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lundi 12 février 2001
Le bourrage des crânes au quotidien (7)

« La communication parfaite ne communique rien »

par Vykinge
 
Nous devrions toujours avoir cette citation de Châtelet (« Vivre et penser comme des porcs ») quand nous envoyons un message. Il semble même que la révolution cybernétique, à laquelle se rattache cette toile qui nous accueille si généreusement, semble trop souvent « synonyme de misère pour les plus démunis et d’indigence intellectuelle pour les plus aisés » (Ibid.). De nouveau le problème de la démocratie.... et de la communication.

Le verbe communiquer paraît s’être « détransitivisé ». Avant, en effet, le verbe « communiquer » était transitif, on communiquait quelque chose. Maintenant, on communique, c’est tout, point à la ligne, ce qu’on communique est passé totalement à l’arrière-plan. Il n’y a qu’à voir cette jeunesse occidentale suréquipée en téléphonie mobile, cette jeunesse ... muette qui, pourtant, communique 24h sur 24. Comme sur l’affiche en pages centrales du bimestriel La Vache Folle (dont je conseille en passant la lecture à tous ceux qui aiment s’amuser en réfléchissant, www.lavachefolle.org) : « sans ton portable, t’es rien ». Je communique, donc je suis ... je suis quoi, au fait ? Un être soumis à ce que P. Virilio, dans un accès de lucidité, appelait la dromocratie (de dromos, en grec : vitesse)... un être communiquant. CQFD.

A trop jouer de cette tautologie, on en est arrivé à des extrémités. Jamais le débat politique n’a comme aujourd’hui brillé par son absence totale d’enjeux à moyen et long terme. Jamais la pauvreté d’esprit des politiciens et leur attachement à leurs seuls intérêts ne s’est affichée avec une telle arrogance qu’à l’heure actuelle. Et pourtant ils communiquent, ils communiquent, ils n’arrêtent pas de communiquer. Nous communiquons tous à longueur de journée.

Bien sûr, on communique toujours avec quelqu’un. Mais si ce quelqu’un ne communique lui-même que par peur du néant, du silence, que pour ne pas être confronté à l’inanité de ses désirs comme à la pauvreté qualitative de son existence, ce sont deux réceptacles vides qui alors parlent ... pour ne rien dire. Mieux vaut alors se taire, ce me semble, car il est réellement triste de voir ces gens (surtout s’ils sont jeunes) accrochés à leur téléphone portable comme à une bouée.

Peut-être serait-il temps, pour les victimes de cette « surcommunication », de réapprendre :
-   le silence
-   la véritable oisiveté (pas celle qui se dissimule derrière une montagne d’actes inutiles ou nuisibles à exécuter ou de niaiseries à communiquer)
-   la solitude riche parce que choisie (et pas cette pénurie d’appels téléphoniques qui souvent en tient lieu)
-  la lenteur et les "aspérités" (fini, le "tout lisse", le "soft")

Ce qui nous amène de nouveau à la problématique de la démocratie et de l’ouverture plus ou moins généreuse d’uZine (par exemple) à toutes/tous celles/ceux qui ont un fort désir de communiquer. Avant de communiquer, il faut, il me semble être investi de quelques certitudes, c’est-à-dire, à mon avis, pouvoir répondre positivement à certaines questions, essentiellement à quatre d’entre elles.

1) Ai-je vraiment quelque chose à dire qui n’ait pas encore, à ma connaissance, été dit, ou en tout cas pas de la manière dont je veux l’exprimer ou sous l’angle que je souhaite emprunter ?

2) Est-ce que ce dont je veux traiter a une portée « universelle », c’est-à-dire a des chances d’intéresser un public qui ne connaît rien de moi ni de mon existence (sachant qu’on ne parle ici ni d’un site littéraire ni d’un espace d’aimable conversation) et qui ne partage pas forcément mes préoccupations ?

