racine uZine

Dans la même rubrique
Des crânes bien bourrés
 
vendredi 23 mars 2001
Le bourrage des crânes au quotidien (9)

Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?

par Vykinge
 

Je ne souhaite pas lancer un grand débat, mais j’aimerais assez que les gens qui m’entourent comme ceux avec qui je corresponds sans les connaître, par exemple sur uZine, cessent de se lancer des platitudes à la figure...même si ce qui suit pourra paraître en ressortir.

Universalité et impérialisme

1) Dans un débat, il arrive malheureusement assez souvent que lorsque vos interlocuteurs se sentent à court d’arguments, ils recourent soit à la tautologie (« c’est A parce que c’est A, un point c’est tout »), ce qui n’explique jamais rien, soit aux « universelles » (valeurs, notions, idées, vérités). Or, même avec les plus belles intentions du monde, ces dernières sont des pièges, ouvrant tout grand la porte à tous les impérialismes, l’impérialisme culturel en tête.

N’oublions pas l’Histoire, la nôtre en premier lieu. Si les Lumières nous ont enseigné certaines valeurs que nous révérons encore aujourd’hui (droits de la personne humaine, tolérance, liberté de pensée et d’expression, etc...), il ne faudrait pas oublier deux « détails » :

- ces valeurs n’ont jusqu’à ce jour atteint leur pleine réalisation que sur le papier et ce sous les lattitudes où elles ont été conçues.

- ces valeurs se sont toujours prétendues universelles sans que soit interrogée la coïncidence géographique entre leur lieu de naissance et leur zone d’extention (au moins théorique) maximale

A moins d’assumer pleinement que nous détenons LA vérité, et accessoirement LA vérité politico-historique, il y a là matière à réflexion, et ce n’est pas faire preuve d’innovation que de l’affirmer.

2) Manipuler des idées soi-disant universelles me semble, d’autre part, constituer un piètre jeu de mots, car, justement, les mots exprimant ces idées étant différents d’une contrée du monde à l’autre, qui peut se porter garant de l’adéquation des mots employés dans telle ou telle langue pour les exprimer, donc de l’authentique universalité du message transporté ? Personne, à part ceux et celles qui prétendent que, par exemple, l’amour (maternel ou non) est une notion universelle, sans prendre la peine, et pour cause, d’expliquer pourquoi, alors, les formes que prend ce que nous avons choisi de nommer amour sont si diverses, et parfois même semblent aller à l’encontre de nos sentiments/idées en la matière. Pour être concret, si « damalabëgg » (en wolof) est généralement traduit par « je t ?aime » en français (ou « jeg elsker deg » en norvégien), il semble bien qu’un abîme sépare la « mise à exécution » du sentiment déclaré, et donc le sens donné aux mots prononcés (ou pensés) au moment et là où ils le sont, bien qu’ils puissent paraître se correspondre.

Leçon d’humilité

Je sais que je m’expose à un forum fu(l)m(in)ant en l’affirmant, mais je pense sincèrement qu ?un des éléments essentiels d’une attitude résolument humaniste et solidaire est la reconnaissance du caractère partiellement incommensurable des cultures, même celles qui peuvent paraître proches les unes des autres (le terme de culture étant ici pris dans son acception la plus courante de manière de penser et de se comporter dans le monde). La meilleure manière de se comprendre et, n’ayons pas peur des mots, de s’aimer, est non seulement d’accepter l’idée qu’un pan plus ou moins important de la culture et même de la personnalité de l’autre me restera à jamais inconnu et incompréhensible, mais que cette ignorance est positive et porteuse d’avenir.

Sans cette nécessaire humilité, il me semble, on prend automatiquement le risque d’emprunter une attitude impérialiste, même à son insu. En général, en effet, on assume que si, au cours d’une rencontre entre deux cultures, par exemple pour une réunion internationale, l’autre ne nous comprend pas, c’est qu’on s’est mal expliqué, ou qu’il est stupide, ou que des éléments divers font obstacle à sa compréhension de notre discours (au sens large du terme), bref, que la compréhension recherchée n’est qu’une question de temps. Or, il est sain de se demander, dans un tel cas, si l’autre n’est pas tout simplement incapable de nous comprendre pour des raisons culturelles ... comme nous-mêmes sommes certainement incapables de compréhension dans bien des cas. Incapable signifie donc ici : qui ne dispose pas des outils culturels indispensables à la compréhension de telle ou telle autre culture, et dont la culture l’empêche même parfois d’acquérir ces outils.

