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> Le bourrage des crânes au quotidien (2)
19 janvier 2001,
message de Vandale
Moui... assez peu convaincu. A trop vouloir prouver... Régime évoque un système politique, administratif, économique... En ce sens, on peut parler de régime dictatorial, de régime démocratique, de régime capitaliste, de régime communiste, etc. Si les médias par facilité emploient l’expression régime de Milosevic ou régime de Mobutu, c’est qu’il s’agit dans ces cas-là de décrire des régimes autocratiques qui reposent bien souvent sur un homme et son clan. C’est sans doute assez caricatural (Milosévic était en effet loin d’être isolé) mais cela permet de traduire l’idée d’un régime dictatorial (au sens large du terme). D’ailleurs, le départ de Milosevic n’a-t-il pas signé la fin de son régime ? Vous auriez voulu qu’on dise quoi ? la République fédérale de Yougoslavie ? alors qu’elle n’avait de république que le nom, que la pseudo-fédération n’était qu’un moyen pour la Serbie de dominer le Montenegro et que la Yougoslavie dont elle reprenait le nom se réduisait à peu près à la seule Serbie ? En sens inverse, on parlait peu du régime de Khroutchev, de régime de Brejnev ou de régime d’Andropov. Mais bien plutôt de régime communiste. Car le système communiste ne reposait pas sur la personne du dirigeant. D’ailleurs leur disparition n’empêchait pas la survie du régime. Voilà pourquoi il est difficile en France de parler du régime de Chirac. Car le régime politique français ne tient pas à la personne Chirac. Si on est optimiste et qu’on s’en tient à la lecture des textes constitutionnels, le régime français est démocratique : il repose sur la souveraineté du peuple, et tout le tra la la : ce n’est donc pas le régime Chirac. Si on est un peu plus lucide et qu’on devine que notre République démocratique est de moins en moins une république et de plus en plus une oligarchie, ça n’autorise pas non plus à parler du régime Chirac. Car cette oligarchie dépasse de loin le clan Chirac : les oligarques se recrutent aussi au sein de la gauche officielle, des énarques, des grandes entreprises, des grands médias... Et cette oligarchie survivra à la défaite de Chirac à la prochaine présidentielle. Il y a donc un peu d’abus à critiquer l’emploi du mot "régime" par les journalistes. Parler du régime Milosevic est certes simplificateur, discutable, mais reflète tout de même une certaine réalité. Réduire la France au régime Chirac, en revanche, c’est se leurrer lourdement : c’est soit croire que le départ de Chirac suffirait à instaurer en France une réelle démocratie laïque et sociale ; soit insinuer l’idée que tout se vaut et que la France d’aujourd’hui n’est qu’un régime de pouvoir personnel aussi condamnable que la Serbie de Milosévic. D’un côté, un angélisme comme on n’en trouve même plus rue de Solférino ; de l’autre une équation France = capitalisme = dictature du marché = dictature = Serbie, Nazisme, ...qui mène droit au relativisme. Dans les deux cas, on s’interdit de penser. Ca n’exonère pas de critiquer les médias, leur conformisme, la novlangue qu’ils nous imposent : il est vrai par exemple que les médias sont plus prompts à dénoncer les défaillances de la démocratie et de la république ailleurs que chez nous. C’est vrai et il faut le dire. Simplement, je crois que l’exemple choisi (l’emploi du mot "régime") n’est peut-être pas pertinent. D’autres exemples auraient pu être choisis. En d’autres termes, dénoncer la langue de bois des médias est un combat urgent ; attention seulement à ne pas virer au pavlovisme anti-médias, ce qui décrédibilise le combat contre la pensée unique. Je peux me tromper, bien sûr Vandale
> Le bourrage des crânes au quotidien (2),
Pic,
19 janvier 2001
> Le bourrage des crânes au quotidien (2),
22 janvier 2001
