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Le CSA
 
mardi 6 mars 2001

Les internautes contre Dominique Baudis

par Clisthène

Dominique Baudis, nouveau président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, s’accorde une interview dans Le Nouvel Hebdo (filiale de 01Net fraîchement lancée qui titre très subtilement « Internet : c’est parti pour 1000 ans ! »). Extraits choisis.

Les ambitions.

«  Dans le domaine d’internet, chacun doit remplir sa mission. Evidemment, les médias audiovisuels relèvent de l’autorité du CSA. Pas question qu’ils s’affranchissent des règles du Conseil lorsqu’ils émettent à destination d’ordinateurs. »

Emploi de l’argument d’autorité et d’évidence, qui comme d’habitude surgit là où il n’y a nulle évidence. Le CSA est justifié par la nécessité d’allouer équitablement (nécessité sur l’application pratique de laquelle il y aurait beaucoup de choses à redire) des ressources de transmission extrêmement limitées en quantité : les bandes de fréquences utilisées par les radios et télévisions diffusées par la voie hertzienne classique. On ne voit pas par quelle dérive de cette « mission » initiale et légitime le CSA serait habilité à contrôler les modalités d’expression sur un médium (Internet) où la très hypothétique pénurie de ressources revêt des caractéristiques extrêmement différentes, tant en proportion (pour l’instant, personne ne s’est vu refuser un accès pour un motif de pénurie) qu’en mode de répartition (la bande passante est mutualisée entre tous les acteurs quels que soient leur nombre, au contraire de la transmission hertzienne où le nombre d’acteurs est choisi en fonction de la bande passante disponible totale et de celle nécessaire à chacun).

Les affirmations de M. Baudis demanderaient donc quelques explications, probablement d’ordre idéologique si l’on juge de ce qui suit...

«  Mais je considère que tout ce qui concerne les médias audiovisuels, qui s’adressent à une masse de gens et qui ne sont ni du ressort de la correspondance privée, ni du commerce en ligne, relèvent de notre compétence. Le fait qu’ils ne soient disponibles que sur internet n’y change rien. Car la télévision ne se définit plus seulement par l’existence d’un téléviseur. »

Passons sur l’audacieuse remise en cause de la racine commune aux mots « téléviseur » et « télévision » ; la langue, après tout, est vivante, même dans la bouche de Dominique Baudis. En tout cas, s’il s’avérait vrai que la « télévision » ne se définit plus comme auparavant, alors faudrait-il se mettre d’accord sur une nouvelle définition. Tâche délicate à laquelle Dominique Baudis ne préfère visiblement pas s’atteler, du moins en public. En effet, si comme il semble le suggérer, n’importe quel son ou animation diffusé sur Internet vient à être considéré comme un signal « audiovisuel » du ressort du CSA, alors l’intention est (trop) limpide : contrôler une grande partie de ce qui se dit sur Internet.

Mais examinons un peu plus avant les critères de M. Baudis :

-  « ni du ressort de la correspondance privée, ni du commerce en ligne » : pour la correspondance privée, on comprend, mais pour le commerce ? Si le commerce n’intéresse pas Baudis, qu’est-ce qui l’intéresse ? Qu’y a-t-il d’autre sur Internet que le commerce et la correspondance privée ? Réponse : l’expression publique de tous, par tous et pour tous. Voilà bien ce qui préoccupe le CSA, ce qui ne laisse pas d’inquiéter de la part d’un organisme qui n’a jamais eu d’intervention que répressive...

-  « qui s’adressent à une masse de gens » : clairement, Baudis ne s’attarde pas sur les petits sites, qu’ils soient personnels ou d’entreprises. Ce qui l’intéresse, c’est de contrôler les plus gros points de concentration des internautes-visiteurs, les noeuds sémantiques de l’information sur le Web, là où se construit une partie du pouvoir d’aujourd’hui et de demain.

Les moyens.

«  Reste à formaliser cela sur le plan juridique. Je vais prochainement rencontrer Christian Pierret, le secrétaire d’Etat à l’Industrie, pour discuter des articles relatifs à la responsabilité du CSA dans la loi sur la société de l’information. »

Certes, Dominique Baudis lobbyise, mais au moins il le dit clairement. Les internautes épris de liberté d’expression et pleins d’espoir à l’idée de participer d’un nouveau contre-pouvoir entièrement collectif, savent à quoi s’en tenir pour l’avenir de leurs idéaux à l’intérieur de l’hexagone républicain.

