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Paris-Match : « c’est pas pour nous... »

L’horreur journalistique, chapitre 11
par Pierre Madrid

C’est loin d’abord, pour aller montrer des photos dont on sait d’avance qu’elles n’ont qu’une infime chance de passer. Quand on se lève le matin, ça ne motive pas. Match est installé à Levallois, dans une « Yuppie-Valley » aseptisée, qui est à la communication et aux entreprises de la nouvelle économie ce que La Courneuve a été en son temps pour les mal logés du centre-ville : une espérance de confort et de bien-être au quotidien.

L’entrée est somptueuse, en face deux hôtesses plus ou moins souriantes suivant les jours. À gauche un agent de sécurité qui semble beaucoup s’intéresser à elles, mais reprend un regard sévère pour jauger le visiteur un peu hirsute et débraillé que je suis. À droite enfin, au bout d’un couloir, les ascenseurs. Comme le monde entier se presse ici pour montrer des photos, ça n’arrête pas, et empêche un peu tout le monde de discuter tranquille. Ça se sent.

Après un couloir où les « unes », et les images qui font la gloire de la profession, et un groupe très prospère, sont affichées, il faut regarder les noms sur les portes pour arriver enfin à la photo. Au début personne ne s’intéresse à vous. A la fin non plus d’ailleurs. Mais bon, je le disais au début, tout le monde discute, ça laisse le temps de se faire une idée. On se raconte ses vacances, des trucs qu’on a vus à la télé, on plaisante, on parle des enfants. L’ambiance est sympa, détendue. Sauf pour celui qui attend, qui n’existe pas, comme à la sécu ou à l’ANPE avant qu’on les ait obligés à faire des stages « accueil du public » pour « gérer » ceux qui craquent.

Après un troisième « bonjour », alors que tout le monde se dit « merde encore un casse-couille », et qu’on devient moins transparent, on dit qui on est et qui on vient voir. On doit alors attendre encore un peu car il se passe des choses importantes dans ce journal. « Tout le monde le sait », ne serait-ce que les salles d’attente des coiffeurs et les services de communication des ministères. Dans le bureau les images trainent partout, des gens vont et viennent avec des tirages à la main. C’est plein de couleur et en général pas beau à voir. Qu’il s’agisse de guerres ou de célébrités qui s’offrent dans leur intimité, très très simple, et toujours de très bon goût.

Un homme au regard grave m’a demandé de le suivre. Il regarde mes ektas une première fois avec rapidité, survolant mes images. Puis une seconde fois avec attention, en regardant plus longuement certaines d’entre elles. À côté ça continue à discuter foot. Comme un robot téléguidé mon interlocuteur se détend d’un coup de sa position penchée pour me tendre mes images. « C’est pas pour nous », dit-il brièvement. « Merci, au revoir. » La rencontre a duré entre une minute trente et deux minutes. Pour choisir des photos choc il faut un oeil exercé, alors forcément c’est intense et fatiguant. Mon interlocuteur est parti se rasseoir et se prépare à reprendre sa conversation avec les autres.

J’ai envie de lui demander s’il ne veut pas me passer commande d’un reportage sur Karl Zéro ou la reine Mère. J’aime beaucoup l’Angleterre et Canal+, mais je n’ose pas, je dois être trop timide. Je reprends l’ascenseur et repasse par l’accueil. L’agent de sécurité surveille toujours les hôtesses. Peut-être qu’il a peur qu’elles se sauvent. Ou bien a-t-il été chargé de les surveiller pour les empêcher de partir si elles en ont marre. Je sais pas, moi, elles ont l’air de tellement s’ennuyer...

 
 
Pierre Madrid
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Photographe
18 décembre 2001
11 janvier 2001
 
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> Paris-Match : « c’est pas pour nous... »
19 juin 2001, message de Vince
 

Salut, c’est Vince

Je vous écris pour vous dire que j’ai acheté New Look avec Marianne en couverture. Je suis déçu parce que personne ne m’avaient envoyés de photos. Si vous en voulez, écrivez-moi. Je vous raconterai commeje l’ai obtenu (très drôle !). Mon adresse : vinceaimar@hotmail.com

Salut et envoyez-moi des mails

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