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Internet adulte ou internet domestiqué ?

Label, Charte et Netscoring

Réflexions issues de la pratique du net scoring dans le domaine de santé
par medito
 
Dans ma pratique du net médical, j’ai été confronté à plusieurs reprises à cette question de label, charte et netscoring. C’est un sujet récurrent sur mes 3 sites médico-culturels. La pression est forte dans nos instances, pour imposer ces grilles. Les réticences sont nombreuses mais la fascination reste forte. J’ai été amené à croiser le fer avec le président du conseil de l’ordre des médecins et d’autres interlocuteurs de premier plan. Les arguments des uns et des autres doivent être entendus.

Netscoring

Permettez-moi d’abord de citer l’ami Stefan Darmoni qui est une des personnes clefs du netscoring médical en France. Il nous dit ceci : « L’idée originelle du Netscoring était de fournir un ensemble le plus exhaustif possible de critères pour à la fois développer un site Web de qualité (pour les producteurs d’informations) et une grille de lecture pour les cyber-citoyens ».

Nous sommes donc bien dans le cadre des « bonnes intentions » Mais pourquoi donc la médecine est-elle si sensible à cette question de l’évaluation et du contrôle des sites ?

Sans doute d’abord, parce qu’il y a une attente relayée par les média en faveur d’une forte régulation du net médical.

Je vais être provocateur : le discours sur un net médical mal encadré et potentiellement dangereux est tout aussi simpliste mais porteur que celui, jadis, sur la net-pédophilie ou les sites néonazis.

L’on a effectivement retrouvé des néonazis et des pédophiles sur le net, et il n’a pas été besoin de se barder de labels, chartes, codes pour les combattre. Le problème est que l’on cherche encore les médecins net-délinquants et que, pourtant, il tombe du ciel des myriades de projets de chartes.

D’ailleurs qui sont les déviants potentiels du net médical ? Il y a bien des charlatans, mais par définition ils sont en dehors du contrôle des instances médicales ! Celles à qui on demande de labelliser !

Procès d’intention

Le risque consiste à mettre sur le même plan l’exercice médical et l’information médicale. Dans cette optique, une parole non encadrée de médecin serait tout aussi hasardeuse qu’un acte médical non surveillé, non balisée par les règles professionnelles. Fantasme ou réalité ? Les médecins ont-il besoin de tuteurs ?

Il n’y a pas grand monde pour défendre la liberté d’expression, associée à la responsabilité du locuteur. Les beaux esprits ne devraient pas oublier qu’une certaine liberté est favorable aux échanges. Toute entrave peut faire retomber la communication médicale dans la préhistoire dans laquelle elle était jusqu’à présent.

C’est un terrible constat d’échec que de vouloir réguler a priori, au lieu que de laisser la liberté d’expression et de ne sanctionner, si nécessaire, qu’a posteriori. En disant cela, on ne plaide pas pour la déresponsabilisation, au contraire. On serait tenté de favoriser un net médical adulte et responsable.

L’internet médical français n’échappe pas aux tiraillements des deux forces opposées. La force régulatrice et protectionniste d’un côté et la force centrifuge, dérégulatrice et mondialisante, de l’autre.

Il y a en France une demande de régulation de l’internet assez « provinciale » à l’échelle du net planétaire. C’est un véritable particularisme qui est mal vécue au-delà de nos frontières. Les positions ouvertement pro-régulation, à la Wolton, et le jugement récent dans l’affaire Yahoo, font que la France « pays des droits de l’homme » est dans le collimateur d’un certain web mondialisant et libertaire. C’est le choc des cultures : le 1er amendement contre les jardins à la Française.

Mais ce particularisme médical devient maintenant un enjeu mondial comme le montre l’affaire du suffixe-domaine .health. Il a été refusé par l’instance mondiale des noms de domaine, ce qui rend ce sujet encore plus chaud.

Pour déblayer le terrain, il faudra bien se poser la question : la régulation, les labels, le nescoring, finalement, c’est pour le bien de qui ? La préséance des professionnels de santé, le petit plaisir des censeurs, la réhabilitation des « pique-assiettes » médiatiques (ceux qui n’ont pas vu arriver Internet), des enclos pour les créateurs, l’intérêt des « consommateurs » ?

