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Microcosmes
 
mardi 30 janvier 2001
Discernement, calme et dignité ?

Excommunications comminatoires

Sur pilotis d’arguments fallacieux
par calvz
 
« Les réfractaires à la pensée dominante ne sont pas automatiquement prémunis contre l’ébriété des utopies numériques que la non-pensée journalistique charrie par vagues ininterrompues. » Serge Halimi, Le Monde diplomatique, 08/2000.

Je m’interroge franchement sur le bien-fondé de certaines attaques portées successivement sur Philippe Val et Pierre Marcelle ces jours derniers.

J’ai personnellement cessé de lire Charlie depuis belle lurette, bien que ce soit moins les récurrents pensums pompeux de Val, que les marronniers de Cavanna sur le Jardin des Plantes et le radicalisme à deux balles de Charb, qui m’en aient lassé. Je n’ai de surcroît jamais pu lire Libé avec plaisir, le considérant depuis toujours comme un rassemblement de faux-culs de centre droit. Cela étant dit, je reconnais bien volontiers que les propos des deux encartés (« les misérables ! ») sont indéfendables. Val et Marcelle ont indubitablement tort, principalement parce qu’ils ne savent absolument pas de quoi ils parlent. Leurs propos sont disséqués de main de maître, rien à redire là-dessus, si ce n’est qu’un gant de velours eut permis de rester dans les limites de l’élémentaire urbanité.

Autant les articles mesurés et réfléchis de Laimé pouvaient intéresser, autant lisant sa dernière chronique hier après-midi je me suis dit qu’uZine frôlait l’accident industriel. Ironie dans cette histoire grotesque de Kommandantur, au vu de l’agressivité du style, de la violence de la rhétorique déployée, cette chronique de Laimé, je la lisais mentalement et spontanément avec l’accent nasillard d’un speaker de Radio-Paris. Amusant ou consternant, suivant votre goût.

Après tout, croire avoir compris un peu avant les autres l’importance d’un fait, quel qu’il soit, justifie-t-il la morgue, le mépris, le terrorisme intellectuel ? Il me semble qu’on a aussi reproché a Marc Laimé, plus souvent qu’à son tour et avec raison, les excès de ses propos et les erreurs factuelles de ses argumentations. Dire une connerie de temps à autres, au milieu d’une masse de textes corrects, doit-il valoir au responsable d’être excommunié à vie de la communauté des auteurs dignes d’être lus ?

Que des journalistes arrivés ne saisissent pas la portée d’une certaine révolution technologique en marche, et sous réserve qu’elle en ait bien une, au final, de portée, justifie-t-il qu’on les traite comme de pauvres imbéciles, des Untermenschen bas de plafond, de la chair à sarcasmes faciles, en oubliant leurs bons et loyaux services passés ? Peut-on, en ralliant derrière son panache blanc un hypothétique million et demi d’internautes francais dont la majorité se contrefout du débat, menacer les encartés (« ces crapules ! ») d’un utopique renversement de vapeur sans décrédibiliser le propos en disant à son tour une connerie ? Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Je n’espère pas vous faire pleurer sur le sort des malheureux éditorialistes de la presse écrite, victimes des francs-tireurs d’uZine, mais peut-être rappeler, comme d’autres l’ont fait avant moi, que la violence outrancière des diatribes dessert son auteur et ternit la justesse des idées plutôt qu’autre chose.

La polémique à fleuret moucheté, je ne dis pas non, mais le pamphlet à balles réelles je ne suis pas sûr que ca fasse beaucoup avancer le schmilblick, surtout dans ce cas précis. Le texte collectif qui démonte les arguments de Val est de loin le plus mesuré et le meilleur de la série. C’est aussi un texte que Val est susceptible de lire sans se sentir insulté dès la seconde ligne, voire en allant jusqu’au bout et en en tirant quelque chose.

Derrière la forme, qui se radicalise dangereusement ces jours derniers, il y a aussi un fond dans cette polémique, des arguments mis au service d’une cause par ailleurs bien sympathique (clin d’œil a Arno*) mais qui n’en sont pas moins erronés. Ces arguments, pour moi foireux, je me propose de les examiner avec ceux qui voudront bien me suivre...

1. « Nous ne sommes pas une élite ! (ah ca non alors) »

Faire partie d’une élite, ca devrait plutôt faire plaisir. Mais curieusement, dans le Web indépendant de gauche(TM, comme dirait l’Autre), ca passe mal. Itou sur le MiniRézo : chaque fois qu’on parle d’une éventuelle élite qui serait (serait, hein) sur le Web, on sort le conditionnel réglementaire. «  Mais quelle élite ?  » s’interroge Lefayot. Une élite ? Ouais, « admettons », reconnaît du bout des lèvres Arno*, mais on sent que, vraiment, il a du mal.

Que des gens intelligents et d’ordinaire plus clairvoyants, renâclent à l’idée de reconnaître l’élitisme de l’actuelle population d’internautes est pour le moins surprenant. Car en vérité, et celle-ci n’est pas humainement discutable, le web est aux mains d’une élite, une élite qui n’est pas ou plus « ultra-minoritaire », certes, mais une élite tout de même, que cela nous plaise ou non.

Rappelons qu’environ 6% des habitants de la planète se sont un jour connectés à Internet, dont 85 à 90% vivent dans les pays industrialisés et 57 % rien qu’aux Etats-Unis et au Canada. Ils ne sont que 1 % en Afrique et au Moyen Orient. Au niveau national, les enquêtes les plus récentes (fin 2000, c’est-à-dire il y a un mois à peine) chiffrent le nombre d’internautes français entre 13 et 17 % de la population. Alors que 28% des chefs de famille des ménages français appartiennent à la catégorie des CSP+ (catégorie socioprofessionnelle supérieure), ils sont représentés à 62% dans le lot des internautes.

« [...] La fracture numérique se creuse, entre foyers aisés et instruits (équipés et connectés) et foyers modestes (sous ou non équipés, et donc peu ou pas connectés), mais aussi entre régions très urbanisées, Ile-de-France en tête [...], et province rurale ». Plus de deux Français sur trois ne se sont jamais connectés au Web. Jamais.

Dans ce contexte, nier l’évidence relève au mieux de la schizophrénie, au pire de la mauvaise foi. Reconnaître la nature élitiste des internautes contemporains, par ailleurs, n’implique pas que le médium lui-même soit intrinsèquement élitiste. Ce dernier point est évidemment nié avec encore plus de force par les exaltés du réseau, ce en quoi ils se plantent à nouveau (en l’état actuel des choses), mais là, à la rigueur et parce que je les aime bien, j’admets que ca se discute.

Reste qu’ Internet, c’est « les classes moyennes et supérieures parlent aux classes moyennes et supérieures ». Que lesdites classes discutent sur certains sites de réforme ou révolution radicale, et s’organisent dans la lutte, c’est indéniable, mais ce n’est pas le sujet et c’est vieux comme le monde. Je ne veux pas dire par là qu’Internet n’offre pas de nouveaux moyens d’organisation. J’entends que les susdites classes parlent de révolution depuis la nuit des temps, avec les probants résultats que l’on sait.

Quant à savoir si les révolutionnaires numérisés seront plus efficaces que leurs prédécesseurs, c’est à voir. La capacité de mobilisation du Net reste a prouver. Il est facile de récolter des dizaines de milliers de signatures électronique, d’autant plus facile qu’elles ne coûtent rien à leur propriétaire et que la cause relève de leur intérets particuliers (style « pétitions piège à con anti-France Telecom »). Des dizaines de milliers de visites, des dizaines de milliers de signatures, cela impressionne toujours le quidam, mais tant que rien ne se passe dans la rue ou dans l’urne tout cela n’est que poudre aux yeux.

D’ailleurs, je trouve que Vakooler est un site emblématique de l’ambivalence et de l’hypocrisie -d’ailleurs pleinement assumée- d’une partie du web. Il s’agit d’un site qui se moque des start-ups en particulier, et a à intervalles réguliers du système libéral en général, tout en passant à l’occasion des brèves qui fleurent bon l’anti-étatisme primaire. Surtout, c’est un site visité par les joyeux start-upeurs eux-mêmes, ainsi que par toute une faune de révolutionnaires numériques qui, tout en analysant gaillardemment ou doctement les contradictions et les conséquences du capitalisme sauvage, sur ce serveur et sur d’autres, jouent leur propre pognon en bourse en espérant se faire à leur tour, sinon des couilles en or, du moins un petit complement sympa.

Les gauchistes actionnaires sont parmi nous, et le cynisme avec eux .

Comme le dit justement Halimi, il ne faut pas « confondre les personnes [que l’on peut] contacter le plus commodément avec celles qui auraient le plus intérêt à un autre monde ». Les internautes, qui s’ils n’avaient pas de pognon ne seraient pas là, sont généralement assez bien dans ce monde-ci, merci pour eux.

Désolé d’enfoncer les portes ouvertes, mais apparemment, elles ne sont encore qu’entrebâillées pour certains.

2. « Les « anciens » médias sont dépassés et veulent nous censurer pour survivre »

Ici, l’argumentation est binaire. Primo, Val, Marcelle et leurs camarades encartés, « ces salauds », ne connaissent absolument rien à Internet. Que pouic. Ils sont totalement largués, n’entravent que dalle. Jusque là, je suis assez d’accord.

Mais secundo, Val, Marcelle et leurs confrères encartés, « ces raclures », sont morts de trouille tous autant qu’ils sont, parce qu’en surfant sur le net -ah bon ?- ils ont lus des milliers de sites tous mieux fait les uns que les autres, et ils se voient déjà à la rue, mendiant leur pitance, balayés par le grand bond en avant de la révolution webmestrielle.

