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> Quand le débat continue d’amuser les zozos qui débattent

17 septembre 2000, 22:02, par Kirikou l’animateur (Ariel K. encore !)

Cher Lirresponsable,

Merci de votre dévouement ainsi que de la témérité de votre pseudo.

Nous avons, je le crois, un désaccord de fond : vous croyez au tout ou rien. À la pureté. Moi pas.

Vous écrivez en effet : " Puisqu’il faut bien manger (personne ne dit le contraire), plutôt bosser par pragmatisme pour Vizzavi, site qui apparaît pour ce qu’il est, plutôt que pour un projet contre-productif (les marchands masqués, si vous voulez, qui en plus de sercices Wap-iti, vous vendent de l’Ethique-du-Net). "

Je trouve cette assertion manichéenne, pire : réactionnaire. Le pragmatisme qui se veut autre chose qu’une simple lâcheté, justement, consiste à tout faire sur le chemin de ses convictions plutôt que d’accepter systématiquement de pondre la merde qui sert de langue de baobab aux plus puissants des marchands. Le pragmatisme, c’est refuser de livrer de la merde lorsqu’on vous demande de livrer de la merde. Pas l’inverse : accepter de livrer de la merde parce que celui qui vous le demande parle au nom d’une multinationale que vous jugez merdique. D’un côté, vous vous mesurez avec franchise à celui dont l’argent vous nourrit (vous lui dîtes, en face, ce que vous pensez de sa demande, et vous vous battez contre lui pour une voie meilleure, et vous négociez sans cesse au risque de tout perdre), de l’autre vous acceptez tout en riant sous cape (" ah le salaud, il ne sait pas ce que je pense de sa merde que je sors pour son plaisir "). Observez d’ailleurs votre vocabulaire ; " contre-productif ", n’est-ce pas un terme de marchand ? Perso, je me contrefous de la productivité. Et je ne fais pas de racisme anti-marchand. Avant de les juger, marchands comme WASP ou gitans (pour ne citer qu’eux), je les rencontre, je discute. En individus... Après l’avoir rencontré, lui et son Langre, j’apprécie par exemple mon marchand de fromager.

Votre erreur vient de loin. Certes, Vivendi est une entité qui fait peser un danger grave sur la démocratie, et le jeu de lego capitaliste de Messier dénote d’un désir de contrôle de nature totalitaire. Mais entre les actes et la réalité de ce contrôle, il y a un monde. Ne serait-ce que parce que Vivendi n’est pas une entreprise mais une multitude de structures sans rapport les unes avec les autres, entre les mains d’individus, bons ou mauvais, mais souvent libres de leurs décisions au jour le jour. J18M ne contrôle pas les petits labels qui dépendent d’Universal, pas plus qu’il ne contrôle tous les contenus de Canal+ ou les contenus de powow.net (de par notre contrat et notre détermination à le faire respecter). Messier tenterait ce contrôle absolu sur TOUS les contenus émanant de ses projets ou organisations qu’il ne pourrait plus arguer de sa tempérance démocratique… Le masque tomberait illico, et avec ce masque encore un peu de ce qui reste de nature démocratique dans notre système profondément oligarchique. Heureusement, un grand nombre d’individus résistent par leur action quotidienne à l’emprise de ce pouvoir (les gens de L’Autre Web de Canal Plus par exemple). Cette résistance, elle va de l’ouvrier qui choisit le farniente comme mode d’opposition à tous ceux dont le statut permet une résistance plus officielle, passive ou active. ET J’AI LE SENTIMENT QUE LES ACTES DE CES INDIVIDUS, PRESERVANT UNE ÉTHIQUE AU SEIN D’UNE ENTITE SANS AME, SONT COMPLEMENTAIRES DE LA CRITIQUE EXTERNE AUXQUELS SE LIVRENT DES SUPPORTS COMME UZINE OU CHARLIE HEBDO.

Powow.net sert Vivendi. Je ne le nie pas. Mais il représente également un îlot de liberté au sein des entreprises du Groupe et des supports qu’il finance. Et ça, cela vaut le compromis. Tout comme mon rôle de bouffon. Mais je vous rassure, je suis d’accord avec vous : les palabres de Powow.net ne remplaceront jamais la critique radicale et naturellement indépendante de Uzine. Mieux : Powow.net n’aurait aucun sens si ces critiques n’existaient pas. Et c’est bien pourquoi je signe bien des diatribes hors des tipis de Powow.net, en des lieux où je ne me fais guère rétribuer. C’est ce que j’appelle assumer ses contradictions, jouer avec au lieu de se cacher derrière son petit doigt anticapitaliste. C’est notre malheur : nous, qui considérons que notre société marche sur sa tête, nous devons tirer des deniers du monstre capitaliste. Alors autant s’en jouer avec art et honnêteté, créer de douteux projets riches en passions avec des mammouths friqués et participer par ailleurs à de probes magazines en toute licence pamphlétaire et gratuite. Car, voyez-vous, l’un n’exclut pas l’autre. Et je me sens à l’aise dans les deux, tant que le compromis ne se change pas en compromission comme vous le suggérez par votre appel à plonger les deux mains dans la merde. Dit autrement : à la schizophrénie totale que vous me proposez, je préfère ma schizophrénie relative et parfaitement assumée. Surtout pour le plaisir de ces débats qui me ravissent.

Amitiés à cet ami sans nom qui me veut un bien sans nom (et qui ne laisse même pas son mail, ô le gros vilain !)

Ariel