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Hellhound On My Trail

19 juillet 2003, 12:21, par Lirresponsable

Et toi, cher ami, que fais-tu pour manger ?

Et bien cher ami, ce n’est pas un mystère, mon activité actuelle est salarié du tertiaire, dans la fonction publique : prof ; donc plein de vacances avec vos sous (tm) pour écrire des conneries ! :))

Cette activité me sert effectivement à manger, i.e. je travaille parce que je n’ai pas de capital, et non parce que c’est le plus beau métier du monde (tm), et autres calembredaines.

[les webzines] On est pas dans la médiation là aussi ?

Cela dépend de ta définition de la médiation ( allez, on se fait un remix de web = média ?).

Ici, comme tu as pu t’en rendre compte, il y a à la fois du collectif et de l’individuel, choses qui s’apparentent à du loisir, et à de l’activité politique au sens des Anciens. On prend donc sur notre temps et notre argent (il n’y a pas de mystère), en dehors d’une finalité marchande, pour entre autre s’exprimer publiquement. (Oui, oui c’est ce que l’on fait actuellement tous les deux !) D’où un rythme de publication aléatoire, une absence de pub, « un manque criant de professionnalisme » (tm), etc.

Etant donné que nous ne sommes pas exceptionnels, notre production collective a une valeur d’exemplarité, i.e. vous pouvez en faire autant si ça vous plaît. C’est le message (it is the message). D’où le caractère ouvert du site (validation des articles, forum public au même niveau que les articles, etc.) et la distribution de l’outil de publication.

Donc on peut appeler cela de la médiation dans le sens où uZine et plein d’autres sites (persos, blogs, collectifs, etc.) peuvent amener certaines personnes à franchir le pas de l’auto-publication, de la rédaction d’articles, de commentaires, etc. ; c’est-à-dire jouer le rôle de moyen, être un intermédiaire pour rapprocher une personne d’un but (en fournissant un exemple, en donnant envie ou pas, en publiant un article, etc.), mais sans s’y substituer, ce qui est un non sens (et une impossibilité pour le web). Il est d’ailleurs bien précisé dans la notice que chaque auteur reste propriétaire de ses articles et peut demander à les virer du site quand il le désire.

De plus, même si les vilains admins d’uZine débectent un gentil rédacteur (par exemple ils refusent son super article génial sur Nice people, enfermés dans leur tour d’ivoire qu’ils sont), ce dernier crée son site sous spip (ou même phpnuke hein ;)) et le publie ! Il n’a pas besoin de nous pour être son propre média.

Tu vois que c’est une sorte de médiation un peu bizarre. On parle en notre nom et avec d’autres personnes, pas à leur place. Et on soumet ce que l’on écrit à la discussion avant publication et en cas de publication à la critique publique. Et en plus, on ne demande rien en échange (manquerait plus que ça !) et on n’oblige personne à nous lire. C’est du web quoi ! (cf. Irrégulier & dilettante)

J’aimerais bien voir, moi, le commercial de base de chez Carrefour aller voir son "chef de produit" pour lui dire que, vraiment, là, il doit rentrer chez lui pour défendre son article sur uZine.

Faut pas s’énerver comme ça et désespérer Billancourt ! ;)) Car, il y a sans doute peu d’activités où tu peux aller voir ton supérieur hiérarchique 1) avec un tel motif et 2) qu’il le juge valide ; même moi je ne peux pas, c’est te dire !

Plus sérieusement, comme tu le sais, les posts de forum sont envoyés à l’auteur de l’article, qui reçoit donc des mails auxquels il répond suivant ses disponibilités. Il n’y a bien entendu aucun impératif de délai ou même d’obligation ; (on peut ajouter une clause spéciale pour rassurer les commerciaux de Carrefour si tu veux).

Ben non, le commmercial de chez Carrefour, il reste au boulot et quand il est sur Internet, il faut croire que c’est au détriment de sa vie de famille comme nous le montrent si élégamment les nombreuses pubs de FAI avec bobonne faisant la gueule

Il faudrait donc prévoir une déclinaison pour la paix des ménages : la commerciale qui surfe sur les boutiques de fringues en ligne et julot (tm) qui fait la gueule (ou non, grâce à la super carte qui lui rembourse 0,1 % des achats, lors d’une campagne groupée).

Cela dit sans acrimonie. Je crois simplemment qu’il y a un léger problème de stratégie dans ce que tu écris.

Non, je ne crois pas devoir faire l’impasse sur les conditions économiques de l’activité en ligne. C’est pourquoi je parle du temps et de la division du travail. Et j’ai bien conscience que si je vidais des poissons, je ne serais sans doute pas en ce moment en train de poster sur la division du travail. Tu sais, dans mon pays, si tu ne veux pas crever de faim, tu fais soit marin-pêcheur, soit prof ;))

Le temps n’est bien entendu pas extensible, et celui passé en ligne se fait au détriment de celui passé par exemple devant la télé. Est-ce un mal ? (Wolton dira que oui, mais bon...) De manière générale, l’écriture/lecture en ligne permet d’échapper justement à la simple passivité de la consommation. Ecriture et lecture, parce que la pratique de la consultation amène le plus souvent à la participation ; c’est humain au bout d’un moment, t’as envie de toucher :) Encore faut-il se défaire des discours qui en dissuadent de manière pernicieuse (vous n’en êtes pas capables, ce que vous avez à dire n’intéresse personne, etc., c’est-à-dire in fine : laissez faire les pros ! Consommez !)

Quant à l’argument sur le privilégié qui surfe, rappelons que :

« Le lecteur-type de la Presse Quotidienne Nationale est un homme - d’âge moyen - très instruit - habitant essentiellement en région parisienne et appartenant aux catégories professionnelles A et B : Petit Patron, Cadre et Profession Intermédiaire. » (pressemagazine.com)

On a pas encore eu le droit à des articles qui expliquent que la lecture de Libé ou du Monde brise les ménages, ou qu’il s’agit d’une activité de nantis (tm) (hors service publicité d’un magazine qui négocie les tarifs avec les annonceurs).

Pour être plus précis et lever un éventuel doute quant à ce qui semble te titiller par delà une interrogation bien légitime : il y a plein de journalistes qui écrivent pour manger, (tout comme beaucoup d’ouvriers, employés, etc. travaillent pour la même raison), et qui ne sont pas dupes de leur fonction, c’est-à-dire tout à fait lucides et parfois révoltés par les conditions générales de production (les leurs et celles des autres). Je n’ai aucune acrimonie envers eux, bien au contraire. Et la solidarité de classe, hein, qu’en fais-tu ? :))

En revanche, les dindons qui se gargarisent de déontologie entre deux ménages, qui prétendent oeuvrer pour la démocratie en pondant trois marronniers, et qui m’expliquent le sens de la vie du haut de leur inculture, oui, ceux-là me gonflent assez ; comme tout le monde, j’imagine.

En tout cas, avec ces dernières lignes et ma carte socio-économique, ils auront de quoi glouglouter :)))

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