Qu’on pense un instant à l’attitude des Espagnols « découvrant » l’Amérique ou des Français et Anglais « inventoriant » l’Afrique, et on constatera que cette incapacité est loin, très loin d’être toujours le fait des autres cultures.

Bien se comprendre c’est aussi accepter de ne pas TOUT comprendre

La première question est donc de savoir si l’incompréhension en question n’est pas tout simplement inéluctable et intrinsèque à la communication interculturelle. Mais elle n’a aucun sens, ou laisse la place à tous les racismes (les racismes de la différence), si on ne se pose pas immédiatement les questions subséquentes : comment vivre avec cette ignorance assumée, et même en tirer un parti fructueux pour tous, comment intégrer ce non-savoir dans une meilleure connaissance (qualitative) de l’autre ?

Tout cela se ramène à une question de respect de l’autre, respect qui n’est pas conçu comme une valeur universelle bourgeoise, mais plutôt comme la résultante encore hypothétique (malheureusement) d’un « marché mondial » imposant la non-imposition des valeurs culturelles.

J’arrête ici, même loin, très loin du bout de ce chemin, par respect pour la patience et l’intelligence du lecteur. Mais, de grâce, qu’on ne nous assène plus l’argument des valeurs universelles.

 
 
Vykinge
 

La communication inter-individuelle est-elle exempte de ce genre de problématique ?

Imprimer
format impression

Enseignant/traducteur

 
SPIP
Web indépendant


Discernement éloquent...
21 juillet 2002, message de Projet de conscience
 
 
Répondre


> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?
29 mars 2001, message de Laurent
 

Débat de fond s’il en est. Je ne peux qu’adhérer à ton coup de gueule contre la prétention particulière à l’universalité. Cela dit, les oeillères et l’arrogance ne me semblent pas avoir de frontière. De ce point de vue, le premier des universaux est peut-être la tendance naturelle de chaque groupe humain structuré à croire à l’universalité de ses valeurs (cf. Montaigne : "l’intelligence est la chose du monde la mieux partagée, etc."). Juste une idée, comme ça que peut-être il n’y a pas forcément opposition entre universalité et cultures particulières ; que si l’on admet quela cohérence interne des cultures prime, elle ne prime que parce qu’elle permet de tendre vers un universel ; et d’autre part que si l’on admet que l’universel existe, on doit admettre aussi qu’il peut (et doit) s’exprimer sous des formes culturelles différentes. Pour résumer, il me semble que l’universel ne peut-être atteint que par le particulier et que le particulier n’a de sens que tendant vers l’universel. Mais bon, ce que j’en dis...

Répondre


> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?
26 mars 2001, message de Vykinge
 

A voir la qualité ce ce forum, je me demande s’il n’y aurait pas là matière à une rubrique, par exemple intitulée Les particules Universelles ou quelque chose dans ce goût-là, où tout un chacun pourrait décortiquer ces fameuses valeurs (de "gauche", de "droite", du "centre" ou d’ailleurs, Mikeul) qui se disent ou se sous-entendent universelles.

En tout cas, j’ai la nette impression qu’il y a là un besoin. On se laisse si facilement emporter par les mots ordinaires qui, à notre insu, véhiculent des idées auxquelles nous n’adhérons pas du tout !

En plus, je pense qu’une rubrique Bibliographie} serait également très utile (si elle existe déjà, je prie qu’on m’excuse de mon ignorance et qu’on m’en indique l’"adresse"). Ce serait une rubrique bien entendu divisée en grandes sous-rubriques, où les ceusses qui ont lu un bouquin (ou un article) intéressant sur tel ou tel sujet, le signalerait et en ferait un bref descriptif.

Qu’est-ce qu’on devient exigeant quand on prend l’habitude de la qualité !!!

