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Le « culte d’Internet », un mythe boomerang

par Mona Chollet
 
L’« euphorie » qui entoure les nouvelles technologies, et que fustigent les sociologues, est en réalité le fait exclusif des marchands et des hommes politiques. Les citoyens n’y sont pour rien, mais ce sont eux qui en subissent les conséquences : sous prétexte de réfuter les délires des « techno-béats », les discours alarmistes d’un Dominique Wolton ou d’un Philippe Breton instillent ou confortent des idées réactionnaires, et préparent le terrain à la censure. Derrière eux, toute une génération, celle des « baby-boomers », confortablement installée dans une existence facile, dans ses positions sociales prestigieuses, s’acharne à éradiquer toute réflexion constructive autour de l’essor des nouvelles technologies. Elle peut s’offrir le luxe du pessimisme : elle n’a pas besoin d’Internet. Et elle ne voit pas qu’il peut s’agir, pour ses enfants, d’un outil essentiel, susceptible de les aider à contourner les blocages actuels de la société, en tissant des réseaux de relations d’un genre nouveau.

Ce qui frappe, dans les discours publics qui entourent l’essor d’Internet, c’est que ce sont toujours des discours qui répondent à d’autres discours : ce n’est que rarement qu’ils se réfèrent à des pratiques, à une réalité qu’ils s’attacheraient à comprendre et à décrire. Le mécanisme est simple : les propos tenus par Philippe Breton et surtout par Dominique Wolton partent du présupposé qu’il existe, au sein de la société, une « euphorie » technologique. (Dans Le Monde diplomatique, Serge Halimi nous a hélas fait le même coup en évoquant « des cyber-militants trop euphoriques » censés « scander « réseaux ! », « réseaux ! », « réseaux ! » en sautant sur [leur] chaise ».) Bien. Regardons-y de plus près : dans leur esprit, d’où, exactement, vient cette euphorie ? Les références précises sont rares : on comprend néanmoins que les discours auxquels Dominique Wolton se soucie de répondre sont ceux des publicitaires et des hommes politiques. Or, qui ignore encore que les publicitaires sont passés maîtres dans l’art du mensonge, de l’imposture et de la récupération ? Depuis quand écrit-on des ouvrages entiers pour réfuter les arguments des publicitaires ? Quand Dominique Wolton, fulminant, viendra-t-il nous expliquer en long et en large sur tous les plateaux de télévision que non, toutes les femmes ne sont pas des putes, que non, les voitures puissantes ne font pas jouir ?...

Quant aux hommes politiques, on connaît l’ignorance crasse qui domine, chez eux, en matière d’Internet - quand le média ne leur inspire pas carrément une terreur et un désir de censure instinctifs. Il s’agit là d’un sujet sur lequel la classe politique est nettement en retard sur la société civile, et qu’elle ne brandit le plus souvent que pour se donner une image « moderne ». Que l’on se souvienne seulement du désastreux épisode de la visite de Bill Gates en France en 1998, de la « coopération étroite » entre le gouvernement et Microsoft annoncée fièrement à cette occasion par Dominique Strauss-Kahn... Le tollé parmi les internautes avait été général. Dans les fantasmes dangereux des hommes politiques, Internet suggère la possibilité illusoire et criminelle de se débarrasser de toutes les responsabilités qui sont les leurs, en faisant passer la société en pilotage automatique : laisser les ordinateurs régler la question de l’éducation des enfants, laisser la nouvelle économie régler la question du chômage...

Cette « euphorie » qui agiterait toute la société est donc une invention : c’est parmi ceux qui utilisent le plus activement Internet qu’elle est le moins répandue. Elle n’existe qu’au sein de quelques catégories socio-professionnelles, qui bénéficient certes d’une large audience - ce qui peut faire illusion -, mais qui restent cependant extrêmement minoritaires, et dont la connaissance pratique d’Internet est soit très partielle, soit très lointaine. Mais peu importe : prendre pour cible une « euphorie » supposée, prétendre en prendre le contre-pied, permet ensuite de lancer les pires platitudes [1] en les faisant passer pour des révélations fracassantes (« Le Net est un réseau non pensant » [2], « Il ne faut pas confondre performance des tuyaux et démocratie » [3], « Au bout d’un moment il faut éteindre l’ordinateur et sortir » [4]...) et de tenir les discours les plus répressifs et réactionnaires en les faisant apparaître comme iconoclastes et courageux. Dominique Wolton soigne lui-même complaisamment cette image : « Etre chercheur, déclare-t-il au Monde, lyrique, c’est cultiver sa liberté et sa révolte. Et donc la société qui n’aime ni l’une ni l’autre vous perçoit comme un provocateur. » [5] Toutes les recensions de ses livres abondent dans son sens : « Grinçant », « A contre-courant » [6], « Sans complaisance » [7]...

Face à ce concert de louanges, on se dit que l’éminent sociologue se montre bien ingrat. « Depuis dix ans aux Etats-Unis, depuis cinq ans en France, déclare-t-il [8], on entend le même message matraqué à longueur de colonnes : « Internet va tout bouleverser »... » Ah, bon ! Vraiment ? Où donc a-t-il lu cela ? Prenez n’importe quel débat sur Internet aujourd’hui, dans la presse, mais aussi à la radio, à la télévision : qui est invité, qui tempête et vitupère contre les « thuriféraires de l’Internet » ? Dominique Wolton soi-même ! Mais est-ce vraiment étonnant ? Comment les journalistes, au moment où ils voient leur monopole sur l’expression publique menacé par l’essor d’Internet, ne sentiraient-ils pas leur oreille délicieusement chatouillée par cet invité qui martèle : « Il faut revaloriser le métier de tous ceux qui ont pour tâche de valider et de critiquer l’information » ? [9]

Comment réunir les gens pour qu’ils m’écoutent ?

Ici apparaît clairement le but atteint, sinon recherché, par ce genre de discours : le verrouillage. Dominique Wolton cultive peut-être « sa liberté et sa révolte » : quant à celles des autres, il se charge d’y mettre bon ordre. Plutôt cocasse, de la part d’un homme qui déclare : « C’est l’altérité qui me fascine » [10]... Dans sa recension des entretiens qui composent Internet, petit manuel de survie, le journaliste du Monde commente d’ailleurs : « Devant ce déferlement, Olivier Jay exprime parfois ouvertement son désaccord avec le sociologue, qui s’en émeut fort peu. Le cadre de ce type d’entretien journalistique ne permet pas de développer de véritable contradiction. » [11] Quant à Jean-Pierre Cloutier, des Chroniques de Cybérie, il relatait en 1998 une table ronde pour le moins agitée : « On aura appris de Wolton que vingt ans de recherche en communication au CNRS ne rendent pas nécessairement perméable à la contestation de ses idées, ce qui n’excuse nullement ses écarts de langage à l’endroit d’un des participants... » [12] Ce caractère que l’on devine un peu soupe au lait n’empêche pas notre homme, par ailleurs, de se demander ingénument : « C’est bien beau de réunir des gens intéressés par la même chose dans le monde entier, mais la question est : est-ce que ces gens pourront un jour vivre avec d’autres gens qui ne pensent pas comme eux ? »

Réduire les autres au silence pour mieux conserver sa propre autorité intellectuelle : telle est, résumée crûment, la motivation plus ou moins consciente sous-jacente à ces discours qui fustigent violemment la prétendue « euphorie » suscitée par Internet. Pour se donner bonne conscience, il suffit d’amalgamer joyeusement liberté d’expression et libéralisme économique, histoire de se sentir dans la peau d’un vaillant militant anti-mondialisation, plutôt que dans celle d’un méchant censeur : « Pas de liberté sans réglementation. Les Etats-Unis qui disent le contraire ont tout intérêt à cela, puisqu’ils détiennent l’industrie de la communication. » [13] Et, tant qu’on y est, confondons aussi régulation des contenus et travail de la justice, le public apeuré n’y verra que du feu : « Tout le monde encense cette liberté de communication, mais pendant que les ONG tentent de se battre contre les dictatures, la mafia, elle, ainsi que les pédophiles ou les spéculateurs aussi sont en ligne. Il faut réglementer la toile et le contenu. » [14]

