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C’est la faute à Monica !

par Michael Moore

Chers amis,

Pendant toute la semaine, j’ai vécu avec le remords insupportable d’avoir peut-être fait élire George W.Bush à la Maison Blanche. Je me suis souvenu du jour où j’avais rencontré Ralph Nader pour la première fois et où, dans le plus grand secret, nous avions ourdi notre complot.

Notre but ? Faire que ce pays souffre, souffre, souffre sous George W.Bush ! Pour cela, nous n’avions qu’à convaincre 300 personnes, de préférence dans un « Etat-clé », de voter Nader au lieu de Gore. Simple ! Génial ! On mettrait Bush à la Maison Blanche et on aurait une révolution populaire et ça nous conduirait ? euh... forcément à quelque chose. Ce genre de trucs conduit toujours à quelque chose !

J’ai dit à Ralph qu’être candidat et s’afficher avec des « célébrités » ne serait pas suffisant. J’ai donc engagé des négociations secrètes avec Al Gore. J’ai utilisé mon incroyable pouvoir de persuasion pour le convaincre non seulement d’ignorer la base de l’électorat Démocrate, mais de renoncer à faire campagne dans son état d’origine, le Tennessee. Il a accepté ! Puis j’ai réussi à le persuader d’empêcher Clinton de faire campagne dans l’Arkansas. Il a accepté aussi ! Ces deux Etats lui ont coûté 16 votes de grands électeurs. Assez pour battre Bush !

Vous pouvez comprendre pourquoi j’ai été convaincu pendant toute la semaine d’être le seul responsable de la défaite de Gore. Du moins jusqu’à ce que je tombe sur les résultats du vote en Floride, qui ont été confirmés depuis par la Secrétaire d’Etat et Directrice de campagne de Bush, Katherine Harris :

« Résultats de l’élection présidentielle en Floride :

(quartiers comptabilisés : 100 %)

-  Al Gore, Dem : 2.910.192 voix, 48.8%
-  George W. Bush, GOP : 2.910.492 voix, 48.8%
-  Pat Buchanan, RP : 17.472 voix, 0.3%
-  Ralph Nader, Grn : 97.422 voix, 1.6%
-  Harry Browne, Lib : 16.401 voix, 0.3%
-  John Hagelin, NLP : 2.273 voix, 0%
-  James Harris, SWP : 588 voix, 0%
-  David McReynolds, Soc : 618 voix, 0%
-  Monica Moorehead, WWP : 1.805 voix, 0%
-  Howard Phillips, CST : 1.370 voix, 0% »

En regardant ces résultats, j’ai soudain compris qui était le véritable coupable, le candidat responsable de la victoire de Bush à la Maison Blanche. Et ce n’est pas Ralph Nader.

C’est Monica Moorehead !

Oui, vous avez bien entendu. Monica Moorehead, la candidate du Parti Mondial des Travailleurs (Workers Wolrd Party, NDT).

Mme Moorehead a récolté 1805 voix en Floride, 1500 de plus que les 300 voix qui séparent aujourd’hui Gore de Bush.

On peut donc supposer sans risques que si Monica n’avait pas été candidate, au moins 300 de ses électeurs auraient voté pour Al Gore ! Les sondages à la sortie des urnes confirment cette hypothèse. Al Gore était en deuxième position dans les préférences de plus de la moitié des électeurs de Moorehead !

Le Parti Mondial des Travailleurs est une organisation politique socialiste présente depuis des décennies dans la vie politique américaine. Ils ont toujours les plus belles bannières lors des manifestations (des lettres en italique sur un fond jaune orangé). Ils militent en faveur des syndicats, d’une juste répartition des richesses, pour le droit à l’avortement, la protection de l’environnement et les droits des homosexuel(le)s. On peut facilement comprendre pourquoi les électeurs de Moorehead auraient voté Gore, même du bout des doigts et en se pinçant le nez, s’ils n’avaient pas eu d’autre choix. Et nous ne serions pas dans le bordel où nous sommes aujourd’hui !