Répondre


Le besoin de respectabilité :
24 mars 2001, message de richard wild
 

L’auteur de l’article, nous dit : "Tout cela se ramène à une question de RESPECT de l’autre, RESPECT qui n’est pas conçu comme (.../...) J’arrête ici, même loin, très loin du bout de ce chemin, par RESPECT pour la patience et l’intelligence du lecteur.

*** *** ***

Permettez moi de sortir du cadre strict du texte à commenter :

J’ai été frappé à plusieurs reprises dans mes relations avec des « indépendants » du net, par le souci de respectabilité qui les habitaient. Ils ont travaillé, on leur doit arithmétiquement le respect.

La plus grande faute à leur égard, c’est l’irrespect. En particulier, la non-reconnaissance du volume de travail accompli. (Vous avez du en mettre du temps à faire votre site !)

On est souvent confronté à cela, puisque l’on donne dans la critique irrévérencieuse.

Plus fort encore dans certaines « coopératives du net » où les pratiquants se vouent un indéfectible respect mutuel ritualisé.

C’est quoi cette revendication au respect. Une aspiration à la respectabilité ?

 
en ligne : MEDITO
Répondre
> Le besoin de respectabilité :, Vykinge, 26 mars 2001

Je ne sais pas si je saisis bien.

Respectabilité ? Si c’est le droit de faire l’objet de respect de la part de ceux/celles qui comptent pour moi (c’est-à-dire que moi-même je respecte) OK.

Le problème est que cette notion de respect tourne presque toujours à la tautologie (pour A être respecté de B est important parce que A respecte B, et vice-versa).

Au lieu de respect disons ACCEPTATION DE L’AUTRE et/ou RECONNAISSANCE DU DROIT DE L’AUTRE A ÊTRE DIFFÉRENT, pour éviter le terme ambigu de tolérance. Tout cela est élémentaire, mon cher wild.

Cordialement

Vykinge

Répondre
> Le besoin de respectabilité :, richard wild (je n’ai pas de berlutti), 27 mars 2001

Comme cela d’accord.

Ce qui m’inquiétait c’était l’aspiration à une (hyper)respectabilité de notable, vue ici ou là (*).

- Je suis respectable donc hors de portée.
je ne parlais par pour toi, je l’ai précisé.

richard
(*) je sais je ne donne jamais les noms. c’est une déformation professionnelle. on en reparlera.

 
en ligne : 0+0
Répondre


> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?
24 mars 2001, message de Vykinge
 

Pour apporter un peu d’eau à mon moulin, quelques bribes excellentes tirées d’un article de Serge Latouche dans le Diplo de mai 1999, telles quelles :

...Le triomphe de l’imaginaire de la mondialisation a permis, et permet, une entreprise de délégitimation du discours relativiste, même le plus modéré...

...Avec les droits de l’homme, la démocratie et bien sûr l’économie, les invariants transculturels ont envahi la scène et ne sont plus questionnables...

...On devrait néanmoins savoir qu’il n’y a pas de valeurs qui soient transcendantes à la pluralité des cultures pour la simple raison qu’une valeur n’existe comme telle que dans un contexte culturel donné...

...universalisme cannibale...

...Les critiques déterminés de la mondialisation sont eux- mêmes, pour la plupart, coincés dans l’universalisme des valeurs occidentales...

...Il est sans doute essentiel pour la survie de l’humanité, et précisément pour tempérer les explosions actuelles et prévisibles d’ethnicisme, de défendre la tolérance et le respect de l’autre, non pas au niveau de principes universels abstraits, mais en s’interrogeant sur les formes d’aménagement d’une vie humaine plurielle dans un monde singulièrement rétréci...

...Il ne s’agit pas d’imaginer une culture de l’universel, qui n’existe pas. Il s’agit de conserver suffisamment de distance critique pour dire que "les SDF de tous les pays ont plus "la même culture" que le SDF et le PDG d’un même pays, etc. la culture de l’autre donne du sens à la nôtre... ", il n’a jamais été question pour moi de "nationaliser" la culture. Il se trouve simplement que c’est dans le choc de deux cultures nationales que les problèmes sont les plus évidents, mais ça ne signifie pas plus que ça.

...ne faut-il pas songer à remplacer le rêve universaliste bien défraîchi à cause de ses réalisations inéluctablement totalitaires par un « pluriversalisme » nécessairement relatif dans lequel les Persans et les autres conservent toute leur légitimité sinon toute leur place ?...