Là, je sais pas vous, mais moi je commence à entrevoir l’ombre turpide de la contradiction. Il m’apparaît clair que Val et consorts ne comprennent pas de quoi il retourne : les récentes déclarations radiophoniques le confirment. Visiblement Val, qui est tout de même un type moyennement intelligent, sort de telles énormités parce qu’il n’a lu du web que quelques extraits critiques le concernant, probablement copiés-collés à son intention par une souris charitable. Kif-kif pour les autres.

Mais alors qu’on ne vienne pas me dire dans la ligne qui suit que, prenant conscience de l’immense contenu culturel d’Internet, potentiellement extrêmement dangereux pour leur petite cuisine comme il va de soi, ils se sentent menacés au point d’instiguer à la vitesse de l’éclair - et en mobilisant de secrets réseaux inavouables bien entendu- un complot cosmo-planétaire pour censurer les courageux internautes libres et sauvegarder leur ignoble domination dans les rangs réactionnaires de la police de la pensée. La paranoïa aussi devrait avoir ses limites.

Il est faux de dire que les «  journalistes [...] ne s’attaquent plus aux "dérives" réprimées par la loi, mais à la liberté d’expression elle-même lorsqu’elle est accessible à tous les citoyens ». En vérité les ci-devant accusés journalistes [1], les extraits cités le prouvent, ne s’attaquent pas du tout à la liberté d’expression en soi, mais bel et bien à ses dérives ou à ce qu’ils considèrent, parfois à tort, et c’est là le hic, comme telles : pédophilie (voire pornographie pour les plus conservateurs), diffamation dans l’anonymat [2], mafia, hackers, conspiration libérale-libertaire, néo-fascisme, désinformation, snuff movies ( !) et autres bénédictions pour encartés (les jean-foutre !) en mal de papier. Le seul problème, mais il est de taille, c’est que comme ils n’y connaissent rien pour la plupart et qu’ils se désinforment les uns les autres, ces dérives, dans leur esprit, c’est 95% du net.

La solution qu’ils proposent, c’est, non pas la censure, mais une vague régulation sur laquelle ils restent opportunément très évasifs, et pour cause puisqu’ils pédalent complètement dans la semoule. « Un contrôle centralisé de l’information à l’échelle mondiale par des journalistes » (Wolton), « une régulation démocratique mondiale d’Internet, débattue par les représentants des peuples » (Val), ça ne mange pas de pain et ça permet d’éluder l’inévitable question sur les possibles solutions pour peu que les porte-micros encartés, ces vauriens, n’insistent pas trop. Ce qu’ils se gardent bien de faire, puisqu’après tout ils n’y comprennent pas grand-chose, eux non plus.

Bref, les exaltés du réseau s’énervent de n’être pas compris, s’indignent des propos tenus par certains encartés (ces crapules liberticides !) au point de leur faire dire ce qu’ils n’ont pas dit, et finissent par s’imaginer que ce qu’ils ont effectivement dit ne l’a pas été par ignorance crasse (ce qui est déjà assez scandaleux) mais par volonté delibérée de censurer le net.

La bonne vieille théorie du complot, toujours fertile sur le fumier de l’extrême gauche [3].

Derrière cette crainte lointaine de censure, il y a une idée, l’idée que les encartés, ces moins que rien, ont peur. Pourquoi ont-ils peur ? Parce que le Web indépendant dérange : il fait rien qu’à jouer dans la cour des grands, le sacripant.

3. « Le Web indépendant joue dans la cour des grands »

A la base du concept est l’article éponyme d’Arno* paru le 14 décembre dernier. Arno* nous y apprend avec son bagout coutumier que l’Internet est un médium unique par sa facilité de publication et par l’étendue potentielle de son lectorat, ce qui est tout à fait exact. On y apprend aussi que le web indépendant fait jeu égal avec le web marchant.

Ah bon. La de suite je suis moins convaincu.

Evidemment, l’affirmation est étayée, Arno* fait son hobby sérieusement. Entre autres démonstrations, je n’en prendrai qu’une puisqu’elles sont toutes plus ou moins de la même eau : «  un « petit » hébergeur de sites de particuliers comme Le Village fait ses honorables 47000 visites quotidiennes, un autre hébergeur indépendant comme Respublica tourne à 205000 visites (à comparer aux 145000 visiteurs passionnés par le site de TF1 - budget d’environ 100 millions de francs pour l’année 2000) ».

A la première lecture, on est un peu ébranlé. C’est pourtant bien vrai, 200 000 visites, ça fait plus que 145 000, et tout ça sans pub. Le web indépendant joue donc dans la cour des grands, CQFD, Amen.

Sauf que oui mais non. Comptabiliser simplement les visites et établir un rapport de grandeur, c’est bien. Mais c’est un peu court. C’est surtout oublier allégrement ce qui fait toute la faiblesse (et aussi toute la richesse, réjouissant paradoxe) du web indé : son atomisation et sa diversité.

Les 200 000 visiteurs de ResPublica ont lu qui un avis sur le dernier film de Bruce Willis, qui une chronique sur les déboires sentimentaux du webmestre Untel (infâme anonymat !), qui une fiche-conseil sur la meilleure façon de nettoyer son aquarium avec un rouleau de PQ usagé, qui une objurgation adressée aux écornifleurs de la presse écrite. Les 145 000 lecteurs de tf1.fr, en revanche, ont tous lu à peu près la même chose, les actualités du jour, la météo, les dépêches financières pour winners(TM) patentes et autres fadaises. Idem pour lemonde.fr et autres avatars de la presse en ligne.

En d’autres termes, les visiteurs du serveur de sites persos ont accédé à une myriade d’informations diverses, écrites par des personnes différentes aux opinions divergentes sur des sujets totalement étrangers. Les visiteurs de tf1.fr ont tous,plus ou moins eux, eu accès à la même information. Dans ces conditions, comparer des unités est vide de sens. Qui conserve la plus grande influence, qui continue à « formater les pensées » ? Tf1.fr, ses confrères lemonde.fr et libe.fr. Et nos amis des portails.

4. « Web indépendant=Web militant=la démocratie en marche vers de radieux horizons »

Ce qui permet de soutenir le poids du Web indépendant, c’est aussi la confusion des genres et le bordel sans nom que l’on regroupe sous cette appellation. A la post-moderniste, tout se vaut, le premier site débile venu montrant trois photos de son webmestre avec un commentaire de 4 lignes est compté comme une unité au même titre qu’un site aussi développé que Les Ours ou Rien. Ces sites disparates sont globalement rassemblés et placés à leur corps défendant dans la grande cohorte de la démocratie en marche, belle escroquerie rhétorique qui ne signifie malheureusement pas grand chose, sauf dans la tête de ses auteurs.

Il importe en fait de distinguer la masse informe [4] du Web indé de ce que j’appellerais le Web militant.

Le Web indé, ce sont tous les sites web personnels, sans but lucratif. Ils ne sont souvent mis à jour qu’épisodiquement, avec une photo de la dernière portée du chat. La plupart sont apolitiques.

Elle me fait rire comme tout le monde, mais en quoi la homepage de la jackytouch, 500 000 visites au compteur, revifie-t-elle la démocratie ? En quoi tous les sites de trucs et astuces informatiques tournant autour du pot Internet, et qui constituent souvent les plus belles réussites d’audience de l’indé, contribuent-ils au débat public ? En quoi Kimble, avec ses photos de jolies pépées, de Ferraris et plus de 20 millions de visites, tisse-t-il du lien social ? En quoi surtout sont-ils susceptibles de faire vaciller les grands médias généralistes de type le Monde ou TF1 ? En rien. Ce sont des sites très ciblés, qui forment la plus grande partie du Web indé. Ils apportent du plaisir à leur(s) auteur(s) et à leur(s) lecteur(s), et c’est déjà pas mal. On peut proclamer sans risque qu’ils constituent une avancée pour l’expression publique. Mais une révolution démocratique, là, c’est déjà plus difficilement soutenable, sauf à parler en potentiel...

Le web militant, c’est une toute petite fraction du web indépendant, ce sont des sites à fort contenu qualitatif, proposant de l’information alternative, politiquement militants de près ou de loin [5]. Ils s’adressent à des gens intelligents, déjà très bien informés et qui soit dit en passant n’ont pas attendu Internet pour exercer leur sens critique. L’audience de la fraction militante du Web indépendant seule est peu significative au regard du reste. Son existence n’est pas une menace pour les médias traditionnels. Sa production -au demeurant de bonne qualité- est constituée, pour un pourcentage important, de critiques, indignations et autre brodages autour de ce qui est paru dans la presse traditionnelle, ou de ce qui a été diffusé par la lumineuse descendance de l’ORTF. Le Web militant est comme une sangsue qui se nourrit des informations glanées ci et là par ses webmestres dans les médias officiels.

Mais le Web militant peut-il fournir quotidiennement un contenu important, original et alternatif ? Non. Le Web militant a-t-il les moyens d’envoyer un chroniqueur au Kosovo, en Amérique du sud ou dans la région des Grands Lacs ? Non. Il y a-t-il suffisamment d’internautes prêts a payer pour que cet amateurisme militant se transforme en professionnalisme sinon rentable, du moins viable économiquement et capable de fournir une alternative complète et autosuffisante aux « anciens » médias ? Non. Cette situation est-elle susceptible de changer dans un futur proche ? Non. De menace pour les « anciens » médias, point.

Mais le dernier spectre récemment levé du néant par les incantations des exaltés, c’est celui des hordes innombrables de webmestres prêts à déferler en hululant sur les diaboliques plaines arides du web marchand. L’union fait la force, pas vrai ? Alors le web indépendant, combien de divisions ? Un million et demi de citoyens surentraînés, mon général !

