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Contraintes économiques et qualité de l’information en ligne

Quelle déontologie pour l’information en ligne ?

par Pascal Fortin
 
« Une éthique en l’air non enracinée dans une connaissance des pratiques réelles, a de bonnes chances de fournir seulement des instruments d’auto-justification pour ne pas dire d’auto-mystification. » Pierre Bourdieu, « Journalisme et éthique », Les Cahiers du Journalisme, ESJ-Lille, n°1, 1996.

Ce n’est pas un hasard si la déontologie journalistique est un thème récurrent du débat public. La « liberté d’expression » est en effet garante de la démocratie et inversement. La responsabilité morale des journalistes au sein de l’espace public est donc un enjeu primordial.

L’une des principales particularités du débat sur la déontologie des journalistes tient à la diversité des acteurs qui l’alimente - journalistes, universitaires, essayistes, hommes politiques et divers représentants du « public » - et à l’invocation de grands principes supposés s’appliquer à l’ensemble de la profession en dépit de l’extrême diversité des situations concrètes de son exercice.

Lorsque le débat ne porte pas sur « le journalisme » en général, il se focalise souvent sur les « dérapages » de la télévision et de la « presse à scandale ». Depuis l’affaire Clinton-Lewinsky durant laquelle la « toile » fut l’instrument privilégié de révélation et de colportage d’informations non vérifiées ou mensongères, l’internet occupe toutefois une place de moins en moins marginale dans les débats sur la déontologie des journalistes.

Lors du treizième congrès de la Fédération Nationale de la Presse Française (FNPF) qui s’est déroulé les 23 et 24 novembre 2000 à Lille, le président de ce syndicat patronal, Alain Boulonne, a d’ailleurs proposé l’élaboration d’une charte de déontologie pour les sites de presse afin de mieux se démarquer de la concurrence de nouveaux acteurs sur le marché de l’information en ligne.

Malgré ce souci relativement nouveau de la part des éditeurs pour les questions de déontologie journalistique sur l’internet, celles-ci n’ont pas suscité, à notre connaissance, la curiosité de nombreux observateurs. Si ce constat est sans doute vrai pour la France, ce n’est pas le cas aux Etats-Unis où l’on trouve quelques articles sur le sujet dès le milieu des années 90. Il est vrai que l’information en ligne s’est beaucoup plus rapidement développée dans ce pays, dans des proportions qui, de surcroît, n’ont pas grand chose à voir avec la situation française.

La prise en compte de la réflexion déontologique sur le journalisme en ligne de l’autre côté de l’Atlantique est donc incontournable. Mais elle ne doit pas servir de prétexte pour éluder une interrogation plus directement centrée sur le contexte national. Le passage du journalisme traditionnel au journalisme en ligne est souvent décrit en terme de « rupture », voire même de « révolution ». Notre hypothèse est plutôt celle d’une continuité entre les deux univers. D’où notre volonté d’évoquer la permanence, voire même l’aggravation, des problèmes déontologiques en passant d’un univers à l’autre, sans pour autant nier l’existence de difficultés spécifiques au journalisme sur l’internet.

L’HERITAGE DES MEDIAS TRADITIONNELS

La position ambigüe des journalistes pris entre leur idéal professionnel et une réalité nettement plus prosaïque explique sans aucun doute cet apparent paradoxe entre la multiplication des débats sur la déontologie depuis le début des années 1990 et l’incapacité objective de cette profession à définir un ensemble de règles qui s’imposerait à tous. Ce constat renvoie principalement à deux réalités de cette profession. D’une part, la déontologie journalistique est avant tout un mythe. D’autre part, les contraintes qui pèsent sur ce métier empêchent d’envisager raisonnablemennt que ce mythe devienne réalité. Est-ce la raison pour laquelle les journalistes sont aujourd’hui victimes d’une certaine défiance de la part du public à leur égard ?

La déontologie journalistique comme mythe professionnel

L’une des particularité de l’activité de journaliste réside dans la possibilité de bénéficier d’une carte professionnelle. De là à en déduire que les journalistes sont soumis à un code de déontologie, le pas est bien sûr très vite franchi. Pourtant l’attribution de la carte professionnelle de journaliste repose avant tout sur des critères d’ordre pécuniaire. La Commission de la Carte n’est pas un ordre professionnel et il n’existe aucune règle qui conditionne l’attribution de cette carte de presse.

Bien sûr, il existe un certain nombre de codes largement reconnus par l’ensemble de la profession. Les chartes de 1918 et de 1971 sont de loin les plus connues. Elles n’ont pourtant aucun caractère contraignant parce qu’elles n’ont aucune valeur juridique. Alors qu’un article de la charte de 1918 stipule que « les journalistes ne reconnaissent que la juridiction de ses pairs en matière d’honneur professionnel », aucun ordre n’existe pour donner corps à ce principe.

On peut dès lors s’interroger sur l’intérêt de cette carte professionnelle et de codes qui n’engagent en rien les personnes qui sont pourtant censées s’y soumettre. En fait, leur principal intérêt est de donner l’illusion d’une profession soumise à un certain nombre de règles spécifiques alors qu’il n’en est rien.

Les droits et devoirs des journalistes

Cela ne veut pas dire pour autant que les journalistes peuvent exercer leur activité en toute impunité. Ils n’ont en effet pas seulement des droits mais aussi des devoirs. En vertu de l’article 11 de la déclaration des droits de l’Homme, « Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Inutile de préciser que le législateur ne s’est pas privé de cette opportunité pour multiplier les restrictions à la liberté d’expression des journalistes, non sans quelques abus parfois.

En France, la loi qui régit encore de nos jours le droit de la presse date du 29 juillet 1881. Parmi les interdictions fixées dans cette loi, celles de l’injure et de la diffamation sont de loin les plus connues. Mais n’oublions pas non plus celle qui concerne la sauvegarde de la sécurité nationale par exemple. Parmi les mesures qui ont été ultérieurement ajoutées à la loi de 1881, on peut notamment citer le délit de presse pour incitation à la haine raciale, introduit par la « loi Pleven » du 1er juillet 1972, ou bien encore le délit de presse pour apologie de crime contre l’humanité, introduit par la « loi Gayssot » du 13 juillet 1990.

Cet arsenal juridique suscite parfois des réactions véhémentes de la part des journalistes dont on comprend aisément l’attachement à défendre la liberté d’expression. Cette vigilance est d’autant plus souhaitable que le législateur est souvent tenté d’en limiter un peu plus la portée. Les restrictions juridiques à la liberté du journalisme ne sont pourtant pas celles qui nous paraissent aujourd’hui les plus contraignantes.

Le journalisme sous contrainte

Les journalistes sont effet soumis à des contraintes sociales, politiques, économiques, techniques, culturelles, dont les effets sur leur « liberté » sont d’une toute autre ampleur. Plutôt que de les décrire en détail, contentons-nous plutôt d’en mentionner quatre parmi les plus importantes.

La contrainte politique est la plus ancienne. Dès l’époque de Théophraste Renaudot, la presse était inféodée au pouvoir. Certes le « cordon ombilical » entre l’ex-ORTF et le Ministère de l’Information est coupé depuis longtemps. Mais toutes les formes de pression ou de connivence n’ont pas disparu pour autant. N’oublions pas de mentionner par exemple les aides et subventions dont la presse bénéficie grâce au soutien de l’Etat. Les pressions politiques sont néanmoins devenues avec le temps plus subtiles, moins directes. Les hommes politiques ont en effet compris qu’il était maladroit et souvent peu efficace de chercher à contrôler directement les médias. Ils se sont donc organisés en mettant notamment en place des services de communication dont la vocation est de diffuser la « bonne parole » auprès de journalistes souvent sensibles au fait de pouvoir bénéficier d’une information « prête à l’emploi ».

Avec le développement des moyens audiovisuels, la dénonciation de l’emprise de la technique sur les journalistes est devenu un lieu commun de la critique. Les progrès en matière de transmission grâce aux satellites, à la vidéo et surtout à la miniaturisation des techniques d’enregistrement et de transmission de l’image et du son, procurent indéniablement un formidable sentiment de puissance et d’efficacité aux journalistes qui en bénéficient. Toutefois cette efficacité nouvelle s’accompagne dans le même temps d’une sorte de renoncement à l’essence même du journalisme. La pratique du direct présente en effet la fâcheuse particularité de limiter les possibilités de recul et d’interdire tout effort de synthèse et d’interprétation.