Cordialement toujours

Vykinge

PS pour Mikeul : où diable as-tu lu dans mon article quoi que ce soit sur les valeurs de gauche ou de droite (c’était un autre forum, il me semble).

PS pour "continuons le combat" : tout-à-fait d’accord sur le fait q

Répondre
> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?, Vykinge, 24 mars 2001

...problème technique.

Donc : tout-à-fait d’acord avec "continuons le combat" sur le fait que "les SDF de tous les pays ont plus "la même culture" que le SDF et le PDG d’un même pays, etc". Il ne s’est jamais agi pour moi de "nationaliser" la culture. Il se trouve simplement, mais sans plus, que c’est lors de la rencontre de deux "cultures nationales" que les problèmes paraissent le plus évidents.

Répondre
> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?, Mikeul, 24 mars 2001

Ton article est clairement justement la réponse à cet aspect des choses (en tout cas dans une certaine mesure)

La catégorisation droite/gauche dont je parle est un exemple dont je me sers pour défendre cette notion de valeurs universelles. Ce n’est pas le centre du débat, je suis d’accord.

D’ailleurs, je n’en parle qu’au début et à la fin de ma réaction. Comme j’ai pris l’article comme une réaction à ce dont nous discutions dans un autre forum, j’ai tenu à évoquer le sujet, mais c’est vrai que ce n’est pas le centre de débat (juste une illustration)

Répondre


> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?
24 mars 2001, message de Gael
 

Cet article a le merite de poser un probleme a mon avis assez important pour le monde actuel.
Mais l’universalisme et le relativisme dans leurs versions extremes sont deux attitudes qui ne me satisfont pas vraiment.

Permierement, l’universalisme a des relents tres forts de colonialisme. Si l’occident en a largement profite sur le plan materiel, il y avait me semble-t-il une dimension "civilisatrice" dans la colonisation. J’entends par la que les colonisateurs (ou certains d’entre eux) partageaient la certitude de detenir des verites superieures qu’ils leur fallaient imposer pour le bien de tous.
Aujourd’hui encore, pendant la guerre du Kosovo on a entendu que desormais la souverainete des Etats n’arreteraient plus les droits de l’homme. Dans les faits, on a vu des puissances occidentales imposer leurs vues particulieres sur la question sans reelles propositions a long terme uniquement pour le confort intellectuel et la bonne conscience de l’elite mondiale.
On notera d’ailleurs que la fin de la souverainete est a sens unique : on doute de la possibilite de la Macedoine ou du Senegal de mettre sur pied avec la benediction des media et de la majorite des organisations internationales une operation militaire dirigee contre la France ou les Etats-Unis et ayant pour objectif de faire respecter la conception locale de ce que devrait etre l’attitude de la police ou les droits des minorites.
L’universalisme parait donc ici n’etre qu’une ideologie au service des interets et des croyances particulieres de l’occident.

