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mardi 27 février 2001
Liberté versus économie

Liberté d’échange contre lobby anti-démocratique

par Orwell
 

-  1995 : explosion du net (du moins aux USA ; un symptôme : la rectification de la stratégie internet de Microsoft lors de la sortie de Win95)
-  2001 : l’odyssée de Big Brother de l’économie. Bouclage de l’information, obsession du profit.

Les appétits de contrôle et d’hégémonie sur le net vont explosant, polluant le net. Les notions de liberté, d’échange sont bafouées un peu plus chaque jour : carnivore aux USA, la cryptologie en France. Les gourous du net sont devenus des analystes financiers, des CEO ou autres. Ne sachant à peine différencier le mail du web ( ?!), ils veulent imposer leurs diktats insipides. Ils se raccrochent à des analyses dosant savamment calculs statistiques et croyances semi-religieuses fumeuses. Rappelons-nous de ces insanités verbales que sont le B-to-C, B-to-B, B-to-G ou encore Click-and-mortar.

Leurs conceptions détournent et bafouent la philosophie même du net : la libre circulation des informations.

Ils ont créé le net, tout vient d’eux, tout est né de leurs cerveaux. Symptôme d’une mégalomanie pathologique, ces « startupeurs » et autres dirigeants d’une quelconque multinationale ne s’approprient que ce que les internautes considèrent comme intéressant, imposent leur technologie sous un quelconque prétexte fallacieux (Internet Explorer par exemple). Imposer, voilà le maître mot. Leurs conceptions sont liberticides : sous couvert de personnalisation on recueille gentiment vos données. La liberté de circuler comme on le souhaite est-elle encore possible ? A-t-on le droit de rechercher, découvrir ce que l’on veut ? Il me semble que cela soit de moins en moins vrai. L’exemple est Napster. En un an le site le plus populaire de la planète a connu les affres judiciaires américaines.

L’échange entre particuliers (peer-to-peer) a explosé en 2000. On a vu des groupes comme Sun Microsystems ou Intel s’engouffrer dans une technologie novatrice. Chacun propose, chacun demande et reçoit, et ce, en-dehors de tout contrôle étatique, politique ou industriel... jusqu’à ce que viennent se réveiller ces groupes alarmés par un phénomène endémique. Napster poursuivit par la RIAA (association regroupant les grands groupes sénescents et grabataires de la musique) a été le détonateur d’une chasse à la libre circulation de l’information. Reprenons l’affaire d’un certain point de vue.

Shawn Fanning alias Napster, créateur du logiciel éponyme, et sa société furent poursuivis pour violation des droits d’auteurs par la RIAA devant la justice US. Pourquoi ? Devant le succès grandissant du logiciel les majors ont commencé à trembler. Le lobby anti-démocratique RIAA a clairement exposé sa pensée : sous couvert de la défense des auteurs, la RIAA n’a fait qu’apparaître comme le protecteur d’une hégémonie d’un marché. On ne peut faire de l’ombre aux majors, elles détiennent le marché et aucun autre ne doit rentrer. Le monde du disque a tremblé. Et la peur panique de voir perdre le contrôle de ce marché a déclenché un processus propagandiste en défaveur de Napster. Exemple : l’utilisation purement lobbyiste de la chanteuse Axelle Red lors des débats et du vote sur la copie numérique entre autres au parlement européen. On ne peut s’empêcher de penser à cette pauvre petite Axelle (ou encore J.-M. Jarre, Mylène Farmer, ou Dr. Dre) qui vit sous les ponts sans le moindre argent.

Selon un premier rapport de la RIAA, alors que l’utilisation de Napster a explosé en 200, la vente de CD audio a... augmenté de 6% (article de Libération par Ariel Kyrou). Pour rectifier le tir le lobby a fourni une nouvelle « étude » montrant une chute spectaculaire de 36% des ventes de disques ! Selon le Journal du net, la France connaîtrait un tassement des ventes à -1%.

La peur et les cauchemars engendrés par les échanges sans frontières ni contrôles ont forcé les commerciaux et autres pauvres hères du marketing à revoir leurs stratégies. Contrôler un nouveau marché, imposer ses restrictions, ses musiques furent le credo de ces sociétés. Quid donc de l’innovation et de la découverte ? Pour réagir au plus vite Bertelsmann s’empara de Napster. Incongruité de la situation : Bertelsmann ne s’est pas retirée du procés RIAA vs Napster. BMG (groupe Bertelsmann) a imposé que le système soit sécurisé et que l’accès soit payant. N’ayant pas accepté l’outrage (Napster ainsi que l’association Napster-BMG), Universal et Sony ont décidé de se regrouper pour proposer leur abonnement et leur solution sécurisée. Ainsi Bertelsmann d’un côté, Universal-Sony de l’autre tendent la main aux autres holdings de l’entertainment en vantant le miracle de leur solution. Encore une fois, ils veulent imposer leur point de vue, leur solution.