Si la dénonciation des méfaits de la technique sur l’activité journalistique est justifiée, elle est également souvent exagérée. De l’école de Francfort à la médiologie de Régis Debray, la pensée philosophique européenne a rarement évité l’écueil d’un déterminisme technique consistant à lui attribuer plus de poids sur les phénomènes sociaux qu’il n’en a en réalité. Si ce sont les progrès de la technique qui permettent aujourd’hui de diffuser l’information en « temps réel », c’est bien la concurrence exacerbée entre les médias, transfigurée en une course effrénée au scoop, qui favorise le culte du direct.

L’un des poncifs de la sociologie bourdieusienne consiste précisément à dénoncer l’emprise de plus en plus importante des contraintes économiques sur les journalistes. Celle-ci se manifeste de multiples manières. Contentons-nous dans l’immédiat de préciser que le « poids de l’économique » se traduit notamment par une « précarisation » croissante de la profession qui compte aujourd’hui pas moins de 30% de pigistes. La particularité principale de ces journalistes tient à leur plus grande vulnérabilité par rapport aux pressions exercées par les sources et leurs employeurs.

Si les freins politiques, économiques et techniques à l’exercice de l’activité journalistique sont régulièrement cités, il n’en est pas de même des contraintes de type organisationnel. Celles-ci sont pourtant bien réelles et ont de lourdes conséquences sur le plan déontologique. Les journalistes sont en effet des salariés comme les autres qui partagent la responsabilité de leur production, notamment avec leur hiérarchie. Même s’ils peuvent par exemple bénéficier d’une clause de conscience en cas de changement de ligne éditoriale du média pour lequel ils travaillent, ils sont tout de même contraints de la respecter en temps normal. Comment dès lors raisonnablement envisager d’imposer une déontologie contraignante à des professionnels dont la responsabilité sur leur propre production est structurellement limitée ?

Le poids de ces contraintes se traduit par des limites importantes à l’exercice du métier de journaliste, dont les effets se font sentir sur la qualité de leur production. Cette situation explique sans doute en partie les reproches que le « public » leur adresse de façon de plus en plus insistante.

La défiance du public

Parmi les indices d’une certaine défiance du public à l’encontre des journalistes, les résultats du sondage annuel publié dans Télérama sont souvent cités. Il ressort notamment de ce sondage que la majorité des français considère que les choses ne se passent pas réellement comme les médias en parlent ou encore que les journalistes ne sont pas des professionnels indépendants.

De manière plus générale, Jean-Marie Charon relève un certain nombre de critiques récurrentes adressées aux journalistes, dont voici la liste : atteinte à la vie privée, atteinte à la présomption d’innocence, diffusion d’une multitude d’inexactitudes ou approximations, exposition du public à la violence, recherche malsaine du sensationnel ou du spectaculaire, manque de responsabilité quant aux effets potentiels de leur activité sur la vie des gens, absence de remise en cause perçue comme une certaine forme d’arrogance [1].

Selon ce sociologue, un large accord existe aujourd’hui dans la « société civile » autour de trois exigences. Il s’agit en premier lieu pour les journalistes, dont la responsabilité sociale est importante, de faire un effort de formation initiale et continue afin d’actualiser régulièrement leur compétence. L’obligation pour les journalistes de s’engager sur une charte, un ensemble de règles et de principes s’appliquant à toute la profession est également souhaitée. Le respect de ses règles, enfin, devrait être assuré par la mise en place d’un comité d’éthique chargé de réguler la profession.

LES MENACES SUR LE PLURALISME DE L’INFORMATION

La présentation même sommaire des principaux obstacles à la déontologie des journalistes dans les médias traditionnels et des griefs du public à leur égard, est loin d’être anecdotique. Ce sont en effet bien souvent les mêmes contraintes et reproches que l’on retrouve sur l’internet. Le développement de l’information en ligne s’inscrit en réalité bien plus dans le prolongement et même l’aggravation des difficultés propres aux médias « traditionnels » qu’en rupture par rapport à eux. Ce constat se vérifie tout particulièrement dans le cas des contraintes économiques dont on peut légitimement se demander si elles ne sont pas encore plus « aliénantes » sur l’internet que dans les autres médias.

Question de rentabilité

Le défi majeur des médias sur l’internet consiste à imaginer un modèle économique permettant de rentabiliser leurs activités sur la toile. La difficulté d’atteindre un tel objectif est d’autant plus grande que les internautes ne semblent pas disposés à payer une information qu’ils ont pris l’habitude de « consommer » gratuitement.

Bien sûr, tous les sites d’informations en ligne ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés sur la question de la rentabilité. Sans entrer dans les détails, rappelons tout de même que la réalité est très contrastée avec d’un côté, des sites spécialisés dont la rentabilité est parfois déjà assurée et de l’autre côté, des sites d’informations générales dont la capacité à dégager des profits paraît très aléatoire.

Offrant des contenus à forte « valeur ajoutée » destinés à une clientèle très ciblée souvent courtisée par les annonceurs, certains sites d’informations spécialisées semblent promis à un bel avenir. Dans le domaine de l’actualité d’Internet et des nouvelles technologies, des sociétés comme Cnet, Zdnet ou encore Internet.com aux Etats-Unis, sont d’ores et déjà rentables. Au regard de leur dynamisme actuel, Ftpresse ou )Transfert en France semblent également en bonne voie.

Si l’information de « niche » sur l’internet paraît prometteuse, il n’en va pas de même de l’information généraliste. Aux Etats-Unis aussi bien qu’en France, personne ne semble aujourd’hui encore avoir réellement trouvé les clés de la rentabilité, d’où la prudence de nombreux acteurs du secteur qui se traduit par exemple par la relative modestie des investissements des titres de la « presse traditionnelle » sur l’internet. La plupart d’entre eux se contente en effet encore aujourd’hui pour l’essentiel d’une transposition de leur contenu-papier sur la « toile » en l’agrémentant de quelques compléments assez limités [2]. Les équipes chargées de la gestion des sites web de la plupart des entreprises de presse sont d’ailleurs généralement très réduites.

La concentration

La conséquence la plus évidente de la faiblesse des perspectives de rentabilité est sans doute à chercher dans l’accélération des politiques de concentration, d’alliance et autre partenariat qui posent de sérieux problèmes en matière de pluralisme de l’information. Lorsque les concentrations sont à la fois « horizontales » et « verticales », le risque est alors particulièrement grand de voir se constituer des acteurs « tentaculaires » intégrant à la fois la production de contenus et de services, ainsi que tous les processus de diffusion en ligne jusqu’aux consommateurs finals.

Selon Jean-Charles Bourdier, auteur d’un rapport sur les réseaux à hauts débits  [3] : « Nous pourrions ainsi voir apparaître des acteurs proposant un abonnement unique pour l’eau, le téléphone fixe et mobile (voix), la transmission de données (accès Internet), la fourniture de contenus (télévision, radio), la fourniture de services (de réservation : voyages, cinéma, etc. ; d’assistance : GPS, aide à la navigation, assurance, etc.)... La fourniture de ce « bouquet de services » offrirait à cet opérateur un lien privilégié vers une base de consommateurs rendus « captifs » par le coût (financier ou logistique) de changement d’opérateur ».

Lorsque Laurent Cohen-Tanugi, avocat aux barreaux de Paris et de New York, déclare au congrès du FNPF de Lille que « le spectre de la World Company se rapproche à grands pas », il reconnaît du même coup implicitement la pertinence des inquiétudes formulées depuis longtemps par les économistes politiques d’obédience marxiste comme Robert Mc Chesnay [4] , sur les conséquences de la concentration des industries culturelles au niveau du pluralisme de l’information. Le marché mondial est aujourd’hui constitué d’un nombre de plus en plus restreint de conglomérats qui dominent tous les secteurs de la culture industrielle : la télévision, la radio, la presse écrite, le cinéma, le disque, l’édition et désormais l’internet.

