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Si on arrêtait avec les méchants faciles ?

par Lefayot
 

On pourrait peut-être, de temps en temps, accepter de désespérer Billancourt. Ou simplement éviter de toujours s’en prendre au sempiternel bouc émissaire vilain pas bô de l’histoire. Ainsi des startups ...

Quand on voit que s’est formé un site pour les regarder couler (super activité !), on ne peut qu’être saisi d’étonnement, et, pour tout dire, d’un certain dégoût. Quel intérêt ? D’autant qu’il a été démontré depuis bien longtemps (depuis le début en effet), que leur business-plans étaient ineptes et que ces entreprises étaient destinées à sombrer. Ce qu’elles font. Les pronostics étaient bons, point final. On pourrait peut-être tirer un trait sur cette histoire.

Et ben, non. On en parle et on en reparle. Des startups, des vilaines startups. Qu’est-ce qu’on en a à foutre des startups, surtout maintenant ? Elles furent un épiphénomène pour ainsi dire spéculatif, et maintenant, elles agonisent. La morale est sauve, non ?

Mais qu’a-t’on à leur reprocher aux startupeux ? D’avoir palpé de la thune ? Ne pourrait pas les considérer comme de sympathiques escrocs, heureux d’avoir blouzé des banquiers trop à la masse. Des Spaggiari du virtuel ... Il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat.

Les startupeux sont des têtes de cons ? Bon, et alors, tout le monde n’est pas obligé d’aimer Duras mise en scène par Mesguich ... Ils sont méprisants, arrogants, vulgaires ? Pareil ; so what ? Ils ont au moins le mérite de la franchise. Sans compter que ce ne sont pas tous des tronches de cake, je peux en témoigner ; certains utilisent des mots de plus de 4 syllabes et savent que la littérature existe.

Alors le startupeu, il joue le rôle du méchant capitaliste à haut de forme et cigare dans « Charlie » (et ce, depuis environ 1860) ? Une cible d’exécration facile à identifier ? On peut ainsi ranger la réflexion au grenier et pester contre « les sales cons » (et la fin de l’occident chrétien qu’ils symbolisent).

Ils donneraient le mauvais exemple, les startupeux, avec leur morgue et l’argent facile ? Ils entraîneraient le reste de la population sur la pente horrible de l’individualisme ? Outre qu’on peut se demander si c’est une si mauvaise idée que cela, il faut mettre les points sur les ’I’ : les startupeux sont des symptômes plutôt que des causes. Qu’on le loue ou le déplore, dans l’imaginaire collectif, mieux vaut se faire 5000 patates en raider que deux fois le SMIC pendant 35 ans sous les ordres d’un petit chef. Les temps ont changé ....

Sans compter qu’on peut se demander si ce sont vraiment les startups qui mettent (enfin ; auraient mis, plutôt) l’internet citoyen en danger. A mon avis, ce sont plutôt les méga-fusions et les magouilles entre opérateurs. En bref, ce qui se passe dans la cour des grands.

Alors le vrai problème, ce serait que les startups ont détourné sur elles, les projecteurs des média . Lesquels auraient été braqués (par intermittences) sur le web indépendant ?

D’abord, c’est pas beau, l’envie et la jalousie. Chacun son tour, même, si en l’occurrence, les startupeux sont des escrocs, ou peu s’en faut. Personne n’a le droit de s’ériger en Père La Vertu. Ensuite, il faut être bien clair. De par leur nature même, les média sont versatiles et hors d’état de comprendre de quoi ça parle (les journalistes du « Monde Interactif », par exemple, sont incapables de reconnaître une info, quant bien même ils la shooteraient). Ce furent les startups, ok. C’aurait pu être autre chose. Et sérieusement comment un projet « communautaire » comme le web indépendant aurait-il pu garder longtemps l’attention de la propagande d’une société entièrement acquise à l’argent ?

Tout ça pour dire, qu’on pourrait peut-être arrêter de sortir sempiternellement le joker de la startup et, par la même occasion, éviter de tendre le micro à des nerds demeurés qu’il vaudrait plutôt mieux avoir comme ennemis que comme alliés.
Une légitimité, de nombreuses fois débattue, est peut-être au prix d’une certaine éthique au niveau du discours (en gros, éviter de taper sur les cibles faciles, même si ça satisfait pas mal de monde).

 
 
Lefayot
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> Si on arrêtait avec les méchants faciles ?
28 décembre 2000, message de ARNO*
 

Je ne vois pas bien où est le problème ? Qu’est-ce qui interdit de critiquer les start-up et en même temps de dénoncer les méga-fusions ? Y’a de la place sur le Web, non ?

Quand on voit que s’est formé un site pour les regarder couler, on ne peut qu’être saisi d’étonnement, et, pour tout dire, d’un certain dégoût.

Si, par l’expression regarder couler, tu évoques le site Vakooler, franchement je ne pige pas le dégoût. Critiquer tant que « ça marchait », c’était peut-être une activité plus noble, mais peu convaincante : c’était critiquer des activités qui créaient des emplois, de la richesse, de l’innovation et tout et tout... Alors maintenant qu’on a des exemples concrets, il est très sain que des sites comme Vakooler décortiquent ces exemples, exposent (jusqu’à saturation, parce que oui, c’est répétitif) les pratiques sociales innovantes, les arnaques...

D’autant qu’il a été démontré depuis bien longtemps (depuis le début en effet), que leur business-plans étaient ineptes et que ces entreprises étaient destinées à sombrer.

N’est-ce pas dans cette phrase qu’on trouve le fond de ton argumentation ? Tu regrette qu’on puisse encore exposer, maintenant que les start-up sombrent, ce que, en gros, « tout le monde savait depuis le début ». C’est là que je ne suis pas du tout d’accord : « tout le monde » ne le savait pas, loin de là, « tout le monde » ne le sait toujours pas. À l’époque c’était rien moins qu’évident, et la critique du principe des start-up était totalement souterrainne. Aujourd’hui on nous gave de « réajustement », « assainissement », bref : y’a eu un ch’ti pépin boursier, mais au fond les bons vont continuer.

Que tu le saches, tant mieux ! (Et bravo...) En revanche, encore beaucoup de monde n’est pas du tout au courant. Et justement, la période actuelle est propice à l’explication : parce que beaucoup de gens se demandent ce qu’il s’est passé, et c’est le moment où jamais pour faire passer d’autres explications que celles des « assainissements » mensongers. (Et raconter au jour le jour, comme le fait Vakooler, que ça continue à se casser la gueule, ce qui est loin d’être inutile.)

