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> > > L’intelligence collective : condition nécessaire à "l’abolition de la propriété intellectuelle"... et réciproquement :-)

13 août 2001, 13:11, par severino

En général, ceux qui disposent d’une part de la parole médiatique de masse ne s’abaissent pas à perdre leur temps sur les webzines. Donc, "respect" (au sens jamaicain du terme :-).

Je pourrai noircir des pages et des pages sur le sujet, mais je crois préférable de faire (relativement) court et d’aller droit au but.

Je crois que l’économie libérale a triomphé pour longtemps face aux économies planifiés des pays de l’Est parcequ’elle garantissait mieux la liberté de circulation des biens, des pensées, des capitaux, des personnes... Elle était fortement plus attractive que toutes les autres alternatives économiques, parceque plus productive et plus libre.

De la même façon, je crois que le libéralisme informationnel (libre appropriation par tous de l’information) triomphera du féodalisme informationnel (ou capitalisme informationnel, c’est à dire constitution de rentes monopolistiques basées sur l’utilisation du droit de la rareté matériel à une situation d’abondance immatérielle).

Le droit actuel de la propriété intellectuel réprime en effet le potentiel immense d’une nouvelle forme de propriété, à la fois individuelle et collective, et pourtant ni privée, ni publique.

Le libéralisme informationnel, en fluidifiant à l’extrême le phénomène d’intelligence collective, promet de plus en plus de productivité et de liberté, alors que le féodalisme informationnel encore majoritaire est de plus en plus évidemment néfaste à la l’accroissement des richesse et aux libertés.

Autrement dit, avec l’apparition de la nouvelle économie du savoir, le libéralisme informationnel devient face au système actuel (féodalisme informationnel, ou capitalisme informationnelle, au choix) ce que l’économie libérale était à l’économie planifiée. Encore minoritaire, il s’étend inéxorablement, et devient de plus en plus désirable, si bien que les tenant du système actuel n’ont plus que des arguments moraux à y opposer : la propriété intellectuelle devient la légitimisation principales du pouvoir des grosses firmes mondiales, comme l’était la religion pour l’aristocratie de l’ancien régime.

Ce que je propose n’est pas une révolution particulièrement risquée, simplement une mutation du capitalisme : tous les moyens de production demeure privée, à l’exception de l’information, qui ne pourra plus faire l’objet d’aucune appropriation privée ni publique, mais sera l’objet d’une libre appropriation par qui en voudra.

Cette idée est défendu par des marxiens, des tiers-mondistes, et des anarcho-communistes... mais également par des sociaux-démocrates, des libéraux, des libertariens, et de nombreux autres qui se positionnent de façon non-conformiste sur l’échiquier politique.

Certe on peut en discuter en détail et s’y opposer avec force et conviction, mais se contenter de rejeter cette astuce économico-philosophico-politique d’un revers de main, c’est faire preuve d’une grande légereté de la part d’un chercheur qui étudie l’intelligence collective et la nouvelle économie du savoir.

La principale objection faite à ce raisonnement est l’absence de garantie exclusive qu’il propose aux investisseurs privées. En effet, si, afin de fluidifier au maximum les échanges informationnels, on libère le marché des idées au point de ne plus interdire leur reproductabilité, les investissements s’orienteront vers les aspects humains, matériels et symboliques (image de marque) de l’entreprise, et les départements recherche et développement ne seront plus arosés que de manière indirecte.

Le pari que je fais est que ces pertes d’investissement seront en partie compensés par la coopération entre les entreprises, avec la recherche public, et avec les autres tiers (associations, consommateurs, militants, chercheurs indépendants, hobbistes). Les effets de cette coopération seront de plus vraisemblablement démultipliés par la mise en réseau des intelligences, ou intelligence collective)

Par ailleurs la réorientation des investissement vers l’aspect humain et symbolique peut contribuer à humaniser les entreprises. Et les économies faites du fait de la baisse des investissements dans la recherche permettront de faire baisser les coût de de production.

Enfin, il est agréable de constater que les recherches privées en matière de génétique, de brevetage du vivant, de semences agricoles OGM... seront ainsi énormément ralenties. Rien ne presse en effet de jouer aux apprentis sorciers en présence d’intérêts financiers aussi énorme, et sans foi ni loi.