Concrètement, comment se manifestent le netscoring, les labels, les chartes ?

Le netscoring proprement dit correspond à un travail spécifique. Mais il existe aussi des labels internationaux (HON, des codes d’éthique...) et une charte du Conseil national de l’ordre des médecins « Qualité et déontologie sur Internet ».

À quoi correspondent ces codes ? Des codes pompés les uns sur les autres et qui ne sont ni plus ni moins que de la déontologie de base plus de la nétiquette : pratiquement tous les codes, chartes et labels dans le monde de la Santé se ressemblent. Ils sont issus d’un tronc commun américain. Ils déclinent chacun à leur manière des principes de clarté, de transparence, de respects du droit des personnes et de déontologie.

Rien de bien différent que l’addition d’une certaine nétiquette, d’une déontologie des professions de santé et d’une déontologie des publications.

Dans un soucis de simplification, ces codes cherchent souvent à coller aux principes préexistants. Ce qui peut mener à des contresens. Un exemple : le code de déontologie médicale interdit que l’on fasse figurer la photo des médecins sur les ordonnances, sur les plaques professionnelles. La mesure a été transposée dans un premier temps sur l’internet médical, où l’on a recommandé sans crainte du ridicule de ne pas faire figurer sur les sites les portraits des médecins. J’ai pris un malin plaisir à faire figurer un portrait numérique du président du conseil de l’ordre dans le trombinoscope 0et0 (avec son accord).

Il n’y a pas d’exercice légal de la médecine sur internet en France : la question est plus celle de l’authentification des médecins que celle d’une labellisation ou de l’adhésion à une charte. Ai-je vraiment à faire à un médecin sur ce site ou non ? À partir du moment où l’authentification existe, les règles de droit commun et de la déontologie sont suffisamment contraignantes pour que les excès éventuels soient sévèrement sanctionnés.

Quand on pense à l’authentification des médecins, on a dans l’idée de discriminer l’exercice légal et illégal de la médecine sur le net. Or il faut bien comprendre que, en France, la consultation à distance n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Même le « conseil » médical en ligne est un sujet un peu tabou.

Le label est un faux ami. Les chartes ne font pas mieux : Ils ne garantissent pas la qualité des contenus de sites

Le vrai label, c’est la marque, la notoriété. Le web médical est un domaine hautement concurrentiel avec de nombreux acteurs de qualité. C’est une bonne chose. Les patients, les citoyens n’ont pas le temps de faire le tri eux-mêmes.

Il faut se poser une question toute simple. Le label aidera-t-il à choisir les sites ? Non, car à cette échelle, un label n’apportera pas grand chose. Un label ou une estampille de charte sur un site mal fait mais qui respecte les critères de l’ordre donnera une fausse impression de distinction, de « médaille d’or ». L’internaute comprendra vite que ce label ne l’aide pas beaucoup. Les marques qui sont les authentiques labels prendront donc sans peine le dessus. Sans combat.

Il y a fort à parier que l’information médicale, continuera à être faite par des non-médecins...

...de manière professionnelle quand même, et avec une diabolique efficacité. La cause est entendue dans l’audiovisuel, dans la presse depuis un bon moment. Souvenons-nous de surcroît qu’il n’y a pas d’exercice illégal du journalisme. Aucun blocage de ce côté.

En conclusion, il faut distinguer un label qui prétend apporter des garanties au « consommateur d’info » et l’authentification qui permettrait dans l’avenir un exercice médical à distance.

À mon humble avis, cette affaire de label est un gadget qui cache mal le désarroi des instances devant le raz-de-marée des nouveaux moyens de communication. Pas du tout à la hauteur des enjeux.

Quant à l’authentification, elle donne des cheveux blancs à tous les chercheurs concernés.

 
 
medito
 
Remerciements au minirezo pour son hospitalité. Passez nous voir sur nos sites médico-culturels (mais pas seulement) ; ils sont ouverts à tous :
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