5. « Le million et demi, le million et demi ! »

Le chiffre d’un million et demi de sites personnels fait à ma connaissance pour la première fois son entrée dans le microcosme suite à l’article d’Arno* du 14 décembre dernier. Arno* y reconnaît fort honnêtement au départ que ce chiffre est sujet à caution, bien qu’il ne pousse pas la réflexion très loin et utilise le chiffre par la suite sans le relativiser davantage. Lui pourtant d’habitude si éminemment suspicieux quant aux statistiques officielles des acteurs de la nouvelle économie - son article ne nous vantait-il pas Statisticator ?- il oubliait entre autres de s’interroger sur l’intérêt économique et politique que pouvaient avoir les fournisseurs d’accès, également fournisseurs du chiffre, à gonfler ce dernier. Il ne s’interrogeait en outre qu’à demi sur les très nombreux pseudo sites de toute évidence inclus dans ledit chiffre : combien de sites warez, de purs stockages de données, combien de War scriptz pour guerriers IRC, combien de sites de cul, combien de page d’intro « en construction », souvent automatiquement générées après inscription par le serveur lui-même pour un internaute qui n’en peut mais, combien de sites brouillons, d’alpha jamais bêta ? Mystère.

On ne manquera pas de m’objecter que les sites de boules, warez et autres bidouillages FrontPagineux sont des sites tout de même. J’admets. Mais de là à les enroler à l’insu de leur plein gré (ah ah) dans cet Internet qui fortifie si bien la démocratie que c’en est un plaisir, et puis aussi qui tisse âprement de gros paquets de lien social [6] , faudrait pas non plus pousser. Rappelons qu’il s’agirait là non pas de sites francophones, ce qui a la rigueur pourrait ne pas dépasser l’entendement, mais bel et bien de sites français, uniquement fait par des français. Je ne vous cache pas que tout cela me laisse quelque peu sceptique.

Mais toujours est-il que ce million et demi, qui il est vrai a de la gueule, a depuis été allégrement repris et abondamment martelé, et sans aucune nuance cette fois, par bon nombre d’articles du minirezo. Voilà une attitude qui n’est pas sans rappeller celle de ces viles start-ups tant decriées : dès qu’un chiffre spécieux est à notre avantage, on s’en sert a qui mieux mieux sans trop se soucier de sa véracité.

On pourra consulter entre autres l’article de Marc Laimé sur Pierre Marcelle, dans lequel le fameux million et demi apparaît 4 fois, pas moins, ainsi que sa lyrique supplique à Catherine Tasca, où il est cité 8 fois, excusez du peu. A noter qu’au passage le déjà fort aléatoire million et demi de sites a été dans la joie et la bonne humeur transformé en un million et demi de citoyens, ce qui n’est quand même pas exactement la même chose [7].

6. « Les bien-pensants chient dans leur froc »

Proclamer que les grands médias sont morts de trouille face au poids du Web indé est un autre mirage d’exalté, une branlette intellectuelle avec la main de l’Utopie [8]. La génération de Philippe Val a peu de soucis a se faire : la révolution technologique ultime et renverseuse de pyramide n’est pas pour demain matin dès potron-minet . Il est encore tôt pour savoir si le Net sera une révolution ou une simple évolution d’importance, mais il certain qu’il coulera encore de la bande passante sur les routeurs avant que cela ne prenne forme. Même la télévision, média simplissime dans la mesure où il suffit de brancher le poste et de débrancher son cerveau pour s’en servir, a mis plusieurs décennies pour s’imposer au grand public [9].

Le web n’est pas aisé à utiliser pour le citoyen lambda. Il n’est pas facile à consulter : il faut avoir les moyens d’acheter un tas de matériel complexe, qu’il faut ensuite maîtriser, avant de commencer à apprendre les rudiments du réseau lui-même. Il est encore moins facile d’y créer quelque chose, et la technicisation croissante (java, flash, php, XML, et à terme la disparition du par trop accessible HTML ?) ne va rien arranger. On l’a vu, la pénétration de l’ordinateur dans les foyers est limitée, celle des ordinateurs connectés à Internet encore plus.

Encore faut-il ne pas oublier que la plupart de ceux qui se connectent se limitent à des activités bien précises, dont la plus régulière est le relevage de la boite mail sur l’un de ces serveurs populaires rachetés par les grands ténors de l’ « ancienne » économie. Les activités adventices sont en général aussi révolutionnaires qu’un téléchargement de rock américain doublement binaire, d’un nouveau beat à la mode pour la sonnerie du dernier Nokia® métallisé, voire de photos hardcore à dilatation variables.

Ceux qui, comme moi, s’amusent de temps à autres à se balader dans les travées des cybercafés et bibliothèques universitaires en reluquant discrètement les écrans savent qu’Internet c’est déjà plus Lagaf’ Vincent que Gaston Bachelard. Petite anecdote amusante : au moment où j’écris ces lignes, mon voisin de gauche rigole sur un jeu en flash qui consiste à lancer des couteaux sur un poule caquetante de cartoon, et celui de droite regarde les guignols sur canalplus.fr. Encore suis-je dans une bibliothèque universitaire, entouré de la pseudo-élite de demain.

Le fait est que ceux qui sont dans le coup, ceux qui sont branchés, ceux qui aiment le jazz et le cinéma d’auteur, ceux qui ont le temps et l’envie de lire des textes de 45 000 signes, dans leur majorité, surtout pour la jeune génération, ils sont déjà là, ce sont nos amis des classes moyennes et supérieures qui doivent composer a vue de nez 90% des acteurs et du lectorat du minirezo.

Ceux qui doivent encore arriver sont ceux qui, potentiellement, sont les moins susceptibles de s’intéresser à un contenu alternatif et original.

Si un web grand public parvient à s’imposer à moyen terme, ce sera probablement un web TF1-nisé sur lequel les grands acteurs économiques actuels n’auront aucun mal à replacer leurs billes, ne serait-ce que grâce au battage publicitaire cordialement consenti par les médias traditionnels qu’ils possèdent déjà, ou tout simplement par la transposition en version numérique de ces mêmes marques, dont le capital symbolique n’est pas négligeable (cf. lemonde.fr et ses semblables).

Pour les indécrottables naïfs, je rappellerai que les français ont accès à deux télévisions fort différentes sur leur territoire national. L’une, TF1, propose des programmes racoleurs , populistes, criards et médiocres. L’autre, Arte, diffuse des programmes généralement de bonne facture, sur des sujets extrêmement divers, alliant reportages, films d’auteurs, débats et autres analyses souvent beaucoup plus éclairantes que tout ce qui se fait ailleurs. Il suffit d’une pression du pouce sur un bouton pour passer de l’une a l’autre. Je renvoie les optimistes aux statistiques d’audience comparées de l’une et de l’autre.

Les outils pour mourir moins cons qu’on est né existent déjà et ont pour nom librairie, bibliothèque municipale, télévision (la bonne, la moins regardée). Qui en profite ? Schématiquement, la minorité de la population nationale qui constitue l’actuelle majorité d’Internet.

Croire et proclamer que la généralisation du médium au grand public le changera en mieux, ce n’est plus de l’indécrottable optimisme, c’est du populisme, de la naïveté ou les deux à la fois. Les nouveaux arrivants vont vouloir de l’infotainment, du divertissement, de la connerie, et ayez confiance on va leur en donner.

On pourra m’accuser de dédain du populo, ou de façon plus marxisante de mépris de classe, mais proportionnellement et petit a petit, le Web militant, et peut-être même le Web indé tout entier, a de grandes chances d’être à Internet ce qu’Arte est a la télé : alternatif, intéressant mais isolé, sous-exploité. Exploité majoritairement par ceux qui exploitent les outils socio-culturels déjà existants, j’ai nommé nos correligionnaires solvables des classes moyennes et supérieures.

La vérité, qui pourrait bien être triste comme le disait Renan, c’est que celui qui regarde « combien ca coûte » sur TF1 aujourd’hui regardera probablement « sans aucun doute » sur tf1.fr demain. L’humanité aura néanmoins fait un pas en avant car au lieu de tous le regarder ensemble comme des veaux, nous pourrons le visionner en streaming a l’heure de notre choix. Liberté, liberté chérie !

Si d’aventure un Webmestre indépendant, dans l’Internet à venir, arrive par son talent à fidéliser un lectorat d’envergure, il ne tardera pas à se faire débaucher par un grand média en ligne qui lui permettra de vivre de sa plume, la plupart ne demandent que ça et je les comprend. Ou peut-être sera-t-il il récupéré par les majorités de gauche et/ou de droite successives pour, du haut de son expérience, superviser des comités divers traitant de grave questions internetiennes, devenant en quelque sorte une Catherine Tasca du Web. Les autres continueront à prêcher les convaincus, a écrire pour eux-mêmes et pour une poignée d’autres, et ce sera toujours ça de pris.

* * *

Internet génère des fantasmes innombrables, fausses lumières dans la nuit de l’avenir. Rêve pieux d’une expression publique et d’un débat démocratique généralisé, illusion d’une oblativité qui reste toute relative et limitée, mirage de la solidarité, du village mondial, de la prise de pouvoir du citoyen. L’Histoire incite qui sait la lire à se méfier des lendemains qui chantent, ce qui n’exclut pas par ailleurs de se battre en leurs noms.

En espérant que je me trompe, on peut toujours en discuter, courtoisement et « à fonds perdus »...

© calvz 2001 (Non, je ne suis pas un militant du Libre)

 

[1] Et je précise que je ne suis nullement journaliste de profession, histoire qu’on ne m’accuse pas de défendre ma paroisse...

[2] Dont on sait, et ils finiront par le comprendre, qu’il n’est que relatif. À propos, une intéressante explication sur l’intérêt (et les inconvénients, entre autres celui de n’être pas pris au sérieux) du pseudonyme a été donnée par Russell F. Prigogine, alias Rain Forest Puppy, au début de son dernier advisory publié notamment par les Dépendants de kitetoa.

