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Note de lecture

À propos de L’imaginaire d’Internet de Patrice Flichy

par Pascal Fortin
 
 

Consacrer un ouvrage entier à « l’imaginaire de l’internet » [1] peut à première vue paraître dérisoire. Dans l’état actuel de notre relative méconnaissance des enjeux sociaux liés à son développement, n’est-il pas plus urgent d’enquêter sur la « réalité des pratiques » de l’internet plutôt que sur les rêves, fantasmes, utopies, idéologies et autres mythes qui accompagnent son développement ?

En fait, explique Flichy, trois attitudes sont possibles par rapport aux discours des cassandres et thuriféraires de tout poil :
-  la première est de les prendre au premier degré ;
-  la deuxième, classique dans les sciences sociales, correspond à l’adoption d’une posture de mépris, de condescendance et d’ironie ;
-  la dernière consiste à les appréhender comme une composante du développement de tout système et à les étudier dans leur singularité.

Telle est précisément la démarche adoptée par Flichy, dont l’ambition est de comprendre « pourquoi toute notre société est-elle en train de basculer dans les technologies numériques de traitement et de transmission de l’information » à partir de l’analyse de ce qu’il appelle, à la suite de Boltanski et Chiapello,« l’esprit d’Internet » (p.11.) [2].

Prenant appui sur un corpus de textes états-uniens publiés durant la phase d’élaboration de l’internet, Flichy explore deux grands domaines de l’imaginaire technique : les discours associés à l’élaboration et la diffusion des dispositifs techniques, les descriptions d’une société virtuelle imaginaire.

Bienvenue dans le monde merveilleux des pionniers de l’internet

Des autoroutes de l’information à l’internet

En préambule à l’analyse de l’imaginaire des pionniers de l’internet, Flichy commence par évoquer le cas d’une utopie technique ayant « échoué », celui des « autoroutes de l’information ». L’hostilité rencontrée auprès des industriels par le projet volontariste de mise en place d’un « réseau national de fibre optique de grande capacité » financé et construit par l’administration états-unienne, a finalement débouché sur une modification complète du projet initial et l’adoption d’une politique de privatisation dans le domaine des télécommunications.

En conséquence de l’abandon du projet volontariste initial, immédiatement suivi de l’échec des premières expérimentations d’autoroutes de l’information menées par des industriels, l’internet est finalement devenu en quelques mois le principal sujet à la mode avant d’être officiellement labellisé comme la « préfiguration des autoroutes de l’information » afin de masquer l’échec des projets initiaux du gouvernement états-unien et des industriels.

La république des informaticiens au fondement de l’imaginaire de l’intenet

Au moment où l’internet commence à occuper le devant de la scène médiatique en 1994, ce dispositif technique avait progressivement été façonné depuis un bon quart de siècle. Durant les premières années de son élaboration, il s’est développé au sein de la communauté très circonscrite des chercheurs informaticiens avant d’essaimer dans toute la communauté académique, puis dans certains milieux communautaires et contre-culturels.

Plutôt que de décrire les différentes étapes de l’innovation technique au sein du « collège invisible » des scientifiques d’une part, et des communautés virtuelles des hackers d’autre part, contentons-nous ici d’évoquer à très gros traits les conditions du développement de l’internet.

Tout d’abord, il est important de préciser que l’une de ses principales particularités tient au fait qu’il s’est développé dans le cadre d’une économie non marchande et que ses concepteurs étaient eux-mêmes les utilisateurs. Cette situation permettait ainsi d’éviter les tensions habituelles entre l’imaginaire des premiers et celui des seconds.

Par ailleurs, si l’origine militaire de l’internet est souvent évoquée, il paraît surtout important de rappeler que ses principales caractéristiques sont directement inspirées des valeurs de ce que Flichy appelle la « république des informaticiens », celle-ci pouvant être définie comme une communauté d’intérêt relativement fermée et homogène travaillant dans un esprit de coopération, où le statut de chacun repose essentiellement sur le mérite évalué par les pairs.

L’utopie communautaire

Dans le prolongement direct de cette république des informaticiens, certains milieux contre-culturels vont également élaborer leur propre imaginaire qui va s’incarner dans les différents projets de communautés en ligne. En effet, aux frontières du monde universitaire, écrit Flichy, quelques hackers vont élaborer leur propre éthique :

« Cette culture des hackers partage le même refus de l’informatique centralisée dont IBM était à l’époque le symbole. La grande différence entre les deux cultures vient de ce que les hackers ont une vision beaucoup plus large de l’usage et de l’avenir de l’informatique. Ce n’est pas seulement un outil intellectuel pour universitaires, mais un dispositif à mettre entre les mains de tous, capable de bâtir non seulement de nouveaux collèges invisibles, mais aussi une nouvelle société » (p.86).

Selon Flichy, il est possible de distinguer trois courants principaux :
-  ceux qui recherchent avant tout la performance technique,
-  ceux qui s’inscrivent dans le courant de la contre-culture et du mouvement hippie,
-  et enfin ceux qui se sont mis au service des projets communautaires nés dans la société civile.

En dépit de leur diversité, écrit-il, ces différentes communautés électroniques se distinguent avant tout du collège invisible des chercheurs par le fait qu’il existe une distance plus grande entre l’utopie initiale et sa réalisation :

« D’une part, l’aspect local s’efface petit à petit derrière l’aspect universel ; d’autre part, le caractère de communication, d’échanges égalitaires qui se trouvait à l’origine des communautés semble ne pas vraiment correspondre aux pratiques réelles » (p.111).

Ceux qui s’expriment, constate Flichy, sont rares. La grande majorité observe. En fait, la plupart des usagers semblent utiliser l’informatique en ligne de la même façon que les médias de masse traditionnels.

Néanmoins, conclut-il, « Cette évolution des pratiques des communautés en ligne ne s’est pas traduite par une modification de l’imaginaire de la communauté électronique. L’idée d’un groupe virtuel où tout le monde s’exprime de façon égalitaire continue à dominer. L’utopie devient dans ce cas une idéologie qui masque en partie la réalité, mais simultanément mobilise les acteurs » (p.111).

De l’utopie au mythe de l’internet

À partir de 1993, l’internet entre finalement dans une phase classique de développement, celle de la « diffusion de masse ». Dès lors, explique Flichy, l’imaginaire proposé aux utilisateurs s’inspire largement des utopies des concepteurs, mais il subit un certain nombre de transformations. À cet égard, observe-t-il, le livre d’Howard Rheingold, La communauté virtuelle, propose l’un des « mythes fondateurs » de l’internet :

« Rheingold prend les figures de la communauté électronique et du collège invisible et les insère dans un autre espace, celui de la société ordinaire. Il en fait un modèle de référence d’Internet, alors que le changement de l’espace social de référence modifie fondamentalement la situation : le mode de fonctionnement des communautés contre-culturelles ou de l’université n’est évidemment pas celui de toute la société. On assiste ainsi à une évolution rapide des imaginaires d’Internet. La communication informatique ne renvoie plus à l’expérimentation d’un projet technique, elle ne vise plus à mobiliser un petit groupe d’universitaires, mais à proposer à la société américaine la réalisation à grande échelle de nouvelles relations de communication qui, jusque-là, avaient été vécues par des petits groupes. Ce déplacement correspond exactement à la figure du mythe » (p.115).

Finalement, écrit Flichy, ce discours, celui des ouvrages de vulgarisation et, bien sûr, de la fameuse revue Wired, jouent un rôle très important pour l’avenir de l’internet. En effet, ils proposent un cadre d’interprétation et d’action pour l’informatique communicante :

« En devenant un nouvel internaute, on ne devient pas seulement un utilisateur d’informatique de réseau, d’outils de communication ou de recherche d’informations, on pénètre aussi dans un autre monde social où les rapports entre les individus sont égalitaires et coopératifs, où l’information est gratuite. Certes, ce discours est en partie mystificateur, la société n’est pas un cybercampus. Des inégalités de compétence vont apparaître, beaucoup plus fortes que dans le monde académique. Le principe de la gratuité va s’estomper. Ces discours ont donc une forte composante mystificatrice, ils sont à la base de cette idéologie d’Internet qui séduit, mobilise et masque le fonctionnement réel de la nouvelle technologie. Mais le modèle initial va aussi perdurer. Des forums grand public vont se mettre en place, des informations collationnées par les universités vont être consultées par des utilisateurs variés, des individus ordinaires vont créer des sites où ils présenteront des contenus parfois de grande valeur. L’utopie initiale perdure sous une autre forme » (p.115).

Le corps, la politique et l’économie à l’heure du virtuel

De l’utopie de la république des informaticiens en passant par celle des communautés virtuelles, on aboutit finalement à l’élaboration d’un mythe pris en charge et diffusé auprès d’un large public par des vulgarisateurs de tous horizons. Ces derniers ne sont ni des informaticiens, ni des hommes politiques, mais des professionnels du discours qui, au prétexte de nous éclairer sur le futur, nous en apprennent finalement peut-être plus sur notre présent, ses espoirs et ses craintes.

