racine uZine

Dans la même rubrique
Cartographies, stratégies, topologies
6 janvier 2001
21 décembre 2000
 
jeudi 14 février 2002
De la « militance institutionnelle » au « militantisme contestataire »

Topologie sommaire de l’internet citoyen

par Pascal Fortin
 
 

Depuis le milieu des années 90, deux visions métaphoriques de l’internet cohabitent [1] :
-  L’internet comme « place de marché » (avec pour mots clés : marchands et clients).
-  l’internet comme « espace public » (avec pour mots clés : démocratie et citoyenneté).

Dans la mesure où il est illusoire de prétendre pouvoir cerner avec précision les contours de l’Internet Non Marchand, Solidaire, Indépendant et/ou Citoyen (l’INMSIC), on se contentera ici d’observer que les acteurs qui se prévalent d’une appartenance à cette nébuleuse affichent en principe une volonté explicite de militantisme en faveur d’une vision métaphorique de l’internet comme un « espace public ».

Par-delà la diversité des acteurs de l’INMSIC, il nous semble possible de distinguer deux grandes catégories d’acteurs en fonction de leur appropriation citoyenne de l’internet :
-  Une première catégorie d’acteurs s’approprie l’internet comme un nouveau moyen de communication dans le cadre d’activités dont l’objet n’est pas en lien directe avec ce dispositif.
-  Une deuxième catégorie d’acteurs s’inscrit plus précisément dans une démarche de militantisme pour un usage citoyen de l’internet. Dans cette optique, l’internet n’est pas simplement perçu comme une nouvelle interface pour des actions militantes mais l’objet même desdites actions.

Cette deuxième catégorie d’acteurs que l’on appellera désormais par convention (et faute d’avoir trouver une meilleure appellation)« les militants de l’internet citoyen », nous paraît suffisamment homogène et circonscrite pour justifier la pertinence d’une analyse critique de son mode d’existence. C’est l’objet de cet exposé.

La pluralité des actions des militants de l’internet citoyen témoigne de leur diversité. Notre hypothèse est que la décision de privilégier telle ou telle type d’action ne relève pas du hasard, mais renvoie au rapport différencié des militants de l’internet citoyen avec les pouvoirs politique et économique. Dans la mesure où les débats autour de l’internet s’articulent essentiellement autour de la dichotomie sécurité/liberté, cette dernière constitue selon nous le point nodal d’une première distinction fondamentale entre les militants, avec :
-  d’un côté, les « militants institutionnels de l’internet citoyen », dont l’ambition principale est de favoriser l’appropriation sociale des TIC et qui restent plutôt discrets sur les décisions relatives au renforcement du contrôle des communications sur l’internet.
-  de l’autre côté, les « militants contestataires de l’internet citoyen », dont la motivation principale est de défendre les libertés individuelles et collectives sur l’internet.

I/ La « militance institutionnelle » de l’internet citoyen

La famille institutionnelle de l’internet citoyen se compose essentiellement d’un maillage très serré de structures au sein desquelles on retrouve bien souvent les mêmes individus. L’imbrication très étroite entre ces acteurs institutionnels de l’internet citoyen avec les pouvoirs économique et politique correspond manifestement à la volonté d’influer directement sur l’action publique en s’impliquant dans les mécanismes de prise de décision.Ces acteurs inscrivent très clairement leur démarche dans une logique de compromis et de coopération avec les pouvoirs. Deux sous-ensembles peuvent être distingués au sein de cette famille :
-  la mouvance VECAM-I3C-MAPI qui fonctionne sur le principe d’une collaboration étroite entre le tiers-secteur associatif et les pouvoirs publics ;
-  le binôme ISOC-FING qui entretient des liens plus étroits avec les acteurs économiques de l’internet.

1.1/ La mouvance VECAM-I3C-MAPI

Au centre du premier groupe, se trouve VECAM.

Créée en 1995, VECAM oriente actuellement son action autour des principaux axes suivants :
-  l’articulation des réseaux de l’internet citoyen. C’est dans cette optique que VECAM vient récemment de fonder avec d’autres association l’I3C
-  le développement d’actions de sensibilisation auprès des collectivités locales afin qu’elles s’emparent des TIC. Emanation de VECAM, la plate-forme Villes Internet décerne par exemple, sous le haut patronage du Ministère délégué à la ville, un label Villes Internet ;
-  assurer une fonction de relais entre le tiers-secteur et les politiques institutionnelles. C’est dans cette optique que VECAM participe aux travaux de la MAPI (mission interministérielle sur les points d’accès publics à Internet), de la Dotforce (structure chargée par le G8 de travailler sur les enjeux de fracture numérique Nord sud)...) et du prochain Forum mondial sur la Société de l’information organisé par l’UIT en 2003.

Ce dernier point illustre parfaitement les liens très étroits qui unissent VECAM aux pouvoirs publics, et plus particulièrement à la gauche plurielle. Cette association a notamment obtenu une subvention du Secrétariat d’Etat à l’Economie Solidaire à l’époque où Véronique Kleck, ancienne déléguée générale de l’association, était conseillère technique de Guy Hascoët. Par ailleurs, on relève parmi les membres de l’association, la présence de deux ministres verts en exercice, Yves Cochet et Guy Hascoët, ou encore du sénateur PS Franck Sérusclat, qui est le président de l’association.

Dans l’orbite de VECAM, on trouve plusieurs structures que l’on se contentera ici de citer : Villes Internet, Créatif, l’Observatoire des Usages de l’Internet, Initial, Médias-cité, Place Publique.

Le point commun de toutes ces structures, est d’être membres fondateurs de l’I3C. Récemment créée, l’I3C est une fédération d’associations engagées dans l’appropriation sociale des TIC. Elle a récemment organisé les REMICS, dont l’ambition est de "mettre les TIC au service de la transformation sociale". Parmi les membres fondateurs de l’I3C , on relève enfin la présence de Denis Pansu, qui est responsable du volet tiers-secteur de la FING .

A l’exception de Place Publique, le deuxième point commun entre ces associations est d’être représentées au sein de la Mission interministérielle pour l’accès public à Internet et au Multimédia" (MAPI). Cette mission rattachée au service du Premier ministre a pour objectif de favoriser l’implantation sur l’ensemble du territoire de points d’accès ouverts au public. Elle est notamment chargée de la mise en place d’ici à 2003 de 2500 espaces publics numériques (EPN). L’ISOC est également représentée au sein de la MAPI par l’intermédiaire de Bruno Oudet.

1.2/ Le binôme ISOC-FING

Cette dernière observation constitue une excellente transition pour aborder de manière très succincte le deuxième sous-ensemble du pôle institutionnel de l’internet citoyen constitué par le binôme ISOC-FING (Chapitre Français de l’Internet Society (ISOC) et Fondation pour l’Internet Nouvelle Génération (FING).

