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13 mai 2002
13 décembre 2001
 
dimanche 29 avril 2001

Les cirques de la faim de Bucarest

Le peuple roumain entre au XXIème siècle
par Ijon Tichy
 

Il y a quelques mois, alors que le XXème siècle touchait à sa fin, la capitale roumaine connut l’inauguration d’un singulier centre commercial. Temple de la consommation à l’occidentale, le Bucharest Mall suscite en effet l’étonnement, non pas par ce que l’on peut y acheter, mais par son infrastucture. Qui se douterait en effet que nous nous trouvons à l’intérieur de ce qui devait devenir un gigantesque entrepôt à nourriture - que les Bucarestois, avec leur humour particulier, nommèrent à l’époque un « Cirque de la Faim » ?
Retour sur l’un des plus sordides projets de l’ère Ceausescu.

Bucharest Mall, l’insolence du luxe

Deux choses frappent en arrivant au Bucharest Mall.

En premier lieu, l’opulence ostensible de ce centre commercial s’oppose radicalement au Bucarest poussiéreux et déglingué qui l’environne. Le parking accueille aux places d’honneur les grosses voitures des nouveaux riches, alors que les vieilles Dacia (Renault 12 locales) sont reléguées vers la sortie. A cette fin des placeurs en uniforme quasi militaire – à la réflexion, je me demande s’ils n’étaient pas effectivement armés – font de leur mieux pour attirer les voitures luxueuses.

A l’intérieur, le Bucharest Mall donne le vertige. Une armée de personnel astique en permanence le moindre recoin du centre, qui étincelle littéralement. Les magasins proposent exactement le même genre de marchandises que chez nous, et au même prix, ce qui revient à parler de grand luxe pour la majorité des Roumains. Beaucoup d’articles exorbitants et superflus, bibelots de mauvais goût, crèmes amincissantes aux liposomes, hamburgers et CD du hit-parade américain, gadgets japonais en plasique fluo. Tout l’inutile, le pire de la société du fric et du gaspillage, se trouvent réunis dans ce centre commercial, piège à pognon pour les milliardaires du coin ou les touristes, mais aussi sorte de musée aux prix inaccessibles pour nombre de Bucarestois moyens venus ici passer le dimanche, en simples visiteurs.

La seconde chose semble plus anodine : il s’agit de la forme d’ensemble du centre commercial. Loin de figurer, comme chez nous, des bâtiments remplis de commerces sur plusieurs niveaux, le Bucharest Mall présente la curieuse forme d’une grosse coupole - un peu comme dans les églises orthodoxes, mais en beaucoup plus grand - située au faîte d’un édifice massif et arrondi. La coupole est vitrée et laisse abondamment passer la lumière du jour. Les commerces sont répartis sur l’ensemble de la périphérie intérieure de ce vaste cercle, dont l’espace donne sur le vide, ce qui ajoute à l’impression de vastitude. Du plus bas niveau jaillissent régulièrement de gigantesques jets d’eau à la verticale, propulsés par une force étonnante, qui atteignent presque la coupole vitrée et retombent sans rien éclabousser !

Pourtant ce lieu d’abondance inaccessible est construit sur les ruines d’un bâtiment que Ceausescu avait voulu vers la fin de son règne, car nous sommes en réalité dans ce qui devait être l’un des Cirques de la Faim.

Le grand projet du Conducator

Ceausescu, conducator aux idées démentielles, voulait faire de son pays un véritable laboratoire d’expériences inédites. Pour mener à bien ses expériences il avait besoin de cobayes ; il prit tout simplement ce qu’il avait en abondance sous la main, c’est-à-dire les Roumains.

Supprimer les cuisines des appartements, par exemple, lui semblait une bonne idée pour en réduire la surface, et donc augmenter le nombre de logements.

En lieu et place, il ordonna la construction d’une grande et unique cuisine-réfectoire par quartier, passage obligé des habitants qui seraient bien obligés de prendre ce qu’on leur donne. C’est ainsi qu’apparurent de gigantesques constructions qui devaient centraliser la nourriture et servir de cantines au peuple.

