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> Quand le débat continue vers l’alternatif (tm)

16 septembre 2000, 16:01

Cher Kirikou,

Il y a plusieurs contradictions dans votre "défense", aussi c’est sans doute avec profit que vous pourrez y répondre ; encore faut-il qu’on les mentionne (à nouveau), c’est pourquoi, par sympathie, je me dévoue.

Le premier point : L’ami davduf est pourtant assez clair avec son image de hold-up et la question de la compromission, terme auquel vous préférez celui de réforme (et c’est bien compréhensible, puisque l’intégrité c’est sectaire et la révolution c’est pour les crétins ; en simplifiant un peu).

Il y a en effet une légère tension entre se présenter comme le trublion indépendant (’achement malin, qui fait la nique au sale capitaliste en lui prenant ses dollars pour lui cracher dessus)et la réalité : servir de caution et de vitrine à une entreprise qui se veut à l’origine d’un débat éthique (tm) sur le Net.

Votre défense est, en passant, très proche de celle de K.Zéro autre trublion de l’Etablissement sans compromis avec une liberté de parole totale (tm), sauf à quelques détails : cinéma, marché public de l’eau, foot (on peut alors parler de Lepen, ça occupe).

Ce que montre l’article de l’amie Mona par une citation (heureusement conservée...) :

"Car ce que pensent en substance les acteurs du projet, c’est que Vivendi n’est ni légitime ni crédible pour attirer sur son nom les internautes… Le groupe Vivendi peut initier un dialogue, le rendre possible, mais pas le porter. "

C’est le problème (légitimité, crédibilité). Il faut donc, du point de vue de Vivendi, trouver ou financer une structure super-autonome bien sûr (d’ailleurs y’a un contrat), car les capitalistes savent bien qu’on ne contrôle pas par l’argent (et d’ailleurs leur objectif n’est pas le profit, faut vraiment êre un gauchiste arriéré pour en rester là). Structure qui va servir de relais.

Nouveau problème : que mettre sur le site autonome et indépendant ?

Il est bien évident que si l’on y trouve uniquement la prose de M. Séguéla de chez Havas, l’ensemble manque un peu de crédibilité (et d’intérêt). D’où la nécessité d’avoir recours à de vrais acteurs, c’est à dire de donner la parole à des indépendants.

Donc, sans vouloir lancer un quelconque procès (on relève ici uniquement des évidences), vous êtes obligé d’accorder cette parole, que vous le vouliez ou non. Dire que : c’est super-jubilatoire, on relaie du contestataire qui va faire réfléchir les crétins (de masse), vous voyez qu’on est utile puisque grâce à nous le "bon discours" touche un large public, dissimule la nécessité structurelle d’un tel recours et d’autre part escamote la critique légitime d’être l’outil au service de Vivendi.

Ce que soulève l’ami Davduf en se demandant si l’évolution va vous conduire du côté de la danseuse ou de l’affrontement. Vous savez bien (vos réponses le montrent)que tout pouvoir a intérêt à avoir un bouffon (les limites de la critique autorisée).

C’est pourquoi, on peut être en désaccord avec votre dernière affirmation :

"Ce pognon sera toujours mieux dépensé à donner la parole à un hacker ou au pote Blondeau qu’à monter un bien morne Vizzavi."

Puisqu’il faut bien manger (personne ne dit le contraire), plutôt bosser par pragmatisme pour Vizzavi, site qui apparaît pour ce qu’il est, plutôt que pour un projet contre-productif (les marchands masqués, si vous voulez, qui en plus de sercices Wap-iti, vous vendent de l’Ethique-du-Net).

Reste le problème soulevé par votre camarade Rachid : l’autisme des publications sectaires ou le militantisme borné.

On peut faire le pari (mais c’est un risque) que ceux qui défendent la liberté d’expression contre la marchandisation du net, organisent collectivement leurs réflexions, la propre diffusion de leur parole, l’accueil de discussions (par exemple et au hasard, en montant Uzine2) et trouvent un public, sans aller quémander du pognon et signer des contrats.

On peut bien-sûr objecter la circularité, ce que fait votre camarade Rachid ("prêcher des convaincus"). Mais l’alternative qu’il propose (avec vous) pour résoudre le problème est inadéquate (cf. plus haut).

On peut aussi penser qu’en ces temps de prolifération des produits, un étiquetage clair est préférable pour les consommateurs égarés. La fameuse traçabilité, avec un label (Sans Vivendi à l’intérieur)...Et puis au delà du bulletin d’information, à la parole monolithique et sans surprise, la publication en ligne offre plus de souplesse (forum, publication facile). Et l’internaute peut surfer ailleurs, alors que notre lecteur du Figaro n’achète pas Charlie.

Enfin, l’amie Mona a parfaitement raison : Vivendi accueille la parole constestataire parce que cela lui est plus profitable (à un premier niveau, en terme d’image et de crédibilité). Donc, mieux vaut écrire sur Uzine2 que sur Powow, quand Vizzavi n’est pas son idéal. Et puis, on sait comment ont fini les indiens qui palabrent, pendant que les tuniques bleues réduisent la taille des réserves.

Amitiés à Davy CrOOket,

Lirresponsable