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5 juillet 2001
 
jeudi 18 janvier 2001
Election municipale à Saint-Martin-de-Ré

Même pas mort

Acte 1
par Olivier Zablocki
 

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Je vis dans un village qui a un nom pas du tout commun comme dit la chanson : c’est le village de Saint-Martin. Parfois les gens disent aussi « la ville » ou encore « le bourg » ; il est vrai que Saint-Martin-de-Ré est une sorte de capitale historique pour l’Ile de Ré et, dès lors, il n’y a pas de raison pour que la vie démocratique locale ne soit pas éclairée avec autant d’attention que celle que les commentateurs réservent habituellement à l’exemplaire capitale de la France.

Jeudi 11 janvier 2001 : il y a de l’agitation dans le bourg. J’apprends que le maire sortant cherche à me joindre, il a mandaté l’un de ses proches conseillers avec la délicate mission de trouver mon numéro de téléphone. Il est vrai que ce n’est pas si facile ; j’ai beau le laisser traîner un peu partout sur l’Internet dans le même temps je ne suis pas dans l’annuaire de La Poste pas plus que je ne figure dans le who’s who local - Le Fil de Ré - publié par l’Association Sportive Réthaise, elle-même spécialisée dans le football et dont la vente fournit les deux tiers de son budget. Cela peut paraître anecdotique mais il y a déjà là un signe d’ostensible révolte qui ne trompera pas longtemps mes interlocuteurs.

Vendredi 12 janvier 2001 : je suis enfin dans le bureau du maire et c’est assez grand le bureau d’un maire d’une commune de 2500 habitants tout de même. Comme on dit aujourd’hui : ça l’fait. Je dirais même plus, ça aurait tendance à le faire un peu trop si vous m’y autorisez. Les bureaux sont comme les uniformes, ils donnent de l’assurance. Prenez le maire de Saint-Martin par exemple ; il n’en a pas l’air d’un animal politique d’habitude quand il se tient devant le monument aux morts, à la fête de l’école ou au vernissage du club de peinture Lignes et Couleurs ; plutôt jovial et familier dans un heureux mélange d’Achille Talon (vous vous souvenez d’Achille Talon tout de même ? ) et de Snoopy. C’est un bonhomme bonhomme en somme.

Mais l’heure est grave et mon bonhomme part en guerre. La précédente municipalité a explosé en vol il y a quelques mois. Quatre adjoints au maire ont brutalement démissionné puis repris leurs démissions quelques jours plus tard à la suite d’une différence d’appréciation sur les conditions de vente de l’ancienne perception, propriété communale dont toute l’équipe avait cependant décidé de se défaire. Peu importe les coupables mais le résultat est là : une équipe divisée, décidée à en appeler à l’arbitrage populaire, qui présente désormais deux listes séparées. En marge, l’ancienne opposition municipale battue en 1995 n’est pas véritablement en position de faire acte de candidature tout simplement parce que l’espace politique possible n’est pas extensible à l’infini et qu’il est, pour l’heure, tout entier occupé par cette lutte de clan.

Le maire, en présence de deux de ses conseillers fidèles, me demande alors d’être candidat sur sa liste. ll ne me connait pas bien mais entre deux fêtes de l’école, un vin d’honneur et un vernissage de Lignes et Couleurs, je suppose qu’il a du me trouver sympathique. J’accepte, convaincu de pouvoir apporter quelques idées utiles en matière de débat démocratique, de prospective et d’innovation ce qui a fait cruellement défaut à tout le monde au cours du dernier mandat municipal. A vrai dire, j’aurais aussi bien accepté une proposition de l’autre camp car nous ne sommes pas encore à ce stade dans une confrontation d’idées. Il n’y a de programme ni d’un côté, ni de l’autre, et le maire tient lui-même à le souligner : « nous n’avons pas besoin de programme ».

En un sens je vais au charbon par cohérence. Voilà des années que je m’agite à parler ici et là du rapport capital qui existe entre Internet et Territoires sur le plan de la démocratie et du développement, des années que je m’en prends aux politiques pour leur reprocher leurs pratiques claniques, des années que ceux-ci me répondent que c’est facile de taper sur les élus en restant soigneusement hors de l’arène. Bref j’accepte de me frotter à cette réalité là aussi.

