La question soulevée précédemment peut se moduler de la façon suivante : un sociologue est-il un scientifique ? Si non, de
quel droit taxe-t’il un astrologue de charlatan ? Accesoirement : pourquoi un sociologue tient-il a passer pour un
scientifique ? Et pour tout dire : des epistémologues (comme Kuhn ou Feyerabend) ont mis en doute la "scientificité" des
siences exactes ; dans ces conditions quid de la sociologie ?
On peut dire qu’une science dure se fonde sur deux criteres pour etre reconnue comme telle (je simplifie à outrance et
prend comme modele de science "dure" la physique - toujours en simplifiant) :
l’Hypothético-déductif : en partant de premisses données, on elabore un raisonnement qui suit les regles de la logique pour
en arriver à une conclusion (disons l’élaboration d’une nouvelle "loi"). Evidemment, ce principe de cohérence suppose que les
scientifiques reconnaissent les premisses comme valides. Typiquement un premisse peut etre : "par un point on ne peut faire
passer qu’une parrallèle à une droite" (ce premisse lui-même peut d’ailleurs etre invalidé, mais simplifions). L’ennui, c’est
qu’en sociologie, on a pratiquement autant de prémisses que d’auteurs. Dans ces conditions, les premisses apparaissent plutot
comme des prejugés ou présupposés idéologiques du dit auteur, ce qui ne milite pas en faveur d’une prétendue objectivité de
la sociologie.
La méthode expérimentale : comme la science pretend parler du réel, il est obligatoire de tester que la théorie est valide
en établissant un protocole expérimental permettant de vérifier que "ça marche". Ce protocole doit etre reproductible :
idealement tous les labos de recherche peuvent réitérer l’expérience, et vérifier "qu’elle marche". La théorie est validée,
dans ces conditions. Inutile de dire que la sociologie est bien incapable de mettre en oeuvre des protocoles expérimentaux ;
dans le meilleur des cas, les expériences portent sur des echantillons très restreints d’individus dont on a décidé qu’ils
étaient représentatifs. Le protocole lui-même est tellement entaché de subjectivité (ou d’idéologie) qu’il n’est de toute
façon pas reproductible ; on voit mal un sociologue libéral ne fusse qu’accepter de mettre en oeuvre un protocole Bourdivin
(si tant est que cela existe) car il jugera (à juste titre) que les présupposés et la méthodologie ne sont valides que pour
leur auteur.
Remarquons que l’astrologie part de premisses (les planetes ont une influence sur les individus) et dans le meilleur des cas
peut arriver à tenir un raisonnement vaguement cohérent à partir de cela. Ne parlons même pas de protocoles expérimentaux,
mais apres tout, c’est le cas de la sociologie aussi.
Un petit truc permet de faire passer un vague raisonnement pour quelque chose de scientifique : l’utilisation
outrancière de procédés à vocation mathématiques ; typiquement l’utilisation de méthodes statistiques en sociologie.
L’astrologie fait elle aussi appel à de douteuses - mais bien réelles - connaissances en astronomie (après tout les tables
d’éphémérides sont on ne peut plus "exactes"). Mais il est bien évident que l’emploi de schémas avec des abscisses/ordonnées
ne prouvent strictement rien quant à la scientificité d’une discipline. Il est parfaitement possible d’établir - par exemple
une courbe logarythmique pour mettre en evidence la correlation entre la longueur des orteils et le QI. Les charlatans
(numerologues, astrologues, etc ...) ne s’en privent d’ailleurs pas.
La question en fait est posée de savoir ce qui permet à la sociologie de se poser en science. Comme on vient de le voir
certainement pas sa "scientificité". La sociologie est apparue à la fin du 19eme siècle, en plein délire scientiste, avec la
prétention à traiter les faits sociaux comme des choses (Durkheim). Outre qu’il serait interessant de savoir comment
on décide de ce qu’est un fait social (et ce qui ne l’est pas), il apparait que la sociologie s’est developpée dans le
sillage de la prétention à arraisonner tout le réel par la méthode scientifique, et les faits humains (sociaux, ici) dans la
foulée. Actuellement, la physique est un peu revenue sur la posibilité d’une telle entreprise (en ce qui la concerne), et on
peut se dire que la sociologie s’est imposée par sa prétention à arraisonner le social, et non pas grace à sa capacité
à le faire. Elle a bénéficié du Zeitgeist d’une époque, pourrait-on dire.
