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7 août 2000
 
mardi 27 février 2001

Philippe Breton est un menteur

par Laurent Chemla

Une conférence comme beaucoup d’autres. L’auteur d’un livre un peu polémique vient faire partager sa thèse avec un public venu là pour l’écouter et le voir, quoi de plus banal.

Et la conférence donnée par Philippe Breton, chercheur en sociologie au CNRS et professeur à la Sorbonne, sur son dernier ouvrage Le culte de l’internet ne trahissait pas le genre : un plan bien rôdé, des « petites phrases » idoines pour faire rire le public aux moments prévus, un discours tout ce qu’il y a de plus convaincant et que j’oserais résumer ainsi :

-  Il existe un réel besoin de débat social autour d’Internet et de ses usages comme autour de toute nouveauté technologique. Un débat rendu impossible parce que le discours qui entoure le sujet de ce débat inéluctable est fait de béatitude ou de rejet viscéral, l’un comme l’autre venant de personnes qui ne sont pas en état d’accepter la contradiction.

-  Les premiers font d’Internet l’objet d’une idôlatrie qui les conduit tour à tour à affirmer son inéluctabilité pour des raisons quasi-religieuses (réunion du genre humain, fusion des esprits, village planétaire) ou financières (il y a trop d’argent en jeu pour seulement débattre de la possibilité qu’il disparaisse).

-  Les seconds sont des technophobes qui rejettent en bloc l’outil tel qu’il est présenté, notamment en raison de cette inéluctabilité présente dans le discours publicitaire.

-  Philippe Breton entend donc creuser une troisième voie, critique mais raisonnable, de l’outil et de ses applications, en dehors de toute idôlatrie, du haut de ses diplomes et de sa spécialisation dans la sociologie dela communication. Une voie qui permettrait enfin de sortir Internet d’une idéologie qui lui semble dangereuse parce qu’elle est utopique et amène à des comportements contre-productifs dans l’usage même de l’outil.

Voilà donc sur quoi est basé le discours de l’auteur. On applaudirait à deux mains si l’on avait lu un autre ouvrage du même auteur : La parole manipulée, dans lequel il démonte un certain nombre des techniques de manipulation d’un auditoire.

Et il faut bien se rendre à l’évidence : ces techniques qu’il dénonce comme dangereuses lorsqu’elles sont utilisées dans la communication politique, Philippe Breton les utilise toutes, ou presque, lorsqu’il s’agit de convaincre son auditoire d’un soir. À croire qu’il n’est pas capable d’appliquer à lui-même la rigueur qu’il demande aux autres.

Car son discours est basé sur un mensonge par omission, très certainement volontaire de la part d’un auteur qui a écrit déjà deux ouvrages de référence sur le sujet, puis sur un artifice rhétorique de bas étage pour étayer un discours dont je dois constater l’inanité, le vide, l’inintérêt profond.

Le mensonge par ommission est simple : oui Internet est inéluctable, mais pas pour les raisons que fournit Philippe Breton à son auditoire d’un soir.

Les raisons qu’il donne sont les raisons que lui a choisi de donner parce qu’il sait pouvoir les réfuter aisément. Ce sont des raisons existantes dans le discours qui entoure Internet, c’est vrai, mais ce ne sont pas les seules. Ce sont seulement les seules qu’il puisse démonter aisément :

-  Internet fait l’objet d’un discours quasi-religieux Oui, c’est vrai, certains illuminés surmédiatisés que cite P. Breton (Lévy, Quéau) ont un discours qui n’est que fantasmatique. Mais il s’agit d’une poignée de personnages dont les paroles ne sont prises au sérieux par personne, sauf par Philippe Breton lui-même et par les quelques médias en mal de sensationnalisme dont il semble tirer toutes ses informations.

-  Internet est intouchable parce qu’il est source de trop d’espoirs de profits financiers. Oui ce discours existe et oui il est stupide parce qu’on n’interdit pas un débat de société pour des raisons financières.