Pour en déposséder les citoyens, il faut à tout prix (se) prouver que seule une petite élite est capable de faire un usage éclairé de la communication. Pour vous, la télévision est essentiellement un média vulgaire, lobotomisateur, monopolisé par des groupes financiers ultra-libéraux, peuplé d’animateurs rapaces, qui méprise son public, et stimule ses plus bas instincts ? Eh bien, vous vous trompez lourdement. Dans Le Monde, Michel Alberganti résume ainsi la pensée de Wolton : « L’interactivité conduit à trouver ce que l’on cherche, alors que la radio et la télévision, en imposant leurs programmes, contraignent à accepter l’altérité. » [15] Wolton lui-même : « Il n’est pas aussi facile que ça de faire vivre ensemble une communauté hétérogène. Mais c’est en tout cas ce que tentent de faire les médias de masse en proposant une offre de programmes, différents, mais qui font tenir ensemble tout le monde. » [16] A vous tirer des larmes, non ? Honte à nous, qui méconnaissons scandaleusement les grands philanthropes que sont les hommes de télévision ! Ou encore : « Il n’y a pas de média sans construction de programme, sans une grille qui, loin d’être une prison, est un acte ambitieux. » [17] Allez, encore une petite : « Seuls les médias émanant d’une logique de l’offre, seuls les médias de masse, qui cherchent à intéresser le plus grand nombre, gèrent cette question de l’hétérogénéité sociale. Ils peuvent ainsi permettre une émancipation culturelle et politique. » [18] Dans quel monde vivent ces gens ? Leur arrive-t-il parfois de regarder Qui veut gagner des millions ou C’est mon choix ? Quant à la conception qu’ils se font de ce fameux « public » auquel ils veulent tant de bien... « A quoi sert d’avoir accès à la bibliothèque du Congrès américain, si on ne sait pas où se situent les Etats-Unis ni ce que représente cette bibliothèque ? » [19]

Fustiger l’euphorie pour mieux répandre la neurasthénie

Seuls les marchands, les publicitaires, les hommes politiques, propagent donc cette fameuse « euphorie » : les citoyens, les internautes, n’y sont strictement pour rien. En revanche, ils sont les victimes directes - et les seules victimes : marchands, publicitaires et hommes politiques se portent bien, merci pour eux - de ces discours qui, sous prétexte de fustiger un surcroît d’optimisme, les condamnent au silence et à la morosité, et préparent le terrain à la reprise en main et à la censure. Ce sont eux qui doivent supporter de voir poser partout, comme si elles étaient cruciales, des questions aussi imbéciles et aberrantes que « Faut-il vouer un culte à Internet ? » [20] Ce sont eux qui, s’ils ont le malheur d’émettre une observation un tant soit peu positive sur les apports d’Internet, prennent le risque de voir leur revenir dans la figure cette accusation : ah ! Vous voyez ? Vous vouez un culte à Internet ! Vous êtes un technophile cyberbéat ! Vous êtes un libertaire irresponsable, naïf, inconscient, infantile !

La sanction sera immédiate de la part d’un pouvoir médiatique que démange le besoin névrotique de conjurer les mutations sociales induites par le réseau, de les refouler, de les nier, de les repousser prestement du pied sous le tapis. Le vocabulaire employé ne peut que frapper : Michel Alberganti, dans Le Monde, termine sa recension élogieuse du livre de Wolton en déclarant que notre grand chercheur « referme le couvercle du cercueil de la « révolution » Internet ». (Vous noterez les guillemets à "révolution", qui font office de gousse d’ail, ou de crucifix.) Ouf ! Quel soulagement ! Pourvu qu’il ait bien enfoncé les clous ! Espérons que cette saloperie ne soulèvera pas la dalle de sa sépulture, la nuit, pour revenir nous hanter, et peupler nos nuits du cauchemar de la liberté d’expression pour tous !

Il s’agit donc de fustiger une euphorie improbable, pour mieux propager une neurasthénie qui, elle, est bien réelle. Pour éviter que les clous du cercueil ne sautent, il faut empêcher toute ébauche de projet philosophique ou politique - ce projet que Wolton s’époumone pourtant, bien hypocritement, à appeler de ses voeux -, toute théorisation visant à acclimater les nouvelles technologies à nos modes de vie, à en explorer les usages utiles, créatifs et novateurs. Vous pouvez vous rouler par terre en prédisant qu’Internet causera la fin du monde à brève échéance, comme Paul Virilio ; vous pouvez fustiger les « crimes d’expression » qui se commettent chaque jour « par milliers » sur le réseau, et appeler à une « résistance de l’esprit », comme Jean-Claude Guillebaud, dans un éditorial délirant [21] (voir l’article de Marc Laimé, Liberté d’expression : la grande peur des bien-pensants) : « Il n’y aurait décidément qu’à « laisser faire » et enfler cette « chose » ; laisser se mélanger jusqu’à la fin des temps le faux et le vrai, le crime et la vérité, le service et le vol, dans un inextricable salmigondis (la « poubelle du monde », dit Finkielkraut) où la raison n’aurait plus rien à tenter. Mais, nom d’une pipe !, personne ne peut consentir à cette capitulation ! En attendant mieux, apprenons donc à mettre obstinément, et chaque fois que nous le pouvons, l’Internet à l’examen. Un examen curieux et intransigeant. Il y va d’une certaine idée de la vérité... » (Oui, vous avez bien compris ce qu’il y avait à comprendre : Jean-Claude Guillebaud et ses prestigieux confrères ont le monopole de la vérité.) Plus vous jouerez les Cassandre hystériques, et plus on vous considérera avec estime et respect, plus on vous trouvera adulte, lucide, responsable, plus on vous donnera complaisamment la parole. Les valeurs à la mode sont la méfiance, le scepticisme pisse-froid de bon aloi, la peur, le repli sur soi, l’idéalisation de tout ce qui n’est pas Internet et la diabolisation de tout ce qui y touche. « Petit recueil de critiques à l’usage de ceux qui se méfient d’Internet sans savoir pourquoi... », c’est ainsi que Le Monde présente le livre de Dominique Wolton. Bonnes gens, vous avez peur ? Eh bien, vous avez bien raison d’avoir peur ! C’est dire si la démarche de Dominique Wolton est effectivement « dérangeante »...

« J’ai voulu montrer que la virtualisation était le mouvement par quoi s’est constituée et continue à se créer notre espèce. Pourtant, elle est souvent vécue comme inhumaine, déshumanisante, comme la plus terrifiante des altérités en marche, écrit le philosophe canadien Pierre Lévy dans Qu’est-ce que le virtuel ? [22]. En l’analysant, en la pensant, en la chantant parfois, j’ai tenté de l’humaniser, y compris pour mon propre compte. Nombre d’intellectuels d’aujourd’hui, fiers de leur rôle « critique », croient faire œuvre honorable en répandant le désarroi et la panique au sujet de la civilisation en émergence. Quant à moi, par un travail de mise en mots, de construction de concepts et d’intégration à la culture, j’ai voulu accompagner quelques-uns de mes contemporains dans leur effort pour vivre un peu moins dans la peur et le ressentiment. J’ai voulu outiller, par une cartographie du virtuel, ceux qui, comme moi, essayent à grand-peine de devenir acteurs. »

Pierre Lévy : ah, voilà ! Je vois déjà se pointer les doigts accusateurs : vous voyez bien que l’euphorie n’est pas un mythe, et qu’ils existent bel et bien, les « thuriféraires de l’Internet » ! En effet, Philippe Breton a pris pour cible Pierre Lévy dans son livre Le Culte de l’Internet [23] : il le range même parmi les « fondamentalistes de l’Internet ». (« Fondamentaliste », diable ! Rien de moins... Faut-il s’attendre à voir un jour cet enragé foncer sur un bus, bardé de dynamite, en criant « Internet ou akbar » ?) Mais il y a un petit problème. Philippe Breton ou Dominique Wolton, au lieu de chercher à comprendre les évolutions profondes de la société (après tout, n’est-ce pas ce que l’on serait en droit d’attendre de la part de sociologues ?), plaquent leurs fantasmes sur la réalité : l’inquiétude leur tient lieu de méthode. Pierre Lévy, lui, ne prétend pas tenir un discours représentatif. Il peut s’en dispenser : « Je ne suis pas un sociologue, je suis un philosophe. Je ne fais pas d’analyse des discours, j’essaie de saisir le passage d’une civilisation à une autre auquel nous assistons. » [24]

Fantasmes pour fantasmes...

