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> L’Internet solidaire expliqué à ma fille |
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> L’Internet solidaire expliqué à ma fille
27 septembre 2000,
message de Pascal
Cher Marc, Ta dernière version de La Scouette est très drôle. Elle est sans doute également bien fondée en raison. La lecture de tes écrits antérieurs m’incite à te faire confiance. Je remarque au passage que tu t’en prends à VECAM, ce qui me paraît particulièrement bien visé dans le sens où cette asssociation donne vraiment le sentiment d’avoir pour unique objectif de "courrir le cachet" en proposant clé en main à nos amis de la gauche plurielle un discours d’accompagnement à la rhétorique gouvernementale sur la "société de l’information" en l’agrémentant d’un vernis fondé sur le tryptique "démocratie, Internet et fraternité" Je remarque que tu t’en prends également à IRIS, que tu sembles mettre sur le même plan que l’association susmentionnée. Inutile de te dire que je trouve ce rapprochement pour le moins hâtif. Certes, je ne suis pas introduit dans les arcanes de ce que l’on appelle parfois le "web indépendant" (indépendant de quoi, d’ailleurs ?). Je ne connais pas non plus la nature exacte des luttes intestines au sein de cet univers qui semble notamment opposer les partisans de Meryem Marzouki à certains de tes camarades d’uZine2. Je ne suis pas sûr d’ailleurs que ces querelles soient d’un grand intérêt pour l’individu lambda. Toujours est-il que, à mes yeux, le grand mérite d’IRIS, comparativement à tous les autres adeptes de la ventriloquie "citoyenne et non marchande" ou "indépendante", est de nous proposer le seul discours "autorisé" sur le Net qui ne soit pas empreint de la dimension mythologique qui accompagne le développement de ce réseau depuis ces origines. Sans entrer dans les détails, précisons tout de même l’absence de trace de déterminisme technique chez nos amis d’IRIS à mettre en parallèle avec la permanence d’un combat pour faire en sorte que les multiples dangers inhérents au développement de ce réseau s’opère dans les conditions les moins défavorables possibles pour la collectivité. D’où l’appel souvent réitéré de cette association à une intervention de l’Etat en vertu du principe selon lequel le libre marché privilégie la loi du plus fort tandis que que la loi devrait en principe chercher à en atténuer le plus possible les effets. Je regrette par contre que ton goût prononcé pour l’enquête ne t’ait pas incité à osculter de plus près la rhétorique de certains de tes amis du Minirezo. Dans quelle mesure n’est-elle pas elle-même porteuse d’une vision enchantée du Net perçu comme un instrument de libération des consciences par la seule magie de ces propriétés techniques ? Ne crois-tu pas que leur enthousiasme technoïde pour ce réseau censément libérateur fait de ces adeptes de la micro-convivialité les alliés objectifs des marchands qu’ils prétendent pourtant démystifier à longueur de pages web ? Qu’elle soit issue du pôle libéral ou libertaire la vision mythologique véhiculé par les croisés de la cybersociété aboutit au bout du compte au même résultat : le prosélytisme autour du développement d’un réseau dont personne ne peut nier le caractère fondamentalement inégalitaire. Le dernier pôle cité apportant le supplément d’âme nécessaire pour la réussite des projets du premier. La grande force d’IRIS consiste, je crois, à ne pas être tombé dans ce paneau là. Bon, il ne s’agit là que d’un premier jet d’une réflexion qui mériterait d’être approfondie. Excuse-moi pour le côté sans doute quelque peu simpliste, voire même caricatural de certaines idées contenues dans ce message. En tout cas, elles traduisent assez bien mon état d’esprit suite à la lecture de ton excellente petite chronique. Amts, Pascal. en ligne : L’INTERNET SOLIDAIRE EXPLIQUÉ À MA FILLE
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Olivier Zablocki,
28 septembre 2000
Qu’elle soit issue du pôle libéral ou libertaire la vision mythologique véhiculée par les croisés de la cybersociété aboutit au bout du compte au même résultat : le prosélytisme autour du développement d’un réseau dont personne ne peut nier le caractère fondamentalement inégalitaire Hum... Si l’on veut bien considérer que l’élément fondateur de l’Internet est d’abord l’apparition d’un protocole de communication universel, rien n’autorise à affirmer que ledit protocole soit en lui-même inégalitaire. Ce qui est inégalitaire c’est le développement de certaines pratiques qui ne sont pas fondamentalement inscrites dans le protocole. Au premier rang de ces pratiques il y a bien sûr la pratique du dial-up, ce mode de connexion batard que la plupart d’entre nous utilise à défaut d’autres solutions et qui introduit une première inégalité entre ceux qui sont pleinement dans l’Internet avec une connexion permanente et ceux qui doivent se contenter d’y circuler en invité provisoire. Ce qui est inégalitaire c’est le temps et le niveau