Je tiens Monica Moorehead pour personnellement responsable de tous les dégâts que causera la présidence Bush. Si les femmes sont forcées de revenir à l’avortement clandestin avec une tringle à rideau, ce sera à cause de Monica. Si les étendues sauvages de l’Alaska sont ravagées par l’appétit des multinationales, ce sera à cause de Monica. Si nous sommes incapables de repousser une attaque des Martiens, ce sera à cause de Monica.

Quel esprit malade a pu pousser cette femme à se porter candidate et à causer un tel désastre ? Oh, j’ai compris ? elle a des « principes » ! Elle s’est portée candidate pour des « principes », pas pour gagner. Hé, reviens sur terre, Monica ! Pendant que tu te faisais plaisir en traversant le pays au bras des stars du show biz, nous on essayait de faire quelque chose d’utile. Tu avais envie de faire du fric, c’est ça ? De te faire du fric ? J’ai lu dans Salon.com que tu avais un appartement avec terrasse sur Park Avenue ! Et les médias ne se trompent jamais ! Et qu’est-ce qui se passera dans les quatre prochaines années, hein, pendant que tu t’enrichiras en vendant tes pamphlets sur « La dialectique de la réforme politique dans la Roumanie socialiste entre 1951 et 1984 » ? Je vais te le dire : c’est nous qui trinquerons, comme d’habitude !

Et bien, je ne laisserai pas passer ça sans réagir. J’encourage tout le monde à éviter Monica Moorehead. Si elle entre dans une pièce, sortez immédiatement. Si elle vous parle, ignorez-la. Quand son nom est cité dans une conversation, changez de sujet, et partez. Si vous la voyez à la télé, changez de chaîne. Si on met son nom sur une barre chocolatée, ne la mangez pas. Si vous vous trouvez dans le même restaurant qu’elle, ne commandez pas ce qu’elle a commandé ! Et n’y retournez plus jamais ! Vous pourriez boire dans un verre où elle a bu !

Le nom « Monica Moorehead » doit devenir synonyme du mal. Ne retournez pas ses appels. Supprimez son nom de votre Palm Pilot.

J’ai lu les dernières déclarations de Monica Moorehead, celles où elle dénonce la fraude électorale en Floride. Hé, Monica ! Tu crois pas que t’es un peu à la bourre ? Où t’étais quand tu aidais Bush à se faire élire ? Pourquoi tu ne t’es pas retirée quand tu a vu que le scrutin allait être aussi serré ? Nous t’avons respecté toute notre vie, et tu fous tout en l’air ! Pourquoi on devrait t’écouter maintenant ? Tu dis qu’on devrait « descendre dans les rues de Palm Beach » ! Mais comment veux-tu qu’on fasse, avec le temps que ça prend de t’écrire des lettres de protestation ? !

J’annonce officiellement la formation du mouvement « La faute à Monica ». A partir de maintenant, dès que quelqu’un vous demandera qui est responsable de l’élection de Bush à la Maison Blanche, vous n’aurez qu’à lui dire : « C’est Monica ! »

C’est la faute à Monica !

Bien à vous,

Michael Moore.

 
 
Michael Moore
 

Traduit de l’américain par Philippe Moreau (pmoreau@ras.eu.org)

Reproduit avec l’aimable autorisation de Michael Moore (texte original).

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Cinéaste et journaliste américain, réalisateur de « Roger et moi » et de « The big one », auteur de « Downsize this ! »
31 octobre 2000
4 octobre 2000
 
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> C’est la faute à Monica !
5 décembre 2003, message de Sebastien Leusiere
 
peut on dire ke Michael Moore incite a voter Nader parce kil l estime vrement bocou ou parce qu il pense vrement ke voter Nader(amenant a l election de Bush)amenerait une revolution durant le mandat de Bush ?
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> C’est la faute à Monica !
21 mai 2003
 
Malgré l’admiration que je porte à Michael Moore, (il faut admettre qu’il force un peu le respect quand même avec Bowling For Columbine), Monica Moorehead est-elle la coupable de l’éléction de Bush ?? On sait que Gore avait nominalement plus de voix, et surtout, l’électorat de Moorehead ne se serait-il pas abstenu, plutôt que de voter pour un candidat qu’il ne soutenait pas ?!
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