racine uZine

Dans la même rubrique
Homme libre, toujours tu chériras la mer...
19 mai 2001
2 novembre 2000
1er novembre 2000
 
jeudi 3 mai 2001

Approche médiatique de la sociologie

Pierre Carles contre Elisabeth Teissier
par Yves Patte
 
Deux évènements diamétralement opposés, mettant en jeu des acteurs tout autant opposés, médiatisent aujourd’hui la sociologie : d’un côté la sortie du film de Pierre Carles, « La sociologie est un sport de combat » ; de l’autre la thèse de la voyante de Télé 7 Jours, Elisabeth Teissier, à la Sorbonne. Via ces deux évènements, c’est surtout deux visions opposées de la sociologie que les médias nous proposent : celle de Pierre Bourdieu et celle de Michel Maffesoli.

« La sociologie est un sport de combat », le nouveau film de Pierre Carles sort ce 2 mai 2001 en France. Je n’ai pas encore pu le voir, je me baserai donc sur les présentations qui en sont faites, ainsi que sur les interviews de Pierre Carles. « L’idée que j’avais en tête, quand j’ai commencé à tourner ce film, nous dit celui-ci, c’était de faire comprendre à travers les travaux de Pierre Bourdieu pourquoi il est utile de se méfier des apparences, des évidences, du sens commun, de tout ce qui est donné comme naturel par les médias, notamment la télévision. » (« Pierre Carles Documentariste bredouillant - mais malin. » Magazine de l’Homme Moderne). Pierre Carles, l’auteur de Pas Vu Pas Pris, trouve donc un allié de choix en la personne de Pierre Bourdieu, dont l’œuvre montre, entre autres, que la transparence du social n’est qu’apparente, que ceux qui manient correctement les règles du social sont les privilégiés qui les font, même s’ils ne s’en rendent pas compte. Pour Bourdieu, le rôle du sociologue doit être tel que l’a défini Durkheim : puisque toute société a une idée préconçue et inexacte de son fonctionnement (les prénotions durkheimiennes), le travail scientifique consistera à introduire une rupture qui aura valeur critique. C’est dans le même dévoilement que l’on fait à la fois œuvre scientifique et œuvre sociale et politique. En montrant que ce qui semble « naturel » dans la société est en fait le fruit d’une construction sociale, on fait avancer notre connaissance de la société et, en même temps, on permet à ceux qui étaient exclus du jeu de pouvoir y participer en en découvrant les règles réelles.

Pierre Carles et Pierre Bourdieu, deux démarches similaires sur bien des points, ce qui laisse présager un excellent film, qui permettra peut-être non seulement d’encourager certaines personnes à se lancer dans la lecture de l’œuvre de Bourdieu, mais également de montrer ce qu’est un intellectuel engagé aujourd’hui. « Une œuvre pro-intellectuels, nous dit Philippe Person à propos du film, à une époque où règne leur contraire bien caractérisé par les énarques. [...] C’est une vraie provocation pour le moment, avant que ce portrait rigoureux ne devienne un document de base pour la connaissance des " résistants " à la société marchande néo-libérale de cette fin de siècle... » (« Quelques pistes sur le Bourdieu de Pierre Carles. » Philippe Person, Person magazine, n°10 , octobre 2000. Sur le site du Magazine de l’Homme Moderne).