«  Oui au rapprochement, non à la fusion ! Je ne suis pas devenu président du CSA pour le voir absorbé par l’ART. Pas plus, d’ailleurs, que pour absorber l’ART. En revanche, j’aimerais bien qu’il y ait des interfaces entre les deux collèges, dans le respect des prérogatives de chacun. Nous étudions parfois les mêmes thèmes - en réunions plénières ou en groupes de travail - en particulier lorsqu’il s’agit d’internet.  »

Dommage que l’interview ne contienne pas d’indications sur le ton et la scansion des propos de l’invité. On jurerait entendre un blanc embarrassé avant le « Pas plus, d’ailleurs »... Mais foin de mauvais esprit. M. Baudis souhaite des « interfaces » entre l’ART et le CSA. Quoi de plus naturel ? Quand un organisme se met à élargir ses prérogatives au moins de marcher sur les plate-bandes supposées d’un autre, la moindre des précautions est de proposer une coopération si l’on ne veut pas que l’opération tourne au pugilat ou à la déculottée.

Notons tout de même que l’ART n’a jamais eu aucune prérogative de contrôle de l’expression telle que celles revendiquées par le CSA. L’ART n’a d’ailleurs aucun pouvoir de décision, ses avis ayant seulement valeur consultative. On mesure d’autant mieux le souffle glacé que l’ART peut sentir dans son dos si une autre structure, disposant quant à elles de moyens bien réels et coercitifs, se met en tête de guerroyer sur son territoire ; d’où le nécessaire affichage de bienveillance (qu’il soit sincère est une autre question) de Dominique Baudis à son égard.

«  Mais nous travaillons aussi avec d’autres instances de régulation, qu’il s’agisse de la Commission des opérations de Bourse, du Conseil de la concurrence... Et je présume qu’à l’avenir, ces collaborations se multiplieront dans les domaines les plus divers. Nous avons des expériences communes à partager, dans un pays qui n’a pas de culture de régulation. »

Nous sommes en droit de nous demander si les opérations de consultation, de traitement et d’archivage d’informations très probablement impliquées par cette « culture de régulation » seront également « partagées », tels de vulgaires fichiers d’opposants sous d’autres cieux moins démocratiques (ou plus explicitement anti-démocratiques), entre les acteurs sus-cités. D’autant que, fait troublant, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés, pourtant active en matière d’Internet [1], est absente des « instances » pressenties par Dominique Baudis....

«  Un forum des droits d’internet - un lieu de concertation et de débats entre les acteurs du net, les entreprises et les internautes - est nécessaire. Il arrive un moment où des règles doivent être édictées, et des sanctions prises lorsqu’elles sont transgressées. Si on établit des règles sans se donner les moyens de les faire respecter, elles tombent vite en désuétude.  »

Tout habitué qu’il est des milieux influents, M. Baudis, semble ignorer que de telles « règles » sont déjà « édictées », et ce depuis bien longtemps. La coutume linguistique de notre pays veut que l’on appelle cela des lois. Or, n’importe quel juriste de bonne foi le sait, les lois françaises sont appliquées sur Internet - à l’intérieur de sa portion française, bien sûr, n’en déplaise à M. le juge Gomez.

Parions que nos concitoyens internautes n’éprouveront que peu de joies à l’idée de devoir respecter d’autres règles en plus de celles, légitimes, du droit commun issu idéalement des débats et délibérations de nos représentants élus. D’ordinaire, le propre d’un régime républicain est que les règles présidant à l’adoption des lois sont elles-mêmes rigoureusement codifiées ; ou pour résumer à la hussarde, disons que le droit au sens large contient les modalités de ses propres amendements. Au sein d’une instance bricolée à la va-vite pour plaire à quelques intrigants aussi divers qu’acharnés ainsi que pour répondre aux attentes des « médiateurs » qui ne cessent de piaffer qu’il faut réguler, contrôler, labelliser l’information sur le Web (il faudra bien un jour s’attarder à comprendre les raisons qui poussent nos amis « médiateurs » à réclamer cette régulation avec tellement d’opiniâtreté - pressentiraient-ils un danger pour eux dans l’expression de leurs citoyens moins médiatisés ?), il y a peu de chances que le mode de fonctionnement respecte ces quelques règles élémentaires. Tout esprit quelque peu habitué aux méthodes utilisées en ces cas-là craindra même, avec une lucidité blasée que l’on aurait du mal à lui reprocher, que la dite structure ne laisse la part belle à l’exercice de divers trafics d’influence et renvois d’ascenseurs entre intervenants.

