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Les marchands aiment le Web indépendant
14 février 2002
 
mardi 20 mars 2001
Synthèse coopérative

La rébellion est tendance, coco !

Les marchands aiment le web indépendant (5)
par Lirresponsable
 
 
Ceux qui ne lisent pas Davduf.net (mais comment une telle chose est-elle encore possible ?) seront passés à côté d’un petit bijou fort signifiant, puisque les 6 & 7 juin à Paris se tiendra la troisième édition d’Observatoire des tendances marketing. Mieux que les symboles ésotériques de grande consommation, et autres colfichets new-age, encore utilisés pour l’habillage de produits innovants, créer du sens ou doter la marque d’une identité, une nouvelle valeur s’impose. Et il apparaît d’après les organisateurs de cette manifestation, ou plutôt de ce colloque, que : « la rébellion sera le maître mot de l’année 2001 ». Ou même que 2001 sera l’année de la rébellion. Ou ne sera pas, bien sûr.

En guise d’introduction aux quelques remarques qui vont être développées plus loin, voici un petit courrier, qui n’est pas le résultat d’une interception d’un rapport ultra-confidentiel écrit à Lugano.

Document

Ecoutons un instant la voix d’Alexandra, nos compagnons nous ayant attachés au mât (les liens sont ajoutés) :

« L’objectif de cet événement est de proposer aux professionnels du marketing des pistes de réflexion pour appréhender une tendance de la société : la rébellion. En effet, la rébellion sera le maître mot de l’année 2001 : les rebelles nous proposent aujourd’hui des solutions alternatives, perturbatrices. Selon Vincent Grégoire du cabinet de style Nelly Rodi, « il s’agit d’un jeu pervers et vicieux » ! L’objet de cet événement sera de démontrer les différentes facettes de cette rébellion et d’en analyser les conséquences sur le marketing.

Je serais très heureuse de compter un de vos membres parmi les professionnels qui interviendront lors de cette conférence. Aussi, je vous propose d’apporter votre témoignage le 6 juin 2001 autour du thème : Ces rebelles qui utilisent les codes qu’ils rejettent « ne haïssez pas les médias... devenez les médias » ou comment utiliser les médias afin de faire leur critique

Je reste à votre disposition pour toute précision nécessaire et aurais plaisir à discuter avec vous de cette proposition d’intervention.

Dans cette attente, je vous prie de recevoir, Monsieur, mes salutations distinguées.

Alexandra R. Chef de projet Institut des Cadres Dirigeants »

Remarques

Il manquait jusqu’ici à notre panorama de la privatisation programmée du web indépendant, l’appropriation symbolique de ses principales thématiques. Mouvement qui n’est pas véritablement nouveau, puisque sous un autre registre, même un parfum ose s’appeler Anarchiste, et que les FAI martèlent la gratuité depuis l’origine, certains allant jusqu’à promettre la révolution et la liberté (avec ou sans scooter). De même, souvenez-vous, le frein au développement d’Internet, c’est France Télécom (le sale monopole d’Etat).

Comment vendre des décisions politiques ?

Première constante de l’idéologie néolibérale face aux services publics : en dénoncer le coût, la lourdeur administrative, le carcan socialiste de l’immonde monopole, pour un appel impérieux à la concurrence bienfaitrice. Libéralisons ! Une fois un service public démantelé, privatiser le monopole (fusion, acquisition) et remplacer le service égalitaire par une logique de profits. Laissez faire ! C’est pourquoi certains brodent sur la synthèse libéral-libertaire. Ce qui ne les empêche nullement de poursuivre un tel mouvement, et pour les pékins de continuer à voter pour de tels représentants. Bein oui quand même, faudrait pas que la droite (brrrr) passe, hein, ce serait terrible.

Cependant, à côté du lobbying politique élaboré dans les fameux Think tanks [1], c’est à dire la défense des intérêts et la réalisation des objectifs des groupes industriels auprès d’instances dites publiques (pouvoir législatif et exécutif), et de ses satellites (pouvoir associatif), reste à élaborer le discours à destination de l’utilisateur lambda, qui n’est ni secretaire d’Etat, ni président d’Association (ce qui en France est quand même d’une gageure extrême), ni Figure de proue ou personnalité en vue. Ou pire, pas connecté !

Le discours consumériste rebelle

En effet, il ne suffit pas de dénoncer les dangers du côté du pouvoir (déliquance électronique, cyber-criminalité, pédo-nazis, etc.), méthode classique afin de léser l’ensemble [2]. Non seulement, il faut prendre en charge les questions, par exemple lancer des pistes de réflexions avec forums interactifs (mais pas trop quand même) en vue d’une co-régulation, démontrer le fichage et le pistage sur Internet (attention la CNIL le dit bien, il n’y a pas le droit de constituer des fichiers sans le lui dire), mais aussi donner l’illusion de la contestation.