De l’autre côté, deuxième événement médiatique lié à la sociologie : la thèse d’Elisabeth Teissier intitulée « Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination / rejet dans les sociétés postmodernes », présentée à la Sorbonne, début avril. La veille, l’Association française pour l’information scientifique (AFIS), présidée par l’astrophysicien Jean-Claude Pecker, membre de l’Académie des sciences et professeur au Collège de France, avait publié une mise en garde : « Depuis des années, Elizabeth Teissier réclame la création d’une chaire d’astrologie à la Sorbonne et il est à craindre qu’elle se servira de son diplôme pour renforcer cette cause. » (Libération 09 Avril 2001). Jean Audouze, astrophysicien et directeur du Palais de la découverte, partage cette crainte, et avait demandé, sans succès, au président de l’université Paris-V le report de la soutenance et la présence d’astronomes au sein du jury. Finalement, elle a donc réussi à mettre le pied dans la porte, avec la complicité même pas involontaire de quatre professeurs qui ont perdu une grosse partie de leur crédibilité dans cette farce sinistre. Jean-Claude Pecker a pris l’initiative, avec Jean Audouze, de constituer une commission de personnalités compétentes pour examiner le contenu de la thèse. Cette commission est composée bien entendu des sociologues, mais aussi de représentants d’autres sciences humaines, d’astronomes, de scientifiques spécialistes de l’astrologie, etc., dont Christian Baudelot (Professeur de sociologie à L’École Normale Supérieure), Bernard Lahire (Professeur de sociologie, École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines), Jacques Bouveresse (philosophe et Professeur au Collège de France), Michel Demazure, le Président de la cité des Sciences et de l’Industrie, et bien d’autres. L’AFIS tiendra une conférence de presse lors de son assemblée générale le 12 mai 2001 pour faire état de l’avancement de cette « affaire ». En attendant les résultats, ce que nous critiquons ici n’est pas tant la qualité de cette recherche, que la démarche et les buts explicites de l’ex-mannequin aujourd’hui voyante, quand elle déclare à la sortie de la soutenance de sa thèse : « Il a fallu attendre 350 ans le retour de l’astrologie à la Sorbonne. C’est beau. » (Libération 09 Avril 2001). L’AFIS relève d’ailleurs à l’issue d’un examen rapide du document que « ce n’est pas une thèse en sociologie mais un plaidoyer pour l’astrologie ». Alors, comment se fait-il que la Sorbonne ait accepté sa thèse, tout d’abord - parce qu’il faut quand même en parler - compte tenu des nombreuses erreurs relevées par le jury lui-même ? Comme par exemple quelques confusions évidentes entre Weber et Pareto, des assimilations erronées entre illogisme et non-logique, entre irrationnel et non-rationnel, des erreurs dans l’orthographe des noms des auteurs cités (Lévi-Strauss avec un « y » !), un ouvrage de Tacussel (membre du Jury) attribué à Valade, des erreurs dans le nom d’une revue... (« Soutenance de la thèse d’Elisabeth Teissier », Jean-Paul Krivine. http://site.afis.free.fr/soutenance.htm)

Ensuite, il faut également parler du directeur de la thèse, Michel Maffesoli, professeur de sociologie à l’université Paris-V, directeur du Centre d’études sur l’actuel et le quotidien. On peut effectivement supposer que nombre de ses collègues auraient refusé de soutenir une telle thèse. Mais M. Maffesoli semble aimer les polémiques, en rejetant le rationalisme « morbide » au profit « d’ une raison ouverte à l’imaginaire, au ludique, à l’onirique social » (« Eloge de la connaissance ordinaire », Michel Maffesoli, Le Monde 23 Avril 2001). A ce sujet, Baudelot et Establet s’expliquent : « Depuis plus de cent ans, en France et à l’étranger, des esprits rigoureux s’efforcent de montrer qu’une analyse objective des faits sociaux est possible. Grâce à la diversité de leurs orientations et des moyens mis en œuvre, grâce surtout à leur invention créatrice, ils ont progressivement réussi à donner ses lettres de noblesse à la sociologie, en constituant un corps de savoir sur le monde social qui soit objectif et dans l’ensemble cumulatif. Cette démarche qui consiste à traiter des faits sociaux comme des choses, à supposer que la réalité sociale puisse être l’objet d’une connaissance rationnelle, a toujours rencontré et suscite aujourd’hui encore de fortes résistances de la part de tous ceux qui refusent les principes de l’objectivation. Au sein même de la discipline, Michel Maffesoli, le directeur de thèse d’Elisabeth Teissier, s’est toujours singularisé par ce refus en privilégiant le culte du vécu, l’interprétation gratuite et l’analyse spontanée » (« La sociologie sous une mauvaise étoile », Christian Baudelot et Roger Establet, Le Monde 17 Avril 2001) . Et ils rajoutent : « En tentant d’accréditer l’équivalence entre l’astrologie et sa sociologie, il tombe lui-même dans le piège qu’il a tendu à des autorités académiques somnolentes. "La superstition, écrivait Voltaire, est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie, la fille très folle d’une mère très sage." On saura désormais que le maffésolisme est "la fille très folle" de Madame Soleil. L’autodérision vient à point sanctionner la dérision ». Et on ne peut pas leur donner tort, surtout quand on entend Elisabeth Teissier affirmer, lors de la défense de sa thèse, salle Louis-Liard, sous le portrait de Descartes que : « Tels des cartes à puce, les êtres seraient ainsi, lors de leur entrée en ce monde sublunaire, selon l’expression d’Aristote, comme imprégnés des énergies planétaires harmoniques ou dissonantes, celles-ci induisant un psychisme plus ou moins équilibré. » Ou encore que « le déterminisme astral doit venir s’ajouter au déterminisme psychologique et au déterminisme génétique. » (« Soutenance de la thèse d’Elisabeth Teissier », Jean-Paul Krivine). Alors, bien sûr, l’astrologie en tant que fait social, à côté de nombreuses autres croyances, est un sujet d’étude particulièrement intéressant à l’heure actuelle. C’est d’ailleurs un des arguments des défenseurs de la thèse. Mais compte tenu des déclarations de la tireuse de cartes de Mittérand, on peut se poser des questions sur la validité sociologique - et par là scientifique - de cette thèse. Un bref retour aux sources, dans « Les règles de la méthode » de Durkheim, nous rappelle que l’origine première de tout processus social de quelque importance doit être recherchée dans la constitution du milieu social interne, que les causes des phénomènes sociaux sont internes à la société ; en conclusion, qu’un fait social ne peut être expliqué que par un autre fait social, postulat diamétralement opposé à l’idée d’un déterminisme astral...

