartiennent à la société. C’est elle, en général, qui a dit que tel truc etait une oeuvre ou pas. Et avant que nous naissions souvent. Sinon, pourquoi aller dans les musées, qui sont des mises en scène du patrimoine culturel d’un société ou plutot de ce que la dite société se s’imagine être son patrimoine.

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> Internet et la fin de la création, patator, 9 mars 2001

dis moi, tu as l’art d’ouvrir les pistes dans une discussion !

pour clarifier ce que je disais, je ne pense pas que tout le monde sera créateur. certains préfèreront restés scotché devant la nouvelle télé tridimensionnelle après le boulot, ou n’auront tout simplement pas le temps (les riches hommes d’affaires qui achètent les tableaux, justement :))

comment assigne-t-on une valeur à un tableau ? oui, par la rareté. par le plaisir de posséder l’objet convoité par tant de monde, peut être le plaisir de pouvoir frimer devant ses ’amis’... à une échelle bien plus modeste, je suis tombé chez mes parents sur les livres d’histoire de ma grand mère, qui datent de 1850. je les ai embarqués illico, j’étais fasciné. caresser et sentir des pages de 1850 est un sentiment tout nouveau, une admiration teintée de nostalgie. j’imagine les élèves de l’époque lisant ces livres, je me revois en cours d’histoire lisant d’autres livres avec des pages d’histoire en plus. mes livres de lycéen, je m’en fous, mais nul doute que dans cent ans, certains les découvriront avec plaisir : cette génération n’aura peut être connu que des cours sur écran venant d’un prof virtuel.

as tu vu ’le violon rouge’ ? réalisé par un gars qui a fait pas mal de courts métrages avant de faire ce film, l’histoire raconte les centaines d’années entre la fabrication d’un violon et sa vente aux enchères à coups de millions de dollars. on voit ainsi les époques se succéder, les histoires qui animent les personnages qui à chaque fois héritent du violon...

je pense que c’est la même chose avec un tableau de van gogh : c’est l’original, peint à une certaine époque, dans un certain contexte historique, qui a connu diverses histoires et propriétaires. on achète l’oeuvre, une partie de nostalgie peut être ? un sentiment plus profond d’être humain, d’avoir un témoignage du passé, qui te survivra, et qui est aujourd’hui accroché au mur. acheter une copie reviendrait à acheter un produit créé pour répondre à une demande. tu veux une copie ? pas de problème, c’est xxxx francs. pas de lutte pour l’obtenir, aucune histoire derrière, tout le monde peut se l’offrir. on peut le tâcher, le déchirer, le remplacer illico. l’interêt restant n’étant que la frime... donc nul.

tu m’excuseras si je dis n’importe quoi ou si je redécouvre la roue.

les "oeuvres d’internet" ? ne mélangeons donc pas les vrais objets de la vraie vie avec les oeuvres numériques (ou numérisables : musique, films) réalisées par tout un chacun qui peut le mettre à disposition sur le net. comment fixer leur valeur ? nous ne sommes pas les seuls à se poser la question, et certains essayent d’apporter des réponses, cf le ’street performer protocol’ (http://www.counterpane.com/street_performer.html). les réactions ont été plutôt chaudes (flames) lorsque j’ai essayé d’en parler, mais personne n’a proposé mieux. en résumé l’auteur se fait ’prépayer’ pour l’oeuvre qu’il va créer. n’importe qui donne autant qu’il veut. une fois la somme requise réunie, l’auteur met sa création dans le domaine public. dès lors tout le monde a le droit d’en jouir et de la reproduire (un peu comme avait fait stephen king). bien sûr, ça ne marchera certainenment pas pour des blockbusters hollywoodiens ni pour des artistes méconnus. mais c’est un moyen qui me plaît. la valeur de l’oeuvre serait alors fonction de notre appréciation du travail de l’artiste, qui serait en droit de demander autant d’argent qu’il le souhaite avant de sortir sa création. par contre une fois cette oeuvre disponible pour tous, l’auteur n’a plus aucun droit sur elle. donc pas de flambée des prix comme un tableau.