Ceci va plus loin que l’ersatz (le terme est intentionnel puisqu’il s’agit bien d’une économie de guerre) : le petit frisson de la transgression ou l’image sociale valorisante.

D’où les questions récurrentes comme « Le web indé c’est bien joli, mais comment amener l’habitué de tf1.fr à nos interrogations ? » et sa conséquence « Pourquoi ne pas aller sur Tf1.fr afin de signaler l’existence d’un autre Web ? » pour autant qu’elles se posent effectivement ce qui n’a rien d’évident. En effet, s’agit-il de parts de marché ou de pédagogie populaire par de grands leaders charismatiques Maximo ?

De telles problématiques sous le prisme médiatique illustrent une non-pensée de la spécificité de l’outil Internet. Pourquoi face à la nouveauté d’un outil qui permet la libre expression pour tous (en principe), répéter les mêmes schémas avec figures de la parole autorisée (pour le bien de tous, n’en doutons pas par mesquinerie déplacée) ?

Interprétations

On a vu que la communication habituelle des grands groupes médiatiques (ou plus simplement de l’industrie) est un échec relatif concernant le public : tel portail « communautaire », tel site d’achats groupés en tribus, etc. ; contrefaçons qui n’ont pas fonctionné. C’est pourquoi on peut considérer avec raison que la finalité de telles campagnes est l’auto-intoxication du marché.

La meilleure récupération, si récupération il doit y avoir, ne passera pas immédiatement par une suppression pure et simple des pratiques, du moins en Occident (d’autres démocraties populaires de marché ne s’embarrassent pas de telles considérations bourgeoises). D’où les tentatives de déplacements de la norme, stratégie des petits pas, face à une pratique effective résistante (cf. le numéro 3 de la série : « L’Etat et les marchands dégainent l’alibi solidaire »).

Cependant, les limites de l’activisme sont numériquement réelles en ceci qu’il y a bien une « fracture numérique », c’est à dire une inégalité sociale (économique et culturelle)devant l’utilisation d’Internet.

De plus, l’interprétation purement instrumentale d’Internet conduit à une dépolitisation. L’interface et la « convivialité » sont bien par exemple au delà de la simplification et la satisfaction du client, un moyen de lui vendre un service et de lui faire accepter un logiciel propriétaire (te fais pas chier à installer Linux, tu achètes juste un Redhat pour dire que tu l’as et tu restes sous Windows). Devant le monopole privé (sic), on voit toutes les difficultés de la pédagogie et du volontarisme : pourquoi changer d’outils puisque c’est bien comme cela ? Les débats sur les caractéristiques purement techniques prolongent d’une certaine manière cette occultation de la conception instrumentale de la technique (performances, rapidité, coût).

Un cas d’école : la musique ?

L’utilisateur de Napster n’a pas forcément conscience de la dimension politique de son acte. D’ailleurs comment télécharger un fichier pourrait-il être quelque chose de contestataire, voire de révolutionnaire ? Le problème est dans l’actualisation de ce potentiel pourtant déjà pratiquement réalisé. En effet, moi ce que je veux c’est le dernier Madonna sans le payer, voir les bandes annonces avant tout le monde, choper l’inédit pirate collector que n’ont pas les blaireaux.

L’industrie de l’Entertainment a devéloppé une stratégie à plusieurs niveaux :

-  Harcèlement juridique (RIAA)
-  Mobilisation des rebelles salariés
-  Rachat du produit
-  Normalisation (abonnement, vente)
-  Offre enrichie (inédits, gadgets, fan-club)

Là est donc, à destination du public novice (futur)le sens d’un marketing de la rébellion, c’est à dire jouer une fois de plus sur le différentiel produit afin de l’investir d’une charge pseudo-subversive puisque ramenée à la stricte consommation (passive et payante). Le maquillage sur les valeurs étant là pour dissimuler la normalisation effectuée.

L’expression publique

Le meilleur moyen de policer le discours public n’est pas la censure, même si la régulation est un complément adéquat (avec marginalisation des discours contestataires), encore faut-il que l’illusion de liberté fonctionne. Et nous jouons ici, tous, un rôle de caution, en tant que notre parole est effectivement libre ! Devant la marchandisation du Net, on a pu croire que nos pages étaient seulement là pour la pré-vente du produit dont d’autres toucheraient les dividendes. (Ce qui est effectivement le cas d’un certain nombre de pionniers). Et la diversité et la richesse des pages sur Internet sont bien un argument de vente repris médiatiquement, et une aide à la décision d’achat (avec culpabilisation et chantage vis à vis de la progéniture).

