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Sex and surf and mp3

L’an 2000 est mort, il était temps

Liberty Surf, producteur de sens
par Bidet Casserole
 
Liberty Surf vient de changer de propriétaire, est-ce important ? Je n’ai même pas envie de le savoir. Mais penchons-nous un instant sur les idées défendues par cette entreprise « révolutionnaire », du moins telles qu’elles apparaissent dans les publicités de cette marque.

Maximilien, Pancho, Vladimir, Ernesto, Mahatma... ils sont venus, ils sont tous là... leur loft céleste a une déco impeccable, un petit peu années 80, mais ce n’est pas le sujet. Ces cinq là ne sont pas venus pour nous réciter des textes de Desproges ou nous commenter les litanies de Jean-Pierre Gaillard (le méchant facile qui psalmodie les invocations au marché sur France Info). Non, ils viennent juste apporter leur caution d’icônes. Robespierre, Villa, Lénine, Guevara, Gandhi... qui se souvient encore de ce qu’ils ont dit ? C’est pas grave, la civilisation de l’image les a vidés de tout sens... ils ne sont là que pour donner une apparence de contenu à la démarche de Liberty Surf. Pour ceux qui auraient loupé ce monument de la publicité internet, qui a fait l’objet de plusieurs vagues de diffusion en l’an 2000, le discours est simple : toi ami presque jeune (les vrais jeunes ne savent pas qui sont ces 5 personnages) participe à un grand truc super qui s’appelle la révolution. A la fin on te dit même qui est le vrai distributeur officiel de la révolution, en l’an 2000, il s’appelait Liberty Surf.

Avant d’en arriver là, nous aurons eu quelques précisions sur la nature de cette révolution. J’espère d’ailleurs que le rédacteur qui a osé faire dire au sosie du Che « l’accès pour tous au savoir, au commerce... » a fait don de six mois de son salaire aux œuvres de son choix pour se remettre la conscience d’aplomb. Saluons tout de même sa performance, en même pas 10 mots, il a réussi l’un des plus formidables concentrés d’idéologie douteuse de ces dernières années.

Le commerce rend libre (Kommerz macht frei, pour rester dans un registre primaire et outrancier)

Déjà, affirmer qu’internet est une révolution parce qu’il permet l’accès de tous au savoir est une vaste tentative de mystification. Même le plus désabusé des pédagogues, usé par 18 ans de LEP, reconnaît encore que le premier pas vers la connaissance c’est de vouloir apprendre, puis de savoir trier les informations. Ce n’est donc pas en distribuant l’Encyclopedia Universalis aux supporters du PSG que tu vas les tirer de leur marasme. Internet n’est pas un ascenseur, juste un amplificateur des compétences de base et en plus, ça marche beaucoup mieux pour la connerie. Si tu es déjà con (le cas d’environ 100 % d’entre nous, d’après nos voisins) tes tendances les plus mauvaises vont s’épanouir grâce au réseau.

D’après les moteurs de recherche, la révolution est en bonne voie, elle se fera dans le plaisir virtuel et en musique. En effet, sexe et mp3 sont les deux mots de l’année écoulée.

Seuls les mieux rodés aux méandres de la recherche arrivent à tirer un vrai savoir supplémentaire de ce réseau, les autres visitent 20 sites au contenu quasi identique, plutôt superficiel et de toute façon sans grand intérêt, puisque consacré aux mp3 de Britney Spears ou aux photos de Britney Spears. Donc, après cette tentative de passe-passe sur le thème de l’accès au savoir, qui sert encore une fois de tête de gondole destinée à attirer le client, on en arrive à la « vraie révolution » d’internet, l’accès au commerce. Bizarre, je n’avais pas remarqué que l’activité commerciale était plus ou moins clandestine dans ce pays, ou réservée à une élite (des remarques, Monsieur Carrefour, Madame Auchan ?). Donc, grâce à Liberty Surf, (qui s’approprie au passage l’ensemble des « qualités » d’internet, sans préciser où se situe sa valeur ajoutée), tu peux toi aussi, cher cadre moyen un peu friqué (le film ne cible pas le jeune) goûter aux délices révolutionnaires de l’achat en ligne.

Mais où sont les femmes nues ?

