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mardi 1er mai 2001
La résistance c’est ce qu’il reste quand on peut plus rien faire d’autre

Pierre Carles continue le combat...

par soub
 
Après Pas vu, pas pris , Pierre Carles reprend, à sa manière, son travail de résistance à l’emprise intellectuelle et médiatique. Pour « la sociologie est un sport de combat », il a suivi le sociologue Pierre Bourdieu, pendant trois ans.

C’est parfois à l’aune de ses détracteurs que l’on juge des qualités d’un homme.

Contestataire de l’emprise médiatique, qualifié parfois d’anarchiste dans un milieu de la production télé - ronronnant, moutonnier, étranger à toute forme de remise en question, d’analyse critique, sans parler de contestation - Pierre Carles, en un film, Pas vu, Pas pris avait réussi le tour de force de s’attirer les foudres de tout le gratin journalistique télévisuel.

Anne Sinclair, Charles Villeneuve, Patrick de Carolis, Bernard Benyamin ou encore Karl Zéro, comme un seul homme, vouaient aux gémonies le réalisateur de Pas vu, pas pris. Tous, il est vrai avaient été pris en flagrant délit de lâcheté, de manquement grave à leur habitude de gestion scrupuleuse de leur image de journaliste professionnel, indépendant et indifférent aux pressions de toutes sortes, lors de la diffusion d’images « pirates » présentant Etienne Mougeotte, le vice-président de TF1, en pleine conversation -lobbying, en fait- avec François Léotard, alors ministre de la Défense.

Outre le caractère « jubilatoire » de ces images de « journalistes télé », d’habitude si à l’aise, en terrain balisé, si prompts à l’utilisation de qualificatifs ronflants quand il s’agit de présenter leur travail d’ « enquête inédite », de « reportage exclusif », empêtrés dans des tentatives de justification de leur couardise soudaine ou dans des leçons de journalisme accéléré au petit insolent qui n’avait pas compris comment fonctionnait la machine journalistique, le film révélait surtout une veule unanimité : impossible de diffuser « ça ».

Certains auraient même sans doute préféré ne l’avoir jamais vu, la seule connaissance de l’existence du piratage étant d’ores et déjà coupable. Journaliste -malheureusement- iconoclaste, Pierre Carles commentait son enquête, loin du ton journalistique exaspérant et obligatoire façon Capital et du triptyque « présentation, reportage, synthèse », sorte de règle d’or du commentaire journalistique en télévision.

Pour la première fois la « connivence médiatico-politique » était montrée, avalisée contre leur gré par les plus ardents thuriféraires de l’illusion de l’indépendance journalistique et avec les moyens des avocats de la religion de « la preuve par l’image ». Présenté comme un « terroriste intellectuel » par des rebelles indomptables tels qu’Alain Gérard Slama, Jean-Marc Sylvestre, Françoise Giroud, ou Alain Duhamel, Pierre Carles s’était fait discret depuis ce produit télévisuel salubre et ravageur.

« Grillé » un peu partout, Pierre Carles a décidé de monter sa propre structure de production et revient avec La Sociologie est un sport de combat, portrait filmé de « la pensée en mouvement » du sociologue Pierre Bourdieu. Très différent en apparence de Pas vu, pas pris, le film ne dépaysera pas les habitués du style Carles. Même ton détaché, en rien journalistique, mêmes plans longs et fixes auxquels cinémas et télés nous ont déshabitué, loin des « normes esthétiques » obligatoires de la production audiovisuelle. En électron libre, Carles a choisi de s’émanciper d’entrée des inepties de l’époque : s’informer en se divertissant, version journalistique, médiocre et facile, du célèbre « apprendre en s’amusant »...

Sur les traces de la pensée Bourdieu

Carles suit Bourdieu au travail pendant trois ans, un film austère qui rompt avec les normes de productions journalistiques. Un film austère car le travail de réflexion est austère.