Il n’en reste pas moins que l’étape probable de normalisation (la neutralisation de la dimension subversive)passe par une dilution, c’est à dire une massification et une banalisation, en réduisant le phénomène à l’aspect, ou à l’image. D’ailleurs si nos discours sont libres, sont-ils vraiment polémiques ?

Comment tuer la contestation ?

Faire de tout le monde un contestataire à travers ses produits afin d’accréditer la thèse suivant laquelle le pouvoir aurait disparu (tout comme les capitaux seraient en fait aux mains des épargnants). Il n’y aurait plus de classe, plus de rapports de domination, plus d’inégalité. Il ne s’agit donc pas d’une solidification, l’encadrement de la base turbulente avec production de structures centralisées, qui concentrent le pouvoir. (Hypothèse historique à propos de bon nombre de révolutions). Un peu d’ironie facile à présent, autre versant de l’utopie de la communication : des individus atomisés tous rebelles, tous frères (à cause d’une homogénéité sociale abstraite) à travers leurs produits, un système neutre régulant les échanges (Internet).

Terrible miroir, dans lequel nous nous regardons à présent (malgré nos beautés diaphanes respectives), la contestation contre quoi ? Sommes nous malgré nous les alibis commodes de ce que nous prétendons combattre ? La régulation et autre marchandisation ne sont-elles pas des leurres si efficaces qu’ils produisent notre activité en ligne ? Bref quand tout change, rien ne change ? Réduction au pur spectacle ?

On voit donc que les accusations de mythologies de révolution en chambre, et d’inefficience minoritaire et hors de propos de nos activités sont complémentaires. Et en ces temps forcément modernes, l’archaïque domination brutale à coup de censure, plus ou moins déguisée, n’est probablement pas le danger le plus éminent. Notre activité dans sa portée véritable sera réfutée non par la législation mais quand tous reprendront nos discours. Une fois vidée de leur substance, c’est à craindre.

Tant que la question ne porte pas sur l’organisation effective de la société, nos pratiques, et la valeur de nos représentations culturelles (quelles oeuvres ?), nous ne demeurons que des agitateurs commerciaux. C’est pourquoi nous sommes encore les bienvenus, y compris et surtout dans le circuit de la marchandise. Mais pour combien de temps ?

La rébellion

Le but n’est pas ici d’écrire un quelconque traité du rebelle (d’autres l’ont déjà fait, et beaucoup mieux que nous ne saurions le rédiger), surtout pas pour le présenter ensuite dans une tournée de promotion. De plus, un réveil salutaire de l’instinct devant la multiplication des rebelles médiatiques, nous fait à tous maintenant épouver une méfiance vicérale, mêlée d’un sentiment de tristesse devant le ridicule de tels personnages. Partons de l’étymologie, le rebelle est celui qui recommence la guerre (bellum). (D’où les comportements virils et les poses machistes).

Un des reproches lui aussi récurrent, (ce qui prouvent que les internautes savent rester vigilants), consiste en gros à accorder de la pertinence au discours pour aussitôt lui faire le grief (fondamental à ses yeux)d’absence de propositions. Quand bien même d’ailleurs, ils seraient les premiers à reprocher l’imposition de solutions à leur attente : « C’est bien joli le web indépendant, mais vous proposez quoi ? » ; « Tu dis vrai l’ami, mais assez de remarques nihilistes, un peu de propositions constructives enfin ! ».

Il est temps de sortir de notre poche le joker marxiste de praxis [3] et de reconnaître l’évidence : le projet révolutionnaire est presque en acte ici même ! Et les différences d’appréciation entre divers collectifs, quant aux pratiques, enjeux et stratégies, s’inscrivent d’une certaine manière dans le vieux clivage entre communistes et anarchistes (au sens usuel et donc flou).

De manière schématique, les sociaux démocrates pensent qu’il est possible de réformer et souhaitent donc une régulation « citoyenne » dont l’application et la réalisation reviennent finalement à l’Etat, garant de la paix sociale et de la prospérité. D’autres choisissent, sur le modèle classique, des organisations hiérarchisées, avec bureau politique et verticalité des décisions en vue de constituer des groupes de pression, qui formulent à l’avance la « bonne théorie », les « bonnes mesures » à prendre, etc. Enfin, d’autres pensent l’activisme par une réalisation plus ou moins immédiate des objectifs qui sont la défense illustrée et exemplaire de la norme (projet). Praxis s’auto-définissant et se corrigeant à mesure que les acteurs prennent conscience de la réalisation de leur autonomie. [4].

