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Non au travail salarié et non au chômage

Vers la fin du travail
par tarte tatin

Notre société a connu depuis un demi siècle une période de développement économique sans précédent. Des progrès techniques et scientifiques formidables ont été accomplis, les machines nous facilitent le quotidien et accomplissent bon nombre de travaux à notre place, les moyens de communication des hommes et de la culture nous donnent un accès extraordinaire à la connaissance... Pourtant, vivre dans notre société n’est pas aussi agréable que ce que ces progrès pourraient laisser penser et on en vient même à douter de la notion de progrès. Face à cet échec, les politiques se montrent impuissants, apathiques ; alors on les critique, comme on critique la mondialisation, les énarques, les américains, le système, les patrons. Mais on sent bien que ces critiques tapent dans le vide, qu’on ne touche pas au cœur du problème, qu’on ne parvient pas à développer une alternative cohérente.

Le sentiment dominant face aux problèmes de notre époque est l’impuissance. Les différents éléments semblent imbriqués à la façon d’un rubix cube insoluble de sorte que toute pensée du changement est forcément schizophrénique, s’attaquer à un problème en aggravant systématiquement un autre. Les hommes politiques ne parviennent pas à donner du sens, un but à l’évolution de la société et la population s’en trouve complètement désorientée.

Notre point de vue est que la pensée dominante du travail est inadaptée à la situation contemporaine et que notre défaillance collective à répondre aux défis de notre époque vient de cette inadaptation. Nous ne pouvons pas penser le changement, parce que notre pensée est figée par l’utilisation même du terme travail et la posture quasi religieuse que nous adoptons face à lui. Le fait de penser le travail différemment, de ne pas le placer comme valeur suprême et immuable, de bien distinguer entre le travail que l’on fait et celui que l’on a, nous permet d’adopter une posture nouvelle face aux problèmes du monde et de proposer une alternative enfin cohérente à la société actuelle.

Les machines à laver ont permis à de nombreux ménages de se mettre au chômage pour une partie du travail ménager par la mécanisation. Ces ménages ont ainsi supprimé pour eux même un emploi qui leur semblait peu valorisant, fatiguant. Ce progrès a ainsi amélioré leur condition de vie et cet investissement leur a été profitable. De même, pour la production industrielle, la mécanisation a permis de supprimer de nombreux emplois et pourrait en supprimer beaucoup plus si des efforts n’étaient pas entrepris par les dirigeants et par les employés pour l’en empêcher. Des études récentes montrent même que 90% environ du travail humain pourrait avantageusement être supprimé dans les pays industrialisés.

La différence principale entre les deux situations que je viens de mettre en parallèle est que personne ne regrette de ne plus avoir à faire la vaisselle alors que les dégâts humains engendrés par la mécanisation dans l’activité économique sont considérables (il ne s’agit d’ailleurs pas que du chômage mais aussi des cadences infernales, du stress, des bas salaires ainsi que l’abrutissement généralisé, la pollution, les crises économiques...). Intrinsèquement, la différence entre les deux réside dans l’organisation sociale - l’homme seul ou en ménage parvient relativement bien à surmonter le chômage amené par la machine à laver, la société connaît plus de difficulté pour s’organiser. Nous allons montrer que ces difficultés sont essentiellement liées à notre rapport au travail et en particulier au travail salarié.

La situation actuelle est l’aboutissement d’un processus qui a commencé avec les révolutions industrielles, il est particulièrement significatif de souligner qu’il avait été dénoncé dès la fin du XIXème siècle par Paul Lafargue entre autres :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail.

Un poète grec du temps de Cicéron, Antipatros, chantait ainsi l’invention du moulin à eau (pour la mouture du grain) : il allait émanciper les femmes esclaves et ramener l’âge d’or : « Épargnez le bras qui fait tourner la meule, ô meunières, et dormez paisiblement ! Que le coq vous avertisse en vain qu’il fait jour ! Dao a imposé aux nymphes le travail des esclaves et les voilà qui sautillent allègrement sur la roue et voilà que l’essieu ébranlé roule avec ses rais, faisant tourner la pesante pierre roulante. Vivons de la vie de nos pères et oisifs réjouissons-nous des dons que la déesse accorde. » Hélas ! les loisirs que le poète païen annonçait ne sont pas venus : la passion aveugle, perverse et homicide du travail transforme la machine libératrice en instrument d’asservissement des hommes libres : sa productivité les appauvrit. Une bonne ouvrière ne fait avec le fuseau que cinq mailles à la minute, certains métiers circulaires à tricoter en font trente mille dans le même temps. Chaque minute à la machine équivaut donc à cent heures de travail de l’ouvrière : ou bien chaque minute de travail de la machine délivre à l’ouvrière dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l’industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvelées par la mécanique moderne. Mais que voyons-nous ?

À mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l’homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’Ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur, comme s’il voulait rivaliser avec la machine. Ô concurrence absurde et meurtrière ! »

Paul Lafargue pouvait déjà annoncer les malheurs vers lesquelles l’humanité s’avançait car il avait bien compris que l’utilité principale des machines étant de se substituer au travail des hommes, si la société se fonde sur le travail comme valeur suprême elle entre dans une course folle et sans limite : produire sans cesse plus, plus vite que les machines qui vont elles même sans cesse plus vite et consommer toujours plus pour absorber la production nécessaire pour maintenir le travail. Du coup le temps de liberté qu’auraient du offrir les machines (à l’époque les ouvriers pensaient qu’ils pourraient aller à la pêche) a totalement disparu, le travail est au contraire devenu plus dur et le temps qu’on appelle libre est en fait un temps nécessaire pour reconstituer sa force de travail (repos) et consommer le surplus de production ( les embouteillages, les grands magasins).

Dans l’exemple de la machine à laver, nous avons volontairement confondu les notions de chômage et d’oisiveté. Nous l’avons fait pour introduire le malaise dans l’usage des termes relatifs au travail. En effet, il est important de distinguer entre le travail comme activité consacrée à la production (opera en latin ), comme résultat (en latin opus) par exemple lorsqu’on parle du travail réalisé, et la forme dominante du travail qu’est le labor latin. Cette distinction est gommée dans notre usage du terme travail, on confond ainsi ce qui est anthropologique ( l’activité) et ce qui est social (le travail salarié).

Il en va de même du terme chômage, lorsqu’un chômeur répare le moteur de la voiture d’un ami, il ne chôme pas, il travaille. Le concept de chômage est daté et lié à celui de travail salarié. Il ne décrit pas un état tel l’oisiveté, le sommeil, l’activité intellectuelle, mais une situation administrative et sociale, pensée comme une déchéance.

Notre terme travail a pris son sens actuel à partir du moment où activité de production humaine a cessé d’être privée et soumise aux nécessités naturelles avec le développement du capitalisme (Guy Debord parle de production séparée). Lorsqu’on confond les différents sens du terme travail, on amène comme conséquence que le travail ne peut être produit que dans le cadre de la société marchande.

On nie ainsi la possibilité d’une forme de travail à la marge du système, voire de toute production et finalement toute vie en dehors de ce système. Par exemple, par confusion des sens, le terme travail est opposé à paresse, oisiveté, fainéantise, inactivité, mais aussi chômage. Ainsi, la situation sociale de chômage est-elle confondue avec les états décrits précédemment ou certaines qualités telles que la paresse ou l’apathie qui n’ont en fait rien à voire avec cette situation sociale.