Il faut aussi parler des enjeux plus larges. Bien entendu.

Mais tout angle d’attaque est intéressant. Encore une fois, on peut espérer que « tout le monde » se passionne pour les grands enjeux économiques, et est attentif aux critiques du libéralisme économique, que tout le monde lit le Monde diplomatique depuis des années. Tu peux aussi tenter d’autres approches (ce qui n’exclut pas la démarche type Diplo, bien au contraire). En l’occurence : tu peux partir de la critique des start-up, parce que c’est l’échec le plus exemplaire et médiatisé du système, afin d’introduire une critique plus globale. De la même façon que les OGM sont un aspect parmi tant d’autres de la maltraitance du monde par l’économie et que c’est cet aspect qui permet de « faire passer » un discours plus global sur les nuisances du néolibéralisme, tu peux très efficacement « intéresser » par l’explication des start-up et arriver à une critique plus large de la globalisation.

Tu dis que les start-up ne sont qu’un symptôme. Justement : on ne va chez le médecin que lorsqu’on s’inquiète des symptômes qui sont apparus. De fait : puisqu’une partie des gens sont désormais sensibilisés aux symptômes que sont les start-up, c’est un excellent point de départ pour expliquer la cause.

Bref : justement en tant que symptôme, l’échec des start-up est une excellente introduction pour une explication plus profonde de l’évolution ultra-libérale : mensonge organisé, médias manipulés par les annonceurs, « spécialistes » incompétents, recul social (encore la semaine dernière sur France Inter, un type se vantait : « dans la nouvelle économie, on aime tellement les 35 heures qu’on les fait deux fois par semaine »)... Ca mène tout naturellement aux stratégies des grandes boîtes. Pourquoi se priver d’un point d’accroche aussi exemplaire pour expliquer le mensonge néolibéral ?

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> Si on arrêtait avec les méchants faciles ?, lefayot, 28 décembre 2000

Soyons clairs : Explicitement, c’est TOI, à l’époque, sur ton site, qui a dénoncé (entre autres les startups), et de manière fort bien faite. Je me souviens particulièrement de ta démonstration de l’inanité du concept d’achats groupés sur le net.

C’était très bien, ça été prolongé sur Uzine2. Jusqu’à plus soif. Il serait peut-être temps d’arrêter, maintenant.

Actuellement, les startups ne sont plus vraiment au pinacle, c’est le moins qu’on puisse dire, les grands media ne se relaient plus pour chanter leurs louanges et nous expliquer qu’elles sont juste dans une mauvaise passe. D’une part parce qu’elles sont plantées (black-out sur les ratées du système), et d’autre part, parce que l’actualité a structurellement besoin de se renouveler sans arrêt.

Alors pourquoi continuer à s ‘acharner dessus ? Et effectivement, un site comme vakooler, qui s’acharne jour après jour sur un truc moribond, me laisse dubitatif, c’est le moins qu’on puisse dire ....

Et le problême, au niveau des banques plombées, il viendrait de l’échec des startups ou du délire furieux qui a eu lieu autour de l’UMTS (comme tu l’as toi même signalé) ?
Ce qui me gène, c’est ce coté bouc émissaire un peu facile. Le startupeux, c’est un sale con, il est vulgaire, plus caricature de néo-libéral obtus, tu meurs ... C’est effectivement beaucoup plus facile de « mobiliser » autour des startups que de l’UMTS. Mais on prete ainsi le flanc à des attaques sur ce qui pourrait être motivé par le ressentiment.

Et si l’on utilise les startups comme « angle d’attaque » du fait de leur « rendement pédagogique » supérieur à celui, disons, de l’UMTS, on utilise des méthodes que je trouve assez douteuses. Pour employer un mot bien galvaudé, déontologiquement, c’est très moyen.

De deux choses l’une : ou on estime que le lecteur est majeur, et on n’a pas besoin de lui servir le vilain gros méchant facile à identifier, ou on décide qu’il faut utiliser de bonnes grosses ficelles pour lui faire passer le « message ». Auquel cas, la spécificité d’Uzine2, me parait un peu limitée.

En plus, et pour finir, je ne vois pas en quoi, le naufrage des startups serait exemplaire de l’imposture néo-libérale. Il n’est qu’un épiphénomène qui n’est certes pas à l’avantage des zélotes du marché , mais qui ne prouve en rien qu’il faille changer de système économique. La présence d’escrocs n’invalide pas les fondements d’une société. Que la propagande nous aie fait prendre des vessies pour des lanternes, oui. Ca c’est un des problèmes. La propagande. Pas le fait que les startups se cassent la gueule. Ce dont on devrait se foutre, ou tout du moins éviter de faire un site pour comptabiliser sans le moindre recul.

Et personnellement, je ne crois pas que l’échec des startups risque de nous entrainer dans un krach boursier. Depuis le temps qu’on nous annonce la fin (souvenons nous des mises en garde ad nauseum, suite à la crise asiatique) .... Il faut arreter de prendre nos désirs pour la réalité. Le libéralisme est bien plus solide qu’il n’en a l’air, et à vrai dire, malheureusement, je ne vois pas bien ce qui pourrait l’abattre, hormis une crise économique majeure, dont je ne crois pas, je le répète, à la venue prochaine, et me demande, d’ailleurs, s’il est bien raisonnable de la souhaiter. Et en conséquence, même sous cet angle « pédagogique », l’acharnement contre les startups ne me parait pas justifié ...

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> Si on arrêtait avec les méchants faciles ?, Alfil, 26 février 2001

Bonjour,

Hurler avec les loups, c’est toujours facile. Dans le contexte présent, jouer sur les faillites des startups, pourquoi pas, chacun est libre de ce qu’il fait tant que cela reste dans les limites de la loi.

C’est autrement plus choquant quand ce sont les mêmes qui, aprés avoir joué sur la vague internet, aprés s’être porté candidats à des remises de trophés web (par exemple kasskooye et son net d’or)... jouent maintenant aux charognards par effet de mode. En effet, depuis mi-2000, de nombreux sites sur le thème se sont ouverts : vakooler, startupdown... Mais au temps de la splendeur des startups, silence radio...

Bref, les déchus du dotcom ont ils décidé de saborder le navire par vengeance ?