Et pour en revenir à Bourdieu, celui-ci rajoute que « la formule de Durkheim garde toute sa valeur à condition qu’elle n’exprime ni la revendication d’un objet réel, réellement distinct de celui des autres sciences de l’homme, ni la prétention sociologiste à rendre raison sociologiquement de tous les aspects de la réalité humaine, mais seulement le rappel de la décision méthodologique de ne pas abdiquer prématurément le droit à l’explication sociologique ou, en d’autres termes, de ne pas recourir à un principe d’explication emprunté à une autre science, qu’il s’agisse de la biologie ou de la psychologie, tant que l’efficacité des méthodes d’explication proprement sociologique n’a pas été complètement éprouvée. » (Bourdieu P., Chamboredon J.-C., Passeron J.-P., 1968, « 1ère partie. La rupture » in Le métier de sociologue I, Paris, Mouton/Bordas, pp. 33-55). On peut aisément supposer, même s’ils ne le disent pas, que Durkheim et Bourdieu rejetteraient donc également l’explication astrale des faits sociaux... comme tout sociologue... et comme tout scientifique d’ailleurs...

Voici donc deux évènements qui médiatisent la sociologie. Le premier, hélas peu médiatisé, présente la sociologie - et plus particulièrement celle du sociologue vivant le plus cité au monde dans les publications scientifiques - comme un outil d’émancipation, un instrument permettant de comprendre notre propre situation et d’être un peu moins écrasé par elle, selon Loïc Wacquant, interrogé avec Pierre Carles à propos de la sortie du film et de la sociologie de Bourdieu. La sociologie est donc bien un " sport de combat ", « dans la mesure où elle sert à se défendre contre la domination symbolique, l’imposition de catégories de pensée, la fausse pensée. » (« Pierre Carles Documentariste bredouillant - mais malin. » Magazine de l’Homme Moderne). La fausse pensée, c’est plutôt ce qui caractérise le deuxième événement : l’obtention du titre de docteur en sociologie pour la voyante Elisabeth Teissier. Là où le film de Pierre Carles redonne ses lettres de noblesse à la sociologie, Maffesoli et Teissier la décrédibilisent autant au niveau universitaire que dans le débat social où elle occupe une place forte et appréciée. Là où le film de Pierre Carles mériterait une médiatisation plus importante (il sort uniquement dans deux salles à Paris et aucune chaîne de télévision n’en veut pour l’instant), concernant la thèse de Tessier, par contre, nous nous inquièterons davantage de ses « dérives médiatiques » et de l’usage qu’elle en fait...

 
 
Yves Patte
Imprimer
format impression
sociologue
 
SPIP
Web indépendant


Un mise au point
12 juillet 2001, message de Une astrologue lasse de tant de bêtise
 

Lorsqu’on est assez ignorant pour confondre l’astrologie avec la cartomancie ou la voyance, il me semble qu’on ferait mieux de se la fermer sous peine d’être discrédité aux yeux des "informés".

Je retiens donc que l’auteur de cet article dont j’ignorais l’existence est un imbécile fort présomptueux et, dès lors, sa prose perd tout intérêt !

 
Répondre


Goodbye, Pierre
7 juin 2001, message de Grosse Fatigue
 
Dix raisons d’oublier le Bourdieu-Sociologue, ainsi qu’une petite analyse du film par Vandale...
 
Répondre


Contre Bourdieu
22 mai 2001, message de Grosse Fatigue
 
Je viens d’approfondir un peu ma petite réflexion sur Bourdieu. Pour ceux que ça intéresse, c’est sur Contre-courants.
 
en ligne : Contre-courants
Répondre


> Approche du discourt médiatique
12 mai 2001, message de Croa 33
 

A leur façon les astrologues sont bien de redoutables scientifiques. Car ce sont eux qui ont inventé la "langue de bois" , ce bien avant nos hommes politiques. Nombreux sont ceux qui leur doivent une fière chandelle pour cette technique du discourt de "celui qui sait" et qui vous rassure avec des mots qui veulent tout dire et surtout ce que vous ètes disposés à admettre. (Attention je n’ai pas dit "qui ne veulent rien dire" mais qui "veulent tout dire" car c’est ça le truc. )

Coté rassurant de la chose, Mitterrand n’était sûrement pas dupe quand il allait voir Elisabeth : Il prenait des leçons !

