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Le Nouvel Observateur sent la poussière (3)

L’horreur journalistique, chapitre 3
par Pierre Madrid

Ca y est, les photos sont faites. Mais j’ai encore failli me gaufrer !
J’avais oublié le papier où j’avais marqué toutes les adresses.
Heureusement j’avais noté tous les détails dans mon agenda au fur et à
mesure des rendez-vous pris. L’inconscient c’est à double tranchant.

J’ai fait mes images, je suis content. J’aime bien les gens que j’ai
rencontrés. Ils ont l’air heureux, chacun à leur place. Ils ont l’air de
faire ce qu’ils aiment. Ils ont été gentils, se sont prêtés au jeu. Par
contre je suis un peu inquiet pour le résultat imprimé dans le journal.
Quand je vois ce que je suis payé, j’aimerais que ça profite. Et là je
sais déjà que j’aurai droit à des timbres-poste entre deux pubs. Si ce
n’était le plaisir de la rencontre et un peu de jeu à mettre des
visages, des sourires et des lieux dans la boîte, ça serait un peu
déprimant. En plus c’est tellement rare qu’on me demande quelque
chose que ça me met tous simplement de bonne humeur.

Il pleut mais je suis joyeux. J’arrive place de la Bourse. Pour un hebdo
de gauche, ça la fout mal. Au moins à l’Huma, à Saint-Denis, ils font
encore semblant. L’Obs, place de la Bourse, ça a peut être un sens
caché. Du genre on les a eus, mais franchement ça m’étonnerait. Avant,
ils étaient à côté de la rue Saint Denis. Avec l’âge je suis sûr que
Jean Daniel change de préoccupations. Enfin, je passe, c’est pas très
courtois.

La standardiste s’appelle Magali. Elle a les dents un peu en avant, mais
elle est jolie quand même. Toute concentrée sur sa conversation
téléphonique avec un abonné qui a un problème d’abonnement. Elle finit
après 5 bonnes minutes par le ré-orienter vers le service Abonnements.
Plutôt que de me taper l’ascenseur avec les bourgeoises trop parfumées
ou les grands reporters qui racontent leurs dernières aventures, je
préfére l’escalier que seules les modestes stagiaires s’aventurent à
escalader. De peur de se faire coincer par un rédac-chef adjoint un peu
insistant ou un coursier perdu et furibard.

Je parcours les couloirs. Une ruche, je vous jure c’est une ruche. Un
silence presque total. Est-ce parce qu’à 16 heures la moitié de la
rédaction n’est pas encore revenue d’un déjeuner ? Ou bien parce qu’avec
l’hiver le plat du jour est plus difficile a digérer dans une ambiance
plombée entre 23 et 25 degrés ?

Je remets mon travail. Ils sont contents. Je suis content. J’aime bien
la fille pour qui je bosse. Elle est douce, discrète, attentive, et un
peu chic quand même. Elle est sérieuse à un point difficilement
imaginable. Tous sont sérieux d’ailleurs dans les bureaux. Ils ont pas
l’air d’être très heureux de travailler pour un des fleurons de la
presse française. En partant, je croise une merveille d’origine
indienne. On échange un regard intéressé et chacun poursuit dans son
bout de couloir. Finalement, au Nouvel Obs, ils ont plutôt bon goût.
Quoique peut être pas pour la fabrication de leur journal. Je sens que
je vais revenir.

 
 
Pierre Madrid
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18 décembre 2001
11 janvier 2001
 
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