Parmi les gourous de Wired, Flichy relève trois courants différents : les « visionnaires » comme Marshall McLuhan et Pierre Teilhard de Chardin, les « futurologues » tels que Alvin Toffler, George Gilder, Nicholas Negroponte, Peter Drucker, les auteurs de science fiction au premier rang desquels Bruce Sterling, William Gibson et Neal Stephenson.

Le cyber-imaginaire qui se dégage à la lecture de ces auteurs, écrit Flichy, n’est pas celui d’un autre lieu ni d’un autre temps mais correspond à l’imaginaire états-unien actuel. Il n’est pas non plus un projet spécifique mais une construction imaginaire complète analogue aux grandes utopies des XVIIe et XVIIIe siècles. Il n’a pas pour ambition de fournir des ressources pratiques pour entrer dans le nouveau monde de l’internet mais une vision générale du « cyberespace » et de la « société de l’information ». S’il est suffisamment homogène pour former à première vue un tout relativement cohérent, il apparaît finalement d’une très grande diversité lorsqu’on se donne la peine de l’étudier plus en détail.

Prenant appui sur une lecture minutieuse de la revue Wired, Flichy a étudié trois grandes thématiques dans son petit « traité sur la société numérique » : le rapport au corps et le virtuel, la politique et l’économie. Plutôt que de les présenter en détail, contentons-nous une nouvelle foi de mentionner les principales conclusions de l’auteur sur chacune d’elles en renvoyant le lecteur qui souhaite approfondir ces questions à son ouvrage.

Vices et vertus du virtuel

La notion de virtuel, écrit Flichy, est polysémique :
-  pour les informaticiens, le virtuel est avant tout une reconstruction du réel ;
-  les artistes l’abordent essentiellement comme un moyen pour échapper au réel en créant des mondes nouveaux ;
-  enfin, cette notion est également utilisée à propos des modes de communication publics ou privés dans le cyberespace.

Ainsi, constate-t-il, « ces différentes acceptions du virtuel en font soit un outil de connaissance, soit de repli sur soi et de dérive dans l’imaginaire, soit de communication » (p.164). Dans la floraison des imaginaires qui lui sont associés, Flichy décèle finalement deux dimensions du virtuel : utopique et idéologique.

-  Sur le versant utopique, la simulation peut servir comme outil de connaissance et d’apprentissage. Dans le domaine artistique, le virtuel permet également d’élargir notre imaginaire en créant de nouvelles réalités.

-  Sur le versant idéologique, on trouve notamment l’idée que l’individu peut abandonner son propre corps et que la différence entre simulacre et réalité s’estompe : « L’imaginaire du virtuel devient idéologie quand il imagine que l’on peut mettre son corps entre parenthèses, que l’informatique permet de créer des relations humaines acorporelles, déconnectées de tout engagement du corps dans l’espace et la durée » (p.193).

Toutefois, précise Flichy, « L’imaginaire du virtuel et du corps ne peut être découpé en deux zones, avec d’un côté les utopies dynamisantes et de l’autre les idéologies mystificatrices ; ces deux faces de l’imaginaire se mêlent à tout moment » (p.194).

En définitive, conclut-il, « de même qu’il ne faut pas combattre les cyborgs, mais tous se revendiquer cyborgs, la réalité virtuelle montre que l’informatique ne doit pas dévaloriser le corps. Il ne s’agit pas seulement de créer des interfaces homme-machine, mais de favoriser une prise corps à corps ou plutôt corps à machine de l’informatique. Si le virtuel peut faire dégager les corps, il peut aussi les engager en profondeur » (p.194).

La fin du politique ?

Sur le plan politique, Flichy attribue à Rheingold le privilège d’avoir créé le premier mythe de l’internet avec l’idée d’une remise en cause de la hiérarchie politique et de la revitalisation de la démocratie de base. Il insiste également sur l’héritage de l’un des pères fondateurs de la démocratie états-unienne, Thomas Jefferson, souvent cité par les gourous de Wired en tant que partisan d’une société qui reposerait avant tout sur la vie de petites communautés locales.

Si Flichy considère que « Le Net est incontestablement un lieu à part qui s’est développé dans un cadre autogéré et qui doit continuer à le faire » (p.200), il manifeste néanmoins un réel scepticisme au sujet de la « déclaration d’indépendance » du cofondateur de l’Electronic Frontier Fondation, John Barlow. Opposé à « l’antiétatisme viscéral » des thèses libertariennes, il est en revanche plus sensible à celles de Lawrence Lessig pour qui seul l’Etat peut empêcher les grandes entreprises d’abuser de leur position dominante. En fait, estime Flichy, une « contradiction clé » de la position des libertariens remet en cause sa légitimité :

« Internet s’est développé en dehors du marché pendant près d’un quart de siècle, grâce aux financements publics (ARPA, NSF ; gouvernements des États, universités). Ces fonds publics ou quasi-publics ont permis d’inventer et de construire le réseau, mais ont aussi facilité une utilisation expérimentale, puis massive, au sein du monde académique. Si effectivement le succès d’Internet doit beaucoup à l’investissement intellectuel de ses concepteurs venus de l’Université, c’est grâce à des investissements publics décentralisés que ce nouveau moyen de travail intellectuel a été mis à la disposition de toute la communauté académique » (p.210).

Par conséquent, écrit Flichy, L’idéologie cyberlibertarienne « oublie sa dette vis-à-vis de l’Etat » (p.212). Après avoir passé en revue les principales revendications des hackers partis à « l’assaut de l’État » pour la défense de la vie privé, de la cryptographie, ou encore de l’accès libre et gratuit à l’information, Flichy croit pouvoir en déduire que les « citoyens du Net » ont, dans leur ensemble, quelques « certitudes fortes » sur le rôle de l’Etat : « il ne doit en aucun cas réguler les contenus qui se transmettent sur le réseau. La plupart estiment qu’il doit intervenir le moins possible et que si une régulation est nécessaire, elle doit plutôt être assurée par le marché » (p.220).

Néanmoins, ajoute-t-il, « À côté de cette première position assez largement dominante, un groupe plus minoritaire pense, au contraire, que l’Etat doit intervenir dans le cyberespace, soit pour favoriser le lancement des nouveautés techniques, comme il l’a fait autrefois avec Arpanet, soit pour éviter les abus des acteurs économiques dominants qui sont en train de conquérir le net » (p.221).

En misant tout sur l’autorégulation du marché, prévient Flichy, les citoyens du Net risquent de se heurter au pouvoir des grandes entreprises. C’est pourquoi il conclut avec la question suivante : « Devront-ils à nouveau faire confiance à l’État pour éviter les abus de position dominante de certains grands groupes ? » (p.222).

Le mythe de la nouvelle économie

Dernier thème abordé par Flichy à la lumière de son analyse de la revue Wired, la « nouvelle économie ». Il commence dans un premier temps par rendre hommage au mouvement du logiciel libre :

« Le GNU et Linux montrent, dans la tradition d’Internet, que la coopération peut être rationnelle et efficace. Il y a incontestablement là de nouveaux comportements économiques » (p.222).

Il conclut son propos sur la notion de « nouvelle économie » qu’il identifie à celle de « net-économie ». En fait, celle-ci ne lui paraît pas « si nouvelle que cela » : « C’est un collage de considérations diverses : néolibéralisme, nouveaux principes de marketing et de management et vision de l’évolution technologique. Le lien entre ces différents éléments n’est jamais démontré » (p.248). Finalement, ajoute-t-il, « Ces discours n’ont pas pour fonction de faire avancer la théorie économique, mais de mobiliser les acteurs autour de ces techniques, de donner aux nouveaux David des pierres pour attaquer les Goliath déjà en place » (p.248).

L’imaginaire pluriel de l’internet

Conclure ce petit tour d’horizon de la société numérique sur la « nouvelle économie » après l’avoir commencé par l’imaginaire des créateurs de l’internet n’a bien sûr rien de fortuit. Faut-il en déduire que l’auteur souhaite mettre l’accent sur le hiatus entre l’internet proposé par les entreprises et sans doute vécu par la plupart des internautes d’une part, et les utopies qui ont accompagné son élaboration d’autre part ? Ou, dit autrement, doit-on en conclure que le projet porté par les pionniers de l’informatique communicante d’une société plus coopérative aurait été détourné par les grandes entreprises qui ont récupéré l’innovation et l’ont restructurée pour l’adapter à leur logique ? La réponse, sans équivoque, de Flichy est négative [3] : « Eh bien non, l’âge de l’imaginaire n’est pas achevé. Les utopies ne s’opposent pas au réel, elles sont au contraire l’un des éléments qui permettent de le construire. Elles interviennent non seulement dans la période d’élaboration des techniques, mais aussi dans la période de diffusion, lorsque les usagers et plus largement toute une société doivent construire leur rapport à ce nouvel outil » (p.254). En fait, précise-t-il, « L’étude de l’imaginaire des techniques montre que celui-ci a toujours deux fonctions : construire l’identité d’un groupe social ou d’une société et fournir des ressources qui peuvent être réinvesties dans la préparation et la mise en place de projets » (p.254). C’est pourquoi, conclut-il, « L’imaginaire est au centre de la conception et des usages d’Internet. Comme le notait déjà Michel de Certeau, les "récits marchent devant les pratiques sociales pour leur ouvrir un champ". » (p.255).