L’ISOC est aujourd’hui bien connue. ce n’est peut-être pas le cas de la FING. Comme son nom l’indique, cette fondation a pour ambition de promouvoir l’internet nouvelle génération en France. Plus encore que l’ISOC, elle regroupe les acteurs publics et privés parmi les plus influents de l’internet français. Elle a en outre reçu le soutien officiel du gouvernement français. Les liens entre la FING et l’ISOC sont très étroits. A titre d’exemples :
-  L’ISOC est membre fondateur de la FING ;
-  Ces deux organismes ont co-organisé les dernières rencontres d’Autrans.

Ces rencontres d’Autrans constituent assurément le grand rendez-vous de l’internet français. On y discute d’enjeux techniques, politiques et économiques.

Les liens entre le premier et le deuxième pôle institutionnel de l’internet citoyen sont nombreux. Ils se matérialisent notamment dans le cadre des rencontres d’Autrans. Si l’on consulte le programme des intervenants des rencontres 2002, on retrouve ainsi les noms de Michel Briand (VECAM, CREATIF, MAPI, I3C), Jean Claude Bournez, (CREATIF, I3C, MAPI), Michel Elie (OUI, I3C), Denis Pansu (FING, I3C) et Valérie Peugeot (VECAM, ATTAC, I3C). Les deux pôles institutionnels de l’internet citoyen partagent finalement l’ambition commune de développer l’appropriation sociale des TIC. Ils manifestent dans le même temps une relative discrétion au sujet des tentatives de restriction des libertés sur l’internet. C’est d’ailleurs le principal élément de distinction entre cette famille institutionnelle et sa voisine plus ou moins contestataire, qu’il s’agit désormais de présenter

II/ Le militantisme contestataire de l’internet citoyen

La famille contestataire de l’internet citoyen se compose bien sûr de quelques structures formelles. Mais elle se caractérise également par l’existence de quelques collectifs informels d’acteurs en réseaux. Il est à nouveau possible de distinguer deux sous-ensembles au sein de cette famille :
-  la mouvance de tendance anarchiste ;
-  le binôme RAS/IRIS.

2.1/ La mouvance de tendance anarchiste

Quel que soit le flou des contours de cette mouvance plus ou moins anarchiste, un réseau d’acteurs très divers a indéniablement construit au fil du temps un maillage très serré de relations en s’appuyant, consciemment ou non, sur une sensibilité politique suffisamment floue pour pouvoir agréger des acteurs assez disparates. Celle-ci oscille entre une sensibilité libérale-libertaire et une autre, libertaire, hostile au libéralisme. Ou bien, dit autrement, entre le courant libertarien, très influent aux Etats-Unis, et la Confédération Nationale du Travail (CNT), très présente lors de la dernière Zelig-conférence. Finalement, le plus petit dénominateur commun entre tous ces militants tient sans doute à leur humeur plus ou moins "anti-institutionnelle", qui se traduit par une défiance inégalement partagée envers l’Etat et le secteur marchand. Quoi qu’il en soit, ce serait une erreur de négliger l’importance des liens d’amité entre les membres de cette mouvance qui ne découlent pas nécessairement du partage d’une sensibilité politique commune. La diversité de l’internet de tendance libertaire nous oblige à nouveau à distinguer trois trois sous-ensembles :
-  l’autopublication ;
-  le mouvement des logiciels libres ;
-  et enfin les moyens techniques alternatifs

2.1.1/ l’autopublication

L’auto-publication sur l’internet peut se décliner depuis le phénomène très médiatisé des pages personnelles jusqu’aux véritables webzines gérés par des collectifs plus ou moins formels avec une qualité de réalisation parfois très professionnelle. L’autopublication est l’un des aspects les plus intéressants de l’internet. Loin de se démentir, l’intérêt pour ce type de contenus est bien réel et sa pérennité tend à montrer qu’il ne relève pas simplement d’un phénomène de mode. D’un certain point de vue, l’internet représente aujourd’hui le nouveau terrain de jeu de nombreux apprentis journalistes en herbe, autrefois concepteurs de "fanzines" aujourd’hui reconvertis dans le "webzine". A cet égard, les progrès en matière de logiciel libre avec, notamment, la mise au point récente, par l’équipe du Minirezo, du logiciel de publication SPIP, particulièrement convivial et performant, contribuent à encourager cette dynamique de publication d’informations alternatives.

Lorsque l’on s’intéresse à la problématique du militantisme de l’internet citoyen, l’offre de contenus est naturellement beaucoup plus réduite. Ces sites sont généralement réalisés par des informaticiens, des graphistes, des journalistes et aussi, parfois, des universitaires. Certains d’entre eux écrivent en ayant recours à un pseudonyme, d’autres pas. Tous ont la particularité d’avoir une très bonne connaissance des sujets sur lesquels ils écrivent et produisent du même coup des informations de qualité qui présentent l’avantage d’offrir une réelle alternative aux contenus des médias commerciaux. Le sujet de prédilection de ces sites d’informations alternatives est bien sûr la défense des libertés. Des sites comme LSI-jolie ou Bug Brother sont ainsi totalement dédiés à ces sujets et constituent des véritables mines d’informations. D’autres comme Kitetoa et surtout uZine abordent des thématiques plus larges. A titre d’exemples, un site comme uZine2 évoque aussi bien la "nouvelle économie", que la défense des libertés, la promotion des logiciels libres, l’autopublication, ou encore les moyens alternatifs d’accès et d’utlisation de l’internet. Certains sites sont réalisés par un seul webmaster : Homo Numericus, Bug Brother. D’autres sont des sites de collectifs informels : LSI-Jolie, uZine2, Samizdat. Au bout du compte, le renouvellement constant des sites d’auto-publication est sans doute la caractéristique la plus intéressante à prendre en compte : pendant que des sites meurent, d’autres se créent.

2.1.2/ Les logiciels libres

Toutes choses égales par ailleurs, le mouvement des logiciels libres se caractérise lui aussi par une très forte dynamique

Sans entrer dans les détails, deux noms seront ici simplement mentionnés :
-  celui de Richard Stallman, initiateur du mouvement des logiciels libres en 1983, dont l’objectif était de créer un système informatique complet reposant sur un système d’exploitation non propriétaire ;
-  Celui de Linus Torvalds, qui a donné naissance au système d’exploitation Linux en 1991.

