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Intelligence économique et militantisme

Big Brother is watching you
par Marc Laimé
 
Le supplément Les Echos.net du 26 février 2001 relate que Net Intelligenz, l’officine « d’intelligence économique » créée dans le courant de l’été 2000 par M. Jacques Attali et l’agence Publicis, a surveillé les réactions suscitées, sur Internet, par l’arrivée récente de 900 réfugiés kurdes en France.

On peut s’interroger sur le caractère « spontané » de cette opération de « veille ». L’article ci-après ne précise pas s’il s’agissait, ou non, d’une opération commanditée par une entreprise ou une institution.

S’il en besoin était, preuve est faite que ce type d’officine est parfaitement à même de surveiller, en temps réel, toute forme de mobilisation militante se déployant sur Internet. Ceci y compris en « scannant » des messages postés sur des newsgroups...

Plusieurs dizaines d’entreprises se livrent, discrètement, à ce type d’activité en France. Quand on sait que ces mêmes officines fournissent « clés en mains » des « solutions d’intelligence économique offensive » à leurs clients, on peut augurer sans peine qu’aux nouvelles formes d’action militante se déployant massivement sur Internet répondront des opérations de désinformation savamment orchestrées par les acteurs, entreprises ou institutions, dont les actions peuvent être mises en cause.

« Les Echos n° 18.350 du lundi 26 février 2001, page 22.

Kurdes : les internautes discutent mais ne se mobilisent pas.

Quelques heures après le naufrage de l’« East Sea », avec à son bord 908 demandeurs d’asile kurdes, des polémiques ont vu le jour sur Internet. Des pluies de dépêches ont propagé la nouvelle comme une traînée de poudre à travers sites et forums. Toutefois, les internautes n’ont pas joint l’acte à la parole.

Après avoir écumé le Web, la société de conseil et de veille sur Internet Net Intelligenz n’a pas vu trace de pétitions ou de coordinations pour trouver aux réfugiés des familles d’accueil. Ni de possibilités d’effectuer des dons en ligne spécifiquement conçus pour l’événement. Même le tissu associatif s’est davantage cantonné à la diffusion d’informations.

Le site de l’observatoire franco-kurde a publié des éditoriaux et des remises à jour de la situation des réfugiés. Le site de l’organisation humanitaire Cimade a fait état des souffrances des réfugiés. « Internet est un média relativement individualiste où les gens manifestent leur indignation mais se coordonnent rarement », estime Frédéric Bardeau, chargé de la gestion des connaissances chez Net Intelligenz.

Après l’émotion des premières heures, la retransmission des faits a fait place à des débats enflammés avec, malheureusement, son pesant d’arguments racistes, xénophones et homophobes. « C’est le côté obscur de la liberté d’expression sur le Web. N’importe quel internaute xénophobe et fasciste peut le dire à la terre entière sans censure, ni sanction », commente Frédéric Bardeau.

Les propos extrémistes n’ont pas manqué de provoquer des tollés parmi les internautes en ligne. Certains se sont également insurgés contre les médias : « Plutôt étonnant qu’il faille un naufrage pour que les médias s’intéressent au problème kurde qui date de plusieurs siècles », s’est exclamé un internaute. Les rapports tendus sur la question entre la Turquie, candidate à l’Union européenne, et la France ont également nourri les discussions.

De leur côté, les hommes politiques, qui n’ont pas hésité à s’exprimer sur la question kurde dans les médias traditionnels, se sont montrés bien plus timides sur le Net. Vendredi, le site www.rpf-ie.org du RPF se contentait de reproduire l’interview de Charles Pasqua parue dans « Le Figaro » et intitulée « L’Europe est une vraie passoire ». Seul le site du Parti communiste français consacrait un espace sur sa page d’accueil à militer pour le droit d’asile des réfugiés de Fréjus. De même, vendredi, la question kurde était absente des pages d’accueil des sites institutionnels. Le site du ministère de l’Intérieur se concentrait sur la violence dans le sport, la sécurité civile au Salvador et le projet de loi sur la Corse. La « homepage » du site de Matignon donnait des informations sur la consommation des ménages, la Corse et le Salon de l’agriculture. Une absence qui fait cruellement écho aux propos d’un internaute résigné qui déclarait sur un « newsgroup » : « Dans trois mois, l’affaire sera tassée, et dans quatre mois les Kurdes seront oubliés...

Laurance N’KAOUA. »

 
 
Marc Laimé
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Journaliste, coordinateur du dossier « La Folie de l’Internet » du Canard Enchaîné
23 août 2000
 
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