Le film se borne à cela, montrer un intellectuel au travail. Et pourtant à sa manière, loin du portrait hagiographique, Carles réussit à rendre visible le combat quotidien que mène l’auteur de La Misère du monde. Bourdieu à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales en train d’élaborer avec un groupe de travail des indicateurs du « néo-libéralisme », donnant des conférences, des cours, dialoguant avec Günter Grass, donnant une interview à une radio associative sur les inégalités sociales, traitant une assemblée de jeunes au Val-Fourré de « cons, si vous ne lisez pas, si vous refusez le travail intellectuel. Le mouvement ouvrier a crevé d’anti-intellectualisme. J’en sais plus que vous sur vous mêmes ! » ; Pierre Bourdieu, en proie au doute, même quant au contenu de son propre discours. Ou encore des moments savoureux, tel Bourdieu à son bureau découvrant une lettre envoyée par Jean-Luc Godard...

Si le film n’éclaire guère sur l’homme Bourdieu -outre qu’il se révèle plein d’humour-, le travail critique du sociologue prend corps sous nos yeux, la société médiatique, le néo-libéralisme, les rapports de pouvoir, la domination, l’acceptation du marché. Un travail de « salubrité publique », minutieux et en profondeur, de sape et de résistance à l’air du temps néo-libéral. A l’image, « la pensée Bourdieu » est claire, structurée, redoutablement subversive, notamment lorsqu’il démonte le discours économique ambiant ou l’idée présentée comme naturelle d’un marché libre, infaillible et indépassable. Par sa construction, son sujet, sa lenteur le film se révèle captivant et provocateur par le simple fait de présenter l’œuvre d’un intellectuel alors que le divertissement (la connerie ?) envahit le champ médiatique. "L’information de marché " qui ambitionne de s’adresser au plus grand monde réduit toujours plus le nombre des sujets susceptibles de faire l’actualité et conduit à la disparition de toute analyse, pour flatter les instincts supposés primitifs du citoyen-consommateur-usager-téléspectateur.

Pierre Carles prend le contre-pied exact de cette forme de pensée, en évitant toujours de « faire con, pour faire peuple ». Autant de raisons pour lesquelles aucune chaîne de télé n’a souhaité acheter le film. La sociologie est un sport de combat sort le 2 mai dans deux salles à Paris. Pierre Carles, fataliste : « c’est 100% de plus que Pas vu, pas pris, je vais pas me plaindre ».

Le film sort le 2 mai au cinéma MK2 Beaubourg et au St André des arts.

En province : voir le site de l’Homme Moderne

Le site « Pour lire, pas lu » de Pierre Carles

Voir en ligne Pas vu, pas pris (Haut débit)

 
 
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> Pierre Carles continue le combat...
3 juin 2004
 
Bonjour Etant moi-même journaliste un ami m’avais envoyé votre article très pertinent : Ecoles de journalisme : prêt-à-penser ou prêts à penser ? Un régal !! Je viens de lire le sujet sur Pierre Carles que je pense bien connaître hélas. Enfoncer des portes ouvertes est un sport difficile, Il y avait plus sérieux pour faire mal que cet échange popote sur la plage de 2 politiques. Même chez les pourris, la déontologie existe, et cela il l’a oublié pour faire de la sensation. Ces attaques de « roquet » dans les quelques émissions (le nom de la courte séquence où il apparaissait m’échappe, Magnéto ou autre.. ??) ou il filmait et analysait quelques victimes faisaient plus penser à de la graine de collabo aigri, qu’a des révélations drôle ou pertinentes !! Je me rappelle un assassinat gratuit du rédacteur de Thalassa particulièrement pathétique, mais pour Carles !! Pourquoi ne pas balancer le trou financier de canal, et la somme avec laquelle en est sorti Lescure : cet espèce de Messier rock & roll ? Le plus drôle serait de faire un sujet sur Pierre Carles, fils de bourgeoisie Bordelaise ( grande famille de tripiers..déjà !!) qui a toujours « pété dans la soie ». Le Zorro du pixel se sentirais mal avec quelques petites anecdotes : le problème c’est que tout le monde s’en ficherait. Je pense que la presse sera vraiment claire quand les journalistes seront des vrais libre penseurs, et non pas des fonctionnaires politisé se cachant derriére une feuille de paie, ce que Carles aurait aimer être pensent beaucoup de personnes !! On peut rêver non ? Continuez vous avez souvent du bon sens !! Cordialement Sherlock
 
en ligne :
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> Pierre Carles continue le
1er février 2002
 