pour ce qui est de la valeur d’une musique, mp3.com rétribue ses musiciens en fonction du nombre d’écoutes de leurs morceaux. là c’est la loi du plus fort : ceux qui sont en haut du podium ont qq (parfois beaucoup) thunes, les autres se partagent les miettes.

et si van gogh revenait aujourd’hui et créait sous photoshop, il passerait peut être inaperçu au milieu de tous les autres bidouilleurs. pourrait il vendre des impressions de ses ’tableaux numériques’ ? en grande quantité sûrement... mais ceux ci n’auraient alors que peu de valeur. par contre, la machine sur laquelle il a créé vaudrait peut être son pesant d’or (cf je sais plus qui qui rachetait le piano de lennon).

bon c’est un peu le bordel ma réponse, désolé.

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> Internet et la fin de la création
8 mars 2001
 

Le fat yo,

Comme chacun sait (ou devrait le savoir), le capitalisme, c’est l’invention ou plus exactement l’organisation de la rareté. Entre autre. Mais c’est une condition nécessaire. La valeur est corrélée à la rareté. Dans ces conditions, les items culturels ne bénéficient de la vénération des fidèles que du fait qu’ils sont à la fois uniques et difficiles d’accès.

Ouhlà mais non. Enfin pas seulement. Tu parles de valeur financière et tu glisses sur la valeur personnelle que chacun donne aux objets culturels. L’une n’est pas équivalente à l’autre. La difficulté d’accès n’est certainement pas non plus un critère déterminant. Je crois qu’il serait plus juste de parler de mise en scène, dans le cas des musées.

Ceci dit, si je vais dans une bibliothèque :

-  tout est gratuit
-  il y a beaucoup plus que je ne saurais (ou voudrais !) lire
-  il n’y a aucune mise en scène, ou très peu

Pourtant la fin de la culture que tu annonces ne semble pas se produire ? Je n’ai jamais vu personne s’étaler dans les rayonnages de la bibliothèque (ou de la médiathèque, etc) comme un gosse lors d’un quartier libre dans l’usine Haribo (jolie expression, soit dit en passant) ?

Alors quoi ? Plusieurs choses :

1. Tout le monde ne va pas à la bibliothèque, même si c’est gratuit etc etc. Pourquoi ? Précisément parce que beaucoup de gens se fient à la mise en scène (au sens large : médiatisation...) pour savoir quoi choisir. Donc, ne nous réjouissons/affolons pas, le marchand a de beaux jours devant lui.

2. L’étourdissement produit par la diversité n’est pas une barrière, c’est juste une phase au cours du processus de découverte culturelle propre à chacun. Il peut n’être que passager, et n’empêche pas non plus de continuer à découvrir (au contraire).

3. "L’aura de l’œuvre d’art tombe proche du zéro." Quelle aura ? Celle qui est due à la mise en scène (le piédestal dont tu parles, celui qui met en valeur la rareté ?), ou celle qui est due à l’admiration qu’on éprouve pour l’objet culturel lui-même ? Dans le premier cas, se réjouir de la disparition de cette aura me semble l’attitude la plus appropriée... Dans le second cas, cela voudra alors dire que les oeuvres déconsidérées (alors même qu’avant elles étaient admirées de la majorité ou tout du moins de la majorité de l’élite) ne sont plus assez abouties pour les exigences des gens. Ce qui, du point de vue du développement humain, est un bon signe. (un point de vue finalement assez concordant est exprimé ici par un esprit qui, quoique quelque peu ronchon, a plutôt bon fond)

4. "Evidemment, je sais qu’on me rétorquera que le rapport au culturel, ce n’est pas du tout cela. C’est plus quelque chose, ou au-delà d’autre chose" Je crois plus exactement que ce que tu présentes comme un danger peut précisément contribuer à ce que le rapport à la culture devienne cet "autre chose", une fois le divertissement démystifié et annihilé (ce qui, par ailleurs, reste hélas à prouver ou à vérifier ;-)).

