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Le Monde Illustré 2, 3, 4, 5, et bientôt 6...

L’horreur journalistique, chapitre 13
par Pierre Madrid

« La presse redécouvre le photojournalisme. » Non, non, vous ne rêvez pas ! C’est le titre du quotidien de référence, « Le Monde », le 8 novembre dernier, qui annonce la sortie de son petit frère « Le Monde 2 ». Et c’est signé par l’ami des photographes, Michel Guerrin. Bon là j’y comprends plus rien.

J’étais persuadé que la presse dans son ensemble publiait des photos de photojournalistes. Alors c’était quoi, des photos de vacanciers, de plombiers en voyage ? Toutes ces finesses sont un peu trop compliquées pour le photographe que je suis. Par contre ce qui est clair c’est que le papier finit par un coup de pub pour « Le Monde 2 » à quelques jours de sa sortie.

Il est quoi au juste Guerrin, attaché de presse, chargé de com’ pour la maison ou journaliste ? Moi je me demande un peu. C’est un peu comme si moi, Pierre Madrid, je profitais de cette Chronique d’Uzine pour vous rappeler que, comme je suis photographe et que mon patron sort un nouveau journal, ça serait bien que vous achetiez parce que c’est ce qui se fait de mieux...

Non mais je rêve. Michel, Michel, calme toi, on va finir par croire je sais pas quoi de pas sympathique. Bon, comme on est, nous autres photographes, toujours plein d’espérance, eh ben on l’a acheté ton journal Michel, et on a même vu ton portrait dedans, dans le numéro 3, et ça nous a fait plaisir.

Le journal, on l’a feuilleté en regardant les images. Les articles, on les avait déja lus dans le quotidien. Pour ceux qui lisent encore la presse. Michel, ton journal on l’a trouvé bien, très bien même. On s’est dit que c’était du bon travail. Incontestable. Que l’idée de reprendre des articles déjà publiés c’était bien parce que pas cher. Donc que ton journal avec plein de photos de « photo-journalistes », il allait pas coûter cher à faire. Donc il vivrait longtemps et aurait plein de petits enfants.

On pourrait imaginer des émissions de télé, des documentaires, des émissions de radio, des expositions, des livres, des cartes postales, des posters, des tee-shirts, des parapluies, des cendriers, bref plein de produits dérivés qui trouvant un lectorat (on ne dit pas consommateur pour tout ce qui touche aux médias, ça fait sale), permettrait à la presse de qualité de continuer à exercer son sacerdoce dans de bonnes conditions.

Nous, les photographes, on a été nombreux à le regarder sans euphorie, mais plein d’espérance, car on est nombreux nous, les photographes. Certains diront un peu trop. Pas moi, plus on est de fous plus on rit. J’arrête pas de recevoir des stagiaires qui se cherchent, j’adore ça, ça me rajeunit, parce qu’elles sont souvent jeunes et jolies.

Et puis tout ceux qui s’y connaissent un peu en économie savent que l’offre ça stimule la croissance... D’ailleurs, pour qu’on soit encore plus nombreux, les écoles de journalisme en forment chaque année des photojournalistes, des caisses entières qui finissent à développer des photos de vacances dans les Fnac de France et les photo-services de Navarre. Les stages et les formations sont payants, chères, et il faut bien le reconnaître complètement inutiles puisqu’on n’y apprend ni à séduire les responsables photo par des formules magiques, ni à faire la cuisine pour préparer les assaisonnements des pâtes quotidiennes des photojournalistes. Et encore moins à remplir les dossiers d’inscription au RMI.

Je me demande d’ailleurs si ces formations ne servent pas aux boites du même nom à recevoir de l’argent public et à former des futurs lecteurs pour les magazines illustrés qui reprennent des articles déjà publiés dans « Le Monde ». Enfin quand on a lu dans ton journal que c’était Siegel qui était directeur, et Michel le baroudeur à la photo, on a été rassurés. Moi ça m’a rappelé le bon temps où le Paris-Dakar était encore à son apogée, et où VSD en faisait des tartines avec ses grandes photos qui font rêver dans les écoles de photo, de photojournalisme pardon.

Le Monde 2 va sauver le photojournalisme c’est sûr. Mais comme c’est la pub qui va sauver le Monde 2, je me demande si ça serait pas plus malin que la pub finance directement les photojournalistes. Ils seraient mieux payés, sans intermédiaires, moyennant un contrat comme ceux que les taxis parisiens ont pour faire de la pub. On pourrait aisément imaginer les photojournalistes avec des tee-shirts ou des casquettes « Matra », « Hermes » ou « Kronenbourg », pendant leurs reportages, et dans les rédactions quand ils vont montrer leurs photos.

Et même distribuant des échantillons. Une Kro pour le chef Sioux, du Prozac pour la dame aux plantes, un carré Hermes pour la cheftaine, un échantillon de parfum pour le roi Karl, etc... Ca serait un truc un peu convivial. Et dans les services photo, je me permets de te dire que ça manque un peu. Bon Michel faut que je te laisse. Ton journal, t’as gagné, on l’achète. C’est promis. Ma grand-mère de 91 ans, je lui ai dit que c’était un journal entre Géo, Paris Match et le Figaro Magazine, eh ben elle m’a cru. Elle l’a feuilleté, l’a trouvé très bien et elle m’a traité de bon à rien parce que j’y avais pas publié une seule photo. Allez, je te laisse, il faut que je rappelle Michel le baroudeur, j’ai une plaque sensass à lui proposer.

 
 
Pierre Madrid
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Photographe
18 décembre 2001
11 janvier 2001
 
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Le photo-journalisme est mort, vive le numérique-temps réel
22 janvier 2001, message de Emane
 
Pas d’inquiétude, fini le temps du grand Cartier-Bresson en Inde, fini les baroudeurs - sauf les suicidaires en Tchétchénie... Le temps est venu de la webcam planétaire en direct-live et 3D. Le photojournalisme est mort faute de temps. La photo intelligente disparaît aussi, car, encore une fois, le temps presse. Enfin bon, je dis ça, hein, pour te remonter le moral, tu peux toujours t’acheter un Nikon D1 !
 
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Cartier-Bresson ?, 6lunes, 22 janvier 2001
Je ne pense pas que l’on puisse comparer Cartier-Bresson et le photo journalisme. Ok, la photo journalistique peut-être en déclin mais la photo d’art restera à sa place encore un bon bout de temps à mon avis
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> Cartier-Bresson ?, Emane, 23 janvier 2001

Petite erreur sans importance : Cartier Bresson a été photo-journaliste, il a couvert Gandi en Inde, etc.... On retrouve tout ces éléments dans sa médiocre biographie par Assouline. De plus, HCB a fondé Magnum avec de sacrés bonshommes, dont Capa, sans doute le plus grand photojournaliste si l’on devait n’en retenir qu’un.

Mais je m’égare.

 
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