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jeudi 15 novembre 2001
Série « les Maîtres du pamphlet »

Froid glacial sur l’indépendance subventionnée

Des mitaines pour le contrôleur !
par Erick Aubourg et Antoine Pitrou
 
 
Introduisons par une introduction efficace (empruntée à de Grands Journalistes) : « Grippés, les rouages du jackpot solidaire du Secrétariat d’Etat à l’Economie Solidaire (SEES) ? » Si fait.

Gelées même, les serrures du coffre-fort du cache-bittogniau social de l’Etat libéral, à en croire Martine Laborde, chargée des relations publiques avec les joueurs. Les heureux récipiendaires des notifications d’attribution de subvention envoyées cet été pourront toujours s’en servir pour se réchauffer. Conseil malin : mieux vaut les brûler, quitte à redemander une copie, c’est plus efficace que de se frotter, même lascivement, contre ces accorts imprimés en attendant le retour des doux gazouillis du printemps électoral et des suppléments spéciaux sur le formidable débat citoyen qui s’annonce (Bahlsen en hausse de 10 %, pronostique Jean-Pierre Gaillard). Une coupe franche de dix millions de francs, annoncée sur le site de Médiasol, et confirmée par simple appel téléphonique au SEES, serait à l’origine de ce subit refroidissement climatique des pratiques solidaires institutionnelles.

Le SEES, victime de choix des révisions budgétaires du gouvernement, se contente d’informer les heureux lauréats de son « appel à projets » d’un différé général sur le traitement de tous les dossiers en attente de visa du contrôleur financier. Lequel contrôleur cryogénisé serait peut-être en instance de décongélation [1], suite à l’arbitrage d’un match Guigou/Hascouët qui devait avoir lieu ce matin dans la plus stricte intimité d’une pièce fermée de l’intérieur. Les deux représentants de la société civile s’éviteront certainement d’inutiles violences et s’entendront avec moults témoignages d’affection proportionnels à l’exiguïté de l’espace commun (à peupler de tant de lieux !) sur les priorités budgétaires et politiques de l’Etat, qui pourra se féliciter d’une participation joviale et spontanée des acteurs du « tiers secteur » à la réhabilitation des commissariats et des cliniques privées. Ou peut-être, plus vraisemblablement, le SEES fait-il quelques économies en prévision des soirées-cahouettes.

Toutefois, en attendant la sortie d’un single humanitaire pour financer les mitaines du contrôleur financier, qui a la peau sensible, ne doutons pas que le SEES saura se trouver de saines occupations pour continuer à justifier une existence précaire (existence dont certaines mauvaises langues prétendent qu’elle gaspille indûment des fonds publics qui seraient bien mieux investis en actions concrètes que dans l’entretien de quelques Malaussène hypothermiques toujours prompts à garantir en privé, après avoir lu le dernier cahier spécial indignation citoyenne de Télérama, leur solidarité juvénile et inconditionnelle avec les tendres et roses victimes de leur employeur).

Ainsi, pour réaffirmer son souhait de tisser des ponts (lors que d’autres, de peu d’égards, se contentent de les jeter vulgairement) entre tous les acteurs d’une société citoyenne et solidaire faite de synergies transversales entre les initiatives territoriales essaimées dans une approche féconde des hétérogénéités inhérentes à un développement en tubercules, le SEES tente de se recycler dans l’Internet alternatif. Par exemple, en profitant de la Loi sur la Sécurité Quotidienne pour archiver et fournir gratuitement les données privées contenues dans ses fichiers informatiques, comme celle qui associe le nom d’un des auteurs de l’article à l’ancienne adresse de l’hébergeur associatif dont il fut président. [2].

Le tout permit au dit auteur (cassons ici le suspense, c’est celui dont le patronyme a la plus belle rime), de recevoir, à l’adresse postale de l’hébergeur, une invitation aux... REMICS - Rencontres Européennes du Multimedia et de l’Internet Citoyen et Solidaire, sic -, « événement » coorganisé par VECAM, association de rapporteurs  [3] fondée et présidée à certaine époque par une certaine Véronique Kleck, qui fut plus tard, mais c’est un hasard, promue examinatrice de subventions citoyennes au SEES, avant d’en être récemment remerciée... subventions parmi lesquelles se trouve, mais c’est encore un hasard, le dossier qu’avait déposé l’hébergeur sus-cité.