Répondre


> Approche médiatique de la sociologie
7 mai 2001, message de soufron
 

mais pourquoi un scientifique rejetterait t’il l’astrologie ?!?

qu’est ce donc que la sociologie scientifique ?!?

voila une question intéressante et propre à dévellopper un large débat... dont bourdieu ne sortira pas vivant je pense ^^

Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , 8 mai 2001
Parceque les typologies fixistes, astro, numéro, etc. sont exactement le contraire de la pensée scientifique
Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , lefayot, 9 mai 2001

Oui, c’est moi que je reviens. Avec de la doc.

La question soulevée précédemment peut se moduler de la façon suivante : un sociologue est-il un scientifique ? Si non, de

quel droit taxe-t’il un astrologue de charlatan ? Accesoirement : pourquoi un sociologue tient-il a passer pour un

scientifique ? Et pour tout dire : des epistémologues (comme Kuhn ou Feyerabend) ont mis en doute la "scientificité" des

siences exactes ; dans ces conditions quid de la sociologie ?

On peut dire qu’une science dure se fonde sur deux criteres pour etre reconnue comme telle (je simplifie à outrance et

prend comme modele de science "dure" la physique - toujours en simplifiant) :

-  l’Hypothético-déductif : en partant de premisses données, on elabore un raisonnement qui suit les regles de la logique pour

en arriver à une conclusion (disons l’élaboration d’une nouvelle "loi"). Evidemment, ce principe de cohérence suppose que les

scientifiques reconnaissent les premisses comme valides. Typiquement un premisse peut etre : "par un point on ne peut faire

passer qu’une parrallèle à une droite" (ce premisse lui-même peut d’ailleurs etre invalidé, mais simplifions). L’ennui, c’est

qu’en sociologie, on a pratiquement autant de prémisses que d’auteurs. Dans ces conditions, les premisses apparaissent plutot

comme des prejugés ou présupposés idéologiques du dit auteur, ce qui ne milite pas en faveur d’une prétendue objectivité de

la sociologie.

-  La méthode expérimentale : comme la science pretend parler du réel, il est obligatoire de tester que la théorie est valide

en établissant un protocole expérimental permettant de vérifier que "ça marche". Ce protocole doit etre reproductible :

idealement tous les labos de recherche peuvent réitérer l’expérience, et vérifier "qu’elle marche". La théorie est validée,

dans ces conditions. Inutile de dire que la sociologie est bien incapable de mettre en oeuvre des protocoles expérimentaux ;

dans le meilleur des cas, les expériences portent sur des echantillons très restreints d’individus dont on a décidé qu’ils

étaient représentatifs. Le protocole lui-même est tellement entaché de subjectivité (ou d’idéologie) qu’il n’est de toute

façon pas reproductible ; on voit mal un sociologue libéral ne fusse qu’accepter de mettre en oeuvre un protocole Bourdivin

(si tant est que cela existe) car il jugera (à juste titre) que les présupposés et la méthodologie ne sont valides que pour

leur auteur.

Remarquons que l’astrologie part de premisses (les planetes ont une influence sur les individus) et dans le meilleur des cas

peut arriver à tenir un raisonnement vaguement cohérent à partir de cela. Ne parlons même pas de protocoles expérimentaux,

mais apres tout, c’est le cas de la sociologie aussi.

Un petit truc permet de faire passer un vague raisonnement pour quelque chose de scientifique : l’utilisation

outrancière de procédés à vocation mathématiques ; typiquement l’utilisation de méthodes statistiques en sociologie.

L’astrologie fait elle aussi appel à de douteuses - mais bien réelles - connaissances en astronomie (après tout les tables

d’éphémérides sont on ne peut plus "exactes"). Mais il est bien évident que l’emploi de schémas avec des abscisses/ordonnées

ne prouvent strictement rien quant à la scientificité d’une discipline. Il est parfaitement possible d’établir - par exemple

-  une courbe logarythmique pour mettre en evidence la correlation entre la longueur des orteils et le QI. Les charlatans

(numerologues, astrologues, etc ...) ne s’en privent d’ailleurs pas.

La question en fait est posée de savoir ce qui permet à la sociologie de se poser en science. Comme on vient de le voir

certainement pas sa "scientificité". La sociologie est apparue à la fin du 19eme siècle, en plein délire scientiste, avec la

prétention à traiter les faits sociaux comme des choses (Durkheim). Outre qu’il serait interessant de savoir comment

on décide de ce qu’est un fait social (et ce qui ne l’est pas), il apparait que la sociologie s’est developpée dans le

sillage de la prétention à arraisonner tout le réel par la méthode scientifique, et les faits humains (sociaux, ici) dans la

foulée. Actuellement, la physique est un peu revenue sur la posibilité d’une telle entreprise (en ce qui la concerne), et on

peut se dire que la sociologie s’est imposée par sa prétention à arraisonner le social, et non pas grace à sa capacité

à le faire. Elle a bénéficié du Zeitgeist d’une époque, pourrait-on dire.