Si ce film « révolutionnaire » a une promesse un peu intello, le suivant est beaucoup plus ancré sur la réalité produit. Avec son film diffusé depuis fin novembre, Liberty Surf a rectifié le tir et nous parle d’un vrai avantage pour l’utilisateur : la fluidité de la circulation. Pourquoi ont-ils eu besoin de nous montrer pendant 30 secondes une femme nue, qui s’enfonce dans son bain pour accéder à un monde prodigieux dans lequel elle circule sans effort ? Peut-être les scores d’impact sur une cible jeune et masculine apportent un élément de réponse ? En tout ca, ça reste très révolutionnaire, ceux qui ont pensé racoleur, machiste et régressif se gourent sûrement. D’ailleurs la générosité de Liberty Surf apparaît encore au grand jour, puisque la voix off nous annonce que cette entreprise quasi-philantropique nous apporte un « accès à toutes les richesses de demain ». C’est d’un flou merveilleux, et de plus il n’y a pas de risque de déception puisque la nature de ces richesses n’est pas précisée, pas davantage que l’échéance à laquelle demain sera devenu aujourd’hui. Et pour les innocents qui auraient pris le discours de Liberty Surf au premier degré, il paraît qu’on trouve des femmes nues en quantité considérable sur internet.

Donc, est-ce important de savoir si ceux qui ont diffusé ces messages-là vont perdre leur pouvoir de « créer du sens » sur les écrans publicitaires ? J’en doute un peu. Je me demande si finalement leur démarche ne contribue pas à rendre plus sympathique l’abrutissante campagne de Kelkoo, qui nous a asséné son identité avec une finesse égale à celle d’un grand orchestre de marteaux piqueurs, mais sans masquer sa quête de profit derrière une quête de sens aussi creuse qu’usurpatrice.

 
 
Bidet Casserole
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17 octobre 2000
 
SPIP
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> L’an 2000 est mort, il était temps
9 mai 2004, message de brian
 
c’est bien mais se serait pas mal d’avoir les photos dont vous parlez
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> L’an 2000 est mort, il était temps
24 juin 2003, message de Rgis
 
texte d’une grande profondeur, doté d’un vrai recul par rapport à la mort, cette chose qui nous effrait tant. Alors qu’on ne doit pas la craindre, car on ne sait pas qu’on à existe quand on est mort. la mort = vide.
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> L’an 2000 est mort, il était temps
11 janvier 2001, message de ARNO*
 

Il y a un point à ne jamais négliger avec les dot-coms, c’est que leurs pubs ne s’adressent pas forcément au public « normal ». La minette qui plonge dans sa baignoire est-elle réellement destinée à nous faire nous abonner à LibertySurf ? Ou bien, comme toujours chez les dot-coms, vise-t-elle indirectement les investisseurs ?

Plusieurs éléments sont intéressants :
-  cette pub est l’un des très rares pubs pour les dot-coms que nous ayons vu cet hiver ; théoriquement, pour les fêtes, on aurait dû bouffer du commerçant en ligne (« achetez vos cadeaux sur internet ») ; et au milieu de cette absence totale de la nouvelle économie (qui n’a plus de sous) sur nos écrans de pub, c’est un fournisseur d’accès qui s’annonce - or on n’offre que très rarement des abonnements au réseau pour Noel (surtout des abonnements gratuits !) ;
-  le journal du Net, nous a signalé ici Patator, a annoncé le montant de cette campagne (4 millions) ; comment le journal du net (pourtant pas renommé pour son journalisme d’investigation) a-t-il connu ce montant ? Facile : parce que LibertySurf lui a subtilement balancé l’info.

Or, quelle était la situation des dot-coms cet hiver ? Caisses vides, faillite annoncée à court ou moyen terme. L’investisseur n’aimait pas les dot-coms et vidait son portefeuille des valeurs techs.

Au contraire, pendant ce temps, LibertySurf s’offre une campagne royale et, c’est le plus important, fait complaisamment savoir que ça lui a couté bonbon. Le message ne me semble donc pas : « télespectateurs, abonnez-vous chez nous et vous perdrez votre gant de toilette avant de vous noyer », mais bien plutôt : « regardez, petits épargnants, chez LibertySurf on a encore suffisamment de poignon pour se payer une campagne de pub pharaonique ; les autres n’ont plus de tune, mais nous ça roule ma poule ».

Et là (surprise !), un mois après, rachat de LibertySurf en janvier 2000, et colère des petits actionnaires. Voyez le forum chez Vakooler, ça n’a pas l’air très net.

Bref : est-ce que cette pub n’était pas plutôt destinée à rassurer le petit actionnaire pour qu’il conserve jusqu’en janvier ses actions dans une boîte qui, à contre-courant de la nouvelle économie en galère, peut se permettre de claquer 4 millions dans la pub ?

Autre message subliminal : la nana à woualpé, ça symboliserait pas le petit actionnaire qui se penche pour ramasser sa savonette ?