Mais non ces deux aspects superficiels du discours qui entoure Internet ne sont pas les seuls qui soient, loin de là. Ils sont même sans doute les deux arguments les moins utilisés et les moins écoutés. Le simple fait que Philippe Breton néglige (volontairement à mon sens) les réels arguments qui font d’Internet autre chose qu’un « simple outil de plus qui simplifie des tâches préexistantes et qu’il faut considérer comme tel et comme rien d’autre » est significatif d’une manipulation.

Philippe Breton ne s’adresse pas à un public averti. Il parle à des gens qui n’ont ni la formation ni les compétences techniques pour voir les failles de son discours. Mais elles existent et, encore une fois j’insiste, de la part de quelqu’un qui sait si bien ce qu’est la manipulation dans la communication d’une part et si bien ce que représente Internet d’autre part, il ne peut s’agir d’une réelle volonté de manipulation.

Il existe bel et bien des raisons qui font qu’Internet est inéluctable. Elles sont discutables, comme toutes les raisons, mais elle sont bien plus difficile à réfuter que les caricatures utilisées par Philippe Breton :

-  Internet répond à un besoin social. Loin de la « communication » dont parle Philippe Breton et qui dans son discours est limité soit à un dialogue (le courrier électronique) soit à la diffusion de masse (le web), il existe grâce à Internet des outils permettant à des groupes humains partageant des passions communes de se rencontrer. Des outils dont aucun équivalent n’existait avant Internet (expliquez-moi donc comment j’aurais pu faire la connaissance de la majorité des amis d’âges, de cultures, de lieux de vie et de langues différents de la mienne sans cet outil). Certes ces rencontres sont virtuelles dans un premier temps, mais elle ne le restent jamais bien longtemps.

-  Internet répond à un besoin structurel. La somme de connaissance de l’humanité a atteint un seuil à partir duquel un outil nouveau devenait nécessaire à la diffusion des savoirs. Internet est l’outil idéal pour ça, ou en tous cas il peut le devenir facilement : après tout il a été prévu pour ça. Tout y est basé sur le partage du savoir. La logique même du Web, et l’importance innovatrice des liens hypertextes, crée quelque chose de neuf dans ce domaine, qu’on ne peut rapprocher d’aucun outil préexistant. Que Philippe Breton opine lorsqu’on lui dit qu’après tout Internet n’est rien d’autre que le remplaçant « un peu plus pratique de nos anciennes ronéos » montre à l’évidence qu’il passe à côté de phénomènes sans précédent dans le domaine de la communication, et qui ont une importance sociologique que lui, d’abord, devrait relever. Et qu’il oublie.

-  Et surtout, surtout, Internet permet l’exercice réel d’une liberté fondamentale jusque là confinée à des textes fondateurs mais jamais réalisée : le droit à la liberté d’expression pour tous et sans restriction de frontière tel qu’il est défini dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Et oui : je parle bien d’expression et non pas de simple « communication ». Ce mot-là, « expression », est étrangement absent du discours de Philippe Breton.

Ces raisons là, notre sociologue se garde bien de les citer. Il ne peut les ignorer, mais elles sont en effet difficilement réfutables, parce que la démagogie ne permet pas de les contourner aussi facilement que les seules raisons qu’il cite lui. Et je ne parle même pas des raisons techniques qui font que, quel que soit le résultat du débat national souhaité, il sera toujours possible à un citoyen quel qu’il soit de se connecter à Internet, y compris s’il doit pour cela se connecter à un fournisseur d’accès étranger.

Qu’à moins de fermer nos frontières à toute forme de communication hertzienne, satellitaire, filaire et j’en oublie, Internet ne peut pas être fermé, ni même interdit d’accès à quiconque, ni filtré de manière efficace quoi que Philippe Breton ait (mal) compris des avis d’experts rendus lors du procès Yahoo.

Oui Internet est inéluctable. Oui on peut et on doit débattre de ses usages et de son influence sur la société (et nombreux sont les acteurs du réseau qui réclament ce débat là depuis des années, n’en déplaise à notre messie autoproclamé), mais baser son discours sur le fait qu’il n’est pas trop tard pour décider de la nécessite d’Internet est un mensonge par omission. Et pas un petit mensonge, mais un bon, gros, beau mensonge.

Mais je n’écris pas tout ceci pour dénoncer un mensonge. Pas seulement.