De surcroit, on peut aussi se dire qu’une discipline est reconnue comme science à partir du moment où elle est justement

reconnue comme telle par l’establishment (scientifique). Tautologie, certes, mais qui signifie en substance qu’une science

est reconnue comme telle à partir du moment où elle est enseignée en tant que telle, où il existe des chaires ad hoc, etc ...

Ce qui nous amene à la notion de consensus. Et aussi sur les méthodes pratiques qu’ont employées les tenants de

la nouvelle discipline pour l’imposer. Et il est interessant de voir comment en pratique les Durkhiemiens (en France)

ont fait pour imposer leur vision de la sociologie (en éliminant de la course à la respectabilité les disciples de

Tarde ou de Le Bon, par exemple). On en revient d’ailleurs au Zeitgeist.

C’est d’ailleurs le but de Mme Tessier : faire de l’entrisme dans les milieux universitaires pour qu’à terme sa discipline

finisse par bénéficier d’un consensus similaire.

Evidemment, je n’épuise pas le sujet, loin s’en faut (ne fusse que parce qu’une science dure elle-même ne passe pas

necessairement sous les fourches caudines qui lui servent de pied d’estal - et dont j’ai donné des versions très simplistes.

Raison de plus pour s’en tenir à une modestie de bon aloi, et à eviter de donner un peu facilement le label de "science").

Mais reste la question fondamentale : en quoi la sociologie est une science ? Et surtout : pourquoi un sociologue tient-il a

passer pour un scientifique ?

Une dernière chose : si la sociologie etait une science, comment un type comme Maffesoli pourrait oeuvrer, surtout au poste

où il est ? En physique, il pourrait un temps faire illusion, mais la rigueur des protocoles expérimentaux mettrait

rapidement à nu la supercherie, et il ne pourrait exercer très longtemps.

Il est donc un peu agaçant de voir des sociologues se poser en scientifiques et traiter une Tessier de charlatans, meme si en l’occurence, elle l’est ...

(une etude epistemologique comparée sur les prétentions de la sociologie et de l’astrologie à la scientificité serait d’ailleurs des plus interessante).

Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , le fayot, 9 mai 2001
Sorry pour les sauts de lignes intempestifs.Je comprends pas ce qui c’est passé ...
Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , calvz, 9 mai 2001
C’est follement poetique je trouve, ce pied d’Estal :-)
Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , 9 mai 2001

Moi aussi, je trouve. En général, les interventions de notre ami Lefayot exhibent une sorte de sensualité à fleur de peau qui irradient ses propos pour les transformer en autant d’invitations au plaisir goûté dans une relation passionnelle et néamoins progressiste et égalitaire qui nous invitent à prendre.... notre pied, justement. Sans aucun racolage ni sous-entendu obscène, il va sans dire.

A ce propos, saviez-vous que dans pied, il y a PI comme dans pi... ??

Alain G.

Répondre
> Arrivé à pied par la Chine..., 9 mai 2001

Le pied des stal, c’est pas le gay pied...

Mais on sait enfin ce qu’est la science, tant pis pour Thom, par exemple, qu’est pas dans l’épure, les amerlocks qui lui ont donné la médaille Fields, y zétaient fin saouls.

Répondre
> Approche météorologique de l’astrologie, PRIVATE JOKER, 10 mai 2001

Bien joué lefayot ! Une fois n’est pas coutume, je vais jouer les dociles... Bravo pour cette contrib, depuis le temps que tu tapais sur les sociologues pour un oui pour un non, il fallait bien que tu en vienne au fait et que tu t’expliques : c’est réussi, avec double salto et beaucoup de brio. Une question cependant : tu ne serais pas du genre à vouloir remplacer la sociologie par l’épistémologie, quand même, si ? Enfin, pendant ce temps là, il pleut... et des astres !

A+

Répondre
> Approche météorologique de l’astrologie, 10 mai 2001

A vrai dire, je n’epuise pas le sujet. Il y a tellement de choses à dire sur la sociologie (son essence fondamentalement conservatrice par exemple). C’est vraiment une para-science, qui s’imagine pouvoir jouer dans la cour des grands, et qui profite de sa bonne diffusion parmi le grand public (normal) pour passer comme indispensable. Ce qui est dommage, c’est qu’il y a de bons sociologues ; en général, pas des scientifiques (ou s’imaginant tels) et ne faisant pas de schémas avec des variables X,X’,X" pour faire plus vrai. Weber est monstrueux d’intelligence, d’intuition et de finesse par exemple (et il ecrit bien, chose rare chez les essayistes de langue allemande).