Je n’ai de loin pas tout lu de Pierre Lévy, et je n’adhère pas à ses théories économiques : imaginer, par exemple, ce que pourrait devenir son projet d’affinage des profils de compétences entre les mains du Medef me fait froid dans le dos. Il n’empêche que j’ai lu avec un immense plaisir certains de ses livres, certains passages de ses livres : pourquoi n’aurait-on pas le droit d’y piocher à son aise, d’y sélectionner ce qui nous plaît ? Dans Qu’est-ce que le virtuel ?, il explique que, selon lui, le virtuel n’est qu’une étape dans un processus entamé depuis les débuts de l’histoire humaine : nous avons ainsi déjà connu, par exemple, « la virtualisation du présent immédiat par le langage, des actes physiques par la technique, et de la violence par le contrat ». « La virtualité, écrit-il, n’a strictement rien à voir avec ce que nous en dit la télévision. Il ne s’agit nullement d’un monde faux ou imaginaire. Au contraire, la virtualisation est la dynamique même du monde commun, elle est ce par quoi nous partageons une réalité. Loin de circonscrire le royaume du mensonge, le virtuel est précisément le mode d’existence d’où surgissent aussi bien la vérité que le mensonge. »

Il y a là des pages sublimes, qui proposent une analyse fine, sensible, complètement neuve : on est dans le défrichage, la prospection active, l’exploration résolue des mutations subtiles d’une civilisation. Leur lecture est tellement stimulante, qu’elle vaudra toujours mieux que celle des aigreurs sociologiques abondamment évoquées plus haut. Il est de bon ton aujourd’hui de dédaigner et de moquer Pierre Lévy, comme si son enthousiasme avait quelque chose d’indécent : mais, fantasmes pour fantasmes, mieux valent des fantasmes joyeux et débordants de vie que des fantasmes alarmistes et stériles ! On sent tout de suite qu’on est là dans une posture infiniment plus juste.

Il y a parfois chez lui de l’excès, du délire. Mais pourrait-il vraiment en être autrement ? N’est-ce pas même nécessaire ? Doit-on céder au « terrorisme de la mesure », ou ne faut-il pas au contraire se tracer un cheminement ambitieux, pour pouvoir espérer y faire ne serait-ce que quelques pas ? Hakim Bey le rappelle dans L’Art du Chaos [25] : « Une poétique de l’utopie nous aide à connaître nos désirs. Le miroir de l’utopie nous fournit un genre de théorie critique qu’aucun pragmatisme politique ni aucun système philosophique ne peut élaborer. » Histoire de se faire plaisir jusqu’au bout (je sais, c’est irresponsable), on citera encore à ce sujet ce magnifique texte de Jean Sur, en postface à son petit livre d’entretiens avec l’orientaliste Jacques Berque [26] :

« Lorsque le srâb [le mirage] miroite sur la plaine torride, l’horizon faux et l’horizon vrai y paraissent indissolublement liés. Ainsi les chimères et les réalités vivent-elles ensemble dans les sociétés humaines, pour la déception des hommes, mais aussi pour leur espérance. Comme alternent dans la nature marocaine "mah’ârem" et espaces cultivés, l’illusion et la vérité se mêlent à l’horizon de nos désirs, de nos projets, distincts et pourtant inséparables. Mais le marcheur affronté au "srâb" ? C’est la contemplation de la beauté qui le sauve, la contemplation de cela même qui pourrait le tuer. De longues traînées de brume de chaleur faufilent, dirait-on, le bord de la steppe avec celui du ciel, les lointains proches avec les lointains inaccessibles, le présent avec l’ailleurs. Des lacs illusoires, le reflet des palmiers dans l’eau se proposent à son implacable soif. Le marcheur risque ainsi de perdre sa route. Mais il n’irait pas loin s’il n’était guidé par cette fraîcheur des yeux. »

Un climat mortifère et malsain

Le climat de défaitisme, de répression, de censure et d’autocensure, voire de haine et de mépris, qui entoure l’usage d’Internet, rend l’atmosphère parfaitement irrespirable. C’est un climat mortifère, malsain. Il est d’ailleurs frappant de constater que les discours les plus virulents et les plus réactionnaires émanent toujours de personnalités en vue, qui ont depuis longtemps tracé leur chemin dans la vie : elles se sont créé un vaste réseau de relations sociales, elles bénéficient d’une large reconnaissance, elles disposent pour s’exprimer de plus de tribunes publiques qu’il n’en faut... Ces gens-là, journalistes, chroniqueurs, éditorialistes, avocats, peuvent se permettre de vouer Internet aux gémonies : outre qu’ils n’en ont qu’une connaissance très vague, ils n’en ont aucun besoin. Ils peuvent se permettre de boucher l’horizon, de n’y voir aucun signe encourageant, de ne laisser aucune chance à l’avenir : après eux, le déluge...

Tous, ils sont entrés dans la vie active à une époque où l’utopie était un lieu commun, presque un conformisme, et où tout était relativement facile : la vie professionnelle, l’intégration sociale leur tendaient les bras. Ils ne se rendent pas compte aujourd’hui que leur pessimisme noir, fanatique, leur refus de laisser leurs enfants échafauder le moindre projet mobilisateur pour l’avenir, reviennent très exactement à leur dire : « Nous, on s’est amusé comme des fous ; mais vous, vous pouvez crever. »

Quels sont, aujourd’hui, les métiers que l’on peut embrasser sans effort, voire par hasard, et qui proposent non seulement des débouchés faciles et certains, mais de véritables aventures professionnelles ? Les jeunes avocats manifestent pour pouvoir manger à leur faim et ne plus se rendre complices de dénis de justice lorsqu’ils sont commis d’office. Les journalistes sont désormais presque tous issus d’écoles prestigieuses qui sont autant d’usines de formatage et d’uniformisation. La précarité est partout : impossible de songer à se fixer, à faire son trou quelque part, impossible de penser sa vie professionnelle dans la durée. Du coup, les aspirations sont forcées de divorcer du travail salarié : on se trouve un job à temps partiel pour assurer sa subsistance, et on consacre le reste de son temps à des activités qui ne sont pas de simple « loisir », mais dans lesquelles on s’investit totalement. C’est par cette activité, et non plus par son emploi salarié, que l’on définit son propre statut social.

De même, le principal réseau de relations n’est plus celui du travail, mais celui de cette activité « annexe ». Or, contrairement aux collègues de travail, qui sont rassemblés dans un même lieu à longueur de journée, les complices de cette activité sont dispersés géographiquement. C’est pourquoi Internet peut être un moyen précieux non seulement de garder le lien avec eux, mais encore d’en rencontrer de nouveaux, qui viendront s’intégrer au groupe dont ils partagent les affinités, et que l’on ne tardera pas à rencontrer en chair et en os, lors de réunions plus ou moins fréquentes. Pierre Lévy a encore raison lorsqu’il dit : « Rien ne montre qu’Internet va « supprimer le corps ». C’est comme si on disait que le fait de s’envoyer des lettres va supprimer le corps. Plus il y a de virtuel, plus il y a de réel. (...) Il faut arrêter de fantasmer. Il n’y a jamais eu autant de déplacements, de rencontres et de réunions que depuis le développement d’Internet. » [27]

Développer les réseaux de relations « transversaux »