Alfil

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Moi j’aime bien le comique de répétition !
28 décembre 2000, message de Yobs
 

En fait, c’est un peu comme les blagues Belges, ça fait 15 ans qu’on en raconte et ça fait toujours rire.
Sauf que les Belges ils n’ont rien fait pour être ridicules, eux !
Plus sérieusement, maintenant qu’un exemple porté aux nues par les libéraux pur jus se barre en vrille,
au moment où le libéralisme devient plus une religion qu’une pensée économique, on ne va pas se priver de
leur taper sur la gueule, non ? Parce que, hors internet, depuis que le Nasdaq chute, c’est le silence
radio.
Pour finir, moi ce qui m’énerve c’est des pensées du style :

"mieux vaut se faire 5000 patates en raider que deux fois le SMIC pendant 35 ans sous les ordres
d’un petit chef".
Les gens qui ont fondé des startups ou qui y travaillent n’auraient pas travaillé
à la chaine (HEC a été un gisement de startupers, si je ne m’abuse...). La "nouvelle économie" permet,
encore plus surement que l’"ancienne", de creuser les inégalités. Mais j’oubliais qu’en France, tout le monde
est égaux... (doit y en avoir des plus égaux que d’autres !)

"ls entraîneraient le reste de la population sur la pente horrible de l’individualisme ? Outre
qu’on peut se demander si c’est une si mauvaise idée que cela...". On vit déjà dans une société individualiste,
la nouvelle économie n’a fait que glorifier encore plus cet état de fait. C’est aussi parce que je déteste
l’égoïsme que les startups font une cible en or !

Voilà pourquoi dans mon petit coin je continuerais à descendre en flamme tout ce qui ressemble à une startup !

Sans rancune...

Répondre
> Moi j’aime bien le comique de répétition !, lefayot, 28 décembre 2000

Bon effectivement, on peut continuer à se moquer des startups. Jusqu’à quand ? Quand il n’y en aura plus une seule, on continuera ? Quand il n’y aura plus de startups, l’internet sera (re)devenu plus libre ? Tu parles ! Le probleme, ce ne sont pas les startups, evidemment ; qu’elles soient là ou pas, le net marchand bouffe tout. Elles ne sont que des symptomes, des consequences ...
Ah bien sur, on peut continuer à se moquer des startups, c’est facile. Ca ne sert à rien, Ok ! C’est même contre-productif, parce que pendant ce temps là, les vrais acteurs (du web marchand) s’ebattent avec delice ...
Enfin, tu fais ce que tu veux ...

Répondre
> Moi j’aime bien le comique de répétition !, Yobs, 28 décembre 2000

Ah merde, je m’étais pas posé la question ! Mais lorsqu’il n’en aura plus, on
trouvera bien autre chose sur quoi raler. En vrac, les e-compagnies (rappelez vous, France Telecom,
formidable !), le libéralisme réel et non plus virtuel (coucou Madelin, Douste Blazy !). Le monde est
un vaste prétexte à rire (enfin parfois ça me désole, mais bon, je pense au Nasdaq, et ça va mieux !)

Tu as sans doute raison de dire que c’est peu constructif de se moquer des startups, mais tant qu’il
en restera, pourquoi pas ? Tu proposes de se moquer de qui, toi, au fait ?
L’idée de s’en prendre au système dont les startups sont issues n’était au demeurant pas mauvaise !

Yobs

PS : J’aime bien l’intervention de Marc, elle fait avancer le débat ;0)

Répondre


> Si on arrêtait avec les méchants faciles ?
28 décembre 2000, message de Spartakus Freemann
 

Yo lefayot !

A 86,256% d’accord avec toi... Si ce n’est ma haine du fric j’irais presque à 99,99% dans ton sens.

Les startups ne sont qu’une ruée vers l’or façon XXIe siècle... Beaucoup se ruent vers l’Eldorado, certains se font des tunes et beaucoup restent-ront sur le pavé à demander du fric aux surfeurs argentés.

Maintenant, les startups ne peuvent pas vraiment être coupables de la dérive de l’internet. Enfin, un peu, mais presque contre leur gré... Il vaut mieux se méfier des méga-bidules qui sortent des méga-fusions car là est le danger de voir arriver une pseudo-culture acculturante et vide de sens, un mercantilisme malsain basé uniquement sur la création de besoins ineptes et évanescents, une propagation de novlangue cyber-crétine visant à faire de nous des méga-idiots radoteurs.

Le coupable est plutôt à rechercher dans le diffuseur de culture néo-mondialiste (ouaw le con-con terme !) qui nous serrine la cervelle avec du matostype musik de grande surface.

Alors, mort aux startups ?

J’suis trop pacifiste pour demander ce genre de truc ;0)

A+
Spartakus

Répondre
> Si on arrêtait avec les méchants faciles ?, bhouton, 28 décembre 2000

J’ai effectivement haï les startupeux au moment de leur "splendeur". Maintenant j’éprouve plutôt une certaine sympathie pour ces gars qui ont réussi, inconsciemment pour la plupart, à profiter cyniquement d’un système. En ce sens, ils ont prouvé que le système et les personnes qui le défendent (les madelins et autres libéraux) est non seulement pourri mais d’une bétise inébranlable.

buck

Répondre
> Si on arrêtait avec les méchants faciles ?, Tiresias, 28 décembre 2000

Dans le même sens que les propos d’ici, on peut voir un texte dans les contributions aux assises de l’inms :
http://www.assises.sgdg.org/2000/preparation-assises00/contribs/JeanRembert-at1.html
Ceci étant, je ne suis pas certain que l’effet de renforcement d’un esprit de groupe de type ecole (si, si..)développé par la plupart des textes minirezo (qu’on est bien entre nous)soit favorable à la diffusion de nos points de vue. Ghetto ?

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> Si on arrêtait avec les méchants faciles ?, Marc, 28 décembre 2000

On attend avec le plus grand intérêt le brulôt que le courageux anonyme "le fayot" ne va pas manquer de consacrer aux "magouilles des opérateurs experts en mega-fusions". La critique est aisée, mais l’art est périlleux"... Alors arrêtons donc avec les méchants faciles et poursuivons avec les très méchants difficiles. Aux risques et périls de qui s’y aventurera. Bon courage donc, et à vous lire très bientôt je l’espère.