L’intérêt pour les multinationales de la communication de s’associer ou encore de fusionner repose sur la recherche d’un effet de taille et de synergie en terme de production qui permet d’augmenter les perspectives de rentabilité.

Quand la maison Disney réalise par exemple un film, elle peut aussi s’assurer de sa diffusion sur la télévision, produire, réaliser et vendre la bande sonore du film, une série, un feuilleton, un dessin animé, un cédérom, un site internet, publier des livres et des bandes dessinées, exploiter des parcs d’amusement à thèmes, et en faire la promotion sur les différents supports dont elle est propriétaire.

Selon Robert Mc Chesney, « Au total, les profits réalisés par l’ensemble du conglomérat peuvent être beaucoup plus importants que le potentiel de chacune de ses parties ». Quant aux compagnies qui n’ont pas ce potentiel d’intérêts croisés pour la vente et la promotion, elles ne sont pas du tout en mesure d’être concurrentielles sur un marché mondial de plus en plus oligopolistique et difficile à pénétrer.

Suite à l’annonce de la fusion entre Aol et Time Warner, la Fédération Internationale des Journaux, a demandé que des mesures soient prises pour assurer le pluralisme de l’information : « une poignée de compagnies contrôle l’information et les moyens permettant de l’acheminer. Si aucune mesure n’est prise pour assurer l’indépendance de la presse, nous risquons d’être confrontés à une menace dangereuse pour la diversité des médias » [5].

Les sites portails

Bien sûr, ces stratégies de concentration ne sont pas la seule réponse au problème de rentabilité des sites d’information en ligne auquel les éditeurs sont confrontés. Sur ce dernier point, rien ne peut hélas permettre de penser que les anciennes recettes sont encore valables sur l’internet. En effet, le paiement direct par l’internaute, à la consultation ou par abonnement, des informations - « fraîches » ou archivées - paraît toujours aussi peu probable tant que la solution du micro-paiement n’aura pas fait les preuves de son efficacité. Quant au modèle du financement par la publicité, qui a déjà été adopté avec succès dans les médias « traditionnels », son avenir semble beaucoup plus hypothétique sur l’internet. Hormis la question conjoncturelle des difficultés actuelles de mesure d’audience, il faut bien reconnaître que seuls les sites « portails » qui génèrent le plus de « trafic » semblent aujourd’hui en mesure de rentabiliser leur activité de cette manière.

Si de nombreux médias en ligne aspirent à devenir des « portails », ceux-ci appartiennent aujourd’hui aux principaux fournisseurs d’accès, hébergeurs, annuaires et moteurs de recherche qui essaient de retenir les internautes en leur proposant notamment des contenus informationnels parfois produits en interne mais beaucoup plus souvent achetés à d’autres producteurs. A l’origine simple annuaire sur l’internet, le portail Yahoo ! multiplie les partenariats avec des producteurs de contenus pour la diffusion sur son site, devenu la page d’accueil de beaucoup d’internautes, de dépêches, d’articles, et autres communiqués de presse. Yahoo ! est également aujourd’hui producteur d’une partie des informations qu’il diffuse, notamment dans le domaine financier.

En France, l’exemple du Monde n’est pas très rassurant pour les médias qui souhaitent s’imposer sur ce créneau. En mai 2000, un portail baptisé Tout.LeMonde.fr comprenant en plus des informations générales huit « chaînes thématiques » différentes consacrées aux nouvelles technologies, aux sorties et spectacles, au livre, à l’éducation, à l’immobilier, au voyage, à la finance et à l’emploi, était lancé. De nombreux services étaient également proposés aux internautes, dont une galerie marchande proposant des produits allant du domaine culturel aux loisirs en passant par la gastronomie, les annonces immobilières et d’emploi. Cette stratégie de diversification des métiers est aujourd’hui abandonnée. Bruno Patino, le nouveau directeur de la filiale interactive du Monde, annonçait en effet dans un interview accordée au Journal du netle 11 janvier 2000, le lancement d’une nouvelle version du site correspondant à un recentrage vers le métier d’origine : « le contenu et le traitement de l’information » [6].

L’échec du Monde dans sa tentative de créer un site portail ne doit pas occulter le danger que ce type de stratégie représente en terme de pluralisme de l’information. Dans un avis rendu en mars 2000 sur « le pluralisme et la concentration dans les médias », le Comité économique et social européen déclarait à ce sujet que : « le phénomène des sites portails, qui tend à concentrer et à standardiser l’information disponible, doit être aussi pris en compte pour s’assurer qu’il ne sera pas un moyen d’accaparer les accès à diverses sources d’information ou aux ressources financières liées à la publicité » [7].

La syndication

Si les sites portails constituent effectivement une menace pour le pluralisme de l’information, ils présentent aussi la particularité de ne pas être issus du secteur des médias tout en concurrençant ces derniers sur le terrain de l’information. Le risque est donc grand de voir les médias de plus en plus réduits au simple statut de fournisseurs d’information contraints de vendre leurs contenus à d’autres sites.

Cette inquiétude renvoie finalement aux risques liés à la « syndication » qui tend à se développer considérablement aujourd’hui. Historiquement, cette notion renvoie à la publication croisée de produits informationnels sur plusieurs médias différents. Aujourd’hui la « syndication » ne concerne plus exclusivement l’univers des médias mais comprend également la vente de ses productions à des commerçants qui en profitent pour alimenter leur site avec un contenu rédactionnel susceptible d’attirer l’attention de la clientèle et de l’inciter à consommer.

Selon Jean-Charles Bourdier, auteur d’un rapport sur La presse et le multimédia, la syndication représente un danger pour la presse pour trois raisons principales : « la première est d’être ramenée à un rang de fournisseurs d’informations, de simples prestataires, telle une agence de presse. Ce qui, à terme, faute d’être acteur réel d’une stratégie globale, n’engendre aucun profit réel en termes financiers. La seconde est de permettre, par ce biais, à des acteurs nouveaux de pénétrer le marché à moindre frais en se servant du label et de la notoriété du titre ou de l’agence de presse. La troisième est que la conservation de la propriété des contenus sans cesse améliorés permet d’attirer les annonceurs et non pas de devenir simples partenaires valorisant des sites que ces derniers auront conçus eux-mêmes à leur seul profit » [8].

Dans le domaine de l’actualité sur les nouvelles technologies, )Transfert, qui aurait déjà signé plus de 90 accords de « syndication », mais aussi ZDnet.fr ou encore FTpresse, sont par exemple en train d’évoluer vers la fonction d’agences de presse en ligne.

La multi-diffusion des articles sur différents sites posent naturellement des problèmes en terme de diversité des contenus. Ceux-ci sont encore accentués par le fait que les agences de presse mondiales elles-mêmes ont de plus en plus tendance à court-circuiter les journaux sur l’internet en signant des accords de partenariat avec d’autres sites pour la diffusion de leurs dépêches sur la toile en accès direct pour le « consommateur final ».

LES RISQUES DE DILUTION DE « L’INFORMATION » DANS LA « COMMUNICATION »

La conjugaison de la concentration des industries culturelles, de la multiplication des stratégies de syndication des contenus et de la multi- diffusion des dépêches d’agence sur les sites d’information en ligne, a pour résultat final de provoquer une situation pour le moins paradoxale : alors que l’information ne semble jamais avoir été aussi abondante et facilement accessible que sur l’internet, on a dans le même temps la fâcheuse impression de consulter des nouvelles toutes plus semblables les unes que les autres. C’est peut-être aussi pour cela que les internautes ne souhaitent pas payer des informations dont le contenu leur paraît si peu original. Toujours est-il que, face au problème de la gratuité de l’information, deux stratégies principales pour générer des profits en dehors des ressources générées par la syndication sont depuis longtemps évoquées : la publicité et le « e-commerce ». L’exploitation des bases de données comportementales des internautes est plus rarement évoquée. Peut-être est-ce parce qu’elle est moins avouable.

La publicité

La dépendance des médias d’information en ligne par rapport à leurs annonceurs s’accentue pour de multiples raisons.