Samedi 13 janvier 2001 : je fais part de ma décision à trois personnes de confiance qui ont participé depuis l’Ile de Ré à l’aventure que j’ai animée tout au long de l’année 2000 sur RadioPhare parallèlement aux naufrages de l’Erika et du Ievoli Sun. Bénédicte Debroise milite au RPR (elle est candidate sur une liste de son camp à La Rochelle), Jean-Pierre Goumard est Conseiller Régional Vert en Poitou-Charentes (il aurait pu naturellement mener une éventuelle liste d’opposition à Saint-Martin), Richard Auger sans étiquette est tête de liste à Rivedoux (une commune à l’entrée de l’Ile de Ré). Nous n’avons pas les uns et les autres les mêmes idées mais nous sommes convaincus de l’impérieuse nécessité du débat démocratique, de l’indispensable complémentarité entre démocratie représentative et démocratie délibérative pour laquelle l’Internet représente sans aucun doute une vraie chance.

Dimanche 14 janvier 2001 : je mets en ligne le site re-publique.net dans sa forme et avec ses objectifs actuels.

Lundi 15 janvier 2001 : je commence à faire connaître le site, je sollicite les uns et les autres pour qu’ils s’y expriment. J’ai pris le parti de reposer à tous ceux qui souhaitent y répondre 7 questions clés que le Phare de Ré avait adressées aux candidats têtes de listes ; manière d’étendre le domaine de la lutte comme dirait l’autre, j’affirme simplement qu’il est bon d’écouter ce que chacun a à dire. L’Internet le permet, tant mieux.

Mardi 16 janvier 2001 : je fais deux copies papier des principaux arguments présents sur le site et j’en transmets dans le même temps copie à ma tête de liste, le maire sortant, ainsi qu’à l’un des adjoints au maire qui figure sur la liste adverse.

Mercredi 17 janvier 2001 : silence de mort, je travaille dans mon coin, je fignole, je reçois néanmoins les premières contributions à placer sur le site...

Jeudi 18 janvier 2001 : à 10 heures le téléphone sonne, celle qui fait figure de numéro 2, sans doute mandatée par sa tête de liste courageuse, m’attaque d’emblée sur la légalité du site re-publique.net par rapport aux dispositions électorales en la matière. En un mot vous n’avez pas le droit, j’ai vérifé auprès de la préfecture, c’est illégal. Je la renvoie à l’analyse très précise faite par notre Sébastien Canevet national sur ces questions (au passage, il faut dire que c’est agaçant à la fin tous ces gens qui parlent de l’Internet en brandissant leur ignorance comme un drapeau) et nous en venons au fait brutal.

Le fait brutal c’est que l’idée même du débat démocratique leur est absolument insupportable ainsi que la position incongrue que je prends en ouvrant tout l’espace d’expression possible autant à mes adversaires potentiels, qu’à l’électeur lambda ou plus généralement à toute personne qui pourrait se sentir concernée par l’impact de ces élections.

Le drapeau noir flotte sur l’Ile de Ré

Finalement, je constate une nouvelle fois que les élus et les candidats ont peur du peuple. Je ne leur donne peut-être pas complètement tort d’ailleurs car ils ont raison d’avoir peur. Grâce à eux, depuis quelques heures le drapeau noir flotte de nouveau sur la marmite de l’Ile de Ré ;-)

Me voici candidat virtuel et je suis désolé pour les habituels critiques qui s’expriment sur la pseudo distance entre monde virtuel et monde réel, élite privilégée et gens de terrain, toutes ces vaines attaques qui nous empêchent d’y voir clair, je suis désolé mais nous sommes ici à l’échelle d’une commune et qui plus est sur une île bien dotée en capacité d’expression puisqu’elle a la chance de disposer d’un journal local, Le Phare de Ré, diffusé à 11.000 exemplaires pour une population totale de 15.000 habitants en 14 points de vente sur l’Ile, plus 19 à La Rochelle et enfin dans les points presse à Paris-Montparnasse (grandes lignes). Ce travail sur un internet local et démocratique ne plane donc pas dans les hautes sphères confinées de l’intelligence urbaine ou de la course en sac du commerce électronique. Ca se passe en vrai, au contact d’une réalité de base.