Philippe Breton est, je l’ai dit, chargé de recherche au CNRS et professeur à la Sorbonne. Il est écouté en tant que tel, et il a une responsabilité morale quant à sa parole publique et aux messages qu’il transmet.

En affirmant haut et fort que le discours de quelques fous sympathiques est celui de tous ceux qui défendent le fait qu’Internet constitue l’embryon d’une évolution sociale d’envergure, en oubliant volontairement les vrais arguments qui sont derrière cette affirmation, il commet le péché même qu’il dénonce : il modifie de fait les usages futurs d’Internet en déformant, en affaiblissant l’importance sociale de cet outil.

En se démenant, par le mensonge et le mépris, pour démontrer qu’Internet n’est « qu’un outil de communication de plus, dangereux parce que trop de communication tue la communication », il contribue à créer une image médiatique d’Internet qui est une fausse image, une image qui l’arrange et sans doute parce que (comme à tant d’autre) la réalité de la parole rendue aux simples citoyens, les lambdas démunis qui n’ont ni chaire ni éditeur pour pouvoir s’exprimer, lui fait peur. Qu’il a peur de perdre sa part du monopole de la parole publique, de ce monopole dont il vit, qui lui permet d’être écouté, publié, entendu. Lui et pas ceux qu’il dénonce par ailleurs comme des « libertaires aveugles qui font inconsciemment le jeu du marché ».

Philippe Breton base son discours sur la critique d’un discours qu’on ne peut même pas qualifier de minoritaire tant il est délirant. Sur le discours de 2 ou 3 personnes dans le monde, surmédiatisées comme de juste par des médias qui ne parlent que de sensationnel.

S’il s’arrêtait là je me contenterai de dire qu’il ne s’agit que d’un débat sans importance entre des fous et un menteur. Mais il ne s’arrête pas là : en usant d’un procédé rhétorique digne d’un étudiant de 1ère année des cours qu’il donne, il use de la critique d’une exception pour faire entendre un message qu’il présente comme un discours à usage général.

En affirmant que ces fous représentent la totalité de ce qui est dit au sujet d’Internet, il présente sa réponse comme une réponse qui concerne tout le discours autour d’Internet, y compris le discours de ceux qui tiennent des raisonnements qu’il ne pourrait pas démolir par quelques procédés démagogiques du genre de celui dont il use en conclusion « vos enfants sont tous des hors la loi puisqu’ils utilisent Napster ».

Je pourrais aussi parler de la façon dont il déforme les paroles d’autres sociologues dans le sens qui l’arrange, lui. L’argument d’autorité est vieux comme la rhétorique, et nul ne le sait mieux que Philippe Breton.

Je pourrais encore rapporter la réponse stupéfiante qu’il a faite à une personne du public qui s’étonnait qu’un sociologue se contente de critiquer le discours plutôt que de critiquer les usages. Notre chercheur a répondu ces mots savoureux : « J’aimerais bien mais jamais je ne pourrais trouver de financement pour faire un vrai travail sur les usages, je dois donc me contenter de faire un travail sur le discours ».

J’entendais, de ma place de simple citoyen, un scientifique me dire « Je n’ai pas les moyens de mener une recherche scientifique digne de ce nom, alors je me contente de publier des textes polémiques basés sur des paroles entendues ça et là que je considère comme la totalité du discours sur le sujet ».

J’entendais parler un scientifique qui n’avait même pas conscience de se décrédibiliser totalement.

 
 
Laurent Chemla
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21 décembre 2000
 
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Laurent Chemla est un falsificateur.
26 décembre 2005, message de Cyrille
 
