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Episode 3

Une réunion

par Lionel Marcovitch

Il est 14 heures, il y a une quinzaine de personnes dans la salle d’attente, plutôt jeunes, le visage fermé, qui attendent sur des sièges de salle d’attente relookés mais pas très confortables.

« Les gens qui viennent à la réunion d’information venez me voir », crie le guichetier.

Nous sommes un petit groupe à passer devant tout le monde, les autres qui attendent ont pas l’air d’apprécier la manœuvre. On donne nos noms et le gars note d’une petite croix sur la liste qu’on est bien là. Il faut bien articuler parce que, comme il est guichetier aux Assedic et qu’il entend gueuler toute la journée contre sa putain de boutique, il a les oreilles fatiguées, faut donc répéter assez fort avant qu’il entrave.

On continue à attendre. Devant le guichet se succèdent des gens qui comprennent pas ce qui leur arrive, qui viennent essayer de comprendre. On les écoute une minute et on leur dit de prendre leur tour et leur ticket pour qu’on les appelle dans la salle d’attente.

Au bout d’un quart d’heure, un animateur annonce que, pour la réunion d’information, il faut le suivre. On est donc une quinzaine à se lever et à suivre. Il y a des gros, des maigres, des moches, des beaux, beaucoup de moins de trente ans et peut être que c’est normal puisque c’est une réunion pour expliquer « comment ça marche » à ceux qui ne sont pas encore devenus des pros du chômage. On prépare nos dossiers que des dames viennent chercher en nous regardant et nous parlant comme si on étaient transparents, voire invisibles. J’ai pas rempli mon dossier correctement, oublié de signer un peu partout, mais les dames sont gentilles, elles ramassent les copies. Elles iront les enregistrer sur informatique pendant la réunion. Après on nous les rendra c’est promis.

La réunion peut commencer, il y a des tables aménagées en une espèce d’ovale et au bout, près de la porte, l’animateur qui s’échauffe en préparant ses transparents avec son rétro-projecteur. Il nous explique que la réunion va durer de l’ordre de 40 minutes, qu’on pourra lui poser des questions quand on voudra. Après il commence : les assedics ceci, les assedics cela. Pour mettre de l’animation, il s’arrête de temps en temps pour poser une question qu’il appelle « piège », histoire de mettre de l’ambiance, de chauffer et d’animer un peu la salle. C’est probable qu’on lui ait dit aussi dans un stage qu’il fallait que « les élèves » participent pour pouvoir « s’approprier le savoir dont il est porteur ». Ces questions sont stupides ou chiantes, quelquefois les deux, mais il les pose avec tellement de bonne volonté faussement rieuse qu’après nous être tous regardés, il y en a toujours un qui se dévoue pour lui faire plaisir et lui répondre quitte à lui renvoyer une question surréaliste.

Je mettrais « ma main au feu » que tous « ces clients » sont plus diplomés que lui, mais bon, il fait son job, alors on joue le jeu. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est le « puni », la tête de Turc, voire le plus nul qu’on a fait semblant de tirer au sort pour qu’il se tape « les petits nouveaux » dans les réunions d’information. Il a la voix de quelqu’un qui récite un truc pour la vingtième fois, sans entrain, sans conviction. Derrière lui, un écran TV diffuse des messages très très simples sur les Assedic, du genre : « Pour suivre votre dossier appelez le 08 36 642 642 », ça s’appelle unidialog et ça coûte 0,74 francs la minute. Entre deux informations sur les Assedic, sa vie, son oeuvre, la TV diffuse par petits écrans (toujours muets) des pubs pour la course Andros (probablement une histoire de confiture), la pub pour « the Race » où on est rassuré quand on voit des bâteaux sur l’écran et les indispensables programmes TV du soir. Il doit y avoir du message subliminal là-dessous, du genre : « une fois terminées vos démarches, détendez-vous, ne vous posez surtout pas de questions sur le monde, le travail, l’argent, le chômage ».

La TV continue à afficher ces écrans pleins d’intérêt : aujourd’hui le soleil s’est levé à 8h42 et se couchera à 17h44, remarquez nous les chômeurs on s’en fout, on fait la grasse mat tous les jours, mais quand même, c’est tout le talent du service public et de ces structures que de nous donner de telles informations, ça c’est du service public ou alors j’ai rien compris.

La salle est confortable, du dernier cri de l’ameublement administratif. La moquette est bleu vert, les sièges bleu électrique et les tables faux bois. Je suis sûr que l’architecte d’intérieur qui a coordonné cet aménagement de très bon goût a gagné le contrat en disant que ça respirait la sérénité et qu’un tel climat ne pouvait être que rassurant pour « l’homme blessé » qu’est l’homme au chômage.

L’animateur continue à poser des questions à la salle (c’est nous) et la salle à lui poser des questions. Comme on est plutôt jeunes et assez vivaces d’esprit, on pose les questions toujours trop tôt, alors il nous répond amusé et ennuyé à la fois « on verra ça plus tard ». Plus tard on voit, qu’il a des réponses assez formatées. Comme ça commence à nous énerver tous un peu, on en arrive à discuter entre nous et à répondre aux questions à sa place après avoir échangé des coups d’oeil amusés.