D’un autre cote, le relativisme cache parfois lui aussi un certain mepris de l’autre. Considerer les cultures comme quelque chose de fixe et d’incommensurable est aussi un element essentiel de la plupart des theories qui voudraient nous faire croire a une hierarchie des cultures humaines.
Par ailleurs l’idee que notre culture limite definitevement notre aptitude a penser certains phenomenes ou a accepter certaines idees est aussi faire preuve d’un certain mepris de l’autre. Il est certain que la culture conditionne un certain mode de pensee et que les langues humaines de sont pas simplement des prononciations differentes des memes concepts. Mais croire qu’on ne pourrait pas se detacher quelque peu de se carcan est en soi fondamentalement ethnocentriste.
En effet, cela implique que seul l’occident pourrait jouir de la prosperite qui est la sienne ou que seuls les occidentaux pourraient atteindre un certain niveau de libertes politiques. De fait, c’est essentiellement en occident qu’au nom du respect des autres on decrete de nouvelles "valeurs" a pretentions universelles : la conservation des cultures comme un donne intemporel. C’est une forme de racisme que d’imaginer les autres comme prisonniers de leur culture alors meme que tout les discours sur l’universalisme, le multiculturalisme ou le relativisme presupposent de toute facon la capacite - superieure - de l’occidental a s’extraire de sa propre determination culturelle pour juger de maniere pretendument raisonnable l’emprise de la culture des autres sur leur mode de vie et de pensee. Reconnaitre a l’autre une possibilite d’action sur sa propre societe - et donc a terme la possibilite d’une convergence autour de certaines "valeurs" si nous faisons notre part du chemin - est un prealable a tout discours qui, proposant un programme "humaniste et solidaire", implique notre propre possibilite de changer nos valeurs et notre societe. De plus l’idee que seul l’occident a developpe l’idee d’une autonomie de l’individu et de l’existence de droits humains imprescriptibles est encore faire preuve d’ethnocentrisme : c’est confisquer a notre seul profit et au nom du respect de l’autre une idee que nous ne sommes pas les seuls a avoir approchee.
Dans les faits, on a vu des leaders politiques se reclamer de pretendues "valeurs asiatiques" pour legitimer une entreprise dictatoriale pas vraiment traditionnelle et pas toujours compatible avec les valeurs de leurs peuples.
Du coup le relativisme radical ne m’apparait pas si clairement comme une position tenable ou coherente dans une perspective humaniste. Presenter les droits de l’homme comme une invention occidentale c’est preparer le terrain de ceux qui voudront ensuite imposer notre systeme politico-economique au nom de la superiorite de l’occident et de ses valeurs. La est l’authentique imperialisme.

 
Répondre


> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?
24 mars 2001
 

Salut Vykinge,

quelques petites idées en vrac, et d’abord une info :
- dans le genre modéré, un récent opuscule d’André Bellon et Anne-Cécile Robert Un Totalitarisme tranquille Syllepse 2001, 45F (c’est donné), pourrait alimenter la réflexion, en s’en tenant au point de vue républicain le plus classique.

Ensuite, ce qui me titille dans tes "platitudes" contre-platitudisantes :

- tu retombes assez facilement et de manière non-critique dans ce qui me parait un banal déterminisme ethniciste : implicitement, tu te refères à une vision "enracinée" de la "culture" dont je crois que tu imagines assez facilement ce que je pourrais t’en dire si j’étais (à peine) malveillant ;-) (tiens, chope toi un smiley : t’as révisé ?)

- au niveau du procédé, je n’aime pas "leçon d’humilité", ça fait un peu oxymoron ; (et, si je suis ABSOLUMENT D’ACCORD avec l’affirmation que les "valeurs universelles" ne sont pas un argument, je ne pense pas que la culpabilité rétrospective en soit un non plus) ;

- quoi que soit une "valeur" (et tu me parais confus là-dessus) cela ne se "révère" pas, cela se pratique (cf ce qu’en dit Mikeul ici même), et cela PEUT et DOIT se débattre sur le fond(en n’importe quelle langue, les hommes font ça depuis tellement longtemps que Tirésias en a marre, on le comprend, il était là presque au début). Or il me semble que tu t’en tiens à la recherche d’un principe abstrait de gestion des valeurs, indépendant de leur contenu ;

- ton tropisme géo-linguistique (je dirais ici : horizontal) évacue bien d’autres dimensions de ce qu’on peut appeler "culture" : une verticale (p. ex. les SDF de tous les pays ont plus "la même culture" que le SDF et le PDG d’un même pays, etc.) et une dimension temporelle, les trois dimensions pouvant d’ailleurs se recouper/combiner...

- pour faire concret, le respect du citoyen qui consiste à ne pas lui assigner une appartenance communautaire quelconque (sexe, caste, ethnie, religion...) (c’est très précisément là que je situe la racine de tout impérialisme culturel possible), me parait une "valeur" universalisable :

- le "donné" (le plus souvent subi) culturalo-communautaire n’est donc qu’un point de départ dont le citoyen est supposé émancipé ; c’est par CHOIX qu’il peut s’adonner aux rites, cultes, superstitions et simagrées qui l’amusent et c’est en raison de la garantie de cette liberté de choix que le citoyen doit contribuer à la garantie de la liberté d’autres choix : ça, ça me semble universalisable, non ? Ca n’exclut pas la critique y compris radicale. La liberté d’expression est aussi une valeur qui me semble universalisable, tandis que le communautaro-politiquement correct restaure subrepticement le délit d’opinion !

