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> Faut-il jeter à l’eau le terme "intelligence collective" en même temps que Pierre Lévy ?

10 août 2001, 11:44, par severino

Salut Lirresponsable

J’ai lu ton article jusqu’à la moitié... et j’ai lu aussi la conclusion. J’en ai retenu que Pierre Lévy faisait une utilisation plus "poétique" que rigoureuse de ses collections de sources philosophiques. Mais quels efforts pour en arriver là ! Je parierai que ta principale motivation était la réflexion en soi (l’art pour l’art en fait, pour ne pas dire la m° intellectuelle. Bande d’intellos :-).

Bon j’ai toujours lu les passages philosophiques de Pierre Levy en diagonal, en me disant "il raconte n’importe quoi, il plane dans son trip mystique". Et moi de planer dans le mien en imaginant des phénomènes d’apparition de la vie au sein des réseaux, voire d’une sorte de volonté intentionnelle collective. Faudra que je me relise Neuromancien de William Gibson, et que je regarde si zont sorti des nouveaux trucs en SF cyberpunk. Puis hop, je passe à autre chose, on ne peut pas faire que planer dans la vie (malheureusement... gare aux effets secondaires).

C’est dire que ton article confirme mon impression... mais je laisse le débat aux passionnés (note que je n’ai pas dit "aux spécialistes")... Désolé mais je n’ai pas été accroché par le détail des problématiques de ton article. C’est pas grave, je voulais en fait parler d’autre chose. (Et hop :-)

PIERRE LEVY EST-IL ENCORE RECUPERABLE ? :-)

Non, non et non. J’avais bien aimé son bouquin "l’intelligence collective"... Et pas mal de réflexions avancées dans son ouvrage "cyberculture" furent des révélations. kif à donf. La notion "intelligence collective" reflétait bien la fascination que j’éprouvais : plusieurs individus bien organisés spontanément en réseau pouvaient voir leur puissance de recherche décuplé. Du coup j’ai fait des efforts surhumains pour lire avec ouverture d’esprit "World Philosophie" tout en espérant ne pas être en train de me faire lobotomiser par une secte socio-biologique ultralibérale néo-darwiniste new-age :-( J’y ai trouvé des concepts intéressants comme la "coopération compétitive", les plus coopératifs seront les plus compétitifs. Allez, pardonné.

TROP, C’EST TROP !

Mais son dernier article publié dans le dernier numéro de la revue Multitudes (ce qui prouve leur ouverture d’esprit :-) m’a écoeuré. Il y défend l’idée que la propriété intellectuelle est nécessaire au phénomène de l’intelligence collective, en se basant sur une argumentation libérale : l’argent attire, motive, circule. C’est vrai que l’argent motive (c’est pour cela que le capitalisme de marché a triomphé) mais c’est un peu court comme argument. En effet, il oublie que la propriété intellectuelle pose autant de barrière au marché des idées, que l’Ancien Régime posait de barrière au marché des biens matériels. L’intelligence collective a besoin de la libre circulation de l’information pour révéler tout son potentiel... C’est une évidence que l’histoire des logiciels libres a prouvé à tout jamais.

Croire que les investissements capitalistes de recherche, aujourd’hui encore protégés par la propriété intellectuelle, sont irremplaçables d’une part, et qu’ils disparaîtront en cas d’atteinte à la PI d’autre part, est une misère de la pensée pour quelqu’un qui parle d’intelligence collective depuis 10 ans.

Je le cite (L’anneau d’or, Intelligence collective et propriété intellectuelle) :

" [...] Mais je ne crois pas que ce communisme inattendu puisse se fonder sur une propriété collective intégrale des idées (c’est à dire des moyens de production contemporains). En effet, l’expérience historique montre, premièrement, que la propriété collective -ou étatique- intégrale et obligatoire des moyens de production se trouve presque toujours associée à la négation de la liberté et de la responsabilité individuelle, comme des libertés politiques. De plus, elle favorise moins que la propriété individuelle la croissance et la prospérité générale. En revanche, lorsqu’elle est librement choisie, la propriété collective peut se révéler à la fois productrice et libératrice : ... [...]"

