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Episode 2

Une attente

par Lionel Marcovitch

Je suis chez moi et je fais mes comptes, c’est pas brillant ; pire : catastrophique. Depuis des semaines, je tourne et retourne les choses dans ma tête, je ne sais pas comment je vais payer mon loyer. En apprenant ça, des amis m’ont proposés de me prêter, j’ai refusé à tous en m’en sortant par une pirouette. Voilà un mois et demi (je compte pas encore les jours, mais ça viendra) que je ne mange que des pâtes et des lentilles. De temps en temps j’arrache au distributeur de billets 100 francs pour payer mes cigarettes parce que ça et du café, quelques dîners avec des amis, je veux pas m’en passer.

Voilà, j’ai passé une nuit formidable avec une jeune fille avec qui je suis allé au cinéma hier soir en arrachant encore un billet à la machine. Des prélévements vont arriver, je ne sais plus à quelles dates, j’ai envie de téléphoner à ma banque pour leur dire que ça va s’arranger, que c’est question de quelques jours. Ce serait pas vrai, il va falloir quelques semaines, quelques mois, le temps que l’argent tombe et même après, rien ne sera réglé. Je sens encore sur moi les ongles de la jeune fille, qui courent, qui caressent, j’aimerai avoir encore envie de croire en quelque chose, d’avoir la patience d’attendre, de voir venir, de laisser le temps passer.

J’y arrive pas.

C’est pas d’un stage « redynamisation » dont j’ai besoin, mais plutôt d’une session « qu’est ce que vous foutez sur terre ».

J’ai connu un chaudronnier qui s’est levé à cinq heures du matin toute sa vie : quand il a été licencié, il arrivait pas à rester au lit. Tous les matins, sa femme le trouvait dans la cuisine à cinq heures comme avant, quand il bossait encore, il y a même des jours où elle le retrouvait en train de préparer sa gamelle comme s’il allait partir. Quand je le croisais dans la rue, il avait le regard vide, il était ailleurs, sur son lieux de travail en pensées. Vers soixante cinq ans, il est mort et a été enterré par ces copains, tous d’anciens collègues de boulot.

Je me sens à peu de choses près dans cette situation là : le matin je me réveille prêt à y aller, le soir j’ai des montées d’angoisse. On me fait espérer deux possibilités de job pour grosso modo dans un mois et demi, si ça marche je vais retrouver une utilité, une place, si ça marche pas, je me demande comment je vais supporter le vide de ma vie, l’absence de dynamique aussi futile soit elle dans laquelle m’inscrire ou contre laquelle me définir. Pour l’e, mant la nlott - `êí —JeµRç fille qui caresse si bien et que je prends dans mes bras, je m’en méfie comme de la peste de peur qu’elle ne soit qu’une diversion, un moyen pour moi de me raccrocher encore un peu à la vie, une façon de « rebondir » sur terre alors que je me sens partir doucement vers quelquechose que je ne connais pas.

La vérité c’est que je sors à peine de chez moi ; quand j’en sors, c’est rasé et habillé normalement, bref, j’ai pas encore l’air d’un chômeur qui serait arrivé au bout. Pourtant j’ai envie de m’asseoir et de pleurer, mais quand j’y pense, je me dis aussi qu’il n’y a personne dont je rêve qu’il me prenne dans ses bras, personne, plus personne, rien que des gens qui passent dans ma vie, je ne sais même plus pourquoi.

Voilà, j’ai envie de m’asseoir et de pleurer, parce que je ne sais plus quoi faire d’autre. Même mon CV, j’ai plus envie de le lire et de le relire, des lettres de motivations j’ai pas envie d’en faire, je suis motivé par rien à part laisser courir mes mains sur le corps de la jeune fille, m’oublier un peu avec elle, qu’on s’oublie un peu ensemble. Et encore, il y a des jours où ça me tente même plus ; alors quand elle appelle, je décroche pas, je fais comme si j’étais pas là. Certains soirs, je picole au-delà de toutes mesures, en me disant que j’ai besoin de « décompresser », que le lendemain ça ira mieux, et bien même ça, ça marche plus. Le lendemain, je me réveille comme la veille, j’ai pas bougé d’un poil et en plus j’ai même pas envie d’aller regarder les petites annonces. Déja y a peu de chances pour qu’il y ait quelque chose qui me convienne, en plus l’idée de me retrouver en face à face avec un type au sourire carnassier, ça finit de me convaincre de rester chez moi. Le « marché de l’emploi » risque de se passer de moi encore un peu, j’suis plus à mettre sur l’étalage, je me sens fripé, fané, pas présentable. Même pour travailler au noir, iõ oou  r coir s pe-n4Ve-€h-Ep`ces meilleurs atours. Il est temps que je m’inscrive au stage « apprenez a être positif, à sourire à la vie et à vos employeurs potentiels » ; j’en profiterai pour aller chez le dentiste pour faire un détartrage, il paraît que les fumeurs restent chômeurs plus longtemps que les autres.