Plutôt que d’utiliser le singulier, il serait d’ailleurs sans doute plus judicieux de parler d’imaginaires au pluriel. Flichy montre en effet très clairement que les producteurs d’utopie sont très divers. Mieux, il nous apprend que ces derniers ne produisent pas seulement des discours, mais également « des logiciels qui inscrivent leur vision dans des algorithmes ». Par ailleurs, précise Flichy, « L’imaginaire technique n’est pas réductible au débat public, il s’exprime aussi, dans des réalisations organisationnelles » (p.257).

Certes, de nombreux traits de cet imaginaire d’Internet sont états-uniens : la « frontière », la « communauté » et « l’individualisme ». Pour autant, affirme Flichy, « Nouvelle frontière, communauté, création de son entreprise, ces trois thèmes sont à la fois totalement américains et complètement universels » (p.257). À cet égard, précise-t-il, « Se connecter à Internet où que l’on soit sur la planète, c’est d’une certaine façon se brancher sur la modernité et sur le pays qui la symbolise le mieux » (p.258).

En France, conclut Flichy, le débat autour de l’internet est beaucoup moins riche et développé et les thèmes abordés sont moins centrés sur le cyberespace que sur le retard français et la place des pouvoirs publics dans le développement de l’internet. Finalement, affirme-t-il, « Il n’existe pas dans l’Hexagone, ni en Europe, suffisamment de lieux où les utopies puissent prendre corps et être expérimentées » (p.260). Peut-être ne connaît-il pas uZine !

 

[1] Patrice Flichy, L’imaginaire de l’internet, La Découverte, 2001.

[2] Dans la mesure où toutes les citations qui suivent sont extraites du livre de Patrice Flichy, je me contenterai ici de mentionner entre parenthèses à la fin de chacune d’elles le numéro de la page dont elles sont extraites afin d’éviter au lecteur d’avoir à se reporter en permanence aux notes qui se trouvent à la fin du texte.

[3] On notera au passage que Flichy ne reprend pas à son compte la thèse d’Arthur Kroker selon laquelle la société de l’information n’est qu’une idéologie qui masque la domination du marché, dans la mesure où elle laisse entendre que toutes les utopies initiales ont été « récupérées » par le capitalisme. Or, observe-t-il, « Du foisonnement initial, il est sorti des pratiques de l’informatique fort diverses » (p.208), comme les sites d’informations gratuites, les pages personnelles, les banques de données de connaissances en accès libre, les forums de dicussion, etc.

 
 
Pascal Fortin
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Hum ...
9 mars 2002, message de Lefayot
 

Tout d’abord je commencerais par un petit rappel. Si Flichy se propose une etude de l’imaginaire d’internet, c’est pour la même raison que Breton : manque de budget pour une grande etude quantitative sur les usages et les representations d’internet (comme Breton l’a reconnu) . Seule une etude de ce genre pourrait avoir un interet. Donc une fois qu’on sait ne pouvoir étudier le réel (réel dont fait partie ce qu’on appelle le virtuel, d’ailleurs), on va etudier le fantasme. Et à vrai dire ses propres fantasmes.

Dire L’imaginaire est au centre de la conception et des usages d’Internet est une profession de foi qui ne mange pas de pain, dont on attend qu’elle soit un tant soit peu démontré ; d’un autre coté elle apparait comme un truisme, tout dépend ce qu’on entend par imaginaire. Et surtout de quel imaginaire parle-t-on et de celui de qui ? En l’occurence, il s’agit de l’imaginaire en gros des différents courants de wired, c’est à dire d’une poignée de gens. Si effectivement l’imaginaire peut déterminer des pratiques (et j’aimerais qu’on me montre comment), on pourrait penser qu’il s’agit de l’imaginaire de groupes sociaux suffisemment larges, du peuple, de la masse, une mythologie tellement pregnante qu’elle peut agir sur le réel et le futur par effet de masse. En fait ce n’est pas cela du tout : il s’agit de l’imaginaire de 4 pelés, un tondu, l’imaginaire de quelques mediateurs et mediatisés, dont Flichy veut faire croire qu’il s’agit de L’imaginaire d’internet. Est-ce que l’imaginaire d’internet grand public n’est pas simplement celle d’une grosse télé ? Ou même peut-etre n’y a-t-il aucun imaginaire particulier associé à internet dans le grand public ? Après tout les deux media qui ont marqué le XXeme siècle (entre autres) sont le téléphone et la télévision (2 télé) ; le téléphone à son invention n’a suscité aucun fantasme ni parmi ses inventeurs, ni parmi le public ; il est pourtant devenu omniprésent et a probablement changé la vie quotidienne (et donc le monde) à un point qui n’a jamais été bien étudié, je pense. Idem en gros pour la télé (les discours sur les vertus de la télé sont venus bien après son adoption). En substance on peut se dire que les revolutions techno-societales peuvent advenir sans imaginaire a priori et a contrario, on peut ajouter que prevoir une revolution à partir d’un echantillon discret devoile plutot les fantasmes de l’auteur et de certains groupes (Etat, mediateurs, voire industriels).

Etudier l’imaginaire d’internet à partir de wired ou de fanatiques du truc reviendrait un peu à etudier les representations de la democratie à la lecture de minute.

Ensuite Flichy travaille à partir de présuposés jamais interrogés. ex : pourquoi toute notre société est-elle en train de basculer dans les technologies numériques de traitement et de transmission de l’information. Notre société est-elle en train de basculer dans les NTIC ? Comment ? On ne sait pas. Pur fantasme. Pourquoi le terme basculer qui sous entendrait une resistance initiale en train d’être vaincue suivant un schéma inconscient de l’archaisme européen qui resiste au progrès ? Et pourquoi le pourquoi ? Où est le probleme et à vrai dire quel est-il ?

Enfin, va-t-il seulement y avoir une revolution du fait des NTIC ? Après tout on est deja depuis un moment dans l’ère du virtuel  ; depuis l’adoption des techniques de télé, depuis l’abandon de l’étalon-or et l’adoption rapide de la monnaie plastique (carte de paiement). On peut se dire qu’internet n’est qu’une etape de plus dans cette voie, qui n’amenera pas grand chose de plus (une perte seche pour la poste), et que bon nombre d’acteurs sont en train de fantasmer comme des fous (attitude assez normale chez de vieilles nations attentives au moindre bruit). Le plus drole est que tout cela tient de la prophetie realisatrice : quelques histrions surmediatisés annoncent la fin du politique à la papa, les politiques de plus en plus sur la touche pour d’autres raisons prennent ça très au serieux, commandent des rapports qui evidemment les confortent dans leur fantasmes, des decisions sont ensuite prises pour conforter le fantasme, et mediatisation aidant, les dits fantasmes finissent peu ou prou par se retrouver dans l’imaginaire collectif (si ça existe, mais passons).

En résumé, Flichy conduit une etude sans la moindre methodologie, sans aucune valeur statistique, ne remet en cause aucun des présupposés sur le sujet qu’il etudie, au final met en scene ses propres fantasmes (ou celui de ses commanditaires puisqu’il a signé des rapports si je ne m’abuse), tout ça sous un vague vernis scientifique (puisqu’il est sociologue). Bref on dirait du Maffessoli :-).

J’ajouterais que ce genre de texte, à mon avis, creux et presque malhonnete est catactéristique d’une derive de la pensée en France, qui partie d’un scientisme un peu agaçant chez Durkheim et à un degré moindre chez Mauss, se retrouve à s’alimenter de pensée magique et à descendre au niveau d’un talk-show. Au niveau de la forme, ça frise la novlangue avec une accumulation de signifiants vidés de leur substance et de formules toutes faites (basculer dans les NTIC dont je ne me remets pas :-) !), ce qui est à mon avis un indice significatif de l’appauvrissement de la pensée dont je parlais plus haut.

Voilà donc des ebauches de critiques que, par paresse, je n’ai pas développé (rien que la critique de la notion d’imaginaire me prendrait des pages et des pages). J’ajouterais que je n’ai rien en particulier contre Flichy, mais contre cette cohorte de demi-savants qui ne cesse de grossir actuellement et dont on peut se dire qu’ils ressemblent bougrement aux sophistes historiques. Et dont il est, via ce texte, representatif, bien malgré lui.

Répondre
> Hum ..., 11 mars 2002

Bonjour,

Au risque de m’attirer les foudres des habitués de ce type de forum, je me hasarderai à préciser que l’imaginaire dont nous parle monsieur Flichy désigne, entre autres, toute forme de pensée (idéologique ou non) qui précède, accompagne ou suit toute innovation technique. Il ne prétend pas, me semble-t-il, analyser tous les imaginaires d’Internet, mais celui qu’il détecte dans certains textes qu’il a choisi, par choix epistémologique : discours politiques, extraits de la revue Wired, etc. Analyser les pratiques d’une technique - comme le suggère l’auteur du message précédent -, quelle qu’elle soit, ne nous apprendrait en effet pas grand chose sur les idées qui président à son élaboration et à son inscription socio-technique, et qui semblent pourtant assez déterminantes, dans la mesure où elles interviennent en phase de conception de cette innovation technique (et non pas en aval, ce qui est le cas des pratiques). Phase de conception signifie, entre autres : choix économiques, poids du marketing, etc. En cela, le travail de Flichy me paraît véritablement intéressant puisqu’il s’efforce de partir de la source d’une idée (sa phase de conception technique, soicologique et symbolique), plutôt que, comme le font habituellement - par contrainte contractuelle souvent, ou véritablement par choix epistémologique - certains chercheurs, de tenter de dresser des généralités à partir de l’étude de quelques usages, souvent avec imprudence.