[3] Objectivement, pourquoi se dispenser d’une bonne provocation gratuite envers mes amis radicaux ?

[4] Avis aux exaltés : ceci n’a pas la connotation péjorative d’insultes injurieuses (© Marc Laimé)

[5] Critères imparfaits évidemment : Grosse fatigue est-il politique ou non ? J’aurais tendance a dire oui, mais un autre pourrait dire non. De toute façon, personne ne s’entend vraiment sur ce qu’est le Web indépendant.

[6] En passant, à propos de lien social, une petite histoire qui mets les mots en rapport aux actes : depuis que je me balade sur le web, j’ai eu l’occasion de mailer à plusieurs reprises différents « ténors » du Web militant, toujours très courtoisement. Une seule fois on m’a répondu, et s’est ensuivi un débat de quelques semaines tout à fait enrichissant (en tous cas pour moi ). Toutes les autres fois, l’information que j’avais donnée a été prestement utilisée sur le site, sans aucune référence, et sans le moindre petit merci via mail. Ca tisse dur dans les chaumières...

[7] Notons qu’Arno*, tout comme Laimé, a converti sites en citoyens (Arno menace même Charlie de « [perdre un million de lecteurs quand [il] n’en a plus que 50 000->http://www.minirezo.net/article182.html] », ce qui est déjà assez piquant en soi. Un million de «  lecteurs  » donc, et dans le même article « un million d’internautes ». Plus sobrement, il a amputé le million de son demi. Selon quel calcul ? Il a dû se dire que, pif pouf, à vue de nez il devait y avoir un demi million de déchets et que le million restant devait être le bon. Ou alors il y a une nouvelle source non indiquée...

[8] Je suis un peu poête à mes heures.

[9] Oui, les utilisateurs du net augmentent nettement plus vite que ceux de la télé dans les années 50, je suis au courant, merci. Mais il y a une grosse différence dans le mode d’appréhension du médium, meme s’il n’y en a plus pour très longtemps avant que l’un ne rejoigne quasiment l’autre...

 
 
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> Excommunications comminatoires
2 février 2001, message de calvz
 

Et hop, le million et demi est tranquillement repris dans Liberation ce 2 fevrier, par l’intermediaire du denomme Florent Latrive. Il n’utilise pas le mot "citoyen", mais c’est dans ce sens qu’il emploie le chiffre.

"ils sont désormais 1,5 million rien qu’en France à prendre au mot cette proclamation plus que centenaire."

Tu l’as dis, bouffi...

calvz

 
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> Excommunications comminatoires, 3 février 2001
bouffi, n’est pas une insulte ou une diffamation s’il est sec comme un haricot ? attention, tu risques la modération à posteriori ce qui serait génant pour tout le monde.
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> Excommunications comminatoires
2 février 2001, message de Olivier
 
..."le radicalisme à deux balles de Charb". A moi, son radicalisme me coûte dix francs par semaine. Comment tu t’y prends, toi, pour bénéficier d’un rabais tarifaire de 80 % ? Je l’aime bien, moi, le radicalisme de Charb, et ta remarque à son sujet m’a fait de la peine. Cependant, ce n’est pas pour discuter de ses mérites ou défauts que je me permets de taper l’incruste dans ce forum : je voudrais simplement savoir si, à tes yeux, la qualification de "à deux balles" est inhérente au radicalisme, ou s’il s’agit d’une appréciation limitée au seul cas d’espèce de Charb. Si, comme je le crois, la seconde hypothèse est la bonne - vue la qualité de ton texte, je n’ose imaginer que tu conçoives le radicalisme comme une marchandise soldée - je serais heureux que tu nous définisses les critères qui distinguent un radicalisme de qualité (sorti d’usine, prix fort) d’un radicalisme bradé (tout juste bon pour la casse). Ne vois aucune intention polémique cachée dans cette interrogation, au reste fort anecdotique : juste une petite demande de complément d’information. Amicalement, Olivier
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> Excommunications comminatoires, calvz, 2 février 2001

En voila une question qu’elle est bonne...

D’abord, je ne trouve pas uzine particulierement radical, mais plutot mesure dans l’ensemble. On ne peut pas dire que le drapeau noir flotte sur uzine, tout de meme...

Ce qui me fait qualifier le radicalisme de Charb de la sorte, c’est que c’est un radicalisme tres, tres radical, radical jusqu’a la betise. Un radicalisme de faux excite, sans la moindre nuance ni auto-derision... Je ne l’ai plus lu depuis fort longtemps, mais la derniere argumentation qui avait touche mes yeux c’etait qu’il fallait etriper le dernier RPR avec la derniere faucille du PC, et pendre le dernier PS avec les tripes du dernier UDF. Dis en termes a peine plus subtils c’etait a peu pres ca. Tous des vendus de toute facon...

Peut-etre que ca lui soulage les intestins, mais moi ca me fatigue et ca m’ennuie.

Je ne dis pas que je n’ai jamais aime Charb, il m’a bien fait marrer, surtout ses dessins, et puis il dit aussi des trucs justes, mais ses poses hebdomadaires de revolte pur-et-dur 24h/24 ont fini par m’agacer. Je l’imaginais devant sa feuille blanche, chaque semaine, pondant sa radicalite de commande. Radical, forcement radical, c’est ce que le public attends, c’est ce qu’il reclame...

Surtout que je me doutais bien qu’il ne vivait pas en coherence avec son prechi-precha, et de fait il parait qu’il va entre autres dessiner sur Canal+ (c’est ce qu’on m’a dit, je ne regarde pas trop cette chaine).

Je prefere mille fois Sine, qui dit lui aussi merde a tout, mais a conscience de ses contradictions et a l’intelligence de ne pas trop se prendre au serieux.

De maniere generale, je n’aime pas les doctrinaires trop convaincus d’avoir raison, ils me font un peu peur sur les bords.

Amicalement,

calvz

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> Radicalisme à deux balles, Anonyme anonyme, 3 février 2001

Bon, un petit dernier message, et on arrête de parler de Charlie Hebdo, on va finir par devenir une sucursal...

" De maniere generale, je n’aime pas les doctrinaires trop convaincus d’avoir raison, ils me font un peu peur sur les bords."

D’accord, mais est-ce vraiment le cas ici. Il y a certe un peu de ça dans certains dessins de Charb, mais il me semble qu’il y a aussi beaucouo d’auto-dérision.

Le fameux "pendons, etc." m’a beaucoup fait marrer. Ca exprime bien l’impossibilité que l’on ressent à pouvoir changer les choses, l’incompréhension face aux conservatisme de beaucoup, et ça relativise ce sentiment d’exaspération qui vient au militant après 10 jours de grève sans que les médias aient parlé une seule fois du fond du problème qu’il crie dans le désert, et donc ça fait rire... au dépend même du dessinateur qui s’est laissé allé à exprimer sa colère improductive. Donc c’est de l’autodérision.

C’est de l’humour pessimiste, excessif mais j’adore. Même si politiquement je prefère les actes qui construisent, même petits, au discours qui ronchonnent, même grands.

Si c’est pas de l’argumentation à deux balles ça, je veux bien me faire moine dans une startoooop !

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> Excommunications comminatoires
1er février 2001, message de Orthie
 
