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12 août 2001, 15:43, par Serge H

Si tu utilise le terme "Marché des idées", tu admets que les idées sont
achetées et vendues et donc qu’elles ont des propriétaires.

Economiquement et légalement, elles en ont, quand les dits "propriétaires"
jugent intéressant de revendiquer la dite "propriété". Intellectuellement,
c’est beaucoup plus discutable : avez-vous une définition autre que
légale - i.e. philosophique par exemple - de la "propriété intellectuelle" ?
Car sans définition, inutile de discuter sur un mot ou une expression.

D’ailleurs vous le dites vous-mêmes : La propriété intellectuelle est une invention récente,
ce qui veut dire que ce n’est pas une évidence philosophique, quelque chose
qui va de soit et serait ontologiquement liée à l’activité intellectuelle, puisque
des millénaires se sont passés sans que les "producteurs" d’idées
(pour reprendre la douteuse terminologie économique) ne songeassent à
réclamer les droits de leur "propriété".

D’ailleurs le terme d’idées lui-même est trompeur puisque, me semble-t-il,
ce sont des procédés que l’on brevète (au moins
en Europe). Or, si les procédés sont bien l’application d’une idée,
ils ne sont pas l’idée elle-même, et d’autre part toutes les idées
ne sont pas susceptibles de donner lieu à un procédé : la généralisation
sémantique est fallacieuse, quoique très couramment utilisée pour
breveter des choses qui ne devraient pas l’être.

C’est justement la mise en place de la propriété
intellectuelle (brevets, etc.) qui a permis le libre développement des nouvelles
idées dans tous les domaines en protégeant les inventeurs de l’appropriation
*par la force* des puissants en place et en instaurant une autre forme de
régulation que celle du monopole intangible accordé par l’Etat.

Vous pourriez noter que la dite régulation est de plus en plus
biaisée puisque le sport à la mode dans toutes les entreprises "high-tech"
est de breveter le plus d’"idées" bidon (cf. l’exemple caricatural mais réel du
lien hypertexte).

La propriété intellectuelle a peut-être été une réponse à l’appropriation
par la force des idées brevetées ; elle n’est nullement la seule réponse
possible, à mon humble avis.

Les gens du 18ème siècle qui étaient pour le laisser-faire, laisser passer
(donc contre les barrières douanières) n’étaient absolument pas contre la
propriété. De même, je suis pour la libre circulation de l’information (comme
d’ailleurs de tout le reste, y compris des humains), ce qui ne signifie pas que
je sois pour la suppression de la propriété privée.

C’est juste une analogie, pas un argument rationnel en faveur de votre position.
D’ailleurs, vous noterez que les dits "gens du 18ème siècle" étaient
des bourgeois, donc bien évidemment n’avaient aucun intérêt à abolir
la propriété de leurs propres biens matériels.

Surtout vous passez sous silence, lors de cette analogie, le principal
argument de Severino ainsi que de tous les opposants à la brevetabilité
des idées, algorithmes... c’est-à-dire que le mode de transmission
des biens matériels est intrinsèquement différent de celui des "biens"
immatériels, informationnels. A savoir que si vous prenez la voiture
de quelqu’un, il n’a plus sa voiture. Si vous prenez l’idée de quelqu’un,
l’idée a simplement été reproduite, dupliquée : il n’y a pas de perte.
Faisant l’impasse sur cette différence fondamentale, c’est de façon
totalement indue que vous utilisez plus loin le terme de vol, et
faites un parallèle sous-entendu avec le communisme
(qui d’ailleurs ne supprima nullement la propriété matérielle,
mais la transféra simplement à l’Etat, aux corps bureaucratiques...)
- parallèle d’autant plus idiot que vous dites plus loin vouloir
étudier "la
propriété collective des moyens de production", le communisme
servant ainsi tantôt de repoussoir, tantôt de référence idéologique, au gré
de vos besoins en matière de démonstration.

Je
rappelle que ce qui fait la beauté de ces nouvelles pratiques est le caractère
volontaire de la renonciation à l’appropriation.

Cet argument de "beauté" (une espèce de romantisme révolutionnaire
en quelque sorte) est totalement déplacé dans votre
raisonnement qui ne se base que sur l’efficacité économique.
Surtout, finalement, perdre ses privilèges serait un choix
honorant, mais nullement obligatoire, chacun ayant l’alternative
entre la grandeur d’esprit et l’enrichissement personnel
(puisque, comme vous le savez, la propriété intellectuelle
est instrumentalisée par les entreprises pour essayer de
se constituer une rente).
C’est une conception bien peu novatrice, et efficace, de la réforme politique :
l’appel à la charité et aux bons sentiments de chacun.

a+

S.H.