L’incapacité à faire payer les contenus place automatiquement les éditeurs dans une position plus vulnérable à l’égard des annonceurs. Le caractère encore relativement embryonnaire du marché publicitaire sur l’internet n’arrange rien à cette situation. La concurrence des portails qui attirent aussi bien à eux une bonne partie des budgets publicitaires que les petites annonces fragilise encore un peu plus les sites d’information en ligne.

Sur le plan technique, les annonceurs sont beaucoup plus précisément informés de l’efficacité de leur campagne que sur les autres médias. Dans le cas particulier des bannières publicitaires, ce n’est pas seulement l’audience d’un site qui importe mais aussi le taux de clic sur les bannières.

Face à la vulnérabilité croissante des sites d’information en ligne, les annonceurs en profitent pour développer de nouvelles formes de publicité particulièrement « agressives » avec, par exemple, l’apparition inopinée sur un quart d’écran d’une fenêtre publicitaire appelée « pop-up » ou encore d’une page publicitaire « intersticielle » qui s’affiche automatiquement en plein écran entre la page que vous quittez et celle que vous avez appelé.

La plus grosse menace sur la qualité du contenu de l’information-presse tient sans aucun doute au développement du « publi-rédactionnel ». Déjà très présent dans la presse magazine-papier, il tend en effet à se multiplier sur l’internet où l’on a de plus en plus de mal à dissocier « l’information » de ce qui relève de la « communication ».

Si la multiplication des « infomercials » ou encore « publi-informations » s’explique en partie par la plus grande vulnérabilité des médias en ligne par rapport aux annonceurs, elle s’inscrit également dans la logique du développement du commerce électronique sur les sites d’information [9].

Le commerce électronique

Le développement de « galeries marchandes » est en effet une possibilité offerte aux sites d’informations en ligne pour gagner de l’argent. Aujourd’hui, l’exemple le plus répandu de commerce en ligne concerne celui des commissions versées par les distributeurs suite à la vente de livres, CD, places de cinéma, etc., générée à partir de la consultation des sites d’informations en ligne partenaires. Nul besoin d’être grand clerc pour s’apercevoir qu’une telle pratique crée un lien qui n’a jamais été aussi direct entre un contenu rédactionnel qui se présente sous la forme d’« informations-produit » et les produits eux-mêmes. L’idée consiste en effet à mettre les formulaires d’achat à un clic des articles en permettant ainsi à l’internaute de s’informer et de consommer dans le même mouvement. L’introduction des « liens contextuels » entre parfaitement dans cette logique. Concrètement, cela consiste par exemple à associer un article sur une région touristique quelconque du monde avec des liens vers une agence de voyage en ligne. On imagine assez aisément les risques que cette situation inédite représente pour l’autonomie des rédactions par rapport aux services commerciaux.

Dans un article paru le 30 Août 1999 dans Multimédium, André Belanger s’inquiétait d’ailleurs de l’émergence du « transaction journalism » qu’il décrit comme un mélange de plus en plus répandu entre l’information et le commerce en ligne [10]. Selon Cyril de Graeve, rédacteur en chef du webzine culturel Chronic’art, « à partir du moment où il y a une commission derrière, l’info ne peut être que douteuse ». Dans un article de Libération, Eric Meyer, professeur de journalisme à l’Université de l’Illinois, déclarait à propos du commerce électronique que : « quand il permet à un journal de tirer profit d’une information, c’est un abus ». Selon lui, l’information devient alors « un emballage destiné à faire vendre le produit ». Se disant « très inquiet de l’état de la presse en ligne », il concluait son propos en regrettant que « La priorité n’est pas l’éditorial mais la rentabilité » [11].

Si quelques voix s’élèvent pour dénoncer les dangers d’une collusion croissante entre les contenus rédactionnels, la publicité et le commerce en ligne, les éditeurs ont rarement de tels scrupules. Sans doute sont-ils contraints par le manque de rentabilité de leur site à être moins « regardants » sur la manière de dégager quelques bénéfices. Ce constat est d’autant moins rassurant que les éditeurs disposent de bases de données comportementales qui recensent le profil de chaque visiteur.

La « traçabilité » des internautes

Le « data mining », le « profiling » et autre « datawarehouse », sont d’ailleurs aujourd’hui considérés comme des sources potentielles de revenus non négligeables. Ces techniques consistent à analyser les systèmes d’information des entreprises qui regorgent de données sur leur activité et leurs clients, afin d’en extraire des connaissances permettant d’obtenir une plus grande efficacité commerciale. Un internaute naviguant gratuitement sur un site d’information en ligne laisse nécessairement derrière lui une multitude d’indications sur ces centres d’intérêt, ses besoins d’information, ses loisirs, etc. Ces données peuvent alors être collectées à son insu dans le but de placer les bandeaux publicitaires aux meilleurs endroits. Sous certaines conditions,elles peuvent également être vendues à des clients, notamment à des sociétés spécialisées dans le marketing direct. Selon Emmanuel Parody, rédacteur en chef du site ZDnet.fr, le « data mining » est une des clés de la rentabilité de la presse en ligne. Mais s’il insiste sur la nécessité d’exploiter ces données, il nous met également en garde face aux risques d’une utilisation à courte vue de ces dernières.

Dans un message envoyé le 15 septembre 2000 sur Jliste, il déclarait ainsi que : « L’analyse des logs est en effet impitoyable sur les articles que l’on ne lit pas jusqu’au bout, sur les sujets qui ennuient, sur l’objet réel des recherches dans les archives, sur les chroniques sans lecteurs... La tentation est grande dans ce cas de tailler dans le vif, de déplacer les rubriques, de limiter les thèmes abordés. Ceci parce que, sur la base d’un calcul à courte vue, les revenus publicitaires d’un site gratuit sont liés étroitement au volume de pages vues (uniquement toutefois quand le modèle repose sur les bannières). Pour beaucoup de petits sites en quête de rentabilité, il est suicidaire de s’autoriser des contenus à faible audience ».

En autorisant une connaissance très précise de ce que lisent les internautes, ces techniques d’analyse des systèmes d’information modifient considérablement les conditions de travail des journalistes qui peuvent se voir reprocher, sur la base de données qui n’ont jamais été aussi précises, leur incapacité à « faire de l’audience ». Les choix en matière de politique éditoriale peuvent être encore plus étroitement déterminés en fonction de l’analyse des résultats d’audience et l’autonomie des journalistes se trouve encore une fois menacée.

Lors du dernier sommet de Rio de l’Association Mondiale des Journaux en juin 2000, le président d’Unisys déclarait qu’« il faudra supprimer les barrières entre la rédaction, la publicité et la diffusion » [12]. Face à l’emprise de la contrainte économique sur les sites d’information en ligne, « l’idéal professionnel » des journalistes est de plus en plus réduit à la portion congrue pour laisser place à un « journalisme de marché ».

« The Great wall between content and commerce is beginning to erode », écrit Mike france dans un article de Business Week sur l’information en ligne paru le 11 octobre 1999 [13]. Ce processus, déjà bien avancé dans les médias traditionnels, connaît assurément des développements inédits dans le cas de l’information en ligne.

Alors que les anciennes méthodes de financement ne suffisent pas à rentabiliser les sites d’informations en ligne, les nouvelles stratégies développées aujourd’hui doivent encore faire la preuve de leur efficacité. Ce constat est d’autant plus inquiétant qu’il s’impose dans un contexte où l’évolution rapide des techniques rend encore plus aléatoire les perspectives de rentabilité. Le développement actuel du « haut débit », déjà anticipé par de nombreux acteurs, risque en effet de changer assez radicalement les données du problème.

AUTRES QUESTIONS DE « E-DEONTOLOGOIE »

On comprend bien à la lecture de ce qui précède, que les principaux obstacles à la déontologie journalistique sont aujourd’hui d’ordre économique. Mais il serait faux de réduire les questions de déontologie à cette unique dimension. D’autres préoccupations morales peut-être moins cruciales mais néanmoins importantes se posent aux journalistes en ligne dans le cadre de l’exercice quotidien de leur activité. C’est précisément sur l’internet où les journalistes semblent aujourd’hui les plus vulnérables qu’il importe sans doute d’ajouter quelques critères déontologiques à ceux qui sont déjà énoncés dans les chartes afin de tenir compte des particularités de la toile.