Cette page est particulièrement décevante tant scientifiquement qu’intellectuellement. Je passerais le fait que L. Chemla se base sur une conférence pour formuler ses critiques, sans lire le contenu des ouvrages (on sait que certains chercheurs ont tendance à vulgariser en conférence). C’est prendre à coup sur une connaissance fragmentaire pour objet. Cette connaissance peut également être exprimée dans des conditions difficiles qui demanderaient a être recontextualisées (ici, manipulation par omission). Soit. Les critiques formulées à l’encontre de Breton sont donc peut être plus ou moins vraies (ce qui demanderait de définir ce qu’est la "vérité", tout particulièrement au monsieur qui démonte les sciences humaines dans leur intégralité : "les sciences humaines n’ont de science que le nom...", mais je ne vais pas me lancer dans un débat épistémologique ici). En fait, notre cher L. Chemla vient ici vendre son bouquin, le fait même qu’il reproche à Breton. Que l’on puisse se tromper dans une démarche scientifique arrive, même si cela est regrettable. Que l’on truque les résultats est nettement plus grave, certes. Mais la démarche qui a mon sens est la plus malhonnète dans cette page est de venir "se payer une tête reconnue" afin d’essayer de bâtir sa propre carrière, et au-delà de fourguer ses bouquins, tout en accusant les autres d’user de ces mêmes procédés. Le principe est bien connu des chercheurs, quant on est tout en bas (et que l’on a pas grand chose à perdre), l’ascenceur le plus rapide est de critiquer la tête de file. Cette stratégie fonctionne parfois lorsqu’elle arrive à créer une polémique médiatique ou dans certaines sphères spécifiques, et permet de semer le doute chez les profanes. Mais la recherche scientifique est à chaque coup perdante : cela ne fait que décrédibiliser la Recherche (et on sait dans quelles difficultés sont les budgets scientifiques actuellement !), sans pour autant construire de connaissances valables. Merci Monsieur Chemla pour votre brillante et rigoureuse réflexion !
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> menteur contre voleur
17 mars 2002
 

Le livre de Laurent Chemla paru ces jours-ci chez un éditeur papier est disponible intégralement ici.

Plusieurs formats sont proposés. Comme quoi, Chemla est cohérent, lui, quand il parle d’Internet dans un bouquin, il le sort aussi version free sur le web.

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>Assez controversé merci, ce Laurent Chemla,là !!
13 mars 2002, message de Tintin
 
Bonjour tout l’monde, c’est ma premìère intervention ici. Je m’initie à internet et je n’y connais pas grand chose, mais après l’article sur Laurent Chemla que je viens de lire...où il est décrit comme un espèce de dictateur qui censure à tour de bras et qui fait des représailles, sur usenet.fr...je me pose de sérieuses questions !! Je n’ose même pas citer l’URL de cette page, tellement il est décrit comme un malade ! Toutes mes excuses si ce n’est pas le cas, mais... ??? Qui dit vrai ?
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> >Assez controversé merci,, 13 mars 2002

Les propos de l’article de Laurent sont un peu enflammées, ses argumentations en contre discutables, mais sur le fond, oui, il a raison, puisqu’effectivement, Breton a admis ne pas avoir les fonds pour faire une etude sur les usages (et qu’en consequence, il faisait une etude sur les textes qui l’arrangeaient). J’y étais, je peux donc confirmer, ainsi que par la meme occasion la vacuité du discours, dissimulé sous la pretention à une 3eme voie (comme le dit Laurent).

Par contre je ne vois pas où il est dit que Breton joue les dictateurs (il abuse de l’argument d’autorité et de sa position, certes), et encore moins où il fait le mechant sur usenet.

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> > >Assez controversé , 13 mars 2002
L’article est de Laurent Chemla, pas sur Laurent Chemla :)
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> > > >Assez controversé , Tintin, 13 mars 2002

Je comprends bien et moi aussi je trouve que Breton s’est discrédité.

Mais quand je lis un article d’un nommé Laurent Chemla qui brandit le drapeau de la liberté d’expression et que je viens de lire des articles SUR Laurent Chemla qui LE discréditent en ce qui a trait à la liberté d’expression qu’il autorise aux autres...cela me fait déplacer l’attention vers celui-ci, justement !

Parce que si c’est vrai ce que l’on dit DE Laurent Chemla, faudrait peut-être lui renvoyer la balle à propos de « mensonges »...

Voilà, c’est dit. Mais encore une fois, je ne connais pas les « us et coutumes » de usenet.fr, ni de Chemla, qui est un parfait inconnu pour moi, à part l’article qu’il vient d’écrire sur Breton et les articles que j’ai lu SUR lui.