de culture nécessaire pour exploiter réellement le potentiel de ce protocole. Mais on doit avoir l’honnêteté de reconnaitre que cette inégalité préexiste à l’Internet à la fois dans le système scolaire et dans le fonctionnement de nos sociétés. Ce n’est pas l’Internet qui génère ici l’inégalité, elle lui est antérieure. Que dans ses conditions l’Internet donne l’impression de ne pas tenir ses promesses, apparaisse en-dessous de sa mythologie, c’est un fait. Les dernières années ont vu une immense manipulation ; parce qu’il y avait un peu de matière à vendre, des commerçants sans scrupule agissant à coup de publicités mensongères se sont débrouillés pour embrouiller l’esprit de la société en lui faisant passer quelques ersatzs, quelques scories de l’Internet pour l’Internet lui-même. Certes, c’est une manipulation insensée de la conscience de nos contemporains qui prend appui sur la puissance imaginaire du mythe et qui le détourne pour en tirer un profit immédiat. Je ne vois pas dans cette mésaventure un phénomène spécifique à l’Internet. Je ne pense pas surtout qu’il s’agisse là d’un combat terminé ou perdu d’avance. D’abord l’Internet est un réseau de réseaux et la plupart de ces réseaux n’en sont qu’au début de leur histoire, ils se développent, se confrontent les uns aux autres, incarnent des intérêts différents, des prises de position politiques différentes. Je ne prendrai que l’exemple des réseaux indépendants de proximité dont le développement est encore embryonnaire dans ce pays et dans beaucoup d’autres et qui, à une échelle de vingt ans, pourraient bien dessiner des équilibres nouveaux au sein de l’Internet. C’est peut-être ce qu’il y a d’essentiel à retenir, une échelle de temps pour l’analyse du phénomène. Inscrire la réflexion dans le court terme c’est courir le risque de prendre une partie pour le tout, l’anecdote pour le fondamental. Amicalement,
> L’Internet solidaire expliqué à ma fille,
28 septembre 2000
Cher Monsieur Zablocki, Rien ne sert de se voiler la face, Monsieur Zablocki, ni même de jouer sur les mots. Le développement d’Internet génère, vous en convenez vous-même, de nouvelles formes d’inégalités qui viennent non seulement se superposer aux anciennes mais aussi en aggraver les effets. De ce point de vue les protocoles Internet, universels ou pas, n’y changeront pas grand chose. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de minimiser l’importance des choix en la matière, mais il ne m’est pas parvenu jusqu’aux oreilles qu’on pouvait changer une société à coup de protocole. Quant à la question du terme : qu’il soit court, moyen ou long, les données du problèmes sont sensiblement les mêmes. Un exemple : l’alphabétisation de la société ne remonte pas à hier. Et pourtant, combien d’analphabètes aujourd’hui encore dans les "pays défavorisées" et à l’intérieur même de nos "belles" contrées ? De mémoire, les 5 millions de postes téléphoniques en Afrique représentent le quart de nombre des abonnés au téléphone mobile en France. Pensez-vous que cet écart est susceptible de se résorber ? C’est d’ailleurs sur ces enjeux que l’action d’une association comme IRIS, qui n’a pas l’air, pour je ne sais quelle obscure raison, d’être en odeur de sainteté du côté des "copains du portail" - ou l’inverse, peu importe, de toute façon cela revient au même -, prend tout son sens. Seule une action politique volontariste des pouvoirs publics peut permettre d’atténuer les effets mécaniques du développement du Net sur l’accroissement des inégalités. En militant sans relâche sur ce volet, cette association est aujourd’hui, à ma connaissance, la plus impliquée dans la défense des intérêts de la collectivité dans son ensemble, et pas seulement de quelque technoïde branché en mal de visibilité pour soigner son égo surdimensionné. Permettez-moi également de sourire quand vous éructez sur les marchands du net que vous désignez promptement à la vindicte populaire au risque de susciter la suspicion sur vos propres motivations . Ainsi donc, à vous lire, la source de toutes les visions magico-mythiques du réseau serait à chercher du côté des marchands de soupe. C’est pas nous, c’est eux ! dites-vous. On aimerait bien vous croire. Hélas, rien ne sert de mobiliser la rhétorique politique, celle des médias, ou des gourous pour constater que les commercants n’ont en rien le monopole de l’art manipulatoire d’édifier les foules sur les vertus réelles ou supposées du Net. Allez donc jeter un oeil sur les pages d’à côté. Prenez par exemple votre présentation du "Minirezo" (http://www.minirezo.net/article22.html) dans laquelle on peut lire, entre autres énormités, les propos suivants : Le procédé rhétorique est subtile. Vous partez de votre propre expérience du réseau qui,
convenez-en, n’est pas particulièrement représentative des usages de ce dernier, pour en arriver à la
conclusion selon laquelle Internet offre "la possibilité pour chaque citoyen de s’exprimer, simplement,
directement, de publier et d’échanger".