Par cette généralisation, le travail se trouve placé sur un piédestal, reconnu et adulé par tous. C’est probablement la seule valeur la plus importante dans notre société. Or c’est une valeur artificielle, séparée, qui ne correspond à aucune réalité ou au contraire recouvre en ensemble de notions très différentes. La cause de l’apathie de la société actuelle vient sans doute de cette dévotion pour le travail. Citons Valneigen : « l’obligation de produire aliène la passion de créer. Dans une société qui confond travail et productivité, la nécessité de produire a toujours été antagoniste au désir de créer. »

Le culte du travail pensé comme travail productif fait de l’homme un esclave et cela même dans les moments que l’on qualifie de temps libre et dans les loisirs, comme l’a très bien analysé Guy Debord :

« Par la réussite même de la production séparée en tant que production du séparé, l’expérience fondamentale liée dans les sociétés primitives à un travail principal est en train de se déplacer, au pôle de développement du système, vers le non-travail, l’inactivité. Mais l’inactivité n’est en rien libérée de l’activité productrice : elle dépend d’elle, elle est soumise inquiète et admirative aux nécessités de la production ; elle est elle-même un produit de sa rationalité. Il ne peut y avoir de liberté hors de l’activité, et dans le cadre du spectacle toute activité est niée, exactement comme l’activité réelle a été intégralement captée pour l’édification globale de ce résultat. Ainsi, l’actuelle « libération du travail », l’augmentation des loisirs, n’est aucunement libération dans le travail, ni libération d’un monde façonné par ce travail. Rien de l’activité volée par le travail ne peut se retrouver dans la soumission à son résultat. »

Dans notre société obsédée par le travail, ce dernier semble être le seul moyen honnête de gagner assez d’argent pour vivre et de trouver une place dans la société. L’identité des personnes est complètement liée à leur activité professionnelle et effectivement les loisirs sont eux mêmes un hommage au travail (à celui des autres) via la consommation ou le spectacle (que l’on appelle parfois aussi culture). La production, la consommation, l’activité culturelle et intellectuelle sont totalement ou en grande partie subtilisées à l’individu qui ne peut les vivre qu’à travers le biais de l’échange marchand, de manière séparée et non de manière directe.

Les rapports sociaux entre les individus semblent aussi exclusivement liés au travail. D’ailleurs pour parler des exclus du monde du travail, on dit aussi les exclus tout court. Lorsqu’on rencontre une personne pour la première fois en dehors du cadre du travail, on s’empresse de lui demander « qu’est-ce que tu fais ? », sous-entendu « quel est ton travail ? », pour rapidement la placer dans ce cadre. Comme si, ce qui faisait l’intérêt d’une personne venait de son travail. Et quid des chômeurs et inactifs. De notre point de vue, le rôle social rempli par un individu effectuant un travail pouvant être effectué par une machine est extraordinairement plus faible que celui d’un chômeur ou d’un inactif hyperactif qui militerai dans des associations, prendrai part à la vie de son quartier, aurai une activité culturelle ou intellectuelle originale. L’intérêt d’une personne, les affinités que l’on peut avoir avec elle ne nous semble en aucune façon liées à son moyen de subsistance qu’est le travail salarié.

André Gorz souligne de faon très pertinente et documentée que : « Jamais la fonction irremplaçable, indispensable du travail en tant que source de lien social, de cohésion sociale, d’intégration, de socialisation, d’identité personnelle, de sens, n’aura été invoquée aussi obsessionellement que depuis qu’il ne peut remplir aucune de ces fonctions ».

Nous sommes aujourd’hui dans cette situation au combien paradoxale où un niveau de vie satisfaisant pourrait être offert à tous moyennant une faible quantité de travail, mais où le culte du travail doublé de l’invention du chômage poussent à produire sans cesse plus (sans pour autant systématiquement parvenir à employer plus de personnes), à consommer plus (sans pour autant améliorer sa qualité de vie), à accroître les inégalités, à placer certaines personnes dans la difficulté par absence de travail et d’autres par excès de travail. On est donc en droit de s’interroger sur la redistribution du travail, bien sûr, mais c’est surtout sa finalité qu’il faut questionner, sa place dans notre existence.

A la question de la vie sans travail, de l’oisiveté beaucoup de personnes se disent qu’il doit s’agir de vie peu intéressantes, que l’on doit s’ennuyer, car c’est souvent le cas des chômeurs par exemple. Effectivement, on ne peut pas augmenter indéfiniment le temps consacré à regarder la télévision , se reposer, boire avec des amis, on finirait par être lassé (plus vite par la télévision que par le reste). Le point qui doit être bien compris est que notre temps libre est ici un temps libéré du travail, un temps fait de nos initiatives détachées de l’échange monétaire, constitué de nos errances personnelles, de nos rencontres avec nous-mêmes, un temps que chacun doit apprendre à inventer.

L’occupation de ce temps est sans comparaison avec le temps libre tel qu’il est vécu dans notre société dite de loisirs, c’est à dire au travers des marchands. L’art de vivre que nous proposons n’est pas celui d’un paresseux parasite mais d’un oisif créatif et multiactif, d’un homme enfin libre. Ainsi, il est effectivement difficile pour celui qui vit et pense dans une société entièrement tournée vers le travail salarié de penser une vie qui serait libérée de celui-ci. Cette vie peut effectivement effrayer car toute liberté nouvelle est effrayante et la question de l’usage que l’on va faire de cette liberté est bien sûr cruciale. Cette liberté comme toute liberté s’accompagne de devoirs, elle ne signifie pas facilité. Nous ne nions pas le caractère valorisant du travail, nous regrettons le caractère aliénant du travail salarié. Rappelons que notre objectif est de rendre effectifs le droit à la paresse mais aussi le droit au travail (que l’on a choisit de faire, c’est là la grande différence). Dans la Grèce antique, le citoyen est libéré de tout travail. Citons Platon : « La nature n’a fait ni cordonnier, ni forgeron ; de pareilles occupations dégradent les gens qui les exercent, vils mercenaires, misérables sans nom qui sont exclus par leur état même des droits politiques. Quant aux marchands accoutumés à mentir et à tromper, on ne les souffrira dans la cité que comme un mal nécessaire. Le citoyen qui se sera avili par le commerce de boutique sera poursuivi pour ce délit. S’il est convaincu, il sera condamné à un an de prison. La punition sera double à chaque récidive. » Les sociétés les plus avancées furent ainsi des sociétés dans lesquelles le travail était honni et il y en va des Grecs comme des Egyptiens, des Thraces, des Scythes, des Perses, des Lydiens ou des Romains. Bien loin d’être une valeur, le travail était dans ces civilisations synonyme de bassesse et souffrait d’un véritable mépris. Mais me direz vous, ces hommes là avaient des esclaves pour travailler à leur place. Cette remarque n’a aujourd’hui plus lieu d’être car nous avons les machines. Citons de nouveau Platon qui avait déjà entrevu notre réalité « si chaque outil pouvait exécuter sans sommation, ou bien de lui-même, sa fonction propre, comme les chefs-d’œuvre de Dédale se mouvaient d’eux-mêmes, ou comme les trépieds de Vulcain se mettaient spontanément à leur travail sacré ; si, par exemple, les navettes des tisserands tissaient d’elles-mêmes, le chef d’atelier n’aurait plus besoin d’aides, ni le maître d’esclaves ». Malheureusement, le génie du grand philosophe reste dominé par le préjugé du salariat qui est une forme d’esclavage. On se rend compte tous les jours que des millions d’emplois pourraient être supprimés, mais les travailleurs luttent contre par leurs manifestations, par leur vote, en acceptant des conditions de travail déplorables, des salaires de misère ; le gouvernement lutte contre en mettant tout en œuvre pour obtenir la croissance la plus forte possible et en plaçant des entraves aux entreprises, en permettant la vente d’armes, en ayant une administration extrêmement lourde, en polluant la planète. Mais que croient les travailleurs : que la marche du progrès va s’arrêter, qu’ils vont parvenir à une meilleure rentabilité que les machines ? Ce combat est perdu d’avance et c’est tant mieux. Et les gouvernement ne voient-ils pas que cette course effrénée contre le chômage vers une croissance folle dirige la planète vers sa perte en entraînant le sacrifice du tiers monde et de l’environnement ? Nous appelons à baisser les armes face au machines.

Jusqu’aux années 30, les populations ont toujours rêvées comme Aristote d’être libérées du travail par les machines. Aujourd’hui, c’est possible, acceptons en le bonheur qui s’annonce et ne cherchons pas vainement à maintenir en place un système social justifié par une nécessité productiviste qui n’a plus lieu d’être. La bienheureuse époque où tous les hommes étaient condamnés à vie aux usines ou aux bureaux est révolue à jamais et c’est tant mieux. Ce changement de situation ne doit pas être subi mais préparé, organisé, de façon à ce que le rêve ne se transforme pas en cauchemar comme c’est la cas actuellement.

