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Je crois que je n’aime pas ce qui est Bon

Le « Nouveléconomithon » n’est pas fini

France Télécom vous rançonne pour construire le cybermarché mondial
par Bidet Casserole
 
A l’heure de la mort médiatique de la nouvelle économie, voici comment et pourquoi vous donnez... et aussi comment vous pouvez éviter certains excès en ne vous servant pas de votre carte bleue...

« Bonjour M’sieurs Dames, excusez-moi de vous déranger cinq minutes, mais n’ayant ni Mercedes, ni hôtel particulier, pas même la moindre petite ferme dans le Lot, j’ai besoin de vos dons pour parvenir à mon idéal : arriver à vivre une vie de con vide de sens, sautant d’un yacht pour monter dans un jet, passant du bord d’une piscine à un bon restau, des bras d’une belle idiote à ceux d’une jolie crétine, tout en engraissant mon dealer, mon psy et mes avocats. En échange, je m’engage à créer une illusion de valeur, bien sûr, vous n’aurez droit qu’à mon mépris, sauf si vous êtes un gros actionnaire... »

Ils ne l’ont peut-être pas dit comme ça, mais ils l’ont pensé très fort, les gars de la première génération du « Nouveléconomithon ».

A l’époque vous avez regardé cette étape ultime de l’évolution humaine, le startupper, avec ce mélange d’ironie et d’intérêt (il y a encore un an, quasiment tous les médias nous tartinaient de pleines pages sur les cyber-winners) qui caractérise la grande tradition intellectuelle de notre beau pays. Mais, de là à mettre la main au porte-monnaie pour financer leur « révolution », vous avez fait comme presque tout le monde : vous n’avez rien donné... enfin, c’est ce que vous croyez.

La taxe du « Nouveléconomithon » n’a pas besoin d’être créée, elle existe déjà

Si vous faites partie des 20 et quelques millions de détenteurs d’une ligne France Télécom, vous avez donné, vous donnez et vous donnerez. En effet, le chef de rayon de France Télécom, Michel « Carrefour » Bon a pour objectif d’élever cette entreprise à la dignité suprême, celle d’hypermarché. Il a pour cela conçu une stratégie qu’on pourrait qualifier de bestiale : plutôt que d’investir dans des tas de boîtes à la con qui n’ont guère plus d’une chance sur 10 de survie, il attend que les boîtes fassent leurs preuves et crac, il propose d’entrer dans leur capital, avec la délicatesse d’un éléphant sautant dans un jacuzzi. En clair, il surpaye une prise de participation majoritaire, tout ça parce qu’il pense (le Monsieur Bon, pas l’éléphant) que l’avenir appartient aux marchands et pas aux gestionnaires de tuyaux.

Quand France Télécom augmente ses tarifs d’abonnement pour acheter des boîtes de télécoms, on ne comprend pas toujours, mais on peut se dire qu’il fait son boulot. Mais quand il met 200 millions de francs sur la table (la pauvre table, elle a du en avoir des surcharges ces derniers mois) un site de commerce électronique de « produits culturels », " alapage.com ", puis ensuite Marcopoly (montant non communiqué), un site d’électroménager.com, on commence à comprendre quelle vision de la vie.com il veut nous faire partager.

Paye plus cher ton téléphone aujourd’hui, tu auras moins de bouquins demain...

Donc, dans le monde selon Bon, seuls les gros méritent le respect, enfin le sien... Et, le caddy qu’il s’est fait implanter dans le cerveau est une vraie source d’inquiétude pour les amateurs de bio-diversité, dont je fais partie. Au cours de l’été 99, Jérôme Lindon, Monsieur Editions de Minuit, avait écrit dans le Monde un article qui disait « Remarque-t-on l’absence d’un nouvel auteur ? » (ou un truc comme ça, je ne lis pas le journal avec de la colle et des ciseaux). En gros, il y expliquait fort bien que la concentration chez les éditeurs allait se traduire par une réduction du nombre de nouveaux auteurs édités. Vous ne voyez pas le rapport avec Bon ? Alors, précisons : la vente en ligne est un métier de gestionnaire, pas un métier de passionné comme celui de libraire, un vendeur de bouquins en ligne fait du chiffre sur une grosse rotation d’un stock limité, pas parce qu’il aura su établir un dialogue, cette étincelle dans le regard du gars qui a du bonheur a te faire partager.

Donc, pour faire vite, acheter chez Alapage (ou l’un de ses confrères) c’est appauvrir notre monde. Eh oui, si Alapage dévore le marché rentable des bouquins qui se vendent bien, les libraires vont dépérir et cesser de conseiller leurs clients parce qu’ils auront fermé leur boutique et seront devenus jardiniers, pré-retraités ou braqueurs de banques.

Et pendant ce temps-là, Michel Bon pousse son caddy dans le cyber espace...

France Télécom rachète le site Ananova pour près d’un milliard de francs (05/07/00) France Télécom emprunte 5 milliards d’euros (13/10/00)...

La prochaine fois qu’il m’écrira, je vérifierai si la facturation détaillée comporte une partie pour expliquer tous ces trucs là. Dans le futur que nous prépare cet homme si pur (l’étiquette du Bon dit : libéral 100%, garanti sans composante affective) il restera une dizaine de supermarchés qui se partageront tout, de la production à la clientèle. Alors, pourquoi l’aider en creusant la tombe de certains principes à coup de petits achats en ligne ?

Donc ami surfiste de l’internet, pense à tout ça et renonce à échanger ton numéro de carte bleue contre des pages pleines de mots. Même si tu as mauvais goût (près de 100% des gens ont mauvais goût, d’après leurs voisins) va acquérir tes bouquins auprès d’un vrai libraire élevé au grain, qui fait courir ses livres au grand air avant de te les proposer. En plus, il saura te dire quel ouvrage va faire plaisir à ta cousine harpiste qui vit à Brocéliande et n’en sort que le jour de Noël.

 
 
Bidet Casserole
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