à noter une interview de Pierre carles sur tout ces sujets dans la revue SPAM
 
en ligne : site du spam
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> > Pierre Carles continue , ISABELLE BERNIER, 14 février 2002

Est ce ce Mr Pierre CARLES qui sort un nouveau film ce soir à PARIS (14/02/02) "ENFIN PRIS", si oui, où joue t-il ?

REPONSE URGENTE : MERCI

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> > > Pierre Carles continu, Olympe, 14 février 2002

Salle Olympe de Gouges, 15 rue Merlin, 11e. M° Père Lachaise, Voltaire. Il y aura du (beau) monde, mieux vaut se présenter à 19h 30. Scéance à 20h30. Débat avec P. Carles et Serge Halimi.

De rien. Olympe

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Dix raisons d’oublier Bourdieu
2 mai 2001, message de Grosse Fatigue
 
1 - Bourdieu n’est pas sociologue. C’est un philosophe. 2 - Bourdieu est incompréhensible. Même ses disciples l’avouent, qui publient des livres pour expliquer sa pensée. 3 - Bourdieu est durkheimien. A force de considérer les faits sociaux comme des choses, ces choses se font statues. 4 - Bourdieu est inutilisable. Essayez de comprendre les dynamiques sociales, ou plus simplement le changement, et les bourdivins vous diront qu’il n’y a pas de changement. 5 - Bourdieu est mégalo. A force de ne pas parler de soi, il conclut son séminaire au Collège de France par une auto-socio-analyse. 6 - Bourdieu est démago. En disant aux cheminots en colère qu’ils défendent la civilisation, il assume que la civilisation existe, qu’il y a donc une échelle de valeurs entre les cultures. Ce qu’il a toujours contredit. 7 - Bourdieu ne sert pas à comprendre le monde. En effet, les concept de "champs", ou d’"habitus", sont des idées reprises aux marxistes ou aux structuralistes. Très séduisantes, elles fonctionnent partiellement. 8 - La sociologie française, ce n’est pas Bourdieu. Combien de sociologues moins tapageurs font-ils plus d’avancées méthodologiques ou de terrain ? 9 - Bourdieu, c’est la vulgarisation à outrance d’une pensée qui va dans le sens du poil de la gauche bien pensante. On y justifie à postériori des concepts stériles. 10 - Bourdieu n’est pas un sociologue. C’est un théoricien de la domination. On peut réduire sa pensée à ce simple concept, appauvrissant une oeuvre qui, parfois - par exemple avec la "Distinction" - mérite d’être lue car elle décrit le social, tout en s’empêchant tout jugement réellement critique. Car chez Bourdieu, relativiste absolu, tout se vaut. Voilà pour la stérilité. Arrêtons de faire, à partir de bons sentiments, un nouveau prophète.
 
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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, Tiresias, 2 mai 2001
Et bien voilà, suffisait de le dire...Mais tu vas faire beaucoup de peine à des gens qui croient qu’ils pensent en pensant ce qu’ils croient, ça c’est terriblement agressif, ils vont t’en vouloir et croire que tu pense dans la croyance au lieu de croire dans la pensée. Enfin, tu prends tes responsabilités, mais j’ai rien a voir la dedans, qu’on se le dise.
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et vive l’astrologie !, PRIVATE JOKER, 3 mai 2001

"Bourdieu n’est pas un sociologue. C’est un théoricien de la domination. On peut réduire sa pensée à ce simple concept, appauvrissant une oeuvre qui, parfois - par exemple avec la "Distinction" - mérite d’être lue car elle décrit le social, tout en s’empêchant tout jugement réellement critique. Car chez Bourdieu, relativiste absolu, tout se vaut. Voilà pour la stérilité. Arrêtons de faire, à partir de bons sentiments, un nouveau prophète."