Sans me faire le défenseur de Flichy, dont je connais peu le travail et les positionnements théoriques, je me contenterai de rappeller l’extrait d’un magnifique etxte d’Adorno, publié en 1951 et traduit en 1980 sous le titre Minima Moralia : "Lacunes. - Quand on exige d’un auteur qu’il fasse preuve d’honnêteté intellectuelle, cela revient le plus souvent à un sabotage de la pensée. Le sens de cette exigence est d’exhorter celui qui écrit à expliciter toutes les étapes qui l’ont conduit à l’énoncé qu’il formule et ainsi à mettre chaque lecteur en mesure de reconstituer l’ensemble du processus - voire si possible, dans le système universitaire, de le reproduire. Non seulement c’est opérer avec la fiction libérale d’une possibilité universelle et automatique de communiquer n’importe quelle pensée et cela en empêche la formulation adéquate à son objet, mais c’est aussi une erreur en tant que principe même d’exposition. Car la valeur d’une pensée se mesure aux distances qu’elle prend avec la continuité de ce qui est déjà connu. De fait, cette valeur diminue dès lors qu’on réduit une telle distance : plus ladite pensée se rapproche des critères en vigueur, plus elle perd sa fonction antithétique, alors que ce n’est que dans cette fonction, dans le rapport manifeste qu’elle entretient ainsi à son opposé, et non pas dans son existence isolée de tout contexte, que s’enracinent ses prétentions à la vérité. Aussi, tous les textes qui, timidement, entreprennent de calquer de façon minutieuse toutes les étapes de la réflexion tombent-ils immanquablement dans la banalité et dans un ennui qui ne concerne pas seulement l’attrait de la lecture mais bien leur substance propre" (Adorno, 1951, p. 87 - 88).

M. Ledun

Répondre
> > Hum ..., 11 mars 2002

Au risque de m’attirer les foudres des habitués de ce type de forum

Pourquoi diable s’attirer les foudres ? On se demande bien ... Bien plutot, se placer d’un point de vue stratégique dans la position de l’heterodoxe qui va enoncer quelques vues definitives, forcement a rebrousse-poil d’hypothétiques lieux communs (d’une masse inepte). Bref, avec ce genre de phrase introductive, on transforme les banalités qui suivent généralement (je ne parle pas du present message, mais de maniere generale), en moments d’une pensée radicale (ce que j’ai d’ailleurs reproché à Flichy en forum de validation). Ca commence pas très bien.

Il ne prétend pas, me semble-t-il, analyser tous les imaginaires d’Internet, mais celui qu’il détecte dans certains textes qu’il a choisi, par choix epistémologique

Certes, mais pourquoi alors parler de l’imaginaire d’internet ? Pourquoi se cantonner à un imaginaire bien balisé, et à vrai dire, le seul imaginaire qui constitue un corpus à peu près homogène.Et si au final il s’agit de dire (pour simplifier) les gens qui sont des fanas d’internet pensent qu’internet va changer le monde, c’est à mon avis d’une grande trivialité. Et je ne vois pas bien l’interet de le dire. De dire quelque chose que n’importe qui ou presque aurait pu dire, un n’importe qui qui malheureusement n’aurait pas une position surplombante de sociologue (donc de savant n’est-il pas ?) pour le dire.

Ce qui serait interessant, ce serait une étude des imaginaires d’internet, et surtout de l’imaginaire grand public, imaginaire à mon avis distancié et ironique, loin de l’amphigourie des mediateurs attitrés. Ou l’imaginaire des techniciens du e-business, qui pour peu interessant qu’il soit, n’est pas à negliger, ne fusse que par la quantité d’imaginaires qu’il brasse.

Et l’argument du choix epistémologique me parait un peu léger. Même un choix peut s’expliquer souvent de maniere très terre à terre (manque de vigueur intellectuelle, soumission aux diktas en vigueur, manque de credits pour faire autre chose) ou par une option stratégique.

Si je fais comme choix epistémologique de m’interesser aux representations d’internet chez les luddites, j’aurais des resultats assez differents, je pense, resultats, à mon avis sans le moindre interet, du fait de la faible population concernée et de ses capacités d’action. En plus, les resultats auraient aussi deja été convenus du fait du choix epistemologique.

Quant au texte d’Adorno, il n’engage que lui, je suis tres peu sensible à l’argument d’autorité (mais si, le soleil tourne autour de la terre, relis Aristote !), et de surcroit, ne me semble pas vraiment adapté à la circonstance, c’est à dire à un texte qui qui tombe bien dans la banalité et en particulier par l’absence de toute explicitation un tant soit peu construite.

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Euh ..., lefayot, 11 mars 2002
C’est lefayot qui cause juste avant ... :))
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> > > Hum ..., 11 mars 2002

Amusante... toute cette violence symbolique ! Nous sommes décidément en plein dans l’imaginaire d’Internet de Flichy, avec ses rites, ses codes... Je parlerais plus volontiers d’idéologie, d’ailleurs. Je souhaite que chaque intervenant (ce que fait d’ailleurs Pascal Fortin, avec pas mal de recul, me semble-t-il) analyse avec autant de fougue ses propres propos, son propre positionnement idéologique, en fonction de son propre "capital symbolique" (pour reprendre une expression bourdieusienne) que ceux des autres...

Bonne continuation,

ML

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> > > > Hum ..., Lefayot, 11 mars 2002

Cher M. 

Puisque tu en parles, et plutot que d’en rester à des allusions voilées, tu pourrais nous dire quels sont ces codes, ces rites, quel est le positionnement ideologique de chacun, le tien aussi, tiens, pendant qu’on y est, on se reunirait en rond, on se prendrait par la main, et on chanterait des hymnes à la gloire du 4ème éons.

Bon, sérieusement, s’il y a des choses à dire, effectivement, sur un combat symbolique autour de Flichy (qui ne merite vraiment pas ça, à mon avis), il serait bon d’expliciter un peu, je sais pas moi, de donner des exemples, d’offrir des pistes de reflexions, plutot que de jouer les mysterieux qui savent (mais que c’est vachement trop compliqué pour nos petites tetes) ; bref des données sur lesquelles on puisse argumenter deux minutes.

Sans quoi, on va se rebattre sur un ersatz moderne de sophistique du genre "ah mais c’est la haine de soi qui est à l’oeuvre", genre de machin qui est certes cool pour un talk-show, mais un peu fatigant à la longue.

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> > > > > Hum ..., 11 mars 2002

J’ai dû me tromper de forum.. Sommes-nous dans un débat sado-masochiste où le but de l’exercice est de vanner le plus possible les messages précédents, sous le prétexte fallacieux de faire avancer la discussion ? Tel n’est pas mon souhait. Excuse-moi de t’avoir fait perdre ton temps... et le mien.

ML

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> > > > > > Hum ..., 11 mars 2002

Cher M.

C’est tres serieux malgré l’ironie : pour debattre, il faut des données sur lesquelles debattre. En consequence de quoi, il faut expliciter un peu. Violence symbolique ? Oui, mais qui, quoi ? Où serait les sources de conflits ? Les positions à defendre ?

A prioris ideologiques ? Lesquels ? A quoi les detecte-on ? Quels sont (seraient)-ils ?

Est-ce que vraiment Flichy merite qu’il y ait violence symbolique ? Si je ne l’ai pas dit 20 fois, je ne l’ai pas dit une fois : je pense que Flichy n’enonce que des banalités (au vu de la note de lecture qui est faite, pas de toute son oeuvre, ce n’est pas le sujet), qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat, et que le néant ne risque pas de declencher des polemiques. S’il elle existe (la polemique), c’est bien plutot pour le respect qu’on semble devoir à ce genre de personnage pour enoncer des truismes. Respect immérité, et qui m’agace. Un exemple d’explicitation de ma part, donc.

Remarque en passant qu’il n’y a rien de plus difficile à demontrer que la banalité d’un propos.

Bref ... Faut argumenter un peu (meme avec mauvaise foi au besoin) :-))

LF

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Réponse à Lefayot , Pascal Fortin, 11 mars 2002

Bonjour,

Pour des raisons indépendantes de ma volonté (comme on dit dans ces cas là ), trois réponses au message de Lefayot ont malencontreusement disparu ce w.e. de ce forum. Deux ont déjà été repostés dans la suite du fil de discusion suivant son message initial. celui que je (re)poste ici est le troisième message qui a été posté en réalité avant les deux autres (si avec ça vous ne vous y perdez pas, chapô. Mais qu’y faire ?.

En m’excusant une nouvelle fois auprès de vous pour ce regrettable incident.