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> Assez controversé merci, ce Laurent Chemla,là !!, un usenaute, 12 juillet 2002

Bonjour,

Hô boonne mère !

Si vous voulez parler de la page web internet des fachos, sachez que ce sont des racistes et des autistes, et que c’est, justement, un ramassis de mensonges.

Si vous voulez plus d’informations, c’est ICI : url :news :fr.usenet.divers que vous en aurez, par exemple http://groups.google.com/groups ?selm=3A7E7698.69F96911@badbear.org

Par contre j’aimerai savoir par où vous avez trouvé cette url. A-t-elle monté dans les moteurs de recherche ? Puisque vous n’avez pas mis d’adresse de courrier, je me contente de vous écrire ici, en espérant que vous lirez.

Si vous pouviez me répondre dans le forum sus cité, merci. Accès par url :news ::fr.usenet.divers ou sinon (si vous n’avez pas de compte) :
-  lecture par url :http://groups.google.com/groups ?group=fr.usenet.divers
-  écriture par : url :http://fr.usenet.divers.go.foorum.fr/ (mauvaise qualité, mais c’est mieux que rien)

En espérant avoir été clair.

Salutations.

P.S. les url sont mal passées, il faut enlever les espaces.

 
en ligne : usenet-fr
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> L’Ethique du débat ?
9 novembre 2001, message de Loick
 

Bonjour,

je suis étonné de NE PAS lire de réponse de Philippe Breton sur votre site. Je suppose qu’il n’a pas été censuré ! Alors, de deux choses l’une :
-  ou bien il ignore l’existence de ce site et de vos articles, ce qui indique une bien ^piètre connaissance de l’internet pour quelqu’un qui traite de ce sujet ! Mais, plus probablement :
-  il ne juge pas nécessaire d’engager le débat avec vous. il vous MEPRISE, ce qui là encore surprend chez un grand défenseur de "l’Ethique" et de la Morale. Mais le silence est la réaction habituelle, et qui me semble pleine de morgue, des puissants et des dominants par rapport aux faibles et aux dominés, auxquels ils ne daignent même pas répondre.

Plus globalement, la culture du débat est en baisse dans notre belle "démocratie" ! On reste entre soi, dans des chapelles fermées, mais quand on devrait débattre - parce qu’on est pas d’accord, qu’il y a conflit de valeurs - on préfère manier l’indignation, le procès, et s’ignorer mutuellement. Socrate allait rencontrer les sophistes, ses pires adversaires idéologiques ; face à nos ennemis, nous nous contentons de dire "c’est des sales fascistes" ou "des sales staliniens", et ne prenons pas la peine d’aller au plus loin d’un échange rationnel. Nous comptons plutôt sur des juges pour corriger les erreurs et les mensonges que sur la discussion argumentée ! Bravo à Philippe breton de montrer ici, par son silence, l’envergure et l’application de sa "morale" politique. Et si ce n’était que lui, ce serait sans grande importance, mais ne représente-t-il pas l’intellectuel français typique, avec son orgeuil élitiste ?

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> Philippe Breton n’est pas un scientifique
28 février 2001, message de Mikeul
 

En aparté : On pourra dire ce qu’on veut, mais les sciences humaines n’ont de science que le nom. Beaucoup d’études, de démonstration, de recherches sont sujets à caution par la nature même da la matière étudiée. La sociologie n’y fait pas exception, alors la démonstration de Breton n’en est tout simplement pas une.

Pour ce qui est du lien social, Laurent le tisse sur le net, Pablo y voit un manque. Vous avez tous les deux tort et raison à la fois.

Certains utilisent Internet et Cie pour masquer le vide de leurs relations (je suis extrême là), d’autres font que surfer sans nouer de liens, d’autres encore nouent des liens à la fois en ligne et hors ligne, certains prolongent le contact en ligne avec leurs amis hors ligne (d’avant).

Aucune généralisation ne me paraît possible à ce niveau

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> Philippe Breton n’est pas un scientifique, Peter, 16 avril 2004

Les sciences humaines n’existent pas ?

Et bien, Freud, Durkheim, Weber, Smith, Elias, Goffman, Bourdieu, Tocqueville doivent se retourner dans leurs tombes...

