racine uZine

Dans la même rubrique
Ma start-up est formidable
28 septembre 2001
15 janvier 2001
 
jeudi 28 décembre 2000

J’ai touché mes stock-opchiones. J’suis heureux !

Comment on se fait avoir en gagnant des sous !
par Spartakus Freemann
 
Chouette, le marché va bien, ma boîte fait des bénéfs monstrueux, les investisseurs s’en mettent plein les fouilles ET je touche mes stock-opchiones... Le bonheur Kapi-libéral intégral, quoi !

Ce matin, j’ai reçu la Bonne Nouvelle de Saint Kapital : on peut exercer les stock-opchiones (stock options pour les puristes) gracieusement offertes par notre Gracieuse Majesté « Ze Kompani ». Ah, quel sentiment de puissance, quelle énergie en flux tendus, que d’espoirs mercantiles, que de possibilités dépensatoires en perspectives ! Un peu fauché ces derniers temps, je me sens à nouveau un Être de Lumière Libéral, j’ai vraiment le sentiment d’appartenir à la klass e-Bourgeoise. Que faut-il de plus pour être heureux que de se sentir un « Homme en Pleine Possession de ses Moyens Economiks » ? Je vous le demande ?

Et bien, justement, est-ce vraiment le bonheur ? Réfléchissons un instant à l’impact d’un épiphénomène pourtant révélateur du Nouveau Marché Mondialisé et Tout-Puissant.

Tout d’abors, qu’est-ce qu’une stock-opchione ? Ben, pour faire simple, le droit d’acheter dans le futur des titres d’une société X à un prix déterminé aujourd’hui. Cet exercice est subordonné à certaines restrictions : prix d’exercice (on ne peut exercer que si le titre atteint un certain cours) ou date... Le jour où l’on peut enfin exercer ses stock-opchioches, soit on décide d’acheter les titres soit on profite de son droit d’exercice pour réaliser une plus-value, bref se faire du flouze vite fait, bien fait.

Prenons le cas où l’employé préfère gagner du pèze, il achète donc les titres au prix fixé au départ, disons 10 patates, et on les revend au même moment au cours d’aujourd’hui, disons 20 patates. Le bénéf : 10 patates (hors frais de bourse). Belle plus-value !

D’où vient la plus-value réalisée par celui qui exerce ses opchiones ? Du Marché, de la Bourse, des Investisseurs... Bref de mecs qui aiment bien « Ze Kompani » et qui ont fait grimper le prix du titre. Pourquoi aiment-ils « Ze Kompani » ? Simple, « Ze Kompani » fait du fric, restructure, liquide du personnel et réduit ses coûts ! Zats ze competitivenesse...

L’avantage pour « Ze Kompani » d’octroyer ce genre d’opchione. Et bien si on regarde ce que coûte une stock-opchione à « Ze Kompani », on se rend compte qu’en définitive, ça lui coûte nada, kedalle, rien ! C’est le Marché qui paye. Tout bénéf pour « Ze Kompani » qui obtient du Marché qu’il rémunère ses employés obéissants et libéralisés. Faudrait être fou pour donner des augmentations salariales ou des avantages non déductibles à ce compte.

L’avantage pour le salarié ? Ben, il reçoit une prime que jamais son patron n’aurait accepté de payer. Vous connaissez des patrons pêts à verser une prime équivalente à 1 an de salaire ? Moi non, sauf dans les bouquin d’ékonomik-fiktion... Et encore.

Dans l’autre cas de figure, l’employé décide de garder les titres en exerçant ses stock-opchiones. Dans ce cas, il achète les titre au prix d’émission. Si le titre vaut 20 patates aujourd’hui, il ne paye que les 10 patates déterminés au moment de l’émission des stock-opchiones. Par ce système néo-libéral, il est propriétaire de titres qui valent 20 patates alors qu’il n’en débourse que 10. Ici, la plus-value est latente car l’employé ne pourra dégager de profit que le jour où il revendra ses titres. ainsi, il peut attendre en espérant une plus grosse plus-value dans le futur ou bien, encore, il préfère les titres pour devenir actionnaire de sa boîte. Il peut alors se glorifier d’être à la pointe du développement humain en investissant ses stock-opchiones dans « Ze Kompani ». Il peut être fier d’être l’archétype du salarié-boursikoteur du XXIe siècle. Ze pieds kwa, plus besoin de se sentir lésé par l’avancée fulgurante de l’e-conomie et on peut se sentir enfin inclus dans la société néo-libérale kapitalistike mondialisée.

Mais, en disant que le Marché paye cette fameuse prime, ne cherche-t-on pas à se fermer les yeux pour ne pas voir l’horrible vérité ? SI, car le Marché ne bouge son gros cul que s’il flaire la bonne affaire. En l’occurrence, si « Ze Kompani » réduit ses coûts en envoyant balader quelques-uns de ses collaborateurs les moins « proactifs » (terme de culture d’entreprise qui signifie qu’on est un super-employé type robot surproductif) ou en délocalisant dans des pays plus libéraux au point de vue social, des pays démocrates-mondialistes comme la Chine, pour ne prendre qu’un exemple. Et, ainsi, qui paye en définitive ? Le pauv’ salarié car c’est sur son dos tordu par le dur labeur qu’est basée l’affection ou la désaffection du Marché.

Mais en fait, posons-nous maintenant cette question, qui est derrière ce fameux Marché béni, éternel prodigue de ses bienfaits ? Si l’on prend le plus significatif, et le plus évolué en terme libéral, des Marchés, les States, on voit que la majorité du marché est dominé par les Fonds de Pension, donc, en définitive par l’homme de la rue qui y place ses petits ronds de chapeaux afin de vivre juste au-dessus du seuil de pauvreté la retraite venue. Donc, qui pousse la machine boursikotière à peser sur la politique des « Kompanis » ? Vraisemblablement les salariés desdites « Kompanis » via l’action des Fonds de Pension qui investissent au gré de la santé des « Kompanis »... Si une Kompani liquide 10 000 guss pour faire des économie, il est vraissemblable que les coûts diminuant, les dividendes potentiels augmentent et donc, le titre de cette Kompani devient plus attractif pour le Marché qui se met à acheter et donc à faire grimper le cours du titre. Ce cas de figure est très courant : Renault liquide une usine en Belgique alors que les bénéfs étaient déjà pharaoniques. Mais pour faire plaisir à ses actionnaires et attirer encore plus d’investisseurs, on ferme en Europe pour relocaliser ailleurs où le coût de la main d’oeuvre est meilleur marché. Et je suis certain que beaucoup d’ouvriers et d’employés de Renault investissent au sein même de Renault... Le symbole du serpent qui se bouffe la queue, vous connaissez ?

Ce qui est marrant, c’est que je viens de recevoir un beau p’tit pli de mon Saint Patron adoré... « Private & Confidential » qu’il est marqué... Me demande ce que ça peut être...

 
 
Spartakus Freemann
Imprimer
format impression
Anargnostik ézooccultisant
 
SPIP
Web indépendant


> J’ai touché mes stock-opchiones. J’suis heureux !
20 septembre 2005, message de asticket
 
j ai survole cet article et je ne suis pas sur d avoir tout compris mais je dois dire que mon interet a vraiment ete capte et le langage utilise me seduit ;je dis bravo
Répondre