Je remercie Vandale de sa critique constructive. Quelques remarques cependant. Je pense qu’en matière de "vocables fous" comme en matière de vache(s) folle(s) il faut faire appel au principe de précaution. Il est donc fort possible que beaucoup de journalistes utilisent à bon escient le terme de "régime", mais je donnerais fort à parier que ce n’est pas le cas de tous. Quant à l’application du vocable lui-même, ici comme ailleurs, il est question de limites parfois très ténues. S’il, on peut en convenir, il n’y a pas de régime Chirac, qui oserait nier qu’il y a bel et bien eu un régime Mitterand, sinon en France du moins en Afrique (voir F.-X. Verschave : Noir Silence et la Françafrique), ou un régime Thatcher en Grande-Bretagne ? Malheureusement, même dans notre belle démocratie, il y a place pour des systèmes politiques tenant à la personne de leur(s) dirigeant(s). Et je ne vois pas où est l’angélisme là-dedans ni ce qui permet, dans mon petit texte, de déduire que je pratique des amalgames faciles. Je ferai, c’est promis (si ma "chronique" devait faire des petits), attention à ne pas verser dans le pavlovisme anti-médias, mais toujours en faisant appel au principe de précaution, c’est-à-dire que mes analyses pourront toujours provoquer un sentiment d’injustice chez l’un ou l’autre. C’est la loi des généralisations, difficiles à éviter quand on s’attaque à l’idéologie.
> Le bourrage des crânes au quotidien (2),
Pierre Lecoi,
30 janvier 2001
Les réserves de Vandale me paraissent procéder d’un sens critique assez valable. Néanmoins, je rejoins les interrogations de notre Vykinge sur l’utilisation du mot en question par les politiques et les médias. Bravo pour avoir soulevé cette question pertinente, discrète mais représentative de l’indolence occidentale. On peut parler du terme "régime" au sens neutre et institutionnel, en tant que mode de fonctionnement d’une organisation : dans ce cas tout système est effectivement un régime. Mais le texte de Vykinge sous-tendait aussi l’autre sens du mot : toute mesure ou tout processus qui est subi, et qui contraint le sujet à adapter une partie de ses comportements (les méthodes d’amaigrissement sont un exemple, mais notons aussi qu’un régime totalitaire vise à "amaigrir" toute consistance critique... encore que la cible de ce processus soit désignée du terme de "massse"). Le croisement des deux acceptions revêt une charge idéologique, et c’est cet hybride qui est, volontairement ou non, assez bien répandu dans le discours du sens commun. En Europe occidentale il n’existe de "régime" que l’Ancien. On ne parle jamais des "régimes modernes". C’est là une pudeur quand même significative. A mon sens elle témoigne bien de l’étanchéité orwellienne qui nous isole de la dialectique du monde historique, réel, meurtri des tragédies que la "modernité" lui inflige. Par ailleurs, si vous dites, Vandale, que le régime français est théoriquement démocratique en ce qu’il reposerait sur le principe de souveraineté du peuple, donc de la prééminence de l’Assemblée nationale, il faut rappeler une énorme contradiction. Notre gouvernement n’a pas eu besoin d’une décision du Parlement pour engager ses forces navales et aériennes dans un conflit où des populations civiles ont été massacrées au nom de l’Occident. De la part d’une démocratie, c’est très fort. Pour le coup, j’avancerai la thèse du "régime Jospin", où centrisme malthusiano-libéral se conjugue avec autocratie brutale mais déguisée. (Et de grâce ne me faites pas rire avec Chirac.) Bien à vous deux, Pierre Lecoi, Citoyen et lecteur sous pseudonymat |
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> Le bourrage des crânes au quotidien (2)
19 janvier 2001,
message de Phynette
Quoi, c’est au "coin des débutants" qu’on vous trouve ? J’y crois pas. Des textes comme ceux que vous nous donnez à lire, j’en veux et j’en redemande, je donne même cinquante barils de lessive Pierre Madrid (on n’en est pas loin) pour une pépite de ce que vous écrivez. Il n’y a rien de plus fascinant que les réflexions sur ce que les mots veulent réellement dire.
> Le bourrage des crânes au quotidien (2),
Phynette,
19 janvier 2001
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