Marc

Répondre
> Si on arrêtait avec les méchants faciles ?, lefayot, 28 décembre 2000

Cher Marc,

Continue avec un argumentaire aussi puissant, et "Paris-Boum-Boum" va te faire un pont en or. Si je m’étais appelé "Raymond Barre" ou, mieux, "Paul Martin", je ne pense pas qu’on aurait appelé au "courageux anonyme". Belle formule (et élégante) en vogue dans les redactions de France et de Navarre. c’est dire ...
Serieusement, je ne vois pas très bien où j’ai profité de mon anomymat (ha ha !) pour discrediter quoi et qui que ce soit ...
Quant à faire l’enquête éventuelle sur les fusions, elle a été faite, et celle sur les fusiosn à venir est à faire par definition ...
Le probleme n’est pas tant de trouver un scoop que de renouveler un peu le genre ... On n’est pas journalistes, ni n’avons l’envie de le devenir (en tout cas, en ce qui me concerne) ...

Ta reaction est totalement disproportionnée, ce me semble ...

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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Ariel, 29 décembre 2000

Chers gentils,
Chers Arno, Yobs, Le Fayot and co,

Vous parlez de start up ? Mais de quoi parlez-vous ? Ce mot en novlangue a été porté par le cyber-crétinisme médiatique. Il ne signifie rien. Pas de sens. Pas d’imaginaire. Rions avec sérieux : les start up n’ont jamais existé que dans les fantasmes de journaleux à la courte vue, les obsessions d’investisseurs niais ou les rêves en dollars de jeunes chanteurs d’écoles de commerce. Il y en a des nazes, et beaucoup, de ces sociétés nées ces dernières années sur la vague des nouvelles technologies (car ce n’est que de ça qu’il s’agit). J’en ai vu, de ces choses menées par des petits paons à la cravate laisser faire laisser péter, ne pensant qu’à accumuler les tunes à force d’exploiter les cons et de breveter des concepts éculés. Et j’en ai aussi vu des respectables, de ces jeunes sociétés. N’est-ce pas plus risqué de choisir de mener sa propre aventure plutôt que de jouer au lèche-cul de gros requins ? Il existe même quelques rares jeunes sociétés qui tentent de créer un nouvel art de vivre autant qu’elles veulent assurer leur profit…

Attention : Amazon ou Yahoo ne correspondent déjà plus à la vague définition de la " start up ". Ce sont déjà des monstres, des petits Trance Félécom ou VidenVice.

Votre erreur vient par ailleurs d’un autre mot que vous employez à tort et à travers selon le dogme des caciques de bureau du Monde Diplo : libéralisme. Non, nous ne vivons pas dans un système libéral. Car j’associe le libéralisme à Tocqueville et à Montesquieu. À la culture et à la politique autant qu’à l’économie. Et à l’idée de contre-pouvoir. Mon adversaire, celui auquel je souhaite mettre un gros nez, ne s’appelle pas le libéralisme mais le tout économique qui dévore le monde de ses oukases. Le problème, c’est la tyrannie de l’économie et ceux qui incarnent cette tyrannie : les oligarques qui nous gouvernent, ces " Chiens de garde " justement, hommes de médias, hommes politiques ou nouveaux caïds de multinationales, que ne veulent voir que des rangs de consommateurs bêlants… Soyons provocateurs : ni Gates ni Messier, ni Madelin ni Ockrent ne sont des libéraux, ce sont des oligarques qui luttent pour préserver leur monopole.

Voilà pourquoi les démarches de Mandrake, de Red Hat ou de labels de zique indépendants tels Ninja Tune ou Naïve méritent salutation. L’important, qu’il s’agisse d’une start up ou d’un web indépendant, d’une association ou d’une petite boîte hors normes, sans horaires ni caporaux, tient selon moi à cette volonté de ne jamais mettre ses idéaux et ses rêves de changement dans sa poche. A toujours mettre le profit en second (sans forcément l’oublier). Question d’état d’esprit, de motivation et de cohérence. Savoir ce qu’on accepte. Savoir ce qu’on refuse.

Ariel

Répondre
> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, lefayot, 29 décembre 2000

Tiens, y’avait longtemps : le chef du département ’Cyber-Rebel Attitude’ de Vivendi ...
Pouf Pouf ...
Ok, c’est un peu facile (et c’est vraiment pas nouveau ; mais ça fait tellement du bien).
D’autant que - top miam-miam ! - tu dis des choses pas désagréables, mon petit chou en sucre et caramel fondu. Effectivement les startups, ça n’existe pas. Pour une partie des "alternatifs", c’est l’épouvantail, et pour les media, effectivement, c’est un truc créé de toutes pièces (le Timisoara du cyber), pour combler les vides de l’info. Remarquons d’ailleurs combien ces deux visions de la startup sont complémentaires.
Evidemment, le reste de ta contribution est pour le moins ... comment dirais-je ... powowienne.
Déjà, les société qui promeuvent un nouvel art de vivre, c’est un rare bonheur, un peu comme la rubrique sociologie de "Nova" s’il y en avait une. Miamm !
Ensuite, et c’est le plus bon, il faudrait arreter de dissocier liberalisme politique et liberalisme economique. Autant essayer de dissocier le goulag du regime soviétique.
Les deux liberalismes vont de pair. En particulier, le libéralisme économique ne peut s’épanouir parfaitement qu’au sein d’un liberalisme politique. Nous ne sommes plus au temps de Krupps faisant alliance avec les nazis. La maximisation des profits (qui est le fondement du LE) trouve son optimum dans le LP du fait de l’autonomie (autonomie dans la sphere marchande s’entend) des sujets. Tout systeme contraignant, voire dictatorial impose des entraves qui genent la formation exponentielle des profits.
D’un autre coté en LP, on peut se demander quel pourrait être le regime economique. Sachant que le LP (et LE) sont necessairement liés à l’individualisme, on peut se dire que la monnaie reste le seul symbole partagé au sein d’une société en decomposition avancée. D’où à terme le LE.

Donc, et si on veut être cohérent jusqu’au bout, il faut bien se demander ce qu’on veut. Et bien savoir ce qui fait partie du paquet cadeau. Alors s’imaginer qu’on puisse avoir en même temps un régime libéral-politique et tip-top sympa en matière economique, c’est un peu irresponsable ... et demagogique.

Répondre
> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Ariel, 29 décembre 2000

Lefayot, tu es trop facile. Tu te laisses aller et tu te contredis. D’un côté tu dis : arrêtons de frapper sur cette généralité abstraite que d’aucuns appellent start up, et de l’autre, lorsque j’explique qu’on peutparfois trouver des gens respectables au sein de certaines de ces boîtes, des individus qui ne pensant pas qu’au pognon, tu caches ta tête de haricot sous le masque anti powow qui sied si bien à qui refuse d’écouter et n’aime rien tant que la mise en case de ses contradicteurs.