Poursuivons, je vous y invite. Nous sommes ici face à un cas de figure qui me semble exemplaire à plus d’un titre :

-  D’abord, le jeu d’écriture sur la re-publique est une invitation non déguisée à une réflexion plus large.

-  Ensuite la composition sociologique de cette île n’est pas sans intérêt ne serait-ce que parce que le plus gros employeur de l’île n’est autre que le ministère de la justice avec quelques 200 gardiens pour 600 prisonniers dans ce qui fut il y a peu de temps encore le terminal d’embarquement pour Cayenne.

- Enfin parce que le tourisme à la fois de masse et d’élite qui s’est développé depuis 20 ans fait que se retrouvent en ces lieux le campeur le plus modeste comme le premier ministre qu’il n’est pas inintéressant d’interpeller pour une fois comme simple citoyen propriétaire de sa résidence secondaire plutôt que dans l’appareillage ordinaire de sa fonction.

Pour toutes ses raisons le combat continue car de la Ré-publique à la République vous voyez bien qu’il n’y a qu’un trait qui mérite attention et toujours le même effort pour être républicain.

 
 
Olivier Zablocki
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24 septembre 2000
23 juillet 2000
 
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> Même pas mort, oui mais de l’autre côté , ilssont morts de trouille
18 janvier 2001, message de Pascale Louédec
 

La peur...

La peur de la parole d’autrui, de ses idées, de sa capacité à proposer autant qu’à contredire... voilà ce qui tient donc nos oligarques, ceux qui font métiers de vouloir penser, délibérer, agir à notre place.

C’est la peur de l’esprit critique des lambdas que nous sommes, citoyens réduits à la simple validation d’un programme auquel nous ne pouvons jamais participé sauf à s’encarter, et à qui on ne laisse guère de marge entre l’approbation ou le déni ( oui/ non ) par bulletin de vote interposé... ce qui nous vaut surtout un fort taux d’abstention.

Parler de démocratie délibérative, fait rire ou peur. On croit faussement qu’il ya là en germe un poison dangereux pour la structure représentative de notre système actuel. On agite souvent l’épouvantail de l’ignorance et de la démagogie dans un rapport à ce qui est assimilé simplement comme "démocratie directe". mais, c’est bien plus complexe , puisqu’il s’agit de donner à chacun la possibilité ( à prendre ou à laisser ) d’intervenir au coeur de la réflexion, de l’élaboration des projets et des programmes.

Cela devrait pouvoir être facile à petite échelle, sur une ptite commune, comme une expérience à tenter pour voir...et à peut-être étendre par la suite effectivement...

Mais, vouloir tenter le coup de la réflexion la plus large possible, en utilisant un autre épouvantail , Internet, afin d’ouvrir les débats politiques à tous, et de permettre l’émergence d’une réflexion, et d’une capacité de proposition, de critique, etc...des citoyens entre eux, et avec les représentants du peuple qu’ils sont censés constituer, alors là je crois qu’Olivier,risque d’éliminer le " camp d’en face " par simple accélération de leur rythme cardiaque, qui doit déjà s’emballer de bien terribles palpitations !

Encore une fois, cela reviendrait à casser le monopole de la parole auquel semblent si fort s’accrocher tous ceux qui actuellement bénéficient d’une relative position dominante en ce domaine.

Bref, ce serait toucher aux fondements de la société, en amenant les simples électeurs, les simples citoyens à un statut qu’on n’ a pas, dans la très bien nommée caste politique, très envie de leur voir jouer : celui de véritables acteurs pensants, conscients, de la société civile...c’est-à-dire autre chose qu’une main à serrer au marché, tout juste bonne et prête à déposer le bon bulletin dans l’urne...

Dialoguer véritablement avec un citoyen reconnu à l’égal de soi-même, sans condescendance ? Petits ou grands, les notables de toutes sortes , ne sont pas prêts à l’accepter... mais ça viendra peut-être...

En tous les cas courage, la joute oratoire va faire rage !

Pascale

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