Nous n’avons effectivement rien à vendre, seulement à partager : proposer ce mode d’organisation en réseau (partagé par un nombre croissant d’acteurs du web indépendant) comme norme pratique à multiplier. L’interface tant recherchée entre monde virtuel et société réelle est probablement à penser dans cette utopie réalisée, qu’est la TAZ [5], qui dépasse la limitation économique (c’est à dire son conditionnement). Et on voit mal pourquoi la survie économique de l’indépendant devrait être considérée comme éludée, sous prétexte qu’il faudrait attendre des conditions objectives réalisées avant d’entreprendre quoi que ce soit [6].

En effet, parlons un peu de notre TAZ qu’est Uzine. Pour reprendre de vieilles formulations [7], le salariat est aboli, pas de monnaie, pas de règne de la marchandise, pas de classe. Non, une réunion d’hommes libres travaillant avec des moyens de production communs. Le régime est la liberté, et l’expérience réelle de la cogestion, de la réflexion commune et participative, ainsi que la réalisation d’outils et d’articles, est déjà en soi beaucoup plus importante et fondatrice que les lendemains qui chantent [8]. Seul point encore d’achoppement : ces sales bolchéviks du Minirezo ont les clés de l’Uzine ! Peut-on décemment faire plus ici même et pour l’instant cher lecteur-rédacteur ?

 

[1] Suivant la définition de Keith Dixon, Les évangélistes du marché, Raison d’Agir, 1998 : « organisations qui se présentent volontiers comme des forums de réflexion, mais qui doivent plutôt être appréhendées comme des vecteurs privilégiés de l’activisme politique de certains intellectuels, point d’appui essentiels pour influer sur les champs économiques et politiques. »

[2] L’ancienne stratégie anarchiste (XIXè) qui consistait à multiplier les actes de terrorisme pour que le Pouvoir montre sa véritable nature policière afin que le peuple se soulève dans une insurrection généralisée, a échoué. Aussi ceux qui font l’apologie du délit sous une forme chic & fun sont-ils le plus souvent les auxiliaires de la répression et par leur position sociale à l’abri des conséquences de leurs actes. Les pauvres qui les écoutent vont eux en prison.

[3] Cf. Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, Seuil, Paris, 1975, Première Partie, II, 1 : « Nous appelons praxis ce faire dans lequel l’autre ou les autres sont visés comme êtres autonomes et considérés comme l’agent essentiel du développement de leur propre autonomie. »

[4] Cette double nature d’Internet peut être interprétée comme hallucination collective, voire conscience inversée ou aliénée dans un prétendu « culte d’Internet », qui mésinterprète de fait dans une construction a priori la dialectique de cette prise de conscience.

[5] ou en français ZAT, acronyme pour : Zone Autonome Temporaire, concept forgé par Hakim Bay.

[6] L’envers de cette utopie, qui n’est pas son point aveugle ni sa fin en soi, est la schizophrénie individuelle active, c’est à dire l’utilisation de ses moyens économiques privés au sens large : temps, argent. D’où également l’utilisation de pseudonymes, qui correspond bien à la double nature de l’espace-Internet, en tant qu’elle est choisie et parfaitement reconnue.

[7] Il est d’ailleurs curieux que les mêmes qui ont tenu à leur époque de contestation ces formules soient aujourd’hui les plus farouches adversaires du potentiel critique d’Internet. Nous parlons bien entendu ici des médiateurs issus de 68.

[8] Cf. Marx & Engels, L’idéologie allemande, : « Le communisme n’est pas pour nous un état de choses à créer, ni un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui dépasse l’état actuel des choses. »

 
 
Lirresponsable
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AMOK-FAAA
Memento finis
6 octobre 2003
15 juillet 2003
13 septembre 2001
 
SPIP
Web indépendant


> Se rebeller seul(e) dans son coin ne mène à rien.
21 mars 2001, message de Yvan
 

Hello,

quand on parle de réapropriation, de prise de conscience de son autonomie ben c’est bien mais tant que ça concerne pas les trucs centraux de ta vie, ta bouffe ton logement tes vêtements et ton transport c’est un peu une rebellion intello/luxe et qui finalement gène assez peu...

En parlant plus spécifiquement d’internet ben déja l’accès au web est quand même soumis à plein de facteurs socio-économique (thune, âge, sexe...) donc une alternative à l’intérieur d’un endroit déja pas du tout ouvert c’est dur...