En voilà une belle, de généralisation !

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> Philippe Breton est un menteur
28 février 2001, message de severino
 

<< Internet fait l’objet d’un discours quasi-religieux Oui, c’est vrai, certains illuminés surmédiatisés que cite P. Breton (Lévy, Quéau) ont un discours qui n’est que fantasmatique. Mais il s’agit d’une poignée de personnages dont les paroles ne sont prises au sérieux par personne, sauf par Philippe Breton lui-même et par les quelques médias en mal de sensationnalisme dont il semble tirer toutes ses informations. >>

Et par moi aussi. Merci pour les compliments :-)

Si vous voulez lire un dicsours de ces "illumés", voici un lien :

 
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> Philippe Breton est un menteur, Jérôme Dautz., 20 septembre 2003

Merci pour le lien :) qui est un bon résumé de pas mal de discussions diverses et peu présentes dans les "média classiques" ; et encore moins dans les discours des gens qui affirment nous représenter.

Sur ce , je vais me relire Candide pour me redonner un peu d’optimisme sur l’avenir ] :>

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> Internet pour mille ans
28 février 2001, message de pablo
 

"Internet répond à un besoin social."

ah bon ? j’avais plutot l’impression qu’internet masquait un besoin social. mettait un vernis de "solidarite d’internautes" quand les anciennes formes de solidarites sur les lieux de travail, de vie, etc ont ete a peu pres reduite au neant....

"(expliquez-moi donc comment j’aurais pu faire la connaissance de la majorité des amis d’âges, "

ben au bistrot, comme tout le monde !

"de culture"

la, je rigole un peu. mais je crois qu’Uzine2 a suffisamment parle (et deplore) de la relative uniformite (socio-professionnelle) actuelle des utilisateurs du net, non ?

"de lieux de vie"

c’est aussi un peu ecule comme argument, non ? "j’ai des potes a sydney grace a internet" ! aussi vieux que la reponse bateau "ouais mais tu connais personne dans ton immeuble". j’en ai une autre aussi basique : "tu prends ton sac-a-dos et tu bouges ton cul". ca te permettra de connaitre aussi leurs lieux de vie, leurs voisins, le gout de leurs aliments et la couleur de leurs cieux.

"et de langues différents"

ah bon ? et vous communiquez par signes ou vous vous contentez d’echanger des mpeg ?

"Internet répond à un besoin structurel."

oui, oui...

les telephones portables aussi, il y avait encombrement dans les cabines telephoniques...

"Internet est l’outil idéal pour ça, ou en tous cas il peut le devenir facilement "

 ??? faut savoir : il repond a un besoin ou il pourrait y repondre ?

c’est quand meme pas la meme chose

"Internet permet l’exercice réel d’une liberté fondamentale jusque là confinée à des textes fondateurs mais jamais réalisée : le droit à la liberté d’expression"

c’est vrai, mais cela reste malheureusement marginal. (pitie, ne me parlez pas des 6 millions de pages perso en france ou je vous sors les statistiques de ventes de stylo bic ou de timbres poste)

"pour tous"

oui, ca me fait de la peine de le dire, mais le golf devient de plus en plus populaire...

" et sans restriction de frontière"

au sein de l’OCDE.

"Ces raisons là, notre sociologue se garde bien de les citer. Il ne peut les ignorer, mais elles sont en effet difficilement réfutables"

j’avoue que j’ai une nette tendance a avoir l’esprit tordu. du coup, les reponses me sont venues toutes seules...

"Internet ne peut pas être fermé, ni même interdit d’accès à quiconque ni filtré de manière efficace"

dans un reseau, il y a des noeuds (et des neuneus). tout ce que j’ecris ou lis sur le net peut etre controle par la boite qui me fournit l’acces. que ce soit mon patron, le patron du cyber-cafe d’a-cote ou yahoo si je suis chez moi.

cf les debats sur l’anonymat et la possibilite de faire des proces sur ce qui est diffuse sur internet...