En résumé (désolé pour mes platitudes à moi et leur longueur), je crois pouvoir considérer que l’humanité, quelles que soient ses divisions, sa composition, négocie en permanence ses ajustements de valeurs dont certaines postulent à l’universalité, (et UNE l’est déjà : la valeur marchande). Formellement, ou bien seuls les individus (en tant que "citoyens libres") ont voix au chapitre, ou bien on retombe dans une forme de féodalité... Ainsi l’autonomie de l’individu peut-être à la fois une fiction et une valeur, et la condition de base à tout débat sur l’universalité du débat sur l’universalisation possible de valeurs...

...continuons le combut !

Répondre


Impérialisme & jeu de dames ...
24 mars 2001, message de PRIVATE JOKER
 

Good morning, uzine.

Il me semble intéressant de se poser quelques petites questions concernant ces fameuses "valeurs universelles" (en gros les idées issues du siècle des Lumières, c’est tout de suite moins universel).

Par qui ont-elles été inventées ? Dans quel but ? Où et à quelle époque ? Quelles sont leurs racines ? En quoi ont-elles transformé la société ?

Avec un brin de cynisme, il est possible par exemple de dire que l’humanisme a été créé en Europe à une époque où une certaine classe sociale (laquelle, hein, hein ?) a voulu prendre le pas sur l’aristocratie. Des penseurs issus de la bourgeoisie se sont mis alors combattre les valeurs de la noblesse et à affirmer les leurs, attaque idéologique pour préparer le passage à l’attaque physique, et vlan ! Récupérant des idées issues de la Grèce Antique, du Christianisme et de ses avatars (Protestantisme), et de la tradition philosophique qui les avait précédés, puis mélangeant le tout avec quelques considérations bassement matérielles, ces braves gens ont accouché d’une idéologie où la liberté d’expression est mise sur le même plan que la propriété privée... Mais ce n’est qu’un point de vue cynique et un peu sombre, évidemment.

Oui, mais aujourd’hui ...

Par qui sont-elles véhiculées ? Dans quel but ? Si elles nous affectent, de quelles façons ?

Et bien, tjrs avec notre ami le cynisme, remarquons les zolies différences qui existent entre ceusses qui font leurs les valeurs occidentales et ceusses qui sont autres. En voici quelques unes : nombrilisme, tolérance irraisonnée, accumulation de richesses, préservation de sa petite santé, culte de l’amour. Quand à la propagation de l’idéologie libérale (puisqu’il s’agit de cela), elle se réalise plus sur l’illusion de la richesse que sur l’attrait de la liberté, et c’est bien avec cela que jouent les dirigeants occidentaux (politiques, économiques, idéologiques, et j’en passe) : c’est un guerre subtile où les objectifs sont les cerveaux d’en face (!) et les batailles gagnées des conversions. Il faut dire que faire la guerre, la vraie, à la Chine par exemple, avec des compatriotes qui consomment un max pour oublier leur peur de mourir, c’est pas gagné... Mais ce n’est encore qu’un point de vue cynique, bien entendu.

That’s all, folks.

PS à Vykinge : "le terme de culture étant ici pris dans son acception la plus courante de manière de penser et de se comporter dans le monde", ce ne serait pas une tentative de définition universaliste que tu nous ferais là ?

Répondre


> Universel, universel, j ?ai une tête d ?universel, moi ?
23 mars 2001, message de Roland Trique
 

Certains ont déjà un petit peu étudié la chose...

 
Répondre


> Universel, universel, j ?ai une tête d ?universel, moi ?
23 mars 2001
 

Salut,

Bien sûr que non, la communication interpersonnelle n’echappe pas au phénomène que tu décris, mais je pense que tu le savait déjà :))

Au demeurant, et même si je suis d’accord avec toi, je voudrais soulevez ici le danger inverse que je qualifie de "relativisme".

Le relativisme est aux idées humanistes ce que le positivisme est au idées scientifiques : une imposture strictement politque drappée des vertus de la Science.
Sous couvert que tout, en matière de culture, est relatif au sujet observé comme à l’observateur, certains imbéciles franchissent allègrement le pas de "tout ce vaut, tout est égal".

