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Un, deux, trois, censure
 
dimanche 19 novembre 2000

Travaillez dans la banque, on lira votre mail à votre place !

Qui bloque les courriers électroniques envoyés par Attac ?
par Laurent Jésover
 
Nous savions qu’en Tunisie, mais aussi dans d’autres pays, le droit à l’information et la liberté d’expression n’étaient pas garantis voire même étaient surveillés et sanctionnés. Il existe chez nous, en France en particulier, des endroits où ces droits sont rayés de la carte : certaines entreprises et en particulier des banques.

En triant pour une fois les retours automatiques des courriers électroniques [1] nous avons découvert :

-  From : [postmaster@bnpgroup.com]
-  Sent : mardi 14 novembre 2000 10:26
-  Subject : Your message was blocked.
-  Le message que vous avez envoye de sujet : "[ATTAC] INFO 185 - TOUS LES CONTINENTS" a été bloqué. Ce message a été effacé.

-  From : [postmaster@paribas.com]
-  Sent : mardi 14 novembre 2000 09:21
-  Subject : Your message has been blocked.
-  Your mail message with subject [ATTAC] INFO 185 - TOUS LES CONTINENTS has been blocked by the Paribas Internet Email gateway from being delivered.

Le courrier électronique que vous recevez ne coûte rien à votre employeur. De fait cela peut s’assimiler (et du reste la loi française nous autorise cette comparaison) à ouvrir le courrier papier que vous recevriez avec un peu de vapeur pour s’assurer de ce qu’on vous envoie, puis à ne vous le donner que si le contenu agrée à votre employeur. Il ne s’agit donc pas là d’un détournement du matériel de bureau mais bien d’un acte de censure idéologique et de l’ingérence de l’entreprise dans votre vie privée.

Une certaine logique « sécuritaire » est mise en avant par les entreprises elles-mêmes afin d’arguer le droit au filtrage électronique. Or, en contactant discrètement les personnes en question avec une adresse neutre nous avons utilisé le même format de courrier électronique. Celui-ci a atteint son destinataire qui a pu nous répondre. Le blocage ne tient donc pas aux spécificités techniques du courrier électronique mais bien à son origine.

Le problème est sérieux car plus généralement sans s’arrêter à ATTAC [2] et à notre périodique électronique, c’est le droit à l’information syndicale, politique ou autre qui est mis à mal à l’intérieur de l’entreprise. Nous avions déjà signalé le problème dans le Courriel n°113 (21 février 2000) : « Censure de l’information : agissez ! » Depuis lors il ne s’est évidemment pas arrangé.

L’une des personnes concernées, contactée discrètement, nous a répondu  : « Je n’ai jamais reçu les courriers envoyés, et je n’ai jamais demandé à mon employeur de les bloquer ! La politique de sécurité informatique est très forte ici et ce n’est pas la première fois que cela arrive, je ne suis donc pas particulièrement étonné. »

Vous pouvez vous organiser et contactez l’un ou l’autre des syndicats de votre entreprise afin que tous vos droits de citoyens et de citoyennes soient effectifs à l’intérieur de votre entreprise, en particulier celui de recevoir de l’information sans être « écouté », traqué », « filtré »... Puni ? Peut-être pas encore, mais les geôles de Ben Ali ne se sont remplies qu’après que la censure de l’information a été effective, lorsque la détenir et la diffuser sont devenus un délit. Aujourd’hui à la BNP et à Paribas l’information d’ATTAC et probablement d’autres organisations est censurée alors que librement choisie par des employés. La censure s’arrête au serveur de courrier électronique et ne remonte peut-être pas encore au Service du personnel afin qu’il prenne des sanctions. Demain ?

Merci à toutes et à tous de prévenir nos ami(e)s employé(e)s dans ces banques, et peut-être dans d’autres, qu’ils sont écoutés et filtrés... ce message ne les atteindra pas.

 

[1] (NDLR) Il s’agit des réponses automatiques envoyées par les systèmes de courrier électronique (ici de la BNP et de Paribas) lorsqu’un courrier n’est pas parvenu à son destinataire. Ces réponses signalent le plus souvent une erreur dans l’adresse fournie par l’expéditeur, un problème technique sur le système de gestion des courriers électroniques, ou comme ici l’interception et le refus d’un message.

[2] (NDLR) Le présent article concerne la lettre d’information « ATTAC Info » de l’association ATTAC.

