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> Les cirques de la faim de Bucarest

6 mai 2001, 23:14, par Ijon Tichy

Bonsoir,

En gros je suis d’accord avec ce que tu dis.

Quelques points sur lesquels je reviens :

la nostalgie de l’ère communiste : je parlais bien entendu des lecteurs potentiels de l’article (des Français, donc, qui comme moi ont beaucoup entendu parler de la révolution et beaucoup moins depuis) quand je disais que personne n’a le moindre doute sur le bilan désastreux de Ceausescu.

La difficulté rencontrée par les ex-pays communistes : je n’avais jamais vu, dans les autres pays que j’ai pu visiter, un tel degré de misère. La Roumanie me rappelle le tiers-monde nord-africain ou latino-américain, ce qui ne m’était jamais venu à l’esprit en République Tchèque ou en Hongrie. S’il est certainement vrai que le bilan n’était pas le même, il y a dix ans, dans ces différents pays, les politiques menées depuis la chute du mur sont également responsables de la situation actuelle. La République Tchèque a eu la chance d’avoir un Vaclav Havel, à l’époque où Iliescu envoyait sa milice de mineurs casser la gueule aux étudiants.

Et dire, paraît-il, qu’il y a encore pire qu’en Roumanie : les pays de l’ex-URSS, la République Moldave...

Ton opinion est que la situation est plus positive qu’avant... pouvait-on en attendre moins, après dix ans de démocratie ? Qui aurait bien pu fournir un bilan plus négatif que celui des Ceausescu ?

Le rôle de l’Etat ? le principe du financement est bien entendu crucial, comme dans tous les pays pauvres. Mais je ne suis pas convaincu de la volonté des gouvernements roumains, depuis la révolution, de faire des efforts dans le sens du social. Je ne fais nullement confiance à une politique libérale pour combattre les inégalités, pas plus qu’à un ancien aparatchik formé à Moscou. Quant au financement, il est notoire que des fortunes immenses, dans la Roumanie d’aujourd’hui, sont le fruit de magouilles datant de la chute du conducator. Beaucoup de "securistes" - ou sympathisants - ont été prévoyants. Quant à la corruption, elle brasse toute une masse monétaire qui circule entre les poches de quelques-uns au détriment des plus nécessiteux. Je pense - mais je ne suis pas plus expert que toi - qu’il serait possible à l’Etat de faire quelque chose (impôt sur les grandes fortunes, combat contre la corruption, enquêtes sur les enrichissements personnels...) pour une meilleure redistribution, la défense de causes réellement républicaines.

Pourquoi faudrait-il se résigner ? Nous avons aussi notre mot à dire sur ce qu’il se passe là-bas. A notre entourage, à nos élus, à nos candidats... Peut-être le message finira-t-il par passer, même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Amicalement
I.T.