La réunion a duré une heure et demie alors qu’elle ne devait durer que 40 minutes, à vue de nez, il nous manquait plus qu’une demi-heure pour qu’on en arrive tous à être d’accord pour monter une section syndicale et leur en faire voir. En sortant on s’est tous souri d’un air entendu, il y avait des chances pour qu’on se retrouve un jour.

 
 
Lionel Marcovitch
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> Une réunion
2 octobre 2003
 
bon dieu comme tu as raison et comme cela est bien dit ;toutefois si tu lis ce message c’est que,malheureusemt...tu es encore dans la course ?! Bien ou mal, au regard des dernieres infos 01 octobre 2003 li s’agit de reagir et nous te proposons de nous rejoindre au collectif CGT chomeur ; alors à bientot et tant mieux si tu ne lis pas ce message.. todaycup@aol.com
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> Une réunion
31 octobre 2001, message de angelina
 
est ce vous qui avez publié l’article sur le triste sire ? synockwai@hotmail.com
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> Quand tout est vain, Ame perdu dans ton Art, 29 janvier 2003
Il est peut être stupide d’écrire ici ses impressions sur une musique qui nous touche au plus profond. Depuis longtemps, je place la musique au dessus de n’importe quel art. Bien plus subtile et ambigu que l’écriture, elle a le don de s’imiscer dans l’âme sans qu’on ne puisse expliquer verbalement la raison d’une telle pénétration. La musique du Triste Sire reflète un personnage complexe et profond, qui réunit de grandes qualités essentielles. S’il existe des personnes clônes d’automates, de consommateurs frustrés, cet artiste semble armé d’une rigueur implacable, et d’un choix de vie exemplaire dans le sens où rien n’est dirigé envers la consommation pure et irréfléchie. Un artiste accomplie, et à force de patience, sa musique touchera davantage de coeurs, encore
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> Une réunion
8 août 2001, message de Marius
 
Pourquoi l’auteur, comme beaucoup de gens embarqus dans cette grosse arnaque qu’est les Assedic continue de croire que l’assurance chômage est un service public. Faux. C’est tout ce qu’il y a de plus privé, statut loi 1901. Une putain d’assos gérée par les "partenaires sociaux" qui palpe les cotisations et touche effectivement de l’argent de l’Etat pour ça, une pompe à fric pour les organisation syndicales qui se finacnet les permanents. Pas de droit de regards de la part des chômeurs ou des cotisants, c’est à eux. Ils gèrent ça pire qu’une holding financier Normal, ils craignent pas la concurrence puisqu’ils sont les seuls à être autoriser à palper les fonds de la peur. Alors que pour la bagnole, la maison et même la vie, on peut changer de crêmerie. Mais le boulot, ça les connais. Surtout libéralisez pas. J’appelle ça un trust. Et les finances sont loins d’être déficitaires. En laissant croire que les assedics sont un service public, la bande de mafieux qui gère la boutique éludent tout débat sur leur légitimité. Pisque c’est l’Etat, la poste, le fisc, la SNCF, c’est du pareil aux nêms. Tu crois ça, t’es déjà baisé. En beauté.
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Et meme...
8 juillet 2001, message de gabur
 
J’ajoute que le fait d’etre plus diplome que qqun n’est pas signe que l’on est plus intelligent que lui (perso je suis en Sup de Co mais tout le monde à pas cette chance !)
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> Et meme..., Lionel M, 8 juillet 2001

Je ne crois pas du tout que ce soit une chance de faire sup de co ou ce genre de choses, tellement le formatage tellement les notions de bonheur, de plaisir, de liberté et l’absence de sens critique y sont la base de l’enseignement.

L.M

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> Et meme..., 9 juillet 2001

On ferait bien mieux de vous apprendre à rédiger vos messages : entre les abréviations et l’oubli d’une négation, vous avez fait fort. Quant au verbe avoir avec un accent grave à la troisième personne du singulier... Oserais-je vous recommander la lecture du Bescherelle pendant les vacances ? Ah la belle affaire la sup de co ! La belle affaire !

MERCI PAPA MERCI MAMAN

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Hé toi..., L.Marcovitch, 9 juillet 2001

Si tu te propose comme secrétaire et que t’as rien d’autre a faire que de regarder nos fautes, propose tes services ou passe ton chemin. Les administrations et les entreprises sont pleines de gens trés cortois qui ne font pas de fautes d’orthographes et passent à coté de leur vie. Passe ton chemin, manant, le monde est a nous, on en fera ce qu’on veut avec plein de fautes d’orthographes, de bons sentiments et de coléres.

Passe ton chemin triste sire, les cerfs se mettent a écrire

L.M

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> Hé toi..., 10 juillet 2001

Passe ton chemin triste sire, les cerfs se mettent a écrire

Avec leurs gros boas ?

a+

A.