Un peu comme monter une section syndicale CNT avec des fonctionnaires qui sont en majorité de catégorie A (vécu je sais de quoi je parles :))) ), un peu comme faire une barricade dans la cour du château de versailles, tenter de squatter dans une base militaire etc.

Les personnes qui accèdent au net sont déja un maximum consuméristes (à l’exception peut être des informaticien(ne)s ou apparentés dont c’est une nécessité professionelle... et parmis lesquel(le)s tu trouves plus facilement de tout => je pense pas qu’à la France). Donc quoi ? Internet est en effet un bac à sable pour "jeunes bourges" (de moins en moins jeunes d’ailleurs) dont la rébellion de forme n’est tolérée que parce qu’elle ammène une créativité et une iconographie nouvelle à la vieille machine (un peu comme est tolérée la "drogue" chez les artistes par la police...) et surtout parce qu’elle ne déborde pas hors d’internet. => sinon ce n’est plus toléré, voir le sort réservé aux pirates, aux sites militants contre les monopoles, contre le droit des marques etc.

Que les révoltes sur le net se fassent récupérer, détourner, ensevelir sous la communication publicitaire et la désinformation, rien de moins logique : à qui appartiennent les lignes téléphone, les lignes spécialisées ? les matériels de consultation du web et ses standards techniques ? les médias non électroniques (pour le moment principale base pour faire de la pub à un site et touche le "grand public" non ?) ????

C’est uniquement en fédérant les révoltes d’Internet avec d’autres que la pérénité de celles-ci peut être conservée ; hors en ce domaine il manque beaucoup de maillons pour constituer une chaine d’information/culture/loisirs, d’alimentation, de transport, hors du système de propriété capitalisée et de toute la vassalité et la déresponsabilisation qui y sont liés...

Les échecs de révoltes sont aussi liés au manque de nombre de personnes qui se révoltent, il est assez facile à 10 de faire vivre un site web, de publier et faire du bruit, il est par contre impossible à 10 de proposer un modèle viable et pérène de lutte. (quand je dis ça je compte pas les milliers de gogols genre attac et consorts qui disent lutter mais ne font rien ou presque. Voire pire, servent à noyer le débat sous leur citoyenneté bellante...). Dans les faits, les personnes qui luttent en France se comptent en 10aines de milliers, pas plus... donc pas suffisant.

Est ce que comme l’a suggéré la CGT espagnole il va falloir beaucoup plus regarder vers le sud pour trouver des personnes nombreuses motivées à construire un autre avenir ? Les habitant(e)s de ce pays sont-ils/elles beaucoup trop embourgeoisé(e)s pour bouger dans quelque domaine que ce soit ?

Dans tous les cas la position traditionnelle des "intellos" de gauche qui consistait à se crêper le chignon entre eux pour éclairer les masses et guider ainsi le monde vers leur chapelle de pensée est à mon avis même plus une forme de lutte en soi, attendu que la poussée populaire vers un changement n’existe presque plus...

 
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> La rébellion est tendance, coco !
20 mars 2001, message de Roland Trique
 
C’est bien joli tout ça, mais le marketing a toujours fonctionné sur la base d’une vampirisation généralisée de tout ce qui lui passe sous le nez, pour aboutir à une absence de sens (’la lessive qui lave plus blanc que blanc’), seule voie possible puisque tout le bazar est basé sur une tautologie : achetez-moi parce que je le dis. Les marketroides peuvent broder tout ce qu’ils veulent (autrefois ils se présentaient comme ’créatifs’), ils ne sortiront jamais de cette absence de sens, qui, malheureusement pour eux, les empêchera à jamais de comprendre ce qui se passe sur le Réseau. On n’y existe en effet que par les messages qu’on y envoie, donc si ceux-ci sont faux ou bien n’ont pas de sens, on ne peut pas exister. Ennuyeux.
 
en ligne : Pub gratuite
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les vrais faux rebelles : ces véritables faux amis publics N°1, Fabtroc, 21 mars 2001