On ne sait pas si les données personnelles récoltées au cours de ce sacerdoce au service de la solidarité font effectivement partie de l’accord donnant lieu à séparation de l’Etat et de sa chère commise. Ni pourquoi Monsieur Hascouët et son équipe sont devenus si froids alors qu’ils faisaient jusqu’alors preuve de tant d’aimable chaleur avec leurs prospects...

C’est peut-être la saison qui convenait mieux.

 

[1] Cf. les Meilleurs Moments Journalistiques de votre Jeunesse, volume 4.

[2] Esprit partageur et altruiste qui fut théorisé par un autre intérimaire du Spectacle alternatif, Philippe Di Folco (Nova Magazine, entre autres), à qui l’on reprochait d’avoir utilisé sans autorisation une adresse électronique privée pour des courriers promotionnels à caractère branché (mais légèrement décalé et off-tempo). Nous citons : « Voilà c’est le rézo c’est l’échange... ». Sic.

Dernière minute : Philippe Di Folco sort un livre nommé Citizen Data, qui parle semble-t-il de... données personnelles sur le Net. Comme quoi, un temps de chien n’oblige pas à avoir froid aux yeux, le SEES devrait en prendre de la graine...

[3] Le terme est large : il s’agit non seulement de spécialistes dans la rédaction de rapports, mais aussi d’experts en composition de discours à plusieurs niveaux d’analyse et de consultants seniors en empilement de mots-clés à forte entropie sémantique. Devis sur demande.

 
 
Erick Aubourg et Antoine Pitrou
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Antoine Pitrou
Membre du Conseil d’Administration de Globenet
Directeur de Globenet
8 octobre 2000
 
SPIP
Web indépendant


> Froid glacial sur l’indépendance subventionnée
18 novembre 2001, message de Sam
 
Il est réconfortant de se dire qu’il reste encore les yeux pour pleurer, ainsi que la bouche pour gerber.
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> > Froid glacial sur l’indépendance subventionnée, 19 novembre 2001

Ce qui est réconfortant, c’est de savoir que les auteurs de cette magnifique prose on eux aussi fait des courbettes en leur temps pour obtenir ces beaux fonds solidaires.

Et ça leur passe sous le nez, comme ça, bêtement. Y a de quoi hurler de déception, non ? ;o)

Hilarant.

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Ni réjouissant, ni surprenant, 19 novembre 2001

Bonjour,

L’un des auteurs au moins n’éprouve pas de déception, vu qu’il n’est plus partie prenante du projet qu’il avait présenté à l’époque (projet qui vient par ailleurs d’ouvrir officiellement, sans aucun sponsor ni subvention ;-)).

Je n’ai jamais non plus conçu d’espoir particulier à propos de l’aide que l’Etat peut/veut apporter à des initiatives qui précisément nient les volontés étatiques de contrôle (qu’il soit autoritaire ou insidieux). Le vent actuel qui secoue le "tiers secteur" est la bonne occasion d’enfoncer le clou, d’où l’article. D’autres articles ont déjà abordé le sujet ici (cf. la rubrique "solidaire comme une start-up"), on peut voir les réactions de certains dans les forums ("vous crachez dans la soupe"...). Là, les évènements donnent raison à ceux qui se seraient fait traiter de rabat-joie six mois plus tôt. Autant le dire.

Enfin, s’il s’agissait de protester contre la perte d’une hypothétique subvention, on aurait plutôt choisi de signer une pétition (il y en a).

Antoine.