Des cirques de la faim, monumentaux édifices disséminés dans Bucarest et aujourd’hui en ruines – hormis le Bucharest Mall - témoignent de cette volonté implacable de rendre l’homme moins humain. La chute du dictateur, en décembre 1989, a stoppé net le grand projet et les héritiers de la « révolution » ne surent que faire de ces inquiétants gardiens d’un passé douloureux.

Voyage au bout de la nuit

Aujourd’hui à Bucarest les appartements ont une cuisine. Cela est bien loin de signifier que tout le monde mange à sa faim. La misère est omniprésente, qu’il s’agisse de gosses affamés – souvent des Roms – mendiant aux feux rouges ou d’une grand-mère sans regard ayant juste la force de tendre son carton à la sortie des boutiques.

Combien de temps cette femme a-t-elle espéré la fin du communisme ? 40, 50 années peut-être. Une vie. Que peut-elle penser à présent, que Ceausescu est mort depuis 11 ans, que les élections démocratiques portent régulièrement certains de ses anciens amis au pouvoir, que rien ne lui laisse espérer une quelconque aide autre que l’obole des passants ?

A quoi peuvent-ils bien penser, ces retraités fouillant dans des poubelles fétides dont l’odeur rebute même les chiens vagabonds ? A l’article de la mort, suintant de pauvreté, comment pourraient-ils avoir la moindre confiance en cette démocratie qu’ils ont si longtemps espérée, en cette Europe unie qui les rejette ?

Comment, dès lors, s’étonner de retrouver au second tour des présidentielles un néo-fasciste et un ex-aparatchik ?

La Roumanie sortie de la nuit communiste est entrée sans transition dans le cauchemar libéral.

Prémonition

L’on s’attendrait sans trop de surprise à voir apparaître les cirques de la faim dans des romans d’anticipation mais guère dans l’Europe du XXème siècle.

A l’heure de la guerre économique menée dans nos pays libéraux, justifiant les pires procédés puisque l’on est en guerre et que nul ne saurait s’y opposer sous peine de traîtrise, on peut cependant se demander - avec effroi - s’il s’agissait bien du rêve d’un fou communiste, délire symptomatique d’une époque révolue, ou d’une géniale prémonition futuriste allant au bout de la logique libérale.

 
 
Ijon Tichy
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> Les cirques de la faim de Bucarest
28 décembre 2002, message de Laurent FONTAINE
 

bonjour, je suis francais marié à une roumaine depuis 10.98 J’aime la roumanie et les roumains et je suis contre ce magasin On peut voir le resultat en france. Tout les centres villes se vident . les centres commerciaux sont a l’exterieur des villes et l’on y achete la plupart du temps des produits de m... Les gens sont dirigés vers ces centres commerciaux.(Aujourd’hui en france, il y autant de liberté qu’il y en avait du temps de Cauecescu et cela va empirer. PEUPLE DE ROUMANIE, FAITES ATTENTION A L’EUROPE ET SA SOI DISANT RICHESSE

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Arrêtons de porter atteinte au renom des roumains !!!
3 août 2002, message de Un ami des roumains
 

A force de parler de la Roumanie et des roumains comme de misérables êtres affamés et prêt à se prostituer, comme on l’entend et on le voit dans les journaux français, on va finir-et j’ai peur que ce soit déja le cas-par detruire l’image de ce peuple qui à mon avis est un des plus brillant et plus fier d’Europe. Ils ont un mode de vie et une éducation exemplaire issues des vraies valeurs morales du marxisme. Je n’arborderai pas les aspects négatifs de celui-ci car c’est trés bien fait dans cette article.

Le résultat est que bientôt, et c’est déja le cas, la décadence liberale et la machine capitaliste viendra encore plus anéantir tout les éspoirs de ce pays et de ses habitants admirables.
La seule alternative est d’expliquer par des temoignages aux roumains la pourriture qui rêgne dans nos pays pseudo-civilisés (Drogue, sentiments d’insécurité, désertion des rues la nuits, vitrines inabordables, endêtement permanent, nourriture chimique, sécurité de merde...)
Vive la Roumanie libre !!!

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Les cirques de la faim de
3 février 2002, message de D.
 