Enfin, un rédacteur du Minirezo : Calvz, remet les pendules à l’heure et recentre le débat qui était en train de dériver dangereusement et d’une manière totalement intolérante sur les prises de position de Philippe Val sur le web. Les dérives sur ce site était tellement importantes que l’on en est venu à parler de "l’affaire Val". Ah bon ! Il y a une "affaire" Val ? qu’a t-il fait de si grave pour qu’on lui tape dessus à bras raccourci ? N’est-ce pas Arno ? N’est-ce pas Marc Laimé ? Que lui reproche t-on ? D’être un traître ? De s’être vendu aux puissance d’argent ? D’avoir fait un pacte avec Vivendi ? D’avoir introduit de la pub dans Charlie ? D’avoir complètement changé sa ligne éditoriale ? D’avoir critiqué le web par des propos outranciers ? C’est un peu comme s’il se retrouvait devant un tribunal révolutionnaire, que dis-je, devant un tribunal bolchevique qui lui reprochait ses activités anti-révolutionnaires et bourgeoises. Franchement, messieurs, ne trouvez-vous pas que vous en faites un peu trop ? Qu’est-ce qui vous dérange en Philippe Val ? Peut-être justement qu’il dérange et qu’il est un empêcheur de tourner en rond. Et je trouve qu’il n’a pas tort quand, dans son dernier édito, il dit que toucher au web c’est comme toucher au sacré. La polémique avec lui, et qui a gonflé exagérément depuis, a commencé en effet avec l’apparition d’une petite pub dans Charlie pour le compte de Libé, appelée pudiquement troc. Il est vrai que cette annonce à l’habillage trompeur en a ulcéré plus d’un, dont moi-même. J’ai réagi très vite en envoyant un texte à Minirézo comme Arno, comme Laimé, comme d’autres, plus un directement à Philippe sur son E-mail pour lui dire ce que j’en pensais. La semaine suivante, Philippe en ajoute une couche dans Charlie en s’attaquant de front et d’une manière outrancière aux internautes en les traitant de tarés, de mégalos, etc... Et là, certains rédacteurs du Minirezo s’en emparent pour le démolir. C’est vrai, les propos de Philippe Val ne font pas dans la dentelle en bon provocateur qu’il demeure ; c’est vrai qu’il parle de quelque chose qu’il ne connaît pas très bien et dont il se méfie énormément : le réseau internet. Et il développe son idée sur le sujet dans le Charlie de cette semaine d’une manière plus réfléchie. A t-il tort ? A t-il raison ? Là n’est pas le problème. Chacun doit être libre d’exprimer son opinion, et la pensée de Val est libre, en dehors de tous clans et de toutes chapelles. Grâce à cette liberté de parole, le débat peut avoir lieu et s’élever. En tout cas, il me fait réfléchir, me questionne. C’est déjà formidable ! Qu’apporte Internet de plus dans la communication et le savoir ? Pour moi, c’est un outil que j’apprécie car je peux y puiser des informations très intéressantes, je peux lire des articles de journaux ou revues sans avoir besoin de les acheter et garder un contact régulier avec les réseaux militants dont je fais partie. Je suis ainsi au courant d’événements ou d’actions dont les médias en général passent sous silence. Pour tout cela, oui, j’apprécie cet outil. Mais il est vrai, et pour en revenir à l’article de Calvz, que cela représente en gros 1% de la fréquentation d’Internet et que les 99% restant se déversent sur des sites d’une médiocrité et d’une nullité effarante et qui sont entre les mains des marchands, des publicitaires et de la marchandisation de la culture. Et alors ? ce n’est pas pour cela que je vais me déconnecter d’Internet, ce n’est pas non plus parce que la téloche nous sert en général de la merde que je vais casser mon poste, ce n’est pas non plus que la plupart des magazines et revues sont pour moi sans intérêt que je vais demander à ce qu’on les brûle. La démocratie, c’est aussi accepté qu’il y en ait pour tous les goûts, même si certains sont répugnants. La grande masse des citoyens cautionnent ce système, sinon il aurait disparu depuis un bon moment. C’est un constat. C’est toujours une minorité qui agit, qui s’expose qui essaye d’éclairer et d’éveiller la masse endormie.Et on peut effectivement parler d’une élite. Tout cela pour dire que je ne suis pas sûr que le web soit un espace de liberté et d’émancipation. En tout cas, ce n’est pas devant son ordinateur que l’on va changer le monde. Val pose une bonne question quand il parle du problème de l’anonymat. En effet, n’importe qui peut dire n’importe quoi et profiter de cet anonymat pour cracher sa haine, son mépris en insultant l’autre, en le dénonçant. C’est facile car on ne prend aucun risque. Mais il ne faudrait pas croire que cet anonymat est propre au web. Les grandes sociétés capitalistes sont anonymes et tous ceux qui agissent dans l’ombre. Les journalistes comme les écrivains ne s’en privent pas en prenant un pseudonyme quand ils veulent se protéger. Internet n’est que le reflet de cette société marchande et du spectacle : une grande masse de médiocrité et de nullité pour un tout petit pourcentage de qualité et d’innovation. Libre à chacun de faire le tri. Quant à Charlie hebdo, je continue à l’acheter car il fait partie de ces rares journaux qui restent indépendants, et si je ne suis pas toujours d’accord avec Philippe Val, j’apprécie néanmoins sa verve et ses idées.
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> Excommunications comminatoires, calvz, 1er février 2001

Merci beaucoup pour les fleurs, mais j’ai toutefois quelques reserves sur ta contribution.

1) Le chiffre de 99% de sites nuls me parait excessif. C’est une necessite ineluctable, Lirresponsable ne me contredira pas, que de rappeler la subjectivite de la nullite desdits sites. Mais meme s’il y a beaucoup de sites nuls, certainement une majorite, il y a quand meme aussi pas mal de sites valables qui ne pretendent pas pour autant etre les precurseurs de la restauration democratique. A mon avis plus d’1% malgre tout.

2)Il faut bien reconnaitre que Val a dit de fameuses conneries, et il etait juste qu’il fut contredit. L’article de depart d’Arno sur le co-branding n’etait pas excessif. Libe est un journal que je n’aime pas, dont je me mefie beaucoup plus que du Monde ou du Figaro qui au moins n’ont pas de pretentions gauchisantes et annoncent plus ou moins honnetement la couleur. Son association avec Charlie n’augure effectivement rien de bon.

Les fourvoiements de Val ne justifient pas les derapages ulterieurs du minirezo, mais ces derniers ne doivent pas davantage conduire a un acquitement total du redac-chef de Charlie. On peut critiquer l’un sans absoudre l’autre et inversement.

3) Tu t’emballes a tort sur l’anonymat. Il est tout relatif sur le net. Lirresponsable (sur le minirezo) et d’autres (voir le lien de ma note de bas de page) ont pris avec raison sa defense.

De plus, on oublie trop souvent qu’anonymat et pseudonymat, ce n’est pas la meme chose.

Ce que dit Lazuly par exemple, tout pseudonymeux qu’il soit, a plus de poids que ce que dit le premier surfeur anonyme venu, parce que la qualite generale des chroniques de Lazuly lui a permis d’acquerir avec le temps un joli capital symbolique (et de confiance), encore renforce par la publication d’un de ses articles dans l’empyree intellectuel monde-diplomatiquien.

Je vois mal Lazuly recommencer a zero sous un autre pseudo, ou detruire son capital de sympathie en repandant des rumeurs infondees sur la coprophagie pedophilique de Jean-Marie Colombani.

Comme quoi le pseudonyme devient vite aussi, sinon plus attachant et contraignant que le nom veritable.

Amicalement,

calvz

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> Excommunications comminatoires, Orthie, 2 février 2001

Je le reconnais, j’ai été un peu excessif sur le pourcentage de médiocrité et de nullité que l’on trouve sur internet. Je le ramène donc à la baisse, soit 9 points de moins, et je dois, à mon avis, ne pas être loin de la réalité.

Cette médiocrité n’est pas le propre d’internet, elle est répandue dans tous les médias comme je l’ai dit, et le web n’échappe pas à la règle de la société marchande où tout ne devient qu’un produit, et qu’un bouquin ou une toile de maître se vendent et s’échangent comme un paquet de lessive.

Ce processus n’est pas nouveau, mais il tend à s’aggraver.

Quant à l’anonymat, j’ai bien conscience qu’il est relatif sur le web comme il peut l’être d’ailleurs sur tous les autres organes de communication où s’exerce un contrôle et une censure renforcée. Notre ordinateur est un véritable espion qui peut servir à tous moments aux R.G., car la moindre opération que l’on effectue est mis en mémoire. Et j’en viendrais à prendre pour mien cet aphorisme : "Pour vivre heureux, vivons cachés."

Dans le monde orwellien où nous sommes, mieux vaut se protéger et donner la moindre prise à la surveillance audio-vidéo et informatique. Je suis tombé l’autre jour sur une émission de jacques Chancel sur France-Inter, lequel recevait, pour parler de son nouveau roman, l’écrivain Pierre Assouline que je n’ai jamais lu, mais il a dit quelque chose que j’ai trouvé très juste au sujet, justement, de cette surveillance qui quadrille notre vie : " Jamais l’homme ne s’est senti aussi libre alors que, paradoxalement, il n’a jamais été autant asservi. (...) Il n’y a plus que deux sortes d’individus : les surveillants et les surveillés." Sur le web, l’individu peut, effectivement, se sentir libre, mais c’est une liberté où il est seul et atomisé, et en plus espionné à tous moments. Tout cela ne remplacera jamais ni l’échange, ni le partage, ni la solidarité, ni la coopération, ni l’amour. Les luttes et les actions concrètes ne peuvent se faire qu’ensemble et sur le terrain.

Par contre, et pour en revenir à l’anonymat, quand on s’adresse à quelqu’un ou à un journal, il me paraît normal de dévoiler son identité. C’est une question d’honnêteté. Il faut avoir le courage de ses idées comme de ses actes.

Pour finir, un reproche à te faire, cher Calvz : Comment peux-tu mesurer l’intelligence de quelqu’un ? Je serais bien curieux de l’apprendre. Cela dénote en tout cas une certaine suffisance et prétention de ta part.

En toute amitié.

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> Excommunications comminatoires, calvz, 2 février 2001

Je ne crois pas avoir jamais mesure l’intelligence de qui que ce soit. Je me suis bien garde de citer le moindre pourcentage, et j’ai rappelle la subjectivite des avis, sur les sites comme sur le reste. Je n’ai fait que rectifier des chiffres et arguments inexacts.

Amicalement,

calvz

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> Excommunications comminatoires, Orthie, 3 février 2001

Mon cher Calvz, tu n’as pas compris ou tu n’as pas voulu comprendre à quoi je me référais quand je te reprochais de prétendre mesurer l’intelligence de quelqu’un. Il serait bon alors que tu relises ton texte, ça peut servir... Je faisais allusion à l’intelligence moyenne que tu attribues à Philippe Val. Tu te rappelles, maintenant ?

En toute amitié

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> Excommunications comminatoires, calvz, 3 février 2001

Aaaah. Ca. Bah je me base sur les dizaines de Charlie lus, edito de Val compris, a l’epoque ou j’achetais encore le Charlie tous les mercredis.

Amicalement,

calvz

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> C’est un pseudo Lazuly ?, Anonyme anonyme, 3 février 2001

Et si des petits malins s’amusaient à faire du outing de pseudo, ce serait bien désagréable. A toulouse, il y en qui connaisse Oncle Bernard, l’économist man. Tralala. En fait un pseudo c’est moins une façon de se cacher, que de revendiquer un droit à la différence entre soi et soi même, et d’utiliser ce droit. Ah ah ah, faut bien ça, pour gérer quelques contradictions inhérentes à toute vie en société, surtout la notre.

Pour ceux qui comme moi n’avait pas lu l’article du monde diplo de Lazuly, et que cela intrigue, Youplabadaboum, voilà un petit raccourci :

 
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cher Elévateur de débats,
1er février 2001, message de chienfou
 

j’ai bien grillé 12 neurones sur ton article, et autant sur le débat qui l’a suivi.