Là, tu vois, je ne parle pas idée mais expérience. Prise de risque. Powow n’étant que ça : une jolie provocation parmi tant d’autres qui a permis à ma boîte (de trois personnes sans horaires ni caporaux justement) de gagner un peu de tune sans jamais prendre directement à Vivenduche, et en gardant la tête sur les épaules, tunes qui me permettent d’écrire comme toujours, de gigoter à France Cul ou de filer quelques deniers à mes amis de la Zelig Conf. Il serait intéressant, un jour, d’analyser ses zozos à pseudo, donneurs de leçoons de morale qui n’aiment rien tant qu’identifier les débatteurs pour les éliminer non pour ce qu’ils disent mais l’étiquette qu’on leur colle sur le nez.

Quant au libéralisme, en te lisant, je ne crois pas que tu ais lu Tocqueville ou Montesquieu. Comme tu as dû mal me lire. Tu penses trop en termes de systèmes. Trop abstrait mon coco. Dans le réel, ce sont les gros qui font chier : les multinationales, les banques mais aussi l’Etat et ses administrations. Les grosses structures irresponsables (pas les gourmands, tu m’as compris, toi qui ne mange que des fayots), et leurs chefs, énarques et autres pantins des médias. A la République de Platon, le préfère la démocratie selon Castoriadis. Une conquête de tous les instants, une nécessité de se positionner en virus, en moustiques de ces grosses bêtes. Un appel au contre-pouvoir, à la résistance plutôt qu’à la facilité des grands mots et des crises de larmes auprès de l’Etat, qui devrait revenir aux sources de ce qu’est un service public plutôt que d’aider les intérêts financiers. Linux est un service public. Et nous devrions pouvoir chosir de ne pas filer d’impôt pour l’armée, quitte à en filer le triple pour l’éducation.

Je ne confonds pas libéralisme politique et économique, je m’attache au sens des mots. A leur histoire. Pas aux fabrications de jounalistes de quelque bord que ce soit. Et tu oublies d’ailleurs le libéralisme culturel à ce petit jeu. Lorsque je parle des oligarques, de tyrannie des marchés, ou de tyrannie de l’économie, c’est du concret, cela peut se vivre au jour le jour, en refusant d’acheter des actions, en détournant des budgets pour des idées, en glissant du sens et du non sens là où on te demanderait d’obéir. J’aimerais bien que tu puisses comprendre ça, mon cher péteur qui se complaît dans la polémique.

Bises

Répondre
> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, lefayot, 29 décembre 2000

Mon pauvre Ariel !

Je ne vais pas te saouler avec powow, tu t’es déjà bien assez fait fessé ici.
Et puis soit gentil, evite de te poser en victime. On n’est pas dans Marianne, ici. Et si mon anonymat te pose probleme, je t’envoie mes noms et adresses par mail, comme ça on pourra organiser un duel au petit jour. Et tu pourras ainsi demander reparation pour ton honneur souillé.

Je vois d’ailleurs, que discuter avec toi est une remarquable perte de temps (et pour ce qui est de Tocqueville et Montesquieu, je te conseille autre chose que la version bibliothèque rose). Puisque le fond de ta pensée sur le libéralisme se résume en la lutte du petit contre les gros (les oligarques ; brrrrr !), je te conseille d’aller bosser chez Ayache (apres Vivendi, quel top !) qui saura apprécier à leur juste valeur la puissance de tes analyses.

Pour le duel, t’oublie pas, hein ??!!

Smackous

Répondre
> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Ariel, 29 décembre 2000

Cher Pétomane adoré,

Je t’aime. Si si. Tu es sans doute un peu dur de la feuille, mais ton art de la caricature grotesque n’a d’égal que ta gangue de camé-léon.

Vraiment, tu es fortiche : juger d’une pensée sur quelques lignes de débat, ça c’est plus fort que du Ayache, c’est du Paris Match. Le poids des beaufs, le choc des popos.

Si tu souhaites lire mes oeuvres complètes afin de voir si j’ai le niveau pour Ayache, pas de pb, je te les envoie. En attendant, je te suggère ci-dessous le papier que j’ai gratté pour uZine, "La Musique en ligne ? Un service public". Et ce sera avec un immense plaisir que je dégusterai à ce sujet tes pets d’ironie. Tu possèdes à un niveau remarquable le talent de ne jamais répondre sur le fond (mais y en a-t-il, du fond ?). Mais je constate que tu es humain, et que la question du pseudo te chatouille le poil de fesse. Tu es d’une facilité... Pire que ceux qui critiquent les start up. Mais bon, j’aime ta plume d’aamour tendre. Au moins, tu fonces.

Décidément, les débats d’Uzine m’amusent. Et je remercie papy powow pour m’avoir permis de tomber sur ta pomme ( ;-)). Alors, en ce qui concerne le duel, c’est avec plaisir que j’accepte : lancer de café au lait ou de riz basmati avec raïta, que préfères-tu ? On en parle par mail, histoire d’arrêter d’ennuyer les lecteurs.

Bises à tous

 
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c’est pourtant simple, inkie, 19 novembre 2003

Excusez moi mais rien ne m’irrite tant que cette suite stupide et litanique de titres égaux et pareils.

Quand dans un forum on voit 30 fois "les start up n’existent pas, le libéralisme non plus", je vous assure que ca ne donne pas envie de lire.

Alors qu’il est si facile de "casser" la chaine en modifiant simplement l’en-tete du message (comme je viens de le faire avec habilité et espieglerie).
ca ne sert a rien mais c’est plus joli et vous conviendrez avec moi que l’esthetisme est la valeur refuge de ce debut de siecle, non ?

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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Fab, 29 décembre 2000

C’est marrant : les mots s’alignent mais leur intelligibilité est toujours volage, voire se moque de leur auteur. On pourrait par exemple se demander si « ce forum est une oeuvre libérale ou bien libertaire ? », et risquer quelques pistes de réflexion, basées sur des arguments d’Ariel et de Lefayot (alternativement, bien sur).
Mais à quoi bon. Voyez comme un argumentaire, si bien ficeler soit-il, déclenche inévitablement les insultes.
J’aurai écris : le liberalisme ? Il a beau ne pas exister, c’est quand même un sacré sot.
D’ailleurs, « On est un con », c’est connu. Et « On » c’est Ariel, Lefayot, moi, José Bové, Alain Minc, Pierre Bourdieu, François Pinault, Georges Soros, Cornelius Castoriadis... (j’aurai continué comme ça).