La tactique de l’anarcho-balladurien Messier, super directeur mondial de Vivendi, décrite dans les colonnes de La Tribune du 22 février 2001 est très claire. Enfermer le client (observez : le client n’est pas un humain) dans un abonnement pour lequel notre mouton aura à peine le droit d’écouter la musique qu’il aura sélectionnée parmi quelques artistes hyperconnus. Il annonce la fin du gratuit, des échanges gratuits entre particuliers sur le net. Ben voyons. Il oublie un peu vite ceci : pourquoi détruire une solution d’échange entre particuliers, qui n’a cessé d’ailleurs d’évoluer ?

Il oublie, de plus, que les alternatives à Napster sont déjà là : Gnutella, Rapigator, et surtout Freenet. Le public va-t-il avoir à trancher un nœud gordien ? Messier nous prendrait-il pour de gros abrutis ? Il n’est pas le nouveau messie du net : il est plus un nouveau prédateur qu’un humaniste. M’est avis que les napstériens (à moins d’être des amateurs de SM) ne vont pas se précipiter vers Duet, la création Universal-Sony (à noter que le nom de domaine est déjà pris). Pour Messier, amis napstériens, vous n’êtes que de vulgaires voleurs de musique. Bref le consommateur de Napster est à la fois le futur client-ami et le roi des cons !

Ces sociétés font montre de la plus parfaite hypocrisie. Prenons Sony. Cette société high-tech défend les « droits d’auteurs ». Donc les dirigeants de cette société vont prendre part au procès contre Napster. Mais ils ne semblent pas dérangés de fabriquer des lecteurs MP3 dont le dernier n’est plus ni moins qu’un lecteur-graveur. Il en va de même de Philips. Bref, ils cultivent la schizophrénie et la culture du client idiot. Il y a une appétence de profits quitte à prendre les artistes qui défendent leurs droits pour de parfaits crétins. Je me rappelle d’un certain groupe commercial Offspring qui a essayé de se rebeller contre Sony-Columbia en distribuant leurs titres (à la manière des Smashing Pumpkins). Le résultat : une méchante tape sur les doigts et retour au bercaille comme de doux agneaux.

En conclusion je vous invite à lire l’article « Un prédateur à l’ère d’internet » de Dan Schiller, professeur à l’université de Californie, San Diego. Cet article de janvier 2001 du Monde diplomatique montre les travers des ces géants industriels (remarquez que je n’emploie pas le terme de géant de la création artistique !). Prendre le contrôle de tout nouveau marché, étouffer toute forme alternative de circulation de l’information, contrôler les programmes et les moyens de diffusion, voilà leurs innovations... bref la fin d’une liberté.

 
 
Orwell
 
Aux dernières nouvelles, les anti-démocrates et démagogues de la RIAA vont pourchasser les utilisateurs de Gnutella, s’attaquer aux serveurs OpenNap.
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> Liberté d’échange contre lobby anti-démocratique
29 janvier 2004, message de jej
 
Salut, En effet, je partage cet avis, la liberté de l’information existe t elle encore réellement. La construction de moyens d’information, comme internet, toujours plus large,n’est elle pas mise en oeuvre pour noyer l’information et de ce fait faire entrer la désinformation. La problématique principale de votre article concerne la légalité ou non du piratage. Je pernse que les majors se contrefoutent du piratage, je dirais même qu’elle l’encourage et se donnent bonne conscience en le réprimant par la suite. Nous savons effectivement tous, et vous faites bien de le souligner, que les statistiques sont maléables à merci. Le problème est que nous citoyens fauchés de plein fouet par l’individualisme méthodologique sommes influencés par l’information la plus matraquée et non la plus vraie. En effet, pour nos sociétés consumériste, l’information n’a de valeur que si elle est reprise par la plus grand nombre de médias mais elle n’est pas forcément vraie pour autant. Alors, comment le vérifier, en demandant des comptes... Alors demandant des comptes, mais pas seulement devant nos ordinateurs, bien sagement, mais en descendant dans les rues du monde entier, en boycottant les majors, en envoyant chier les petits chefs, en boycottant les supers marchés... et peut être alors retrouveront nous de vraies valeurs. Bref, redevenont citoyens c’est à dire prêt à défendre nos libertés et celles de nos voisins.
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> Liberté d’échange contre lobby anti-démocratique
1er mars 2001, message de hervé
 