Bon, tout ça est très bien, mais j’ai une question-argumentatoire... M’enfous, je néologise si je veux, ne ne connais pas ce monsieur Littré. Bien. Ton article est paru le 30. J’écris le 1er février. Entre temps, 2 fois 24 heures. 48. Si. J’ai pas compté le nombre de signe que tu as produit, mais c’est énorme. Tu peux gagner des sous avec ça. Ma question porte sur la nécessité de ce temps passé : même si 1/10 d’auto dérision permet de relativiser un peu, est-ce que tu ne penses pas que tu pourrais t’en servir plus utilement, dans le sens de tes idées ? Je te sors pas tout à fait le "c(est de la branlette neuronale" ni "eh, si tu veux agir, faut sortir de chez toi, ou de ton bureau". Pas tout à fait, dans le sens où ma question est plus personelle que moralisatrice. Ta production, toute pleine de choses bien dites et bien pensées qu’elle soit, prouve par son rapport quantité/efficacité qu’il y a bien un rapport encore mal défini au net et à ses espaces d’expression libre...

Je pourrai dire detes interventions ce que je pense aussi de la mienne : elles n’ont de justification que leur propre éxistence : "rien n’a d’importance, sauf moi, pour moi"... Je ne te juge pas, et je sais que ces débats, même s’ils concernent très peu de gens, même s’ils n’engendrent rien qu’eux même, ont une autre portée... Mais celle-ci me semble encore en gestation... Comme le sens de ce que je viens d’écrire, pour être honnête je ne sais pas très bien où je vais. Ce qui, face à certains interlocuteurs des plus militants qu’on voit peu ici, est une qualité...

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> cher Elévateur de débats,, calvz, 1er février 2001

"J’ai pas compté le nombre de signe que tu as produit, mais c’est énorme. Tu peux gagner des sous avec ça."

S’il suffisait d’aligner des signes pour gagner des sous...

"Ma question porte sur la nécessité de ce temps passé"

D’abord je crois que tu exageres le temps passe sur tout ca, justement. J’ai la chance d’ecrire assez vite. Le texte lui-meme a ete redige dans la nuit de dimanche a lundi, et propose a la publication lundi soir. L’un dans l’autre, relecture et mise en ligne comprises, je n’ai pas passe plus d’une douzaine d’heures dessus. Comme je ne publie pas un texte pareil toutes les semaines, ca n’est pas un gros boulet dans mon emploi du temps.

Depuis je ne fais guere que perdre deux trois heures par jour a la bibliotheque pour discutailler en forum, j’aime bien le concept, ca ne me coute rien et c’est sur mon chemin.

Tout ca ne m’empeche pas de lire des bouquins, de nager un peu, de jouer aux echecs et de me promener en revassant dans le jardin botanique local, toutes choses auxquelles je t’avouerai consacrer plus de temps qu’a la militance politique concrete, meme si on ne manquera pas d’en tirer avantage pour m’accuser de sociale-traitrise rampante.

Par contre ce qui est certain c’est que si je tissais du lien social avec vous quotidiennement pendant des mois, mon temps n’etant pas extensible a l’infini, j’aurais moins l’occasion de tisser du lien social avec mes Vrais Amis de la Vraie Vie Reelle, ce qui serait tout de meme regrettable.

D’un autre cote mes Vrais Amis ne m’invitent pas sur la cote d’azur.

"je sais que ces débats, même s’ils concernent très peu de gens, même s’ils n’engendrent rien qu’eux même, ont une autre portée"

Faut voir, meme cela n’est pas sur...Comme dirait Grosse Fatigue, au pessimisme encore plus exacerbe que le mien, "[on] se megalomanise, [on] se celebre, [on a] l’impression, ca [nous] occupe".

"pour être honnête je ne sais pas très bien où je vais."

Moi non plus, ca nous rapproche.

Amicalement,

calvz

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> Excommunications comminatoires
31 janvier 2001, message de Laurent Martinez
 

Salut Calvz ! (c :

Je veux simplement m’associer aux messages de Riki Leroquet et de Lirresponsable pour dire également que j’aime vraiment ton texte calvz, que tu as raison mais...

Tu te défends d’être résigné ! Alors je ne comprends pas ton intention. Je ne vois pas ou tu mènes ton chemin de raisons... Moi je le vois tomber dans un gouffre noir, c’est juste ma vue...

Il y a toujours un objectif ( même dans le subjectif nul de l’homme à la chemise mouillée ) et si le tien n’est pas d’exprimer la résignation, la seule autre possibilité que j’imagine est "d’avoir raison" et, justement, tu as raison.

Dans les deux cas, ça n’apporte pas beaucoup globalement. Ok, spécifiquement, ça remet en place des détails qu’il fallait remettre en place, mais tu pouvais placer le tout dans un enrobage différent.

Les défauts que tu pointes, tu les sors du contexte alors qu’ils se plaçaient dans un débat contre des arguments qui conduisent à des dangers bien plus réels que tu sembles l’imaginer (la co-régulation, c’est pour ce trimestre). Même si c’est intéressant, je ressens toujours un malaise devant quelqu’un qui observe cyniquement les autres se "battre" et relève leurs erreurs dans un rapport qui n’a pas de tenant ou d’aboutissant.

Heureusement, il y a une limite à la raison et au réalisme : c’est le présent. Au-delà, nous imaginons le futur et il n’appartient pas à la réalité, donc pas au réalisme. Le futur n’est pas, il n’est donc pas raisonnable ! Il sera ce qu’on en fera et il se trouve qu’il sera ce qu’en feront surtout des minorités ultra-minoritaires, voire seulement un individu. Du passé, je prends pour exemple : Gandhi, ou Un homme qui disait "I had a dream", ou Une femme qui asseyait sa couleur dans un bus interdit, ou Un juge qui rend une vraie justice malgré les risques pour sa personne... mais aussi Hitler...etc. Bref, c’est pas tes 99% dont tu fais tout un débat qui changent le monde mais les 1% ! Je vois cette vérité comme historique ! J’ai tendance à désirer donner au futur plus de moyens à des Gandhi qu’à des Hitler... c’est viscéral et c’est aussi simple que ça. Y’a dû avoir un gros paquet d’intellos qui prévoyait le futur de l’Inde pendant qu’un petit mec pied nu a réalisé l’impossible, l’imprévisible, le non-planifié, le naïf...etc.

Un autre fait est qu’Internet offre un potentiel nouveau. Qu’il soit utilisé ou pas, ce potentiel existe ! Tu verras, un jour quelqu’un s’en servira pour changer le monde. (c ; Essais de faire en sorte que ce soit Toi, c’est tout ce que tu peux faire... et "tout", c’est beaucoup ! (c ;

A. Enstein disait que l’imagination est plus importante que le savoir... Gandhi disait quoique tu fasses, ça n’a aucune incidence, mais c’est très important que tu le fasses...

Voilà tout simplement pourquoi si tu as raison dans le présent, je pense humblement ( une valeur qui te manque peut-être ) que tu as tort de prendre le réalisme comme un procédé divinatoire. (c ;

Humainement...

PS : Je suis également choqué que l’on touche à ce point à la rédaction d’un auteur sans son consentement. Je crois que c’est le symptôme d’un problème grave qu’il ne faudrait pas laisser grandir. (c ;

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> Excommunications comminatoires, calvz, 31 janvier 2001

"Tu te défends d’être résigné ! Alors je ne comprends pas ton intention. Je ne vois pas ou tu mènes ton chemin de raisons... "

Ca sert, comme je le disais a mon camarade Lirresponsable, a ne pas repondre a des conneries par des betises, et donc a ne pas desservir La Cause(tm). Si on veut lutter, a quoi bon se discrediter face a l’adversaire avec des arguments qui n’en sont pas ?

Encore faut-il voir si j’ai raison. Sans vouloir jouer au prophete (hehe), je suis pret a parier qu’un article bien ficele ne va pas tarder a apparaitre pour vous prouver par A+B que j’ai tort.

"Au-delà, nous imaginons le futur et il n’appartient pas à la réalité, donc pas au réalisme. Le futur n’est pas, il n’est donc pas raisonnable ! Il sera ce qu’on en fera et il se trouve qu’il sera ce qu’en feront surtout des minorités ultra-minoritaires, voire seulement un individu. [etc]"

C’est justement pointe et noblement dit. Je ne peux qu’approuver.

calvz

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> Excommunications comminatoires, Laurent Martinez, 31 janvier 2001

Ca sert a ne pas repondre a des conneries par des betises, et donc a ne pas desservir La Cause(tm).

A ce moment là, j’ai déjà répondu : « Ok, spécifiquement, ça remet en place des détails qu’il fallait remettre en place, mais tu pouvais placer le tout dans un enrobage différent. »

Je visais davantage cet enrobage que tes points de détails si pertinents que personne d’objectif ne les a remis en cause.

Et je suis fouineur, sans doute trop, mais ’doit bien y’avoir aussi une raison à l’enrobage, tout à une raison... Cette raison m’intéresse davantage que critiquer ton très bon texte. (c ;

Humainement, Laurent.

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> Excommunications comminatoires, calvz, 31 janvier 2001

"Et je suis fouineur, sans doute trop, mais ’doit bien y’avoir aussi une raison à l’enrobage, tout à une raison"

Mon amour pour la polemique, peut-etre...

En fait, je ne suis pas sur de bien voir ce que tu entends par enrobage. Si tu veux parler du leger cote satirique et jusqu’au-boutiste du texte, tu tiens ta reponse.

Amicalement,

calvz

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> Excommunications comminatoires, Laurent Martinez, 31 janvier 2001

En fait, je ne suis pas sur de bien voir ce que tu entends par enrobage. Si tu veux parler du leger cote satirique et jusqu’au-boutiste du texte, tu tiens ta reponse.