Est-il encore actif, le forum ? Car les derniers échanges datent de mai 2001, me semble-t-il.
Merci.

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> Les cirques de la faim de Bucarest
3 mai 2001, message de Ijon Tichy
 

[Ne parvenant pas à poster une réponse à Calvz dans le forum, après moult tentatives - je tente une dernière fois ma chance en cliquant sur "Participer au forum".]

Bonjour

Je ne crois pas, sincèrement, que l’on puisse de nos jours trouver un quelconque défenseur de l’ère Ceausescu. Les tortures, l’acculturation, les restrictions énergétiques et alimentaires, la censure, la pollution... qui ignore ce bilan désastreux ? A moins d’être un irrécupérable nostalgique stalinien, non - les choses sont claires, et le suivi médiatique de la "révolution" a remis tout cela en mémoire, si besoin.

Est-ce une raison de fermer les yeux sur la situation actuelle ? La chute d’une dictature est toujours un événement dont il faut se réjouir. Mais aujourd’hui c’est un peuple qui vit dans la douleur. On ne le dit pas assez. La faim, la misère, le départ de toute une élite à l’étranger, les filières de prostitution - est-ce le prix à payer pour vivre en démocratie ? "je faisais 3 heures de queue pour des patates il y a 15 ans, et maintenant je crève de faim dans une démocratie libérale". La belle affaire ! Fermer les yeux sur un constat alarmant, voilà ce qui serait de la malhonnêteté. Refuser de voir les dégâts du capitalisme en raison de l’héritage de la dictature communiste, voilà qui serait malhonnête. Non, des hommes et des femmes souffrent, de la faim, du froid, du manque de soins, aujourd’hui, dix ans après la mort de Ceausescu, voilà la vérité. Personne ne dit que c’est facile de remédier à cela. Mais une société se juge à la façon dont elle traite les plus faible des siens, a dit Kundera, je crois. Y a-t-il, aujourd’hui en Roumanie, une implication de l’état en faveur de l’éducation, des soins, de l’accès à la culture, du combat contre le racisme ? La télévision ne participe-t-elle pas, à sa manière, à cette entreprise de débilisation populaire à force de télénovelas abêtissantes et de jeux consternants ?

J’ai discuté, là-bas, à Severin, Caracal ou Bucarest, avec des retraités. Il m’ont dit qu’ils ne voulaient plus se battre. C’est terrible de s’entendre dire ça par des gens qui ont l’âge de mes parents... Toute leur vie ils ont attendu, ils ont résisté. Et maintenant ? Quoi leur dire ? comment les réconforter, eux qui malgré leurs difficultés et leur retraite ridicule parviennent à faire honneur, si dignement, à leurs invités ? Comment leur redonner foi, tout simplement, en la démocratie ?

Sylvain dit, très justement, qu’il faut aussi se battre là-bas pour inventer un autre monde. Merci, cela fait du bien de lire de telles choses...

Ijon Tichy

Quant à la forme du Mall, elle est anecdotique. Simplement intrigante pour un Français moyen qui n’a jamais mis les pieds chez les Etazuniens et qui n’a pas l’habitude d’acheter ses caleçons aux Galeries Lafayette ou à Bruxelles...

 
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> Les cirques de la faim de Bucarest, Lili, 3 mai 2001

On me prête la connexion en me disant "c’est pour toi" alors je profite. Merci de votre intérêt, mais ne donnez pas une idée triste, les roumains ne sont pas tous tristes ou desespérés ou résignés, au contraire. Il y a du repli sur la vie familiale et communautaire, c’est certain, mais aussi beaucouop de désir, et c’est difficile pour ceux qui ont connu tout le temps le silence de faire autrement d’un seul coup, surtout dans la capitale. Je précise, pour qe les lecteurs sachent que c’est divers la vie, que quand j’étais petite, j’ai toujours mangé avec mes parents comme un enfant de Marseille ou de Lille, et pas dans des cantines. La Roumanie est diverse, et si vous pensez que c’est facile d’être à la fois slave et latin, et de sortir de cette époque de plomb ou on a dû inventer des façons de vivre...Mais je dis merci à tous mes amis français que j’aime :))

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> Les cirques de la faim de Bucarest, calvz, 4 mai 2001

Je ne crois pas, sincèrement, que l’on puisse de nos jours trouver un quelconque défenseur de l’ère Ceausescu.