Selon l’ISOC, on dénombre aujourd’hui entre 100 et 200 000 contributeurs au mouvement des logiciels libres. En France deux associations, l’APRIL et l’AFUL, militent activement pour promouvoir et développer la recherche et la démocratisation des logiciels libres. Elles sont également toutes les deux membres de Eurolinux, une coalition ouverte de société commerciales et d’associations, ayant le même objectif.

Malgré le formidable engouement pour le logiciel libre, celui-ci est aujourd’hui menacé par L’Office Européen des Brevets (OEB), qui accepte déjà des dépôts de brevets au moyen d’artifices juridiques. Cet organisme cherche actuellement, avec l’appui des multinationales du secteur et de quelques professionnels de la propriété intellectuelle, à faire entériner cette pratique sur le plan juridique. Le mode de développement des logiciels libres fondé sur celui de la recherche scientifique se trouve du même coup fortement menacé.

2.1.3/ les moyens techniques alternatifs

A côté du mouvement des logiciels libres et de l’information alternative, on trouve finalement les prestataires techniques alternatifs. Ces prestataires ont déjà connu de nombreux déboires dans le passé :
-  la fermeture de Mygale par RENATER en 1997 ;
-  la fermeture d’AlternB deux ans plus tard, suite à l’affaire Estelle Halliday.

Peu après avoir fermé AlternB, Valentin Lacambre créait avec Laurent Chemla le bureau d’enregistrement de noms de domaine Gandi. Cette société qui propose des tarifs défiant toute concurrence est aujourd’hui extrêment rentable.

Dès le 9 février 2001, Gandi s’associait avec quatre autres structures pour créer le GIE Gitoyen (contraction de GIE et de citoyen). Gitoyen a été créé afin de permettre à ses membres d’acheter à très bas prix de la connectivité nationale et internationale. En dehors de Gandi, une autre société fait partie de ce GIE. Il s’agit de Netaktiv, jeune pousse proche du Parti Communiste Français. A côté de ses deux sociétés, trois autres associations sont également associées au projet Gitoyen, dont Globenet, qui est un fournisseur d’accès, réalisateur, hébergeur de sites web, employant aujourd’hui cinq salariés.

Compte tenu de sa composition, et contrairement à ce qui a été dit et écrit, Gitoyen ne peut pas se prévaloir de l’étiquette de "non marchand". Par contre, le rattachement de Gitoyen à la mouvance de "l’internet indépendant" paraît plus justifié, dans la mesure où cette appellation ne renvoie pas nécessairement à des activités non marchandes.

En dehors de Gitoyen, d’autres strutures alternatives offrant des moyens techniques aux internautes existent. C’est la cas notamment des hébergeurs Ouvaton.net (société coopérative) et Lautre.net (association), qui ont été créés à la suite de la fermeture d’AlternB. Ces deux organismes sont subventionnés par le SEES.

A l’instar des autres acteurs de l’internet citoyen, les militants de tendance contestataire ont leur propre rendez-vous. Il s’agit de la Zelig-conf. Le mode de fonctionnement de cette dernière repose sur une grande part d’improvisation et un esprit "anti-hiérarchique". Il traduit bien l’esprit dominant affiché par la majorité des acteurs mentionnés ici.

2.2/ Le binôme RAS/IRIS

En marge de cette nébuleuse plus ou moins libertaire, se trouve le binôme RAS/IRIS. Les liens entre ses deux associations sont très étroits. En fait, Le RAS et IRIS proposent aux associations et syndicats avec lesquels ils collaborent une double expertise complémentaire dans le domaine de l’internet : technique et juridico-politique.

Créé en 1996, le RAS fonctionne uniquement avec des bénévoles et propose à peu près les mêmes services que Globenet. L’adhésion à cette association fonctionne sur le principe de la cooptation des nouveaux adhérents et de la mutualisation des coûts.

Quant à IRIS, cette association a été créée suite à une scission au sein de l’Association des Utilisateurs de l’Internet (AUI). La longue expérience d’IRIS sur les enjeux juridiques de l’internet en fait un acteur reconnu et parfois écouté. Refusant de cautionner la mise en place du Forum des droits sur l’internet (FDI), cette association s’est par ailleurs illustrée en refusant de siéger dans cet organisme de "corégulation".

Ces deux associations organisent depuis 1998 leur propre rendez-vous. Il s’agit des Assises de l’Internet Non Marchand, dont les trois précédentes éditions ont été organisées avec Globenet.

La distinction entre la nébuleuse de tendance libertaire et le binôme RAS-IRIS repose moins sur le contenu des actions à entreprendre que sur la manière de les conduire :
-  Fonctionnant sur des modes organisationnels classiques, le binôme RAS-IRIS est critiqué au sein de la nébuleuse plus ou moins libertaire en raison de son mode hiérarchique de fonctionnement, jugé archaïque à l’ère des réseaux ;
-  Inversement, le RAS et IRIS reprochent à leurs interlocuteurs leur manque de maturité politique et organisationnelle, leur spontanéisme, ou encore le manque de rigueur de leurs analyses.

Face à l’activisme jugé archaïque des premiers, s’opposerait finalement le "spontanéo-bougisme" vaguement libertaire des seconds. En fait, Les modes d’intervention de la mouvance de tendance libertaire correspondent manifestement à la volonté de développer des formes alternatives d’activisme en adéquation avec les principales propriétés de l’internet et des médias : interactivité, décentralisation, rapidité des échanges et de la mise en place des actions, goût de la provocation, de la mise en scène et du spectaculaire. La remise annuelle des Big Brother awards illustre parfaitement cette logique d’intervention.

Quoi qu’il en soit, loin d’être contradictoires, ces deux modes d’activisme nous paraissent complémentaires. Les deux pôles de l’internet contestataire partagent en effet de nombreuses préoccupations communes, comme, par exemple :
-  la marchandisation de l’internet ;
-  la défense de la vie privée ;
-  la liberté d’expression ;
-  ou encore la promotion du logiciel libre.

La famille plus ou moins contestataire (et turbulente) de l’internet citoyen se retrouve finalement souvent au coude à coude contre les "ennemis de la liberté".

Conclusion : Quel avenir pour les militants de l’internet citoyen ?

De même qu’il existe des liens étroits entre les différents sous-ensembles de nos deux familles de l’internet citoyen, la frontière entre ces deux familles est loin d’être étanche. On notera en forme de clin d’oeil que le Ministre Yves Cochet cumule les fonctions de président d’honneur d’IRIS et de simple adhérent au sein de VECAM. Par ailleurs, bien que la liste de discussion INMS-L soit directement gérée par l’association IRIS, elle n’en constitue pas moins le lieu où bon nombre de militants de l’internet citoyen venant de tous les horizons, insitutionnel ou contestataire, se retrouvent, généralement pour y exprimer leurs désaccords, plus rarement pour en débattre.