Pour ce qui est de l’epistemologie, je l’aime (Shhhhhmaaack !) parce qu’elle me semble poser les bonnes questions et va directement au coeur plutot que de se branler avec des faux problemes inventés de toutes pieces ou décalqués d’un gros bon sens mis en jargon (genre socio justement).

"En quoi une science est-elle scientifique ? Pourquoi faut-il qu’une science soit scientifique ?". Tu reponds à ce genre de question et tu sais dans quel monde on est. Pourquoi s’interroger sur le sexe des anges, si on se demande si Dieu existe ?

Répondre
J’ai du mal à te suivre, PRIVATE JOKER, 13 mai 2001

Bijour,

Tiens, je vais essayer de m’essayer à l’épistémologie...

"En quoi une science est-elle scientifique ? Pourquoi faut-il qu’une science soit scientifique ?". Tu reponds à ce genre de question et tu sais dans quel monde on est. Pourquoi s’interroger sur le sexe des anges, si on se demande si Dieu existe ?

> En quoi ces questions feront que je saurais dans quelle monde on est ? Pourquoi faut-il que ces questions fassent que je sache dans quelle monde on est ?

J’ai bon ? Dis : c’est ça l’épistémologie ? C’est que ça m’a l’air bien cool comme discipline pour embêter tout le monde, hé, hé !

Tu peux répondre maintenant...

A rivoir.

Répondre
> J’ai du mal à te suivre, Lefayot, 14 mai 2001

Ecoute camarade bolchevik (15 F l’abonnement), tu es sacré petit filou, mais tu n’as pas totalement tort ; rien n’est jamais totalement posé sur un socle d’airain devant lequel il faudrait s’agenouiller. Ce qui est sur, c’est que si quelqu’un te dit "ça mon garçon, c’est du sérieux, c’est la vérité, et en plus j’ai le CNRS derrière moi", tu feras bien de te méfier ; et l’epistémologie peut te servir à demonter son discours (qui en général ne vole pas bien haut, caché derrière un jargon intimidant). Ce qui est d’ailleurs en général un des boulots de la philosophie. Mais ce qui ne veut pas dire non plus que tout discours complexe est forcement un ecran de fumée devant du vide (ça, c’est de la demagogie). Faut savoir faire le tri ...

Des poutoux sur le nez

Répondre
Non, pas sur le nez !, PRIVATE JOKER, 15 mai 2001

J’ai des boutons ! Et en plus ça chatouille...

D’accord avec toi, je voulais juste donner à nos lecteurs la possibilité de constater In Real que les questions que l’on pose ou que l’on se pose, avec ou sans le recours de l’épistémologie, pouvaient être "orientées" à la manière d’un sophisme ou d’un paralogisme, même en étant de toute bonne foi : à 15 F l’abonnement, le client doit en avoir pour son argent ! Ne t’inquiète pas, tu restes le rédac’chef de la revue...

A bientôt, et "Bises" à Lirresponsable de ma part.

Répondre
> mais non, sois pas sorry..., #Jing, 11 mai 2001
... c’est juste que t’écris en versets maintenant. Un truc qui arrive, des fois, quand on est touché par la grâce.
Répondre
Pour Jacques Soufron , 14 décembre 2001
Celui qui voit le ciel dans l’eau voit des poissons dans les arbres Lao tseu
Répondre


> Approche médiatique de la sociologie
3 mai 2001, message de Grosse Fatigue
 

Réduire la sociologie à une opposition entre deux chapelles, quelle tristesse ! Bien entendu, Bourdieu est un sociologue plus sérieux que Maffesoli. Mais dans les deux cas, on a affaire à deux prophètes, bien trop engagés médiatiquement l’un et l’autre pour en faire des sociologues sérieux.

L’immédiateté du média (sic) est antinomique du temps nécessaire à l’analyse sociologique. Quelques sociologues l’ont compris, dans la lignée de Max Weber et de Raymond Aron...

Raymond Boudon, par exemple, en particulier dans ses tentatives d’analyse de l’idéologie.

("L’idéologie", "L’art de se persuader".... chez Fayard)

 
en ligne : Rien
Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , yves patte, 3 mai 2001

Attention, si uniquement deux sociologues sont cités dans cet article, c’est parce qu’il a été écrit à l’occasion de deux évènements bien précis. En aucun cas je n’ai voulu réduire la sociologie à ces deux sociologues et à leurs travaux respectifs. Simplement, en ce moment, deux évènements médiatisent la sociologie, et pour qui ne connaît pas la sociologie, elle pourrait sembler se résumer à cela. Mais ça c’est un autre problème encore...