Et pourtant, il y en a, et meme pas mal d’apres un sondage dont helas je ne me rappelle plus precisement des chiffres. Espoirs decus et idealisation du passe aidant, certains en viennent a penser que, tout de meme, du temps du communisme, ils avaient un emploi, et la Roumanie etait encore un grand pays, et, et, etc...

Le score de Tudor vient d’ailleurs en partie de cette nostalgie : envie de retour a Romania Mare, a l’ordre, a un pays qui avait des couilles et le faisait savoir (si je peux me permettre un peu de trivialite), le tout sans trop de tziganes dans les rues...

Est-ce une raison de fermer les yeux sur la situation actuelle ?

Evidemment pas...Mais il convient de rappeler d’ou l’on vient pour expliquer ou l’on en est. Aucun pays de l’Est n’est a la joie, tout simplement parce que le point de depart etait trop bas et les systemes trop differents pour que la transition ne soit pas douloureuse (voire tres douloureuse pour certains pays, Roumanie comprise...).

Y a-t-il, aujourd’hui en Roumanie, une implication de l’état en faveur de l’éducation, des soins, de l’accès à la culture, du combat contre le racisme ?

Bien peu...mais dans un pays deja devaste par le communisme, qui a connu trois ans de croissance negative dernierement, et dont quasi la moitie de la population est sous le seuil de pauvrete, ce n’est guere etonnant. Avec quoi veux-tu qu’ils financent tout ca, puisqu’il n’y a meme pas de quoi bouffer pour tout le monde ? Je jetterais plutot la pierre aux organisations internationales, l’UE, la banque mondiale et le FMI, qui imposent la mise en place rapide de leurs solutions toutes faites, en se foutant pas mal des consequences, et ce en Roumanie comme ailleurs. Liberalisation a marche forcee dont il est bien sur juste de denoncer les tres nombreux effets pervers...Mais les Roumains ont tellement peur qu’on leur coupe le robinet a finances, ou l’espoir de rejoindre l’Union, qu’ils obeissent presque servilement, comme lors de la guerre au Kosovo. Et c’est comprehensible, on ne leur laisse guere le choix.

On demantele donc, au plus grand profit de quelques affairistes locaux et surtout des grands groupes mondiaux qui rachetent pour pas grand chose les structures existantes et occupent le terrain en songeant a l’avenir. Les Francais y sont, vivendi, bouygues, carrefour...

Le social est laisse aux ONG, quant a la lutte contre le racisme, comme d’ailleurs la lutte pour l’environnement, ce sont pour la plupart des Roumains des concepts neufs qui dans leur situation apparaissent lointains et/ou secondaires...

Reste que (retournement antithese en prevision d’une accusation de contradiction rapport a mon post precedent)...la situation me parait -mais je ne suis pas expert non plus hein- plus positive qu’auparavant. N’oublie pas que bon nombre de problemes jusque la passes sous silence sont maintenant montres du doigt, ce qui ne veut pas dire qu’ils ont surgi du neant. Exemple, l’explosion des abus sexuels et de la maltraitance des enfants. En fait, avant, lorsqu’un bambin allait se plaindre d’attouchement douteux ou de gnons quotidiens, on ne l’ecoutait pas. Pas possible au paradis communiste. Maintenant, s’il insiste, on va peut-etre prendre en compte sa plainte. Pareil pour les pauvres. Sous la Roumanie communiste, pas de pauvres, of course. Depuis, on a des statistiques sur eux, et on peut voir qu’ils sont (tres) nombreux. Mais etaient-ils moins dans la merde avant ? Rien n’est moins sur...

aujourd’hui c’est un peuple qui vit dans la douleur. On ne le dit pas assez.

Helas, il y a tellement de peuples vivant dans la douleur que l’opinion occidentale est un peu blase...et la vie continue. Tu ne te resignes pas et je t’en felicite.