3) Suis-je en mesure de répondre de ce que j’écris, de défendre l’opinion que je vais exprimer ?

4) Est-ce que je souhaite faire passer mon message non seulement parce qu’il traite de quelque chose d’important à mon avis, mais aussi parce son contenu me semble défendable ?

Si on peut répondre oui à ces questions, alors je pense qu’on ne doit pas hésiter à commniquer, car cette communication a tout simplement un contenu. A bons entendeurs, salut !

 
 
Vykinge
 
Au sujet du "lisse" et de bien d’autres choses, on gagnera à lire l’ouvrage de Benasayag et Charlton : Critique du bonheur (La Découverte 1989).
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> « La communication parfaite ne communique rien »
12 février 2001, message de Lajeunesse
 

"Le verbe communiquer paraît s’être « détransitivisé ». Avant, en effet, le verbe « communiquer » était transitif, "

C’est toujours le cas

"Il n’y a qu’à voir cette jeunesse occidentale suréquipée en téléphonie mobile, cette jeunesse ... muette qui, pourtant, communique 24h sur 24."

Le propos le plus méprisant lu sur uzine2 sur "la jeunesse". Dommage pour toi, elle sera encore la quand tu n’y seras plus

"Jamais la pauvreté d’esprit des politiciens et leur attachement à leurs seuls intérêts ne s’est affichée avec une telle arrogance qu’à l’heure actuelle."

On a toujours dit ça, je pense

"Mieux vaut alors se taire, ce me semble, car il est réellement triste de voir ces gens (surtout s’ils sont jeunes) accrochés à leur téléphone portable comme à une bouée."

Merci, mec, mais t’as pas de chance de te rendre triste pour ça...Regarde ces jeunes qui se tapent dessus dans un camp de la croix rouge pour des problemes de rackett entre pauvres, tu seras encore plus triste

"Peut-être serait-il temps, pour les victimes de cette « surcommunication », de réapprendre : le silence "

C’est pas con, ça, tu vas essayer et tu nous dis

"Avant de communiquer, il faut, il me semble être investi de quelques certitudes, c’est-à-dire, à mon avis, pouvoir répondre positivement à certaines questions, essentiellement à quatre d’entre elles. "

Bonne idée, je note...note aussi, comme ça on sera deux

"A bons entendeurs, salut !"

Ah bin jte salue pas non plus si c’est ça, vu que je n’ai rien entendu...sinon un immense mépris d’un gars qui a des problèmes

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> « La communication parfaite ne communique rien », Fab, 12 février 2001
Donc inutile de l’enfoncer. Le vide cybernetique existe. C’est le vide tout court. Le vide de pensée. Le vide d’amour. Le vide de la solitude. Et d’ailleurs, pour créer des paragraphes, on doit laisser simplement des lignes vides...
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> « La communication parfaite ne communique rien », 13 février 2001

Bon, alors, plusieurs choses, pour vous, les jeunes qui me survivront.

Non, je n’ai pas de problèmes, en tout cas pas du type de ceux que vous semblez me prêter.

Je suis désolé d’avoir osé écrire que la jeunesse occidentale (et c’est de la faute des parents, d’ailleurs) a des problèmes de luxe, oui, et de suréquipement (en tout cas la jeunesse qui a les moyens d’accéder au réseau et de "communiquer" 24h/24 sur un téléphone cellulaire !). Il n’y aucun mépris là-dedans, juste un petit morceau de réalité qui n’a pas l’air de vous plaire.

Je vis entouré de jeunes, de par mon travail, et, oui, je suis désolé de vous l’apprendre : beaucoup de ces jeunes sont accrochés à leur téléphone comme à une bouée, et se sentent désespérément seuls quand ils ne l’ont pas sous la main (il y a des profs qui se battent pour que leurs élèves éteignent leur cellulaire pendant les classes !).