En conclusion de ce petit tour d’horizon des différentes facettes de l’internet citoyen, il paraît difficile de ne pas se poser des questions sur l’avenir de celui-ci :
-  Comment ne pas s’interroger, par exemple, sur l’avenir des principaux représentants du pôle institutionnel de l’internet citoyen ? Dans la mesure où son rôle consistait in fine à servir de relais entre le volet social de la politique du gouvernement en matière de TIC et la "société civile", le résultat des urnes aura forcément des effets importants sur ses contours futurs ;
-  On peut également se poser la question de la pérennité de la dynamique d’autopublication à l’heure où le haut débit pointe le bout de son nez et où les restrictions à la liberté d’expression se multiplient ;
-  Il paraît aussi légitime de s’interroger sur la dynamique du "logiciel libre" face à la menace de plus en plus pressante des brevets logiciels ;
-  dans quelle mesure le succès éventuel de Gitoyen ne risque-t-il pas d’étouffer les autres fournisseurs de services techniques alternatifs ?
-  Enfin, le relatif isolement et la faiblesse des moyens humains et matériels d’IRIS posent la question de la pérennité de son action dont la particularité est d’exiger un niveau non négligeable de connaissances technique, juridique, politique.

Au-delà des dynamiques internes à ces différentes familles et sous-familles de l’internet citoyen, se pose finalement la question des évolutions plus générales de l’internet qui conditionnent également le devenir de ces acteurs. A cet égard, la crainte suscitée par l’existence d’intérêts croisés entre les élites politique et économique débouchant sur un accroissement de leur contrôle sur l’internet au détriment d’une parole véritablement libre et citoyenne ne relève pas d’une simple vue de l’esprit. (Pensons par exemple à la mort annoncée de l’anonymat avec l’adoption prochaine de la nouvelle norme d’interconnexion IPV6).

Au regard de ce trop bref tour d’horizon du militantisme de l’internet citoyen et des menaces qui pèsent sur lui, celui-ci paraît finalement bien fragile. Cette conclusion peut paraître pessimiste. Mais puisque je suis en même temps observateur et aussi, un peu, acteur de l’internet citoyen, je me permettrai de conclure en forme de boutade avec la célèbre citation de Gramsci sur la nécessité d’"allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de l’action".

 

[1] Ce texte est celui d’une intervention orale présentée le jeudi 31 janvier 2002 lors des journées d’étude « Interfaces : médiations esthétique et politique, » organisées par les groupes d’étude de la SFSIC Réseaux et Culture & Médiation.

 
 
Pascal Fortin
Imprimer
format impression
 
SPIP
Web indépendant


Precision sur un nom cité dans l’article et sa qualité
10 mars 2002, message de JL RAYMOND
 
Pour information, Jean-Claude Bournez n’est pas membre de la MAPI ni de son groupe de travail...
Répondre
> Precision sur un nom cité, Pascal Fortin, 10 mars 2002

En effet, ce n’est pas Jean-Claude Burnez mais Jean-Claude Richez qui fait partie du groupe de travail de la MAPI. Les deux sont à la mairie de Strasbourg.

PF

Répondre
Jean-Claude Richez, Jean-Luc RAYMOND, 16 mars 2002
Oui, mais Jean-Claude Richez ne siège pas aux réunions du groupe de travail de la MAPI... Il a décliné l’invitation de la MAPI pour le groupe de travail tout simplement parce que sa majorité municipale de l’époque (PS a Strasbourg) n’a pas été réélue. Cette attitude me semble cohérente.
Répondre
> Jean-Claude Richez, Jean-Luc RAYMOND, 16 mars 2002
Je précise également que Jean-Claude Bournez n’est pas à la mairie de Strasbourg mais qu’il s’occupe du secteur de l’Education Populaire... Ce qui n’est pas la même chose... Il me semble qu’il faut être précis dans ses propos dans ce genre d’article. En espérant que cela aide...
Répondre


A propos de NetAktiv
5 mars 2002, message de jerome relinger
 

Bonjour,

Vous avez écrit entre autre :

"Il s’agit de Netaktiv, jeune pousse proche du Parti Communiste Français."

A toutes fins utiles, sachez que NetAktiv est une SA dont les actionaires sont les salariés, et qui ne dépend que d’elle même. Que, parmi ses clients (ou l’on trouve d’ailleurs des cabinets d’avocats et des agences de voyages...) figurent des structures progressistes (dont le PCF, mais aussi la LCR ou Le Monde Diplomatique) ne doit pas vous permettre de conclure de notre "proximité".

Enfin, le fait que des dirigeants de NetAktiv soient par ailleurs militants d’un Parti politique ne concerne que leur vie privée.

Je reprendrait volontier la conversation avec vous sous cette autre casquette, mais je vous prie à l’avenir de faire un peu plus la part des choses.

Bien cordialement, et en vous souhaitant bon courage dans votre travail,

Jérôme Relinger NetAktiv multimedia Président

Répondre
> A propos de NetAktiv, Pascal Fortin, 9 mars 2002
A toutes fins utiles, juste une petite précision au passage sans se perdre dans des détails finalement assez peu intéressants pour le lecteur : l’auteur du message ci-desus est notamment délégué national NTIC du PCF.
Répondre


Quelques commentaires de quelqu’un de Microsoft France
21 février 2002, message de Guillaume Tourres
 

Cette tribune est un bon résumé en effet des mouvements qui existent autour de l’Internet citoyen. A ce titre je trouve dommage, que les acteurs économiques n’ont pas leur mot à dire dans ce débat de L’internet citoyen car ils sont exclus pour ce qu’ils représentent
-  libéralisme économique
-  Américanisation de l’internet
-  "domination" du monde
-  contrôle de l’internet
-  ...

Même s’ils peuvent être critiqués sur certains de ces aspects, n’oublions qu’ils contribuent également à banaliser l’usage des nouvelles technologies et faire en sorte que le citoyen se les approprie. C’est un fait.

Les groupes, organisations ou associations, mentionnées dans cet article auraient tout à gagner dans un dialogue contructif avec le secteur privé et en particulier les fournisseurs de technologie dans leur réflexion sur l’internet citoyen.

Sans reprendre le terme galvaudé d’entreprise citoyenne, je pense que tous les fournisseurs de techno qui contribuent également à développer L’internet et ses usages(que se soit une société nationale ou internationale) à un rôle à jouer dans les réflexions autour de cet Internet citoyen

Je trouve dommage qu’ils soient souvent diabolisés, et exclus ou en tout cas pas les bienvenus dans les débats (exemple : autrans)

Répondre
QQ1 qui aime Bill Gates !, Atchoum, 21 février 2002

C’est vrai qu’en rendant Windows + simple à utiliser, M$ a aidé au dévellopement du Web, ainsi qu’avec IE (malgré de nombreux bugs et qq trous de sécurité). Mais les motivations de Bill Gates ne vont pas très loin : gagner le + de fric possible. Si quelque chose l’arrange (le dévellopement d’Internet), il le fait. D’ailleurs, MSN, en tant que FAI, en est une preuve : il souhaitait gagner de l’argent avec Internet et lutter contre AOL (qui est encore pire que M$).