Au lieu de lutter pour maintenir l’ordre social ancien fondé sur l’esclavage par le salariat, il nous faut préparer, organiser, la fin du travail sous sa forme actuelle. Défendre le travail s’est défendre un archaïsme.

Notre projet s’articule en deux parties : s’attaquer au culte du travail, défendre la libre pensée et le droit à la paresse, développer un nouvel art de vivre, parallèlement proposer une organisation sociale permettant de rendre effectifs le droit au travail et à la paresse. Ces deux parties sont salvatrices pour la société actuelle. Il est cependant intéressant de signaler qu’elles peuvent être considérées séparément. Ainsi, de nombreuses personnes pourront être sensibles à notre discours sur le travail alors que notre projet politique les intéressera moins. De même, de nombreuses personnes soutiennent déjà l’évident intérêt économique de notre proposition sans adhérer à notre point de vue concernant le travail.

Le système que nous proposons reprend une proposition du prix Nobel d’économie James Meade et va dans le sens de ce que propose le tête de file des économistes libéraux, lui aussi prix Nobel, Milton Friedman. Il s’agit d’offrir un tout individu indépendamment de quelque condition de revenu ou d’emploi un revenu inconditionnel d’existence. Ce revenu remplacerai progressivement toutes les aides sociales existantes et son montant devrait se situer à un niveau proche de l’actuel SMIC. Milton Friedman avait calculé qu’aux Etats Unis, la mise en place d’une aide plaçant la population entière au dessus du seuil de pauvreté serait grâce à sa grande simplicité moins coûteux que le système d’aide existant. On peut imaginer qu’en France, la situation est encore bien plus favorable.

Le point crucial de ce revenu mis à part le fait qu’il offre à tous la garantie d’un revenu convenable ce qui peut sembler être un minimum dans une société aussi riche que la notre est son caractère inconditionnel. Cela signifie que tous le percevrait du plus pauvre au plus riche. Si James Meade préconise ce type de revenu, c’est pour un argument purement économie : il montre que c’est le seul moyen d’assurer le plein emploi. Exposons de manière succincte le raisonnement qui est d’ailleurs fort simple. La principale cause du chômage persistant dans les pays industrialisés est la concurrence de la machine. L’obsession des patrons étant de maximiser le profit, ce que nous ne contestons nullement, ils préfèreront la machine lorsque celle-ci devient moins coûteuse que l’homme. D’où la nécessité pour les salariés et le gouvernement d’abaisser le coût du travail. L’introduction d’un revenu inconditionnel d’existence dans une économie capitaliste a pour effet immédiat de réduire considérablement le coût du travail humain. En effet, supposons pour simplifier que le revenu inconditionnel soit de 5000FF par moi et que le SMIC soit à 6000FF. Cela signifie que pour embaucher une personne au SMIC, le patron doit débourser 6000FF HT par mois, il peut être très intéressant pour lui d’essayer de trouver une autre solution (mécanisation, délocalisation, abandonner l’activité). Si une personne touche inconditionnellement 5000FF par mois, il est évident qu’elle ne réclamera pas 6000FF de plus pour travailler, elle réclamera probablement autour de 2000FF (ce qui implique une hausse de revenu considérable pour l’employé). Le coût pour l’employeur serait alors divisé par trois et dans le raisonnement capitaliste l’homme revient dans la course. James Meade montre très clairement que cette solution est la seule assurant le plein emploi dans des conditions vivables et permettant de tirer profit de l’existence des machines. L’allocation offerte devra bien sûr croître au rythme du progrès technique, que l’on peut estimer par la productivité horaire du travail.

On pourrait nous répondre que ce revenu d’existence est contraire à l’esprit du capitalisme et au progrès qu’apporte la libre concurrence homme-machine, que c’est un artifice contre les machines. C’est une question que nous nous sommes posés et nous pouvons montrer que cette proposition ne constitue en rien un bidouillage à la façon de la taxe Tobin, mais est en réalité parfaitement logique.

Les principes du capitalisme tels qu’exposés élégamment par Adam Smith au XIXème siècle stipulent que c’est de la confrontation entre l’offre et la demande de travail que doit découler un niveau de salaire correspondant au plein emploi, c’est la fameuse main invisible. Les économistes libéraux ont ensuite tenté d’expliquer le chômage persistant et de masse par des rigidités sur le marché du travail. Pour simplifier, les salaires ne descendraient pas suffisamment bas pour atteindre le niveau d’équilibre. Ces raisonnements nous semblent pertinents mais ils ne prennent pas en compte l’influence des machines dans ce jeu. En effet, la confrontation de l’offre et de la demande sur le marché du travail est faussée par la présence de machines en mesure de concurrencer le travail humain. La main visible d’Adam Smith ne peut opérer sur un marché biaisé.

Il s’agit d’un biais historique. En effet, l’activité économique et le libre échange se produisent dans un cadre lié à l’histoire de l’humanité. L’histoire de l’humanité a donné aux hommes des machines, des connaissances, des infrastructures, une organisation, des pratiques que ceux ci mettent à profit dans la mesure de leurs possibilités. Cette histoire n’appartient pas à quelques hommes, elle est le bien collectif, elle est à tous. C’est à partir de cette histoire que nous disons que, comme Socrate l’avait rêvé, l’homme a acquis le droit de ne plus travailler s’il le désire.

Nous disons qu’il n’y a pas de raison pour que ces progrès historiques profitent uniquement au patronat. Hors dans la confrontation sur le marché du travail, c’est ce qui se produit car l’homme se présente seul devant le patron, avec des connaissances certes, la maîtrise des technologies et la chance de vivre dans une situation où l’activité économique est facilitée, mais il se présente comme l’ouvrier du XIXème siècle avec la nécessité de travailler pour vivre, avec seulement son intelligence et sa capacité physique (forcément toutes deux limitées). Face à lui le patron dispose de toute l’histoire de l’humanité à lui opposer. Pour travailler, il faudra qu’il soit plus rentable que les machines, que les ordinateurs. Nous disons que cela est injuste. Nous disons qu’il est effectivement dans la logique du capitalisme que celui qui prend des initiatives, qui valorise le capital historique soit récompensé, nous disons que c’est illogique qu’il en tire seul le profit et qu’il l’oppose à celui qui est en position de faiblesse.

Lorsque l’initiative individuelle se manifeste, elle permet de faire fructifier tout un patrimoine qui est lié aux efforts actuels de la collectivité et à son passé. Cette initiative individuelle ne peut apporter ses fruits éventuels que dans un rapport à une situation donnée. Il est particulièrement clair que les créateurs de startup n’auraient certainement pas accumulés les fortunes qu’ils ont acquises s’ils ne s’étaient pas trouvé à la rencontre d’une situation privilégiée. Savoir profiter de ces situations demande beaucoup de qualité, de travail, de courage et d’opportunisme. Les personnes qui possèdent ces qualités et les emploient à bon escient méritent sans doute leur fortune et de toutes les façons la sanction du marché est en la matière la seule vérité qui importe vraiment. Ceci dit, ces personnes n’auraient pas pu constituer leur fortune seuls si cette situation n’avait pas existé. De même, n’importe quel garagiste, informaticien, en réalité n’importe qu’elle personne exerçant une activité dont il tire une rémunération a manifestement une dette vis à vis de la civilisation pour lui avoir offert un terreau si propice à l’exercice de son activité.

Lorsqu’un ouvrier est licencié de l’atelier dans lequel il travaillait parce que le progrès a permis de le remplacer par une machine et ainsi de lui procurer du temps pour se consacrer à d’autres activités plus intéressantes, le profit de l’opération c’est à dire le revenu du salarié est entièrement partagé entre la société qui possède l’usine et celle qui fabrique la machine. L’ouvrier lui ainsi que le reste de la population se trouvent exclus du profit de l’opération alors que celle ci tire son existence d’une situation qui est au départ un bien collectif. A l’ouvrier, le patron oppose des siècles d’histoire.