PF


Objet : [uZine 3] [forum] > Hum ... la date : Sat, 9 Mar 2002 21:02:45 +0100 (CET)

Message poste par Pascal Fortin a la suite de votre article.

> Hum ...

Lefayot :

Tout d’abord je commencerais par un petit rappel. Si Flichy se propose une etude de l’imaginaire d’internet, c’est pour la même raison que Breton : manque de budget pour une grande etude quantitative sur les usages et les representations d’internet (comme Breton l’a reconnu) .

En es-tu si sûr ? Quant à moi, j’ai plutôt l’impression que ce livre s’inscrit dans la continuité d’une construction théorique que l’auteur avait élaborée dans son précédent livre de 95 sur l’innovation technique dans lequel il insistait déjà sur la nécessité d’intégrer la dimension imaginaire dans la construction sociale des techniques. Il me semble donc que le choix de Flichy de s’intéresser à "l’imaginaire du net" ne relève pas tant d’une quelconque contingence matérielle que de la suite logique de son travail intellectuel. L’approche de Flichy est en effet fortement inspirée de l’interactionisme de Goffman, de la sociologie constructiviste de Berger et Luckmann et du courant de sociologie des sciences de Latour. Ces courants sociologiques privilégient des approches qualitatives au détriment d’une sociologie quantitativiste qualifiée de positiviste. C’est donc plutôt en raison de cette filiation théorique qu’il faut chercher les raisons qui ont motivé Flichy à privilégier les représentations sociales de la technique plutôt que des analyses quantitatives sur les usages. Si tu veux des données quantitatives plus précises sur le sujet, je te renvoie plutôt au dernier livre de Castells sur la "Galaxie d’Internet", par exemple.

Par ailleurs, je n’ai lu nulle part des propos de Breton où il aurait affirmé qu’il ne réalisait pas des études quantitatives pour des raisons de budget. J’ai uniquement vu passer une affirmation à ce sujet dans un mauvais article de Chemla sur ce site. A titre perso, je me méfie beaucoup des discours du genre "machin m’a dit que machin a dit que..." Pose directement la question à Breton, cela m’étonnerait qu’il confirme avoir tenu de tels propos, tout simplement parce que cela ne cadre pas du tout avec l’approche que je qualifierais de "philosophie politique" qui est la sienne, mais qu’on pourrait tout aussi bien qualifier d’essayisme, j’en conviens, dans son ouvrage sur le "Culte d’Internet"

Seule une etude de ce genre pourrait avoir un interet. Donc une fois qu’on sait ne pouvoir étudier le réel (réel dont fait partie ce qu’on appelle le virtuel, d’ailleurs), on va etudier le fantasme.

Ton discours relève typiquement d’un raisonnement positiviste. Tu sembles vouloir à tout prix distinguer le réel d’un côté et les fantasmes de l’autre. Or, plus personne ne raisonne comme cela dans les sciences sociales depuis longtemps. A titre d’exemple, aucune étude quantitative ne rend compte du "réel" en tant que tel mais le construit. Il suffit de suivre un tant soit peu les polémiques sur les statistiques de l’insécurité en France pour en avoir l’éclatante confirmation.Tout cela pour dire qu’il n’y a pas le réel d’un côté et les représentations de l’autre que l’on est d’emblée immergé dans un univers de représentations. Enfin bon, je ne crois pas que cela sot nécessaire d’extrapoler sur ce point. Il suffit de se référer à n’importe quel manuel de 1er cycle de sciences sociales pour en avoir confirmation.

Dire L’imaginaire est au centre de la conception et des usages d’Internet est une profession de foi qui ne mange pas de pain, dont on attend qu’elle soit un tant soit peu démontrée]

Non. Rien ne te permet d’affirmer cela. Reporte-toi aux ouvrages de Flichy précédemment cités avant d’assener de telles contre-vérités. Tu te rendras compte que cette approche relève de choix théoriques bien réels et tout à fait recevables.

 ; d’un autre coté elle apparait comme un truisme, tout dépend ce qu’on entend par imaginaire. Et surtout de quel imaginaire parle-t-on et de celui de qui ? En l’occurence, il s’agit de l’imaginaire en gros des différents courants de wired, c’est à dire d’une poignée de gens.

C’est bien sûr plus compliqué que cela. et là, pour le coup, il me semble bien que ça apparaît dans mon CR.

Si effectivement l’imaginaire peut déterminer des pratiques (et j’aimerais qu’on me montre comment)

Quant à moi, je dirais même que l’imaginaire est au fondement des pratiques. Nous ne sommes pas des automates, que je sache. Réfléchis ne serait-ce qu’uneseconde à la dimension performative du langage et va jeter un oeil sur les ouvrages d’Austin, "quand dire c’est faire", ou encore, dans un tout autre registre, de Pierre Bordieu, "Ce que parler veut dire".

, on pourrait penser qu’il s’agit de l’imaginaire de groupes sociaux suffisemment larges, du peuple, de la masse, une mythologie tellement pregnante qu’elle peut agir sur le réel et le futur par effet de masse.

Non, dans la mesure où Flichy s’intéresse au processus d’élaboration de l’internet, il est tout à fait logique qu’il privilégie la prise en compte de l’imaginaire des pionniers de l’internet et des premiers médiateurs de ce dispositif technique.

En fait ce n’est pas cela du tout : il s’agit de l’imaginaire de 4 pelés, un tondu, l’imaginaire de quelques mediateurs et mediatisés, dont Flichy veut faire croire qu’il s’agit de L’imaginaire d’internet.

Là encore, tu simplifies à l’extrême !

Est-ce que l’imaginaire d’internet grand public n’est pas simplement celle d’une grosse télé ?

En l’occurrence, ton propos est non seulement simpliste mais méprisant.

Ou même peut-etre n’y a-t-il aucun imaginaire particulier associé à internet dans le grand public ?

C’est une blague ?

Après tout les deux media qui ont marqué le XXeme siècle (entre autres) sont le téléphone et la télévision (2 télé) ;

Et la presse écrite ? Et la radio ? Là encore, cel a ne tient pas debout.

le téléphone à son invention n’a suscité aucun fantasme ni parmi ses inventeurs, ni parmi le public ; il est pourtant devenu omniprésent et a probablement changé la vie quotidienne (et donc le monde) à un point qui n’a jamais été bien étudié, je pense. Idem en gros pour la télé (les discours sur les vertus de la télé sont venus bien après son adoption).

Non, non. encore une fois, tu parles sans savoir et tu en viens du coup à dire de grosses bétises. Là encore, je te renvoie à l’histoire de ces deux dispositifs techniques et plus particulièrement à l’ouvrage de Flichy intitulé "Une histoire de la communication moderne".

Etudier l’imaginaire d’internet à partir de wired ou de fanatiques du truc reviendrait un peu à etudier les representations de la democratie à la lecture de Minute.

Ton propos est sans doute bien fait pour frapper les esprits mais ne tient une nouvelle fois pas la route, ne serait-ce que parce que Minute joue un rôle marginal dans la vie politique française alors que Wired, qui n’a d’ailleurs aucun équivalent en France, a joué un rôle central dans les débats sur l’internet aux Etats-Unis (Un peu comme le Monde dans le débat politique français - si tu tiens vraiment à faire des parallèles)

Ensuite Flichy travaille à partir de présuposés jamais interrogés. ex : pourquoi toute notre société est-elle en train de basculer dans les technologies numériques de traitement et de transmission de l’information.

Là je crois que la formulation de Flichy est en effet maladroite. Même si elle peut éventuellement se justifier. Pense par exemple à des auteurs comme Castells et tous ceux qui nous assène que nous serions entrés dans la société de l’info avec le développement des TIC. Mais je ne crois pas que Flichy partage ce type d’analyse ; c’est pourquoi je suis moi-même surpris qu’il ait pu écrire cela.

Enfin, va-t-il seulement y avoir une revolution du fait des NTIC ?

En l’occurrence , tu te trompes sur la pensée de l’auteur qui s’inscrit précisément en faux contre ce type de raisonnement.

En résumé, Flichy conduit une etude sans la moindre methodologie

Faux. Il se trouve simplement que tu ne t’ai pas donné la peine d’aller vérifier tes assertions avant d’écrire cela.

, sans aucune valeur statistique,

Aucune statistique n’a de valeur en soi. Elle s’inscrivent toujours dans un cadre d’interprétation.Or, la mise en équation des représentations relève in fine du mythe de la science positiviste

ne remet en cause aucun des présupposés sur le sujet qu’il etudie,

Lesquels ?

au final met en scene ses propres fantasmes (ou celui de ses commanditaires puisqu’il a signé des rapports si je ne m’abuse)

tu mélanges tout. Sa collaboartion à un rapport et son travail en tant que chercheur-universitaire.

, tout ça sous un vague vernis scientifique (puisqu’il est sociologue). Bref on dirait du Maffessoli :-).

C’est évidemment totalement faux, ne serait-ce que parce que Flichy a une problématique et définit un corpus de textes à analyser en cohérence avec cette dernière alors que Maffesoli se situe d’emblée dans le fantasme le plus total et l’essayisme le plus débridé.