5. La culture qui se fait muséifier n’est peut-être, finalement, digne que de cela ? Et les oeuvres qui restent vivantes, ne le restent-elles pas simplement parce que par leurs qualités, elles ont réussi à vaincre l’affront du temps, du vieillissement, du surannement ?

Avec simplement 40 balles (soit presque gratuitement), je peux acheter Du côté de chez Swann... Et je n’ai pas l’impression de prendre une place au musée, mais bien de me baigner d’une oeuvre magnifique, alliance rare de beauté et d’intelligence. Pourtant, à côté, les étals croulent de Houellebecq, Camille Laurens, et autres nullités ressemblantes, pour à peine plus cher, et beaucoup trop nombreuses pour ce que je puis lire...

Amicalement.

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> Internet et la fin de la création, lefayot, 8 mars 2001

Cher you.

D’abord un truc :

Tout ce machin est écrit au conditionnel et est sous-titré De la prospective à deux balles. Tout un programme. J’ai développé une hypothèse de travail, si on veut, et si quelque chose, meme de très marginal, pouvait advenir de ce que j’ai écrit, j’en serais le premier surpris.

Tu parles de valeur financière et tu glisses sur la valeur personnelle que chacun donne aux objets culturels.

D’abord, on ne donne pas une valeur personnelle à un item culturel, enfin pas majoritairement. C’est la culture dans laquelle on est immergée qui lui en donne un. Presque par définition. La culture, elle-même, n’a de valeur que pour autant que notre société lui en accorde une. Un Eskimo débarquant de sa banquise natale n’en à rien cirer de la Venus de Milo. Ca parait être un point de détail, ce que je viens de dire là, mais c’est justement fondamental dans ce que j’essaie d’exprimer : c’est la société qui donne aux gens à penser que tel ou tel truc a de la valeur. On ne peut pas dire que je glisse de la valeur financière à la valeur personnelle et que je n’ai pas le droit de le faire. Je n’ai d’ailleurs jamais parlé de valeur financière. Mais de valeur
-  tout court - si tant est que ça existe ; la valeur que la société donne à tel ou tel item.

Ensuite effectivement la culture ne s’effondre pas du fait des biblis. Certes. Mais je parlais d’un futur plus ou moins proche. Où la bibli ne contiendra pas seulement des livres mais en fait, tous les items culturels que l’on peut désirer. Ca change la perspective, non ?

Je ne parle pas d’etourdissement du à la multitude. Je dis simplement que du fait qu’on n’a que 24 heures par jour et que ce temps peut être occupé dans la Grande Bibliotheque Numerique (GBN). Sans problème. Ou du moins, le temps non occupé à se livrer à des activités sociales.

Pour ce qui est de l’aura, je me reférais plutot à la conception de Benjamin, selon laquelle l’oeuvre d’art (la grande) possède une aura intrinsèque qui s’étiole dans la reproduction (je simplifie, là). Je prolonge le raisonnement et dis que si en plus de la reproduction , on a l’accès illimité, l’aura tombe à zero. Je dis pas que c’est bien ou mal, je prolonge Benjamin. C’est assez caractéristique d’une conception somme toute religieuse de la Kultur (plutot frequente de nos jours), qui exige un certain mystère (et des mystères). Et n’oublions pas que le dieu monothéiste est par definition unique (et donc non reproductible).

La culture muséifiée n’est pas de la mauvaise culture. C’est ça le drame. Les plus beaux tableaux du Greco ou de Goya sont dans des musées. Et de mon point de vue, ce sont des chef-d’oeuvres absolus. D’ailleurs, et pour en revenir à mon article, en ce qui me concerne, la GBN serait super, pour apprécier et re-apprécier ces tableaux. Et je n’aurais pas besoin d’aller voir dehors. C’est la satisfaction, et la bonne satisfaction qui tue(rait) la creation. Si le désir est tué par la quasi-realisation virtuelle de tous les désirs, où est le mal, sur le fond ? Oui, sans désir, pourquoi faire des choses ou allez voir eventuellement ce qu’on fait les comptemporains ?

Voila, voila ... Mais je me repète : c’est vraiment une pure prospective faite dans ma tête entre deux cafés ....

Cordialement

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