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vendredi 1er décembre 2000

Mickeys de tous les pays

par Paul Maret

De l’indifférence à peine polie, c’est tout ce qu’il y avait entre le commerce mondial et moi jusqu’à tout récemment... Je ne suis pas terrible pour le négoce et c’est plutôt rare que je commande des tomates en Hollande, des herbes de Provence en Colombie, des kiwis aux antipodes ou des petits choux à Bruxelles, vu que de tout ça il y en a plein dans le jardin de mon voisin qui a la main verte et ne ferme jamais la nuit.

Mais depuis quelque temps, la trêve est rompue et je me vois forcé d’abandonner mon attitude de bienveillante neutralité. Je ne peux plus ouvrir le journal, allumer le boîton à images, prêter (sans intérêt) une oreille aux conversations de bistrot, ni subir une couchepinade télévisuelle, sans entendre parler de l’Orgasmisation (quel mot !) du Commerce Mondial !

Je ne sais pas ce qu’ils ont tous mais ils semblent vouloir à toute force que l’OMC change ma vie et interfère dans mes choix futurs pour garnir mon assiette à midi, cultiver ma tête l’après-midi, me distraire et m’informer le soir. Tout juste si la dite OMC ne prétend pas glisser son petit doigt dans ma trépidante vie nocturne et envahir mes rêves.

Ainsi l’autre nuit me suis-je trouvé en plein cauchemar, confronté à des marchands d’armes, réclamant la libre circulation des colts dans les écoles, comme aux States, pour garantir la commercialisation sans entrave des munitions !

Une autre fois, c’était le clown McDo qui me forçait à ingurgiter un maxi burger avec l’emballage, en assurant que le goût était le même. Mais le pire, ce fut le sourire extra-terrestre de Couchepin [1], assurant que tout allait bien en Suisse et que ça ne ferait que s’améliorer avec la libre extension des marchés... Mieux, vraiment ? Et comment ? Comme dans nos usines sinistrées ? Avec les gnomes et les Ricains aux commandes ? Comme dans les champs en jachère de la plaine du Rhône ? Comme à la boucherie avec le steak pharmaceutique garanti US ? Avec les torrents de sanglantes stupidités hollywoodiennes dans toutes les cervelles formatées Bill (Heaven’s) Gates ? Avec l’ineffable sottise Yankee pour nous dessiner un avenir de Mickeys en plastique ? Non, merci...

Entre les tenants du veau d’or gavé aux hormones néo-libérales et moi, désormais c’est la guerre ! Moi quand on me cherche on me trouve.

Et si la tâche semble trop forte pour un seul homme - ne nous trompons pas l’ennemi est nombreux et puissant - je m’associerai avec tous ceux qui en ont marre aussi d’être pris pour des Mickeys qu’on nique de haut à Davos ou Seattle, dans cette mondialisation du fric et du cynisme. Désormais un seul mot d’ordre : « Mickeys niqués de tous pays, unissez-vous ! » Un bras de fer impitoyable dont on verra bien qui finira par sortir vainqueur.

Et un geste fort pour commencer : plus la moindre goutte de coca dans mon Whisky, non mais...

 

[1] Couchepin est l’ineffable Sinistre suisse de l’économie qui pense que les lois du marché suffisent largement à régler tous les problèmes.

 
 
Paul Maret
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Prof, journaliste, romancier, dramaturge, chansonnier
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> Mickeys de tous les pays
19 décembre 2000, message de Fabian Lambert
 

Comment on fait pour résister ?

Qu’on le veuille ou non, on fait partie du système. On mange du pain fait avec de la farine importée, on écoute la radio (made in taiwan) en allant au boulot dans sa voiture (qu’on paye a crédit a une banque qui -très certainement- s’étend sur plusieurs pays, voire continents) Même après s’être soulagé on tire la chasse et l’eau qui la remplace est fournie par bien plus qu’une ’compagnie des eaux’

Alors quoi ? On va vivre dans la forêt ? Manger des racines et des champignons ? Dans une caverne ?

Le monde entier est mercantile, basé sur le commerce. Et ca fait un bon petit temps que les gens y sont habitués. J’ai du mal a imaginer qu’une résistance des Mickeys niqués puissent s’organiser...

Enfin, si on me montre comment, je veux bien aider, je ne suis pas contraire...

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> Mickeys de tous les pays, Paul Maret, 20 décembre 2000

N’étant pas prophète, je n’ai pas de réponse toute faite ni de recette sûre pour changer les choses. Ce dont je suis certain, c’est que cent, mille, des millions de termites, arrachant chacune sa bouchée, obstinément, aux charpentes aux poutres et aux cloisons, finissent par abattre les forteresses qu’on croyait invincibles.La citadelle imprenable du libéralisme mondial incontrôlé, nous en viendrons à bout en disant non !

Modestement, chacun à son niveau, par un simple geste de refus. Et comme on ne nous demande pour ainsi dire jamais notre avis pour les choses qui nous concernent vraiment, moi, c’est avec mon porte-monnaie que je vais voter. Non, je n’achèterai plus de boeuf, tant que tout ne sera pas clair du côté des farines frelatées.

Non, je ne m’arrêterai plus chez Total, tant qu’ils n’auront pas réparé jusqu’au dernier centime les dégâts de l’Erika.

Non, je ne trouverai plus ni Nike, ni Adidas à mon pied, tant qu’ils payeront deux francs par journée les Indonésiens pour les fabriquer.

Non, je n’avalerai jamais des organismes gonflés aux hormones ou génétiquement modifiés. Il suffit d’ouvrir les yeux, pour trouver mille choses à refuser.

On pourra dire que ce n’est pas ma dissidence qui va changer quoi que ce soit à l’économie mondiale et que ce geste est ridicule.. Pas si sûr ! D’abord ce refus va changer mon destin à moi, parce que je me sentirai moins con-consommateur surl’indifférence duquel on peut toujours compter pour perpétrer les pires infamies contre la vie et l’humanité.

Ensuite, avec les saloperies qu’on nous fait ingurgiter, ça va me faire du bien d’un peu changer de régime.

Et enfin, on peut toujours miser sur le ras-le-bol général qui se fait jour et qu’on pressent : les fourmis du refus, peut-être encore peu nombreuses aujourd’hui, vont se multiplier à grande vitesse, avec les éhontés excès du mercantilisme et du pognon sacré.

Et des centaines, des milliers, des dizaines de millions de fourmis, ajoutant la brindille à la brindille, finiront par construire un monde plus juste et plus fraternel dont nous sommes orphelins. Si le monde est destiné à devenir un village planétaire, il faudra bien qu’un jour on finisse par se soucier un peu du sort de chacun des habitants et pas seulement de celui des favorisés, des yankees et des nantis.

"On peut, sans révolution violente, changer les choses, car chaque homme dépose son poids, si minime soit-il dans le plateau de la balance et par conséquent nos pensées et nos actes ne sont pas dépourvus d’importance." C’est une citation de Van Gogh.

Pourquoi ne pas se fier à un homme qui sans en tirer le moindre dollar, mais en y mettant toute sa volonté, son talent et son énergie a changé notre vision du monde et de la vie d’une façon beaucoup plus intime et décisive que ne le feront jamais les milliardaires prêts à payer des millions ses tableaux aujourd’hui pour les cacher dans des coffres de fer comme des marchandises.

Tiens, bonne idée ça... Peut-être qu’en économisant sur les cochonneries mondialisées, je vais pouvoir m’acheter un tableau d’un Van Gogh d’aujourd’hui !

Et salut à tous les Mickeys niqués du monde. Paul Maret

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