 
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> La pub et le management vident les mots de leur sens, Harry Hell, 13 janvier 2001

Ecoutez nos contemporains parler. Ils ne dialoguent plus. Ils ne divaguent plus. Ils gèrent. Ou digèrent la pub pour mieux en recracher les inepties. Peu à peu, les mots et les personnages de l’art ou de l’histoire perdent ainsi tout sens ou tout non sens.

Tout devient "surréaliste", le commerce devient "révolutionnaire"... et ainsi la pub assassine certains mots qui en deviennent des clichés. La "passion" s’évanouit avec la pub qui en chantent les vertus sur des airs de yoghourt.

De la même façon, on ne crée plus des groupes, des bandes, mais des "think tank", on "brainstorm", on fait du "wording", on imagine des stratégies. Et on gère sa vie. Les mots du management envahissent nos espaces de liberté. Mangent nos têtes. Et nos vies ne se vivent plus. Elles se gèrent.

Je suis d’accord avec vos propos à tous, mais crois qu’il ne suffit plus de cracher sur la pub. Nous devons nous-mêmes veiller à la façon dont la pub et le management mangent nos esprits, et donc créer des mots moins abomiffreux, ressortir des oubliettes des locutions désuètes, nous prêter à des jeux de sens et de non sens, ne pas rester simplement rationnels et mettre de la poésie dans nos actes et nos paroles. Pratiquer le sabotage artistique cher à Hakim Bey et improviser des fêtes de divagation verbale et de créations ad hoc. Sans pub ni management.

La résistance est aussi poétique.

 
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> L’an 2000 est mort, il était temps
10 janvier 2001, message de Icare75011
 

Enfin un echo à mon désarroi ! Je subis l’outrage publicitaire à mon corps défendant ! Usager (et non pas client) du métro plusieurs fois par jour, il m’est impossible d’échapper à la vulgarité, au mensonge, à la lobotomisation de masse, à l’abrutissemnt ... publicitaire. Je me souviens très bien de ces grandes figures géantes qui m’opressaient durant les longues minutes d’attente d’une rame. Aussi sympathiques soient-ils, ces personnages avaient, par leur gigantisme et leurs slogans simplets, une dimension agressive. Mépris de leurs pensées, de la philosophie, de l’histoire, de l’intelligence,... pour consommer. Pour exister, ne pensez pas : consommez !

Quel soulagement quand au détour d’un vague coup d’oeil sur mes abonnements Internet, j’ai lu que Libertysurf allait changer sa campagne de pub. On allait voir ce que l’on allait voir ... encore plus révolutionnaire : une femme nue. Quelques gigantesques paires de seins ou de fesses en plus sur les murs du Métro en perspective.

Je vous cite les arguments publicitaires parus dans le Journal du Net du vendredi 8 décembre 2000. Notez bien qu’il s’agit d’une femme qui monte au crénau pour défendre le spot.

"LibertySurf a voulu montrer que, désormais, le réflexe était d’aller chercher ce dont on avait besoin sur le Web. La jeune femme veut remplacer sa vieille éponge : elle peut la trouver très simplement sur Intenet, sans bouger de chez elle. "Il faut que l’achat sur Internet devienne un geste quotidien et que ce soit anodin. De plus, nous avons utilisé une femme pour attirer le public féminin qui avait été oublié lors de notre précédente campagne des révolutionnaires qui ne mettait en scène que des hommes", précise Carole Liscia. L’eau symbolise la fluidité d’accès avec le FAI et le style "5ème élément" permet d’imager les réseaux et la personnalisation de l’accès avec le portail LibertySurf."

Je mets au défi quiconque de me persuader que les publicitaires ne font pas tout pour nous prendre pour des cons... une femme à poil qui veut changer sa vieille éponge pour attirer un public féminin ! Les révolutionnaires étaient là pour cibler le public masculin (et Olympe de Gouje ? et Rosa Luxemburg ? et Angela Davis ? ...). Un femme dans une campagne du pub elle ne peut montrer que son cul, un homme peut aussi montrer la puissance de son intelligence... Ca c’est vraiment révolutionnaire.

Aidez-moi, je ne peux plus supporter la dénégation à ce point ! je ne veux pas devenir complétement psychotique !

 
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> L’an 2000 est mort, il était temps, patator, 10 janvier 2001

Merci pour ton lien, j’ai enfin pu voir à quoi ressemblait cette pub. Si toi aussi tu es une nana qui se baigne dans une salle de bains éclairée un peu partout de jaune, vert, bleu, va chercher ton éponge sur internet. Liberty Surf l’a fait : elle écarte les jambes. Bravo.

