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18 octobre 2000
 
dimanche 22 octobre 2000

Les Presses se mettent à la page

Quand les PUF se mettent au net... : "Impossible de trouver la page".
par Jean-Marc Manach
 
Les Presses Universitaires de France dénoncent les effets d’annonce de la Net-économie, et mettent même certains de leurs livres sur le net. Enfin... presque : je n’ai pas trouvé les pages.

Mardi 17 octobre 2000, 14h00, une dépêche AFP tombe : "Les Presses universitaires de France (PUF) se mettent en ligne et publient simultanément quatre livres, à la fois sous forme traditionnelle et sur internet." Les PUF se mettraient-ils à comprendre l’importance des nouvelles technologies, et du partage des connaissances, voire des fichiers ? "Trois des ouvrages concernent la révolution technologique en cours et ses enjeux, mesurent l’impact des nouvelles technologies, mettent en garde contre de possibles dérives mais appellent aussi à savoir les dominer et réinventer une nouvelle culture." Diantre ! Ca chauffe là, faut que j’aille voir un peu tout ça.

Dare-dare, je tape de mes petits doigts fins http://www.puf.com, et voilà-t’y pas que la rubrique "LES PUF et INTERNET" enfonce le clou, et en beauté : "Alors que se multiplient les effets d’annonce et que la Net-économie peine à définir ses futures règles, les Presses Universitaires de France publient simultanèment quatre livres qui permettent de participer aux débats intellectuels et scientifiques qui animent la révolution technologique en cours, mais aussi de cerner ses enjeux anthropologiques, sociologiques et économiques." Bon, la prose est moins offensive que celle de la dépêche AFP, mais tout de même, dénoncer les "effets d’annonce" et les "peines" de la Net-économie, c’est toujours ça de pris. Quant à "participer aux débats qui animent la révolution technologique", allez, cliquons donc voir un peu... :

"Le premier livre de sciences humaines publié gratuitement en ligne par un grand éditeur dans la collection Ecritures électroniques" s’appelle HyperNietzsche, mais quand on clique sur le lien, ça donne : >Impossible de trouver la page<, dixit. "Impossible de trouver la page", pour une vénérable maison d’édition papier qui se met au net en lançant une collection "Ecritures électroniques", c’est drôle, non ? Non, bon. Pas grave, passons.

Internet et nos fondamentaux se présente plutôt bien : "Internet n’est pas qu’une nouvelle façon de communiquer. Les paradigmes ont changé, les fondamentaux qui nous permettent de traduire le monde en abstractions, de le comprendre et de le dominer, sont en pleine mutation." Je clique : >Impossible de trouver la page<. Les "paradigmes ont changé", certes, il s’agit bien de "traduire le monde en abstractions"... Mais pour ce qui est de le "dominer", y’aurait comme qui dirait une petite "mutation" à opérer. Enfin, moi j’dis ça, hein... Bon, pas grave, passons.

"La science et son information à l’heure d’Internet se demande si le travail scientifique n’est pas aujourd’hui menacé dans l’une de ses fonctions vitales : sa propre information. Ne s’agit-il que d’une mauvaise passe, d’un seuil technologique à franchir, après quoi tout rentrera dans l’ordre ?". Tu m’étonnes, en cliquant, on arrive sur la page consacrée à "Trafics et crimes en Asie centrale et au Caucase"... Le travail scientifique est bien "menacé dans l’une de ses fonctions vitales : sa propre information". Mettons qu’il s’agisse d’une "mauvaise passe, d’un seuil technologique à franchir, après quoi tout rentrera dans l’ordre" comme ils disent. Mais bon, pas grave, passons.

"La presse sur Internet tente de mesurer l’impact professionnel et économique du numérique sur l’industrie de la presse dans le monde, et nous met en garde contre les dérives de la "société de l’information". Vérifions : >Impossible de trouver la page<. On mesure bien "l’impact professionnel et économique du numérique". Pareil pour les "dérives de la ’société de l’information’". Mais quid de "La presse sur Internet", titre paru dans la collection... "Que sais-je" ? Ben rien, je sais pas. Mais bon, pas grave, passons.

Bêtement, je clique alors sur le gros logo Accueil pour revenir sur la page du même nom, mais non : >FrontPage Error. User : please report details to this site’s webmaster. Webmaster : please see the server’s system log for more details<. Décidément... j’ai vraiment pas de chance moi, aujourd’hui.

Nous sommes le 21 octobre, la dépêche AFP date du 17, personne ne les aurait prévenu ? Le site des PUF est-il si peu visité ? Ils ne vérifient pas ? L’AFP n’avait pas été vérifié l’information, en tout cas. L’Agence ne leur aurait renvoyé aucun visiteur autre que moi ? L’AFP ne servirait à rien ? Et les PUF ? Ils n’y vont pas non plus ? A quoi ça sert de faire passer une dépêche AFP en se faisant passer pour des net-critiques novateurs, et de faire une entrée en la matière genre : non aux effets d’annonce de la Net-économie, si c’est pour manier les erreurs 404 (= "Impossible de trouver la page") comme j6m manie les noms de domaines, et ma mère les e-mails (la première fois, ça l’embêtait de taper sur le clavier, alors elle avait scanné une lettre écrite à la main, qu’elle m’avait envoyer en fichier joint... 600ko dans ma BAL !) ?

En fait, je crois que j’ai compris cette histoire de "Les PUF et INTERNET". "La Net-économie peine à définir ses futures règles" ? Faisons de cette peine une règle, celle qui veut que l’internet est, en permanence, en pleine mutation, un monde bouillant, plein de vie, qui va tellement vite qu’on y balance des infos non vérifiées, et pas mises à jour, même si on en fait son métier. L’attaché(e) de presse des PUF n’a pas visité le site avant d’en faire la promotion ? Pas grave, personne ne l’a remarqué, même pas l’AFP dont on sait depuis longtemps qu’elle ne vérifie pas vraiment ses infos. C’est d’ailleurs un des grands bienfaits de l’internet : aujourd’hui, tout le monde peut vérifier "l’objectivité" des agents de presse.

Ce qu’il y a de bien, avec la Net-économie, c’est qu’on n’a même plus besoin des livres, même quand il s’agit de livres qui parle de l’internet et qu’on prétend mettre en consultation sur l’internet. Suffit d’un effet d’annonce, quitte à ce que ce soit pour dénoncer les effets d’annonce, et en profiter pour faire sa propre pub. L’important, c’est pas l’information, mais la pub faite à cette information.

Sur le net, y’a pas besoin de mettre les livres : tout est déjà expliqué dans la page de présentation...

 
 
Jean-Marc Manach
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