Mais il est normal que vous défendiez votre gagne-pain. Après tout, il faut bien gagner sa vie !

Mais le contrôle ce ce type d’entreprise sur Internet et sur les surfeurs est dangereux. Il suffit de regarder .NET : ce système qui cherche à concentrer des infos personnelles sur des serveurs M$ représente un danger pour les internautes et leur vie privée.

Répondre
> QQ1 qui aime Bill Gates !, Guillaume Tourres, 25 février 2002

Bonjour M. Atchoum (ou Mme) Evitons svp les discours simplistes dans un forum de discussion tel que celui-ci, avec des termes comme le sempiternel M$, et des Bill Gates épouvantail, Big brother du web, qui veut contrôler le web et la pensée des internautes. Laissez moi réagir à qq uns de vos propos :

« Les motivations de Bill Gates ne vont pas très loin : gagner le + de fric possible » 1- Oui la vocation de toute entreprise est de « gagner du fric » comme vous dites et prospérer et alors. Je ne vois pas ce qu’il y a à redire à cela, c’est le fondement du système eco qui nous régit. 2- Oui on peut gagner de l’argent avec Internet, et cela intéresse toute entreprise. Je ne vois pas ce qu’il y a de honteux à cela. J’ajoute que Internet a connu plusieurs phase de développements qui s’ajoutent et se complètent (Première phase : Internet outil militaire « Arpanet », 2ième phase : outil de communication du monde scientifique (beaucoup évoquent cette période avec nostalgie), 3ième phase outil de communication grand public, 4ième phase (qui débute) zone d’échange de services privés, publics, gratuits ou payants.

« .NET : ce système qui cherche à concentrer des infos personnelles »

1- Il ne s’agit pas forcément de serveurs Microsoft. L’entreprise a annoncé sa volonté de travailler avec des sociétés tierces considérées comme des tiers de confiance par les internautes (des organismes bancaires par exemple) 2- Concernant le sujet de la sécurité des données personnelles, et le respect de la vie privée, MS (et non M$) s’est exprimé sur ce sujet notamment dans le cadre du Safe Harbour et travaille concrètement dans des technologies permettant un + grand respect des data personnelles par les acteurs du web (privé et public) comme la mise en œuvre du standard P3P dans ses outils. Il est vrai qu’il y a du boulot pour que toute l’industrie, les acteurs privés (et publics) ne bafouent pas tous les jours cette vie privée (volontairement ou non ) 3- Tous les jours dans la vie réelle ou sur le web vous « laisser » des données autrement + confidentielle que celles demandées a minima par Passport le système d’authentification unique de Ms (cad un pseudo et un mot de passe) 4- Je ne pense pas que le web puisse être « contrôlé » par un ou plusieurs grand acteurs, et d’abord que signifie contrôler. Sur la toile c’est comme dans la vie réelle, il y a des millions de lieux d’échange publics ou privés, de commerce (plus ou moins recommandables). La grande différence avec la vie réelle, est qu’il n’y a pas (ou peu de barrières) géographique. C’est un espace de liberté avec tous ses travers et qualités.

Pour finir, mon intervention précédente avait pour but de dire que je trouve que les entreprises ne sont pas assez impliquées dans les débats autour de l’internet citoyen, et aucunement de faire l’apologie de Bill Gates ou de Microsoft. D’ailleurs je ne suis apparament pas le seul à penser ainsi comme en témoigne cette semaine Luc Faard directeur de la rédaction de 01 informatique dans son édito "Les politiques et les NTIC "On peut d’ores et déjà constater une grande similitude dans les approches de la droite et de la gauche :on s’intéresse d’abord aux effets de la technologie sur la société en général et sur le citoyne ; on se pose très peu de questions sur l’entreprise."

Répondre


> Topologie sommaire de l’i
21 février 2002, message de Brice
 

N’étant que vaguement internet et pas militant libertaire, j’ai apprecié cet article car découvert les acteurs de l’internet citoyen.

A la lecture des réponses d’Arno et de Rick, je vous dirai : il s’agissait d’un tableau général mais vous êtes tellement dans votre sphère que vous avez des réactions passionnelles.

Répondre


> Topologie... : Une illustration concrète
15 février 2002, message de Rick Deckard
 

Je trouve particulièrement sévère avec ce que vous apellez la nébuleuse anarchiste et bien tendre avec le FING.Pourtant le FING est quelque peu suspect non ? Une bonne illustration pourrait être ce séminaire organisé par Transfert.net, (le magazine sur l’utopie néo-technologique en association avec le Fing)ou encore la liste de ses nouveaux adhérents : Microsoft . GIP Modernisation des déclarations sociales . Digitech . Elanceur . Digital Airways

ou de quelques uns de ses anciens :Aol, Vivendi publishing etc...

ou comment la nouvelle génération s’approprie les "nouvelles techno". Je pense qu’on peut compter sur ces entreprise pour démystifier la cette "boite noire" de la technique informatique. Car oui, le but de ces entreprises est de nous éduquer, de nous donner les moyens de comprendre et de maîtriser notre environnement technique... Tandis que ces dangereux anarchistes avec des couteaux entre les dents... Arrêtons de plaisanter, veux-tu ? Si il est des fragilités dans l’"internet citoyen" et qu’il peut etre constructif de les pointer, d’y réfléchir, n’oublions pas où sont les vrais dangers...

 
Répondre
> > Topologie... : Une illus, 18 février 2002

Bonjour,

Rick Deckard écrit : Je trouve particulièrement sévère avec ce que vous apellez la nébuleuse anarchiste et bien tendre avec le FING.

Si vous saviez mon bon monsieur toute l’affection que je porte pour la FING ! Sans rire, j’adore les "fondations indépendantes" financées par les multinationales et officiellement soutenues par les pouvoirs publics. Si si, je vous assure !

Plus sérieusement, je crois avoir répondu à Arno* concernant ce soupçon de mépris au sujet de l’internet de tendance libertaire.

Mais à votre avis, si je le méprisais tant que cela, cet internet-là, croyez-vous que j’aurais posté mon article sur uZine ? Surtout que je suis un récidiviste ! ce ne sont pourtant pas les sites d’autopublication qui manquent.

Sûr que je dois être un peu mazo quand même.