La preuve que je suis un con : je continue. Quelques lignes supllémentaires pour montrer à quel point.
Je suis publicitaire (Vous voyez, je vous l’avais dit). Je travaille pour des cinémas d’art et essai indépendants, des magasins bio et des éditions pour enfants. Et c’est tout. Je pourrais tenter de décrocher des budgets comme la mairie d’Orange, de Toulon, ou le conseil région de Laguedoc Roussillon... mais bêtement, je me dis que ma connerie augmenterait à mesure. Je préfère supporter le dogmatisme arrogant des gens avec qui je travaille (client chez nous est un gros mot). Et vu que je suis vraiment très con, j’imagine que même sectaires et cyniques eux aussi, ils sont forcément parfois perméables au débat. C ’est maso !

Le cynisme des libertaires étant en tout point identique à celui des libéraux, des trotskistes ou des Raëliens...
je vous propose de poursuivre ce forum en tentant de répondre à la question suivante : et si les pires méchants étaient les gentils ?

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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Ariel, 29 décembre 2000

Cher Fab,

Je me demande effectivement si, débatteurs d’Uzine, nous ne sommes pas tous à la fois "gentils" et "méchants".

Tu l’auras compris, quelles que soient les provocations auxquelles "on" se laisse trop vite aller, il n’y a guère parmi nous que des libertaires, des "anti-mondialistes", des écolos technos ou des oiseaux à la gauche de la gauche parmi nous... Et c’est normal, car un libéral pur sucre, à la Guy Sorman, ne se pose guère nos questions. Pour nous, le monde marche sur la tête, il devrait être à revoir, à reconstruire, alors que pour lui "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles". Sorman ou ses sbires peuvent se permettre d’être cohérents. Tout gentils ou tout mauvais, c’est selon les opinions. Ils sont du bon côté du manche, le droit. Nous nous sentons du mauvais côté, le gauche. Ils tirent le maximum du système capitaliste, et sont convaincus que leur égoïsme sert l’économie, sachant que pour eux l’économie EST la société. Nous aussi, nous devons frayer avec le système capitaliste pour vivre, faire vivre notre famille et nous faire plaisir si possible, mais c’est pour nous une sévère obligation, et nous ne pouvons gagner du flouze qu’avec ce que nous savons faire... Nous sommes donc condamnés à l’incohérence, quitte à le faire selon une éthique ou une esthétique que nous choisissons, en tentant de rester fidèles à nous mêmes, comme tu le fais visiblement. En choisissant nos compromis pour éviter toute compromission. Quitte, aussi, à nous réserver des espaces de parole, de liberté et d’utopie concrète, espaces sans la moindre question de profit financier, tel Uzine. Et c’est bien pourquoi il est dommage, sous le registre de l’ironie et de la polémique, d’en arriver à la teneur de nos échanges précédents avec l’humoriste fayot.

Notre horizon, c’est peut-être de penser notre vie et de vivre notre pensée, ce qui n’est pas une maxime cynique vulgaire, mais une phrase de Diogène, cynique philosophe.

 
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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Fabrice Massé, 30 décembre 2000

Merci Ariel pour Kozen.
Mais je voudrais revenir au sujet du forum brievement : « si on arrêtait avec les méchants faciles ». Pour être plus clair que lors de ma première intervention, et contribuer finalement plus activement à la recherche d’une réponse à la question.
L’initiateur de ce forum semble lassé des débats auxquels il participe. Et c’est cela qui est touchant. On s’identifie, on compatit à sa frustration : l’impression de tourner en rond lorsque défilent les vocables en -isme et s’emportent les intervenants comme dans une théraphie de groupe. On voit quels effets inattendus peuvent avoir ces exorcismes publiques !

J’étais hier soir voir un documentaire sur Bourdieu. La salle était comble. Le « débat » qui s’en est suivi avec Loic Wacquant (un sociologue Pom-Pom-Boy de Bourdieu), était l’archétype de ce qui nous lasse de plus en plus : des experts, sincères citoyens, qui prennent le pouvoir médiatique, arranguent les foules et insitent à réagir en cupabilisant ceux qui n’en ferait rien (Raisons d’Agir est sa maison d’édition) contre la mondialisation, le liberalisme, etc, etc...
Voilà un cas difficile. Car, Bourdieu de Bourdieu ! son constat est diablement juste. Mais sa seule proposition a fait rire toute la salle, qui pourtant lui était toute acquise : (Lors de sa visite au Val Fourré, Mantes-La-Jolie) - « Moi, je pense que l’idée d’un mouvement social c’est la seule façon de... Tant qu’on brûlera des voitures, on enverra des flics ! Il faut un mouvement social qui peut brûler des voitures mais avec un objectif. ».

Pourquoi l’électorat n’est-il pas 100% à gauche ? Car la lutte contre les inégalités, la solidarité, sont les engagements les plus politiquement corrects. D’ailleurs, quand on me demande où sont mes opinions politiques, je réponds : extrême gauche (ça impressionne !).

Ainsi je pourrais mobiliser : « Non à la pauvreté, pa-trons en-cu-lés, Sida caca,... ».

Pourtant, laborieusement, désespéré, épuisé par les échecs, il me semblera toujours plus efficace de défendre de véritables propositions. Car je crois que la démocratie est un pouvoir qui se partage... avant qu’il ne s’arrache (Ariel, ne cherche pas : c’est de moi !)

Alors oui : « arrêter avec les méchants faciles » est une excellente idée ! Les méchants faciles sont tout aussi sôts que nous, mais nous sommes les plus nombreux ! Ils cèderons à notre pression. Mais « de velour », la révolution fera toujours moins de morts dans nos rangs.

Défendons la décentralisation (parlementarisation des communautés de communes et des régions : de véritables débats, institutionalisés, protégés, doivent se tenir à côté de chez soi, et les médias seront forcés d’en rendre compte, sans quoi ils perdront leurs lecteurs), l’écologie (sans naïveté, voilà un dogme sans -isme et sans référent directe à l’économie ! de plus il pourrait être merveilleusement efficace contre les effets de la mondialisation), la tolérance zéro (on prévient qu’à terme, on ne pourra plus circuler sans casque, boire et conduire, faire de l’abus de biens sociaux... car la sanction sera appliquée pleinement. Cela réduit les inégalités face à la loi et déminue radicalement toutes les délinquances) ; défendons le revenu minimum pour tous (à 4500 F aujourd’hui, y compris pour les prisonniers ; le système carcérale étant d’ailleurs à réinventer), défendons la poursuite de l’allègement des charges pour les petites entreprises et le renforcement des droits syndicaux et des avantages sociaux pour leur(s) salarié(s), ...
Quant aux mille propositions qui ne sont pas arrivées jusqu’à moi, pourquoi ne pas les collectées dans une rubrique spéciale de Uzine2 ? Rien que du concret : de la politique-digest pour politicien de base, du prêt-à-voter pré-débattu pré-sondé pré-référendé.