Et si c’est plus triste, quand ce sont des jeunes, c’est tout simplement parce qu’ils représentent l’avenir. Et des fois, ça inquiète. Comme le disait en substance Semprun : la question importante n’est pas "quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?", mais "à quels enfants allons-nous laisser le monde ?"

Quant au silence cybernétique, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, je vous jure.

Vykinge

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> « La communication parfaite ne communique rien », mict, 13 février 2001
Peut-être qu’il te faut sortir des salles de classes, le portable comme bouée n’est pas l’apanage des jeunes, d’où l’impression de mépris des deux lecteurs précédents. Les beaufs aussi et surtout communiquent comme des bêtes. Il faudrait peut-être refaire ton analyse et remplacer le binôme jeunes (forcément paumés) / vieux (forcément sages) par un autre, peut-être ceux qui ont rien dans la tête et donc rien à se dire contre ceux qui en ont un petit peu et qui se le gardent (ou autre binôme de ton choix puisque pour écrire un texte polémique, donc stratégique, il faut un binôme eux/nous).
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> « La communication parfaite ne communique rien », 13 février 2001

Je suis tout-à-fait d’accord, à deux remarques près.

1) Les beaufs, comme tu dis, je n’ai aucun espoir en eux, alors que j’ai peut-être le tort de mettre encore beaucoup d’espoir dans les jeunes (qui n’ont pas encore eu le temps de devenir beaufs), c’est pourquoi je parle d’eux et pas des beaufs.

Si je pensais vraiment jeune=paumé, il y a longtemps que je ne m’occuperais plus de formation (je n’ose pas écrire "éducation"). Quant à l’équivalence vieux=sage, là, vraiment pas, il n’y a qu’à voir la gueule du monde que les vieux (dont je vais sous peu être, tout étant relatif) nous/vous ont laissé !!!

2) Quant à la nécessité des binômes, je ne sais pas, peut-être bien...mais s’il y a, pour moi, une dichotomie eux/nous, elle change à chaque sujet de conversation/débat, non ? Là, on a, c’est évident, à faire à un binôme, mais il n’est pas si clair que tu le décris.

...même s’il est évident que si Lazuly fonde l’association de défense contre le téléphone (insup)portable, comme il en faisait (peut-être à la légère) le projet dans une déjà vieille Chronique du Menteur, j’en serai...

Cordialement

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> « La communication parfaite ne communique rien », Laurent Martinez, 13 février 2001

Bonjour Mict ! (c ;

Un rapide petit point : Ce binôme jeune con/vieux sage dont tu parles n’existe pas dans le texte de Vykinge. Relis ! Tu t’en rassureras toi-même ! (c :

Comme toi, je trouve cet amalgame pas très raisonnable et je t’invite donc plutôt à aller en chercher les raisons auprès des seuls individus qui expriment ce symptôme sur ce forum. (c ;

Savoir communiquer avec les autres implique en premier lieu de savoir ce qu’on pense soi-même ...

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> « La communication parfaite ne communique rien », 31 mars 2006
La communication parfaite ,c’est le debut d’une autre communication !!
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> « La communication parfaite ne communique rien », 31 mars 2006
Je n’ai jamais eu de mépris pour la jeunesse. Par contre pour la connerie et le manque de réflexion, c’est indéniable. Lecteur, qui que tu sois (et 5 bonnes années après la rédaction de l’article incriminé), lis un peu les autres réactions : le débat a déjà eu lieu. Et il n’y a pas plus sourd que qui ne veut pas entendre.
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> « La communication parfaite ne communique rien », 1er avril 2006
Je n’ai jamais eu de mépris pour la jeunesse. Par contre pour la connerie et le manque de réflexion, c’est indéniable. Lecteur, qui que tu sois (et 5 bonnes années après la rédaction de l’article incriminé), lis un peu les autres réactions : le débat a déjà eu lieu. Et il n’y a pas plus sourd que qui ne veut pas entendre.
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