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mercredi 17 janvier 2001

l’ignorance trace

par Lo de La
 
D’abord, le réveil. Faute d’être radieux, il est branché. Sur une radio diffusant les informations en continue, histoire de savoir ce qui se sait. Las, la mort et le scandale ne suffisent plus à ouvrir les yeux. L’actualité, en guise de cotation boursière de la misère humaine : en pleine progression, profitant de la hausse des tas d’intérêts, grosse inflation sur les titres ces dernières années... Aujourd’hui, on se lève sur cinq cents (500) disparus suite à un glissement de terrain, suite à un tremblement de terre, suite à la tectonique des plaques, suite à la dérive des continents et à l’expansion des océans.

Debout à présent, au radar (éviter la tranche des portes), carrelage glacé (oubliées, les savates), ouverture des volets (actualité locale : il pleut), salle de bain (glacée). Toilette intime soignée (pour affronter plus tard une foule de gens qui ne se regardent plus). Biscuits aux fibres et bol de café (l’utile et l’agréable). Premier instant de lucidité (résister à la première cigarette, c’est là le secret du fumer-moins, donc mieux, avant que plus du tout). Trente-huit... Il est trente-huit !!! Gros retard ! Course (sous la pluie).

Quai de la gare (trempé), train en retard (on n’officialise pas les retards parce qu’un train en avance ferait désordre). En guise de viatique, ce nouveau quotidien distribué gratuitement dans de plus en plus de grandes villes du monde (un pour tous, tous pour un même annonceur). Trait d’union d’une heure entre lieu de résidence et lieu de travail. Au pas parmi les touristes, les dernières centaines de mètres qui séparent des 7 heures 30 contractuelles plus 1 de pause pour le déjeuner (y a moyen de faire du profit aux entournures).

Déploiement sur le poste. Salutations plus ou moins enjouées (dichotomie faux cul/beau cul). Allumage de la station de travail. Détente dans l’attente, comme on se retrouve au distributeur de boissons chaudes (résumé gestuel et vocal de la soirée télé de la veille), première cigarette de la journée (on aurait pu s’en passer). Prise de connaissance du courrier électronique (plus de newsletters que de messages personnels). Compulsé distraitement, le dossier dont on a la charge actuellement (un projet évalué à plusieurs années homme). Revue de ouèbe (dont uZine2 ... parce qu’il est dans les favoris). Première longue conversation téléphonique (avec une ex). Réunion (où l’on définit principalement la date de la prochaine réunion). Rapport d’activité de la semaine passée (jusqu’où va se nicher la créativité). Email (adressé à un phénomène dont on se pare en soirée, des généralités courtoises en attendant la prochaine java). Seconde cigarette (volutes de projets pour la soirée). Puis la montre jusqu’à la fin du temps réglementaire de la première mi-temps.

Pause déjeuner, avec les collègues, des amis quasiment (sauf que les amis de référence, on les voit de moins en moins). Menu un rien plus cher que le ticket resto. Sourires équivoques avec Unetelle. Déception pour la tarte du jour, une fois de plus.

Retour au bureau et crise post-prandiale. Ouèbe sans trop y croire (posture stratégique “ayant l’air de”). Ajout d’une pièce dans le dossier courant. Justement, passage éclair du supérieur direct (briefing, debriefing). Café mérité au coin-pause pour fêter la bonne prestation à l’impromptu (vague attention pour les blagues du pitre attitré). Vingt minutes de production (de quoi justifier sa présence). Correspondance finalisée au correcteur orthographique (petites lamentations ordinaires et évocation de projets irréalisables). Impatience pour une journée qui n’en finit pas (et dire qu’on est seulement mardi). Attente stratégique des premiers départs, histoire de filer à l’anglaise.

Dehors, enfin. Où il fait nuit, où il fait froid. Le rendez-vous prévu avec Chose étant tombé à l’eau, on se résout à rentrer. Sieste dans le train, malgré soi.

Et malgré tout, grosse fatigue en franchissant le pas de sa porte. Deux messages sur le répondeur (Maman et Machine). Pas de temps à perdre, des courses à faire. Parcours du combattant dans les rayons éclairés faute d’éclairer (score : 566 francs en 37 minutes soit 86,28 euros en 0,62 heure). Retour aux pénates. Sustentation : salade (sain) et petit plat au micro-onde (pratique). Raté, le début du film (qu’on a déjà vu). Oeil critique et somnolence. Appel du lit. Extinction des feux après quatre pages somnifères du dernier Goncourt. Demain, à midi, la semaine bascule.

Et comme ça, des années, cherchant son aise, croyant vivre.

Et comme ça, des décennies, trouvant son aise, ignorant mourir.

 
 
Lo de La
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> l’ignorance trace
19 janvier 2001, message de Pierre Madrid
 

Hé is donc lo de la, on serait pas cousins par hasard, j’ai l’impression qu’on parle de la même chose a quelques détails prêts, tu travaillerais pas dans la presse par hasard. Bon je te laisse j’ai rendez vous avec VSD ce matin, je suis sur que ça va bien se passer, y s’adorent regarder des images. Ah oui, le matin, il faut jamais écouter la radio et le soir regarder la télé, ça laisse pas de temps pour lire les journaux et ça ça serait quand même dommage. Entre les pubs, il y a toujours es infos a glaner et a coté des articles des photos sensas qui nous montrent le monde, pour nous convaincre qu’il est comme ça et pas comme on le découvre soi même quand on s’y balade

Bisous

Pierre Madrid

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> l’ignorance trace, Paul Barcelone, 19 janvier 2001

J’aime bien ta façon de voir et de raconter.

J’imagine que ne suis pas le premier à lire ton truc et à trouver ça bien sans pour autant arriver à le commenter de façon pertinente. Quelqu’un qui prend une photo de la réalité sous un angle personel ne suscite pas beaucoup de réactions, alors que s’il faisait un gros plan sur le cadavre tout frais d’un éditorialiste qui s’est suicidé en direct, là il attirerait un peu plus l’attention.

Comme il m’est aussi arrivé de laisser des traces écrites ici, je vais utiliser un pesudo, ça évitera de tomber dans le "je t’aime,tu sais..." "moi aussi je t’aime..." qui plombe tellement l’expression un peu partout.

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