Et oui, un peu comme Elisabeth Tessier en somme, gnark, gnark...

Dans pas longtemps, ça sera bien au Collège de France : "pour cette soirée hardtek, 1er set Tessier, 2ème Bourdieu", trop yes !

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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, 8 mai 2001
Dommmage que tu sois paresseux, fatigué, velléitaire et glandeur, en développant un peu les ’dix raisons", tu faisais un article intéressant... :)
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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, benoit, 8 août 2001

Très bien l’argumentation en 10 points, comme ça c’est aussi facile à lire qu’un résumé de film sur télé 7 jours : presque pas la peine de voir le film. Le point 2 est amusant par exemple : tu écris "Bourdieu est incompréhensible", et tu sembles cependant avoir tout compris, toi, vu l’assurance de ton argumentation "en 10 points" (le 1 et le 9 se ressemble un peu peut-être...).

J’apprécie pas mal d’aspects des livres de P. Bourdieu (ceux que j’ai cru comprendre en tout cas), qui concernent les jeux autour desquels se tissent les relations de domination (et oui, ce "simple concept" dont tu sembles avoir fait le tour), selon les milieux, et comment les individus s’adaptent aux formes de domination, en fonction des attributs qu’ils peuvent ou savent mettre en avant... bref de toute façon je ne saurais pas exprimer ça en une phrase, mais j’ai trouvé quelque chose de fort dans ses livres au-delà du jargon qu’il utilise et qui m’échappe largement. En tout cas ça n’est pas un "prophète", son discours, qu’il semble vouloir traduire politiquement, contient en tout cas une vérité que les "gros et gras médias" ne souhaitent pas diffuser, et qui me semble, au moins pour cette raison potentiellement subversif - vérité qui le dépasse lui-même d’ailleurs. Il n’est pas le seul à écrire ou parler dans ce sens (les auteurs dans sa collection Liber, les gens du Monde Diplomatique, d’Attac etc...).

Que les "gros et gras médias" le diffusent, si sa pensée est tellement "insignifiante", tout comme les films de Pierre Carles, sinon les gens seront obligés de s’appuyer sur des résumés aussi minables que le tien. Benoit

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> Dix raisons d’oublier Bou, 15 février 2002
Eh bien votre message est l’image même d’un esprit borné qui comme c’est à la mode en ce moment se met a critiquer l’un des plus grands sociologues francais,(je ne suis pas un adepte de Bourdieu). Remettons les choses à leur place si Bourdieu est si peu reconnu aujourd’hui c’est qu’il s’est opposé au système télévisé actuel, autrement je suis persuadé que vous auriez été un adepte de cet intellectuel. J’ai d’ailleurs l’étrange impression que vous avez débiter ces propos sans même vous être interresser à l’oeuvre, a la pensée de Bourdieu. De plus ce fameux principe des "Dix raisons" à tout prix est des plus stupide.... Je m’arreterai là et regrette déjà d’avoir pris la peine de vous répondre
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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, Mathieu, 20 juin 2002

Je trouve "par hasard" article sur Pierre Carles.

Que vois-je au dessous ? Un écrit au titre provocateur.

Intéressé de lire ce récit populiste, je me penche sur son contenu.

Je n’ai même pas envie de répondre rigoureusement sur le fond, car cela serait perdre mon temps. Juste pour dire que certains ici me font bien marrer. Faut arrêter les petites frustrations quotidiennes les gars.

Je comprends que vous puissiez ne pas comprendre pas mal d’écrits de Bourdieu [qui est vrai est un sociologue dur à lire], mais au lieu de raconter des conneries, je sais pas moi, lisez Tintin, peut-être que vous pourrez avoir de meilleures critiques.