Pour chaque citoyen, affirmez-vous. Non mais vous voulez rire ou quoi ? Combien sont-il
aujourd’hui à pouvoir bénéficier d’un tel privilège ? Et quand bien même il serait 10 ou 100 fois plus
nombreux demain, avouez tout de même qu’on resterait encore bien loin du compte. Sans doute imaginez-vous sincèrement, campé comme vous semblez l’être dans vos belles certitudes,
que tout vous oppose à cet univers marchand que vous avez pris pour cible. Hélas, j’ai bien peur que
que la réalité soit un peu moins manichéenne. Certes votre vision du net diffère du tout au tout de
celle de vos adversaires mais elle se rejoint au moins sur un point, qui n’est pas sans conséquence sur
le développement du réseau : son caractère enchanté. Que vivent les comtes de fée, Monsieur Zablocki. Cordialement, Pascal Fortin. en ligne : Vices et vertus du Net indépendant.
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Olivier Zablocki,
29 septembre 2000
De ce point de vue les protocoles Internet, universels ou pas, n’y changeront pas grand chose. J’ai simplement dit que le protocole qui fonde l’Internet n’était pas la cause des déséquilibres ; en voilà des manières de faire dire aux gens ce qu’ils n’ont pas dit. Je reconnais bien volontiers, c’est d’ailleurs le seul sujet qui m’intéresse, que pour le moment le « fossé numérique » comme certains l’ont déjà désigné se creuse chaque jour un peu plus. A la place de l’Internet annoncé qui semblait porteur d’une meilleure répartition des chances entre les différentes composantes de la société, d’une meilleure répartition des équilibres entre les territoires, voici que nous laissons s’installer une société de l’information injuste. Il n’est pas trop tard pour réagir si l’on veut bien dès maintenant prendre en compte l’immense besoin de formation qu’il est nécessaire de produire pour permettre aux différents acteurs de la société civile de participer en conscience à une aventure économique, sociale et culturelle sans précédent, c’est à dire une aventure politique dont nous ne pouvons laisser les orientations quotidiennes se décider uniquement dans la sphère économique et sans réelle participation démocratique. Je ne me vois pas en disant cela « éructer » contre les « marchands du net ». La distinction entre marchand et non marchand n’est pas dans mon vocabulaire. La formule « internet non marchand », par exemple, m’a toujours personnellement semblé absurde et dépourvue de sens, je l’ai souvent dit et dans ces pages en particulier. Tu te trompes donc de cible, l’ami, mais peut-être est-ce parce que tu vises autre chose sans en avoir l’air. Je vois bien la ligne de partage qui existe entre nous, elle est intéressante, elle recouvre des choix politiques différents ; ce ne serait pas dommage de l’expliciter au lieu de personnaliser aussi systématiquement le débat. Au passage, inutile de me donner pompeusement du « Monsieur Zablocki », je t’autorise à m’appeler Olivier.