OK OK D’accord, mais hors sujet : On ne peut pas comparer ainsi la propriété collective des moyens matériels de production, et celle des idées... que l’on peut dans ce cas aussi nommer "libre circulation de l’information". Raisonner en terme de "privé" et de "public" ne rime à rien quand on parle des idées. D’ailleurs c’est en s’appuyant sur un raisonnement inverse qu’un nombre croissant de libertariens et de libéraux revendiquent la "collectivisation des idées"... au nom des vertus de cette fameuse "intelligence collective" que l’on peut dans ce cas également appeler "main invisible de l’information". :-)))

" [...] Le raisonnement suivant : ’Puisque les signes sont numérisables, donc ubiquitaires dans le réseau ils appartiennent à tout le monde’ ne me semble pas entièrement convaincant. La propriété intellectuelle ne sert pas seulement les intérêts des puissants (ce qu’elle fait, bien entendu), elle joue aussi un rôle essentiel dans l’économie de l’intelligence collective. Il est bon qu’un circuit vertueux vienne nourrir en retour les zones de l’esprit collectif qui produisent les meilleurs fruits. Mais si la finalité ultime est bien la vitalité de l’intelligence collective, la puissance d’expansion de sa couronne d’or, la propriété intellectuelle classique peut parfois ne pas constituer la meilleure solution. Dans certains cas, une renonciation volontaire à l’appropriation des idées (des noms, des textes, des images, des musiques, des programmes, des procédés techniques, etc) peut permettre aux idées de produire plus de sens et d’événement dans l’intelligence collective. [...]"

Pierre Levy reconnait donc le phénomène du Copyleft, mais du bout des lèvres, comme une réalité génante qu’il faut rajouter à sa théorie puisque c’est un fait. Il dénonce par contre toute atteinte à la sacro sainte loi de la propriété, garantie de la liberté et de la responsabilité... continuant à confondre le paradigme matériel et immatériel... et nous parle du méchant Napster. Or, l’intelligence collective semble justement s’épanouir là où la PI est modifiée, inversée, détournée, ignorée, secondaire... Et c’est aussi elle qui permettra de compenser les baisse d’investissement financier dans la recherche, le jour prochain où nous nous seront libérés de la PI, la prohibition intellectuelle !

PIERRE LEVY CONTRE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE. (Toute religion à son Judas. Sans rancune :-)

Mais on comprend mieux son aveuglement en arrivant sur la fin du paragraphe :

" [...] Les pratiques de mutualisation des ressources informationnelles sont certainement promises à un grand avenir, mais sous des formes probablement différentes de celles que nous avons vu se déployer depuis quelques années. Je n’énonce rien d’original en disant qu’il faudra trouver des moyens de rémunérer les créateurs."

On le connaissait plus enthousiaste, plus prompte à s’emballer sur la mise en réseau des intelligences individuelles. Mais quelque chose le retient : l’argent, peut-être le sien, celui de ses droits d’auteur. Loin de moi de le soupçonner de mesquinerie : la question de l’argent est importante, nous ne sommmes pas de pure esprit. Mais si cet élément doit-être intégrer à la réflexion globale, il semble ici la bloquer complètement. Il refuse d’analyser les phénomènes d’intelligence collective "bénévoles" qui sont majoritaires parceque leur extrapolation pose un problème de revenu. Or le revenu pécunier de l’intelligence collective est indirect (exemple caricatural : IBM et LINUX)... Et lorsque cela ne suffit pas, c’est à dire lorsque le marché sans la PI ne permet pas de financer d’une façon ou d’une autre une "idéé" que des individus désirent, que faire alors ? Il y a le "bénévolat", le "militantisme" pour influencer les financements publics, les dons, le revenu d’existence, la spontanéité, la liberté en bref. Et si cela ne suffit pas, he bien peut-être qu’il apparaîtra alors au yeux de tous que ça vaut le coup de se faire une petite révolution (ou grandes réformes). Mais si dès le départ on commence comme Pierre Levy, pourtant souvent utopiste, a dire : attention, n’allons pas nous intéresser à ceci cela, ce n’est pas réaliste, hola, et les droits d’auteur alors, moi ça va, mais les autres, et Moreno alors !

Bref, Monsieur Lirresponsable, c’est bien sympatique de décortiquer les sources philosophiques malmenés de Pierre Levy (Non mais quel pirate, ce philosophe :-) mais comme dirait Arlette Laguiller "Il y a des luttes prioritaires". (Hein, si, elle l’a surement dit. Tout le monde le dit au moins une fois dans sa vie. Non. ha, bon, ben tan pis).

Conclusion
En Aout, allez plutôt faire la fête et l’amour sur la plage, plutôt que de lire uZine2, que, contrairement au journal Le Monde, on ne peut pas emporter... à moins de l’imprimer et de le vendre à la crieé avec des beignets. Bref allez tous vous faire (...) aimer. Il faut rigoler, et c’est pas pratique avec un ordi sous le bras et les pieds dans l’eau.

A+
severino
(quel con, quel con, non mais quel con dès fois)