Juste pour dire que l’on soit d’accord ou non sur le fond que proposait Bourdieu, on doit au moins avoir un minimum de respect et d’intelligence [ce qui manque à certains d’entre vous qui avez posté ces réations si je me permets, tout bonnement, minables]. Bourdieu est reconnu par tout le monde qui doit le reconnaitre. Il le sera toujours. C’est l’essentiel, et vous n’y changerez rien.

Donc, oui tu as bien fait de ne pas développer tes "10 points en article". Perte de temps. Perte de temps. Exactement comme je fais actuellement, mais je n’ai pu m’empêcher.

Ma réaction est décalée vis à vis de la date de cet écrit, mais bon, encore une fois, je n’ai pas pu résister à cela.

Allez bien @vous Mathieu

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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, le liquide de la tête, 11 juillet 2002

non non vous avez tous bien fait de répondre à ce connard mondain.C’est un peu comme ce snobisme de glandeur qui pousse certains des journalistes des "cahiers du cinema" a encenser "loft story" : on se force a tenir des propos "differents" pour ne finalement réaliser qu’on a dans la tête qu’une masse confuse de banalités, de là on s’invente un cheval de bataille à partir d’une petite idéee cynique et mal developpée qu’on croit originale("et bien moi,j’aime loft story","pierre bourdieu était inutile"...)mais qui n’est que réactionnaire et surtout,et c’est pourquoi ne vous en voulez pas de perdre du temps à lui répondre,surtout aussi débile que la fanfare médiatique dont ce type est persuadé de ne pas être victime. J’aimerais donc lire au moins mille messages pour rappeler que notre ami ,avec son "top ten" crétin sur bourdieu, est un collabo. Collabo de la bêtise médiatique Collabo de l’anti-intellectualisme proné par le discours dominant à grands coups de"te prends pas la tête c’est fun" Collabo des mondains paresseux qui recoivent le chéque de papa et maman chaque fin de mois,PLUS le RMI (ça dedouanne et ça fait tellement bohême)et qui se permettent de juger le travail de gens qui par leur besoin d’agir ,ont une vie un million de fois plus remplie qu’eux. Bref ,Collabo du discours dominant(mais persuadé bien sur d’être tellement "provocateur")

PS : Je ne REGRETTE PAS d’avoir répondu

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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, Grosse Fatigue, 8 octobre 2002
C’est marrant, je retrouve cette contribution sur Bourdieu, et aucun des détracteurs ne m’attaque sur le fond et ose reprendre vraiment point par point ce que j’ai développé dans Contre-Courants par exemple (http://contrecourants.free.fr/texte.php3 ?art=94). On m’attaque parce que je ne "crois" pas à Bourdieu, même si l’homme était fort séduisant.... Sans compter les insultes qui pleuvent, mmmh. Le discours dominant, c’est aussi Bourdieu, non ?
 