Terminons enfin sur cette belle preuve de cuistrerie de la part de celui qui semble vouloir accréditer aux yeux de tous ses compétences en matière d’Internet : pour M. Baudis, il y a « les acteurs du Net, les entreprises et les internautes ». Or ce que M. Baudis ne comprend décidément pas, c’est que non seulement les internautes sont eux-mêmes « acteurs », mais qu’ils sont les seuls. Il n’y a personne d’autre, et toute organisation, institution ou association, prétendant faire de la représentation des internautes une activité à part entière - que ce soit sous un angle « consumériste », « républicain », « solidaire », etc. -, se rendrait coupable d’usurpation manifeste, autant que de flagrante manipulation destinée à réduire la problématique dans une proportion tragique et à l’emprisonner dans le centimètre carré d’une grille de lecture anorexique.

 

[1] On ne recommandera jamais assez le très utile guide « Découvrez comment vous êtes pisté sur Internet ».

 
 
Clisthène
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> Les internautes contre Dominique Baudis
5 mars 2004, message de Baretta
 
Nous ne voulons pas d’élus malsains. Mr. Baudis en fait parti. J’aurai l’occasion de plaider ma cause sur le systeme Baudis et les siens au sujet des attributions de fréquences radios sur la bande FM. Un nouveau scandale ? L’avenir seul le dira.
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> Les internautes contre Dominique Baudis
12 septembre 2003
 
Est-ce quelqu’un peut me prouver des liens entre Baudis et ’the rosacrucian ordre’ ou aotr grand-loge ? cette grand-loge de taciturnes est une des organisations capables d’organiser des obstructions du sytème legale et democratique. Cette organisation capitaliste par excellence pratique une philosophie anthroposophique et a son siege francophone selon mes info a toulouse. Elle couvre aussi la territoire francophone de la belgique, ou des irregularites avec des organisations ’taciturnes’ ont ete constate dans les affaires pédocriminelles.
 
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> Les internautes contre Dominique Baudis, 30 janvier 2004
lire les livres de david icke "le plus grand secret" ed louise courtaud tomes 1 et 2 pour comprendre ce qu’il se passe vraiment dans ce monde pourri.
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> Les internautes contre Dominique Baudis
9 octobre 2002
 
Le Tartuffe Baudis sévit aussi a la TV : "... M. Baudis a appelé lundi les élus et le gouvernement à transcrire dans la loi française une directive européenne permettant d’interdire les films pornographiques à la télévision..." AFP Quelle sera la sanction du contrevenant ? la lapidation ?
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> Les internautes contre Dominique Baudis, bip, 3 juin 2003
la lapidation ? Il suffirait d’un jugement intègre et intégral ? si cela existe en france Cà n’en prend pas le chemin, quasi intouchable le bougre même si image bien ternie. Au fait, ce digne personnage n’a t-il pas déjà fait l’objet d’une mise en examen et d’une incarcération ?
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> Les internautes contre Dominique Baudis, 20 juin 2003

Mieux vaut s’appeler Dominique Baudis et être maire de Toulouse, que bagagiste à Roissy

Ce qui veut dire que pour l’un la justice s’acharne sur ces accusateurs pour démolir les accusations, et que pour le bagagiste s’est lui qu’on a démolis pour essayer de consolider l’accusation.

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> Les internautes contre Dominique Baudis, pierresterel, 24 juin 2003

Dominique Baudis était au commande politique de Toulouse lorsque ont eu lieu les faits criminels reprochés au réseau (trafic de drogue et prostitution)dont faisait partie Patrice Alègre.

La vraie questions est celle de la responsabilité de ceux qui représentent les électeurs et doivent leur garantir les fondamentaux de la république.