Les informations non vérifiées

Les « dérapages » liés à la rapidité de publication de l’information en ligne sont souvent dénoncés. La vitesse et l’immédiateté ne font pas bon ménage avec la vérification, la précision, l’exactitude, la « contextualisation », ou encore la profondeur d’analyse. L’absence théorique de bouclage et la publication permanente permise par la souplesse de l’internet est à la fois une chance et un inconvénient. Cette possibilité d’une diffusion quasiment instantanée des informations au détriment du travail de vérification des sources est encore aggravée par la course de vitesse que les acteurs de l’information en ligne se livrent dans un marché toujours plus concurrentiel et peu rentable. Ce contexte de diffusion des nouvelles est évidemment propice à la publication d’informations non vérifiées dont les effets peuvent être particulièrement dramatiques, notamment lorsqu’il s’agit d’informations financières.

Le 25 août 2000, un faux communiqué initialement publié sur InternetWire, un service qui centralise des communiqués de presse, repris par Blomberg News, CBS Marketwatch, CNBC et d’autres sites d’information en ligne, a fait chuter le titre d’une société américaine spécialisée dans la fibre optique, Emulex, de plus de 60 % en un quart d’heure. Le communiqué en question annonçait la démission du PDG. de cette société en raison de la révision à la baisse du chiffre d’affaires de la société sur le quatrième trimestre et de l’ouverture d’une enquête sur les comptes de l’entreprise. Il avait été rédigé par un étudiant de 23 ans, arrêté le 31 août suivant, qui spéculait sur l’action d’Emulex et souhaitait donner un petit coup de pouce au destin par la diffusion d’une information mensongère destinée à orienter le cours de bourse de cette société dans le sens de ses intérêts financiers.

Si l’actualité financière est un secteur particulièrement sensible aux manipulations de l’information, d’autres exemples montrent que tous les sites d’information en ligne sont vulnérables à la diffusion de rumeurs, d’informations non vérifiées et autres canulars [14]. Un groupe de farceurs britanniques a ainsi réussi à faire croire à quelques médias qu’ils venaient de lancer le premier prototype de serveur web alimenté par des pommes de terre. Cette information a notamment été reprise sur les sites de Slashdot, de la BBC, USA Today, Zdnet, ou encore )Transfert en France.

Il ne faudrait surtout pas déduire de ces deux exemples que les sites d’informations en ligne sont les seuls concernés par ce type d’erreurs. Si les médias « traditionnels » profitent de ce genre de péripéties pour dénoncer l’amateurisme de leurs confrères de la toile, il faut bien admettre qu’ils sont loin d’être à l’abri de ce type de manipulation. Lors de l’affaire Lwinsky/Clinton, Matt Drudge a certes focalisé toutes les attentions de ceux qui souhaitaient dénoncer la multiplication des rumeurs et autres ragots. Mais il ne faut pas oublier que tous les observateurs de cette affaire ont également constaté que l’ensemble des médias américains ont relayé des informations non vérifiées à cette occasion. Les sites d’information en ligne sont donc loin d’avoir le monopole des bavures. Il faut néanmoins reconnaître qu’elles sont sans doute plus fréquentes sur l’internet que dans les médias traditionnels.

Le problème de la diffusion d’informations approximatives ou non vérifiées en entraîne immédiatement un deuxième, celui de savoir comment corriger une éventuelle erreur. Il serait logique que les sites d’information en ligne mentionnent leurs erreurs aux internautes et ajoutent des corrections au texte initial, sans pour autant altérer la version originale dont l’intégrité doit bien sûr être soigneusement préservée. Mais combien de sites d’information en ligne seraient aujourd’hui réellement prêts à accepter cette règle du jeu ?

Le plagiat

Une autre pratique souvent dénoncée sur l’internet concerne le plagiat. Il est vrai que les propriétés techniques de l’internet rendent la pratique du copier/coller particulièrement attrayante. Le fait de copier un article paru sur un site d’information étranger, qui présente par exemple l’avantage de n’autoriser l’accès gratuit à ses archives que sur une très courte durée, pour le traduire intégralement et le publier dans un autre média, est d’autant plus tentant que certains journalistes travaillant parfois pour les titres les plus prestigieux de la presse traditionnelle se sont déjà fait prendre à ce petit jeu  [15]. Il est bien sûr très difficile d’évaluer la fréquence de ce type de pratique. Mais on peut aisément imaginer que les cas de ce genre ne doivent pas être si rares que cela. Il est d’ailleurs intéressant de constater que ce sont souvent les producteurs d’information en ligne qui se plaignent d’être « pillés » par les médias traditionnels et non l’inverse.

Liens hypertexte, documents annexes et forums communautaires

La question des liens hypertexte revient régulièrement parmi les préoccupations des journalistes en ligne. Ceux-ci sont essentiels à la publication sur la toile dans la mesure où ils offrent la possibilité d’enrichir un article en fournissant des éléments d’information permettant au lecteur d’approfondir un sujet. Mais il s’agit de savoir de quelle manière on peut renvoyer l’internaute vers certains sites haineux, à caractère pornographique, ou tout simplement commerciaux. Les réponses à ce type de question peuvent être multiples. Il revient donc à chaque rédaction d’y répondre en fonction de ses propres valeurs et de son lectorat.

Dans le même registre de préoccupation, l’internet offre également l’énorme avantage de pouvoir publier directement sur le site d’information en ligne des documents supplémentaires qui viennent compléter un article ou un dossier. L’avantage est de permettre aux internautes qui le souhaitent d’avoir accès aux sources originales et de pouvoir se faire leur propre opinion sur un sujet qui les intéresse. Mais les problèmes moraux sont sensiblement de même nature que pour les liens hypertexte. Tous les documents peuvent-ils être publiés directement sur le site ? En vertu de quels principes en retenir certains et en éliminer d’autres ? Encore une fois, ce type de questionnement n’appelle aucune réponse d’ordre général. Il s’agit plutôt de juger au cas par cas.

Le problème de la gestion des espaces d’expression accordés aux internautes sur les sites d’information en ligne est probablement beaucoup plus sensible. Dans la mesure où les internautes ont les mêmes droits et devoirs que n’importe quel journaliste qui s’exprime publiquement, il paraît indispensable que les sites d’information en ligne exercent un contrôle au moins a posteriori sur le contenu des échanges qui se déroulent sur leur site afin d’en vérifier la conformité avec la législation nationale.

Sous-effectif, manque de formation et qualité de l’information

Une enquête réalisée par David Arant, de l’Université de Memphis, et Janna Quitney Anderson, de Elon College, présentée en août 2000 lors d’une convention organisée à Phoenix par l’Association for Education in Journalism and Mass Communication [16], montre que les responsables de sites d’information en ligne de journaux américains considèrent que les versions en ligne sont moins fiables que les journaux imprimés. 47% des personnes ayant répondu à cette enquête déclarent ainsi que la rapidité de l’internet a érodé le principe de base de la vérification des faits avant leur publication. Cette enquête montre dans le même temps un très gros problème de sous-effectif dans les sites d’information en ligne de la presse écrite. Ce qui amène Janna Quitney Anderson à conclure en substance de la manière suivante : les médias en ligne, dont la plupart fonctionne sans journaliste à plein temps ou avec une équipe squelettique, se voient demander constamment de réécrire les nouvelles dans leurs éditions web pour maintenir leur état de fraîcheur. On attend également d’eux qu’ils mettent en ligne très rapidement l’actualité "brûlante". Un haut niveau d’exigence éthique et de responsabilité journalistique est difficile, sinon impossible, à atteindre dans un tel environnement.

Cette enquête révèle également que 97% des responsables interrogés attendent des journalistes qu’ils embauchent une bonne connaissance de la déontologie journalistique. Or, beaucoup de journalistes qui travaillent dans les sites d’information en ligne n’ont pas de formation initiale en journalisme.