Amicalement,

calvz

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> Les cirques de la faim de Bucarest, Ijon Tichy, 6 mai 2001

Bonsoir,

En gros je suis d’accord avec ce que tu dis.

Quelques points sur lesquels je reviens :

la nostalgie de l’ère communiste : je parlais bien entendu des lecteurs potentiels de l’article (des Français, donc, qui comme moi ont beaucoup entendu parler de la révolution et beaucoup moins depuis) quand je disais que personne n’a le moindre doute sur le bilan désastreux de Ceausescu.

La difficulté rencontrée par les ex-pays communistes : je n’avais jamais vu, dans les autres pays que j’ai pu visiter, un tel degré de misère. La Roumanie me rappelle le tiers-monde nord-africain ou latino-américain, ce qui ne m’était jamais venu à l’esprit en République Tchèque ou en Hongrie. S’il est certainement vrai que le bilan n’était pas le même, il y a dix ans, dans ces différents pays, les politiques menées depuis la chute du mur sont également responsables de la situation actuelle. La République Tchèque a eu la chance d’avoir un Vaclav Havel, à l’époque où Iliescu envoyait sa milice de mineurs casser la gueule aux étudiants.

Et dire, paraît-il, qu’il y a encore pire qu’en Roumanie : les pays de l’ex-URSS, la République Moldave...

Ton opinion est que la situation est plus positive qu’avant... pouvait-on en attendre moins, après dix ans de démocratie ? Qui aurait bien pu fournir un bilan plus négatif que celui des Ceausescu ?

Le rôle de l’Etat ? le principe du financement est bien entendu crucial, comme dans tous les pays pauvres. Mais je ne suis pas convaincu de la volonté des gouvernements roumains, depuis la révolution, de faire des efforts dans le sens du social. Je ne fais nullement confiance à une politique libérale pour combattre les inégalités, pas plus qu’à un ancien aparatchik formé à Moscou. Quant au financement, il est notoire que des fortunes immenses, dans la Roumanie d’aujourd’hui, sont le fruit de magouilles datant de la chute du conducator. Beaucoup de "securistes" - ou sympathisants - ont été prévoyants. Quant à la corruption, elle brasse toute une masse monétaire qui circule entre les poches de quelques-uns au détriment des plus nécessiteux. Je pense - mais je ne suis pas plus expert que toi - qu’il serait possible à l’Etat de faire quelque chose (impôt sur les grandes fortunes, combat contre la corruption, enquêtes sur les enrichissements personnels...) pour une meilleure redistribution, la défense de causes réellement républicaines.

Pourquoi faudrait-il se résigner ? Nous avons aussi notre mot à dire sur ce qu’il se passe là-bas. A notre entourage, à nos élus, à nos candidats... Peut-être le message finira-t-il par passer, même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Amicalement
I.T.

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> Les cirques de la faim de Bucarest
3 mai 2001, message de Embe
 

Bonjour à tous !
Merci pour ces descriptions détaillées, pour cette présentation détaillée d’un pays que l’on nous présente comme "ami" depuis des lustres - puisqu’ils parlent souvent le français (et très bien comme de nombreux étrangers) et qu’accessoirement ils achètent nos bagnoles...-, mais qu’au fond on ne connait que trop peu.
Nous avons tous suivi les événements de 89 et avons été fort impressionnés par les atrocités mises à jour. La fuite et la mort de Ceaucescu, les charniers etc. Les élections.
Pour étendre le débat vers les méfaits de nos sociétés ’occidentales’ sur nos ’voisins’ (qu’ils soient d’Europe de l’Est ou d’Amérique Latine) et les
récupérations des forces populaires, en mouvement vers la conquête de leur liberté, par d’implacables mécanismes économiques, voire financiers, je vous renvoie aux textes de Noam Chomsky, reproduits sur www.zmag.org/chomsky/index.cfm (rubrique article). Les descriptions sur le Timor et le Kosovo méritent qu’on s’y arrête.

En tout ca, cela constraste fort avec les exploits des Raduciou, Hagi, lors de la Coupe du monde aux US... Ce sont bien malheureusement les seules images roumaines de joies de ces dernières années.