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> Ni réjouissant, ni surprenant, 19 novembre 2001
il faut savoir mordre la main de celui qui nous nourri (pierre carles)
Répondre
> mais étonnant à tout le moins, 25 novembre 2001

> L’un des auteurs au moins n’éprouve > pas de déception, vu qu’il n’est > plus partie prenante du projet > qu’il avait présenté à l’époque

c’est vrai : l’un fait le troll dans ce projet, sur le mode "je préfère casser mes jouets plutôt que voir les autres s’en servir" et l’autre s’en est retiré, dont acte ; mais il n’a pas oublié au passage de faire entrer dans le CA de l’assos dont il est directeur plusieurs personnes dudit projet : vive la démocratie associative et le contrôle indirect.

> (projet qui vient par ailleurs > d’ouvrir officiellement, sans > aucun sponsor ni subvention ;-))

C’est juste aussi : ni AlternB qui a donné un serveur et le système informatique qui va avec, ni globenet qui fournit la bande passante et la place dans une baie, ni le cicp qui sert gracieusement d’adresse postale, n’ont sponsorisé. ils ne sont même pas au courant.

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Attention à vos amis, ils essaient de vous sponsoriser..., 25 novembre 2001

« Sponsor : personne, organisme qui soutient financièrement une entreprise à des fins publicitaires. » (petit Robert)

Si vous pensez qu’à chaque fois que vos amis vous filent un coup de main, c’est à des fins publicitaires, vous pouvez toujours cuver votre paranoïa au fin fond d’un troquet ou sur les forums d’uzine (et c’est vous qui parlez de troll, amusant). Mais bon, c’est votre conception des rapports sociaux et humains, hein...

On attend votre conception du sponsoring appliquée à la solidarité, à l’entraide syndicale, au logiciel libre, aux bouffes entre potes, aux cadeaux d’anniversaire, à la patée du chat.... N’hésitez pas.

Cordialement

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> > mais étonnant à tout le moins (faut pas pousser mémé dans les orties), 26 novembre 2001

Hé, ce n’est pas idiot du tout ce qu’il dit celui qui se défend d’avoir des sponsors. Les amis ça existe aussi, et on peut les aider à des fins politiques sans en espérer des retombés publicitaires.

Dans le doute que tu exprimes, celui qui me touche le plus, ce n’est pas le bénéfice gratuit d’assistance amicale, c’est le lien de dépendance qui existerait du fait de cette aide. Recevoir un cadeau d’un ami si c’est pour en échange donner la clef de son appartement à ce bon copain, c’est moins sympa. Et si il est en plus dans le syndic de copropriété, faudrait voir à faire venir le serrurier.

Mais bon, j’imagine que cela concerne des histoires de famille, ce sont les pire.

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> > mais étonnant à tout le moins, juddith, 29 novembre 2001

Ben alors Matthieu ??? Jaloux ?

Dis donc ... t’aurais pas oublié de signer par hasard ????

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> > Froid glacial sur l’indépendance subventionnée, 25 novembre 2001

Ce qui m’a mis le doute, c’est de voir critiquer l’organisation du Haillan par le directeur d’une association (Erick Aubourg est directeur de GLOBENET) qui y était représentée par sa présidente.

Mais lorsque l’on lit un article du Monde dans lequel on apprend que Globenet comprend dans son personnel :
-  des emploi-jeunes (jusqu’à 90% du salaire pris en charge par la collectivité)
-  un CES(jusqu’à 95% parfois

(rien de mal à tout cela)

il ne fait aucun doute que le directeur d’une association à l’indépendance aussi manifestement subventionnée ne peut écrire un tel article qu’au 3ème degré.

Humour les gars les filles, c’est juste un pamphlet, même pas l’aigreur de quelques déçus du pouvoir ou des finances. Juste sans doute une private joke entre indépendants patentés en mal de leadership.

 
en ligne : Article du Monde
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’’, jerome moinet, 26 novembre 2001

C’est très étrange cette manie de ne pas signer ses posts.

C’est assez rare sur uzine, me semble-t-il.

Il y aurait donc un vrai malaise ?

Mais c’est pas grave puisque je vous ai tous reconnus ;o) Quelle belle et grande famille, cet internet solidaire et non marchant :)

PS : j’en profite pour inventer un nouveau concept : le titre anonyme ;o) (ha bon, c’est déjà inventé ? pas grave.)

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