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> Les internautes contre Dominique Baudis
7 mars 2001, message de Greg.fr
 
Je vois d’ici la tête des Américains (pour ne parler que d’eux) quand Dominique Baudis va leur agiter sous le nez "l’épouvantail" du CSA. On va encore passer pour de sacrés charlots. D’accord avec le premier post, ce que Dominique Baudis déblatère à propos d’Internet, on s’en fout royalement... pour l’instant. D’ici à ce que deux-trois incapables dans une ministère quelconque l’entendent d’une autre oreille... Quant à cette pauvre ART, elle a déjà suffisamment à faire avec les France Télécom, Cegetel et consors pour qu’internet soit le cadet de ses soucis. La voix sur IP, d’accord, le reste...
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> Les internautes contre Dominique Baudis, aaccoo, 24 mai 2003
le fait d’en parler lui donne trop d’importance qu’il ne mérite pas, le silence est le plus grand des mépris
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> DOMINIQUE BAUDIS OCCUPE TOI DE TA REGION ET DE TES AFFAIRES, moi, 8 octobre 2003
MONSIEUR dOMINIQUE bAUDIS SE VEUT ËTRE L’INSTIGATEUR comme pas mal d’autres messieurs, ou "grands hommes" pour parler de la langue républicaine ( sorte de jacobisme virulant) les américain se marre car s’est une france divisée et qui perd de son identitée culturelle.Comme les chaînes tous les jours, a travers le monde il disparait un dialecte (allez voir du côté créole... Bref ne respectant pas la charte européenne et l’article 2 de la constitution il voudrait aussi voir disparaitre des langues minoritaires Corse, Alsacien, Breton, Basque, Catalan et jettais le trouble avec les Occitans et les Provanceaux !! Dans nos chers pays voisins, prenons l’Italie (pourquoi pas la Belgique ou les langues régionales sont reconnues vivantes puisque parlées)ou le Catalan a été reconnue comme langue officielle dans l’Alguer. Soit, nous n’allons pas encore nous calquer sur nos pays voisins, mais ma question est de vouloir comprendre pourquoi Monsieur Baudis vient de couper court en supprimant l’arrivée de deux chaines entre la région de Gironne (pays catalan du sud) et Perpignan. Ou se trouve la frontière des libertées en matière de communication. Personnellement je pense que ce "grand homme"doit avoir d’autres chats a fouetter...
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> Les internautes contre Dominique Baudis
6 mars 2001, message de Geoffroy
 

Bonjour,

merci pour cette analyse de notre nouveau président du CSA. J’avoue cependant ne pas comprendre l’énervement suscité par un et un seul entretien de M. Baudis. Je crois en fait que la seule et unique conclusion que l’on puisse tirer de ses propos sur l’internet, c’est qu’il n’y connaît absolument rien. Evidemment, quand on ne sait pas, on se tait, et M. Baudis a clairement oublié cette sage maxime !

Mais dans la mesure où, si j’ai bien compris, le CSA n’a pas pour mission de gérer l’internet comme il doit le faire pour l’audiovisuel, les propos de son président n’ont finalement pas la moindre espèce d’importance. Je considérerais cela plus grave si ces mêmes propos avaient été tenus par une personne ayant réellement compétence dans le domaine (par exemple, un législateur puisqu’internet n’est pas la zone de non-droit que l’on veut souvent bien décrire).

Pour résumer, je ne comprends pas trop le titre de cet article : "les internautes contre Dominique Baudis". Les internautes ne sont absolument pas contre lui, puisque de toute façon il ne peut rien faire. Cela dit, lui est peut-être contre les internautes. Mais son pouvoir de nuisance sera alors uniquement équivalent à son aire d’influence politique, c’est tout.

Qu’en pensez-vous ?

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> Les internautes contre Dominique Baudis, Archiloque, 6 mars 2001

"le CSA n’a pas pour mission de gérer l’internet comme il doit le faire pour l’audiovisuel, les propos de son président n’ont finalement pas la moindre espèce d’importance. "

Le problème est justement qu’il manifeste clairement son intention d’essayer de le faire.

Dans le monde tel qu’il va, ce milieu (politico-commercialo-mediatique) étant ce qu’il est, et ce monsieur aussi étant ce qu’il est, un homme politique peu repenti, il est à craindre qu’il y parvienne.

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> Les internautes contre Dominique Baudis, Phynette, 6 mars 2001

Il nous reste encore l’espoir qu’il n’ait rien compris à ce que son nègre lui a écrit.

(cas pas si rare que ça et à ne jamais négliger)

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