 
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> Les cirques de la faim de Bucarest
30 avril 2001
 

Bonjour tout le monde

Juste un p’tit mot pour dire la qualité du texte, et l’émotion des réactions du forum... Voilà qui apporte un éclairage intéressant sur un pays dont on ne parle plus. Je me souviens des événements de 89, j’étais ado à ce moment-là, et je suivais les infos sans une minute d’arrêt pour savoir ce qui se passait dans ces pays de l’Est si mystérieux, derrière l’horrible rideau de fer.

C’est aussi pour ces pays-là que nous devons nous battre pour inventer un "autre monde"...

Sylvain

Répondre


"Jos communismul !"
30 avril 2001, message de calvz
 

Content de voir un article sur la Roumanie par ici, mais c’est un peu malhonnete de depeindre la situation telle qu’elle est maintenant, c’est a dire peu reluisante, sans expliquer comment elle etait auparavant, c’est a dire bien pire encore.

La Roumanie communiste, c’etait de l’eau chaude deux ou trois heures par jour, quand il y en avait, pareil pour le chauffage, hiver compris. Et l’hiver roumain, c’est entre -15 et -40 degres...Et ca a Bucarest, a la campagne bien souvent il n’y avait ni eau courante ni electricite...

La Roumanie communiste, c’etait de la bouffe pour la nomenklatura et de la soupe aux choux pour les autres, qqs tranches de mauvais lard par semaine pour ne pas crever tout a fait, et la queue de trois heures pour le pain des 5h30 du matin...

Sans parler de la repression, des tortures, de l’absence totale de liberte, de l’endoctrinement de la jeunesse dans les Pionniers, etc, etc...

Alors evidemment, la situation actuelle n’est pas brillante, mqis elle ne l’est dans aucun pays ex-communiste, parce qu’on ne passe pas d’un systeme a l’autre sans dommages, en qqs mois.

Les gouvernements actuels heritent d’un pays fracasse, et ils ne savent pas ou donner de la tete, puisque tout ou presque est a refaire. Ajoute a cela les resistances des nomenklaturistes, dont bcp se sont recycles dans le nouveau systeme, les espoirs decus de la population a qui l’on avait bien betement promis l’age d’or pour faire passer la pilule des restructurations, et tu obtiens le score de Vadim Tudor aux dernieres elections legislatives.

Il y a des sacrifies, bcp de gens qui sont nes sous le communisme et sont depasses par les evenements. Bcp d’orphelins, tziganes et autres declasses qui etaient auparavant tenus a l’ecart dans des ghettos indescriptibles et qui hantent desormais les rues, ont change de ghettos. Leur sort est-il plus penible qu’avant, je ne sais...

Mais pour la nouvelle generation, le bilan du capitalisme en Roumanie, je le dis au risque d’etre discredite a vie sur ce site a l’extreme-gauchisme bien connu, m’apparait plutot positif.

Positif au prix, evidemment, pour bon nombre d’entre eux, d’une emigration qui souvent s’avere definitive et qui constitue un gros probleme pour le pays, comme le souligne a juste titre Lili.

Reste qu’aujourd’hui les magasins sont pleins. Je n’ai jamais vu un bucarestois denoncer l’existence du Mall. Je ne connais que des gens frustres de ne pas avoir d’argent a y depenser.

Parler surconsumerisme a un roumain, c’est un peu comme discuter regime avec un affame...

Amicalement,

calvz

PS : et entre parentheses, l’architecture du Mall n’a rien de specifique. C’est un dome, avec une fontaine au milieu, et des magasins repartis en cercle, les fast foods au-dessus. Bref un Mall tres classiquement americain...