 
 
Laurent Jésover
 
Pourquoi ATTAC ? Nous n’avons jamais directement mis en cause la BNP ou Paribas et notre rôle est d’informer et de proposer des solutions pour un autre monde, bien loin de querelles partisanes ou d’attaques nominales. Il ne peut donc s’agir de mesures personnelles, mais bien d’une censure idéologique. C’est tout cela qui est extrêmement grave et préoccupant pour l’avenir général de nos libertés.
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> Travaillez dans la banque, on lira votre mail à votre place !
21 novembre 2000
 

Les banques comme beaucoup d’employeurs ont acquis des logiciels de surveillance ....

Cyberlex et jurinet proposent des articles interessants sur le droit au respect de la vie privée des salariés...

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> Travaillez dans la banque, on lira votre mail à votre place !, Emmanuel, 23 novembre 2000

Je viens de lire votre texte sur les courriers éliminés par les employeurs. Personnellement, vous m’enverriez une lettre pareille, je peux vous assurer que je m’arrangerais pour vous bloquer définitivement. Ou vous croyez-vous ? Dans quel monde vivez-vous ?

Les entreprises (et les gens qui y travaillent) sont là pour faire des affaires et s’occuper d’une mission "x" et pas pour participer à un grand happening de bonnes intentions et de grandes considérations sur les syndicats, les droits des citoyens, etc.

Je travaille beaucoup, pour ma part, de mon ordinateur. Je déteste recevoir le moindre message non sollicité. C’est pour moi une insulte et une énorme perte de temps à gérer, comme ce le serait de frapper à ma porte et de me proposer un aspirateur.

Iriez-vous prendre un café à l’urgence d’un hopital avec un copain médecin sous prétexte que vous voulez le sensibiliser à ceci ou cela ? Croyez-vous qu’il aurait le temps de vous recevoir ? Mon bureau, monsieur, c’est pareil, et celui de mes employés la même chose. Je paie très cher des gens qui travaillent pour moi à l’occasion, et je m’attends à ce que leur productivité soit à la hauteur du chèque que je leur donne. Et je vis en Amérique, pas en Europe, alors imaginez ce que veut dire productivité et efficacité...

Vous croyez vraiment que le temps de travail ne vaut rien et que l’on peut se permettre de lire tout ce qui traine sur le web ?

Si on ne vous demande rien, vous n’avez pas à vous imposer ni à envoyer du courriel à droite à gauche sans discernement. Et le jour où vous trouverez un fan-club pour vous suivre, les abonnés n’ont qu’à avoir leur adresse e-mail personnelle à la maison ou sur hotmail.

Mais, au bureau, franchement !

 
en ligne :
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> Travaillez dans la banque, on lira votre mail à votre place !, Antoine, 24 novembre 2000

Je viens de lire votre texte sur les courriers éliminés par les employeurs. Personnellement, vous m’enverriez une lettre pareille, je peux vous assurer que je m’arrangerais pour vous bloquer définitivement. Ou vous croyez-vous ? Dans quel monde vivez-vous ?

Les entreprises (et les gens qui y travaillent) sont là pour faire des affaires et s’occuper d’une mission "x" et pas pour participer à un grand happening de bonnes intentions et de grandes considérations sur les syndicats, les droits des citoyens, etc.

Je travaille beaucoup, pour ma part, de mon ordinateur. Je déteste recevoir le moindre message non sollicité. C’est pour moi une insulte et une énorme perte de temps à gérer, comme ce le serait de frapper à ma porte et de me proposer un aspirateur.

Relisez l’article, il parle d’une lettre d’information envoyée à des gens qui s’y sont abonnés volontairement. Il ne s’agit pas de spam. Or, apparemment, les banques en question bloquent les dits messages alors même qu’ils ont été explicitement sollicités par les employés. Et sans informer les employés de la présence du filtrage.

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> Travaillez dans la banque, on lira votre mail à votre place !, diogene1945, 28 novembre 2000

L’employé est 35 heures par semaine a son travail.

Il lui reste donc (7*24)-35=133 heures par semaine dont il peut disposer librement pour recevoir ses mails .

Je ne vois là aucune privation de liberté.

Le fait que le contrat de travail stipule que la correspondance privée doit etre exclue de l’activité salariée ne me choque pas.

Maintenant si un salarié a négocié son contrat de travail pour pouvoir faire sa correspondance privée pendant ses heures de travail, alors, il est inadmissible que l’employeur l’espionne.