Il en va de même de l’artisan face à l’industrie. L’artisan doit vivre à partir de son seul travail, alors qu’on le met en concurrence avec des machines qui sont l’aboutissement de siècles de progrès. Ce combat est non seulement inégal mais surtout injuste.

Le rôle du revenu inconditionnel d’existence est donc simplement de corriger ce biais en apportant à chaque personne quelle que soit sa situation sociale le revenu auquel le progrès lui donne légitimement droit. L’originalité de cette proposition réside bien sûr dans le caractère universel et inconditionnel de ce revenu. Son caractère universel devrait lui permettre à terme de remplacer l’ensemble des prestations sociales (hors assurance maladie), son caractère inconditionnel permet un impact fort sur la situation du marché de l’emploi puisque ce revenu contrairement au chômage et au RMI n’est pas supprimé à lorsqu’on trouve un emploi. Ce revenu n’est pas accordé par charité, ni par mérite, il est accordé en tant que part légitime de l’héritage collectif. A partir de cette base nouvelle, le capitalisme peut trouver son fonctionnement normal, les confrontations de l’offre et de la demande se mettre en place sans entrave. Le marché de l’emploi trouvera son équilibre pour un revenu fruit d’une confrontation juste entre ceux qui ont du travail à proposer et ceux qui sont demandeurs d’emplois (ce qui n’exclue pas qu’ils en aient déjà un autre ou qu’ils soient DJ ou philosophe ou garagiste ou les trois).

Nous préconisons une fois ce revenu garanti, une politique économique et sociale très simplifiée. Les règles en matière de travail devront être réduites à leur minimum afin de favoriser l’initiative individuelle et d’encourager la multiactivité. Si nous regrettons et condamnons le rapport de force inégal qui s’est établi entre le patronat et les salariés et les injustices qui en découlent, nous pensons aussi que la vie de l’entreprise est rendue bien difficile par les lourdeurs administratives, les différentes rigidités et règlements. Manifestement une simplification est nécessaire. Notre proposition de revenu d’existence ne peut être mise en place que dans le cadre du refonte en profondeur de l’Etat, de même que du travail. Il est évident que les garanties offertes par ce revenu doivent permettre parallèlement une grande liberté pour l’entreprise et pour le travailleur. Celui-ci, enfin libre, ne doit pas se sentir attaché à son patron, de même que son patron ne doit pas se sentir attaché à lui. Nous trouvons aussi particulièrement ridicule que des emplois superflus voire nuisible soient maintenus (notamment dans l’administration), ces personnes seraient bien mieux avisées de faire du social, de l’art ou d’aller à la pêche...s’il n’y avait pas le chômage.

Grâce au revenu inconditionnel, les humains seront plus correctement valorisés par rapport aux machines et dans un rapport de force plus équilibré vis à vis des patrons qui devrait permettre une élévation considérable du niveau de vie des classes les plus défavorisées et le retour à une situation de plein emploi durable et dans des conditions acceptables. L’être humain n’aura plus à se dégrader pour survivre et accéder à un emploi. Ces conséquences là ont été étudiées très précisément par James Meade et justifieraient à elle seule l’introduction du revenu inconditionnel d’existence.

Certains libéraux notamment en Hollande le préconisent (ce qui peut sembler paradoxal) afin de permettre un fonctionnement plus libre du système, sans entrave. Il s’agit de personnes dont nous sommes loin de partager toutes les idées et pour qui le travail et l’entreprenariat sont des valeurs centrales. Nous nous réjouissons tout de même du fait de se retrouver sur cette proposition qui finalement pourrait bien se révéler très fédératrice, nous félicitons ces personnes qui bien que très attachées à la civilisation du travail acceptent l’idée d’un revenu qui ne lui soit pas attaché ou font preuve d’un pragmatisme et d’une ouverture d’esprit suffisamment grands pour l’accepter.

Dans notre esprit les conséquences du revenu inconditionnel d’existence vont beaucoup plus loin que ce qui a été décrit précédemment. En garantissant à toute personne un revenu d’existence, ce projet vise à rendre effectifs les droits au travail et à la paresse. Le droit au travail dont il s’agit ici n’est pas bien sûr le travail-esclavage tel qu’il est compris aujourd’hui, travail que l’on a parce qu’il nous ait donné à faire et dont l’intérêt ou la finalité nous échappent le plus souvent, mais du travail que l’on fait sans que sa valeur d’échange entre nécessairement en ligne de compte par besoin, par passion, par solidarité. Dans la situation actuelle, l’individu est contraint de se dégrader en acceptant un travail pour survivre. Avec la garantie d’un revenu de toute façon suffisant et une grande souplesse sur le marché du travail, l’individu peut prendre des risques, peut choisir son ou ses activités en fonction de ses centres d’intérêts de ses qualités propres.

Supposons par exemple qu’il soit intéressé par une activité artistique ou par une activité sociale, activités qui ne lui offrent pas à priori un revenu suffisant pour subsister dans notre société. Avec le revenu d’existence, l’individu en question possède de toute façon de quoi vivre, ce que lui rapportera son activité ne sera pas son unique ressource mais viendra en supplément. S’il veut être plus à l’aise, rien ne l’empêche d’exercer une ou plusieurs activités mieux rémunérées en complément. Car c’est là un des grands points de notre projet : alors que la multiactivité est pratiquement hors la loi dans la société actuelle, elle est ici encouragée.

Ce point répond à une question fréquemment soulevée : qui se chargera des tâches jugées ingrates, par exemple du ramassage des ordures. Notons que cette question montre que nous sommes effectivement esclaves du salariat puisqu’elle admet comme présupposé que personne ne choisit effectivement d’exercer pareil métier mais que cela lui est imposé par la société avec tout ce que cela suppose de frustration et d’humiliation. Les personnes qui exerceront ces tâches dans notre projet de société seront des personnes qui n’y seront pas contraintes mais qui trouveront leur intérêt dans le fait de le faire, c’est à dire qui estimeront que la rémunération par rapport aux horaires et au travail demandé constitue une opportunité intéressante. Il est tout à fait envisageable que ces personnes exercent une autre activité en parallèle ou soient des noctambules (par exemple) qui exercent cette activité en complément de leur revenu d’existence.

Grâce à ce revenu d’existence, le travail mais aussi ses corollaires que sont la production, la consommation perdent leur position centrale. Ainsi, par exemple, les gouvernements ne sont nullement placés devant la nécessité impérieuse de maintenir une croissance très élevée pour compenser les gains de productivité et maintenir l’emploi. Les marges de manœuvres apparaissent alors et il redevient possible de faire de la politique. On peut parler sérieusement d’écologie, de soutient au tiers monde ( les délocalisations et la concurrence du tiers monde ne sont plus redoutées), de qualité de vie.

L’éducation devient une priorité absolue. Il ne s’agit plus de former des spécialistes, d’apprendre un métier dès le collège, mais de former des individus, de leur donner les moyens culturels d’élever leur esprit et d’occuper pertinemment leur temps. L’économie sociale connaît aussi un développement formidable, non par des artifices tels que les emplois jeunes mais parce que par le biais du revenu universel, il devient possible de mener ce type d’activités pas forcément très rémunératrices.

En conclusion, nous tenons à rappeler qu’organiser un programme de société autour de l’idée de la fin du travail c’est se fonder sur la réalité et non sur une utopie. A tous les niveaux de la société, les mots chômage, précarité, flexibilité sont présents de manière oppressante. La disparition du travail sous sa forme actuelle est une réalité inéluctable et souhaitable, tous les efforts des gouvernements et les sacrifices de la population ne pourront empêcher le progrès de les libérer du travail. Nous appelons donc à réfléchir à la place du travail dans notre société, à revoir sa position centrale et à organiser la mutation vers une société libérée du salariat plutôt que la subir. L’organisation de cette mutation permet d’entrevoir des possibilités infinies de progrès : en libérant le travail et donc en s’affranchissant du poids du chômage, des marges de manœuvre apparaissent qui permettent de repenser la place de la consommation, la qualité de la vie, de définir un nouveau pacte social laissant une place plus importante à l’initiative individuelle et aux activités non-marchandes (ou non exclusivement marchandes).