Concernant l’immédiateté du média, je suis tout à fait d’accord... Pierre Carles le dit lui-même dans un très bon interview sur le site du Magazine de l’Homme Moderne : "Le travail intellectuel ne se manifeste pas de façon visible et spectaculaire. Il n’y a jamais de " Eureka ! " dans le domaine des sciences sociales y compris chez Bourdieu, dont le travail s’étale sur plus de quarante ans. Le film n’a pas pour objet de montrer un penseur en train d’accoucher d’un concept, mais de faire partager ma rencontre avec certaines petites parties d’une œuvre déjà très largement construite, grâce à laquelle j’ai pu avancer dans ma propre compréhension du monde." Hélas, habitant en Belgique, je n’ai pas encore eu l’occasion de voir ce film... Je ne peux que me baser sur ses dires et je ne sais pas s’il est arrivé à reproduire le travail intellectuel médiatiquement...

Pourrais-tu également développer l’idée que Max Weber et Raymon Aron ont bien compris que l’immédiateté du média est antinomique du temps nécessaire à l’analyse sociologique ? Parce qu’évidement, je comprend bien que résumer en un film d’une heure et demi, un travail si important est impossible, mais je ne vois pas réellement où tu veux en venir en sitant Max Weber et Raymon Aron pour illustrer ce fait...

Merci,

Yves Patte

Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , Grosse Fatigue, 3 mai 2001

La référence à Weber et Aron était surtout un moyen d’appuyer Boudon. L’homme est discret et savoureux. Il n’est pas du tout médiatique, et je pense que son travail a une véritable portée scientifique et méthodologique. Ses analyses sur les effets-pervers s’appliquent bien aux médias et au problème de l’immédiateté.

Bourdieu étant à la fois un idéologue engagé et un sociologue "analyste" (bien que la frontière soit floue et qu’il en revendique l’absence), il lui est plus difficile d’être crédible en tant que sociologue. Par contre, l’humaniste n’est sans doute pas à pourfendre....

Mais j’ai un peu peur d’embêter tout le monde avec ces vieux débats d’école en sociologie. Si seulement on pouvait éviter de mettre Bourdieu sur un piédestal.... Quant à la thèse de l’autre folle, le plus regrettable est que quelqu’un d’aussi sérieux que Moscovici ait osé s’y ridiculiser...

 
Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , Tiresias, 3 mai 2001

GF, ta très émouvante contribution me rappelle un souvenir d’étudiant. On avait invité pour un débat dans mon école les deux B. On avait tout bien organisé, et c’était le genre d’endroit où les conférencier viennent volontiers. Bourdieu n’est pas venu, pour ne pas discuter avec l’autre, on a donc fini au café avec le seul Boudon, qui en en bu 10 environ, en causant de Tocqueville et du café, mais pas de Bourdieu.

Sur le cas de Serge Moscovici, il est comme tu le sais dans le grand âge...

Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , Grosse Fatigue, 4 mai 2001

Que Boudon n’ait rien dit sur Bourdieu, ça ne m’étonne pas. Il a refusé que j’en parle dans ma thèse, malgré une analyse intéressante sur Heidegger par Bourdieu.

Pour tout ceux que ça intéresse, il faut lire "Souvenir d’un mandarin", par Mendras (Actes Sud je crois). Ça retrace l’histoire de la sociologie française depuis la guerre, les querelles de succession, les clans, les chapelles, les rôles de Raymond Aron, de Touraine, Bourdieu, Crozier, Boudon (les 4 "grands" et le maître). Sur ces 4 "grands", encore une fois, le moins vieillissant, c’est Raymond Boudon. Crozier tourne à l’ultra-libéralisme et est consultant dans une grosse boîte, Touraine a perdu tout repère méthodologique, Bourdieu se perd dans ces concepts flous et son engagement, alors que Boudon continue à écrire un livre, un seul finalement, qui permet de "penser le monde" avec une approche assez claire. M’enfin...

 
Répondre
> Proposition, Geoffroy, 7 mai 2001

Chers tous (et en particulier GF, dont je suis lecteur)

A une autre occasion, en l’occurence l’article d’Arno* sur uZine, j’avais proposé que ce site contienne des espaces pour d’autres sujets que l’internet. Cet article et les débats qui le suivent en seraient de bons exemples.

Pourquoi une telle proposition ? Eh bien tout ce que vous dites sur la sociologie en est un excellent exemple : je n’y connais rien en sociologie, mais je suis intéressé par ce sujet car je n’aime pas lire des choses ou entendre des débats sans au moins comprendre de quoi il s’agit.