> L’Internet solidaire expliqué à ma fille,
fortin,
1er octobre 2000
Cher Olivier, N’ayant pas le loisir de te connaître, l’idée de t’appeler par ton prénom ne m’était logiquement pas venue à l’esprit. Je ne vois donc pas en quoi cette attitude peut être qualifiée de "pompeuse". Sans doute ta remarque tient-elle à de nouveaux modes "civilité" propres à la "cyberculture" dont je n’ai pas encore été "affranchi". Mais permet-moi au moins de ne pas connaître toutes les subtilités de votre univers. Quoiqu’il en soit, cela ne me dérange pas, si ça te fait plaisir, de te donner de l’Olivier. D’ailleurs pendant qu’on y ait, pourquoi ne pas s’essayer au tutoiement ? Mais n’hésite pas à me rappeler à l’ordre si ce n’est pas dans les moeurs du "web indépendant". Ceci dit, jetons un oeil sur ta réponse. "J’ai simplement dit que le protocole qui fonde l’Internet n’était pas la cause des déséquilibres" Certes, cher Olivier, mais je ne comprends toujours pas ce que ce protocole vient faire dans notre histoire. Je ne crois pas avoir critiqué le protocole dans mon premier message. D’ailleurs, c’est plutôt toi qui me reproche d’être trop protocolaire. "A la place de l’Internet annoncé qui semblait porteur d’une meilleure répartition des chances entre les différentes composantes de la société, d’une meilleure répartition des équilibres entre les territoires, voici que nous laissons s’installer une société de l’information injuste." En effet, cher Olivier, le fossé numérique se creuse. Mais franchement, comment s’imaginer qu’il aurait pu en être autrement. Internet n’est pas tombé du ciel ? Il a été imaginé, est né et a grandi dans une société libérale. Comment s’étonner qu’il reproduise et amplifie la perversité d’un système dont personne n’a jamais prétendu qu’il était égalitaire (pas même Alain Minc, c’est pour te dire !) ?. "Il n’est pas trop tard pour réagir si l’on veut bien dès maintenant prendre en compte l’immense besoin de formation qu’il est nécessaire de produire pour permettre aux différents acteurs de la société civile de participer en conscience à une aventure économique, sociale et culturelle sans précédent, c’est à dire une aventure politique dont nous ne pouvons laisser les orientations quotidiennes se décider uniquement dans la sphère économique et sans réelle participation démocratique." Je ne vois pas bien de quelle formation tu veux parler. Si tu fais allusion à une formation culturelle et politique pour inciter les citoyens à intervenir plus efficacement dans le débat public et à faire valoir le bien commun face aux intérêts particuliers d’une petite (cyber)élite, alors, oui, nous sommes d’accord. En tout, Je n’ose pas imaginer un instant que tu puisses croire que l’on pourrait réduire le "fossé numérique" en proposant aux individus (lesquels ?) une simple formation technique. A moins que tu penses qu’il suffise de mettre des gens devant un ordinateur relié à Internet avec un mode d’emploi pour leur donner le goût de la chose publique.Mais je n’ose pas imaginer que tu puisses faire preuve d’une telle naïveté. Non pas que je m’oppose à toute idée de formation technique des volontaires, bien au contraire. Mais je ne vois vraiment pas en quoi cela permettrait de régler la question des inégalités face au développement du réseau. Les choix politiques les plus déterminants en matière de développement des technologies nouvelles se font avant tout en amont des usages ? Je ne crois pas beaucoup aux politiques d’accompagnement. "Je ne me vois pas en disant cela « éructer » contre les « marchands du net »." Il m’a pourtant semblé que les "friconautes" étaient une cible de choix des "amis du portail". Avec des discours du genre : "Internet c’est pas eux, c’est nous ! Mais bon, cela n’a pas grande importance. "La distinction entre marchand et non marchand n’est pas dans mon vocabulaire." A ce petit jeu, on pourrait aussi gloser pendant des heures sur la distinction entre le "web indépendant" et celui qui ne le serait pas. Mais bon, tu as raison, les dichotomies sont toujours un peu réductrices ou arbitraires. "La formule « internet non marchand », par exemple, m’a toujours personnellement semblé absurde et dépourvue de sens, je l’ai souvent dit et dans ces pages en particulier." Figure-toi qu’il m’arrive de me faire la même réflexion sur celle de "web indépendant". Comme quoi, il arrive que nos interrogations se rejoignent. "Je vois bien la ligne de partage qui existe entre nous, elle est intéressante, elle recouvre des choix politiques différents ; ce ne serait pas dommage de l’expliciter au lieu