Aristote : « la vie est action non production. La vie de loisir a en elle-même le plaisir et le bonheur de la vie bienheureuse. (...) L’homme laborieux accomplit son labeur en vue de quelque bonheur qu’il ne possède pas tandis que le bonheur est un fin qui ne s’accompagne pas de peine , mais de plaisir. » (La Politique)

 
 
tarte tatin
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La duperie du modèle danois
17 septembre 2006, message de visiteur
 

Vu sur le site http://www.actuchomage.org

Danemark et chômage : le modèle danois n’a aucun mérite

En 2004, le Danemark a plus de préretraités (187 200) que la France (139 700) pour une population active dix fois plus faible. Avec les autres mesures de marché du travail, le nombre réel de chômeurs est 2,52 fois le nombre officiel. Le taux de chômage réel devient 14,65 % au lieu d’un taux officiel de 6,38 %. La tromperie est dévoilée. Avec une évolution de sa population active identique à celle du Danemark depuis quinze ans, non seulement la France n’aurait plus aucun chômeur officiel, mais le chômage réel serait résorbé pour l’essentiel. Et cela sans introduire une plus grande flexibilité des contrats de travail.

Si de plus la France avait eu recours à la même proportion de préretraites que le Danemark (6,78 % de sa population active), le chômage réel aurait entièrement disparu et beaucoup d’emplois à temps partiel seraient redevenus des emplois à temps plein. Inversement, si la population active du Danemark avait augmenté dans la même proportion qu’en France (+12,1%), tout en créant aussi peu d’emplois (43 600 en quinze ans), le nombre de chômeurs aurait augmenté de 372 500 et le taux de chômage réel serait devenu 24,0 % de la nouvelle population active (après son augmentation).

Comme l’on voit, le succès apparent du Danemark ne doit rien à la flexicurité, mélange de flexibilité et de sécurité (discours bien connu). En fait, le modèle danois n’a aucun mérite pour résoudre le problème du chômage, une fois enlevés les artifices qui cachent le chômage réel et encore moins en tenant compte de la démographie de l’emploi.


Au Danemark en 2004, pour un nombre officiel de 176 400 chômeurs, 268 300 personnes étaient enregistrées dans les "mesures de marché du travail" (labour market policy measures), des préretraites pour l’essentiel. Le chômage réel était donc de 444 700 personnes. La population active étant de 2 766 300 personnes, le taux de chômage officiel était de 6,38 %. Mais, en réintégrant les 268 300 faux inactifs (préretraités ...) dans la population active, celle-ci devenait 3 034 600 personnes et le taux de chômage réel 14,65 %. Ce taux est un minimum, car ne prenant pas en compte les "invalides" pour raisons sociales.

En France en 2005, pour 2 420 000 chômeurs au sens de l’Anpe (catégorie Defm 1) et 2 717 000 chômeurs au sens de l’Insee, le nombre réel de chômeurs en équivalent temps plein était de 4 092 000, soit un taux de chômage réel de 14,53 % (compte tenu de la correction sur la population active) . Pour rester comparable aux données danoises, l’équivalent en chômage des emplois à temps partiel n’est pas pris en compte ici. Voir l’article "Chômage officiel et chômage réel (2005)" sur le même site http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel2005.htm.


Le modèle français est le plus honnête en matière de chômage, ou le moins habile pour en cacher l’étendue, comparé au modèle danois, anglais ou hollandais. Le recours aux préretraites massives est utilisé au Danemark, l’invalidité pour raisons sociales (sans réelle invalidité médicale) est la mesure principale en Angleterre (Royaume-Uni) et aux Pays Bas, ce qui n’empêche pas l’utilisation d’autres mesures pour cacher l’importance du chômage. Dans ces trois pays, le chômage réel est de deux à trois fois plus important que le chômage officiel et se trouve comparable au chômage réel en France.


Enfin, le Danemark produit et exporte du pétrole et du gaz, ce qui arrange beaucoup les finances publiques et permet de payer un nombre considérable de préretraites pour faire baisser le chômage apparent en diminuant la population active.


Voir http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_merite.htm

pour un document trés complet et de grande qualité, avec des tableaux statistiques et les sources utilisées. D’autres aspects y sont aussi abordés : indemnités de chômage, coût du travail, durée effective du travail.

> En effet, cela vaut vraiment la peine d’aller voir le document original car tout est bien expliqué avec des informations sérieuses et issues des sources officielles (citées). Le texte peut être imprimé avec tous les traitements de texte (rtf) .

 
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> Moins de travail salarié et pas de chômage : des chiffres
30 avril 2006, message de jean-c
 

Les gains de productivité permettraient de réduire à quelques heures par semaine le travail nécessaire pour bien vivre, à condition de changer de modèle de société et de supprimer toutes les productions inutiles (par ailleurs nuisibles à l’avenir de la planète, donc au notre et à celui de nos enfants.

Pour donner une idée précise, en chiffres, les gains de productivité auraient conduit à réduire de 15% la durée du travail en 7 années, avec la même production de richesses et en réduisant très fortement le chômage.

Bien sûr, les effectifs de certaines professions nécessaires devront être augmentés, lorsqu’il s’agit d’un travail socialement utile, pour permettre aux personnes concernées de ne pas travailler plus de dix ou quinze heures par semaine.

voila ce que j’ai trouvé sur le site : http://travail-chomage.site.voila.fr

Gains de productivité du travail - 1997-2003 En France, la productivité du travail a augmenté de 17,22 % en sept ans, pour l’ensemble de l’activité nationale. Sans rien changer à la production de richesses du pays, le nombre d’emplois aurait pu être augmenté de 17,22 % en réduisant de 14,69 % la durée réelle du travail. En moyenne, avec des transferts d’emplois entre secteurs d’activité, le nombre d’emplois aurait augmenté de 4 284 500. Le chômage réel aurait beaucoup baissé. http://travail-chomage.site.voila.fr/produc/gain_productiv.htm

Voir aussi d’autres acticles intéressants (ce qu’est réellement le "modèle britannique" ...) dont celui-ci : Chômage officiel et chômage réel en 2005 Les données officielles minimisent beaucoup l’importance du chômage. Voici un calcul précis et très révélateur du chômage réel http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel2005.htm

 
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> Non au travail salarié et non au chômage
4 mai 2005
 
Article que je trouve très juste. Dommage que vous ne pensiez pas à citer vos sources. Exemple "Des études récentes montrent même que 90% environ du travail humain pourrait avantageusement être supprimé dans les pays industrialisés. "
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> Non au travail salarié et non au chômage
9 décembre 2003, message de Alain DELESTRE
 

Je trouve cet article trés pertinent et bien réflèchi au point qu je me suis permis de l’afficher dans mes pages perso. Je souhaiterais que l’auteur me l’autorise. Enfin, on ose parler du travail comme d’un moyen et non comme un état.

Alain

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> L’allocation universelle
16 février 2003, message de azertynin
 

Salut à tous,

Je vous invite à lire les textes de Jean-Marc Ferry sur l’allocation universelle sur mon site "le défouloir"

 
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> Non au travail salarié et non au chômage
27 mai 2001, message de Solanar
 

En laissant les choses comme elles sont on voit déjà qu’un nombre assez importants d’hommes ne travaillent ou pas a des métiers productifs Les enfants Les vieux en retraite Les rentiers Les boursiers Les banquiers Les investisseurs Les militaires L’administration Les gouvernements Il y a meme ceux qui travaillent a recenser ceux qui ne travaillent pas. Tout ce monde est donc nourri par le travail de ceux qui produisent Comme justement ceux qui ne travaillent pas de maniere productive ont le srevenus le splus hauts, il semble évident que bien reparti, cet argent permettrait bien des choses

Mais nous sommes dans un systeme créé par les forts(les malins) et les puissants qui ont tout construit pour conserver leurs prerogatives. Le plus subtuil étant de faire croire que chacun a sa chance de monter au dessus de sa condition actuelle. C’est faux, car justement pour maintenir cet équilibre, il faut absolument que le travail de certains soit paté assez bas pour que ceux qui en profitent puissent être riches. Dans un produit fabriqué et vendu, le prix est fait presque exclusivement non pas du travail qui est dépensé pour le réaliser mais par les plus valuent que prennent ceux qui le distribuent....