Pour conclure, je ferais remarquer que les mouvements dits "anti-mondialisation libérale" s’attaque en fait en priorité, et à juste titre, aux grosses firmes mondiales, à leurs irresponsabilités écologiques et sociales, et aux distorsions démocratiques provoqué par leur lobbying intégré. Ces mouvements seraient sans doute avisé d’adopter une sémantique provocatrice en défendant la mondialisation libérale face aux pratiques féodales des multinationales. Ces organismes ont des pieds d’argil qui se nomment "propriété intellectuelle"... Et tant que l’on ne les aura pas mis à genoux, elles confisqueront à l’humanité (les peuples, les individus, les groupes) sa puissance de gouvernabilité, sa liberté en somme. Et pour cela, on peut certe militer en attendant le grand soir, mais c’est un peu triste... mais on peut surtout tous devenir des militants-chercheurs, producteurs d’information copyleftée.

Bref, sans être forcément aussi radical que moi, il convient sans aucun doute de résister un minimum aux excès de la monopolisation du savoir (brevet OGM, gène terminator, privatisation des connaissances indigènes, brevet logiciel, brevet sur le vivant, repression des médicaments génériques, concentration éditoriale...). Il est remarquable de constater que si la nouvelle économie du savoir provoque une accélération des nouveautés, la longueur des protections juridiques s’accroit. Cet illogisme s’explique par le fait que c’est un sujet, où jusqu’à maintenant le lobbying se faisait à sens unique. Les ONGs et associations politiques commencent à se saisir de cette problématique. Si ma radicalité peut les aider en servant d’épouvantail à un système ainsi poussé à faire des concession, pourquoi pas. Mais vraiment si on ne tente pas cette histoire un jour ou l’autre, l’humanité se prive à mon sens d’une sacré belle aventure, et d’une occasion de redonner une chance aux pays pauvres.

Quant à l’argument du fait que l’information breveté ou copyrighté finit un jour ou l’autre (de plus en plus tardivement) par "tomber" dans le domaine public, il est facile à contredire. En effet, la majorité des informations désirables et indispensables sont protégées (20 ans pour les brevets, 95 ans pour les copyright). La soustraire à un processus d’intelligence collective fluide (du type logiciel libre) est un immense gachi.

Reste également la question du revenu des auteurs qui si elle n’est pas résolue réduit à néant tous les autres arguments. Beaucoup de mécanismes sont imaginables, et qui ne sont pas toujours plus complexes que l’actuelle gestion par les sociétés de droit d’auteur.

Tout ça pour dire, cher Pierre Levy, qu’il y a plus libéral que toi, que je suis un défenseur de la propriété privée des biens matériel, et de la libre appropriation des biens immatériel (sous réserve des identifiants évidemment : marques, sources, auteurs, droit moral d’auteur, etc...). Que mon combat n’est pas une idéologie, encore moins une orthodoxie néo-marxiste, juste une astuce, et qu’elle soucie plus des individus, de leurs propriétés, de leurs libertés, et de leurs conforts matériels que tu ne le pense.

Encore une précision, mon "idéologie" n’est pas le copyleft, ni l’anti-copyright, ni même le libéralisme contrairement aux apparences :-). Je parle ici en reformiste, en pragmatique. Si j’avais voulu tenir un discours révolutionnaire, il aurait été proche de celui des anarcho-communistes. C’est en tout cas vers cet horizon flou que je dirige mon regard reveur à mes moments perdus. Mais cela fait quelques temps que j’ai cessé de m’intéresser au grand soir. Il y a tant à vivre, dans tous les domaines, avec des alternatifs qui prêchent le "do it yourself" ici et maintenant, que je laisse ça aux militants tristes de tout bord :-)

J’espère que tu m’excusera de ne pas avoir répondu point par point à chacune des objections que tu soulevais mais j’ai voulu être le plus convaincant possible... Je doute d’y être parvenu, vu que je n’ai jamais réussi à convaincre quiquonque sur ce sujet jusqu’à maintenant. Enfin si tu as encore du temps à perdre, je peux répondre point par point, il me reste plein de temps libre. Mais j’imagine que j’en ai déjà mis assez... :-)))

respectueusement
severino

ps : quelques citations de Richard Barbrook à méditer...

"Les néo-libéraux pensent qu’Internet est un marché où l’information peut s’acheter et se vendre. L’ironie, c’est que rien de tout cela n’arrive. "

" Presque tous ceux qui se connectent passent le plus clair de leur temps à participer à l’économie du don, au lieu de se livrer à la concurrence commerciale. Et il n’y a aucun mouvement populaire réclamant que l’économie de marché soit introduite sur le Net. " [à part Pierre Levy, grand défenseur des causes perdues :-)))]