A+

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> Travaillez dans la banque, on lira votre mail à votre place !, Raja Flatterie, 19 décembre 2000

J’espère que je ne je ne vais pas trop parasiter votre boite et votre temps. Bien que si vous soyez sur ce forum c’est que vous acceptez de recevoir une réponse.

Effectivement, une entreprise s’attend à ce que ses employés soient efficaces, et mènent à bien leur mission. Mais, je ne crois pas que le problème soit celui de l’efficacité et du rendement.

Dans le cas qui nous intéresse :

-  une institution décide arbitrairement quelles informations doit recevoir ou pas une personne, sans son consentement.
-  une institution se permet de violer la confidentialité d’une correspondance.

En cela c’est une atteinte aux libertés d’expression et de penser des individus. En cela c’est une attitude condamnable.

Maintenant penser que la maximisation du profit est un argument suffisant pour donner le droit de violer ce principe démontre un mécanisme de réflexion paranoïaque développé par les cadres dirigeants actuels. Elle renvoie aux principes suivants :

-  Le salarié est un animal doué d’une intelligence sommaire, qui ne peut gérer seul son activité, son emploi du temps. ( A mon sens un employé est tout à fait capable de faire le choix comme vous de bloquer ou non des messages s’il les juge inopportuns. Croire le contraire c’est nier sa capacité de réflexion).
-  on ne peut pas faire confiance au salarié dans le traitement de l’information qu’il reçoit. (il va forcément perdre du temps, se disperser…)
-  Toutes sources d’informations extérieures à l’entreprise sont dangereuses et doivent être contrôlées.

Une telle attitude ne peut entraîner à long terme qu’une crispation des relations sociales dans l’organisme pour déboucher sur des conflits qui eux feront chuter la productivité et la le profit de l’entreprise.

Je conclurai en vous faisant remarquer qu’en knowledge management, une des conditions pour une bonne intégration du réseau intranet/extranet est dans un premier temps de laisser passer les informations les plus banales.

Météo, infos sur les activités sociales de l’entreprise, etc, sont inutiles pour le travail immédiat, mais permettent "d’accrocher" les salariés à l’usage du réseau pour trouver de l’information. C’est seulement lorsque cette étape est réalisée que l’on peut diffuser des informations utiles au bon fonctionnement de l’entreprise.

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Qui a besoin d’un cerveau pour travailler ?, protozoaire, 24 avril 2001

La façon dont les dirigeants appréhendent le travail de leurs subordonnés m’amuse toujours. Vous devriez savoir que le travail ne se limite pas aux 8 heures quotidiennes qui lui sont allouées. Qu’une " mission " - puisque nous ne sommes pas là pour travailler mais pour remplir une mission, ô noble cause ! - occupe toujours plus que le temps imparti. Mais nos chers patrons oublient toujours le temps que l’on passe en dehors du sacro-saint bureau à réfléchir à leurs objectifs. L’homme n’a pas au fond de lui un interrupteur qui s’enclenche en même temps que la lampe de son bureau.

Personnellement, (et je ne suis qu’un modeste employé) mes " missions " m’occupent au réveil, lorsque je réfléchis à ma journée devant mon café, lorsque je suis dans les transports en communs, entre midi et deux, le soir en partant, certains week-ends et parfois même dans mes rêves au cours de nuits agitées. Que doit-on penser de toutes ces heures que vous ne prenez pas en compte. De plus, un bon élément est me semble-t-il quelqu’un qui ne se limite pas à ce qu’il a devant lui. Les qualités d’un homme, sa richesse intérieure donne une valeur ajoutée à son travail. Dès lors, vous devriez plutôt vous féliciter d’employer des gens ouverts, curieux, passionnés qui offrent plus que ce que vous leur demander, mais qui certes pour cela " perdent " du temps en tâches " improductives ".

À moins que vous ne préfériez choisir uniquement des collaborateurs pourvus de superbes ornières, seuls aptes à accomplir des tâches répétitives, mais sans esprit d’entreprise. On ne peut pas tout avoir...

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> Qui a besoin d’un cerveau pour travailler ?, Phant0w, 5 juillet 2001

Tout a fait d’accord ! meme si je pense que s’abonner à une lettre d’info SUR SON MAIL DE TRAVAIL est légerement abusé......(ce qui pose la question sur le regards des dirigeants sur les mails professionnels de leurs employés..cf contrat de travail ).

La solution pour ne pas etre ennuyé envoyer la lettre sur une boite perso....ou la rediriger vers sa boite pro sous un nom camouflé (en cas de filtrage des site de messagerie gratuite...)

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