Bien sur qu enotre sociéré est capable de nourrir et loger correctement TOUT le monde, c’est une question de répartition. Tous les calculs qu’on pourra faire dans le systeme actuel montreront des impossibilités, mais c’est parce que le systeme lui meme est pipé. L’argent est devenu un "produit" alors q’il n’est rien d’autre qu’un moyen d’échange et le plus sublime c’est de pouvoir gagner de l’argent avec de l’argent sans rien produire du tout, juste en prelevant sa dime sur le travail sous payé d’un obscur ytavailleur lointain

Mais pour changer un systeme aussi verrouillé, ne cherchez pas d’adaptations, elles seront torpillées au départ, ceux qui tiennent lepouvoir ont tous les atouts Le seul moyen : désamorcer l apompe en commencant par se marginaliser, les riches ont besoin de pauvres qui revent de devenir riches. Si les pauvres ne s’occupaient que de survivre, la tour s’écroulerait comme un chateau de sable, car les pauvres sont indispensables Imaginez une ile ou ne vivraient que des milliardaires.... pas de pauvres pour les services, les poubelles, la construction, la nourriture...

Bien sur que c’est possible de ne plus donner son travail pour que d’autres en profitent Suffit de réfléchir, suffit de sortir de son conditionnement qui nous transforme en insecte

Solanar

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> A quoi on joue quand on travaille ?
8 mai 2001, message de pritt
 
J’apprécie les réflexions autour de ce que certains appellent "la banlieue du travail salarié", d’autant plus que j’essaye d’appliquer ma propre réflexion à la pratique, c’est-à-dire consommer moins pour moins dépendre d’un système intégrant travail salarié et surconsommation dans une même logique. Mais quelle logique ? Il me semble que cet article, malgré toutes ses qualités, laisse de côté, ne considère pas, une valeur primordiale liée au travail : le pouvoir. En effet, quelles que soient les solutions qu’on apporte aux problèmes de type différences de revenus, inégalités face au travail, etc. (ce que prétendait faire, par exemple, le système communiste), on ne résout rien si on oublie que si différences de traitements il y a, si inégalités il y a, ce n’est pas tant à cause du système en place qu’à cause de la valeur de pouvoir liée au fait de travailler et au type de travail qu’on occupe. Si je parle de ça, c’est essentiellement parce que tarte tatin a l’air de ne rien trouver à redire au système libéral. Il/elle trouve même paradoxal que les travailleurs luttent contre les suppressions d’emplois "en acceptant des conditions de travail déplorables, des salaires de misère". Je suis d’accord avec le fait qu’un revenu inconditionnel pour tous réduirait sensiblement les inégalités (mais surtout si on l’applique à l’ensemble de la planète...), mais ça ne réduira en rien les luttes de pouvoir liées à l’attribution de tel ou tel type de travail, au fait que tel ou tel poste de décision offre à la personne qui l’occupe une position sociale inégalable. Ce texte me parait donc blesser par le fait qu’il est essentiellement "techniciste", c’est-à-dire pas assez politique. Des solutions techniques sont toujours intéressantes pour appuyer des changements politiques ; elles ne sont jamais suffisantes en elles-mêmes. En s’attaquant au "culte du travail", c’est au "culte du pouvoir" qu’on s’attaque. Et ça, ça demande un engagement politique de fond, pas des réformes laissant en place un système libéral et capitaliste dont les bases mêmes sont destinées à maintenir une structure de pouvoir hiérarchique dans la société.
 
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> A quoi on joue quand on travaille ?, Alain DELESTRE, 9 décembre 2003
Je reste persuadé que la notion du pouvoir fait partie du domaine du culturel. Nous sommes éduquer dés l’enfance à rentrer en compétition avec l’autre. L’autre, le non-moi représente un danger, un concurent potentiel mais l’idée de Tarte Tatin est séduisante dans son essence presque messianique du "Aime ton prochain comme toi-même". Alain
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> Non au travail salarié et non au chômage
3 mai 2001, message de Croa33
 

Ce bon texte a su me surprendre. Les idées qui y sont développées sont loin d’être idiotes et irréalistes. L’approche originale de certains points comme l’amalgame surprenant fait entre chômage et oisiveté éclaire bien l’approche souvent perverse que nous avons souvent vis à vis de la valeur travail....

Pourtant je proposerais une autre approche et d’autres solutions.

L’homme est fondamentalement un créateur. Il a construit des cathédrales, bâti des lignes aériennes (lire St. Ex), rempli les bibliothèques et aussi planté des fleurs autour de sa maison. Ce n’est donc pas un hasard si la valeur travail est importante. Le problème vient de sa RECUPERATION par "le marché" et la propagande libérale moyennant quoi seul le travail dit marchand aurait vraiment de la valeur. Le travail ne détruit pas l’homme, l’esclavage si ! Mais l’esclave ne construit pas, même si on le lui fait croire, il subit. C’est donc seulement cette approche corrompue et intégriste de la valeur travail qu’il faut combattre.

En donnant une allocation minimale à tous les citoyens on n’ouvre pas seulement la voie à la paresse mais aussi à l’autonomie créatrice. C’est donc de toute façon une bonne idée.

Mais ce n’est pas suffisant. Une inflation différentielle peut très bien en réduire l’effet dans tous les états faibles rapport au "marché" qui voudrait la mettre en oeuvre, c’est à dire presque partout. En plus de celle-ci il conviendrait aussi développer LA GRATUITE de tous les SERVICES FONDAMENTAUX auquel tous citoyens, riches ou pauvres devraient avoir accès. Je pense au logement (Affectation à tout demandeur d’un appartement public au confort minimal), aux transports collectifs (on peut aussi les mettre à un prix symbolique afin d’éviter les voyages purement récréatifs des enfants), aux pissotières (pourquoi ont-elles disparu de nos villes ??? ), pour l’éducation... C’est déjà fait ! Et je ne pense pas qu’aux services publics précités mais aussi à tous les services gratuits que nous pourrions mettre en oeuvre sous forme associative voire individuellement par effet boule de neige dès lors que les besoins fondamentaux pour vivre seront assurés à tous.

Une telle révolution n’ira pas sans difficultés bien sûr. Contrairement à ce que l’on voudra nous faire croire les obstacles ne seront pas économiques et encore moins techniques mais politiques. Car cela reviendrait en effet à confisquer au capitalisme l’emprise qu’il a sur toutes les richesses générées par tout travail pour ne lui laisser que le superflus ! Si le marché est aujourd’hui le plus fort c’est parce qu’il est maître des hommes et surtout, maintenant, des machines. Toutefois cela ne peut pas durer éternellement. La non-maîtrise qu’il a sur le ouaibe pourrait constituer sa première défaite si nous savons transformer l’essai. Car la PREMIERE DES GRATUITES A CONQUERIR EST CELLE DE L’INFORMATION.

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Et pourtant, je suis pour la paresse...
2 mai 2001, message de PRIVATE JOKER
 

Bonjour,

Le RIE (revenu inconditionnel d’existence) semble n’être qu’une des données du problème :

> Supposons par exemple qu’il soit intéressé par une activité artistique ou par une activité sociale, activités qui ne lui offrent pas à priori un revenu suffisant pour subsister dans notre société.

Rien ne dit que ces activités, ajoutées au RIE, vont permettre de satisfaire certains individus. Si ces activités restent faiblement rémunérées et/ou sont liées à une durée en heures trop importante pour être rentables, le même problème se posera encore et toujours : les activités "à forte valeur ajoutée" continueront à attirer des personnes qui auraient bien voulu se lancer dans une carrière musicale par exemple, mais comme ça rapporte peu et n’est donc pas considéré socialement... Un des problèmes vient du milieu (la famille, les amis, ...) qui nous entoure : si celui-ci révère l’argent, on risque de continuer à se plier aux règles de ce milieu. Egalement, un couple de peintres, qui gagnent peu et qui veulent avoir un enfant, se trouvera confronté au problème des prix du marché : si l’entité économique couple+enfant n’arrive pas à gagner assez par rapport à ses besoins, il est à craindre qu’au moins un des 2 parents soit obligé de prendre un travail plus rémunérateur.