PF ;-)

Répondre
>FING, Jacques-Francois Marchandise, 12 mai 2002

Bonjour,

Je trouve le papier de Pascal Fortin très intéressant, factuel et éclairant. Quelques précisions rapides après la réaction de Rick et à la réponse de PF "Sans rire, j’adore les "fondations indépendantes" financées par les multinationales et officiellement soutenues par les pouvoirs publics. Si si, je vous assure ! ". Je trouve normal que la Fing aie à répondre de ses engagements et de l’utilisation des fonds publics, je m’y colle volontiers.

-  La Fing a l’air bien grande vue du dehors ; mais elle a le budget de la charcuterie du coin de la rue. De quoi payer normalement une équipe à temps partiel, qui produit du boulot pour la collectivité. La quête aux subventions n’est pas un sport très agréable, et ce n’est pas parce que Matignon décide de "soutenir" qu’il y a des sous ; à l’arrivée, elles pèsent environ 15% d’un budget qui est de l’ordre de 300 000 à 400 000 euros. Le reste de nos financements vient des adhésions des membres : pour moitié, des membres d’essence publique, collectivités territoriales, CNC, INRIA, Caisse des dépôts etc ; pour moitié, des entreprises ou organisations adhérentes, voire des individus. Les 120 membres actuels ont un droit de vote qui ne dépend pas du montant de leur cotisation, heureusement. Tous leurs collaborateurs peuvent participer à nos travaux, qui sont tous publiés. En réalité, le fonctionnement est plus ouvert, des chercheurs non-adhérents, par exemple, étant bienvenus parmi nous.

Les homologues de la Fing à l’étranger ont des budgets 20 à 100 fois plus gros. C’est parce qu’ils émanent directement d’entreprises, ou de structures publiques. Et aussi parce qu’en France on a du mal à comprendre l’idée d’un effort collectif. On reste dans le jeu de rôles, les gouvernants gouvernent, les entreprises s’occupent de pognon, les chercheurs de recherche, les contestataires de contestation et les donneurs de leçons de donner des leçons. Dans d’autres domaines, comme l’environnement, ce jeu de rôles a fait de sérieux dégâts.

-  C’est difficile de demander à des acteurs économiques (et à des acteurs de pouvoir) de se mettre autour de la table avec des préoccupations d’intérêt général. Certains diront que c’est impossible, puisque ces acteurs ne cherchent que le profit à court terme, et puisqu’on constate qu’ils sont principalement présents dans des lobbies. Il nous a paru nécessaire de tenter le coup, en s’appuyant sur les gens et pas sur les structures, et en favorisant un équilibre entre l’économique et le non-marchand, dans les membres comme dans les thèmes. En réalité, les acteurs les plus disposés à travailler ensemble sur les usages futurs de l’internet sont ceux qui s’intéressent aux usages non-marchands, santé, éducation, culture, ... : ceux du commerce et des services ont souvent l’impression de déjà tout savoir (enfin ils se calment un peu...). Par ailleurs, les acteurs territoriaux ont besoin d’essayer d’y voir clair à cinq ans.

Alors oui, nous avons des financements institutionnels et privés. La recherche en a. Les acteurs du monde du handicap en ont. L’art contemporain ou la littérature contemporaine ne vivent que comme ça, car le marché est inopérant sur tous les champs d’utilité publique, car nous ne sommes plus au temps des fortunes personnelles, et car le bénévolat a des limites. La seule question qui vaille est "quelle aliénation en résulte".

Par ailleurs le développement (ou la survie) du Limousin, par exemple, passe notamment par les acteurs institutionels et par les acteurs économiques, il ne seraiit pas très malin de ne pas les sensibiliser. Il passe aussi et surtout par les humains, leur lucidité, leur compétence, leur connaissance mutuelle et leurs engagements. La Fing est donc l’un des acteurs de "mise en réseau".

-  la vocation de la Fing est certainement d’armer les acteurs de la société pour qu’ils deviennent acteurs des évolutions liées aux technologies, au lieu de les subir purement et simplement. Sur différents sujets (les "cartables électroniques", la mobilité, ...) nous tentons de rassembler des acteurs hétérogènes et de sortir du simplisme "offre de produits et de services à des consommateurs", pour proposer une vision plus ouverte et plus active du réseau. Selon la façon dont on l’approche, l’éducation pose des questions de commerce ou d’échanges humains, pour le commerce personne n’a besoin de nous. En revanche pour réfléchir sur les approches éducatives et pédagogiques, pour recenser et analyser les expériences, on peut être utiles.

-  la Fing est davantage orientée vers la "R&D des usages" que vers le militantisme associatif, que nous pouvons avoir par ailleurs. C’est donc une structure qui n’a pas d’opinion, ça change des lobbies, et qui a un principe directeur, l’attachement aux standards ouverts de l’internet. On se rend facilement compte que cette notion n’est pas si consensuelle, et que l’internet de demain peut très bien être "à deux vitesses", les acteurs économiques dominants pouvant choisir de laisser tomber le web actuel et de privatiser intégralement un réseau haut de gamme. Quand AOL a payé sa cotisation (au prix le plus bas, sans doute pour voir), je me suis demandé de quel malentendu il s’agissait... Quand les hauts débits et les projets d’internet mobile voient les opérateurs tenter de prendre le contrôle du réseau, installer leurs kiosques, décider de la géographie du territoire, nous mettons de notre côté l’accent sur les dynamiques du "premier kilomètre", sur l’intérêt des réseaux sans opérateurs (avec ou sans fil) et des infrastructures neutres (à la suédoise).

J’arrête là. Mais à votre disposition pour répondre aux questions ou critiques. Pour bien faire, la Fing devrait s’ouvrir davantage et s’expliquer mieux. Il fallait commencer par exister.

jfm

Répondre


Sans dieu ni RAS ?
14 février 2002, message de ARNO*
 

Salut,

Je démarre la discussion, dont je ne doute pas qu’elle va être chargée...

D’accord avec la première partie du texte. En revanche, la seconde partie (le web contestataire) est une vue du Web indé par le prisme curieusement réducteur d’IRIS.

-  Comme toujours, pour chipoter, je tique sur le terme « contestataire », puisqu’il signifie la contestation d’un ordre établi. Or, l’« ordre établi », sur l’internet, est celui d’une norme de comportement plutôt positive ; c’est au contraire l’internet « institutionnel » qui tente de modifier la norme. Sauf à être expliqué, ce terme risque donc d’induire l’idée que ce mouvement tente d’imposer une « nouvelle » norme (gauchiste, idéologique, pas pragmatique, irréalisable et tout le toutim), alors que cette norme (une relative liberté) préexiste. Les termes « contestataires » et « alternatifs » sont utilisés par nos adversaires comme arguments d’autorité (puisqu’ils défendraient un modèle déjà réalisé que nous contesterions, alors que c’est exactement le contraire).