Le réseau est un outil providentiel pour ces réseaux de relations « transversaux », qui brassent des gens issus d’horizons infiniment plus divers que la traditionnelle et mortelle communauté des collègues de bureau. C’est pourquoi on se permettra de sourire quand nos sociologues s’inquiètent d’une « perte de lien social » ou d’un risque d’« homogénéisation sociale » liés à Internet... Il ne s’agit guère que du lien social tel qu’ils le connaissent ! « Le capitalisme, note Hakim Bey, toujours dans L’Art du Chaos, ne soutient certaines sortes de groupes - la famille nucléaire, par exemple, ou les collègues-qui-se-fréquentent - que parce que de tels groupes sont déjà auto-aliénés et intégrés dans la structure travailler-consommer-mourir. D’autres types de groupes peuvent être tolérés mais ils seront privés de tout soutien de la part des structures sociales institutionnelles. » L’auteur de TAZ - Zone autonome temporaire [28] met ici le doigt sur le caractère intrinsèquement subversif de ce mode de vie. La génération du Baby Boom, qui se gargarisait de slogans politiques ronflants, a fait son trou dans la société comme dans du beurre. Elle a célébré la rébellion et la marginalité en se vautrant dans le confort ; elle a tout verrouillé derrière elle, érigé des barrages avec les décombres de ses illusions. Et voilà que ses enfants, presque par hasard, ont trouvé le moyen de contourner ces barrages, de prendre leur part de rêve, de retrouver une marge de manœuvre. « Plus grande est la partie de mon existence que je peux arracher au cycle travailler-consommer-mourir pour la consacrer aux activités de la « ruche », écrit encore Hakim Bey, plus grandes sont mes chances de connaître le plaisir. On court un certain risque en contrecarrant de la sorte les énergies vampiriques des institutions. Mais le risque lui-même fait partie du plaisir ainsi vécu, chose qui a été observée dans tous les moments insurrectionnels - dans tous les moments d’éveil et de bonheurs aventureux et intenses : l’aspect festif du soulèvement, la nature insurrectionnelle de la fête. » Les enfants en ont rabattu sur les grands discours et sur l’idéologie, mais ils vivent - tout simplement parce qu’ils n’ont pas eu d’autre choix ! - d’une manière marginale et différente, bien plus originale que celle de leurs parents. Et si c’était aussi cela, en définitive, qu’on ne leur pardonnait pas ?

 

[1] Voire des considérations indignes du café du commerce, comme cette perle de Dominique Wolton : « Les serveurs Internet ne changent pas grand-chose à la guerre du Kosovo », Libération, 9 avril 1999.

[2] Dominique Wolton, Le Monde,7 juin 1999.

[3] Idem, Le Monde, 28 septembre 2000.

[4] Idem, Le Monde, 7 septembre 2000.

[5] Portrait de Dominique Wolton, Le Monde, 7 juin 1999.

[6] Libération, 20-21 mars 2000.

[7] Le Monde, 28 septembre 2000.

[8] Dans son livre d’entretiens : Internet, petit manuel de survie (Ah ! ce titre...), Flammarion, 2000.

[9] Lors d’un colloque au Centre de formation des journalistes. Le Monde, 26 octobre 2000.

[10] In Le Monde, 7 juin 1999.

[11] "Fausse idéologie du Net", Le Monde, 28 septembre 2000.

[12] In Les Chroniques de Cybérie, 17 novembre 1998.

[13] In Libération, 20-21 mars 1999.

[14] Idem.

[15] In Le Monde, 28 septembre 2000.

[16] In Libération, 9 avril 1999.

[17] In Libération, 20-21 mars 1999.

[18] In Libération, 20-21 mars 1999.

[19] In Libération, 9 avril 1999.

[20] Grand débat qui agite Le Monde interactif, 29 novembre 2000.

[21] Le Nouvel Observateur, 18 novembre 2000. Quel crève-coeur...

[22] La Découverte, 1998.

[23] La Découverte, 2000.

[24] Entretien au Monde, 29 novembre 2000.

[25] Nautilus, 2000.

[26] Les Arabes, l’islam et nous, Mille et une nuits, 1995.

[27] Entretien au Monde, 29 novembre 2000.

[28] L’Eclat, 1997.

 
 
Mona Chollet
 
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Accords et désaccords... Un imaginaire contre la société hygiéniste
9 décembre 2000, message de Ariel Kyrou
 

La diatribe fort joliment argumentée de Mona vaut mille louanges, mais pour son impertinence autant que pour sa pertinence. Pour sa subjectivité, pour ses dérives et ses contradictions, pour son pied de nez jubilatoire au visage des raisonneurs dont l’objectivité ne sert qu’aux pouvoirs institués. Ce papier transmet de la colère et du plaisir en une époque qui gomme toute rébellion et toute éthique radicale à force de remplacer l’imaginaire par du management, de parler gestion là où, hier, on parlait de vie. Et c’est pour cette raison que je ne peux approuver ceux qui la critiquent (ci-dessous) au nom d’une rationalité universitaire qui pue la naphtaline.

oui, Mona a raison de défendre Pierre Lévy, l’un de nos rares philosophes (français vivant au Canada, et pas canadien) à avoir tenté une réflexion sur le réseau et sa signification. Un personnage qui, il y a six ans, me disait pour conclure une discussion sur ses activités en phase avec sa philosophie : " Le but de tout ça, tu sais, c’est l’auto-dissolution du capitalisme ".

Aujourd’hui encore, je défends Lévy malgré nos désaccords, car il est l’un des rares à tenter l’esquisse d’une esthétique du Net. Mais sa pensée, qui évolue dans son dernier ouvrage, World Philosophie, vers un mysticisme poétique aussi agréable qu’agaçant parfois, vaut critique pour une bonne raison : son idéalisme. Certes, les livres Dominique Wolton salissent les poubelles là où ceux de Pierre Lévy nous aident à penser notre temps, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se refuser à critiquer la " religion " du Net que diffusent les médias. Philippe Breton crée quant à lui de la confusion dans sa critique trop rapide, ne faisant jamais la différence entre les nouveaux marchands du temple et les acteurs du Web indépendant. Il ignore la démarche du logiciel libre ou de la Licence Art Libre de Copyleft Attitude, et aboutit dans ses conclusions à un conservatisme qui cache mal son nom. C’est dommage. Ayant lu certains de ses ouvrages sur " les utopies de la communication ", j’aurais aimé de sa part une critique plus intelligente. Car une telle critique est nécessaire. Si nous n’y prenons gare, le Net peut faire le lit de cette société hygiénique que je vomis, de ce monde qui met le goût et le toucher en jachère, société du fromage lyophilisé et de la vache cannibale, des drogués du médicament et des patates couchées, des moutons humanoïdes et des curés du politiquement correct. Une société " à distance ".

Ceux qui utilisent le Net pour créer une autre vie doivent se voir. Se toucher. Créer des ponts jubilatoires avec d’autres résistants, comme ceux qui agissent pour la gratuité du prêt en bibliothèque comme Michel Onfray, pour ne pas citer une fois encore ATTAC & co. Mieux : nous devons élargir notre pensée à des terrains étrangers au Net. Si le travail alimentaire nous ronge l’âme, et que nous vivons ailleurs (sur Uzine par exemple), pourquoi ne pas réfléchir à la concrétisation de l’idée d’allocation universelle inconditionnelle ? Pourquoi ne pas porter en des fêtes et manifestes hors Net un imaginaire qui dépasserait le simple cri politique ? Pourquoi ne pas pondre d’autres supports de création et de réaction, mêlant artistes et militants, chercheurs hors normes et poètes en rupture de société ?

Malgré sa dérive générationnelle qui me fait penser au pire d’Actuel, le papier énervé de Mona est un premier pas formidable. Etes-vous prêt à aller plus loin ? Sommes-nous prêts à sortir du confort du Net ?

Ariel Kyrou

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> Accords et désaccords... Un imaginaire contre la société hygiéniste, Philippe Moreau, 10 décembre 2000
"Actuel", c’est quoi ça déjà ?, : ) Le papier de Mona exprime plutôt une révolte que l’on retrouve chez beaucoup de militants de -disons- moins de 30 ans, face au verrouillage systématique des positions de pouvoir (tout cela est aussi, fondamentalement, une question de pouvoir) par une génération -celle de 68- marquée par le renoncement, une vision désenchantée du monde. Une vision mortifère. Elle conduit à la dépolitisation ou, plus communément, au cynisme. Beaucoup d’entre nous le pratiquent. En fait, si on voulait définir un trait de "génération", ce serait probablement celui-là. Pour ma part, le cynisme me rappelle ce passage de l’Homme sans qualités, de Musil : "[Moosbrugger] était simplement dehors et dedans à la fois. Maintenant, il était maître de toutes choses, et à toutes choses parlait en maître. (...) Il pouvait penser à ce qu’il voulait, c’était tout de suite docile comme un chien bien dressé à qui l’on dit "Couché !". Bien qu’il fût enfermé, il éprouvait un extraordinaire sentiment de puissance. A point nommé, la soupe arrivait. A point nommé, on le réveillait et on le conduisait à la promenade. Tout, dans la cellule, était ponctuellement strict et immuable. Parfois, cela lui semblait totalement incroyable. Par un curieux renversement, il avait l’impression que cet ordre dépendait de lui, tout en sachant fort bien qu’il lui était imposé" C’est une conception du combat politique foncièrement impuissante. Qui donne, pour reprendre une formule de Bourdieu, l"illusion de l’intelligence". Mais n’aboutit, en fin de compte, qu’à conforter l’ordre établi.
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> Une réponse au cynisme vulgaire : le cynisme philosophique, Ariel Kyrou, 10 décembre 2000