"la réalité de la parole rendue aux simples citoyens, les lambdas démunis qui n’ont ni chaire ni éditeur pour pouvoir s’exprimer, lui fait peur"

les premiers discours que j’ai entendu sur internet disaient que le reseau etait un formidable outil contre la dictature. j’attends toujours de voir une dictature qui ait eu l’air de souffrir grace a internet.

il parait maintenant que la liberte d’expression fait peur aux journalistes / editorialistes / sociologues, etc.

j’attends avec impatience la disparition de tous les BHL...

Petite note de lecture en passant :

J’ai lu "La parole manipulee" et je n’ai pas ete vraiment touche par cette lecture. Je pense que les postulats de base devraient y etre mieux argumentes ("il existe une bonne et une mauvaise communication" et autres hypotheses de cet acabit).

Par contre, j’ai beaucoup aime "L’utopie de la communication" quand il est sorti : un peu de recul historique et politique sur le discours qui entoure entre autres internet, ca ne fait pas vraiment de mal.

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La sociologie, mon pauvre monsieur
27 février 2001, message de Grosse Fatigue
 
C’est pas que je voudrais parler de moi, mais quand même. Le fait est simple : les sociologues sont des menteurs. J’en sais quelque chose. Ce n’est pas tant parce que je pourrais être censé en faire partie (je vous jure que j’ai le diplôme), que par l’expérience de la chose. La méthode dénoncée ici est celle de la rhétorique classique en sociologie : on peut dire tout et son contraire, l’important est de dire ce que l’on peut prouver rapidement. Les écoles de sociologie fourmillent. Des interactionnistes aux déterministes les plus farouches, on navigue entre l’individualisme méthodologique, le structuralisme, j’en passe. La plupart de ces écoles et de leurs sbires vont pondre des analyses auxquelles on pourra trouver des exceptions. Les sociologues s’évertueront alors à montrer que les exceptions confirment la règle. Et pôf, pirouette ! Comme si le champs des sciences sociales n’était pas celui de la science en général... (la science "dure" ne voit guère d’exceptions, ou alors la théorie évolue). En sociologie, l’important, c’est de pondre rapidement un bouquin pour s’approprier un champs. Le type qui bosse actuellement sur internet va pouvoir dire n’importe quoi toute sa vie, car il est devenu LE spécialiste du net. Qu’il ne possède pas les compétences techniques, qu’il ne connaisse pas l’économie ni l’histoire du réseau n’a pas d’importance. L’important est qu’il puisse se positionner sur ce "champs’. Alors le reste suit..... Bon, tout ça pour dire que le seul sociologue qui puisse parler du réseau, à part Castells, c’est moi.
 
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> La sociologie ?, mercure, 27 février 2001

Pour Breton, on savait déjà...Il fait carrière raisonnablement.

Pour Chemla, c’est plus fort, un vrai prestidigitateur qui fait disparaître le non marchand en l’intégrant au marchand. Damned, fallait y penser.

http://www.vnunet.fr/actu/article.htm ?numero=6983

Répondre
> La sociologie ?, Antoine, 28 février 2001

Pour Chemla, c’est plus fort, un vrai prestidigitateur qui fait disparaître le non marchand en l’intégrant au marchand. Damned, fallait y penser.

Une telle accusation mérite peut-être argumentation ?

Pour avoir un hébergement et une connexion de qualité professionnelle, il a toujours fallu payer, plutôt cher même quand on n’est qu’un tout petit acteur. Et, de plus, payer à des entreprises strictement commerciales (les Level3, Colt, Easynet, etc.).

Gitoyen va permettre à tous ceux qui utiliseront ses services (c’est-à-dire non seulement les membres du GIE, mais aussi toutes structures choisies par ces membres), de réduire leurs coûts de manière drastique. Gitoyen n’est pas voué à faire des bénéfices, il ne s’agit pas d’une entreprise, mais juste un regroupement (GIE = Groupement d’Intérêt Economique) permettant d’avoir un poids suffisant pour avoir accès à des tarifs avantageux - c’est-à-dire les tarifs réservés aux opérateurs et non aux fournisseurs de services (hébergement...). Tarifs ensuite mutualisés en fonction des besoins réels de chaque membre du GIE.