Répondre
> Sus Capitalismul, fb, 2 mai 2001

salut,

pour répondre d’abord à ton PS l’architecture du Mall est au contraire très spécifique. Comme l’a écrit l’auteur, un des derniers projets (inachevés) de Ceausescu a été de créer des énormes cantines collectives. Elles ont la forme d’un énorme cube surmontée d’un dôme. Il y en a un peu partout dans la ville dans un état total de délabrement. Tous sauf le plus central à quelque minutes à pied du Palais du Peuple (autre projet pharaonique du communisme). Celui ci a été reconvertit en Mall. C’est à dire qu’il a été peint, qu’on a mis des drapeaux un peu partout, le tout avec le bon gout et à la mode Mickey (orange et rose)...
Que faut il penser d’une telle reconversion ? A vous de voir. Je me contenterai de rectifier la description de ce Mall vu d’un français moyen : on ne trouve à l’intérieur qu’un nombre limité de magasins qui proposent un nombre aussi limité d’articles et de tailles. Quant à la fontaine, un des jets était cassé il y a 3 mois, vérification faite la semaine dernière il l’est toujours. Je n’écris pas cela pour me vanter des "magnifiques" centres commerciaux que nous avons en France, mais pour vous dire ce que j’en pense : c’est une vaste arnaque. Ce sont les mêmes magasins qu’ailleurs (ce n’est pas le seul centre commercial), offrant les mêmes services, sauf que c’est hors de prix (2 à 10 fois plus cher) sous pretexte qu’il y a une zolie fontaine.
J’ai un autre bilan du capitalisme que toi (à noter que Iliescu,le président, est un ancien communiste formé à Moscou) : on s’active à éradiquer les chiens errants, à peindre les centres commerciaux en orange et multiplier les prix par X, à détruire les petits commerces (la où les roumains faisaient leurs achats)....c’est le touriste qui va être content.

Amicalement

ps : Au début du XXieme siecle on appelait Bucarest le petit Paris.... (à suivre)

Répondre
Nu, dar..., calvz, 2 mai 2001

Elles ont la forme d’un énorme cube surmontée d’un dôme. Il y en a un peu partout dans la ville dans un état total de délabrement

Et la base du mall est un ancien batiment communiste. Je sais tout ca. N’empeche que le resultat final donne un mall a l’americaine. Le dome en verre, l’espace central vide avec escalators, la fontaine, les magasins en cercle, c’est l’architecture classique du mall americain, ou d’ailleurs du centre commercial classique. Les galeries Lafayettes a Paris et le city2 a Bruxelles sont aussi construits dans le meme style.

Quant au camarade Basescu, il fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a. Qu’il essaye de reduire le nombre de chiens errants de quelques centaines de mille ou de mettre un peu d’ordre dans une ville defiguree par des milliers de boutiques en contreplaque construites en toute illegalite, je ne peux pas vraiment lui donner tort...(bien qu’elle soient effectivement pratiques le soir pour les achats de derniere minute).

Du reste, la piata quotidienne n’est pas menacee, que je sache, mais au contraire encouragee par des constructions et aides diverses de la mairie.

Precision qui n’est pas dans le texte : la collectivisation de la vie quotidienne, jusqu’au repas familial (cuisines-refectoires commune a tout le bloc) avait aussi, et meme surtout comme objectif d’affaiblir le lien familial et d’empecher la critique du regime en eliminant au maximum l’espace prive. Tout le monde surveille tout le monde, le vieux reve totalitaire.

ps : Au début du XXieme siecle on appelait Bucarest le petit Paris.... (à suivre)

Tout a fait, meme que Morand etait fan.

Amicalement,

calvz

Répondre


> Cluj
29 avril 2001, message de Lili
 

Je te dis merci d’avoir écrit sur la Roumanie, et je dis merci au rédacteur en chef. La situation est très dure et tu dis que c’est passé d’un état dans un autre, différent mais pareil au bout du compte pour la plupart qu’ils soient de Bucarest ou de Moldavie ou Transylvaniens, ou autre, malgré la diversité des situations

Il faut dire aussi que je vois en ce moment que c’est très dur pour un jeune roumain d’avoir un visa, même pour voir sa famille en France, s’il est de sexe masculin, le consulat pense qu’il viennent voler des voitures ou faire la mendicité. Si vous avez un parent qui economise dix ans pour venir vous voir, faites le inviter par un ami français présentable, genre qui a de l’argent ou qui est fonctionnaire, sinon, on vous croira pas.