J’ajouterais que ce genre de texte, à mon avis, creux et presque malhonnete est catactéristique d’une derive de la pensée en France, qui partie d’un scientisme un peu agaçant chez Durkheim et à un degré moindre chez Mauss, se retrouve à s’alimenter de pensée magique et à descendre au niveau d’un talk-show. Au niveau de la forme, ça frise la novlangue avec une accumulation de signifiants vidés de leur substance et de formules toutes faites (basculer dans les NTIC dont je ne me remets pas :-) !), ce qui est à mon avis un indice significatif de l’appauvrissement de la pensée dont je parlais plus haut.

Ben voyons ! en tout cas, bravo pour ce beau feu d’artifice final ! On attendait plus que toi pour relever le niveau. Mais au vu de la quantitié de jugements péremptoires et d’inepties contenues dans ton message,cela paraît bien mal engagé !

PF.

PS : quoi qu’il en soit, ton message aura au moins eu le mérite de nous divertir des premières "pitrouries" postées sur ce forum.


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> Réponse à Lefayot , Rembert, 11 mars 2002

Voilà un débat intéressant, une fois défalquées les saillies propres à la communication en ligne...

On ne peut pas passer à la trappe les objections scientifiques de Lefayot, aux seuls motifs qu’elles sont affirmées avec rudesse (mauvaise tête, mais bon coeur), et que le positivisme a vécu.

Je mets ma pierre (à l’édifice, et dans le jardin).

1. la défiance vis à vis des approches sociologiques est tout à fait hygiénique, au vu de quelques apports antérieurs agaçants (Wolton ou Lévy par ex.).

2. la revendication d’une administration de la preuve sur le mode hypothético déductif n’a rien d’ahurissant. Positivisme peut être, mais aussi fonctionnement scientifique ordinaire de la plupart des disciplines. Et si le positivisme est daté, l’école de Chicago aussi, après tout. Non qu’il ne puisse y avoir de recherche qualitative, mais parce que dans ce cas comme dans les autres, la définition des concepts, la méthodo et la mesure sont des prérequis ordinaires.

3. Or, car il y a un or, le concept d’imaginaire en sociologie prend l’eau de partout. Il n’est défini nulle part en termes opérationnalisables scientifiquement. Dommage, car a la différence de Lefayot, je crois que c’est une voie magnifique pour l’accès à l’économie des usages. Mais il s’agit probablement plutôt d’économie libidinale. Ou de gestion de pulsions.

4. Je n’insiste pas sur le corpus, comme déjà dit, il est un peu léger et décalé.

5. Mais je préfère l’approche de Flichy à d’autres, sans conteste. Simplement, il ne faut pas en vouloir aux gens qui viennent de disciplines comme l’informatique ou les neurosciences, certes moins scientifiques que la sociologie et la communication (joke) de vouloir comprendre comment un raisonnement nait, se développe et s’exprime. C’est très sain, même.

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> > Réponse à Lefayot , Pascal Fortin, 11 mars 2002

Hello,

On ne peut pas passer à la trappe les objections scientifiques de Lefayot, aux seuls motifs qu’elles sont affirmées avec rudesse (mauvaise tête, mais bon coeur), et que le positivisme a vécu.

Soit, disons qu’il y a des façons plus ou moins adroites de procéder. A titre d’exemple, c’est tout de même assez surprenant de mettre en cause la malhonnêteté intellectuelle d’un auteur, dont on ne connaît manifestement en tout et pour tout que ce que ce cher Fortin a bien voulu en dire !

1. la défiance vis à vis des approches sociologiques est tout à fait hygiénique, au vu de quelques apports antérieurs agaçants (Wolton ou Lévy par ex.).

En effet. Sauf que Lévy n’est pas sociologue. D’ailleurs, à titre perso, je ne sais pas bien ce qu’il est. Quant à Wolton... Ah Wolton ! Disons qu’il fait de la télévision et des émissions de radio et que, de temps en temps, il publie un livre pour justifier sa présence sur les plateaux, quoi ! Un peu comme les candidats à la présidentielle, en quelque sorte qui, à un moment ou un autre en viennent toujours à publier un "bouquin" (n’allons tout de même pas jusqu’à appeler cela un ouvrage) pour "crédibiliser" leur candidature. Où ledit bouquin devient devient un moyen dans une stratégie de communication et non plus la fin. Eh bien, je crois que, toutes choses égales par ailleurs, c’est un peu comme ça pour Wolton !

Euh, au fait, tu as oublié de mentionner le cas Breton ;-)

Il se trouve que Flichy ne fait pas partie de cette catégorie. C’est d’ailleurs pour cela qu’il m’a semblé judicieux de rendre compte de son ouvrage et que je regrette sincèrement que des lecteurs pressés ayant le sentiment d’avoir tout compris à la lecture d’un compte rendu, aussi bien fait soit-il (et dieu sait que celui-ci est plutôt bon ;), puisse se permettre de porter des jugements aussi péremptoires qui, en prétendant démonter un texte, démontre surtout une suffisance proportionnelle à leur ignorance.

2. la revendication d’une administration de la preuve sur le mode hypothético déductif n’a rien d’ahurissant. Positivisme peut être, mais aussi fonctionnement scientifique ordinaire de la plupart des disciplines. Et si le positivisme est daté, l’école de Chicago aussi, après tout. Non qu’il ne puisse y avoir de recherche qualitative, mais parce que dans ce cas comme dans les autres, la définition des concepts, la méthodo et la mesure sont des prérequis ordinaires.

Il se trouve que Flichy a consacré un livre théorique sur la question de l’innovation technique avant d’écrire l’imaginaire d’Internet et après avoir écrit d’autres livres notamment sur l’histoire de la communication moderne. Cela me paraît être une bonne base de réflexion. Non ? Evidemment, cela ne prouve pas que son approche théorique soit la meilleure. Néanmoins, elle mérite au moins d’être discutée. Evidemment, pour cela, encore faut-il faire la démarche de se renseigner. Mais c’est tellement plus facile de dénigrer sans connaître : petit confort (pseudo)intellectuel !

3. Or, car il y a un or, le concept d’imaginaire en sociologie prend l’eau de partout. Il n’est défini nulle part en termes opérationnalisables scientifiquement. Dommage, car a la différence de Lefayot, je crois que c’est une voie magnifique pour l’accès à l’économie des usages. Mais il s’agit probablement plutôt d’économie libidinale. Ou de gestion de pulsions.

En fait, je dois admettre que je n’ai pas souvenir d’avoir lu une réflexion théorique préalable de la notion d’"imaginaire" dans le livre de Flichy. par contre, il procède en prolégomène de son ouvrage à la définition des notions d’"utopie", d’"idéologie" et de "mythe" en s’appuyant notamment sur Ricoeur et Barthes qui me paraissent en fait beaucoup plus important dans son analyse. D’ailleurs, ce sont surtout à ces notions qu’il recourt dans son ouvrage. Il me semble au bout du compte que la notion d’"imaginaire" est avant tout utilisé comme un terme générique englobant les trois autres. C’est pourquoi, malgré le titre (que je n’apprécie pas outre mesure - mais c’est toujours mieux que celui de Castells, intitulé la "Galaxie Internet" !) et le fait que j’ai pu utiliser trop fréquemement ce terme dans mon CR, je ne pense pas qu’il faille lui accorder plus d’importance que cela.

4. Je n’insiste pas sur le corpus, comme déjà dit, il est un peu léger et décalé.

Sincèrement, je ne le pense pas. Premièrement, comme je l’ai précisé dans mon CR, Flichy ne s’est pas contenté d’une analyse minutieuse de la revue Wired, notamment en ce qui concerne la première partie. Deuxièmement, on pourrait lui reprocher de malhonnêteté intellectuel s’il n’avait pas pris soin de préciser que la deuxième partie de son ouvrage consacré aux représentations du corps, de la politique et la nouvelle éco s’appuyait avant tout de la lecture des auteurs de la revue Wired. Ce qui n’est heureusement pas le cas. A partir de là, on peut éventuellement lui reprocher de ne pas avoir plus élargi son corpus. (Ce qui serait en réalité en partie faux puisqu’il a aussi épluché BW, NW et un autre titre dont j’ai oublié le nom. Mais peu importe.) Ce qui compte, ici, selon moi, c’est que le choix de l’auteur de prvilégier l’analyse de Wired avant toute autre lecture sur le sujet me paraît totalement justifié. Il suffit de lire la liste des auteurs mentionnés dans le CR pour se rendre compte qu’en partant de cette revue, Flichy se référait ainsi à un échantillon d’auteurs parmi les plus centraux dans la production de l’imaginaire du net.

5. Mais je préfère l’approche de Flichy à d’autres, sans conteste.Simplement, il ne faut pas en vouloir aux gens qui viennent de disciplines comme l’informatique ou les neurosciences, certes moins scientifiques que la sociologie et la communication (joke) de vouloir comprendre comment un raisonnement nait, se développe et s’exprime. C’est très sain, même.