"Mais ils ne semblent pas dérangés de fabriquer des lecteurs MP3 dont le dernier n’est plus ni moins qu’un lecteur-graveur. Il en va de même de Philips. " Une petite précision. Souvenez-vous : Il y a un peu plus d’un an environ, Philips a vendu sa filliale Polygram(la musique) pour se consacrer au hard. C’est une compagnie qui a compris que si on veut faire de l’argent, il faut fabriquer, pas protéger des royalties...
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> Mandragore 29A Vs Messier : grosse fatigue
1er mars 2001, message de unkly
 

Oyé

En bon internaute infophage que vous êtes tous surement, vous n’aurez pas manqué la dernière brêve de transfert (ou ailleurs, ca va tellement vite ces choses là) sur le dernier ver à la mode sur gnutella.

On vient de découvrir que le "peoar 2 peoaaaaaar" peut aussi véhiculer des saloperies.

Que nenni me répondront les spécialistes, on le savait déjà, on a même vu des britney Speaarrsssss se balader avec des godes ceintures et du sperme sur le visage...les miracles de la PAO qui permettent a tout un chacun de se prendre pour le hacker du cybermagmat de la communication visuelle marchande. Manquait plus que la possibilité de créer un logiciel pour générer en 2 clicks un virus (cf Libé) et vous avez de quoi trouver des circonstances atténuantes a Val avec son discours.

Hypothèse : c’est la patron d’une major de la comunication et son gourou chargé de com qui ont commandité le gang du ver péteur pour décridibiliser les acteurs du marché du p to p en place et justifier une reprise en main par des gens "sérieux " d’un modèle, certes issu de l’underground libertaire, mais ma foi pas si inéfficace pour diffuser de la marchandise. " Sécuriser les échanges électroniques ", c’est même inscrit dans la loi, un intérêt d’ordre public. Et pour avoir à sécuriser tout ça, faut bien créer le besoin de sécurité. La stratégie serait parfaite avec la prise de contrôle des éditeur d’anti virus.

Hypothèse totalement extravagante, paranoïaque, fantasmagorique et jouissive. On a l’impression d’avoir tout compris, et de donner un sens à son existence sur le réseau.

"plus jamais CA , et on est là pour le dire".

Vous trouvez pas que c’est épuisant d’essayer de capter la complexité du monde qui nous encercle ? Vous n’avez pas l’impression d’être continuellement sollicité par tant de signes, de messages, d’analyses, de faits...que le besoin d’un repos salutaire au fond de son lit, bien planqué pendant quelques jours se fait sentir (ou ailleurs) ? La liberté d’expression, c’est beau mais c’est épuisant au fond, avoir des idées ça se mérite, déjà qu’il faut arriver à saisir celles des autres...

Je suis fatigué ce soir, à bout de souffle. Laissez moi dormir

Bonne nuit

 
en ligne : j’ai essayé
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> Mandragore 29A Vs Messier : grosse fatigue, orwell, 1er mars 2001

De votre point de vue je critiquerai deux arguments :

1) « Vous trouvez pas que c’est épuisant d’essayer de capter la complexité du monde qui nous encercle ? Vous n’avez pas l’impression d’être continuellement sollicité par tant de signes, de messages, d’analyses, de faits...que le besoin d’un repos salutaire au fond de son lit, bien planqué pendant quelques jours se fait sentir (ou ailleurs) ? »

Il serait bien aise et facile de se laisser aller. Je ne peux m’empêcher de penser à Pascal, à Voltaire. Il faut affronter notre environnement, partir, rechercher et ne pas se laisser « guider » par des fanfarons techno-fashion-victims (désolé pour tous les néologismes de mon article et de cette réponse). Il est encore temps de se réveiller. Nous avons le devoir moral d’être impliqué dans notre monde et d’y agir. Ces sociétés, elles, ne dorment jamais. Elles sont vigilantes. Vous dites être entourés par des signes, analyses… mais vous-même êtes un signe que j’interprète et je décode. Je suis un signe, un code voire même une marchandise pour les magnats du net.