James Tobin déclarait au Monde en fin 99 : « l’économie américaine est très proche de l’économie idéale ». ça m’a fait bien rire. Allez ! A l’attac ! Sus aux gentils difficiles, ils sont plus dignes d’interêts. Non seulement on rigolera plus mais ils ne nous en voudrons même pas. Et pour nous le prouver ils se fendrons sûrement d’une proposition ou deux à mettre dans notre liste.
Tient ! Pour cette rubrique, j’ai un nom : Chicxulub. C’est un site au Mexique, le cratère d’une astéroïde dont l’impact, à la fin du crétacé, a anéanti les dinosaures !

Fab

 
en ligne : PLPL
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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Ariel, 4 janvier 2001

Sur le fond, je suis d’accord avec ton analyse et ta proposition. Deux nuances néanmoins :
- ton propos suppose que les gens d’uzine et autres décalés politiques soient prêts à passer de la critique à la construction, ce qui ne me semble pas toujours le cas ; lefayot, pour ne citer que lui, se pose d’abord en critique radical, maximaliste, et non en constructeur ou reconstructeur d’une autre réalité, d’une autre vision du monde ;
- ensuite, reste la question du programme de mesures. Devons-nous suivre l’ensemble du programme ou pouvons-nous nous agréger à tel ou tel aspect de la chose ? Penser des groupes de réflexion et d’action ouverts et multiples sur des points concrets... (Je suis adhérent d’Attac, mais j’ai du mal à me retrouver dans toutes leurs prises de position, trop caricaturales à la Monde Diplo bien souvent... alors que faire ?)

En ce qui me concerne, je te suis par exemple sur l’Allocation universelle (qui mériterait de nombreuses réflexions sur Uzine) mais moins sur la tolérance 0, qui me semble dans l’ordre de ce que j’appelle la société hygiéniste qui m’horripile. Lorsque je mange un Langres au lait cru avec un verre de Bourgogne, je prends un risque et tant mieux, et je l’assume contre les vendeurs de lyophilisé... Cassons les OGM, certes, mais préservons une part de risque, à condition de la choisir, de prendre notre boeuf chez un boucher qui carresse sa bête, qui la connaît, ou que nous pouvons nous-même connaître... La notion de proximité me semble plus riche que celle de tolérance 0, trop moralisatrice.

Débattre ? Oui. Construire ? Oui. Mais sans devoir adhérer à un parti. Tout est à réinventer en matière d’action collective. Enfin, je crois que l’on peut construire, par une opposition à l’inacceptable, dans le cadre de son taff... Mais c’est une autre paire de manche...

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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Fabrice Massé, 13 janvier 2001

Merci pour cette réponse, Ariel.
Permets-moi juste un retour sur les propos de Lefayot, puis je réponds à tes nuances.

« Le libéralisme économique ne peut s’épanouir parfaitement qu’au sein d’un liberalisme politique » ecrit Lefayot.
« Liberalisme économique » est un pléonasme, tout comme le liberalisme politique est une doctrine et fait l’amalgame. Entrainant fort logiquement, mais abusivement, la réaction « anti-liberale » de la gauche. Rejetant dans le même sac toute ses icones (ne parle-t-on pas notamment de la « Tyranie de la communication » ! , alors qu’ Albert Jacquart, homme de gauche plus raisonnable rappelle que la vie est communication ?), les militants de gauche altèrent leur message.
Car en effet, par définition l’économie est libérale, y compris si « un systeme contraignant, voire dictatorial impose des entraves qui genent la formation exponentielle des profits. ». Puisque seule l’offre et la demande en compose le concept. Règles, lobbying et contraintes s’imposent tantôt plus à l’une, tantôt plus à l’autre et toujours aux deux.

Ainsi l’ « autonomie dans la sphere marchande », est une formule intrinsèquement absurde. Marché et sphère étanche sont antinomique ! L’autarcie, c’est l’entropie.
De même, dans « la formation exponentielle des profits » ce qui gêne, c’est l’ambiguïté du terme profit. Autrement dit, si l’on lui substituait le mot « progrès » ou « partage », le problème serait résolu. En paraphrasant Brassens, disons que l’argent ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con. Combattons donc les égoïsmes par des réformes ou des révoltes, mais évitons la sémantique trop connotée, car on la prendra pour de la nostalgie (« Système contraignant, dictatorial, goulag, regime soviétique, société en état de décomposition avancée, épouvantail pour les media... »). Et dans ce cas, à partir de quel coefficient familial sera-t-on suspect ? Quand les trains repartiront pour l’enfer, le record des 80 millions de morts sera-t-il battu ? Pour débattre, il faut admettre qu’on aura tort.

Tiresias disait précédemment : « Ceci étant, je ne suis pas certain que l’effet de renforcement d’un esprit de groupe de type ecole (si, si..)développé par la plupart des textes minirezo (qu’on est bien entre nous) soit favorable à la diffusion de nos points de vue. Ghetto ? »
Ces propos sont-ils une réponse ?

— - Respiration ---

Ariel, tes nuances...
J’aperçois de ma candeur, car me voilà bel et bien embarrassé pour apporter des éléments plus concrêts ! Néanmoins...
Tu me demandes : « Devons-nous suivre l’ensemble du programme ou pouvons-nous nous agréger à tel ou tel aspect de la chose ? Penser des groupes de réflexion et d’action ouverts et multiples sur des points concrets... »

D’abord, suivre un programme, en politique, cela m’effraie. Proposons donc plutôt en effet différents départ de discusion, une petite liste de mesures sur ce forum (sur Powow, je te laisse faire), puis laissons le débat naitre autour de chacunes. Que cela finisse par donné un programme crédible, cohérent, ne me semble pas un objectif nécéssaire. Mais, cela pourrait être une rubrique : vous avez un programme politique ? Diffusez-le ici !

Quant aux premières propositions, il faudrait en effet les collecter... Lefayot, avez-vous une idée ? (le vouvoiement, c’est à cause du pseudo : originellement militaire, ça met des distances)

Fab

PS. Le Monde Diplodocus me lasse aussi... mais la taxe Tobin, ça semble excellent. Pour ce qui est du fromage de chèvre, évite ceux du marché, et pour le boucher du coin si tendre avec ses vaches, demande lui celles de l’aubrac ou de la camarguaise.

