racine uZine

Dans la même rubrique
Mon chômage et moi
7 juillet 2001
9 juin 2001
30 mai 2001
 
dimanche 15 juillet 2001
Episode 4

Un rendez-vous

par Lionel Marcovitch

Il est midi quarante-cinq, j’entre pour la première fois dans une ANPE depuis 10 ans. Esther, qui porte un badge d’assistante animatrice m’accueille avec un sourire. Comme je suis nouveau, elle m’explique un peu le fonctionnement de la maison et me donne un numéro d’attente, c’est le zéro, difficile de pas penser que ça commence mal.

Tout est en jaune et bleu, ça fait couleurs du Club Med, on s’y croirait. Sur de grands panneaux sont notés : « Se documenter », « Atelier Emploi », « Entretien conseil », mais rien pour « Il faut patienter » ; pourtant, une brochette de « demandeurs » visiblement fatigués de demander ou de « chercheurs » fatigués de chercher sont assis et regardent les autres chômeurs chômer. Il y a tout le confort moderne, mieux qu’à la maison : une cabine téléphonique, un photocopieur, un ordinateur, ça fait beaucoup mais bon pas tant que ça quand même.

Je finis par m’asseoir. D’où je suis, je tourne le dos aux bureaux où ont lieu les entretiens. D’où je suis, on entend tout des échanges, je ne suis pas le seul, toutes les personnes qui sont assises à attendre y ont droit. Il est une heure moins cinq, deux personnes sont à l’accueil et deux en entretien quasi-public. L’ambiance est très moyenne. L’une des « animatrices » qui recevait des « demandeurs » tout à l’heure s’est éclipsée vers l’accueil où elle peut discuter avec sa collègue qui oriente le « visiteur » dès la porte.

Le temps c’est comme l’argent : très relatif, et ça décide de la place qu’on occupe. Le temps des demandeurs d’emploi et celui des animateurs ou conseillers n’est pas forcément le même non plus. Mais bon, si on leur demandait ce qu’ils en pensent, ils répondraient sûrement un truc du genre : « avec tout ce qu’on fait pour eux » et peut-être même que pour « gérer le stress » des « pauvres gens », « il faut bien faire une pause de temps en temps » et puis peut-être encore : « bon le stress du chômeur d’accord, mais font-ils vraiment tout ce qu’il faut ».

Comme je leur demande rien et ne fais que regarder, certains vont penser que j’en rajoute. D’accord mais probablement pas tant que ça. Comme on dit dans les bistrots normaux : « y en a qui s’abusent » ; des « y en a » à propos des chômeurs, « y en a » un paquet. Tiens y en a même, des comme moi qu’ils savent pas ce qu’ils vont foutre avant d’aller rejoindre les « y en a qui savent pas si ils auront une retraite », mieux même, « y en a qu’ont pas de diplômes du tout ».

Bon, elle nous avait dit qu’a 13 heures, il y aurait plus de monde, à cinq, c’est toujours pas le cas, l’heure c’est l’heure mais je suis sûr que l’horloge design marche pas très bien malgré les notes de service la concernant. Comme au cours d’une partie de cartes, « y en a qui passent leur tour » et disparaissent sans rendre leurs tickets. « Y en a qui sont pas patients ».

Treize heures neuf, la relève de la garde est arrivée, ça va déménager, ils doivent être en forme, j’espère qu’ils ont mangé léger. Je vais avoir besoin d’un conseiller « péchu », je sais plus trop où j’en suis dans ma relation avec le travail, pour ce qui est de l’argent, ça je commence à savoir mais je vous raconterai pas, ça fait en général pas rire du tout.

Trente-cinq minutes d’attente, ça va encore, je craignais le pire, ils pratiqueraient le flux tendu que ça ne m’étonnerait pas. Au fait ANPE ça veut dire quoi, ça serait pas un truc du genre Accueil normalisé pour les emmerdeurs, par hasard ?

Un type avec une casquette sur la tête entre et fait le tour des locaux, comme « l’hôtesse » est occupée à discuter avec un « client », ça dure cinq bonnes minutes, il fait le tour de tous les recoins avec son sac en plastique à la main, la casquette vissée sur la tête. Comme l’hôtesse n’en finit pas de bavarder, il finit par ressortir sans rien demander à personne, mal barré pour figurer dans les statistiques.