Philippe,

D’accord pour rejeter le cynisme vulgaire, cet abandon de tout idéal qui fait le lit des pouvoirs. Mais faut-il pour autant ne voir le monde qu’au travers des pouvoirs. Il n’y a pas plus de génération qui verrouille aujourd’hui qu’il y en avait hier. Juste des hommes qui trahissent leurs principes d’hier là où d’autres, du même âge, leur restent fidèles. Ceux de 68 ont été les premiers à porter haut le drapeau des révolutions de génération. Je crois ce débat dépassé. L’enjeu est de résister et de créer un nouvel imaginaire poétique et politique ici et maintenant, avec tous ceux qui s’y retrouvent, qu’ils aient 25, 35, 45, 55 ou 65 ans... Comme le suggère d’ailleurs Mona elle-même en réponse à une contribution ci-dessous.

En revanche, je me demande si l’antidote au cynisme vulgaire n’est pas le cynisme philosophique, que je pourrais qualifier en deux horizons formidables signés Diogène de Sinope :

• "Penser sa vie et vivre sa pensée"

• "Etre à soi-même sa propre norme"

Je traduis : construire ensemble nos normes en se contrefoutant des normes surplombantes des pouvoirs, préférer être un virus, un trublion, un contre-pouvoir, à toute volonté de pouvoir. Ne pas chercher à créer une autre élite afin de foutre en l’air les oligarchies qui nous gouvernent (la République n’est pas synonyme de démocratie, et les oligarques des multinationales représentent l’antithèse du libéralisme de Tocqueville et Montesquieu).

A + Ariel

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> Une réponse au cynisme vulgaire : le cynisme philosophique, Philippe Moreau, 11 décembre 2000
Je crois que le débat sur la "génération" est en effet un faux débat. Il faut poser les choses autrement : comment militer après 68, comment proposer un projet collectif
-  collectif et non individuel, comme celui que tu proposes- et y croire, alors que, comme tu le fais, on ne cesse de nous répéter que toute tentative de ce genre est vouée à l’échec. Qu’elle aboutira inéluctablement à constituer une nouvelle élite, etc. Je ne crois pas à l’"éternel retour" en politique. C’est une vision conservatrice. Et elle est héritée de 68, de cet échec., qui n’est pas le nôtre.
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> Oui pour un autre collectif, Ariel, 11 décembre 2000

Je ne crois pas à l’échec éternel du collectif. Je crois à l’échec du collectif tel qu’il a trop souvent été vécu, au service d’élites nouvelles qui ne disaient pas leur nom, à la botte de politiciens staliniens récupérant des éclairs de poésie vivante en les transformant en langues de baobab.

Je crois en un collectif construit, fait d’une multitude de contrats, se définissant hors sphère marchande. Je crois en l’éthique de chaque individu, en la capacité de résistance individuelle, seule capable de fédérer de nouveaux collectifs, pas seulement politiques mais poétiques, à même de se construire un nouvel imaginaire autant qu’un programme de société. Un collectif sans petits chefs. Un collectif sans partis insipides. Un collectif fonctionnant sur le mode des affinités électives et du libre accord sur des objectifs précis.

Mon papier sur Uzine, à propos de la "musique en ligne, un service public", traduit bien cette idée qui trouve sa plus belle illustration en Linux.

Je ne suis pas de la génération 68, mais de l’entre deux (entre eux et Mona si tu préfères). Il m’arrive de saisir des opportunités, mais jamais de foutre les mains dans la mélasse opportuniste. Et si je tisse des compromis, c’est pour mieux éviter toute compromission et construire ailleurs, hors compromis, loin des marchands, de nouvelles alliances comme celle qui seront construites demain, je l’espère, à partir de la Zelig Conf de mes amis de samizdat.net...

Là où je te suis, c’est dans l’idée de réunir tous ceux qui n’ont pas mis de côté leurs idéaux et leurs rêves d’une autre société. Le Net peut aider à ça, à condition qu’Uzine préfère se la jouer groupe surréaliste que groupuscule gauchiste (clin d’oeil à Fil auquel j’en veux encore pour son intervention fausse et stupidissime dans l’article en lien ci-dessous).

Et lorsque je disais qu’il fallait se voir hors du Net pour tisser ce nouvel imaginaire, j’étais sérieux... sans me prendre en sérieux.

Bises

Ariel

 
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> Oui pour un autre collectif, 12 décembre 2000

Bonjour,

Je pense aussi qu’il faut sa voir hors du Net pour faire émerger autre chose, à partir du Minirezo. Ce qui nous promet des débats intéressants, : ) Je ne comprends pas ta défiance vis-à-vis de la politique, des partis, de l’engagement collectif au service d’une cause. La politique n’est pas "sale". Ce n’est pas qu’un tas d’embrouilles ou de magouilles...

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang
9 décembre 2000, message de Pascal Fortin
 

Bonjour,

Votre article est intéressant, mais il soulève un certain nombre de questions au sujet desquelles je serais ravi d’avoir quelques éclaicissements :

Vous commencez votre article de la manière suivante :

"L’« euphorie » qui entoure les nouvelles technologies, et que fustigent les sociologues, est en réalité le fait exclusif des marchands et des hommes politiques. "

Puis vous ajoutez plus loinà propos de Pierre Lévy que :

"fantasmes pour fantasmes, mieux valent des fantasmes joyeux et débordants de vie que des fantasmes alarmistes et stériles ! On sent tout de suite qu’on est là dans une posture infiniment plus juste.

Je crois que ces deux citations résument assez bien vos contradictions dans cet article dans le quel vous vous défendez de baigner dans "l’euphorie Internet" et , dans le même temps,vous manifestez votre adhésion aux discours de l’un des représentants les plus illustres de la mythologie Internet.

Par ailleurs, l’hypothèse qui consiste à évoquer l’idée que les "élites", et plus particulièrement l’élite intellectuelle, " s’opposeraient" au Net pour préserver leur monopole sur la parole publique et réduire les citoyens au silence est sans doute séduisante, mais elle reste encore à vérifier. Or,malgré la gravité de votre critique qui vise notamment Wolton, vous n’en restez ici à son sujet qu’au stade de l’affirmation gratuite.

Cordialement, Pascal Fortin.

PS : comment se fait-il que les réactions à cet artcile n’apparaissent pas dans l’ordre chronologique de leur publication ? Je serais curieux de savoir pourquoi, par exemple, la liste des réactions se conclue sur les propos emphatiques de Philippe Moreau plutôt que sur la dernière contribution postée. Il va de soi que je crois parfaitement dans votre bonne fois, mais je préfère vous donner l’occasion de vous expliquer sur ce point avant qu’une personne plus soupçonneuse vous accuse de manipulation insidieuse ;-)

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, ARNO*, 9 décembre 2000

PS : comment se fait-il que les réactions à cet artcile n’apparaissent pas dans l’ordre chronologique de leur publication ? Je serais curieux de savoir pourquoi, par exemple, la liste des réactions se conclue sur les propos emphatiques de Philippe Moreau plutôt que sur la dernière contribution postée. Il va de soi que je crois parfaitement dans votre bonne fois, mais je préfère vous donner l’occasion de vous expliquer sur ce point avant qu’une personne plus soupçonneuse vous accuse de manipulation insidieuse

Les forums d’uZine résultent d’un compromis entre plusieurs impératifs, certains liés à la forme habituelle des forums en ligne, d’autres à des choix personnels.

Le premier choix : présenter tous les messages des forums intégralement à la suite des articles, et non pas seulement par le titre qui renverrait vers une page séparée. C’est plutôt inhabituel (plus proche des « livres d’or »), ça pénalise un peu la présentation de l’enchaînement logique des messages lorsque certains messages sont très longs. Mais ce choix a été fait pour donner le plus de visibilité possible aux contributions, directement à la suite des articles.