> Avec le revenu d’existence, l’individu en question possède de toute façon de quoi vivre, ce que lui rapportera son activité ne sera pas son unique ressource mais viendra en supplément.

Là encore se pose le problème des prix et celui donc de l’inflation : avec le RIE, on touchera un certaine somme, on n’aura pas forcément "de quoi vivre". Si les prix du marché sont libres, qu’ils augmentent dès la mise en place du système (inflation déstabilisatrice) pour arriver à se situer juste à la limite de ce RIE -ce dernier ne permettant alors que de satisfaire les besoins de base- ou bien encore à le dépasser (dans ce cas, le RIE serait très proche du seuil de pauvreté) : quel sera l’intérêt ? Une plus grande paupérisation du monde s’en suivrait, et l’obligation quasiment pour tout le monde d’avoir un activité rémunérée à côté... Il faut donc imposer soit un système de contrôle des prix, soit mettre en place une production minimale de biens "de survie" (toit+nourriture+santé+...) : à charge pour l’Etat, dont le rôle sera accru, de mettre l’intégralité de ce système en place, de réussir à le faire tourner, et surtout de le financer.

> S’il veut être plus à l’aise, rien ne l’empêche d’exercer une ou plusieurs activités mieux rémunérées en complément. Car c’est là un des grands points de notre projet : alors que la multiactivité est pratiquement hors la loi dans la société actuelle, elle est ici encouragée.

La multiactivité n’est pas hors la loi partout : en France oui, mais pas aux USA. D’ailleurs, certaines personnes là-bas n’arrivent à gagner de quoi survivre qu’en faisant minimum 12 h par jour et plusieurs métiers. Quant au fait d’encourager la multiactivité dans ce fameux "projet", vu tout ce que j’ai décrit plus haut, cela se fera de facto, mais dans la douleur. On ne peut pas décemment dire "t’as envie de gagner plus, prend donc un autre métier en supplément" à quelqu’un qui souhaitait juste pouvoir vivre jusqu’à la fin de ses jours dans la paresse la plus molle, et qui se rend compte qu’il devra pour cela habiter dans une cellule et se nourrir de pain sec et d’eau, avec comme compagnie la TV gracieusement offerte par l’Etat ! Avec un peu de chance et si l’aspect "éducation" est performant, cette personne choisira de faire une formation qui lui assurera un (seul) métier pouvant lui assurer de hauts revenus en plus du RIE, et on en reviendra au même point qu’aujourd’hui...

En résumé, il me semble qu’il y a un peu trop d’utopie naïve dans cet article (ça peut être un qualité, mais pas quand on veut passer à l’acte) et pas assez de faits économiques, qu’il ne va surtout pas falloir oublier lors de la mise en place du so-called Projet : si c’est pour inventer un gloubi-boulga d’ultra libéralisme et de socialisme, il vaut peut-être mieux s’abstenir.

Au revoir.

N.B. => il serait intéressant d’aller piocher du côté de Marx, de son analyse de la force de travail humain sous forme de marchandise, de sa théorie de l’accumulation de cette marchandise sous la forme du capital, et de l’accroissement de ce capital grâce à la plus-value, qui est en gros la différence entre la rémunération qu’un capitaliste accorde au salarié et combien il revend la marchandise (le travail de ce salarié) sur le marché. D’où l’intérêt pour le capitaliste d’avoir un vivier de travailleurs à sa disposition, encore mieux si ceux-ci sont pris en charge par l’Etat.

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> Et pourtant, je suis pour la paresse..., tarte tatin, 3 mai 2001

.je suis d’accord avec toi sur le premier point, effectivement certaines personnes continueront à préférer une activité fortement rémunératrice à une autre qui leur plait plus. J’aurais tendance à répondre que c’est leur problème, la seule chose c’est qu’elles ont le choix, elles ont le droit à la paresse, ce qui ne veux pas dire qu’elles choisiront de l’utiliser. Ceci dit, notre projet doit modifier la perception du travail et encourage la multiactivité et la flexibilité donc peut être qu’on leur répond un peu. Dans le cadre du projet, l’école doit aussi être réorientée et notamment sensibiliser à la création contemporaine, donc bon.

.sur l’inflation : il n’y a d’inflation qu’en cas hausse de la masse monétaire, il faudra donc faire attention à la maitriser mais notre projet n’implique pas de dépenser des sommes folles, car pratiquement tout le monde touche déjà en fait plus que notre alloc. Effectivement, je pense que la plupart des gens auront besoin d’une activité rémunératrice en complément, au moins au début. Il serai utopique de garantir à tous du jour au lendemain une vie oisive et dans l’opulence. Ceci dit, il y aura immédiatement un changement profond qui est que contrairement au RMI ou au chômage, notre alloc ne disparait pas lorsqu’on trouve du travail ; Tu pourras donc travailler mais pas dans le but de gagner 7000FF par mois, juste en complément. Cela change beaucoup de choses.

.on peut prolonger la discussion si tu veux, le projet me semble réalisable. Effectivement, si Fabius veut le mettre en place avant 2002, il faudra lancer l’INSEE et pas mal de monde sur les calculs. A priori ce n’est pas encore le cas donc pour l’instant on discutte en faisant attention à rester réaliste mais sans trop s’apesantir sur la mise en place pratique.

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> Et pourtant, je suis pour la paresse..., Fab, 3 mai 2001

A propos de calculset de "rester realiste" et pour revenir a des choses bien terre a terre, je n’ai pas la pretention d’etre l’INSEE mais verser une allocation equivalente au SMIC (5000 FF net) a 27 millions de personnes (comptons 25 millions d’actifs + quelque inactifs, cela revient a exclure enfants, etudiants et retraites) pendant 12 mois par an, cela revient a un budget de 1620 milliards de francs annuels, soit 20% du PIB du pays, soit environ 75% du budget de l’Etat (hors securite sociale) - calculs a la louche-.

Je ne voudrais pas medire, mais cela me parait absolument gigantesque, j’aimerai bien qu’on me dise quels impots on envisage d’augmenter pour parvenir a ramsser tout cet argent pour le financement

Autre chose pour ce qui est des mecanismes de l’inflation : une augmentation de la masse monetaire n’est pas la condition sine qua non pour la generer, une simple augmentation des salaires suffit. Et la on est en plein dedans l’augmentation des salaires !

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> Et pourtant, je suis pour la paresse..., 3 mai 2001

merci de ton commentaire, je ne te cache pas que je ne suis pas en mesure d’apporter les éclaircissements complets sur le sujet et je pense que la mise en place pratique est possible mais devra être sujet à des discussions précises et aux enjeux énormes. Je peux néammoins te préciser qu’il ne s’agit pas exactement de donner 5000FF de plus à chaque actif. L’idée est de laisser ensuite le marché du travail s’ajuster de sorte que les salaires effectivement versés par les entreprises vont diminuer. Il y aura sans doute une hausse des bas salaires mais la hausse ne sera pas générale et uniforme.

Pour ce qui est du budget de l’Etat, la somme peut sembler énorme. Cependant, il ne s’agit essentièlement que de redistribution et pas de création monétaire cela ne doit donc pas être insurmonable. Deplus, cette mesure doit participer à une grande réforme de l’état. L’impôt devra être considérablement simplifié, les allocations chômages ainsi que la retraite supprimées (l’allocation étant aussi versée aux retraîtés et aux jeunes en fonction de leur âge), l’administration considérablement allégée en effectif, tous les règlements administratifs très simplifiés. Je pense que la partie hausse nette des salaires pourra être presque entièrement compensée. Pour le reste, rappelons que les entreprises paieront beaucoup moins cher les salariés (un smicard actuel sera sûrement payé autour de 2000FF), il sera donc normalement d’augmenter leur impôt en compensation.