de personnaliser aussi systématiquement le débat." Pourquoi tu parles de personnalisation du débat ? J’avoue ne pas comprendre. Quant à la ligne de partage dont tu parles, ne connaissant pas précisément la nature de tes idées politiques, je t’avoue là aussi que j’ai quelques difficultés à la repérer. Mais n’hésite pas à m’éclairer sur ce point. Au passage, inutile de me donner pompeusement du « Monsieur Zablocki », je t’autorise à m’appeler Olivier. Appelle-moi Pascal ! PS : si la rhétorique arrogante, mythologique et parfois truffée d’allusions gratuites de certains acteurs du Minirezo (je ne les lis pas tous) m’exaspère de temps en temps, il n’en reste pas moins que l’initiative de la création de cet espace de publication me paraît être une excellente chose. J’éprouve beaucoup de plaisir à la lecture des articles d’uZine2. Je les trouve parfois drôles, souvent jubilatoires et toujours stimulants. Afin de terminer cette discussion sur une petite note positive, je souhaitais vous féliciter pour cette initiative. en ligne : > L’Internet solidaire expliqué à ma fille
> L’Internet solidaire expliqué à ma fille,
1er octobre 2000
Au fait, je n’ai toujours pas compris ce que vous reprochiez à l’association IRIS. mais bon, j’imagine que je dois mettre ça sur le compte de vos accusations gratuites. Amts, Pascal. en ligne : Pascal Fortin
> L’Internet solidaire expliqué à ma fille,
Olivier Zablocki,
2 octobre 2000
C’est entendu, il y a beaucoup d’accusations acerbes ici à propos de IRIS. Il faut dire que c’est une sorte d’habitude acquise à force de se heurter sur presque tout. Ce n’est pas une excuse, disons que cela fait partie d’une forme de folklore caricatural. Il serait cependant idiot de ne pas tenter une explication car ces accusations sont mons gratuites qu’elles n’en ont l’air. Pour ma part, je crois que cette différence de potentiel qui provoque à chaque fois des étincelles est sans doute liée aux relations très différentes que nous entretenons d’un côté et de l’autre avec la question du « bien public », de l’Internet comme « bien public ». Je ne crois pas me tromper en affirmant que IRIS prend l’Etat comme interlocuteur principal dans sa défense et illustration de l’Internet solidaire. C’est de l’Etat et de lui seul que IRIS exige un certain nombre de dispositions, d’ajustements, etc. De ce côté de la barrière, notre défense et illustration est beaucoup moins univoque et, pour faire comprendre pourquoi et comment, je ne peux que reprendre l’exemple classique d’un « bien public » bien antérieur à l’Internet, il s’agit du phare et plus généralement du système mondial de signalisation maritime. C’est l’exemple type d’un « bien public » : tous les navires profitent de sa lumière, et les bénéfices que cette dernière procure restent les mêmes pour tous les bateaux, aussi nombreux qu’ils soient. Ce qu’il est très important de noter, c’est que l’histoire des phares montre qu’un bien public n’est pas nécessairement fourni exclusivement par les gouvernements. Ronald Coase, Nobel d’économie (je ne sais plus trop quand) raconte qu’au cours des siècles les phares ont été bâtis et gérés par des investisseurs privés, des corporations maritimes et des associations des secteurs public et privé, sans compter les organes et organismes gouvernementaux. (The Lighthouse in Economics
Du réseau mondial des phares à l’Internet, il y a plus qu’une métaphore, une véritable filiation. C’est d’ailleurs l’objet de la rubrique A l’abordage que d’approfondir tous ces parallèles historiques et contemporains entre société de l’information et société maritime. Pour en revenir à la question des relations IRIS / minirezo, je pense vraiment que c’est dans cette relation différente au « bien public » en général, à l’Internet en particulier que se trouve la source de toute une série de désaccords extrêmement profonds et de coups de griffes réciproques. Amicalement
> L’Internet solidaire expliqué à ma fille,
Olivier Zablocki,
2 octobre 2000
Si tu fais allusion à une formation culturelle et politique pour inciter les citoyens à intervenir plus efficacement dans le débat public et à faire valoir le bien commun face aux intérêts particuliers d’une petite (cyber)élite, alors, oui, nous sommes d’accord. C’est bien à cela que je pense ou plus précisément à un apprentissage de la coopération qui me semble indissociable de la culture réseau. Cela peut d’ailleurs être très pratique comme apprentissage, c’est l’entrainement au travail coopératif et en réseau. J’avoue sur ce sujet mettre pas mal d’espoir dans les rapides évolutions des plateformes de formation en ligne en général qui développent des espaces de coopération, de formation mutuelle, de plus en plus intéressants... Mais c’est bien connu, je suis un incorrigible optimiste ;-) Amicalement,
