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L’Express pour nulle part

L’horreur journalistique, chapitre 6
par Pierre Madrid


-  Bonjour, je voudrais parler à Machine. Bon, je rappellerai.

-  Bonjour, je voudrais parler à Machin. Bon, je rappellerai.

-  Bonjour, je voudrais parler à Machine. Bon, je rappellerai.

Je ne sais pas ce qu’ils foutent à l’Express, mais y a jamais moyen de les joindre. Quand enfin on y arrive, il faut toute la persuasion et l’énergie du monde pour arriver à leur parler plus d’une minute. Ils sont une floppée, tous plus occupés les uns que les autres, avec chacun des piles de photos urgentes à classer. La plupart de ces piles vient des agences.

Le plus sûr moyen de publier des photos dans ce genre de canard c’est d’en avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup... Comme les iconos n’ont jamais lu les papiers que les photos doivent accompagner, à moins que ce ne soit le contraire, on sait plus, quand ils cherchent une photo sur l’agriculture, il vaut mieux prévoir large et amener des photos de tous les continents, depuis la recherche agro-alimentaire jusqu’à des portraits de paysans indiens, comme ça on est sûr.

Une fois que je me trouvais au service photo, après avoir réussi je ne sais trop comment à m’y frayer un chemin, tellement ils sont trop occupés pour avoir le temps de regarder les photos d’un photographe qui a pourtant déjà travaillé quelques fois avec eux, et ben il y avait une icono qui téléphonait pour chercher une photo de VTT.

Mais attention, en téléphonant aux agences elle n’omettait pas de préciser qu’elle voulait une « belle » photo de VTT. Comme si les agences faisaient exprès d’en avoir des moches... Auquel cas pourquoi continuer à travailler avec elles ? Ca je lui ai pas demandé, mais j’avais très envie. Et vous ne le croirez pas, elle était pressée, il lui fallait ça vite, ça urgeait. La semaine d’après j’ouvrais l’Express pour découvrir une photo de VTT sur à peine un 1/4 de page...

On ne doit pas avoir la même vision du beau. Mais bon, ça allait avec l’article qui lui non plus n’était ni très beau, ni très bon. Une page était remplie et c’était déjà ça. La photo était insignifiante, très colorée, je supppose qu’elle avait rempli son objectif.

A l’Express, à défaut d’être sympas comme à Libé, ils sont tous très sérieux. Le chef, quand on le croise dans les couloirs, on ne croirait jamais qu’il travaille à la photo tellement il ressemble à un haut fonctionnaire. Il porte un costume gris et circule avec des dossiers sous le bras, c’est impressionnant. Il est lui aussi très occupé. Il est tout le temps en réunion. Je me demande ce qui se décide de si important dans ces réunions quand je regarde le journal. Mais peut-être que le mot réunion s’utilise aussi maintenant pour signifier : « qu’il fait ses courses au centre commercial du coin », « qu’il est parti à la gare acheter les billets pour les sports d’hiver de ses gosses », « qu’il discute avec une vieille copine dans un couloir », « qu’il est chez le coiffeur, ou chez le tailleur qui lui coupe les costumes très sobres qu’il porte tout le temps » etc...

A l’Express, on sait qu’on travaille dans un grand journal. Alors comme l’actualité est chaque semaine très importante, on suit l’actualité de près, ou les « grands changements de société ». Les photographes qui veulent montrer des photos ont vachement intérêt à ne téléphoner que pour des choses ayant trait à l’actualité, ou aux « grands changements de société », autrement c’est pas la peine.

Bonjour, je voudrai parler à Machine. Comment elle n’est pas là ? Mais vous êtes sûr qu’elle travaille toujours chez vous, je n’arrive jamais à la joindre. Ah bon, elle est débordée, j’avais peur qu’elle soit encore en réunion, je rappellerai tout à l’heure.

 
 
Pierre Madrid
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Photographe
24 janvier 2001
 
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> L’Express pour nulle part
26 février 2002, message de Jean Charles Florani
 

Par hasard je suis "tombé" sur vos articles , j’ai lu l’ex^press et la croix ,

merci c’est décapant , aussi gentil et cela apporte un autre regard

Jean Charles Florani Embourg Belgique

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