C’est plus concret que ça. Autour des erreurs que tu pointes, les fameuses "bétises contre les conneries", il y a tout un contexte argumenté dans ton texte et surtout orienté « bah ils ont presque raisons ceux qui disent des conneries quand même, les 99% sont nuls. ». Y’a un fil conducteur et il mène à « Internet génère des fantasmes innombrables, fausses lumières dans la nuit de l’avenir. ». Ok, la toute fin convient bien qu’il faut quand même se battre, mais là où tu appelles à la méfiance, moi je pousserai plutôt à se que les fameux 99% se bougent un peu plus le cul ! (c ;

Là où, je ne suis pas le seul à l’avoir ressenti ainsi, tu colles de la résignation et du réalisme divinatoire ( ceci dit, ’content que tu approuves (c ; ), moi j’aurais plutôt poussé à l’enthousiasme.

Qu’est-ce qu’on risque à part la déception et encore, y’a un remède efficace à la déception, toujours conseillé par notre homme rêveur aux pieds nus : « On trouve la joie dans la lutte, dans l’effort et la souffrance qu’elle exige, plutôt que dans la victoire elle-même. »

(c ;

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> Excommunications comminatoires, calvz, 31 janvier 2001

"Là où, je ne suis pas le seul à l’avoir ressenti ainsi, tu colles de la résignation et du réalisme divinatoire ( ceci dit, ’content que tu approuves (c ; ), moi j’aurais plutôt poussé à l’enthousiasme."

C’etait un peu inevitable que cela soit ressenti comme ca : lorsque tu fais un texte pour relever ce qui a ton avis ne marche pas, il s’en degage presque inevitablement un petit cote requisitoire defaitiste. Je n’avais pas envie non plus de me fendre de trois paragraphes "youkaidi youkaida mais ne perdons pas espoir" pour contre-balancer cet effet.

Ensuite il me semble que c’est toi qui colle du realisme divinatoire sur tout ca. Meme si j’ai du employer des mots forts genre prophetiser, ineluctable etc, il va de soi que tout cela n’est que mon avis et il faudrait etre demeure pour l’oublier. Je ne peux pas rajouter une note a la fin de chaque chapitre pour le rappeler, il me semble que cela va de soi :-)

Or je ne suis pas plus qualifie qu’un autre pour jouer les Tiresias. Si quelqu’un prend mon texte pour parole d’evangile, j’en suis bien desole pour lui, mais c’est qu’il n’est pas muni d’un sens critique(tm) en bon etat de marche.

Amicalement,

calvz

Répondre
> Excommunications comminatoires, Laurent Martinez, 1er février 2001

Salut ! (c ;

Par "réalisme divinatoire", j’entends l’art de prolonger la réalité présente dans le futur ( en omettant les événements imprévisibles et inimaginables qui viendront forcément tout bouleverser ). En général, les gens font ça pour tenter d’expliquer qu’une solution ne marchera pas ( ou marchera ), ou pour tenter de montrer la noirceur ou la lumière d’un futur inévitable.

Je n’ai jamais considéré ta parole comme celle d’évangile ( de toute façon, ça n’aurait fait que réduire davantage sa valeur (c ; ) et je n’ai jamais considéré ton avis comme absolu.

Encore une fois, je ne souhaite pas critiquer ton article (ou ton opinion), mais simplement tenter de te faire participer à mon actif enthousiasme. (c ;

Si c’est important que j’essai, c’est pas important que je t’en convaincs ! (c :

Humainement...

Répondre


> Excommunications comminatoires
31 janvier 2001, message de Roland Trique
 

Salut !

J’aime bien ton papier, c’est de la bonne nourriture pour les neurones.

N’empêche qu’il y a un point à côté duquel tu es passé, et de loin : l’Internet n’est pas analogue à un média de masse, et cela fait toute la différence. En termes techniques, on peut dire que l’Internet est une expression du paradigme de complexité, tandis que les médias de masse tiennent essentiellement du paradigme réducteur/disjonctif (ce sont les termes d’Edgar Morin, si ma mémoire est bonne).

Du coup, une bonne partie de ton analyse est parfaitement correcte : l’arrivée massive de consommateurs sur le net provoque une belle pagaille (c’est par exemple ce qu’on appelle le septembre noir), et effectivement les étudiants qui débarquent sur le net commencent par aller visiter des sites idiots, puis ils se mettent à chatter de très longues heures. Mais on ne peut pas en inférer grand chose sur la suite des événements. Or, c’est ce que tu fais allègrement, et tu te prends malheureusement les pieds dans le tapis.

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> Excommunications comminatoires, 31 janvier 2001

C’est épatant : c’est très exactement l’argumentation dénoncée dans le texte d’hier "Val et Wolton font du bateau". La forme est différente que les élucubrations de Val et Marcelle, c’est c’est le même fond dangeureux. Le pointage des approximations de Marc Laimé et Arno c’est amusant, mais ça n’enlève rien au fond, qui est malsain :

(1) Les gens sont des cons. Ils regardent TF1 plutôt que lire la Critique de la Raison pure, c’est bien que c’est des cons. Marrant dans les forums : il suffit de dire que les autres gens sont des cons pour qu’une tripotée d’abrutis trouvent que c’est très pertinent.

(2) Donc : Plus il y aura de gens sur le net, plus il y aura de cons. Et confusion "élite-rareté" (il y a plus de lignes de téléphone dans la ville de NewYork que sur l’ensemble de l’Afrique : l’usager du téléphone à New-York est-il une "élite" ?). Tiens : l’internet c’est l’élite parce que tout le monde ne l’a pas ; mais quand tout le monde l’aura ce sera totalement nul (préservons notre statut d’élite).

(3) Les gens sont cons, donc leurs sites sont nuls. Là, j’aime beaucoup la séparation web indépendant contre web militant. Ce qui revient à dire que seuls les militants, dans la "vraie" vie, seraient utiles à la démocratie (on se demande pourquoi ceux qui n’ont aucune activité politique militante ont encore le droit de vote). Tu n’aimes pas Vakooler, donc c’est pas militant. Tu aimes Grosse fatique, donc c’est du web militant.

(4) Donc c’est logique : le fait que ces gens ne puissent plus s’exprimer librement sur le réseau ne te choque pas. C’est la conclusion toute logique : « Un contrôle centralisé de l’information à l’échelle mondiale par des journalistes » (Wolton), "ça ne mange pas de pain". Ben voyons !

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> Excommunications comminatoires, Roland Trique, 31 janvier 2001
A qui est-ce que tu parles exactement ? J’ai pas trop compris, là...
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> Excommunications comminatoires, 31 janvier 2001

"Donc c’est logique : le fait que ces gens ne puissent plus s’exprimer librement sur le réseau ne te choque pas."

Sans parvenir a l’exprimer de facon aussi claire malgre mes efforts, c’est tout a fait ce que je voulais dire. D’ailleurs, c’est logique. Ahem.

Et rebelote sur le meme argument : si tu dis ca, alors c’est que t’es contre le suffrage universel et c’est pas bien. Haro sur le vilain.

Pour jouer ton petit jeu de generalisations foireuses et d’extension du domaine de la pensee des autres, si 100% des gens sont competents, on peut revenir au tirage au sort des elus publics a l’athenienne alors ? C’est ca que tu revendiques au fond pas vrai ?

Je vais passer sur ces extrapolations ainsi que sur les interpretations et intentions que tu me pretes. Visiblement tu as plus survole le texte que tu ne l’as lu.

Ce qui me frappe surtout, et je ne doute pas que ce sera le noeud central des reponses de mes detracteurs, vu que c’est le plus repandu et le plus facile, c’est l’habituelle difficulte des bourgeois de mauvaise foi a admettre que le monde n’est pas comme ils le voient.

Il y a quelques annees, au cours d’une soiree arrosee dont je tairai les details, j’avais baptise ca le syndrome prof d’unif.

Les profs d’unifs sont tres majoritairement issus de la moyenne ou haute bourgeoisie. Ils y ont passe toute leur enfance. Une fois leur these passee, comme avant, ils frequentent des gens du meme milieu. Sauf quelques rares lucides, apres quelques annees ils sont completement coupes du monde et incapable de voir qu’il n’est pas comme leur famille, leurs amis, ce petit cercle de gens malins qu’ils ont toujours connu. Ou alors ils l’ont bien compris mais ils n’osent pas trop l’avouer, si ce n’est en filigrane de leurs analyses dans leurs bouquins de plus de 800 pages.

Les pionniers du net c’est un peu pareil. Ils ont l’habitude de vivre dans un monde ou les gens font des raisonnement plus ou moins malins, ont un peu de sens critique et soumettent des textes sans trop de fautes d’orthographes. Alors c’est devenu le profil type de l’internaute pour eux, et toujours pour les moins lucides, un possible changement est difficile a accepter.

"Les gens ne sont pas des cons". D’abord je n’ai jamais dis que les gens etaient des cons, mais glissons. Resumons mes 5 pages de textes a ce seul argument pour les amateurs de pensee schematique.

(Qu’il me soit permis ici d’utiliser le malhonnete procede de la discussion imaginaire justement denonce dans le papier collectif sur Val. Je vais etendre ce que j’ai deja dit sur la tele a d’autres choses, meme si on persistera surement a me dire que pour des raisons brumeuses avec Internet ce sera tout different.)

Les premieres radios de France sont Skyrock, Fun radio et RTL. Il y a pourtant d’autres radio disponibles, comme France Culture, que les gens ecoutent beaucoup moins. Qu’est-ce que tu dis de ca ?

"Que les gens ne sont pas des cons". OK.

Les bouquins de Paulo Coehlo sont des best-sellers, et rares sont les livres vraiment bons qui figurent dans le top 10 des ventes. Le succes des livres de Comte-Sponville tendrait meme a prouver que les CSP+ sont elles aussi composees d’un fameux quota de cons. Qu’as-tu a y repondre ?