Le second choix est de néanmoins conserver la structure habituelle des forums tels qu’on les rencontre fréquemment sur le Web : d’où le classement inversé chronologiquement des fils de discussion (les plus récents en premier), puis le classement chronologique des messages qui répondent à d’autres messages. C’est ce qui se rencontre à peu près partout. Si vous « démarrez » une discussion (un message qui ne répond à aucun autre message), ce sont les plus récents qui apparaissent en tête, afin de privilégier les discussions « en cours » ; en revanche, si vous répondez à un autre message, ces messages sont classés dans l’ordre chronologique, afin de préserver l’ordre logique des réponses.

Si vous répondez au message de Philippe, c’est votre message qui concluera le forum (en attendant qu’un autre utilisateur vous réponde à son tour).

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, 9 décembre 2000

Bonjour, Personne ne gagne de l’argent avec ce site, aucun profit. Quel intérêt aurait-on à utiliser des méthodes marketing comme celle que vous mentionnez. Ce n’est pas seulement absurde, c’est tout à fait contraire à la philosophie de ce site. Par ailleurs, il est assez déplaisant que ce genre de critiques vienne en post scriptum, comme en passant, avec le sourire... Alors qu’il s’agit d’une accusation somme toute assez grave, non ? Cordialement,

Philippe Moreau, responsable marketing/vente de Minirezo SA (TM)

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, Mona Chollet, 9 décembre 2000

"Je crois que ces deux citations résument assez bien vos contradictions dans cet article"

Ce que vous appelez mes "contradictions" est en fait tout le propos de l’article. Ce n’est peut-être pas assez explicite, mais je veux dire justement que l’"euphorie" marchande, libérale, qui repose sur des impostures spéculatives, n’a rien à voir avec d’autres discours positifs et constructifs sur les usages d’Internet, que chacun peut élaborer en s’inspirant de sa propre expérience du média. Pour moi, la vision qu’ont d’Internet un Claude Allègre ou un Alain Madelin ne s’assimile pas à des "fantasmes joyeux et débordants de vie", si vous voyez ce que je veux dire...

Mais ça n’empêche pas qu’il me paraît essentiel, quand on s’aperçoit d’une perspective intéressante et excitante offerte par certains usages du Net, de pouvoir la signaler, y réfléchir, éventuellement la théoriser, sans se faire aussitôt traiter de "cyber-béat", alors que, encore une fois, ça n’a RIEN A VOIR ! C’est un chantage insupportable, qui produit ce climat étouffant qui domine aujourd’hui. C’est marrant d’ailleurs comme ce sont toujours ces quelques lignes-là (sur les "fantasmes joyeux et débordants de vie") qu’on me ressort, dans les mails que je reçois, et sur lesquelles on me somme de m’expliquer ! ça me donne envie de citer encore L’Age des possibles : "Je veux pouvoir penser à un truc même si c’est utopique et pas me dire que j’y arriverai jamais, ou que : à quoi bon. Parce que si tu y réfléchis deux secondes, nous, tout ce qu’on a le droit de faire, en ce moment, c’est assister à la faillite générale. Eh ben, ça va bien comme ça maintenant !"

C’est pourquoi je manifeste en effet mon adhésion, non pas aux discours, mais à CERTAINS discours de Pierre Lévy. Je ne demanderais pas mieux que de pouvoir me référer à un philosophe qui emporterait mon adhésion sur toute la ligne, mais voyez-vous, les philosophes dont j’apprécie les idées sur le plan de l’économie et du social sont trop occupés par ailleurs à fustiger Internet, ce repaire de libéraux, de nazis et de zombies incultes, ce signe avant-coureur de l’Apocalypse et de la faillite de l’esprit humain.

Quant à l’idée que "les "élites", et plus particulièrement l’élite intellectuelle, " s’opposeraient" au Net pour préserver leur monopole sur la parole publique", vous avez raison, c’est une affirmation totalement gratuite. Nous ne sommes encore jamais tombés sur aucune déclaration d’un intellectuel écrivant noir sur blanc : "Je m’oppose au Net pour préserver mon monopole sur la parole publique." C’est dire notre mauvaise foi... Plus sérieusement, je ne vais pas vous reproduire ici notre florilège de citations d’une rare virulence recueillies dans la presse, vous en trouverez dans cet article, dans celui de Marc Laimé sur la "grande peur des bien-pensants"... Partout percent la conviction sincère d’être seul habilité à détenir une parole publique, ainsi qu’une conception du "public" singulièrement condescendante, pour ne pas dire méprisante. Vous pouvez ne pas être d’accord sur ces conclusions, mais m’accuser de "gratuité", alors que j’ai pris soin de récolter une quantité de citations pour étayer mon propos, me paraît un comble. Vous m’avez peut-être lue en diagonale, ce qui est compréhensible vu la longueur de l’article, mais c’est un peu dommage d’intervenir pour me demander des comptes ensuite au sujet de choses qui figurent dans l’article.

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, Pascal Fortin, 9 décembre 2000

(re)bonjour,

Bigre, je ne m’attendais pas à avoir des réponses aussi rapides à des remarques adressées en fin de matinée ! Comme quoi la notion d’ "interactivité" sur uZine2 ne relève pas, comme souvent ailleurs, du slogan publicitaire. Je passe sur le message un peu fougueux de Philippe Moreau pour remercier Arno pour sa réponse à la fois précise et convaincante au sujet de l’ordre des contributions.

La réponse de Mona Chollet m’a également beaucoup intéressée. Comme elle, je déplore que les débats autour d’Internet se résume à une opposition entre le prophètes d’un (cyber)monde meilleur et ceux de l’apocalypse. Je crois également qu’il existe une place entre la béatitude et le dénigrement pour une vision constructive du Net fondée sur une utilisation citoyenne du réseau. Toutefois, je ne pense pas qu’il soit souhaitable de vouloir choisir entre Lévy et Breton. Vous affirmez que l’on peut trouver des passages intéressants chez le premier cité. Soit, mais on peut en dire autant du second. A mes yeux, Lévy et Breton se caractérisent tous les deux par une vision caricaturale du Net, de ses usages et des espoirs ou dangers qu’on peut lui attribuer. C’est pourquoi je pense que, plutôt que de choisir pour l’un ou l’autre, il serait sans doute préférable de les rejeter tous les deux.

Quant à une éventuelle opposition de "l’élite intellectuelle" au Net motivée par leur souci, conscient ou non, de préserver leur monopole de la parole publique, je pense en effet que c’est une idée forte, mais qui reste à vérifier.

Il faudrait en premier lieu s’entendre sur le sens des mots que l’on utilise. Est-ce que Françoise Giroud, Laurant Joffrin ou Jean Daniel font oui ou non partie de cette "élite intellectuelle" dont vous parlez ? Doit-on mettre indistinctement tous les "intellectuels" dans le même panier ? Un seul exemple, si vous prenez un tant soit peu la peine de lire des ouvrages ou des articles académiques sur Internet et les nouvelles technos, je ne pense pas que vous trouverez beaucoup de traces de ce dénigrement du Net que vous semblez percevoir chez les intellectuels, de la même manière que vous aurez du mal à trouver la trace de discours euphoriques comparables à ceux d’un Pierre Lévy. Faut-il rappeler au passage que les universitaires ne sont pas là pour dire si telle ou telle chose est "bien" ou "mal" mais pour essayer d’en comprendre les logiques de fonctionnement ?

Au delà de cette première remarque, si je pense que votre hypothèse mérite encore d’être étayée, c’est parce que je ne crois pas que la collection de citations que j’ai pu trouver ici et là constitue encore une preuve suffisante de sa validité. Cela dit, je pense sincèrement que cette hypothèse est pertinente et je suis même convaincu qu’une argumentation solide devrait permettre assez rapidement de lui donner beaucoup plus de force.

