> Quand J2M suscite malgré lui un débat entre Kiki et Davduf
9 septembre 2000, 23:19, par Kiki (pour Ariel Kyrou)
Cher Davduf,
C’est avec plaisir (et sans tristesse aucune) que j’ai lu votre joli coup de rafale, et j’avoue être enchanté de ce dialogue naissant (si si) avec celui qui fut l’un des plus jolis pistoleros du Net.
J’aimerais, cher ami, vous poser une question : lorsque, sous une autre identité, vous grattez vos lignes pour l’un de nos plus estimables quotidiens nationaux (vous savez, ce papyrus qui vous permet de préférer votre fromager de quartier à la méga-usine à vendre du lyophilisé), et qu’ailleurs vous prenez la plume en toute radicalité, n’avez-vous pas quelque peu la peau à double face de ce bon vieux Janus ? Sachez-le quoi qu’il en soit de cette douce schizophrénie que nous partageons selon moi : vous n’avez pas à rougir de votre plume salariée, car le rouge sied parfaitement à votre art du compromis, et c’est – depuis longtemps – avec gourmandise que je lis votre prose.
Reste votre question : pourquoi donc ai-je accepté de travailler avec Vivendi ? Là encore, je tenterai une réponse franche, et donc, cela va de soi, en plusieurs points contradictoires :
La conscience tranquille : parce que je ne suis pas salarié de Vivendi, juste un mercenaire indépendant (en l’occurrence, et pour mon malheur, corsaire plutôt que pirate), et que Vivendi nous fout la paix, à moi et mon équipe (pas de relecture ni de censure, donc des âmes en paix)
L’évidence : pour des causes alimentaires (déjà mentionnées), et donc indirectement familiales (sans parler des amis que je fais bosser)
La mauvaise raison : Jean-Marie Messier n’est pas Jean-Marie Le Pen (J18M est plus intelligent et pas raciste pour un sou – même s’ils les aiment, les sous)
Le plaisir idéaliste : car powow.net sert de relais à des textes et des sites qui, sans lui, seraient moins sinon pas du tout visible (sans parler des arguments et plaidoyers si improbables que ceux de Canevet, de Géraud, de Blondeau et autres Pinhas pour maman Vivendi…)
La complexité bien pratique : tout se perd, cher ami, et le capitalisme n’est plus ce qu’il était, comme le démontre à merveille " Le Nouvel Esprit du capitalisme " (NRF) de Boltanski et Shapiero (je le dis de mémoire car ce gros paveton est si goûtu que je l’ai prêté…) ; le capitalisme mérite une critique de l’intérieur autant que de l’extérieur, loin du gauchisme immortel, et excelle pour qui sait le manier à intégrer son contraire…
La raison la plus drôle : les débats qui naissent de powow.net m’amusent au plus au point. Et j’aime à me prendre pour un laxatif, que ce soit des couillons fascisants, des crétins institutionnels ou encore des amis un peu trop bornés par une vieille idée du combat politique.
Quant au hold-up, l’image est séduisante mais exagérée, car elle ignore l’ambiguïté de ma démarche. Détournement je l’espère (de ma part), mais à condition de dire d’un même élan récupération (de la part de l’autre). Mais gare aux dérapages sectaires : ce mouvement se fait sans double langage, et sans trop de duperie (si si)... Je dirais plutôt que nous vivons dans deux voire plusieurs réalités (pour ne pas parler de nos médias plus ou moins libres à tous), et, pour pousser la provocation, que le sponsoring intéressé de Vivendi vaut bien la pub de bien des magazines où nous avons trempé notre plume… Toujours mon obsession vitale : d’un côté l’espace de compromis, qu’on pousse toujours vers le plus de liberté, et de l’autre l’espace sans compromis, rare, personnel, et qui ne se marie jamais à l’argent.
Enfin, sachez-le cher ami : je ne dîne jamais avec mes banquiers.
Cher Davduf,
C’est avec plaisir (et sans tristesse aucune) que j’ai lu votre joli coup de rafale, et j’avoue être enchanté de ce dialogue naissant (si si) avec celui qui fut l’un des plus jolis pistoleros du Net.
J’aimerais, cher ami, vous poser une question : lorsque, sous une autre identité, vous grattez vos lignes pour l’un de nos plus estimables quotidiens nationaux (vous savez, ce papyrus qui vous permet de préférer votre fromager de quartier à la méga-usine à vendre du lyophilisé), et qu’ailleurs vous prenez la plume en toute radicalité, n’avez-vous pas quelque peu la peau à double face de ce bon vieux Janus ? Sachez-le quoi qu’il en soit de cette douce schizophrénie que nous partageons selon moi : vous n’avez pas à rougir de votre plume salariée, car le rouge sied parfaitement à votre art du compromis, et c’est – depuis longtemps – avec gourmandise que je lis votre prose.
Reste votre question : pourquoi donc ai-je accepté de travailler avec Vivendi ? Là encore, je tenterai une réponse franche, et donc, cela va de soi, en plusieurs points contradictoires :
Quant au hold-up, l’image est séduisante mais exagérée, car elle ignore l’ambiguïté de ma démarche. Détournement je l’espère (de ma part), mais à condition de dire d’un même élan récupération (de la part de l’autre). Mais gare aux dérapages sectaires : ce mouvement se fait sans double langage, et sans trop de duperie (si si)... Je dirais plutôt que nous vivons dans deux voire plusieurs réalités (pour ne pas parler de nos médias plus ou moins libres à tous), et, pour pousser la provocation, que le sponsoring intéressé de Vivendi vaut bien la pub de bien des magazines où nous avons trempé notre plume… Toujours mon obsession vitale : d’un côté l’espace de compromis, qu’on pousse toujours vers le plus de liberté, et de l’autre l’espace sans compromis, rare, personnel, et qui ne se marie jamais à l’argent.
Enfin, sachez-le cher ami : je ne dîne jamais avec mes banquiers.
Avec toutes mes amitiés six bernés tiquent…
Ariel
Voir en ligne : powow.net