Il faut dire aussi un autre drame pour le pays, que les gens qui ont une bonne formation et qui parlent bien, surtout ingénieurs, essaient d’émigrer, parceque à Cluj ou à Resita ou même dans la capitale, le travail est pas interessant, car les vraies entreprises sont ici. Alors ils écrivent dans des cabinets et des entreprises, pour proposer de travailler pour très peu ici (mais ça leur paraît beaucoup à eux), genre ingénieur informaticien pour 8 000 par mois, pour la possibilité d’avoir un visa et rester. Mais si ça marche, c’est la Roumanie qui perd ses cadres et plus généralement les personnes les plus résolues, dont elle a besoin.

Merci, merci, et pardonnez moi pour le sstyle, je suis émue, je dirai des choses plus drôle la prochaine fois,c’est promis

Répondre
> Cluj, 29 avril 2001

Chère Lili,

Ne t’inquiètes donc pas pour ton style. tout est Ok. Ce texte m’a frappée par son propos et sa qualité, et je l’ai aussitôt validé mais en seule qualité d’admin. Ici il n’y a pas de rédacteur en chef tu sais ;-)

Amicalement

Pascale

Répondre
> Cluj, Ijon Tichy, 29 avril 2001

Merci, Pascale, de ton appréciation au sujet de l’article. N’étant pas familier de Minirézo, je pensais ne pas être dans le ton général du site, et j’ai hésité avant de proposer ce texte que j’ai rédigé il y a quelques mois, de retour de Roumanie.

Amicalement

Répondre
> Cluj, 29 avril 2001

A vrai dire, uZine est plutôt internéto-centrée mais on a ouvert une rubrique Terre en vue, et il me semble qu’elle n’est pas assez utilisée ( mais ce n’est que mon sentiment personnel).
Ton texte est bien informé et je crois que ce genre de regard sur des pays dont on parle peu par ailleurs, sont important. Internet c’est aussi une ouverture sur le reste du monde. Profitons-en. Virons nos oeillères !

Tu as bien fait d’oser.

Amicalement

Pascale

Répondre
"la multi ani", malgré tout..., PRIVATE JOKER, 29 avril 2001

Merci Lili, merci Ijon Tichy,

Cela fait effectivement du bien de voir des écrits sur ce pays dans Uz2, et surtout loin des images déformées habituelles.

Pour les lecteurs chanceux qui ne connaissent pas la situation là-bas : certains clichés tels que les trous dans la chaussée jamais réparés sont malheureusement vrais, les retraites n’ont pas été indexées sur l’inflation (ce qui peut donner des sommes mensuelles de 800 Fr dans le meilleur des cas), de vieilles voitures Dacia d’occas’ se vendent environ 15 Fr, et les biens de consommation "à l’occidentale" sont effectivement au même prix qu’ici (2500 Fr pour un frigo, ça fait quelques mois de salaire pour quelqu’un ayant la chance d’avoir encore un travail), et j’en passe...

Ceausescu et ses folies : autre exemple, son avenue "Victoire du Socialisme", plus large que les Champs à Paris, et qui à certains endroits ressemble à un décor de théâtre en carton-pâte. Aujourd’hui, les prix des apparts sur cette avenue atteignent des sommes folles, avec un rapport de 10 à 100 en comparaison d’autres endroits de Bucarest.

Le libéralisme sauvage, en Roumanie, pourrait se résumer à une majorité de pauvres, et une minorité de gens ayant les mêmes revenus (ou plus) qu’en France. Pas de classe moyenne pour amortir les chocs et pour homogénéiser la société... Pas non plus de pensée "fordiste" parmi les privilégiés, genre instauration d’une politique de hauts salaires pour les plus pauvres, de participation aux bénéfices, et de crédit à long terme, pour leur permettre de consommer et de relancer la machine économique.

Bon courage quand même, et bonne chance à vous et vos familles.

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la France ;elle a aussi des problemes !, gege822@wanadoo.fr, 29 septembre 2003

vous ;les francais ;non parler pas mal la
Roumanie ;quand ;quand chez vous i ly a
beaucoups problemes

 
en ligne : gerard senes
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les greves de la France, grigorie mirela, 29 septembre 2003

les francais critique les roumains que
font la faim quand chez eux i ly a qui
vivre avec un salaire tres petit ;200euro

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