Quant à l’affirmation gratuite dont je vous gratifie, elle ne portait pas directement sur ce point mais sur le fait que vous appliquez votre hypothèse sur le cas précis de Dominique Wolton. Entendons-nous bien, je n’ai pas particulièrement envie de défendre cet universitaire dont je n’apprécie pas vraiment les "travaux". Mais si on peut lui adresser de nombreux reproches, notamment celui de ne pas connaître Internet, je pense que ce serait excessif de voir en lui le défenseur des élites et de leur monopole sur le débat public. En effet, je n’ai personnellement rien vu dans ces propos qui permettrait de corroborer une telle hypothèse, de près ou de loin. Je pense que le fait de prendre Wolton pour cible dans le cadre d’un tel raisonnement correspond à une impasse. Il y a probablement de multiples exemples beaucoup plus probants à relever.

Cordialement, Pascal Fortin.

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, Luc Abélard, 23 décembre 2000

Bonjour,

Une réaction rapide sur le passage suivant :

"Toutefois, je ne pense pas qu’il soit souhaitable de vouloir choisir entre Lévy et Breton. Vous affirmez que l’on peut trouver des passages intéressants chez le premier cité. Soit, mais on peut en dire autant du second. A mes yeux, Lévy et Breton se caractérisent tous les deux par une vision caricaturale du Net, de ses usages et des espoirs ou dangers qu’on peut lui attribuer. C’est pourquoi je pense que, plutôt que de choisir pour l’un ou l’autre, il serait sans doute préférable de les rejeter tous les deux."

Soit c’est de l’humour, et vous avez d’avance toutes mes excuses, soit ce n’en est pas et permettez-moi de rire un bon coup !

Je résume votre pensée, dites moi si je me trompe : "on trouve du bon et du mauvais chez Lévy et Breton, tous les deux étants parfois excessifs ; donc, il faut les rejeter tous les deux."

Voilà une attitude qui, elle, n’a rien de caricaturale, c’est sûr...

Mais qui a donc dit qu’il fallait "choisir entre les deux", comme si l’on devait désigner un prophète à suivre aveuglément ?

D’une manière générale, j’apprécie énormément Lévy (même si j’avoue manifester ce cynisme ordinaire, tout à fait stérile, fustigé plus haut dans cette discussion), moins Philippe Breton et Dominique Wolton ; mais je trouve que ces derniers disent aussi des choses tout à fait intéressantes. Bref, il y a chez eux du bon, et du mauvais : comme pour tout le monde, en somme... Quelle découverte ! Pourquoi ne pas prendre ce qui vous intéresse chez eux, et tout simplement laisser le reste ?

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang
6 décembre 2000, message de Éric GEORGE
 

Bonjour de Montréal,

Cet article de Mona Chollet est fort intéressant. J’aurais tout de même trois remarques de fond.

Premièrement, Mona Chollet écrit à juste titre que dans les discours publics qui entourent l’essor d’Internet, on retrouve toujours des discours qui répondent à d’autres discours : ils se réfèrent rarement à des pratiques, à une réalité qu’ils s’attacheraient à comprendre et à décrire. Or, elle oppose elle-même des discours et uniquement des discours les uns aux autres. Je n’ai pas vu la mention de la moindre étude académique sur les usages de l’Internet dans cet article ! N’y-a-t-il pas là une contradiction ?

Deuxièmement, Mona Chollet a une tendance à mettre dans le même ensemble Philippe Breton et Dominique Wolton. Or, d’un point de vue paradigmatique, il me semble que c’est contestable. D’un point de vue méthodologique également, Philippe Breton s’appuie sur un corpus qui relève de l’analyse de discours. Dominique Wolton tient des propos qui sont beaucoup moins liés à une analyse de corpus quelle qu’elle soit. Il est vraiment dans la catégorie "essayiste" comme... Pierre Lévy.

Troisièmement, Mona Chollet prend position pour la position optimiste de Pierre Lévy face aux positions pessimistes de Philippe Breton et de Dominique Wolton. Preuve en est cet extrait : "fantasmes pour fantasmes, mieux valent des fantasmes joyeux et débordants de vie que des fantasmes alarmistes et stériles !". Or, je ne partage pas du tout ce point de vue estimant à l’instar d’Étienne Balibar "qu’on ne peut vraiment entrer dans l’avenir qu’en faisant à chaque instant la critique minutieuse du passé ".

Enfin, je concluerais en vous précisant que je travaille moi-même sur les usages de l’Internet depuis plusieurs années et que si je trouve que les propos de Philippe Breton sont intéressants lorsqu’il adopte une position de chercheur, j’émets de nombreuses réserves par rapport à ceux de "penseurs" comme Pierre Lévy et Dominique Wolton. Quant à mon analyse, vous pouvez trouver plusieurs enseignements issus de ma thèse "ici" : http://www.samizdat.net/zelig/news.php3 ?detail=n975698186.news

Merci de votre attention Éric GEORGE http://www.er.uqam.ca/nobel/gricis/george.htm

 
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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, Antoine Pitrou, 6 décembre 2000

Bonjour,

Je ne voudrais pas parler à la place de Mona Chollet, mais tout de même répondre sur les points suivants :

Or, elle oppose elle-même des discours et uniquement des discours les uns aux autres. Je n’ai pas vu la mention de la moindre étude académique sur les usages de l’Internet dans cet article ! N’y-a-t-il pas là une contradiction ?

La première partie de l’article est peut-être vouée à la critique des discours sur Internet, mais la deuxième partie parle bel et bien des pratiques du Réseau et de son utilité (à partir de « Un climat mortifère et malsain »). Il paraît probable que cet article s’intéressant aux internautes eux-mêmes, l’auteure n’ait pas jugé bon de donner des exemples précis, puisque cette pratique est (devrait être) familière à la grande majorité des lecteurs (et notamment les lecteurs, dont il est tout de même probable qu’ils soient assez « typés », de minirezo.net).

D’autre part en quoi une « étude académique » est autre chose qu’un discours ? Je ne veux pas lancer un débat sur la scientificité et la portée de la sociologie, mais je ne vois pas ce qu’un papier universitaire a à voir avec la pratique de l’Internet. Certes votre thèse donne des interviews d’auteurs de sites. Mona Chollet aurait-elle dû s’interviewer elle-même ? Ce n’est peut-être pas très visible (il faut cliquer sur le lien à côté de la signature de l’article), mais elle est co-rédactrice du magazine en ligne Périphéries. Il y a là une pratique (très réussie qui plus est) capable de s’auto-analyser qui pour moi vaut toutes les analyses distanciées qu’on peut faire sur le sujet.

Preuve en est cet extrait : "fantasmes pour fantasmes, mieux valent des fantasmes joyeux et débordants de vie que des fantasmes alarmistes et stériles !". Or, je ne partage pas du tout ce point de vue estimant à l’instar d’Étienne Balibar "qu’on ne peut vraiment entrer dans l’avenir qu’en faisant à chaque instant la critique minutieuse du passé ".

Je pense que le passage en question ne se place pas sur le plan de la prospective, mais celui du plaisir de l’intelligence et de la sensibilité. En d’autres termes, il ne faut pas construire le monde n’importe comment, mais celà n’empêche pas d’avoir aussi une sensibilité qui ne soit pas soumise au diktat de l’efficacité militante. On peut apprécier un discours tout en ayant une vue critique sur sa rationnalité.

Amicalement.

Répondre


> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang
6 décembre 2000, message de Rémi
 

Oui ! Les discours des « grands médias » sur l’Internet sont l’expression d’a priori et ne sont pas fondés sur une pratique de l’Internet. Oui les publicitaires manipulent et les hom-mes politiques sont éloignés des « réalités du terrain » — mais à voir encore, à compléter, et rapide certainement, et dangereux si on verse dans le « tous pourris ! »

Non ! Ces critiques ne sont pas discréditées du seul fait qu’elles viennent de gens en place, de personnes qui « ont un état ». C’est un procédé stalinien que de dénoncer celui qui parle et pas ce qu’il dit. Transformer la question de l’Internet en guerre des petits contre les grands, des modernes et des anciens, n’apporte rien au débat et le ferme pour de bon. La géné-ration du baby boom ne se caractérise pas d’un « tout était facile pour eux, tandis que nous on en chie ! ». Je ne vois pas comment l’utopie aurait été un conformisme en 68 et ne le serait plus aujourd’hui, spécialement si c’est la mienne.

Bref de la mesure ! Ou si le mot choc, un autre : de la tolérance !

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, Mona Chollet, 8 décembre 2000

Bonjour,

La "stalinienne" répond...