Les « faux-vrais », ces véritables faux amis publics n0 1, jouent les rebelles sous les projecteurs du théâtre social, pour faire croire aux spectateurs que faire pipi à côté de la cuvette, c’est révolutionnaire, comme l’avait inauguré dans les années 70, le dessinateur Gébé . Ceux-là, on peut facilement les reconnaître. L’intensité de leur photogénie indique toujours le degré de leur soumission. Par exemple, « José Bové l’icône » (Catherine Coroller, Libération, 27 mars 2000), qui s’emploie à nous faire croire que l’inculture, la mal-vie, la mal-bouffe, ne seraient que des importations de l’étranger, ou Frédéric Beigbeder, « le Che Guevara du Flore », comme le déclare ce nouveau pauvre (Le Figaro, 7 septembre 2000), enfin libre de consommer le café à 24 francs, le thé à 32, la pression à 42, et le pastis à 48 francs (vérifié sur la carte du Flore le 9 septembre 2000), sans oublier les nombreux artistes rebelles, tel que le groupe de rap « Assassin » : « Ça t’arrive d’acheter du pain ? Eh bien, sais-tu qu’avec la TVA prélevée sur le prix de la baguette, tu finances la poiltique dùn Etat bourgeois ? » a répondu un membre de ce groupe de démagogues à des étudiants gnan-gnan qui lui reprochaient de porter des Nike, alors qu’un morceau (Esclave 2000) de leur nouvel album (Touche d’espoir) s’en prend à cette marque de chaussures qui fait travailler des enfants esclaves du Sud-Est asiatique (Les lnrockuptibles, 13 /19 juin 2000). Le groupe de rock « Trust » va encore plus loin : l’ex-chanteur et le guitariste se font des procès réciproques au sujet d’un disque. Devinez son titre ? ... « Ni dieu ni maître ». Je ne m’étendrai pas sur les artistes plasticiens qui nous polluent avec leurs morbides « performances ». Chacun peut voir leurs déjections industrielles qui parsèment les carrefours, et leur salacité dans les médias. .

Quant aux « radicaux » - ces sempiternels dépasseurs -’ ils n’ont, la plupart du temps, de radical que leur suffisance élitiste qui dissimule mal leur conservatisme recyclé, voire leur stalinisme frustré. Ceux-là trouvent toujours palpitants toutes sortes d’indignations littéraires, de bavardages de l’extrême, de négativisme théâtralisé, car ils adorent l’arrogance qui s’adonne à la critique pour entretenir l’argenterie du néant maniéré, et abominent la critique terre à terre. Cela leur rappelle par trop précisément leur spectacle domestique (frime, égoïsme, fausseté, prétention, esthétisme, agressivité, sectarisme, etc). Certains étalent leur pédanterie pour entretenir la confusion. Ils font semblant de critiquer ce qui les nourrit (la mort>, afin de briller parmi les admirateurs de la survie esthétisée « Rendez nous nos vies, vous ne savez pas quoi en taire » (graffiti lu en juillet 2000 sur un mur de la rue des Volontaires, à Paris Et enfin, il ne faut pas oublier les innombrables jouisseurs du malheur, ces sempiternels cancaniers qui dissimulent leur impuissance derrière les persiennes de leur rancoeur. Ceux-là, au fond, ne trouvent excitantes que les schizophrénies, qui passent de la rage la plus Psychopathique (agressions, assassinats de passants, à la soumission la plus dissolue (renoncement, conversion miraculeuse>. Ils adorent les « accidents », les catastrophes et abominent « le temps », la vie courante, car ce qui leur tient lieu de pensée passe plus vite d’une émotion bilieuse à une satisfaction béate (Jean qui rit, Jean qui pleure>, que le TGV à travers les vignes du Mâconnais. Combien d’admirateurs de dorures, qui maintenant se complaisent à annoner les Slogans épidémiques (« Maintenant il faut .. »), balbutieront peut-être un jour « Je ne sais pas », ou plus sordidement, « J’ai exécuté les informations » ? Combien de désinformateurs Spontanés ou professionnels, qui nourrissent le mensonge, diront ; « Je me Suis tué à vous le dire » ?

 
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> les vrais faux rebelles : ces véritables faux amis publics N°1, 21 mars 2001

toutes sortes d’indignations littéraires, de bavardages de l’extrême, de négativisme théâtralisé

C’est une autocritique ?

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> les vrais faux rebelles : ces véritables faux amis publics N°1, Roland Trique, 21 mars 2001
Non, on dirait plutôt une balle dans le pied... ;-)
 
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> les vrais faux rebelles : ces véritables faux amis publics N°1, fabtroc, 22 mars 2001
On peut certes me taxer de faux rebelles mais contrairement à la plupart d’entre vous je ne bénificie pas de l’appui des medias. Je n’écrirais jamais dans Politis, ni ne passerais sur la cinquième, France-Inter ou Canal Plus. Même sur ce rezo on m’a fait comprendre que je suis indésirable.Il n’y a plus d’espace polémique. Il y a des miliers de tabous de toutes espèce, moraux, sociaux, politiques, économiques, administratifs, etc qui ont envahi l’existence entière. Partout l’individu rencontre des obstacles lorsqu’il tente de s’évader du conformisme. Essayer de remonter le courant c’est se mettre dans un mauvais cas. C’est s’exposer à être lapidé. Tenter de franchir les limites que les tabous vous imposent, c’est se jeter dans la gueule du loup.
 