Donc un espace dédié à la sociologie par exemple (ou à la littérature, la peinture, la musique et que sais-je encore) permettrait d’ouvrir ces sujets aux non-spécialistes qui ne demandent qu’à s’instruire.

Merci de vos réponses,

cordialement,

Geoffroy

Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , 9 mai 2001

je trouve un peu fort de café de poser raymond boudon en vieux sage non engagé alors qu’il a régulièrement vitupéré dans le Figaro sur les sujets les plus divers et très largement en dehors de sa sphère supposée de compétences, malgré ses proclamations de "neutralité axiologique".

par ailleurs, le gars est tout de même l’introducteur en France d’une vision strictement individualiste de la sociologie, menant un flirt des plus poussés avec l’économicisme des ultra-libéraux. Mais, c’est peut-être à son corps défendant qu’il est utilisé couramment par les théoriciens libertariens ou anarcho-capitalistes (si ! si ! ils se dénomment comme ça eux-mêmes) ou par les p’tits gars madelinistes de démocratie libérale. C’est aussi un chaud partisan des méthodes les plus répressives de maintien de l’ordre social... (nommé membre du conseil supérieur de la magistrature sur le contingent chirac, en autres colifichets comme le conseil supérieur de la langue française (toubon), l’accadémie des sciences morales et politiques (section "philosophie" au départn tiens ?), collaborateur des divers think tanks libéraux, s’exprimant dans leur porte-vois, la revue Commentaires (avec maffesoli, tiens-donc... mais ils ont eu tous deux le prix de philo de l’académie française, alors...))

s’il existe un sociologue complétement dégagé des questions politiques -ce dont je doute nettement- faudra trouver quelqu’un d’autre que ce vieux contempteur des décadences modernes...

Répondre
Sur Boudon, Grosse Fatigue, 22 mai 2001
Boudon est libéral, il ne s’en cache pas. Il assume sa position. Son "individualisme" est "méthodologique". Il est même parfois assez marxiste, en tout cas, je trouve qu’il a bien lu Marx. Il y a une différence entre Boudon le libéral engagé, Boudon le sociologue, Boudon le prof. Ayant fréquenté le dernier, je trouve qu’il a pas mal de mérites. Tocquevillien et honnête, il assume son libéralisme, qui n’est pas du tout un "ultralibéralisme" à la Madelin. Il argumente avec ses contradicteurs, l’homme est agréable. Bourdieu est tout différent, un homme de chapelles, entouré de fans et de disciples, pas très humaniste dans sa façon de faire...
Répondre
ça vole haut..., ninetta, 12 septembre 2001
Regrettable, trés regrettable que des gens qui causent de socio - ou tentent de le faire - qualifient une personne avec qui ils sont en désaccord de "l’autre folle" : le débat vole haut... et comment peut-on prétendre y apporter qq chose de crédible...il ne reste plus qu’à se traiter de pédé...Mais je me demande si tu saisiras mon message...Se prendre au sérieux et en plus dire de telles conneries, ça fait bcp pour un seul homme.
Répondre


> Approche médiatique de la sociologie
3 mai 2001, message de Pascal Fortin
 

Bonjour,

Juste un petite précision apparemment anodine mais qui me paraît importante : l’excellent film de Pierre Carles n’est pas consacré au "Bourdieu sociologue" mais au "Bourdieu intellectuel engagé dans la vie de la cité". Je crois donc qu’il est erronné de parler de "médiatisation de la sociologie" dans le cas de ce film. On est plutôt en présence d’un film sur un "intellectuel engagé" (pléonasme au même titre qu’intellectuel médiatique) qui se trouve être en même temps un (excellent) sociologue. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il serait très réducteur de rabattre sa sociologie sur ses engagements intellectuels.

Cordialement, PF.

Répondre
> Approche médiatique de la sociologie , pierre, 10 août 2006
ce qui est fascinant c’est qu’on puisse parler de Bourdieu sans le connaitre. A travers des on dit ou des approximations... Les textes de celui qui se fait appeller "grosse fatigue" sont remplis de contresens ; qui connais un peu les textes de Bourdieu (moi je suis étudiant en sociologie) s’en rendra compte. PF a raison de parler de "pléonasme" sur les termes "intellectuel engagé" ou ’intellectuel médiatique" (et Bourdieu était loin loin d’être aussi médiatique que par exemple BHL alors que ce dernier n’est pas reconnu comme philosophe par ses pairs, et que Bourdieu était au contraire de son vivant, le sociologue le plus cité par les chercheurs et étudiants dans le monde !) Les commentaires montrent surtout le colossal travail militant pour redonner un sens aux mots, à l’heure ou l’"écologie" vend des voitures, ou le "syndicalisme" sert les interêts du MEDEF... (chacun ajoutera...)
 
Répondre