Quant à moi, je suis totalement convaincu que ni l’informatique, ni les neurosciences ne sont des sciences plus "exactes" que les sciences sociales. Loin de là ! Il se trouve même que je suis convaincu qu’il n’y pas mieux que les sciences sociales (géographes, historiens, sociologues, etc.) pour analyser les évolutions de notre société. Dingue, non ? Mais je ne refuserai à personne le droit (et même le devoir) de questionner les chercheurs et universitaires sur la pertinence de leurs analyses. Je crois simplement qu’il y a des façons plus ou moins honnête de le faire. Or, je ne pense pas que le terrorisme intellectuelle soit la meilleure. Et cela me paraît naturellement valable dans n’importe quelle discipline !

En tout état de cause, je suis ravi de contater que la discussion devient progresivement plus constructive :)

PF.

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> > > Réponse à Lefayot , 11 mars 2002

Sauf que Lévy n’est pas sociologue. D’ailleurs, à titre perso, je ne sais pas bien ce qu’il est

Détail pour information. Lévy est, au sens du diplôme, "sociologue" (Dr. EHESS, dir. Castoriadis). Lui se dit volontiers "philosophe". Le contraire de Bourdieu.

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Vices et vertus de l’anonymat - à propos de ce forum
9 mars 2002, message de Pascal Fortin
 

Bonsoir,

Juste une remarque en passant au sujet des messages postés jusque là : ce serait pas mal que les personnes qui réagissent sur ce forum fassent l’effort de signer leurs messages et d’assumer leurs propos qui, pour le moment, il faut bien l’avouer, ne volent pas très haut  !

Non pas que je sois contre les pseudos. Loin de là. Mais cette manie consistant à dénigrer les gens en se cachant derrière un anonymat qui permet toutes les outrances verbales devient à la longue extrêmement lassant.

Or, je constate que les personnes qui se sont exprimées jusque là n’ont pas, dans leur très grande majorité, daigné dévoiler leur identité. Dommage !

Du coup, cela donne le sentiment de se retrouver dans un forum d’adolescents pré-pubères en mal de défoulement sexuel.

Bon w.e., PF.

PS : je sais, je sais : on a le forum qu’on mérite ! Promis, je tâcherai de faire mieux la prochaine fois :)

Répondre
anône et mat, 9 mars 2002

Mon cher Pascal,

Ce n’est pas la peine de te déplacer si c’est pour jouer les auteurs renfrognés :) En matière d’anonymat, tu te poses un peu, puisque tu as préféré ne pas signer pour traiter de cons les intervenants (qui, eux, se sont au moins abstenus de t’insulter).

Du coup, cela donne le sentiment de se retrouver dans un forum d’adolescents pré-pubères en mal de défoulement sexuel.

C’est une auto-critique ou un aveu d’impuissance à argumenter sur le fond ? Dans le genre chercheur en sciences sociales, tu fais penser à Wolton, qui a également du mal à encaisser les gens qui le contredisent... Evidemment, ce n’est pas en te focalisant sur la personnalité de tes contradicteurs et en déplaçant la discussion sur le terrain de l’ad hominem que tu vas attirer des débats intéressants. Et tu as effectivement le forum que cette attitude mérite.

Amicalement

Antoine.

Répondre
ghost story, Pascal Fortin, 9 mars 2002

Mon cher Pitrou,

Ton cas ne s’arrange décidément pas. Tu devrais lire attentivement les messages avant de répondre. Cela t’éviterait d’écrire de nouvelles bétises. Tu te serais notamment rendu compte que mon message initial était bien signé. Enfin il aura au moins permis de te faire sortir du bois. Et franchement, je me doutais bien que c’était toi qui était derrière cette série de messages anonymes. J’en ai désormais la confirmation. Merci.

Par ailleurs, pour qu’il y ait attaque ad hominem, encore faudrait-il qu’il y ait des noms. Or, pour le moment, j’ai surtout à faire un fantôme, celui d’uZine !

En tout cas, bravo pour ta remarque sur les réponses à apporter sur le "fond". Celal m’a beaucoup amusé.

PF.

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> un forum pourquoi faire ?., Pascale Louédec, 9 mars 2002

On ne pourra pas éviter que certains viennent poster de manière anonyme, et que d’autres signent d’une manièe ou d’une autre ce qu’ils disent. Pour le dire en clin d’oeil, l’outil technique ici employé pour communiquer permet ces diverses possibilités. Il montre comment l’on peut tenter de situer une parole, monologue ou dialogue suivant diverses approches sur le net.

Bref, cela fournit une série d’exemples à peut-être commenter sur des visisons de l’échange dans un forum.

Certains commenteront donc des idées, se focaliseront sur des arguments, et tenteront d’y répondre, de les nuancer ou de construire les leurs propres. D’autres s’attacheront à se positionner vis-à-vis de l’interlocuteur comme instance d’énonciation, comme personne en puisant dans ce qu’ils perçoivent de ses attributs sociaux etc, et dans ce cas-là, on quitte le débat d’idées pour effectivement en venir à autre chose. C’est aussi la porte ouverte à des confrontations "microcosmiques"...

D’un côté, on pourrait s’attacher à un véritable dialogue de la pensée, en examinant le discours d’autrui, ce qu’il met veut faire valoir ; de l’autre on s’attache à l’image qu’on se construit d’autrui à tarvers son discours, ou à l’image qu’on le croit vouloir se construire à travers sa pensée. Dans ce cas, le discours , la pensée sont assujettis à l’idée d’une autorité à construire, d’un pouvoir à capter.

Bref, d’un côté l’expression d’opinions rattachées à la personne vont amener à sous-peser "l’autorité" de cette personne à s’exprimer sur un sujet, de l’autre une analyse de la portée et des limites d’un raisonnement, de connaissances ou d’opinions, pour eux-mêmes, sans autre forme de procès d’intention, vont peut-être nous permettre d’en confirmer ou infirmer la valeur en soi. On en ressortira peut-être avec davantage de questions que de certitudes :)

La seconde attitude semble plus fertile pour chacun. Mais, elle est certes plus exigente pour tous. J’espère qu’on pourra l’atteindre dans ce forum sur un sujet qui s’y prête complètement.

Bonne journée ;)

Pascale

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> ghost story, 9 mars 2002

Pascal,

Il ne faut pas le prendre aussi mal... Mon but n’est pas de t’effrayer avec des draps blancs et en faisant des bruits de chaînes. Et je suis désolé que mes interventions ne contiennent pas le ratio courbettes/critiques nécessaire pour les rendre comestibles par un auteur de haute volée. Si tu as un générateur automatique (type pipotron), je serai heureux de m’en servir.

Ton cas ne s’arrange décidément pas.

Hi hi, après "mes interlocuteurs sont des adolescents voulant régler leurs problèmes sexuels", voici "mes interlocuteurs sont des cas pathologiques". Tu comptes nous dérouler toute l’anthologie des piques surannées, apitoiements mal feints et psychologie de bazar à l’appui ?

Tu te serais notamment rendu compte que mon message initial était bien signé.

Où donc ? La seule "signature" que j’y vois, c’est la marque de l’auteur courroucé qui supporte mal que l’on soulève une erreur. Mais on n’est pas censé te reconnaître à coup sûr, même avec un tel style. Tiens, au fait, cette fois-ci tu as oublié de m’envoyer des fleurs en privé. J’en suis fâché.

Par ailleurs, pour qu’il y ait attaque ad hominem, encore faudrait-il qu’il y ait des noms.

ad hominem != ad nominem. Je crois que toi aussi tu devrais "lire les messages auxquels tu réponds".... Et si ta défense habituelle de l’anonymat s’accompagne d’un minimum de notions, tu devrais comprendre qu’il n’est pas besoin de nommer quelqu’un pour le désigner explicitement. Dire "le con auquel je réponds" n’échappe pas à la qualification d’insulte et d’attaque personnelle, même si le con en question n’a pas décliné son identité :)

(oui, c’est difficile à comprendre, je sais)

Mais je suis bien en peine, si je n’étais pas intervenu, tu aurais peut-être droit à un beau débat-cahouète-citoyen entre spécialistes autoproclamés (Pierre Lévy fut dans le coin, à une époque, même s’il n’a pas particulièrement apprécié, et je n’y suis pour rien). Le monde serait tellement plus joli si on pouvait disserter tranquillement dans son coin, dans de beaux salons calfeutrés à l’ancienne, mais avec toute la reconnaissance sociale et médiatique nécessaire à la satisfaction de l’ego.... (et qui sait, approcher ses auteurs préférés sur un forum de discussion... brrr....). Remarque, vu la contribe de Lefayot, c’est mal parti.

ciao

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incroyable, 9 octobre 2002

Bonsoir à tous

Je suis tombé sur ce "forum" par curiosité. Je voulais lire des trucs intéressants, justes ou non, voire pertinants. Et bien non. Juste des gens qui se balancent des noms à la figures, quelques vannes à deux francs, pour finalement parler de la façon dont on doit débattre. Bref, messieurs les Zintellectuels, vous vous écoutez trop parler. Et (mais je cois que vous vous en moquez) c’est pas comme ça que vous baisserez le niveau de mépris dans lequel le "Grand Public" vous tient. Vous le lui rendez bien, il le sait, ne vous en faites pas. Bien le bonsoir. Inutile pour moi de signer. je suis une ombre.