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> les vrais faux rebelles : ces véritables faux amis publics N°1, 22 mars 2001

Il n’y a plus d’espace polémique.

Si justement, la preuve !!

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> les vrais faux rebelles : ces véritables faux amis publics N°1, Roland Trique, 22 mars 2001

Ah ben ouais, l’anticonformisme tout confort, c’est pas encore ça...

Peut-être qu’en se conformant un peu moins au modèle d’anticonformisme en vigueur, ça marcherait mieux ?

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Enter Salesman, calvz, 22 mars 2001

Je dis ca je ne dis rien, mais une des plus belles recuperations de la rebellion par le business recemment, c’est bien le film fight club, encense sur ton site :

Fight Club est assurément le véritable choc cinématographique de ces dernières années. Que dis-je ? Un véritable séisme ! Bouleversant , corrosif, dérangeant, subversif voire dangereux !

Voire meme carrement destabilisateur, d’ailleurs le systeme a tremble sur ses bases...Pour ma part ca m’a fait reflechir a peu pres autant que matrix (devant lequel je me suis endormi), c’est dire.

Ah oui, il y a une critique revolutionnaire de la liposucion, du port de la cravate et de l’ameublement Ikea, subversif a donf donc.

Pour etre scotche a son siege par l’aspect novateur de ce genre de theses, faut vraiment venir de tres loin. Divertissant, je ne dis pas, mais dangereux (et nietzscheen), il faut quand meme pas deconner. De la vulgarisation lumpen-subversive, basic critical sense for the masses a la limite...

En tout cas, belle illustration pour cet article : les petites phrases chocs politiquement incorrectes (dans les limites du raisonnable) et les peoples deguises en pouilleux crasseux au-bord-de-la-rupture, ca draine les ados middle-class dans les salles obscures, dont ils peuvent sortir par la suite tout contents pour acheter un t-shirt fight club. Et c’est tout benef pour la Fox. Rebellion delivers !

calvz

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> Enter Salesman, 22 mars 2001
D’accord avec Calvz, et pour un bel exercice philosophique semi-sérieux sur Fight Club, je ne saurais que trop conseiller d’aller voir cette page de Jean-Pascal sur sa maison-page.
 
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> Enter Salesman, fabtroc, 22 mars 2001
Fight Club des sa sortie a subi de nombreuses attaques par les censeurs autorisés(Les Inrocks, Le Monde, Libé Télérama). je le sais il n’y a pas besoin d’aller tres loin pour devenir un paria ,un pestiféré. C’est aussi cela qui me choque dans ce monde de la bien-pensance. FC est original car il repose sur le couple représenté par Durden et son double. Dans ce film Durden n’a finalement aucune réalité sociale. Il n’existe pas. Il est la face obscure d’un petit fonctionnaire torturé par le vide de son existence. Et c’est ce dédoublement de personnalité, cette schizophrénie incarnée qui est la trouvaille la plus ingénieuse de FC car elle illustre le duel inscrit au coeur même du révolté, balancé entre le scrupule et le cynisme, entre le découragement et la persévérance. Lorsqu’il prends conscience de son état, notre homme tente d’utiliser son autorité pour faire avorter le projet chaos ; mais c’est trop tard. Le FC est devenu une machine totalitaire, fonctionnant d’elle-même qui ira jusqu’à broyer celui qui l’a mis en branle, puique celui-ci faiblit...Norton est l’homme révolté mais il est avant tout l’homme décadent et dégénéré, l’occidental scupuleux et moral. Refusant cette condition d’homme "libre" qui le rend stérile, il reve à l’age d’or de la barbarie. Les caracteres qui sont généralement vus comme élément mauvais(violence , domination , exclusion)peuvent dans ce film nous séduire. C’est sans doute cela qui est troublant et qui nous dérange. Mais j’aime ce qui dérange....
 
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> Enter Salesman, Roland Trique, 22 mars 2001

J’ai pas vu Football-Club, mais j’ai vu qu’il était critiqué et mis dans le même sac que Matrix, que lui j’ai vu une vingtaine de fois... Comme d’habitude, il y en a qui ont absolument tout compris et peuvent s’écrier "caca !" d’un air satisfait, et puis il y a ceux qui prétendent s’être endormis, malgré les explosions à répétition et les rafales de mitrailleuses.... Quelques films tapent en effet tellement bien dans la fausseté de certains qu’il vaut mieux pour eux faire comme si de rien n’était.