-  La présentation de « la mouvance de tendance anarchiste » est factuellement relativement bonne, en revanche le choix sémantique est particulièrement tordu. « Mouvance de tendance anarchiste », « nébuleuse de tendance libertaire », « "spontanéo-bougisme" vaguement libertaire », franchement, le factuel est perturbé par un jugement de valeur visiblement négatif. Certes, autant de termes qui pourraient plutôt témoigner de la difficulté à définir un mouvement uniforme et lisible (« nébuleuse », « vaguement », « tendance »... signifiant la difficulté d’une définition évidente), m’enfin plutôt qu’un aveu d’impuissance du locuteur à définir un objet de manière rapide, cela implique beaucoup plus un jugement négatif et réducteur.

-  « Anarchiste » est évidemment très mal choisi, puisqu’il implique un choix politique clair, qui n’est pas du tout commun à tous ces acteurs (le texte le reconnaît même rapidement, en admettant que certains ne sont pas « non-marchands », et même « qui ne découlent pas nécessairement du partage d’une sensibilité politique commune »). « Libertaire » est meilleur, puisque son double sens met en avant le véritable point commun (la liberté d’expression) sans exclure l’option politique d’une partie des acteurs.

De fait, le choix de « anarchiste » pour immédiatement pointer sur ce qui n’est ni politique ni non-marchand dans ce mouvement induit la dénonciation d’une immaturité politique (puisque se désignant comme anarchiste sans en connaître le début de commencement de la théorie...). Là encore, la difficulté du locuteur à désigner la diversité d’un mouvement se transforme en dénonciation, via la contradiction des termes, de l’incohérence de ce mouvement (puisque ce sont des anarchistes sans sensibilité politique commune qui font du marchand !).

-  Foutre une tendance « libertarian » dans la catégorie « anars » est tout de même gros comme une maison. Voir l’EFF dans uZine 1 (mars 97). La tendance libertarienne en France a été ultraminoritaire et particulièrement courte ; et systématiquement dénoncée par tous les autres. Puisque, de toute façon, toutes les méthodes et les préconisations des libertariennes sont celles des « institutionnels » (qui, pour certains, sont directement issus de ces libertarians). Sauf à croire que les libertarian sont des gauchistes néo-libéraux, ce qui est faux (ce ne sont pas trois surfeurs californiens un peu cons, loin de là, ce sont d’énormes think-tanks conservateurs qui ont inventé un nouveau marketing politique pour la droite américaine).

-  Toujours traduit très maladroitement dans le choix des termes, énorme confusion entre agit-prop, pratique populaire (la praxis chère à Lirresponsable) et coup médiatique, fondus et réduits à « spontanéo-bougisme » carrément folklo.

-  Du coup, la séparation selon cette classification entre des « anars faute de mieux » et IRIS/RAS est totalement artificielle. Puisqu’il y a d’un côté des « anars-anars », des « anars pas anars puisque pas politiques », des « anars pas anars parce que marchands », et de l’autre de cette séparation les « pas anars parce que pas anars ». Découpage par défaut, qui du coup déshabille sévèrement IRIS/RAS, puisque l’autopublication, les logiciels libres et les moyens techniques ne les concerneraient pas ! (je suppose que ça n’est pas le but).

Toujours dans le découpage qui induit des déshabillages regrettables : ce qui définirait IRIS/RAS (outre le fait de ne pas être anarchiste), ce serait « une double expertise complémentaire dans le domaine de l’internet : technique et juridico-politique ». Merci pour les autres, qui font donc de la promotion de l’autopublication, du logiciel libre, des moyens techniques, mais sans expertise technique ni juridique. La contradiction est évidente.

Au final, la distinction est clairement artificielle, et introduit des contradictions logiques énormes, qui déservent la pédagogie du texte. La seule impression qui reste, donc, c’est que d’un côté il y a des rigolos folkloriques, de l’autre une association chiante et hiérarchisée. Je doute que ce soit le but de l’article...

L’intérêt de la distinction n’existe que dans le cadre d’une présentation lors d’une rencontre IRIS/RAS, où il est peut-être intéressant pour IRIS/RAS de se « positionner » par rapport aux autres ; hors de ce cadre, c’est affreusement réducteur.

Amicalement

Répondre
Sans dieu avec RAS et uZine !, Pascal Fortin, 15 février 2002

Salut Arno*

Je démarre la discussion, dont je ne doute pas qu’elle va être chargée...

C’est pourquoi je vasis essayer de faire court... pour ne pas trop encombrer :-)

D’accord avec la première partie du texte. En revanche, la seconde partie (le web contestataire) est une vue du Web indé par le prisme curieusement réducteur d’IRIS.

Sincèrement je ne le pense pas et je vais essayer de t’expliquer pourquoi.

Comme toujours, pour chipoter, je tique sur le terme « contestataire », puisqu’il signifie la contestation d’un ordre établi. Or, l’« ordre établi  », sur l’internet, est celui d’une norme de comportement plutôt positive ; c’est au contraire l’internet « institutionnel » qui tente de modifier la norme.(...)

Cela ne t’étonnera si je te dis que je suis d’acord avec toi dans le cas précis de l’internet. Par contre, ce qui est valable sur le net ne l’est plus, comme tu l’écris toi-même, dans le cas général. Or, si tu relis mon introduction, tu pourras constater que l’emploi du qualificatif de "contestaire" renvoie très clairement aux rapports des militants de l’internet citoyen avec "l’ordre établi" en France au-delà du cas particulier de l’internet.

La présentation de « la mouvance de tendance anarchiste » est factuellement relativement bonne, en revanche le choix sémantique est particulièrement tordu. « Mouvance de tendance anarchiste », « nébuleuse de tendance libertaire », « "spontanéo-bougisme" vaguement libertaire », franchement, le factuel est perturbé par un jugement de valeur visiblement négatif. Certes, autant de termes qui pourraient plutôt témoigner de la difficulté à définir un mouvement uniforme et lisible (« nébuleuse », «  vaguement », « tendance »... signifiant la difficulté d’une définition évidente), m’enfin plutôt qu’un aveu d’impuissance du locuteur à définir un objet de manière rapide, cela implique beaucoup plus un jugement négatif et réducteur.

Je comprends parfaitement que mes propos puissent susciter ce type d’interprétation. Pourtant, cela n’était pas du tout mon intention, loin de là. Je crois surtout que cela traduit la volonté d’éviter un étiquetage unidimensionnel d’un groupe qui ne renrait pas justice de sa diversité.