> L’Internet solidaire expliqué à ma fille,
Pascal Fortin,
3 octobre 2000
Salut Olivier, Je suis désolé de manifester une nouvelle fois mon scepticisme mais j’avoue que ta métaphore sur la circulation maritime ne me satisfait pas vraiment. Toutefois, avant d’en venir sur ce point, je souhaiterais d’abord réagir à d’autres aspects de ton dernier message " Je ne crois pas me tromper en affirmant que IRIS prend l’Etat comme interlocuteur principal dans sa défense et illustration de l’Internet solidaire. C’est de l’Etat et de lui seul que IRIS exige un certain nombre de dispositions, d’ajustements, etc." Certes IRIS insiste beaucoup sur la responsabilité des pouvoirs publics à la fois dans les modalités mêmes du développement du net et dans l’aménagement nécessaire de notre appareil législatif en relation avec ce processus. Mais je crois d’une part que le plus grand défi lié au développement de ce réseau se pose précisément sur ce terrain là et d’autre part qu’on ne peut déduire d’une telle attitude qu’IRIS adopterait une position selon laquelle tout repose sur l’État. Je n’imagine pas une seule seconde par exemple qu’IRIS s’opposerait à toute forme d’usage citoyen du réseau pour contrebalancer le développement consumériste de ce dernier. D’ailleurs j’imagine que la création d’INMS-L et l’ organisation de la réunion annuelle de l’Internet solidaire et non marchand est au moins en partie conçue pour mobiliser les énergies et inciter les gens à agir à leur niveau respectif. Venons-en maintenait au recours que tu fais à la métaphore du "Phare" pour illustrer la différence qui vous sépare d’IRIS dans la manière d’envisager le développement du Net. Tout d’abord, permet-moi de regretter que tu n’aies pas procéder à l’évocation d’exemples concrets de désaccords avec IRIS. Pourtant cela m’aurait sans doute beaucoup plus aidé à comprendre la nature de vos divergences que ce recours à une métaphore dont le caractère pédagogique me paraît pour le moins douteux. Douteux pour deux raisons. D’une part, j’avoue ne pas bien connaître les particularités de la circulation maritime. D’autre part, le recours à la métaphore présente immanquablement le grand défaut de laisser plus de questions en suspens que d’en résoudre. C’est pourquoi il me semble nécessaire de toujours recourir à un raisonnement ou une démonstration plutôt que ce type de procédé rhétorique. Je me contenterai donc d’une seule remarque au sujet de ce parallèle entre le phare et Internet. A mon avis, la grande différence entre les deux tient au fait que, dans le premier cas, les compagnies privées avaient un intérêt bien compris pour construire ou participer à la construction de ces phares indépendamment du fait de savoir dans quelles conditions d’autres qu’eux allaient en profiter (en l’occurrence, apparemment gratuitement). Je crois que cette remarque suffit à elle seule à expliquer pourquoi la construction des phares pouvaient éventuellement être entreprise sans que les États y jouent nécessairement un rôle prépondérant. Dans le cas d’Internet, les choses me paraissent par contre bien différentes. En effet, si le développement du réseau est laissée à la seule initiative privée, alors les entreprises en favoriseront le développement partout où ils en auront intérêt. Or on sait que leur intérêt s’étend, et se limite dans le même mouvement, à l’ensemble des foyers solvables. Cela signifie concrètement que les personnes non solvables ou les zones géographiques non rentables seront délaissées par les acteurs privées. C’est précisément pour cette raison que les pouvoirs publics (Etats, collectivités territoriales, etc.) ont un rôle considérable à jouer. C’est, je crois, ce que demande IRIS. Et je ne vois pas comment on pourrait leur donner tort. Amicalement, Pascal. PS1 : je pense qu’il serait plus judicieux de continuer cette petite discussion sur INMS-L. Cela ferait un peu moins ghetto qu’à la fin d’un article publié sur uZine2. En plus cela permettrait aux membres de cette association d’intervenir directement dans une discussion qui les concerne directement. PS2 : apparemment tu sembles être porteur d’un projet en relation avec l’appel d’offre de l’ami La Scouette. Je serais curieux d’en connaître les détails. Ou peut-on se renseigner pour en savoir plus ? Je suis aller sur le site de Radiophare et n’ai rien trouvé sur le sujet.