Si aucun chiffre ne permet d’étayer une telle affirmation, on peut toutefois s’interroger sur la qualité de la formation des journalistes en ligne français. D’une manière générale, la proportion de journalistes issus des écoles reconnues par la profession est relativement faible en France. Cet handicap est redoublé sur l’internet en raison de la réticence des étudiants issus de ces écoles à intégrer des rédactions en ligne. La plupart des journalistes qui travaillent aujourd’hui sur les sites d’information en ligne ont probablement pour point commun d’être plutôt jeunes, inexpérimentés, peu formés au journalisme et a fortiori à son exercice sur l’internet.

Les perspectives de rentabilité des médias en ligne étant plutôt limitées, il ne faut pas s’étonner de constater que la taille des rédactions est généralement plutôt modeste. Certains titres de la presse traditionnelle n’ont même pas jugé nécessaire de mobiliser des journalistes pour la mise en ligne de leur contenu rédactionnel. Il serait pourtant bien hasardeux de confier cette tâche aux seuls informaticiens. L’expérience des Dernières Nouvelles d’Alsace est de ce point de vue particulièrement éloquente.

En mars 1996, la nécrologie d’un ancien président de Conseil régional a prématurément été mise en ligne sans avoir été validée au préalable par un journaliste. Certains internautes ont alors appelé la rédaction pour demander pourquoi la nouvelle n’avait pas été annoncée dans le journal papier du matin. Il leur a été rétorqué que c’était normal puisque ce monsieur n’était pas mort. Cette affaire témoigne de manière éclatante des risques inhérents à l’absence de contrôle du mode de transmission et de la responsabilité éditoriale par une équipe de journalistes.

CONCLUSION

On comprend bien au vu de ce dernier exemple que la question déontologique sur l’internet est un sujet à la fois neuf et sans doute plein d’avenir. On a pu constater au cours de cette évocation des principales difficultés auxquelles les journalistes en ligne sont aujourd’hui confrontés que les problèmes sont à la fois nombreux et graves. Si certains d’entre eux découlent directement des spécificités de l’information en ligne, la plupart s’inscrivent dans le prolongement de problèmes déjà présents dans les médias traditionnels. C’est notamment le cas de la concentration, de la collusion croissante entre "l’information » et la « communication », de la difficulté à maîtriser les enjeux techniques aggravée par la course au scoop, ou encore de la « précarisation » accrue du métier de journaliste. Il va de soi que chacun de ces enjeux prend des aspects particuliers sur l’internet en raison notamment de ses propriétés techniques et de l’absence de perspective de rentabilité des sites d’information en ligne. Le problème de la concentration se traduit par exemple par l’existence des sites portails et la syndication. L’emprise croissante des logiques marketing sur les journalistes en ligne se vérifie en premier lieu avec le rapprochement « contre-nature » entre les contenus éditoriaux et les transactions commerciales. La difficulté à maîtriser la technique se matérialise surtout par la multiplication d’informations non vérifiées.

Ce qui change sur l’internet relève finalement moins de la nature des problèmes que de la manière ou de l’ampleur inédite avec lesquels il se posent. Prenons par exemple la question des liens hypertexte, des documents extérieurs à la rédaction et des espaces ouverts aux internautes : ne s’inscrit-elle pas au moins jusqu’à un certain point dans le prolongement des questions soulevées par le bon vieux courrier des lecteurs, les forums radiophoniques ou télévisés, les tribunes libres et autres espaces de « libre parole » concédés par les médias "traditionnels » ?

On peut évidemment envisager la mise en place de chartes qui tiennent compte de la spécificité de l’information en ligne. Le Poynter Institut aux Etats-Unis en a rédigé une. C’est également le cas de l’American Association of Magazine Editors ou encore de l’Association for Computing Machinery [17].

Certains ont également envisagé l’adoption d’un label sur les sites d’information en ligne. Dès 1997, Jean Charles Bourdier indiquait dans son rapport sur La presse et le multimédia que « Les entreprises de presse auraient intérêt à mettre en oeuvre un label commun » sur l’internet [18]. Cette idée a notamment été reprise par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et plus récemment par la FNPF [19].

On peut évidemment sourire à la proposition du président de ce syndicat patronal, Alain Boulonne, d’adopter une charte de déontologie pour les sites de presse. Le FNPF s’est en effet toujours refusé par le passé, contre la volonté des organisations de journalistes, d’intégrer à la convention collective la charte de déontologie de 1918 et la déclaration de Munich de 1971. On aimerait pourtant croire à ce « revirement éthique » et y voir le témoignage que les responsables des médias français ont compris qu’ils avaient tout intérêt à améliorer la qualité de leur production s’ils souhaitent obtenir le « leadership » sur l’information en ligne.

L’évolution la plus significative du développement de l’information sur l’internet relève sans aucun doute de la perte du monopole des médias sur la diffusion des nouvelles.

Dans un message diffusé sur Jliste, Marc Laimé a esquissé une typologie des producteurs de contenu sur Internet. Il distingue notamment les sites des "grands médias », tels que Le Monde, TF1, Les Echos, les sites des nouveaux entrants sur le marché adeptes de la syndication, comme FTPresse, )Transfert, ZDnet.fr, et les nouvelles « agences de production de contenu », dont le nombre serait en croissance rapide.

On peut également ajouter à cette liste une multitude de sources d’information qui, jusque là, n’était pas aussi facilement accessible pour les internautes, comme les dépêches d’agence, les communiqués d’entreprise, les textes légaux et les documents administratifs, les travaux de chercheurs et d’universitaires, les lettres d’informations d’organisations non gouvernementales, les webzines de journalistes amateurs, les sites de « journalisme contributif » fondés sur le modèle de Slashdot, les agences de presse alternatives comme Indymedia.org, etc.

Face à la concurrence de plus en plus forte de ces nouveaux acteurs, la difficulté pour les entreprises de presse en ligne est double. D’une part, il est bien souvent difficile de déterminer sur l’internet quel est le statut de l’information que l’on consulte : s’agit-il d’une information-presse, d’un publi-reportage, d’un contenu produit par une agence de communication ou par des journalistes amateurs ? D’autre part, la distinction en terme de « qualité » entre « l’information-presse » et « l’information-communication » est de plus en plus difficile à établir. Ce double processus de brouillage quant à l’origine et la nature des informations diffusées sur l’internet représente à n’en pas douter le grand défi que les entreprises de presse en ligne ont dès aujourd’hui à relever.

Plus que par l’adoption de labels et autres chartes déontologiques, c’est peut- être du côté de cette explosion de la concurrence liée à l’arrivée de tous ces nouveaux entrants sur le marché de la production de contenu, que l’on peut trouver des raisons d’espérer que les entreprises de presse en ligne auront un intérêt bien compris à améliorer leurs standards de production, ne serait-ce que pour espérer pouvoir se démarquer dans ce flot continu et quasiment infini de nouvelles.

Le public des médias a bien sûr un rôle à jouer dans la nécessaire vigilance à l’égard des sites d’information en ligne. C’est pourquoi il faut encourager le développement de nouvelles structures jouant le rôle de « chiens de garde » des médias sur le modèle des « mediawatchdogs » américains.

Mais une vigilance même accrue du public ne suffirait pas à régler tout les problèmes. Des efforts doivent donc être également entrepris du côté des journalistes au niveau de leur formation, de leur condition de travail et de leur autonomie au sein des entreprises de presse.

Plus la concentration dans les médias est forte, plus l’autonomie des rédactions au sein des entreprises de presse est nécessaire. On constate hélas aujourd’hui que celle-ci est de plus en plus fictive. Cette situation est d’autant plus grave qu’elle représente une véritable menace pour la démocratie.

 

[1] Jean-Marie Charon, Réflexions et propositions sur la déontologie de l’information, rapport à Madame la Ministre de la Culture et de la Communication, 8 juillet 1999.

[2] L’étude Innovation in Newspapers - The 2000 World Report réalisée auprès de 550 entreprises par l’Innovation international media consulting group pour le compte de la World association of newspapers indique que 70% des informations en ligne sont tirées du journal écrit.

[3] Jean-Charles Bourdier, Réseaux à hauts débits : nouveaux contenus, nouveaux usages, nouveaux services, rapport présenté à Monsieur Chistian Perret, secrétaire d’Etat à l’Industrie, septembre 2000.