 
 
Lionel Marcovitch
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> Une attente
16 juillet 2003, message de Kloeeh
 

Bonjour,

Quel talent ! Beaucoup d’intelligence et de bon sens !

Vous apportez la preuve, encore une fois, que le service public qui redonnera une vraie chance aux chômeurs n’est pas encore inventé.

Un jour j’ai lu que les employés de l’ANPE bénéficiaient de conditions de vacances exceptionnelles dont la plus grande partie du coût commun serait assurément mieux employée à renforcer leur fonctionnement dans les agences.

Ne généralisons pas bien entendu, mais que ce soit aux ASSEDIC ou à l’ANPE, le profil des collaborateurs ne correspond nullement à la qualité de la tâche qui leur est confiée.

Il est question de la situation d’individus et de familles, pas de paperasse.

Malgré cela, que les chômeurs ne perdent surtout pas confiance en eux-mêmes !

Au revoir. K.

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> Une attente
13 janvier 2003
 

on a beaucoup aimez ton site et ta philosophie du non travail ! moi aussi il faut que je me fasse detartrer ! ca me feras une chance suplementaire meme si je compte plus trop sur la chance ni meme sur le travail

par contre pour la jeune fille je te comprend ! respect !!!

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> Une attente
10 juillet 2001, message de Kat
 

Qu’on ait besoin de travailler pour gagner ça vie, soit. Mais ériger le travail comme l’élément prépondérant de notre existence : Non !

Il y a tellement de choses à faire en dehors... Moi, quand j’ai fini mes études (longues études...), je me suis bien douté que je ne trouverai pas tout de suite du boulot. Alors j’ai décidé de commencer quelque chose de complétement nouveau, juste pour moi, que j’ai complétement choisi et décidé : En l’occurrence il s’agisssait de cours de musique, mais ça peut être n’importe quoi, j’imagine.

D’une certaine façon, ça a changé ma vie. Je ne serai jamais musicienne professionnelle, je ne joue pas pour ça, mais j’y trouve un épanouissement incroyable. Maintenant je travaille, et je ne peux plus trop jouer. Mais je sais ce qui est vraiment important, et j’essaye de ne pas l’oublier...

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> s’inscrire contre
15 juin 2001
 

Cher Lionnel

Je lis avec un pincement au coeur vos écrits. Parce que je ne suis pas non plus dans une situation florissante, quoique mieux lotie que vous parce que je me sens relativement impuissante à faire quelque chose qui puisse aider les gens comme vous.

Cette semaine plus encore, car en allant au comité de rédaction du journal qui me paye avec un lance-pierre, mais où au moins je peux l’ouvrir, à la bourre comme d’habitude, je change à Mirosmenil et j’assiste sur le quai d’en face à une scène qui m’a noué les tripes. Un homme, la trentaine, peut eter plus, peut etre moins,hurle de douleur. A ses pieds un journal déchiré. devant lui, un autre homme, un passant qui l’écoute visiblement. Il dégueule sur cette vie d’hommes et de femmes pressées qui n’ont pas le temps de voir les gens comme lui. "Je suis transparent, ils me nient, ils me tuent" criet-il. Il dégeule sur la ville et son inhumanité. Il dit qu’il en a asssez, qu’il ne veut plus lutter que ce matin il s’est levé prêt à y aller, à vivre bon gré mal gré cette journée, avec la pêche. Il a fait un wagon, deux wagon, trois wagon, "et puis, hurle-t-il, quand je vois des mecs comme ça, tu vois, qui liesnt des journaux comme ça... je ne peux plus les supporter." Le type près de lui semble lui parler. Après un silence, il reprend un peu plus calme. Soliloque sur le vide de savie et sa volonté d’en finir.