De surcroit, on peut aussi se dire qu’une discipline est reconnue comme science à partir du moment où elle est justement
reconnue comme telle par l’establishment (scientifique). Tautologie, certes, mais qui signifie en substance qu’une science
est reconnue comme telle à partir du moment où elle est enseignée en tant que telle, où il existe des chaires ad hoc, etc ...
Ce qui nous amene à la notion de consensus. Et aussi sur les méthodes pratiques qu’ont employées les tenants de
la nouvelle discipline pour l’imposer. Et il est interessant de voir comment en pratique les Durkhiemiens (en France)
ont fait pour imposer leur vision de la sociologie (en éliminant de la course à la respectabilité les disciples de
Tarde ou de Le Bon, par exemple). On en revient d’ailleurs au Zeitgeist.
C’est d’ailleurs le but de Mme Tessier : faire de l’entrisme dans les milieux universitaires pour qu’à terme sa discipline
finisse par bénéficier d’un consensus similaire.
Evidemment, je n’épuise pas le sujet, loin s’en faut (ne fusse que parce qu’une science dure elle-même ne passe pas
necessairement sous les fourches caudines qui lui servent de pied d’estal - et dont j’ai donné des versions très simplistes.
Raison de plus pour s’en tenir à une modestie de bon aloi, et à eviter de donner un peu facilement le label de "science").
Mais reste la question fondamentale : en quoi la sociologie est une science ? Et surtout : pourquoi un sociologue tient-il a
passer pour un scientifique ?
Une dernière chose : si la sociologie etait une science, comment un type comme Maffesoli pourrait oeuvrer, surtout au poste
où il est ? En physique, il pourrait un temps faire illusion, mais la rigueur des protocoles expérimentaux mettrait
rapidement à nu la supercherie, et il ne pourrait exercer très longtemps.
Il est donc un peu agaçant de voir des sociologues se poser en scientifiques et traiter une Tessier de charlatans, meme si en l’occurence, elle l’est ...
(une etude epistemologique comparée sur les prétentions de la sociologie et de l’astrologie à la scientificité serait d’ailleurs des plus interessante).
Oui, c’est moi que je reviens. Avec de la doc.
La question soulevée précédemment peut se moduler de la façon suivante : un sociologue est-il un scientifique ? Si non, de
quel droit taxe-t’il un astrologue de charlatan ? Accesoirement : pourquoi un sociologue tient-il a passer pour un
scientifique ? Et pour tout dire : des epistémologues (comme Kuhn ou Feyerabend) ont mis en doute la "scientificité" des
siences exactes ; dans ces conditions quid de la sociologie ?
On peut dire qu’une science dure se fonde sur deux criteres pour etre reconnue comme telle (je simplifie à outrance et
prend comme modele de science "dure" la physique - toujours en simplifiant) :
en arriver à une conclusion (disons l’élaboration d’une nouvelle "loi"). Evidemment, ce principe de cohérence suppose que les
scientifiques reconnaissent les premisses comme valides. Typiquement un premisse peut etre : "par un point on ne peut faire
passer qu’une parrallèle à une droite" (ce premisse lui-même peut d’ailleurs etre invalidé, mais simplifions). L’ennui, c’est
qu’en sociologie, on a pratiquement autant de prémisses que d’auteurs. Dans ces conditions, les premisses apparaissent plutot
comme des prejugés ou présupposés idéologiques du dit auteur, ce qui ne milite pas en faveur d’une prétendue objectivité de
la sociologie.
en établissant un protocole expérimental permettant de vérifier que "ça marche". Ce protocole doit etre reproductible :
idealement tous les labos de recherche peuvent réitérer l’expérience, et vérifier "qu’elle marche". La théorie est validée,
dans ces conditions. Inutile de dire que la sociologie est bien incapable de mettre en oeuvre des protocoles expérimentaux ;
dans le meilleur des cas, les expériences portent sur des echantillons très restreints d’individus dont on a décidé qu’ils
étaient représentatifs. Le protocole lui-même est tellement entaché de subjectivité (ou d’idéologie) qu’il n’est de toute
façon pas reproductible ; on voit mal un sociologue libéral ne fusse qu’accepter de mettre en oeuvre un protocole Bourdivin
(si tant est que cela existe) car il jugera (à juste titre) que les présupposés et la méthodologie ne sont valides que pour
leur auteur.