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Olivier Zablocki,
4 octobre 2000
Je ne suis pas porteur d’un projet en relation avec l’appel du SEES. S’il est vrai que dans un premier temps j’ai avancé des propositions dans le cadre de l’appel, s’il est également vrai que j’ai été aussi très impliqué dans des équipes qui vont soumettre des projets au SEES, il faut savoir avant de poursuivre :
Sur le fond, je crois qu’avec cet appel à projets du SEES nous touchons aux limites de ce que l’on peut attendre de ce mode de redistribution de l’argent public aux acteurs du développement local, aux limites de ce qu’un Etat riche et moderne est prêt à faire sur les thêmes qui nous préoccupent. Ce n’est pas Guy Hascouët et le SEES en lui-même que je mets aujourd’hui en cause, c’est l’Etat dans son ensemble qui apporte ici la preuve qu’il n’est pas un partenaire convaincant et surtout qu’il est incapable de proposer une méthode de développement cohérente. Sur les sujets qui m’intéressent plus directement à savoir les perspectives que le déploiement de l’Internet pourrait ouvrir (dans certaines conditions seulement) en terme d’équilibrage des chances entre les territoires, d’utilisations plus fines de l’espace, de contribution au développement local (économique, social et culturel), je m’interroge sur ce que seraient des politiques d’aménagement vigoureuses. Car il s’agit bien d’un problème d’aménagement autant sur le plan des infrastructures de télécommunication que sur celui des plateformes matérielles et logicielles ou encore des compétences dont il est nécessaire que chaque territoire dispose pour aborder ce nouveau continent. Qui dit aménagement dit choix politiques sur le long terme et mobilisation de ressources financières significatives pour soutenir les efforts à des échelles de dix, voire vingt ans. Dans cet esprit, il me semble souhaitable qu’une institution adaptée soit rapidement créée dans ce pays, un « Fonds de Soutien Internet & Territoire » mobilisant les financements au niveau régional et national, procédant par avances remboursables et laissant le soin à des délégations locales autonomes d’instruire les dossiers de demande de soutien à l’échelle de chaque territoire. Ce n’est pas un projet en relation avec l’appel du SEES, c’est plutôt un projet en réaction à cet appel. Lorsque l’on constate avec les 33MF du SEES à quelle hauteur l’Etat est prêt à mettre la main à la poche pour construire une politique on ne peut que se dire qu’il va falloir compter avec d’autres acteurs, qu’il s’agisse des collectivités locales, qu’il s’agisse d’interventions privées principalement dans le cadre de coopérations locales précisément ciblées. C’est à ce niveau là que la comparaison (et non la métaphore) avec la manière dont s’est déployé dans l’histoire le dispositif international de signalisation maritime et de sécurité en mer peut apporter des éléments de réflexion très intéressants. Amicalement,
> L’Internet solidaire expliqué à ma fille,
31 décembre 2000
Pardonnez cette intrusion dans votre échange : juste un remarque : avant qu’une institution adaptée soit rapidement créée dans ce pays, il me semble prioritaire, pour l’internet solidaire, pour l’économie solidaire et pour la peinture sur soie solidaire, que la structure de l’état français soit réformée. Car sans vouloir vous couper dans votre enthousiasme, le « Fonds de Soutien Internet & Territoire », comme pour les Espaces Culturels Multimédia et toutes les initiatives politiques culturelles ou autres n’auront une efficacité à terme qu’après une nouvelle et réelle décentralisation démocratique. Sinon, le clientellisime continuera inexorablement de laminer la solidarité, de renforcer le rejet de la chose politique et d’exacerber la violence. L’embellie actuelle (recul du FN et du chômage) toute conjonturelle,ne doit pas nous détourner de cette priorité absolue. Mais je vous laisse continuer. Fabrice Massé |