2) Vous parlez de la sécurisation des échanges. Je vous conseille de bien relire le dossier de Transfert sur la LSI (loi sur la société de l’information). M. Jospin promet et laisse tomber. Il promet une totale libéralisation des outils cryptographiques. Aujourd’hui nous sommes encore contraints à limiter le cryptage à 128 bits maximum (pour un usage privé et non-commercial). Demain, on ne nous promet plus cette liberté : encore et toujours des conditions liberticides. De plus les efforts se tournent non vers la sécurisation des échanges pour tous mais plus une sécurisation du business (décret 99-200 du 17 mars 1999 a pour but de favoriser le commerce électroniques en utilisant des cles de longueur supérieure ou égale à 40bits et inférieure ou égale à 128 bits). Le modèle reste freenet on sécurise à la fois les échanges, le contenu et les internautes. Or l’information est totalement libre. En espérant que les futurs logiciels p2p permettront la garantie d’une bonne sécurité en empêchant l’étouffement des échanges informationnels.

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> Mandragore 29A Vs Messier : grosse fatigue, unkly, 2 mars 2001

Bonjour

1. Ne pas se laisser aller. Résister et revendiquer. Je suis au fond bien d’accord avec vous, c’est juste que parfois je me sens un peu lasse de devoir réagir à chaque instant à toutes les sollicitations. La netéconomie est réactive ? Je revendique le droit à la paresse et....à la réflexion. Prendre du recul, s’isoler et laisser couler. C’est par exemple pour cette raison que je met 3 jours à répondre a votre message. C’est parce que notre devoir de résistance n’est justement pas une solution de facilité, qu’il impose une certaine exigeance envers nous même, et dans le cadre d’un monde hyper stressé et informatif à outrance, la vertu c’est la patience. Répondre coup pour coup à la world com, c’est rentrer peut être dans son jeu et lui donner le loisir de nous récupérer. C’est comme dans un débat politique, celui qui perd à coup sur, c’est celui qui s’énerve en premier. Cette réflexion ne met pas en doute votre article, qui est relativement judicieux au demeurant, il se veut juste un tempérament à la fièvre que suscite l’envie de dénoncer.

2. "encore et toujours des conditions liberticides". Je ne discuterai pas des vertus de freenet ou de la cryptologie 128 bits et de ses conditions légales et règlementaires. Je veux juste faire remarquer, en bon juriste que je suis, qu’il n’y a pas de liberté sans responsabilité. Qu’une bonne partie de la règlementation des réseaux soit le fruit de l’incompréhension de nos décideurs et de la pression des lobbys industriels, cela ne fait aucun doute. Mais systématiquement refuser toute réflexion sur les moyens d’encadrer les échanges électroniques, de manière à garantir l’intérêt général dégagé par le jeu démocratique, c’est un peu réducteur, et une façon de s’exclure soi même du processus d’élaboration de la norme qui tôt ou tard nous contraindra, et laisser le champ libre aux intérêts industriels pour coopérer avec les politiques. On a le droit de penser que Jospin et consorts pompent rien a l’internet, mais ils sont élus (théoriquement certes) pour prendre des décisions qui ne sont pas forcément populaires aux yeux de telle ou telle catégorie de personnes. Ces gens là, ces "grands responsables" sont ici pour gérer des grands équilibres qui échappent par définition aux intérêts particuliers, du moins le faut-il surement plus efficacement vis à vis des chantres de l’économie ultra libérale, c’est là où le bas blesse actuellement. Vit-on dans un monde liberticide ? Oui et non, en tout cas on a toujours la possibilité de le dénoncer, relativement librement, et en ça, nous ne sommes pas les plus à plaindre en matière de liberté. Il faut se battre pour que ça dure, là on sera d’accord... De toute façon, quelque soit le modèle choisi en France pour réguler internet, ce système évoluera et je fais confiance à l’esprit "gueulard" et revendicatif du français lambda pour ne pas se laisser enfermer dans une logique qu’il refuse (on aura bientôt un José Bové du cybermonde), grâce notamment aux possibilités de diffusion des opinions sur les réseaux. Votre article en est une belle illustration, uZine et le minirezo aussi.

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> Liberté d ?échange contre lobby anti-démocratique
28 février 2001, message de Roland Trique
 
Ok, mais ne pas oublier tout de même que Napster était une startope tout ce qu’il y a de plus cupide à l’origine (cf leurs réactions face au développement de solutions alternatives libres utilisant "leur" protocole). Et du coup, le spectacle des rats qui se bouffent entre eux est plutôt amusant.
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