Répondre
> La sociologie ?, 1er mars 2001

Désolé, Antoine, mais ma réponse figurait en place de celle ci, et elle a été malencontreusement enlévée...Tu ne sauras donc pas ce que j’y disais, sauf si tu l’as enlevée toi même :). Je disais donc que ...je ne me souviens plus, mais c’était une réponse...ca marche pas très bien tous ces trucs, dis donc.

j’espère qu’un service de veille fait le compte des apparitions et disparitions, ce sera utile aux chercheurs du futur.

Répondre
> La sociologie ?, 1er mars 2001

Je ne connais pas Gitoyen. L’idée à l’air bien, mais j’ai vu qu’il y avait un article critique sur le minirezo aujourd’hui : je vais le lire, avec ses commentaires pour me faire une idée.

Pour ce qui est de l’accusation contre les activités économiques de Laurent Chelma : elle est débile. Heureusement qu’il y a des gens comme lui et Valentin Lacambre pour mettre les mains dans le cambouis...

Il faut bien comprendre que la lecture "lutte des classes", le public c’est bien, le privé c’est mal, si elle reste d’actualité, ne permet pas de comprendre que selon une lecture tout aussi indispensable (libre contre propriétaire) le citoyen a bel et bien des intérêts communs avec tout un tas d’entreprises éthiques ou cyniques :

je suis dans le même camp que toutes ces boites qui militent contre la brevetabilisation rampante des logiciel (eurolinux), je suis dans le même camp que les entreprises qui produisent des médicaments génériques dans le tiers-monde, je suis dans le même camp que les entreprises qui cherchent à produire des magnétoscopes Divx :-) permettant la copie (et donc la production) individuelle, je suis même en partie dans le même camp qu’IBM qui produit des logiciels libres (par intérêt évidemment, l’histoire démontre suffisament leur cynisme)... face à Microsoft qui accuse la licence GNU GPL d’être anti-américaine.

Et surtout, et pour cela il n’y a pas de doute possible, je suis dans le même camp que des entreprises comme GHANDI qui fournit des noms de domaine quasiment à prix coûtant alors que les autres boites maintiennent les gens dans l’ignorance et en abusent !

Alors si vous n’aimez les entreprises privées par principe, proposez donc un modèle de coopératives susceptible de les remplacer, je suis preneur. Mais SVP attaquez vous plutôt aux multinationales et à défendre les services publics en venant aux sommets contre la mondialisation capitaliste et pour un autre mondialisation (Seattle, Nice, Montpellier, Porto Allegre, marche zapatiste...) plutôt que de mettre tout le monde dans le même panier (beurk caca libéralisme) de façon aussi radical qu’inefficace.

Encore mille merci à Laurent Chelma, qui agit quand d’autres s’agitent. Bientôt des affiches à son effigie comme pour le Che Guevara ? ;-)

PS : et on pourrait parler aussi de Charlie Hebdo qui est un hebdo indispensable, mais qui est aussi une véritable entreprises privées où les actionnaires prennent des décisions contre l’avis des salariés, et qui incarne beaucoup mieux la compromission capitaliste que GHANDI ! (mais moins qu’IBM, il est vrai :-)

 
Répondre
> Confession d’un voleur..., Sousmarin vert, 27 octobre 2002

C’est pas la structure ( privée ou pas )

qui compte, c’est l’esprit qu’on y met...

Pour ma part, je vais transformer mon assoc en sarl de presse et d’édition ( spécialisée dans l’écologie et toutes les alternatives )

Il faut bien que certains entreprennent, en essayant de concilier la bonne gestion et leurs idéaux.

Quant à certains intégtristes du "non-marchand", ils feraient bien de pratiquer la bonne gestion de leurs idéaux.

Merci à Gandhi, merci à tous ceux qui font l’économie autrement.

Notre collectif citoyen à créé, grace à SPIP, GANDI et Ouvaton, un site ouèbe pour deux euros par mois.

Alors, merci encore...

 
en ligne :
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> A vous lire, des souvenirs me reviennent., Isabelle B., 2 janvier 2007
Il s’agit de mes souvenirs d’école maternelle, lorsqu’à la récréation, des élèves se disputaient : menteur, voleur, tricheur, c’est moi qui ai raison, non c’est moi... Merci pour cette séquence nostalgie.
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