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libertarians
8 mars 2002
 

« Internet s’est développé en dehors du marché pendant près d’un quart de siècle, grâce aux financements publics (ARPA, NSF ; gouvernements des États, universités). [...]

Par conséquent, écrit Flichy, L’idéologie cyberlibertarienne « oublie sa dette vis-à-vis de l’Etat »

C’est purement idiot. C’est un reproche moral, pas un argument, et essentiellement conservateur qui plus est. On pourrait tout aussi bien reprocher à un opposant à une dictature quelconque « d’oublier sa dette vis-à-vis du régime » sous prétexte qu’il a bénéficié comme tout le monde de services maintenus ou créés par la dictature (les autoroutes sous Hitler par exemple). De même les esclaves noirs américains qui luttaient pour leur libération oubliaient leur dette vis-à-vis de leurs maîtres. Les soldats des luttes de libération oubliaient leur dette vis-à-vis du progrès apporté par les colons. Les anti-capitalistes vis-à-vis de l’évolution technologique accélérée provoquée par la compétition économique. etc.

Il y a certainement des reproches à faire aux "libertariens", mais ce n’est pas ce genre de repoussoir moralisateur creux et passe-partout.

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> libertarians, Mathieu, 9 mars 2002

Il me semble que l’argument développé dans le message précédent mélange plusieurs choses, en particulier la lutte contre une force d’opression et la reconaissance des mérites apportés par ailleurs. Puis-je rappeller à son auteur que quelqu’un d’aussi attaché à l’indépendance de son pays que Léopold Sedar Senghor a toujours reconnu sa dette à l’égard de l’enseignement qu’il avait reçun en France (agrégé de grammaire), qui lui a permis d’éviter pour son pays le destin de tant de pays africains où la lutte pour l’indépendance s’est accompagnée d’un refus des apports de la colonisation.

De même, je ne suis pas sûr que les anti-capitalistes seraient prêts à renoncer aux progrès technologiques. Prenons un anti-capitaliste comme Marx : il ne refusait pas les progrès technologiques induits par le capitalisme, au contraire, il proposait de s’en servir contre le capitalisme lui-même, puisque dans sa théorie, après avoir été une force de progrès, le capitalisme était devenu un obstacle.

Faire la part des choses, et reconnaître ce que l’on doit à ce que l’on condamne me semble de la simple honnêteté intellectuelle. L’argument de l’article à propos des liens entre Internet et l’État est donc bien cela, un argument, et non un reproche moralisateur. il pointe en effet à l’inconséquence, pour ne pas dire l’hypocrisie, de certains « libertariens », qui se trompent de cible.Il serait à cet égard intéressant de savoir quelle part des contenus d’Internet est dû au travail des universitaires, qui n’ont la possibilité de le diffusér ainsi que parce qu’ils sont payés par la puissance publique (autrement, les lois du marchés les inciterait à vendre ces contenus). Ma petite expérience des logiciels libres (Latex, mutt, et autres) m’a fait souvent constater que l’auteur de ces programmes était un universitaire. À ce titre, je me sens une dette à l’égard de l’État qui autorise ses seviteurs à distribuer librement le produit du travail pour lequel il les paye.

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> > libertarians, 9 mars 2002

Il me semble que l’argument développé dans le message précédent mélange plusieurs choses, en particulier la lutte contre une force d’opression et la reconaissance des mérites apportés par ailleurs. Puis-je rappeller à son auteur que quelqu’un d’aussi attaché à l’indépendance de son pays que Léopold Sedar Senghor a toujours reconnu sa dette à l’égard de l’enseignement qu’il avait reçun en France (agrégé de grammaire), qui lui a permis d’éviter pour son pays le destin de tant de pays africains où la lutte pour l’indépendance s’est accompagnée d’un refus des apports de la colonisation.

Peut-être. Mais je pense que tu tombes dans le travers soulevé dans le message auquel tu réponds. A savoir que dire "les libertarians utilisent l’infrastructure de l’Etat" n’est en rien un argument disqualifiant l’idéologie des libertarians. C’est effectivement une protestation de morale et d’"honnêteté intellectuelle", que je comprends, mais qui ne change rien en soi à l’argumentaire pour/contre les libertarians (pour faire simple, et à défaut d’avoir plus d’infos dans l’article).

Ton exemple va en fait dans le même sens :

Prenons un anti-capitaliste comme Marx : il ne refusait pas les progrès technologiques induits par le capitalisme, au contraire, il proposait de s’en servir contre le capitalisme lui-même, puisque dans sa théorie, après avoir été une force de progrès, le capitalisme était devenu un obstacle.

Il serait donc fallacieux, de dire de même que Flichy (ou de ce qu’il en est rapporté par Fortin) : "En fait, estime Flichy, une « contradiction clé » de la position des libertariens remet en cause sa légitimité". La contradiction clé en question ne me semble pas plus évidente chez les libertariens que chez Marx, et elle n’appelle aucune mise en cause de la "légitimité" de l’un ni de l’autre (et d’abord, qu’est-ce que la "légitimité" quand on discute une idéologie ? Est-ce s’attacher au comportement effectif d’une personne, contraint de toute façon par le contexte social et politique, pour prétendre démonter ses idées ?).

Pour finir :

Ma petite expérience des logiciels libres (Latex, mutt, et autres) m’a fait souvent constater que l’auteur de ces programmes était un universitaire. À ce titre, je me sens une dette à l’égard de l’État qui autorise ses seviteurs à distribuer librement le produit du travail pour lequel il les paye.

Je suis bien d’accord sur le principe. Mais je ne sais pas si 1) il s’agit d’un droit explicite ou d’une tolérance et 2) s’il y a clivage public/privé sur ce point, ou plutôt entre professions de type "recherche" (qu’elle soit institutionnelle ou d’entreprise, donc), et des professions plus dirigées (ouvriers, employés, cadres, du public comme du privé).

Amicalement

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L’imaginaire du moi
7 mars 2002, message de Gros Ego
 
Très bien cet article. Sauf que le fameux auteur a oublié un point : moi. Enfin, pas que moi. LE moi. Là encore, il est temps de sortir le net d’un imaginaire socio-technique américain et communautaire. Internet et le web, ça sert aussi au moi. C’est un bon moyen d’exposer vicissitudes narcissiques et égotistiques, bref, de remettre à la mode une vision du monde individualiste mais partageuse. Tapageuse aussi. Mais pas trop. C’est du moins la vision que j’en ai. Moi....
 
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> L’imaginaire du moi, 7 mars 2002

Salut Grose Fatigue,

Eh bien, je cois que cet oubli est désormais réparé grâce à TON toi ;)

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> L’imaginaire à peu près, 7 mars 2002
Normal, ce n’est pas exactement un sociologue socio-technique, bien que plus socio que technique, comme toujours dans ces courants. Sa conception de l’imaginaire est donc limitée à des croyances de fondateurs, un peu comme qui étudie IBM actuel selon l’imaginaire de Watson. Nous sommes bien d’accord, les imaginaires du réseau, ils se font forcément dans des crânes spécifiés et actuels, sinon ce n’est plus de l’imaginaire en action, c’est de la représentation collective (datée). Mais on n’est que deux à penser ça, tous les autres ont vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’intelligence collective, ou la détermination par le passé des autres, ou par les macro systèmes etc.
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> À propos de L’imaginai
7 mars 2002, message de malpa
 
J’aurais aime quelques mots de presentation sur l’auteur, d’ou il sort, quelle autorite il a pour publier cette etude etc. Je suis sur que c’est quelqu’un tres celebre et tout, mais, malheureusement, moi, j’en n’ai jamais entendu parler...
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Présentation de l’auteur, 7 mars 2002

Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous une présentation de l’auteur qui devrait répondre à vos interrogations.

Cordialement, PF.


Patrice Flichy a travaillé successivement dans les services de recherche du Ministère de la Culture et de l’Institut National de l’Audiovisuel, puis au Centre National d’Etudes des Télécommunications (CNET) où il a dirigé, pendant quinze ans, le laboratoire de sociologie. Il a également dirigé le Groupement de Recherche Communication du CNRS. Depuis 2000, il est professeur de sociologie à l’Université de Marne la Vallée. Il est également directeur de la revue ’Réseaux, communication, technologie et société’ (Hermès Sciences publications).

principaux ouvrages parus avant L’imaginaire d’Internet :

-  Flichy Patrice, L’innovation technique, récents développements en sciences sociales. Vers une nouvelle théorie de l’innovation, La Découverte, Paris, 1995, 255 p.
-  Patrice Flichy : Une histoire de la communication moderne, La Découverte,1991 (dernière édition en 1997 chez le même éditeur).
-  Patrice Flichy, Les industries de l’imaginaire, Les Presses Universitaires de Grenoble, 1980 (dernière édition en 1991 chez le même éditeur).

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> Présentation de l’auteur, 7 mars 2002
Patrick Flichy fait également partie des trois personnalités (avec Pierre Truche, et JeanuPaul Faugères) chargées par le gouvernement français de réfléchir à la protection des données personnelles, au sein de la mission qui a donné lieu à la publication dun livre blanc " Administration électronique et protection des données personnelles", rendu public récemment et actuellement soumis au débat sur le site du FDI.
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