Un petit conseil : décide-toi à *faire* quelque chose, car on récolte toujours ce qu’on a semé.

 
en ligne : A messiah movie
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> Enter Salesman, calvz, 23 mars 2001

et puis il y a ceux qui prétendent s’être endormis

Eh oui, et en cinema sous THX en plus, sacree performance (j’avais un peu bu avant, faut dire).

Quelques films tapent en effet tellement bien dans la fausseté de certains qu’il vaut mieux pour eux faire comme si de rien n’était.

Ca doit etre ca, j’ai eu peur de me remettre trop profondement en question face a la puissance metaphysique de l’Oeuvre :-)

décide-toi à *faire* quelque chose

Ok, je vais faire sauter le vendeur tele du coin de la rue et on en rediscute.

calvz

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> Enter Salesman, 22 mars 2001

Fight Club des sa sortie a subi de nombreuses attaques par les censeurs autorisés(Les Inrocks, Le Monde, Libé Télérama).

Alors critiquer ce que tu aimes, c’est censurer ?

je le sais il n’y a pas besoin d’aller tres loin pour devenir un paria ,un pestiféré. C’est aussi cela qui me choque dans ce monde de la bien-pensance.

C’est marrant cette façon de ramener toute discussion, quelle qu’elle soit, à des schémas aussi ridicules : les martyrs/parias contre les méchants censeurs, la "rebellion" contre la "bien-pensance".... C’est un fond de commerce ou quoi ?

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Règle n°1 : il est interdit de parler du F-C, Cracounette, 22 mars 2001

Moi je crois que Calvz, il suit un TP de Durdon : aujourd’hui vous déclencherez une baston à propos de rien, et vous perdrez...

Salut les singes de l’espace !

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> Règle n°2 : il est interdit de ne pas se pamer devant F-C, 23 mars 2001

...et ca n’est pas evident, car la plupart des gens ont perdu l’habitude d’argumenter et feront tout pour eviter la polemique ;-)

calvz

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> Règle n°2 : il est interdit de ne pas se pamer devant F-C, fabtroc, 23 mars 2001
Je ne sais pas si ce message m’était adressé. Tu as toujours le droit de me critiquer mais j’ai aussi le droit de n’être pas d’accord avec toi . En tout cas j’ai toujours répondu aux différentes critiques qui m’ont été adressées. Ce qui n’est pas le cas des membres de ce rezo. J’ai souvent démontré qu’ils pouvaient avoir tord mais mes e_mails restent sans réponse . Je suis habitué à être critiqué, cela m’est d’autant plus facile à riposter.
 
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> Règle n°2 : il est interdit de ne pas se pamer devant F-C, calvz, 24 mars 2001

Je ne sais pas si ce message m’était adressé

Pas particulierement non, c’etait juste pour dire une connerie en reference au film...Tu as le droit de ne pas etre d’accord evidemment, et je vois que tu restes zen en toutes circonstances, toute mes felicitations. Tu as l’air plus tai chi que tae kwen do dans l’ensemble...

mes e_mails restent sans réponse

Oui, souvent les miens egalement, les gens importants qui causent dans le poste ont tendance a etre trop overbookes pour repondre a leur courrier ;-)

Amicalement,

calvz

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> La rébellion est tendance, coco !
20 mars 2001, message de Yan Marchal
 

On dirait que l’Observatoire des tendances marketing a quelques trains de retard... Les industriels ne l’ont pas attendu pour exploiter la rébellion à des fins mercantiles.

Que dire, par exemple, du groupe de rap NTM ?

Et que dire de la moto Honda CA 125, qui arbore fièrement le logo "Rebel" sur son réservoir ? Et qui coûte quand même près de 20 000 Francs : n’est pas rebelle qui veut ! La descrpition commerciale de cet engin est d’ailleurs un vrai régal : "Une Honda Insoumise !", "Elle sait tailler la route comme une grosse moto, se faufiler facilement en ville, et même étaler ses nombreux chromes, aux côtés des customs américains".

Le "maquillage sur les valeurs" et la "normalisation dissimulée" sont déjà là, et bien là ! Mais pour autant, faut-il dramatiser ? Après tout, la manipulation est si grossière qu’on se demande qui les marketeurs croient pouvoir berner avec ce genre de pratiques.

Yan.

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