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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, lefayot, 15 janvier 2001

Cher Fab.

Ton intervention est certes judicieuse, mais je ne vois pas très bien où tu veux en venir.

Je disais assez simplement :

- Le lien social, tel que nous ne connaissons, est en voie de disparition.
- Le seul symbole de reconnaissance qui demeure est l’argent.
- L’économie de marché présuppose le libéralisme politique ou l’individualisme en tant qu’idéologie partagée.
- De tous ces éléments, on peut en déduire que dans ces conditions, l’économique du « chacun pour soi » a de beaux jours devant lui (exemple typique : les start-ups).

Le vrai problème c’est que personne (à commencer par moi) ne tient à mettre à bas le libéralisme politique. Et d’ailleurs par quoi le remplacer ?
Effectivement la rhétorique utilisée (par moi-même) peut sembler un peu « rude », mais il faut parfois appeler un chat un chat. Le profit par exemple, c’est simplement le bénéfice que l’on fait en produisant et vendant un objet ou un service. Il n’y a rien de magique là dessous. Simplement, à priori rien ne s’oppose à ce quelqu’un décide de maximiser ce bénéfice. C’est d’ailleurs le but de l’opération, non ? Pourtant jusqu’à preuve du contraire, cette maximisation a tendance à se faire au détriment d’autrui, malgré les phénomènes de trickdown effect.

C’est relativement nouveau. Dans les années 30, l’industriel américain JP Morgan (qui était loin d’être un bolchevique) estimait qu’un patron ne pouvait pas gagner plus de 10 fois le salaire d’un ouvrier au plus bas niveau de la hiérarchie.
Actuellement, une telle limitation, serait considérée comme une atteinte intolérable à la liberté individuelle, et à une immixtion tout aussi intolérable de l’état ou tout autre représentant du peuple(des gens, disons).

Dans les années 80/90, des sociologues du MAUSS avaient proposé d’instaurer un salaire maximal tout comme il y a un salaire minimal. En dehors des problèmes pratiques évidents, cette proposition serait-elle bien reçue, même dans les couches relativement modestes de la population ? On peut en douter ; structurellement, le libéralisme politique ne connaît pas la notion de limite, de contrainte.

Alors quoi ? On ne doit pas jeter le bébé avec l’eau du bain ? On pourrait peut-être décider de ne garder que l’eau du bain. Pour une fois.

Je n’ai pas spécialement de solution. Je me suis contenté de pointer une contradiction fondamentale. Et la réponse démagogique (et bien adaptée au libéralisme) qui consiste à dire qu’il vaut mieux accompagner le mouvement en essayant de l’aménager au mieux, ne me convainc pas le moins du monde.

Quant aux actions pratiques, elles ne manquent pas (salaire maximal, taxe Tobin, ...). Le tout est de les appliquer ; et de faire preuve de coercition ...

Fonder un nouveau parti politique ? Notre monde est déjà bien assez saturé de médiateurs de tout poil de plus en plus parasitaires dont la légitimité va décroissant. Quand on voit ce que sont devenus les verts depuis leur entrée au gouvernement, on ne peut être que dubitatif (d’ailleurs les verts sont les alliés objectifs des nouvelles classes montantes, mais c’est un autre débat).

L’important est peut-être de ne plus accorder sa voix à n’importe qui, n’importe comment, en cédant au chantage d’un fascisme à venir. D’un autre coté, comment ne pas songer à La Boetie ?

Tout cela n’est guère optimiste, ni positif, je le concède, mais n’ayant rien à vendre à qui que ce soit, je peux me le permettre.

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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Fabrice Massé, 20 janvier 2001

Cher Lefayot,

Où je veux en venir ? En effet, grande question... Je crois que la discussion, le débat peut-être, est possible même avec le diable, car c’est la seule façon de rire ! C’est l’ optimisme qui doit porter vers les utopies, car « A trop craindre le mal, tu risques de te perdre » disait le roi à Mme de Maintenon dans le film St Cyr. Je t’en recommande la cassette. Y verras-tu ce que j’y ai vu ?

J’en doute : les mesures coercitives, pour leur bien, employées par Mme de Maintenon pour éduquer ses jeunes filles ressemblent tant à celles que ta nostagie appellent.

Fab

Ps 20 janvier 2001, Georges Bush entre à la maison Blanche : faisons plutôt ensemble de cette journée "la journée internationale contre la peine de mort."

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> Les start up n’existent pas, le libéralisme non plus, Ariel, 21 janvier 2001

Cher FAB, je ne puis qu’adhérer à tes propos (ce qui fera sourire certains, vue ma proche connaissance d’un certain diable que je tente de tenir à distance), et ce quelle que soit ma sympathie pour lefayot, que je salue au passage.

On ne lutte pas contre des prisons en créant des cellules.

Non, je n’aime pas combattre sans sourires, et sans mettre au défi du terrain mes idéaux, et c’est pourquoi je préfère les grandes fêtes et les lancers de tarte à ma crème de mon pote Le Gloupier aux groupuscules bavards et tristes. Ou au solipsisme critique. A la simple masturbation intellectuelle.

Préservons un espace de liberté sans question d’argent. Défendons y en collectif en tant qu’individu des propositions iconoclastes. Veillons à nous nourrir et à nourrir nos familles sans avoir le sentiment de nous compromettre. Et rions. Fort. Pétons à la face des puissants quand nous en avons l’occasion dans notre espace de liberté. Et, dans notre espace alimentaire, ne mangeons jamais dans leur main sans avoir au préalable établi avec eux un contrat honorable.

La limite de tout ça, c’est la différence entre un optimisme lucide et un pessimisme actif. J’ai le sentiment que FAB et moi sommes de la famille des optimistes lucides, et lefayot des pessimistes plus ou moins actifs. De fait, reconnaissons-le, si nous agissons, si nous souhaitons construire, c’est aussi par égoïsme, même si cet égoïsme ne peut se passer d’un certain altruisme, d’une volonté de changer la société, de crier, d’écrire ou de manifester, de participer à quelque aventure, même si parfois, au fond de nous-mêmes, nous nous demandons si tout cela est bien utile, et s’il ne vaudrait pas mieux fuir plutôt que de tirer l’épée créative, comique et collective contre le monstre tentaculaire, ses Morlocks (les méchants) et ses Eloïs (les esclaves) à la HG Wells.

Bisous à tous

Ariel

 
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