Remarquons que l’astrologie part de premisses (les planetes ont une influence sur les individus) et dans le meilleur des cas
peut arriver à tenir un raisonnement vaguement cohérent à partir de cela. Ne parlons même pas de protocoles expérimentaux,
mais apres tout, c’est le cas de la sociologie aussi.
Un petit truc permet de faire passer un vague raisonnement pour quelque chose de scientifique : l’utilisation
outrancière de procédés à vocation mathématiques ; typiquement l’utilisation de méthodes statistiques en sociologie.
L’astrologie fait elle aussi appel à de douteuses - mais bien réelles - connaissances en astronomie (après tout les tables
d’éphémérides sont on ne peut plus "exactes"). Mais il est bien évident que l’emploi de schémas avec des abscisses/ordonnées
ne prouvent strictement rien quant à la scientificité d’une discipline. Il est parfaitement possible d’établir - par exemple
(numerologues, astrologues, etc ...) ne s’en privent d’ailleurs pas.
La question en fait est posée de savoir ce qui permet à la sociologie de se poser en science. Comme on vient de le voir
certainement pas sa "scientificité". La sociologie est apparue à la fin du 19eme siècle, en plein délire scientiste, avec la
prétention à traiter les faits sociaux comme des choses (Durkheim). Outre qu’il serait interessant de savoir comment
on décide de ce qu’est un fait social (et ce qui ne l’est pas), il apparait que la sociologie s’est developpée dans le
sillage de la prétention à arraisonner tout le réel par la méthode scientifique, et les faits humains (sociaux, ici) dans la
foulée. Actuellement, la physique est un peu revenue sur la posibilité d’une telle entreprise (en ce qui la concerne), et on
peut se dire que la sociologie s’est imposée par sa prétention à arraisonner le social, et non pas grace à sa capacité
à le faire. Elle a bénéficié du Zeitgeist d’une époque, pourrait-on dire.
De surcroit, on peut aussi se dire qu’une discipline est reconnue comme science à partir du moment où elle est justement
reconnue comme telle par l’establishment (scientifique). Tautologie, certes, mais qui signifie en substance qu’une science
est reconnue comme telle à partir du moment où elle est enseignée en tant que telle, où il existe des chaires ad hoc, etc ...
Ce qui nous amene à la notion de consensus. Et aussi sur les méthodes pratiques qu’ont employées les tenants de
la nouvelle discipline pour l’imposer. Et il est interessant de voir comment en pratique les Durkhiemiens (en France)
ont fait pour imposer leur vision de la sociologie (en éliminant de la course à la respectabilité les disciples de
Tarde ou de Le Bon, par exemple). On en revient d’ailleurs au Zeitgeist.
C’est d’ailleurs le but de Mme Tessier : faire de l’entrisme dans les milieux universitaires pour qu’à terme sa discipline
finisse par bénéficier d’un consensus similaire.
Evidemment, je n’épuise pas le sujet, loin s’en faut (ne fusse que parce qu’une science dure elle-même ne passe pas
necessairement sous les fourches caudines qui lui servent de pied d’estal - et dont j’ai donné des versions très simplistes.
Raison de plus pour s’en tenir à une modestie de bon aloi, et à eviter de donner un peu facilement le label de "science").
Mais reste la question fondamentale : en quoi la sociologie est une science ? Et surtout : pourquoi un sociologue tient-il a
passer pour un scientifique ?
Une dernière chose : si la sociologie etait une science, comment un type comme Maffesoli pourrait oeuvrer, surtout au poste
où il est ? En physique, il pourrait un temps faire illusion, mais la rigueur des protocoles expérimentaux mettrait
rapidement à nu la supercherie, et il ne pourrait exercer très longtemps.
Il est donc un peu agaçant de voir des sociologues se poser en scientifiques et traiter une Tessier de charlatans, meme si en l’occurence, elle l’est ...
(une etude epistemologique comparée sur les prétentions de la sociologie et de l’astrologie à la scientificité serait d’ailleurs des plus interessante).