Tu dis que je suis contre "La libre circulation de l’information". Cela me semble vraiment étrange, surtout pour quelqu’un qui a lu certains de mes livres. Puisqu’il m’est permis de répondre : Non, je ne suis pas "contre la libre circulation de l’information"
Je te cite " En effet, il oublie que la
propriété intellectuelle pose autant de barrière au marché des idées, que l’Ancien Régime posait de barrière au marché des biens matériels. L’intelligence collective a besoin de la libre circulation de l’information pour révéler tout son potentiel..."
Si tu utilise le terme "Marché des idées", tu admets que les idées sont achetées et vendues et donc qu’elles ont des propriétaires.
L’ancien régime garantissait des monopoles à des groupes privilégiés, ce qui bloquait les innovations. C’est justement la mise en place de la propriété intellectuelle (brevets, etc.) qui a permis le libre développement des nouvelles idées dans tous les domaines en protégeant les inventeurs de l’appropriation *par la force* des puissants en place et en instaurant une autre forme de régulation que celle du monopole intangible accordé par l’Etat.
La propriété intellectuelle est une invention récente et précieuse qui a énormément favorisé l’innovation. La supprimer n’arrangerait certainement pas les choses. Je crois au contraire qu’il faut continuer à innover dans ce domaine
Les gens du 18ème siècle qui étaient pour le laisser-faire, laisser passer (donc contre les barrières douanières) n’étaient absolument pas contre la propriété. De même, je suis pour la libre circulation de l’information (comme d’ailleurs de tout le reste, y compris des humains), ce qui ne signifie pas que je sois pour la suppression de la propriété privée.
Le copyleft, le logiciel libre et autres formes juridiques innovantes, que j’admire, approuve et encourage (pas du tout du bout des lèvres) supposent un système juridique où la propriété privée est protégée et règlementée. Je rappelle que ce qui fait la beauté de ces nouvelles pratiques est le caractère volontaire de la renonciation à l’appropriation. Je suis persuadé que nous trouverons des solutions techniques et juridiques permettant d’optimiser l’usage collectif des informations. Le vol n’est pas une solution. Regarde l’histoire économique : chaque fois que l’on a supprimé la propriété privée "pour le bien du peuple", c’est le peuple qui en a le plus souffert.
Je te cite encore " hors sujet : On ne peut pas comparer ainsi la propriété collective des moyens matériels de production, et celle des idées... que l’on peut dans ce cas aussi nommer "libre circulation de l’information". Raisonner en terme de "privé" et de "public" ne rime à rien quand on parle des idées."
Pourquoi ? La propriété intellectuelle existe bien : brevets, droits d’auteurs, etc., sans parler des références et des citations... C,est préciséemt ce qui est en question, pourquoi dire que ça ne rime à rien d’en parler ?
J’ai l’impression que tu n’as pas bien saisi ma thèse principale : les idées SONT le principal moyen de production d’aujourd’hui (production de choses ou production d’information). Il est donc tout à fait pertinent de discuter de la propriété collective des moyens de production.
L’espace fondamental est celui des idées et c’est précisément de cet espace fondamental dont nous discutons l’appropriation. J’essaye de montrer dans l’article dont tu parles en quoi la propriété intellectuelle est différente de la propriété territoriale : 1) l’espace des idées est potentiellement infini et 2) la propriété intellectuelle finit TOUJOURS par se transformer en propriété collective (le domaine public). Ceux qui travaillent à agrandir leur domaine privé travaillent donc nécessairement pour le domaine public à moyen terme.
Il serait dommage que l’occasion fantastique qui nous est donnée d’innover pour le mieux dans toutes les dimensions grâce aux espaces de liberté ouverts par le cyberespace se réduise au slogan néomarxiste d’abolition de la propriété privée, ce qui serait une solution de facilité désastreuse, une régression et une solution de facilité. Pour ceux qui veulent en savoir plus, voir le dernier numéro de Multitudes... et Hayek.
Quand à ce qui concerne mon propre cas, le contenu de la plupart de mes livres est lisible sur le Net, mais ne le répétez pas à mes éditeurs.
Attention à la pensée-réflexe. La pensée est toujours création, risque, "irrécupérabilité", remise en question de toutes les orthodoxies (y compris l’orthodoxie critique néomarxiste). Tu as raison de remarquer que je ne dis pas tout le temps la même chose. Je cherche. Je ne suis pas Lévyiste. J’espère bien que personne d’autre non plus. L’intelligence collective ne s’enrichit qu’en produisant toujours de nouvelles différences.
Bonjour Severino,
Tu dis que je suis contre "La libre circulation de l’information". Cela me semble vraiment étrange, surtout pour quelqu’un qui a lu certains de mes livres. Puisqu’il m’est permis de répondre : Non, je ne suis pas "contre la libre circulation de l’information"
Je te cite " En effet, il oublie que la
propriété intellectuelle pose autant de barrière au marché des idées, que l’Ancien Régime posait de barrière au marché des biens matériels. L’intelligence collective a besoin de la libre circulation de l’information pour révéler tout son potentiel..."
Je te cite encore " hors sujet : On ne peut pas comparer ainsi la propriété collective des moyens matériels de production, et celle des idées... que l’on peut dans ce cas aussi nommer "libre circulation de l’information". Raisonner en terme de "privé" et de "public" ne rime à rien quand on parle des idées."
Il serait dommage que l’occasion fantastique qui nous est donnée d’innover pour le mieux dans toutes les dimensions grâce aux espaces de liberté ouverts par le cyberespace se réduise au slogan néomarxiste d’abolition de la propriété privée, ce qui serait une solution de facilité désastreuse, une régression et une solution de facilité. Pour ceux qui veulent en savoir plus, voir le dernier numéro de Multitudes... et Hayek.
Quand à ce qui concerne mon propre cas, le contenu de la plupart de mes livres est lisible sur le Net, mais ne le répétez pas à mes éditeurs.
Attention à la pensée-réflexe. La pensée est toujours création, risque, "irrécupérabilité", remise en question de toutes les orthodoxies (y compris l’orthodoxie critique néomarxiste). Tu as raison de remarquer que je ne dis pas tout le temps la même chose. Je cherche. Je ne suis pas Lévyiste. J’espère bien que personne d’autre non plus. L’intelligence collective ne s’enrichit qu’en produisant toujours de nouvelles différences.
Cordialement
Pierre Lévy