Moi je suis en face, juste en face. J’espère qu’il me regarde, et il ne le fait pas. J’hésite à crier pour attirer son attention. Ou à ne pas prendre mon métro et à changer de quai pour aller lui parler. Dévier de ma petite route, prendre le luxe du retard. mais aller le voir pourquoi ? Que puisèje faire pour lui. Des mots, pour le réconforter, son désespoir est si grand que je doutes de trouver les bons. De l’écoute. Il en a déjà. De l’argent j’ai 200F sur moi, c’est pas grand chose... mais c’est toujours ça.

Et puis mon métro arrive. Les portes s’ouvrent pshuittttt, je monte. J’ai mal au ventre. J’ai honte. Honte de moi. Honte de ne m’être pas déroutée. Honte de l’argent encore dans ma bourse. Honte. Plus tard, un homme aux cheveux blancs est debout à côté de moi. Il joue des rengaines connues sur son petit harmonica. Son regard se perd dans son propre reflet sur la porte vitrée. Un enfant bouche ouverte le regarde. Il tend la main. trois fois je l’appelle pour qu’il prenne la pièce que je lui tend. Et je tente "euh vous connaissez un type à Miromesnil..." Et lui " Je parle petit français... polonais !" Et oui, je polonais, toi parisienne, reste avec ta culpabilité. Démerdes toi !

Voilà cette histoire me taraudait, cher Lionnel et vous me donnez l’occasion de la raconter, et de bien égoistement me soulager la conscience un peu en la racontant. Merci pour celà, Lionnel. Merci de m’avoir fait comprendre que la sollicitude ou la générosité un brin-égoiste peut aussi déranger. Et si vous, ou un autre avez besoin, écrivez moi ou hurlez un bon coup, et je traverserai. Ne serait-ce que pour s’en griller une ensemble, et parler de ce que l’on peut faire "contre" cette société. Car la vie est par là !

Amitiés

lag. sur l’autre quai

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> s’inscrire contre, 15 juin 2001

qui est-ce qui lit derrière mon épaule ?

Bien joué !

lag. bluffée

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Le business du chomedu, Lionel Marcovitch, 18 juin 2001

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Faites comme moi, conseillez leur d’avoir d’autres idées.

Lionel

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> Le business du chomedu, zarayan, 24 juin 2001
Lionel, j’ai pas bossé pendant 10 ans, de 20 à 30 ans, et je me suis balladé dans la vie et dans les rues et entre les gens pendant tout ce temps-là. Et bien, je n’ai jamais eu faim, soif, j’ai toujours dormi, je n’ai jamais mis en route un foutu réveil, je n’ai jamais fait autre chose que ce qui me passait par la tête. Depuis, je bosse comme un damné, mais pas à l’usine. T’as 99 chances sur 100 de t’en sortir. RDV dans 5 ans, coco.
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> > L’intox du chomedu, Walk, 26 juin 2001
Bravo zarayan de dire ouvertement que ta dégustation a duré 10 ans. C’est incroyable. Et je crois que çà arrive en fait beaucoup plus souvent qu’on ne l’affirme dans les médias. D’ailleurs pourquoi ne trouve t’on pas d’information sur les durées de chômage ? Bravo Lionel de te lancer dans ce récit. Il paraît que le chiffre qui tue est passé de 3 à 2 millions, j’y ai cru, mais c’est fini. Je vois beaucoup trop de "cas" pour que ce soit "le cas". Cette question pourrait bien nous revenir dans la figure très brutalement vu les milliers de licenciements en cours. Les élections à venir devraient être brûlantes ...
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> Le business du chomedu, Liam, 16 janvier 2003

Zarayan ? J aimerais bien prendre des "vacances" comme tu l as fait. Pour ma part je bosse depuis 2ans mais j en ai deja assez, ca me soule, je ne sais même pas pourquoi je travail ...

Pour le chomâge : un texte sacré dit "La foi soulève des montagnes", moi je dis la volonté soulève des montagnes. Malheureusement, de plus en plus de gens font preuve d’un réelle volonté.

Le chomâge, c est pas la fin du monde.

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> Le business du chomedu, David, 22 octobre 2001

J’ai également reçu ce spam.

High kick facial salto carpé envoyé à abuse@wanadoo.fr. On peut donc dire adieu à Delphine et Julia.

David

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