Ca fait mal : 4 millions de francs de budget.

Carole Liscia aime se foutre de la gueule du monde, apparemment : "l’eau symbolise la noyade. Un peu comme notre cours en bourse. Le style ’5ème élément’ symbolise la réussite de ces jeunes infographistes : réussir à nous vendre un truc qu’ils ont fait pour se marrer en tant que ’personnalisation de l’accès’. Le vert symbolise l’espoir aveugle. Parce que, on y croît très fort".

 
en ligne : Sacré Carole !
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> L’an 2000 est mort, il était temps
10 janvier 2001, message de Lo de La
 

Tu n’as que raison ... Très pertinent, ton article narrant la navrante impertinence des sociétés commerciales.

Au sujet de ces icônes en voie de bâillonnement (Gandhi, Guevara, Villa, ...), je me souviens que la Française des Jeux avait lancé les hostilités-à-prendre-au-second-degré-s’-pas en leur faisant vanter les mérites de leur truc à gratter appelé carrément Monopoly (qui fut un bide car trop compliqué pour les gratteurs, si je ne m’abuse).

Aux loups !

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Free, y parait qui aime la liberté aussi..., Severino, 12 janvier 2001

Les pubs télés débiles, particulièrement celle concernant le net, me martelle le cerveau. La télévision est une drogue, le martellage publicitaire fait partie des effets secondaires. J’ai une théorie : les rayons luminescents des écrans nous hyptnotisent. Un support présentant des images mouvantes non luminescente (comme un magazine) ca serait achement hitech !

A propos de la "philosophie" et du sens des startup, il est évident que leurs directeurs ont de temps en temps des idées (idéalismes) qu’ils projettent dans leur boite, mais c’est évidemment l’argent (les actionnaires) qui prend les décisions au final, pas le directeur, et encore moins le soviet des salariés. Prétendre le contraire est hypocrite. Je cite ci-dessous l’exemple ambigue de Free qui fait sa promo sur son site :

" La liberté, c’est aussi le choix de notre équipe technique qui a choisi de faire tourner l’ensemble de notre réseau sous LINUX, logiciel libre qui permet aux utilisateurs d’exécuter, de copier, de distribuer, d’étudier, de changer ou d’améliorer les logiciels et d’en diffuser les améliorations au public, de telle sorte que la communauté toute entière en bénéficie.Nous mettons tout en oeuvre pour combiner la gratuité d’accès à une qualité de connexion exceptionnelle. Nous vous proposons l’Internet libre et gratuit car nous savons que la liberté n’a pas de prix !" Mais les fichiers clients se revendront pourtant bien un jour ou l’autre...

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> L’an 2000 est mort, il était temps
10 janvier 2001, message de patator
 

Oui, d’ailleurs, à quand les mp3 & images dénudées de britney sur le minirezo ? Franchement vous assurez pas un rond les gars !

Contre ces méchantes pubs pas belles, un très bon remède : pas de télé, pas de journaux avec pub. Ca marche très bien. La preuve : j’apprends avec ton article l’existence de cette jeune femme qui navigue sans peine dans sa baignoire en écoutant britney. Kelkoo, jamais vu une pub d’eux.

Ce que je vois encore de pub, c’est insupportable : des 4x3, des bouts d’affiches dans les arrêts de bus, sur les bus, des fois un métro entier mis aux couleurs de la dernière daube. C’est que ça donnerait des envies de foutre le feu. Rendez moi ma ville, bordel !

Les amis. Celui qui était tout content d’avoir acheté des actions LibertySurf. Et l’autre qui te dit ’oh c’est génial, en acceptant de la pub toutes les 30 secondes sur ton portable, tes communications sont gratuites !’, l’autre qui t’envoie un mail pour que tu t’enregistres sous AllAdvantage avec son numéro de ’parrain’.

J’attends le jour où les publicitaires oseront mettre une nana les jambes écartées pour vendre un yahourt. Ou une voiture. Ou une montre. Qu’ils ne s’étonnent pas si on casse tout.

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> L’an 2000 est mort, il était temps, bhouton, 10 janvier 2001

Les publicitaires ne font que faire leur boulot ; avec plus ou moins de talent. Mais ils reflètent parfaitement la société de consommation dans laquelle on évolue. Tiens le coup des soldes, c’est pas joli ? matraquage, émissions de radio, de télévision etc ...Tout est bon pour faire consommer !

Pour guérir, il faut s’attaquer à la cause, les symptomes disparaîtront ; mais bon courage.

bhouton

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