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contrairement aux faits sociaux, la bêtise est valable en tout temps et en tout lieu, harry potter, le sociologue magique, 8 février 2003
Il est vrai que face à cette énumération plus provocante par sa bêtise que par les idées qui y sont développées, il ne s’est trouvé personne pour démonter point par point cette argumentation à mon sens incohérente, partielle et partiale. Les insultes ferment le débat. 1. « Bourdieu n’est pas sociologue mais philosophe », étonnant, non ? Sans m’étendre sur l’absence d’argumentation qui suit cette affirmation, il convient de rappeler que Bourdieu a effectivement produit une réflexion philosophique sur la science et la vérité, qu’il fut professeur de philosophie. Cependant il faut souligner que pendant longtemps la sociologie et la philosophie furent liées (les enseignants de sociologie disposèrent de chaires de philosophie lors de la constitution de la sociologie en enseignement universitaire) et que Bourdieu a réellement mené des enquêtes sociologiques - en Kabylie notamment. 2. Bourdieu est difficilement compréhensible, il faut avoir connaissance effectivement du vocable sociologique (tiens donc moi qui avait failli croire que Bourdieu n’était pas sociologue). Par ailleurs la complexité de ses écrits est dû au fait qu’il veut retranscrire avec une extrême précision sa pensée, ce qui est primordial tant un ouvrage peut souffrir de mauvaise compréhension. 3. « Bourdieu est durkheimien » : Durkheim est sociologue, Bourdieu est durkheimien donc Bourdieu est sociologue ! 4. Bourdieu a réagi aux théories sociologiques de la mutation, de la dynamique sociale, il estima que l’image de la société perpétuellement en mutation était fausse car il existe une certaine forme d’inertie et un certain nombre de constantes sociales (ex : les enfants de riches ont de meilleures chances de réussir à l’école que les enfants de pauvres). L’intérêt de la pensée de Bourdieu est d’analyser ces permanences et ainsi inciter à les combattre, il n’est donc pas étonnant de ne pas trouver trace des changements sociaux dans cette pensée militante et engagée ! 5. La socioanalyse de Bourdieu c’est montrer que le sociologue pense la société selon son expérience, son origine sociale... ainsi par cette socioanalyse Bourdieu prétend analyser sa propre sociologie et montrer à ses élèves qu’il est vital de procéder à cette analyse pour éviter d’immiscer une trop grande subjectivité dans une réflexion scientifique. 6. Bourdieu savait pertinemment que nombre de civilisations existent et ne les a jamais classer. Affirmer l’existence de civilisations n’aboutit pas forcément à classer les cultures. Ton « point 6 », c’est de la pure diffamation ; 7. oui et alors ? Marx est sociologue non ? et les lois sociologiques ne sont pas valides en tout lieu et en tout temps 8. La sociologie française, ce n’est pas Bourdieu mais Bourdieu est une figure parmi d’autres de la sociologie française. C’est pourquoi il convient de ne pas l’oublier. 9. De nombreux concepts que tu emploies dans ce point 9 restent obscurs : « gauche bien pensante », « concepts stériles ». Tu as sûrement voulu dire quelque chose mais quoi ? 10. Si tu admets que l’œuvre de Bourdieu peut parfois être intéressante, tu conviendras qu’il serait dommage de l’oublier. Tes « Dix raisons pour oublier Bourdieu sont une vaste fumisterie et une insulte à la mémoire de ce penseur.
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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, Sherlock.., 12 juin 2004
Bonjour grosse fatigue.. c’est vrai que sur le fond ils n’ont pas grand chose à répondre !! Il leur suffit d’un concept genre "plus je pédale moins vite, moins j’avance plus vite" pour se transformer en clebs..libé sous le bras, un peircing et un tatouage, un tel portable, et la bande à Panurge va parler de société et de liberté...J’ai plutôt l’impression qu’ils ont le parfait uniforme du consommateur de tête de gondole les pseudos intellos.. merci d’avoir eut un avis l’ami !! Tes détracteurs on dirait une secte ou des victimes du populisme : comme ils sont mignons !!
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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, Bruno Bodin, 18 mars 2004

BIBLIOTHEQUE VIRTUELLE

NUMERO 32

10 février 2002, Bruno Bodin, Editions SLOSKIES, 36 avenue des Ajoncs - 22770 - Lancieux. Courriel : bbruno7@wanadoo.fr