"Non non, les gens ne sont pas des cons". Ca roule ma poule.

Les films hollywoodiens mediocres sont ceux qui ont le plus de succes. Il y a pourtant de bien meilleurs films, mais curieusement, par gout du mystere sans doute, les realisateurs persistent a les diffuser dans de petits cinemas au public clairseme, dont la plupart disparaissent d’ailleurs peu a peu. Ton avis eclaire ?

"Les gens ne sont pas des cons. Espece d’intello elitiste !". Bien bien.

En fait il n’y a rien a repondre a cela, si ce n’est qu’il faut savoir reconnaitre les faits sans pour autant baisser les bras ni sombrer dans le mepris envers son prochain, qu’il s’agit plutot d’aimer comme soi-meme je vous le rappelle.

Mais c’est vrai que rappeler ce genre de faits dans une conversation, c’est d’assez mauvais gout, et puis on risque d’etre accuse de mepris de classe. Mieux vaut fermer sa gueule et parler de Debord avec des petits sourires entendus.

Calvz

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> Excommunications comminatoires, Roland Trique, 31 janvier 2001
Y’a une très vieille histoire, vraiment très vieille... Autrefois, cela faisait cultivé de la méditer un peu. Maintenant, on regarde la télé ou on lit des bouquins où y’a pas d’images. Cette histoire parlait de "paille et de poutre"... Je sais pas si ça vous dit quelque chose, vous tous ?
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> Excommunications comminatoires, 31 janvier 2001
Si bien-sûr ! Une excellente série des Nuls, à moins que je confonde avec "la grange et la paille"... Enfin, il y a eu "le plat de lentilles II", "le bon grain contre l’ivraie, le retour", puis "le laboureur et ses fils contre l’homme de picardie". C’est vrai qu’il y a avait de bonnes séries dans le temps.
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> Excommunications comminatoires, calvz, 31 janvier 2001

Dans le meme registre il serait regrettable d’oublier "La Paille et le Grain", excellent ouvrage de Mitterand Francois, surtout sous hallucinogenes.

calvz

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> Rêvons un peu
30 janvier 2001, message de Riki Leroquet
 

Ami Calz 2001,

Le problème de ton article est qu’il est trop juste. Trop cultivé. Trop intelligent. Et pas assez poétique.

Gamin, j’ai mouillé ma chemise dans l’aventure des radios libres. Après Radio Sidharta et avant Radio Ivres, j’ai participé à la création de Radio Le Temps des Cerises (sic) où j’ai animé une émission nulle dénommée Subjectif Nul. On y faisait du Minirezo joliment bavard et de l’underground musical. Puis ces radios à refaire le monde sont mortes de la course à la puissance d’émission, du pognon princier, de la rareté des fréquences et du coup de pouce vicelard de l’Etat et de son valet CSA.

Aujourd’hui, le Net a deux avantages majeurs par rapport à la bande FM :
-  La place potentiellement infinie au contraire de l’extrême rareté des fréquences ;
-  Les liens hypertexte, extension électronique du bouche-à-oreille qui permet à des sites sans le sou mais ouverts à tous vents d’exploser leur audience là où de gros machins fermés payent des millions en campagnes de pub pour un résultat parfois médiocre.

C’est pour cette raison qu’il est plaisant voire utile de s’aveugler quelque peu avec les zozos d’Uzine, de rêver avec eux et bien d’autres, de croire encore à l’impossible, à la chance de convaincre nos co-citoyens de prendre en main leur destin. Contre les politicards et les managers.

Uzine se trompe ? Et prend ses lubies télévisuelles pour ses lanternes net-autogestionnaires ? Et alors ? Si c’est pour qu’UNE lubie télévisuelle se transforme soudainement en lanterne net-autogestionnaire, ce n’est déjà pas si mal, non ? C’est en rêvant que nous transmettons à d’autres des graines de révolte ou de poésie. Et c’est aussi en riant violemment des crétins d’officine ("encartés !") que nous ouvrons d’autres voies. Par l’hypertexte, nous toucherons beaucoup de classes moyennes et supérieures, certes, et tant mieux. Mais il ne tient qu’à nous de porter ces paroles et d’agir aussi dans la rue, le lycée ou même l’entreprise, avec AC, ATTAC, mes voisins de palier et le bon vieux paysan de la Bretagne de ma compagne. Au pire, cela nous fera plaisir, gamins que nous sommes restés. Au mieux, nous ferons réfléchir UN quidam inattendu. Ou deux. Et ce sera déjà un changement majeur.

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> Excommunications comminatoires
30 janvier 2001, message de Alex
 

Dans cette réflexion sur le web "non commercial" des notions passent systématiquement à la trappe : la prise de risque dans la critique et la "légitimité de la parole".

Un site "indépendant" ne dispose pas des ressources nécessaires à sa défense. Or la critique, la contestation, bref l’expression publique expose inévitablement les auteurs.

Les magazines comme le canard enchaîné ou charlie-hebdo disposent de ressources leur permettant d’assumer ce risque. Les journalistes encartés sont donc (doublement) chanceux : leur expression est économiquement justifiée ("je m’exprime parce que c’est mon métier") et protégée (la prise de risque est limitée).

La "gratuité" (dans les 2 sens du terme) dans la contestation individuelle contient ses propres limites. Le seul moyen d’y parvenir est d’abandonner le modèle individuel (à un ou à plusieurs) pour basculer dans un modèle associatif permettant d’assumer les risques et de légitimer son expression (qui devient "politique", ouf). Ces limites condamnent l’esprit du web "non commercial" (contestataire ou non) qui se contente de regrouper des expressions individuelles.

Ce type d’arguments ne figure pas dans le réquisitoire haineux de Val. C’est pourtant à mon avis celui qui fixe le mieux les limites de la parole sur le net. D’où le débat sur l’anonymat, qui se greffe parfaitement sur cette problématique : la force de la parole réside dans la capacité à l’assumer. Si juridiquement, par manque de moyens, il est difficile de le faire, la seule solution reste la dissimulation. Et une parole anonyme est a priori discréditée (cf article de Val).

Comme dans le web indépendant cette parole est de plus gratuite, elle ne bénéficie d’aucune légitimité économique et devient par là suspecte (les "tarés" de Val). Le problème de Val (ou "le problème Val") réside dans ce jugement simpliste : l’expression qui procéde du seul désir est fatalement perverse. Le web est aujourd’hui le seul instrument efficace pour assouvir ce désir, donc le web est pervers.

Au fond l’unique message de l’article de Val est celui-là : toute expression individuelle non rétribuée est suspecte. Après tout, de la part de quelqu’un qui vit de ses mots, ce point de vue se comprend.

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> Excommunications comminatoires
30 janvier 2001, message de furax
 

Mais qu’est ce que c’est que tous ces post ados qui viennent dire aux autres comment il faut penser alors qu’ils ont leurs mail chez microsoft ou yahoo merde alors

tu veux un monde propre ? nettoie d’abord tes synapses, les connexions seront meilleures

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Une pépite dans la marmite
30 janvier 2001, message de Bidet Casserole
 

C’est complet, c’est bien vu, c’est bien dit...

La grosse marmite bouillonnante d’uZine m’impressionne par le niveau de ses contributions.

Une petite réserve, toutefois :

"Dire une connerie de temps à autres, au milieu d’une masse de textes corrects, doit-il valoir au responsable d’être excommunié à vie de la communauté des auteurs dignes d’être lus ?"

Il me semble qu’il y a une forte marge entre le "dérapage simple", qui est à la portée de tout le monde et le "dérapage aggravé et significatif" dont Val nous a fait une remarquable démonstration, suivi par son copain de promo Marcelle, qui a imité la figure avec brio.

J’ai vraiment senti chez eux une volonté d’éradiquer par le verbe une réalité qui dépasse leurs capacités de compréhension (et les inquiète à juste titre sur leur avenir professionnel, ton intervention en est une preuve de plus).

Pour le reste, la dérive commerciale prévisible, le devenir du réseau... encore une fois, il n’y aura pas d’autre chose qu’un effet miroir, le web sera encore davantage qu’aujourd’hui le reflet de la société quand il sera devenu un média de masse.

Que fait la grande majorité des futurs zinternautes, les 12/15 ans qui ont accès au web aujourd’hui ? Ils pratiquent des activités à base de chats, de mp3, de sonneries de nokia et autres visites de sites de "fan de", qui les préparent bien davantage à devenir des consommateurs que des citoyens. (Si les millionnaires subversifs qui financent le complot international contre le libéralisme pouvaient créer des sites pas cons pour les zados, il y a sûrement des trucs à faire...)

Ta conclusion (la lucidité ne doit pas mener à la résignation) me paraît quand même un tout petit peu trop résignée. On regrette toujours beaucoup plus de ne pas avoir essayé que de s’être planté.

Grosses bises et encore bravo

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> Une pépite dans la marmite, 30 janvier 2001
La conclusion fait très Monde Diplo, comme le reste du texte, d’ailleurs. Félicitations, il y a pire comme référence, même si c’est un journal assez élitiste, : )
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Des pépites dans la déprime, Yann A., 30 janvier 2001

"Internet génère des fantasmes innombrables, fausses lumières dans la nuit de l’avenir. Rêve pieux d’une expression publique et d’un débat démocratique généralisé, illusion d’une oblativité qui reste toute relative et limitée, mirage de la solidarité, du village mondial, de la prise de pouvoir du citoyen. L’Histoire incite qui sait la lire à se méfier des lendemains qui chantent, ce qui n’exclut pas par ailleurs de se battre en leurs noms."

Pardon de vous le dire, les enfants, mais je ne vois vraiment pas ce que vous trouvez de remarquable dans cet article qui n’est, en bonne partie, qu’une resucée éhontée du papier de Serge Halimi dans le Diplo du mois d̵