Ce phénomène a déjà connu des periodes de "gloire", c’est d’ailleurs le fondement du politiquement correct, qui défraillait la chronique il y a peu au USA.
Plus incidieusement, c’est également le résonnement que tiens le régime de Pékin lorsque certains de ses dirigeants soutenaient il y a peu que les Droits de L’Homme étaient un concept typiquement occidental qu ne s’aurait s’appliquer aux cultures asiatiques en générales et aux chinois en particuliers.
Ce genre de réthoriques scandaleuses sont le pendant inverse des tenants d’un universalisme absolu. Je pense que ces deux extrèmes s’incrivent moins dans le cadre d’un débat d’idée que dans la justification de politiques impérialistes (France-XIXeme siecle Chine-XXeme siecle).

Bref, gardons nous de sombrer dans l’un ou l’autres de ces résonnement avariés.

A+
Kodbar

Répondre


> Universel, universel, j’ai une tête d’universel, moi ?
23 mars 2001, message de Mikeul
 

>> Je ne souhaite pas lancer un grand débat, mais j’aimerais assez que les gens qui m’entourent comme ceux avec qui je corresponds sans les connaître, par exemple sur uZine, cessent de se lancer des platitudes

La 1ère platitude, c’est de dire, par exemple, que telle valeur est de gauche, telle autre est de droite, etc. Donc catégoriser les valeurs selon un point de vue politique.

A cette platitude, je réponds qu’un certain nombre de valeurs dépassent largement le strict cadre politique et que les catégoriser est non seulement sans intérêt, mais aussi faux et parfois insultant (comme si, par ex, tous les bons seraient d’un côté, les méchants de l’autre). Je considère que ces valeurs ne sont pas l’apanage de tel ou tel groupe de personnes, telle sensibilité politique, etc. J’appelle ça donc des "valeurs universelles".

Ces valeurs, je ne les place pas dans un contexte linguistique, mais dans un contexte réel d’action.
Je ne sais pas moi, mais donner un coup de main à quelqu’un quand il est dans le besoin, je continue à penser que ça se passe et de commentaire et de traduction.

Je suis bien d’accord pour dire que les différences de culture sont telles qu’aucune ne peut prétendre détenir la vérité et l’imposer aux autres. Il faut parfois savoir se placer de l’autre côté pour comprendre la nature de certains actions ou paroles. C’est de l’humilité comme tu le dis, il n’y a pas à tortiller là-dessus, je suis bien d’accord.

Mais doit-on, sous prétexte de différences culturelles, cautionner par l’esclavagisme des femmes ?
Ayant eu l’occasion de voyager dans des pays aux cultures fort différentes les unes des autres, j’admets parfaitement qu’il faut se garder de juger quand l’on est pas en mesure de comprendre toutes les implications culturelles de la chose, mais j’ai mon petit doigt qui se rebelle de temps en temps sur quelques points particuliers.
Ce sont ces points particuliers que je nomme "valeurs universelles".

Ne me retourne pas l’argument du colonialiste qui a supprimé des usages parce qu’ils choquaient sa conception. Là encore, je suis bien d’accord sur le fond avec toi. Mais on ne peut pas non plus en faire une généralité.

Bien entendu, ces valeurs restent bizarrement circonscrites à quelques zones géographiques. Et donc tu poses la question de savoir si ça ne remettrait pas en cause la notion d’universalité de certains concepts. Tu peux développer ?.

Personne ne détient la vérité, mais laisser parler son coeur permet parfois de retrouver le chemin de l’humanité.

>> J’arrête ici, même loin, très loin du bout de ce chemin, par respect pour la patience et l’intelligence du lecteur. Mais, de grâce, qu’on ne nous assène plus l’argument des valeurs universelles

Mais de grâce, qu’on ne nous assène pas non plus une pseudo-catégorisation politique des valeurs, (ça c’est de gauche, ça c’est de droite, ça c’est de trucmuche), qui n’est pas plus crédible (voire moins de mon point de vue, on l’aura compris) que l’appel aux valeurs humanistes. Ca ne repose pas plus sur des fondements solides.

 
Répondre