[4] A titre d’exemple, se reporter à  : Noam Chomsky et Robert Mc Chesney, Propagande, médias et démocratie, Editions Ecosociété, 2000.

[5] extrait cité dans : Charles de Laubier, La presse sur Internet, QSJ, 2000, p.105.

[6] interview de Bruno Patino dans le Journal du Net.

[7] L’avis « Pluralisme et concentration dans les médias » du Comité économique et social.

[8] Jean Charles Bourdier, La presse et le multimédia, rapport remis à Monsieur François Fillon, Ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l’Espace, le 13 Février 1997.

[9] A titre d’exemple, se reporter à : Laurent Mauriac, « l’info emballe la pub », Libération, 29 janvier 2000.

[10] André Bélanger, « Journalisme et nouveau journalisme », Multimédium, 30 Août 1999.

[11] Laurent Mauriac, « Déontologie, la ligne de partage des sites », Libération, 29 janvier 1999.

[12] Voir à ce sujet l’article suivant : Michel Delberghe, « Les éditeurs de journaux préparent la révolution numérique », Le Monde, 16 juin 2000.

[13] Mike France, « Commentary : Journalism’s Online Credibility Gap », Business Week, 11 octobre 2000.

[14] Voir à ce sujet l’article de : Annick Rivoire, « Canul’art », Libération, vendredi 22 septembre 2000.

[15] A titre d’exemple, se reporter à : Didier Rizzo, "Le piratage cousu web des journalistes français", Le soleil se lève à l’Est.

[16] David Arant et Janna Quitney Anderson, Online Media Ethics : A Survey of U.S. Daily Newspaper Editors, août 2000.

[17] Des exemples de codes de déontologie de l’information en ligne.

[18] Jean Charles Bourdier, La presse et le multimédia, rapport remis à Monsieur François Fillon, Ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l’Espace, le 13 Février 1997.

[19] Voir à ce sujet : Michel Delberghe, « Internet : la presse française favorable à une charte déontologique », Le Monde, 27 novembre 2000

 
 
Pascal Fortin
 
Ce texte a été rédigé en vue d’une intervention le vendredi 26 janvier 2001 au CLEMI sur la « déontologie de l’information en ligne ». Les commentaires, compléments d’information et autres témoignages sur les sujets traités dans cet article seront bien sûr très appréciés.
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> Quelle déontologie pour l’information en ligne ?
28 août 2002, message de Fabrice
 
Voyez-vous, si un système de syndication avait été mis en place par uzine.net, cet article aurait-pu être diffusé beaucoup plus largement et par conséquent eu un impact plus important... dommage
Répondre


> Quelle déontologie pour l’information en ligne ?
2 février 2001, message de sabine
 

Cher Pascal,

Votre analyse devrait être reprise par les médias (presse écrite, radio, TV, médias en ligne...etc.) et lue par tous les journalistes, distribuée dans les écoles de journalisme, histoire de (re)mettre certaines pendules à l’heure et de titiller de vieilles notions apprises il y a trop longtemps ou remisées dans de sombres coins de mémoire...

"The Great wall between content and commerce is beginning to erode" - les risques de dilution de l’information dans la communication, la syndication les synergies, le copier/coller, la difficulté de vérification des sources, l’analyse et la mise en perspective souvent reléguées aux oubliettes parce que trop "lentes" à produire... votre article est un condensé de tout de qui m’inquiète dans la tournure que prend ma profession... Bravo pour ce condensé de "bonnes quesitons" et ces prémices à l’ouverture de débats qui s’annoncent passionnants.

Avec mes meilleurs messages Sabine

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> Quelle déontologie pour l’information en ligne ?
30 janvier 2001, message de Tiresias
 

Qu’il n’y ait pas de forum derrière ce bel article signifie quelque chose de triste...Pas assez de sensationnel, gars !

Alors bien que n’ayant rien de négatif à en dire (ce qui fonde l’expression forale :), je mets ce petit mot.

Quand même, un bémol. Pourquoi vouloir que quelque chose comme de la déontologie s’installe dans ce lieu ? Aucune chance, par construction, faute que ce soit un métier (entendu au sens ancien)

Courage. La prochaine fois, mets un peu de polémique de mauvaise foi, dis que tous sont des cons et le forum s’animera :)

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> Quelle déontologie pour l’information en ligne ?, 30 janvier 2001

Cher Lecteur,

Tout d’abord, je te remercie pour ce petit mot de sympathie.

Quant à l’absence de réaction à ce texte, cela s’explique à mon avis au moins autant par le refus du spectaculaire que par sa longueur. Avec 55 000 signes environ, il faut bien avouer que c’est une petite provocation (un débat édifiant a récemment agité la Jliste sur l’opportunité de publier un article de 45 000 signes sur uZine2)

Dans le but d’augmenter la visibilité de cet article, j’aurais pu le diviser en 5 parties en reprenant ses principales articulations. Mais comme il s’agissait du texte d’une intervention qui s’est déroulée dans un même espace-temps, je voulais respecter la même logique pour sa mise en ligne.

De toute manière, ce qui m’importe est moins le "taux de clic" sur cet article que l’intérêt de ceux qui le liront. Ma principale préoccupation est que tous les internautes qui s’intéressent à la question puissent le trouver et s’en servir en fonction de leurs propres préoccupations.

Finalement, ce n’est pas le "taux de clic"qui m’intéresse mais plutôt le nombre de liens vers ce texte ou encore d’alllusions à son existence.

Pour le reste, j’avoue que je me fous complètement de Philippe Val et de son pote Marcelle (et réciproquement), je crois que la corporation journalistique est suffisamment puissante pour obtenir gain de cause sur la prescription pour ne pas éprouver le besoin d’intervenir dans ce débat, j’ai déjà dit ce que je pensais de Wolton à la sortie de son premier livre sur le Net (c’est vrai qu’à l’échelle du net, cela remonte à des lustres).

Quant à l’affaire Yahoo !, qui a aussi fait couler beaucoup d’encres sur le minirezo, je compte bien revenir dessus, mais à mon rythme... et quand j’en aurai le temps. Mais cela ne devrait pas trop tarder.

Tout cela pour dire que, si je partage ton sentiment sur le côté parfois exaspérant de certaines polémiques à mes yeux sans intérêt montées en épingle par le minirezo (ou encore sur la très grande disparité en terme de qualité entre les articles qui sont mis en ligne), il n’en reste pas moins que j’apprécie énormément l’existence de cet espace d’expression "alternatif" et le mélange des genres qui le caractérise.

A la manière d’un bourgeois, on pourrait dire que cet espace de parole est très "raffraichissant". A mes yeux, le principal intérêt de ce "bordel ambiant", où l’on se contente d’enculer les mouches (finalement, Virilio n’avait peut-être pas tort quand il évoquait les désagrements et autres frustrations de la cybersexualité), est d’échapper aussi bien à la superficialité médiatique qu’à la morgue universitaire.

PF.

PS : pour ce qui est de la déontologie, moi je ne souhaite rien imposer personne. D’ailleurs, je ne suis pas du tout sûr que cela soit la solution la plus efficace pour améliorer la "qualité" de l’information en ligne. mais j’espère qu’on le comprend à la lecture de mon texte. Sinon, je n’ai plus qu’à le réécrire  !

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> Quelle déontologie pour l’information en ligne ?, 31 janvier 2001

Cet article est passionnant, tout simplement. C’est un texte qui devrait devenir une référence. Je ne pense pas que l’absence de réaction dans les forums soit lié au désintérêt. Mais, il me semble, qu’avant de réagir à un tel travail, on a besoin de prendre son temps, de le relire plusieurs fois, de le méditer.

Il invite à une réflexion de longue haleine.Et il faut avoir vraiment le sentiment de construire à son tour une représentation mûrie et autonome de la matière qu’il nous offre à méditer avant de se jeter à corps perdu dans un petit laïus. M’enfin, c’est mon sentiment et chacun peut y réagir d’une autre façon.

C’est aussi le propre d’uZine de permettre des lectures et des réactions diverses. Parfois, pluslégères avec une forte réactivité des forums, parfois simplement intérieure sans éprouver ou sans pouvoir exprimer par écrit sa réaction.