« Anarchiste » est évidemment très mal choisi, (...) « Libertaire » est meilleur, puisque son double sens met en avant le véritable point commun (la liberté d’expression) sans exclure l’option politique d’une partie des acteurs.

Pourtant, lorsque je consulte mon bon Robert (ed.1985), je lis à "libertaire" : V. Anarchiste. Alors qui croire ? Surtout que, une fois que l’on qualifie quelqu’un "d’anarchiste", on n’a au bout du compte pas dit grand chose. Il me semble bien en effet qu’entre l’anarchisme individualiste de Proudhon et celui, communiste, de Bakounine, il y a plus qu’une légère différence de sensibilité !

De fait, le choix de « anarchiste » pour immédiatement pointer sur ce qui n’est ni politique ni non-marchand dans ce mouvement induit la dénonciation d’une immaturité politique (puisque se désignant comme anarchiste sans en connaître le début de commencement de la théorie...). Là encore, la difficulté du locuteur à désigner la diversité d’un mouvement se transforme en dénonciation, via la contradiction des termes, de l’incohérence de ce mouvement (puisque ce sont des anarchistes sans sensibilité politique commune qui font du marchand !).

Encore une fois, j’ai la nette impression que tu surinterprêtes mon propos.

Foutre une tendance « libertarian » dans la catégorie « anars » est tout de même gros comme une maison. Voir l’EFF dans uZine 1 (mars 97). La tendance libertarienne en France a été ultraminoritaire et particulièrement courte.

Sur le caractère ultra-minoritaire de la tendance libertarienne en France, on est d’accord. Sur le refus de l’association entre anarchisme et libertarianisme. Là encore je reprends mon dico. Dans son sens courant, l’anarchisme est défini ad minima comme une "conception politique qui tend à supprimer l’Etat, à éliminer de la société tout pouvoir disposant d’un droit de contrainte sur l’individu". Cela ne me paraît pas contradictoire avec l’ethos libertarien.

Toujours traduit très maladroitement dans le choix des termes, énorme confusion entre agit-prop, pratique populaire (la praxis chère à Lirresponsable) et coup médiatique, fondus et réduits à «  spontanéo-bougisme » carrément folklo.

En l’occurence, tu m’attribues à tort l’expression de "spontanéo-bougisme" alors que je l’employais par opposition à "archaïsme" dans le cadre du regard croisé RAS-IRS vs net libertaire. Pour le reste, les big brother awards me font quant à moi penser aux techniques d’agit-prop d’Act Up. Et je trouve à titre perso que c’est plutôt habile.

Du coup, la séparation selon cette classification entre des « anars faute de mieux » et IRIS/RAS est totalement artificielle. Puisqu’il y a d’un côté des « anars-anars »,

OK.

des « anars pas anars puisque pas politiques »

OK.

, des « anars pas anars parce que marchands »

Non, en l’occurrence, des "anars mais pas non marchands" seraient plus justes. Perso, je doute pas du caractère authentiquement libertaire de Lacambre, par exemple.

, et de l’autre de cette séparation les « pas anars parce que pas anars ». Découpage par défaut, qui du coup déshabille sévèrement IRIS/RAS, puisque l’autopublication, les logiciels libres et les moyens techniques ne les concerneraient pas ! (je suppose que ça n’est pas le but).

Je précise pourtant en fin d’article que, par-delà leur divergence, le binôme RAS-IRIS et le net libertaire se retrouve précisément sur les enjeux que tu mentionnes.

Toujours dans le découpage qui induit des déshabillages regrettables : ce qui définirait IRIS/RAS (outre le fait de ne pas être anarchiste), ce serait « une double expertise complémentaire dans le domaine de l’internet  : technique et juridico-politique ». Merci pour les autres, qui font donc de la promotion de l’autopublication, du logiciel libre, des moyens techniques, mais sans expertise technique ni juridique. La contradiction est évidente.

Non bien sûr. D’ailleurs, tu ne retiens de mon propos que les termes qui peuvent contenir une connotation négative au sujet du net libertaire alors que j’insiste sur leur "dynamisme" et leur "diversité" et que je les décris beaucoup plus en détail que le binôme RAS-IRIS en insistant fuinalement sur la "complémentarité" des modalités d’action de ces deux familles. Je t’assures que dans mon esprit, cela n’a rien d’une simple formule creuse de rhétorique !

Au final, la distinction est clairement artificielle, et introduit des contradictions logiques énormes, qui déservent la pédagogie du texte. La seule impression qui reste, donc, c’est que d’un côté il y a des rigolos folkloriques, de l’autre une association chiante et hiérarchisée. Je doute que ce soit le but de l’article. (...)

J’espère t’avoir convaincu que ton analyse repose sur une interprétation qui ne correspond ni à mes intentions ni à mon argumentation. A titre perso, et puisque tu m’incites indirectement à mieux clarifier mon positionnement : si je suis membre d’IRIS, je me sens également qqes affinités avec le "net libertaire" et certaines de ses figures. Et cela, je crois que tu es bien placé pour le savoir :)

Amicalement, Pascal.

PS : Bon, je ne suis pas sûr que je répondrai aussi précisément à tous les commentaires. Sinon, je risque de ne plus pouvoir quitter le clavier de mon ordinateur ;-)

Répondre
> Soupes, 18 février 2002

Vous discutez bien, mais en fait de vaguement anarchisants et autres qualificatifs, c’est le vaguement qui est déja trop précis.

Quand le candidat du PC (vaguement pas anarchisant) les invite a partager une soupe démocratique pour parler de l’internet, ils y vont sans se faire prier. Peut être y verront-ils Beig...

Et ça, à coup sûr, c’est très peu anarchisant.

Répondre
> > Soupes, Pascal Fortin, 18 février 2002

Je ne sais pas qui vous êtes ni de quoi vous parlez. peut-être devriez-vous être un peu plus précis. Soit vous en dites trop ou pas assez.

En attendant, je ne vois pas ce que le fait d’aller manger une soupe avec le nain de Jardin a de bien compremettant.

Répondre
> Sans dieu ni RAS ?, bruno berthelet, 3 avril 2004
Bonjour, le mouvement économique doit se solidariser avec le milieu de la recherche informatique libre et propriétaire(pour des raisons pragmatiques d’entreprise) afin de pourvoir à l’émergence d’une "nouvelle" économie informatique. Des initiatives existent dans ce sens tout du moins en france. Le secteur industriel doit être in-formé pour bénéficier des avantages d’une informatique "intelligente". Utilisons la force financière des consommateurs rarement utilisateur hélas, contre le jeu de l’informatique de mauvaise qualité et son image marketing machiavélique.
 
Répondre