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> Hé toi..., 10 juillet 2001

Et le web indépendant est pollué par des gens qui ne savent pas écrire mais qui auraient des idées (ah ah la bonne blague, merci Lionel)

JP

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> Hé toi..., 10 juillet 2001

"Les administrations et les entreprises sont pleines de gens trés cortois qui ne font pas de fautes d’orthographes et passent à coté de leur vie".

C’est pas un peu jeune, ça, comme argument ? Ce n’est pas un peu aigri malgré tout ? Pour ne pas passer à côté de sa vie il faut mieux donc éviter d’être trop instruit... (je schématise à peine, c’est tout de même le fond de ton propos)

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> Hé toi..., Liam, 16 janvier 2003

Je ne pense pas que c est ce qu il voulait dire, cependant il généralise et pour ma part je préfère éviter les généralités. Je dirais qu’il existe effectivement des gens qui passent leur vie à courir aprés du néant ... mais y a t il une alternative ?

Quand à la grammaire et l’orthographe, elles servent à faciliter la communication mais ne sont pas nécessaires.

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ASSEDIC oui mais....
8 juillet 2001, message de gabur
 
jolie description, mais tu oublies que au moins les ASSEDIC ont le mérite d’exister.... va donc voir chez nos amis Anglo Saxons, tu poirauteras 3 H pour rien, tu auras pas droit de poser ton cul et ils ont meme pas un retroprojecteur.
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> ASSEDIC oui et non, 8 juillet 2001

Si on se compare au pire, autant choisir la russie ou l’afrique ?

Ce n’est pas en faisant mousser les mérites des ASSEDIC qu’on améliorera ses prestations.

Le rôle qu’on fait jouer aux ANPE/ASSEDIC, de l’avis de ceux qui les ont testés, est aussi de culpabiliser sur la paille dans l’oeil et éviter ainsi de penser à la poutre dans l’oeil des responsables de la catastrophique gestion prévisionnelle des effectifs...

Ici aussi on meurt de çà, mais certainement trop silencieusement.

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> ASSEDIC oui mais...., Lionel M, 8 juillet 2001
La politique du pire est elle la meilleure ? Je ne le crois pas. Même si nos petites avancées sont souvent dévoyées par ceux qui les gérent, il nous appartient aussi de les améliorer, les réformer ces avancées sont à moi qui les financeet le fait que les anglais ne trouvent pas la force demettre en place ce genre de minimum sans cesse a parfaire ne me réjouis pas. Tes études coco, c’est moi qui les paye, si l’Anpe et les assedics ne remplissent plus leur office a mon gout, il m’appartient de le dire et d’y foutre le feu si je le souhaite, idem pour ton école d’autiste. L.M
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> > ASSEDIC oui mais...., jukap, 8 juillet 2001
euuuh ... t’es pas tout net, toi, hein.
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> > > ASSEDIC oui mais...., Lionel. M, 9 juillet 2001

Tu veux dire quoi par là ? Que je suis pas seulement internet ? Sur ça ocuppe 2 heures de ma journée, les autres je les vie sans cagoule ou pseudo. L’important c’est pas ce qu’on dit, c’est ce qu’on fait. Dire n’est pas faire. On n’a pas besoin de gourou, on a juste besoin de marcher, d’être présent physiquement, d’être le reste c’est du flan

L.M

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"la colère est mauvaise conseillère", PRIVATE JOKER, 9 juillet 2001

Hello,

"école d’autiste" ?

> Je suis d’accord, SUP de CO c’est bon pour les nazes... Mais t’es gentil, tu laisses les autistes là où ils sont, merci !

A+

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> OK Excuses, 9 juillet 2001

Tu as raison, je fous la paix aux autistes qui n’y sont pour rien, leur présente mes excuses ainsi qu’a leurs familles. Je voulais dire par là "des gens sourds aux réalités", étrangers au monde, enfermés par forcément dans la non communication mais fermés aux réalités extérieures c’est exactement ce qu’on "fabrique" un peu partout.

L.M

PS : il y a même sur internet des gens qui oublient de vivre, se construisent des vies sur le web et s’étourdissent pour ne pas affronter la réalité ... non virtuelle

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Vous êtes tout excusé, Messire !, PRIVATE JOKER, 10 juillet 2001

Hello le Lion,

M’enfin quand même : après les autistes, les "paumés du Web"...

Hey Lionel, "té peuchère", t’en veux à la Terre entière ?

Est-ce parce que le ouaibe existe que ces gens "oublient de vivre" ou auraient-ils de toute manière trouvé une autre moyen pour s’étourdir ?

See ya.

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> Vous êtes tout excusé, Messire !, @bob, 16 février 2004
C’ est bonnet blanc et blanc bonnet...
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>Encore un frustré., @bob, 16 février 2004
Merde g raté le titre...merci, je suis bien défoulé de la frustration que m’ a imposé l’ assoss ( le sausc ? )je v réfléchir à l’ idée de foutre le feu sur mon butagaz mon parce que foutre le feu aux assédics,on peut pas...(encore une frustration...).
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