Quand à sa longueur, elle ne me dérange pas au contraire. J’aime lire et prendre le temps de comprendre le déroulement d’une pensée, d’une argumentation, d’un éventail d’hypothèses, etc...

Voilà. En tous cas pour ma part, les interventions de Pascal Fortin m’apportent toujours de quoi réfléchir et peaufiner mes représentations, et je l’en remercie vivement pour cela.

Cordialement

Pascale

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> Quelle déontologie pour l’information en ligne ?, Tonio, 1er février 2001

Bonjour, A un endroit, il est dit dans l’article : "faire un effort de formation initiale et continue afin d’actualiser régulièrement leur compétence"(parlant des journalistes).

Y a t-il des propositions concrètes dans ce sens ou des idées lancées pour actualiser les compétences ? Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Y a t-il des exemples d’une telle actualisation dans d’autres pays ?

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> Quelle déontologie pour l’information en ligne ?, 1er février 2001

Bonjour,

Tonio écrit :

A un endroit, il est dit dans l’article : "faire un effort de formation initiale et continue afin d’actualiser régulièrement leur compétence"(parlant des journalistes).

Y a t-il des propositions concrètes dans ce sens ou des idées lancées pour actualiser les compétences ? Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Y a t-il des exemples d’une telle actualisation dans d’autres pays ?

Comme je le précise dans mon texte, cette proposition n’est pas de moi mais est formulée dans le rapport sur la déontologie de Jean-Marie Charon, consultable en ligne à l’adresse indiquée dans mes NBP.

Je te conseille de le consulter pour avoir plus de précision sur ce point. En fait, je crois que cette proposition renvoie à la très faible proportion des journalistes actuellement en exercice formée par les écoles de journalisme (je n’ai pas le chiffre exacte en tête). Or, si le journalisme regroupe un certain nombre de métiers, il paraît a priori logique que ceux qui souhaitent l’exercer se forment afin d’acquérir les compétences nécessaires à son exercice. Je crois que beaucoup de gens ne comprennent pas bien le fait que, contrairement aux autres professions où il faut se former pour pouvoir les exercer, une telle exigence n’existe pas au niveau du journalisme. Ce point de vue trouve une certaine légitimité en raison de la responsabilité sociale des journalistes dont on est en droit d’exiger un certain "professionnalisme". Mais dans le même temps, il ne faut pas oublier que l’exercice de cette profession est étroitement lié au principe de la liberté d’expression défendu dans l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme. A partir de là, est-ce bien raisonnable de vouloir limiter l’accès de cette profession aux seuls personnes qui auraient été dûment formés pour cela ?

Concernant la formation continue, c’est à dire des formations qui interviennent en cours de carrière, le CFPJ(cf leur site sur le Net), par exemple, en propose. Mais le problème tient une nouvelle fois au très faible pourcentage de journalistes qui en bénéficient. C’est d’autant plus grave que les journalistes évoluent dans un environnement très mouvant qui nécessite donc a priori des adaptations importantes de la part de ces derniers au cours de leur carrière.

Je suis désolé de ne pas pouvoir te répondre plus précisément. D’autres, peut-être, pourront le faire. Tu peux éventuellement poser la question sur les forums de Jliste ( http://www.jliste.net ) ou des professionnels pourront te répondre sur le sujet. Je ne sais pas non plus ce qui se fait à l’étranger en la matière.

Concernant les formations reconnues en journalisme en France, il leur est souvent reproché de former des journalistes prêt à l’emploi mais qui ont peu de recul sur le journalisme et les médias en général. En fait, on leur reproche de mettre l’accent sur la "débrouillardise" au détriment d’une connaissance plus précise du cadre sociologique, économique, culturel et politique d’exercice du journalisme en particulier et du fonctionnement des médias en général. Un recul que l’on pourrait juger nécessaire dans l’optique de mieux armer les profesionnels de l’information pour la défense des valeurs qui fondent leur métier et qui entrent souvent en contradiction avec les logiques de fonctionnement du champ médiatique dans lequel ils évoluent.

On pourrait d’ailleurs souhaiter qu’une véritable réflexion se mette en place sur la pertinence des valeurs qui sont aujourd’hui au fondement de ce que l’on désigne comme le professionnalisme des journalistes, comme celle qui consiste à vouloir nécessairement être le "premier" à traiter un sujet. Cette course effrénée au "scoop" n’est-elle pas bien souvent la cause de nombreux "dérapages" ? Ne serait-il pas plutôt souhaitable de valoriser beaucoup plus nettement des notions comme celles de l’analyse approfondie des dossiers à une époque où la complexité des sujets d’actualité n’a jamais paru aussi importante ?

Bon j’arrête là pour aujourd’hui, parce que je ne crois pas que ce soit le lieu de reconsidérer les fondements du métier de journaliste. Même si je pense que le débat mériterait d’être ouvert à une époque où la défiance à l’encontre des journalistes ne se dément pas.

PS : je remercie Pascale L. ( ?) pour son message de sympathie qui m’a fait très plaisir.

Amicalement, Pascal.

Répondre
> > Quelle déontologie pour la formation en ligne ?, François Sabourin, 30 juillet 2001

Je ne suis pas Pascale L. mais comme l’internaute Tonio, je m’interroge sur votre double langague où vous posez dans votre réponse, qu’il est nécessaire d’être formé spécifiquement au Net en vous retranchant derrière la liberté du journaliste à la liberté d’expression de l’article 11. N’y a til pas là, amalgame entre quelqu’un qui veux apprendre et s’interroge sur les moyens d’y arriver et quelqu’un de déjà installé qui s’exprime certes, mais de manière restrictive ?

J’ai 30 ans de formation audiovisuelle généraliste, j’ai bifurqué vers le journalisme de proximté dans des TV comme TV Montmarte et La Locale, ainsi que sur des Web TV comme Citoyenne TV. Après trois mois de bénévolat, cette dernière a mis fin à ma collaboration car elle emploi pour ses reportages des jeunes étudiants inexpérimentées avec des conventions de stages et comme ça fait longtemps que je ne suis plus étudiant, le seul statut valable pour eux était "amis de la citoyenne" , ce qui m’enlevait toutes posibilités de production. Merci. Fort de cette expérience, j’ai tenté avec la renommé CFPJ que vous citez, d’intégrer des rédactions en ligne en contrat de qualification (Libération.Fr , Ouï Rock.com, Canal Web, Digipresse..) et je n’ai eu pour l’instant que des réponses négatives : "La conjecture écononique dont souffre actuellement la presse en ligne.etc.." Alors il est bien facile de vouloir une information de qualitée (vérifiée, originale, murie) sans s’en donner les moyens autres qu’économiques et même déonthologiques ! Je suis amer, certes.. parce que je pense qu’il y a une bonne dose de mauvaises foi de la part des rédacteurs en chefs de la presse en ligne (ou autres supports médias) . Le contrat de qualification destiné à la base pour les "peu" ou les absoluments non qualifiés, est de plus en plus prisé par des bac + 3 ou bac + 4, ce qui est mon cas. Il offre par son système d’alternance école / entreprise un total controle pour l’entreprise, -l’indépendance ça vient toujours après-, contrôle des attentes et des exigences liées directement à la profession concernée. Je note d’ailleurs dans l’édito de la lettre N°6 du groupe CFPJ , que "chaque proposition (de profil à l’embauche) se justifie", mais que sur les 2000 journalistes qui chaque année obtiennent leurs cartes de presses, à peine 15% sont diplômés d’écoles de journalistes et que 20% ont suivit des formations de deux ans en alternance. Ca en dit long sur le fossé entre la formation et la pratique réelle sur le terrain. Si les étudiants d’écoles privés ou public de journalisme, rechignent ,comme on peut le lire dans votre article, à intégrer des rédactions en lignes, que dire des contrats de qualification refusés par les rédactions en ligne ? N’est ce pas ainsi une opportunité non saisie par elles de former à la base "la futur fine fleur" du journalisme en ligne ?

Je reste néanmoins optimiste. Merci de me répondre si vous en avez le temps.

François Sabourin.

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