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> Et pourtant, je suis pour la paresse..., severino, 5 mai 2001

C’est économiquement faisable : en commençant progressivement on évite l’inflation et on reste réaliste sur les coûts. Quand à l’incitation à travailler, un revenu d’existence universel, inconditionnel, cumulable, est très incitatif puisque même un mi-temps permet d’améliorer l’ordinaire. Alors qu’avec le rmi (je témoigne en connaisseur :-), c’est cumulé dans un premier temps, mais ensuite déduit quand on se retrouve sans travail (et que l’on a n’a pas encore atteint les droits au chômage), et l’on se retrouve dans la merde. c’est la fameuse trappe.

Un autre argument sur les coûts : il faut compter qu’un tel revenu permet de se substituer à d’autre, très couteux et mal utilisé (sans même compter les coûts de bureaucratie :-). Par ailleurs cela permet d’assurer des gains plus important aux entreprises, puisqu’il s’agit en parallèle de permettre une gestion du personnel plus souple (licenciement sans contrainte). C’est un projet qui ne peut se faire qu’en alliance stratégique avec certains libéraux (donnant-donnant) : soit on en termine avec la flexibilité (attac, lcr, pcf...), mais on n’a pas le rapport de force... soit si on est obligé de subir cette flexibilité soit disant pour le bien de la société, et bien soit, mais pas sans filet de sécurité... On veut bien prendre des risques, mais pas stresser comme des malades. Mais il faut voir également la possibilité pour celui qui subit un boulot qu’il ne supporte pas, la possibilité de faire une pause sans être stigmatisé, de trouver plus facilement un autre boulot, de créer une activité sympatique ou de pur buisness à moindre risque...

Le problème est qu’un tel projet a besoin d’être connu et qu’il est rejeté par la vrai gauche, coincé dans des problématiques anachroniques, et que le ps et la droite n’ont pas envie que les individus puissent s’émanciper puisque leur pouvoir économique et politique est basé sur ce contrôle social. Bref, une bonne idée, mais qui faute de soutien n’aboutira pas avant un bout de temps. Alors, je n’ai pas envie de geuler dans le désert pendant 20 ans, avec pour seul satisfaction de pouvoir alors enfin dire "vous voyez j’avais raison. Je préfère pratiquer dès aujourd’hui le dimanchisme, en bon punk que je suis (on s’refait pas), continuer à toucher mon rmi, à vivre avec 3 franc 6 sous en marge, à m’investir à fond dans les projets qui me tienne vraiment à coeur...

Pour ce qui est de la théorie, on a besoin d’urgence d’un nouveau projet qui puisse redonner l’espoir. Il y a moyen d’articuler plusieurs problématiques :

-  la dissociation partiel du revenu et du travail sans contrôle sociale, en échange de la flexibilité.
-  la réforme du droit d’auteur pour couper les pieds d’argil des multinationales et encourager le travail collaboratif dans tous les domaines d’activité, ainsi que le transfert de savoir vers le tiers-monde.
-  La critique d’une certaine publicité qui nous pousse à consommer plutôt qu’à mieux vivre.
-  La contestation de la mondialisation capitaliste "inhumaine" afin d’imposer des réglementations sociales et écologiques au marché (zpatistes, contre-sommet, porto allegre).
-  L’urgence écologique qui nous oblige à développer le partenariat international.
-  [Mettez ici votre lutte préférée]

Vous remuez, vous trouvez un plan chic, plein de citations qui accrochent, et ça fait une belle théorie intello de plus :-) Bref, si vous êtes aussi démotivé que moi, je vous conseille (rien à voir) "contre-pouvoir" de Michel Benasayag et d’un collègue à lui dont j’ai oublié le nom (ça vaut mieux que de le lui écorcher). Enfoiré, quel spleen je me tiens today (yo) !

 
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Suppression de la peine de mort sociale, Walk, 29 juin 2001

Gouffre masqué pour morale mal placée, montagne dévoilée par reciblage humanitaire.

J’aimerai bien qu’on me dise quels bénéfices on peut envisager.

-  Suppression des aides sociales et des coûts directs et indirects.
-  Réduction des coûts de contrôle.
-  Réduction des coûts de santé pour les victimes et les témoins du désastre.
-  Augmentation du moral et de la productivité qui y est associée.
-  Augmentation de l’initiative dans des secteurs para-économiques.
-  Réduction des effets dévastateurs de l’économie parallèlle.
-  Economies par réduction de la délinquance (coûts directs et indirects).
-  Impact international, retombées indirectes.

Ajoutons ajoutons ...

Après la suppression de la peine de mort, suppression de la peine de mort sociale par transmutation positive du statut social.

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> Et pourtant, je suis pour la paresse..., Jean-Patrick Abelsohn - http://cidcspes.free.fr, 25 juillet 2001

Il est à peine étonnant que le sujet du débat ouvre les souhaitables horizons d’une relecture de Marx. La référence à Paul Lafargue est alors intéressante parce qu’on ne peut oublier qu’il a sous-titré son livre "Le droit à la paresse" par "réfutation du droit au travail de 1848"...

A découvrir, lire ou relire, donc ... (fac-similé téléchargeable sur le site de la BNF)

Jacques Duboin fait sans aucun aussi doute parti de ces autres "veines pensantes" à sortir du placard. Son "socialisme distributiste" trouve ses fondements dans une réflexion sur l’avénement d’une société d’abondance de biens(par la "grande relève de l’homme par la machine")et sur l’intérêt à porter à ce qui est produit.. Il développe une logique de production basée sur la demande et sur l’usage des biens ... Il interroge ainsi sur la répartition des gains et des temps qui découleraient d’une société dont la production serait démocratiquement délibérée... et, c’est alors très naturellement qu’il propose d’instituer le droit fondamental à une sorte de revenu de répartition acquis à tous ... (c’est dans les années 1930 et Duboin n’était pas un révolutionnaire, et pas vraiment même un homme de gauche...)

Et combien d’autres se sont (volontairement ou involontairement) inscrits dans les voies "associationnistes" de 1848-1850 ... jusquà ceux qui défendent aujourd’hui le concept "d’économie solidaire" (si on retient ceux qui sont dans la construction d’une alternative)...

C’est sans doute le fait d’aborder séparément les problèmes (travail,logement, santé...etc...)qui pollue d’origine la réflexion ... En prenant les enjeux humains et environnementaux par le "petit bout de la lorgnette", on se met forcément dans une situation de tentative de "régulation" de l’existant, et donc rarement dans une possible contestation globale du système...

" une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste....Cette folie est l’amours du travail... poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu ...Au lieu de réagir à cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes ont sacro-sanctifié le travail ..." (premières lignes du "Droit à la paresse")

Je suis "preneur" de toutes pistes et références sur d’autres "utopistes de la réalité", sur des échanges avec des passionnés et spécialistes de tel ou tel de ces auteurs (à succès ou pas...)

Merci

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> Non au travail salarié et non au chômage
29 avril 2001, message de Agt the Walker
 

> Des études récentes montrent même que 90% environ du travail humain pourrait avantageusement être supprimé dans les pays industrialisés.

Quelles sont ces etudes (URLs, references bibliographiques...) ? Je suis d’accord que beaucoup d’emplois pourraient etre supprimes si le travail necessaire (agriculteurs, macons, entretien, medecins, etc.) etait organise de maniere rationnelle mais 90% ca me semble beaucoup quand meme...

> Ainsi, par exemple, les gouvernements ne sont nullement placés devant la nécessité impérieuse de maintenir une croissance très élevée pour compenser les gains de productivité et maintenir l’emploi.

La je suis entierement d’accord. Le probleme est plutot : comment financer ce revenu d’existence vu que les gens vont moins travailler en moyenne ?

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> > Non au suicide des tickets de rationnement, Walk, 29 juin 2001

Le problème pourrait devenir : Comment financer les coûts du désastre social ?

Pour faire dans le cynisme, "ils ne se suicident pas tous", et même je l’espère, de moins en moins. Car ce sont bien les survivants-malgré-nous qui font avancer le schmilblic. Le monde capitaliste est de moins en moins parfait. La sélection naturelle y est de moins en moins le remède miracle.

Vive la fin de la honte des soi-disant parasites.

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