Une petite sonnerie vient de retentir, c’est mon tour, je dois passer au guichet C, c’est Vincent qui me reçoit, pendant presque une heure à constituer mon dossier. Il est charmant, efficace et là je dois le dire, il me serre la main quand l’entretien finit. Je sais pas s’il a fait les stages « accueil du public », « communication multidimensionnelle ou « relaxation par la parole » mais je ressors avec la pêche et deux offres d’emplois. Bon d’accord avec le ventre creux parce qu’avec tout ça, j’ai pas pris le temps de déjeuner, mais il est jamais que deux heures.

Je saute dans le bus et, dans dix minutes, je suis à table. La recherche d’emploi, ça creuse.

 
 
Lionel Marcovitch
Imprimer
format impression
9 juin 2001
30 mai 2001
7 juillet 2001
 
SPIP
Web indépendant


> Un rendez-vous
5 septembre 2003, message de Hem
 
23 ans, bac+5... Heureusement, je peux rester chez papa-maman, sinon, je serais SDF depuis longtemps !!! Me demande si je n’aurais pas mieux fait de faire un BEP ou etre sans diplomes. Je vais retourner a la fac, car de toute façon, on me reproche d’etre "jeune", sans expérience, alors que je ne cherche que cela, l’expérience ! Hem
Répondre


> Un rendez-vous
24 juillet 2001, message de loys
 

Oui tu as eu de la chance d’être tombé sur un "conseillé" qui t’as écouté, parce moi généralement je compte en avoir un, au moins une fois sur quatre ou cinq (par exemple quand il faut chercher des infos pour faire un formation, qui coute relativement cher : il faut sortir les bons formulaires pour la demande de financement Assedic etc...) Bref... c’est vraiment trés difficile de tomber sur des gens compétants !!!

En tout cas bonne chance ! J’espère que tu n’est pas dans un A.N.P.E. dans un cartier "défavorisé" parceque la c’est la formation de peintre en bâtiment (AFPA ou autre) ou gardiennage assurée !!!

Répondre


> Un rendez-vous
24 juillet 2001
 

C’est un air de déjà vu, tout ça, et je ne pense pas être la seule. J’arrive sur mes 25 ans, et voici presque un an j’ai fait la connaissance de Mme Anpe. Pour tout dire, ça m’a donné envie de postuler chez eux pour mettre un grand coup de pieds. Parmi les quelques annecdotes, par exemple :

Je suis arrivée avec un niveau bac + 4 assez difficile à caser (le genre d’études super enrichissantes mais pas très vendables). Donc j’avais commencé une liste grâce aux pages jaunes, et j’ai demandé au conseiller ce qu’il en pensait, s’il en voyait d’autres ou pas, etc. Il faut savoir que je vivais avec que dalle (après les études, t’as presque droit à rien). Et bien c’est véridique : on m’a conseillé "d’attendre, plutôt, de voir des offres". "Mais je ne veux pas rester longtemps au chômage, moi, je veux trouver du travail" "oui, mais avec votre formation, ça va pas être facile, vaut mieux attendre".

C’est tout de même assez désolant. Et encore, je ne raconte pas tout. Par exemple, Mme Anpe de S..... n’est pas capable de me dire dans ses fichiers si elle a transmis ou non ma candidature. Ou bien elle me dit que non environ trois mois plus tard....

Vraiment ça se passe de commentaires. Je ne dis pas que c’est facile pour eux, mais quand même, de là à essayer de décourager les gens, je ne peux pas m’y faire... Et vivent les emplois-jeunes (vraiment, là, on sent bien la reconnaissance du "jeune")

Répondre


> Un rendez-vous
16 juillet 2001, message de Joujouka
 

Je te trouve presque gentil avec ces messieurs dames. Vers mes 24 ans je me suis vu retourné qu’il me fallait patienter encore un an parce que là au moins j’aurais droit aux stages et au R.M.I, et qu’en attendant il valait peut-être mieux retourner à la fac !

Et j’en passe ! Les attentes pour t’entendre dire que non, ça non plus tu n’y as pas droit , que ben oui, tu es prête à faire n’importe quoi, mais non, ce n’importe quoi là , épuisant on le réserve aux vieux épuisés...

Et puis après , y’ a eu les emplois jeunes...

Un vrai travail...avec un vrai salaire et avec une vraie formation... Mais c’est une autre histoire !

Répondre