PIERRE BOURDIEU"Le sociologue est quelqu’un qui va dans la rue et interroge le premier venu, l’écoute et essaie d’apprendre de lui." Cette citation du livre REPONSES, entretiens de Pierre Bourdieu avec Loïc Wacquant, a déterminé l’essentiel du plaisir que j’ai pris à mes quinzaines dernières années de vie professionnelle. Cette phrase, à y bien regarder extrêmement précise, nous savions que son auteur la mettait en pratique, ce qui rendait son enseignement plein de surprises et d’envies de recherche. Quand je dis "nous", je pense aux milliers de personnes que j’ai côtoyées avec mon amie Françoise dans ses amphis au Collège de France et dans les facultés de Sciences Humaines de Lyon, Nantes ou Poitiers. Je me souviens en particulier de l’amphi de Lyon plein à craquer de jeunes entre 20 et 25 ans venus là parce qu’ils savaient y rencontrer un professeur qui ne se contenterait pas de citer les livres des autres mais témoignerait de ses propres expériences individuelles et collectives. Bourdieu nous contait ses recherches, ses découvertes et ses doutes. Il exprimait ces doutes en s’excusant et en nous faisant rire : c’est, je crois, ce qui faisait son succès auprès de tous ces jeunes et ce pourquoi sa disparition nous fait mal. Ses excuses bredouillantes et son humour auto dirigé à la Coluche vont nous manquer : c’est un comportement tellement rare. Bourdieu passionnait tous ceux qui doutent (qui refusent "l’imposition d’impenser" comme il disait) et déclenchait une véritable haine chez ceux qui vivent de certitudes : les éditorialistes médiatiques, les intellectuels installés "rive gauche" et les petits marquis de l’ENA, Sciences Po et HEC, qui pour l’essentiel ont fait un contresens magistral sur son œuvre.J’ai lu à peu près tous ses livres et partout j’y ai rencontré, comme je l’ai rencontré au Collège de France, non seulement un refus radical du "prêt-à-penser", mais aussi des outils pour ne pas "laisser à l’état d’impensé sa propre pensée". Ces outils m’ont permis de comprendre les innombrables impostures du monde d’experts informatiques où je vivais professionnellement, et en particulier celles des cabinets de conseil comme Arthur Andersen ou Mac Kinsey qui font souffrir les gens par le biais du discours tout-technologique dominant. J’étais stupéfait de constater comment ce qui m’apparaissait désormais comme de grosses ficelles pouvait passer aux yeux de nombreux collègues comme des processus de conseil parfaitement rationnels.Comprendre mais aussi "comprendre pourquoi et comment on comprend" ... cette attitude réflexive de "méta compréhension" (je comprends leurs ficelles et je comprends pourquoi je les comprends) faisait penser à Achille Talon, personnage de bande dessinée qui explique la bande dessinée dans laquelle il se trouve... et auquel se comparait Bourdieu de son estrade du Collège de France provoquant l’un de ces immenses éclats de rire collectifs qui font partie intégrante de notre culture bourdieusienne. Et là réside enfin une autre clé du succès de notre Pierre : cette esthétique de parole, ce charisme personnel, dont sont dépourvus tant d’intellectuels tristounets. Avec un tableau noir, des craies, et quelques feuillets pour tous outils (quelle anomalie dans ce monde de paillettes !) l’esprit-corps Bourdieu nous interloquait, nous faisait rire, nous inquiétait, nous émouvait ... Il nous reste à relire ses livres - que de questions à se poser-, et à construire autour de nous, avec les armes redoutables qu’il nous a fait découvrir en nous-mêmes, un monde où chacun "aurait intérêt à être désintéressé".

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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, elian, 27 septembre 2004
j’étais stupefié par tes propos. j’ai donc jeté un coup d’oeil à ton site : felicitation,c’est encore plus horripilant qu’une chanson de Delerm. "grosse fatigue" en effet
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> Dix raisons d’oublier Bourdieu, dan, 17 février 2005
Bourdieu n’était pas un penseur. Si vous aviez pris la peine de lire les nombreux auteurs qu’il a pillé d’Aristote à Marx en passant par Habermas et d’autres auteurs américains, vous vous appercevriez qu’il enfonce beaucoup de portes ouvertes. De plus c’était un phalocrate et autocrate, comme d’ailleurs tous les bourdieusiens qui sous des aspects libertaires ne sont que des carriéristes, opportunistes, capitalistes. Prenons Daniel Mermet qui harcèle ses collaboratrices et licencie à tour de bras. Mais tout le diplo, Pierre carles, Discpelo, PLPL y court.
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