Si vous considérez que je dénonce "celui qui parle et pas ce qu’il dit", c’est que vous m’avez mal lue. C’est bien la peine que je me tue à récolter et à référencer toutes ces citations ! Mais en l’occurrence, il me semble que "ce que dit" Dominique Wolton est intimement lié à la défense d’intérêts catégoriels, et donc à la situation de "celui qui parle". Ce qui ne me gênerait pas, si ce discours ne s’avançait pas drapé dans le prestige d’une science qui, ici, me semble absente.

Cette perte de sang-froid chez nos plus grands penseurs (y compris des gens dont je peux par ailleurs admirer le talent) dès qu’il s’agit d’Internet me sidère. Toute leur vie, ils se sont penchés avec succès sur toutes sortes de sujets, mais là, ils sont totalement largués. Du coup, la défense sous-jacente de leurs intérêts apparaît d’autant plus nettement. Ce manque de curiosité, ce mélange d’incompréhension et de crispation, me confortent dans l’idée d’une rupture, d’un fossé générationnel, même si toute généralisation est abusive et si je m’en veux un peu, après coup, d’avoir été aussi catégorique, voire grossière (c’était un article énervé...) : plus que l’âge, ce sont sans doute la position occupée, le rôle joué dans la société, le degré de mégalomanie, la soif de pouvoir, etc., qui sont déterminants.

Pour ce qui est de la "mesure" que vous me réclamez, n’y comptez pas. (Je vous invite à relire le passage sur le "terrorisme de la mesure"...) Quant à faire preuve de "tolérance"... Au vu de la haine indistincte que suscite Internet auprès d’une bonne partie de nos élites ces temps-ci, votre injonction est plutôt ironique... Parmi ces élites il y a des gens qui signifient vraiment quelque chose à mes yeux : c’est pourquoi leurs préjugés et leur virulence totalement disproportionnée quand il s’agit d’Internet m’attristent autant. De quel côté est l’"intolérance" ?

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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, Rémi, 8 décembre 2000
Oui, non, peut-être, bien sûr. Désolé de répondre à votre réponse. Il vaudrait mieux en rester là. Je ne voudrais pas donner l’impression de me plaire à distribuer les bons, les mauvais points, comme si j’exerçais un quelconque magistère sur le débat public relatif à l’Internet... Je débarque ici. Sur "l’agora internautique" (lu dans les parages...). Je ne peux pas dire que jusque-là, je me sois particulièrement préoccupé de "penser le réseau" en dehors des heures de boulot. J’ai lu votre article attentivement, mais rapidement, à l’écran, et ce que j’ai souligné du doigt a disparu quand j’ai fait défilé la page vers le bas... Les dangers de l’Internet, les voilà. Tout va trop vite ! C’est plus pareil ! Plus de lecture possible, de saine lecture. Je comprends que des gens qui, toute leur vie, ont compulsé du texte - papier pas électronique – soient effrayés par les changements qui s’opèrent et qui touchent directement à leur outil de travail, l’écrit. Les intellectuels sont les mineurs d’aujourd’hui et l’industrie de la pensée est dans la situation de la sidérurgie dans les années 70-80. Radio et télévision n’ont guère bouleversé les habitudes de travail des intellectuels. On lit, on écrit. On écrit sur ce qu’on lit. On écrit pour être lu par des gens qui écrivent sur ce qu’ils lisent. Le monde ainsi est filtré, ordonné et mis en mots dans des livres qui s’alignent dans les rayonnages des bibliothèques. Or, de bibliothèques, il n’y en aura plus que de virtuelles d’ici dix ans. Et les livres s’afficheront sur mon e-book. Toute la question est de savoir qu’elles seront les livres qui s’afficheront sur cet e-book et si ce seront toujours bien des livres. Si je faisais métier d’écrire des livres, ou de commenter des livres, ou de gloser sur l’actualité dans les journaux, je serais inquiet. Et je le dirais, dans les journaux et dans des livres. Et tout ce que je dirais signifierait mon inquiétude. Serais-je pour autant un "mégalomaniaque assoiffé de pouvoir défendant ses intérêts" ?... Peut-être finalement - vous avez raison -, mais bien faible, et bientôt balayé par la génération montante des jeunes loups mulimédia. — Sur ces bonnes paroles, bonne nuit.
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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, 9 décembre 2000
Qui est "stalinienne" ? quelqu’un a parlé de l’IRIS ?
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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang
4 décembre 2000, message de lventurini
 
Et si la volonté de maitriser à tout prix internet venait de la frustration qu’il y a à justement se révéler incapable, "dans la vraie vie", d’éradiquer les nazillons, les pédophiles, etc, ce qui se révèle beaucoup plus facile dans le "virtuel". Bref, les médiologues patentés (mediums, aussi ?) et hommes politiques, ne substituent-ils pas à leur impuissance à répondre de façon satisfaisante à la demande sociale du réel une accomodante terreur d’internet ? Post-scriptum qui a -un peu- à voir : l’AFP nous apprend que les noms "Adolf", "Rommel", "Hermann" et "National" choisis par un magasin d’ameublement pour sa nouvelle série ne sont certes pas du meilleur goût, mais ne justifient pas pour autant l’ouverture d’une enquête pour incitation à la haine raciale.
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Méfiance quand même les amis
4 décembre 2000, message de Grosse Fatigue
 

Inverser la vapeur, c’est une bonne chose. Après tout, nos "penseurs" ont aussi des stratégies de diffusion qui sont rapidement court-circuitées par la toile, cette cochonnerie qui relativise tout.

Mais voilà : la toile n’est guère fédérative. Face aux médias de masse, l’internaute lambda qui vient d’acheter son PC chez Conforama va avoir un mal fou à trouver des sites indépendants, et va vite être aiguillé vers TF1.con ou LaRedoute.nul.

C’est peut-être là que l’on peut engager, et rapidement, une réflexion critique sur le net. Eduquez la foule, celle qui regarde la télé et pourrait découvrir des choses formidables sur le net, c’est quasi impossible : les "gros" - les médias actuels - vont rapidement bloquer les accès au net avec leurs propres contenus...

Voilà le problème. Que faire ? GF

 
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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang
2 décembre 2000, message de Vincent Mespoulet
 

Mona Chollet nous livre dans cette analyse une réflexion salutaire sur ces publicistes technophobes qui ont inventé la techno-béatitude pour s’en faire les pourfendeurs énergiques. Ce qu’elle écrit a d’autant plus d’importance que le discours technophobe tient souvent lieu de mire et de ligne idéologique à un tas de personnes qui, ne connaissant rien de l’internet car n’en ayant pas une pratique réfléchie, pérorent et répètent ce que Wolton ou Virilio nous infligent depuis quelques années. Travaillant dans le domaine de l’Education et de la formation des enseignants à propos des usages pédagogiques des Technologies de l’Information et de la Communication dans l’Enseignement, je suis particulièrement bien placé pour voir le manque de sérénité et d’objectivité avec laquelle cette question est soumise par beaucoup d’acteurs éducatifs. Cela laisse évidemment une place énorme, un boulevard, aux marchands qui conçoivent l’internet à l’école comme un marché juteux alors qu’il serait possible de faire vivre un internet pédagogique pris en main de façon autonome par les enseignants eux-mêmes.

Aussi il est important de regrouper nos forces, journalistes, militants associatifs, enseignants pour faire vivre sur le web un espace électronique alternatif participant à la construction du savoir et à une citoyenneté envisagée avant tout comme une participation active à l’agora internautique.

 
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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang
2 décembre 2000, message de Philippe Moreau
 
Ce n’est pas un article. C’est un manifeste, celui de notre génération. On ne fait pas que se reconnaître à la lecture de cet article, on se découvre. On se comprend. Oui, nous avons droit au rêve, à l’utopie. Nous avons le droit de refuser le pessimisme. Et nous avons même le devoir de le combattre.
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> Le « culte d’Internet », un mythe boomerang, jn, 14 décembre 2000
A pas tout compris mais je crois qu’on ne peut pas appréhender ce qui se passe ( le machin virtuel etc ) si on n’a pas lu philip k dick, je me demande si nos brillants chercheurs/universtaires connaissent ? (enfin je me doute 2 la réponse hehe)
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